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 Things we lost in the fire ♦ Eriklan

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HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : Sang PurMessages : 643Date d'inscription : 27/10/2014Localisation : Au centre de toutes les attentions.
Ҩ Things we lost in the fire ♦ Eriklan Ҩ Lun 6 Avr - 11:49



these are the things, the things we lost in the fire fire fire ♦ eriklan

Brisée, elle était incapable de se relever. Cela faisait de longues minutes qu'elle s'était effondrée, lamentable au milieu des ruines d'un royaume qu'elle ne gouvernerait désormais plus. La nouvelle était tombée, fin de la scène, elle tirait sa dernière révérence. Déchue du rôle principal, elle devrait se contenter d'endosser les seconds rôles, ceux qui frôlaient les décors, dans l'ombre des coulisses. Le pire, c'était qu'elle n'avait rien vu venir. Ça lui était tombé dessus comme ça, du jour au lendemain. De retour au Moyen-Âge, on ne lui avait même pas accordé un procès. A leurs yeux, elle était coupable de tous les crimes dont ils l'accusaient. Sans parler de leur nouvelle idole, Alexandra Gregorovitch, qui lui avait dérobé son titre sans autre forme de justice. Mais où était-elle, dans tout cela, la justice? Y en avait-il seulement une? Erika se sentait trahie par les siens, les Flammes. Ceux qu'elle avait toujours considéré comme sa vraie famille, à défaut d'en avoir une autre. Elle s'était réfugiée dans leur QG pour oublier sa détresse, mais cet endroit lui rappelait trop de souvenirs. Des milliers de fragments d'une vie passée lui revenaient en mémoire, chacun enfonçant un peu plus fort la lame dans sa chair. Une rancoeur incroyable lui barrait l'estomac, elle vomissait leurs injures, leurs jugements, elle vomissait leur jalousie. Ils l'avaient abattue parce qu'elle leur faisait peur, pas vrai?
On la pensait si forte, la Droganov, indétrônable dans sa tour d'acier. Et pourtant elle se retrouvait à terre, avec les chiens, sans personne pour lui tendre la main. Elle faisait moins la fière, la reine des Flammes, maintenant que son empire avait brûlé. A trop jouer avec le feu, elle s'était brûlée les ailes. Inconscience ou égo ravageur, appelez cela comme vous voulez, mais elle avait toujours voulu être en haut de l'affiche. Juste, rien qu'une fois, qu'on lui accorde un peu d'attention. Et puis se savoir appréciée l'avait gonflée d'orgueil, et puis elle avait tellement donné pour eux qu'elle n'avait plus de vie hors de son clan, et puis elle s'était abandonnée à son rôle de fille populaire. La belle Erika, la radieuse Erika, maintenant qui la reconnaîtrait avec ces traces noires en-dessous des yeux et autant de larmes qui inondaient ses joues?
Elle avait voulu leur donner du spectacle, alimenter les bruits de couloir, être au centre de toutes les conversations. Si bien qu'au final, elle n'avait plus eu besoin de faire grand chose pour qu'on parle d'elle. Elle n'avait eu qu'à insinuer les choses. Lancer un regard un peu trop appuyé à Dragomir, en souvenir de leur été torride, boire un verre avec Aby, et voilà qu'elle avait chanté toute la nuit et qu'elle s'était retrouvée en colle le lendemain flanquée de la Barjow. Oh, mais alors, voilà d'où elles se connaissaient ! Inventions et réponses trop faciles à des questions vagues, le public lui prêtait des histoires qui n'étaient pas les siennes. Mais jusqu'à présent, elle s'en était balancée comme de l'an quarante. Jusqu'à présent, leurs enfantillages ne lui avaient pas coûté aussi cher. Aujourd'hui, ils lui avaient tout pris. Elle n'avait même plus une épaule sur laquelle pleurer, puisque même sa plus proche amie au sein du clan, même Svet l'avait trahie. C'était même elle qui avait lancé cette fichue rumeur. Il ne lui restait plus que les cendres de tout ce qu'elle s'était acharnée à construire. Des mois de travail intense partis en fumée.

Elle se sentait minable et faible comme jamais. Le plus douloureux, ça avait été de la regarder rejoindre Deklan, tellement heureuse qu'Erika en avait eu mal aux yeux. Ce qu'elle avait vu la répugnait, ça lui avait filé la nausée. Gregorovitch, la petite rouquine qu'elle avait pourtant si gentiment encadrée lorsqu'elle avait appris la mort de son cher grand-père, cette même Gregorovitch l'avait bien eue. Elle s'était bien jouée d'elle, avec ses airs innocents. Etait-ce un piège, l'avait-elle manipulée depuis le début? La bulgare n'en revenait toujours pas, comment cette gamine avait-elle réussi à la remplacer? Elle n'était même pas capable de surmonter le deuil d'un membre de sa famille, alors que elle, elle avait perdu toute la sienne et pourtant elle avait assuré jusqu'à maintenant. Oui, elle s'était rattachée à son clan comme à une bouée de sauvetage. Elle avait pu sortir la tête de l'eau grâce à eux, grâce à leur joie de vivre, sans se douter qu'un jour tout cela prendrait si brutalement fin. Car c'était bel et bien terminé, pas vrai?
Elle secoua la tête. Bien sûr que c'était terminé. Inutile d'espérer, il suffisait de constater ce qu'il s'était passé quelques heures plus tôt. Deklan n'avait même pas eu un seul regard pour elle. Pas un seul. Dès qu'elle le fixait dans l'attente d'un signe, il baissait les yeux ou se tournait pour éviter d'avoir à croiser son regard. L'absence de ce geste qu'elle avait tant espéré voir lui avait fait plus mal que tout le reste. Au fond, elle s'en fichait de ce qu'ils pensaient d'elle, ils ne la connaissaient pas aussi bien qu'ils le pensaient. La moitié d'entre eux ignoraient qu'elle était orpheline ou qu'elle ne supportait plus la présence de sa petite soeur, une adepte de la nécromancie. Alors elle se disait que ce n'était pas très grave si ils la jugeaient aussi piètrement. Mais Deklan, lui, il savait qui elle était. Il la connaissait par coeur, elle et ses angoisses, le soir, quand elle ne parvenait pas à fermer l'oeil de la nuit à cause de ses cauchemars. Ceux où elle voyait exploser le ministère dans l'attentat qui avait coûté la vie à ses parents. Il avait été là, ces soirs-là, tout comme elle avait été là pour lui lorsqu'il avait eu besoin de se sentir moins seul. C'était ce qu'ils faisaient, ils se réchauffaient le coeur quand le froid de leurs contrées réussissait à s'inviter à l'intérieur. Et parfois, quand tout demeurait lugubre quoi qu'ils fassent, ils trouvaient le moyen de se consoler sans un mot. Impassible, il était la pierre et elle, l’allumette qui allait se craquer contre. Ensemble, ils consumaient leurs incertitudes comme si l'aube allait leur apporter la grâce.

Des bruits de pas interrompirent sa solitude morbide. Si elle avait su, elle ne se serait jamais retournée sur lui. Si elle avait su, elle se serait épargnée toute cette rage et tout ces cris. Trop tard, elle avait tourné la tête en sa direction. Elle l'avait aussitôt haï pour ce qu'il lui avait fait ressentir à cet instant. C'était trop pour elle qui n'avait jamais su maîtriser ses sentiments comme elle le prétendait, au bout d'un moment, elle finissait toujours par exploser. En le voyant, debout, bras ballants, incapable de répondre à l'appel de son coeur meurtri qui hurlait pour un peu d'affection, elle se releva d'un bond. Elle se jeta sur lui avec désespoir et rancoeur, et de toutes ses forces, elle le repoussa. Il recula sous son premier coup, mais ne broncha pas. Peut-être se doutait-il qu'il n'y avait rien qu'il puisse dire qui changerait quelque chose. Alors il la laissa lui rendre coup après coup la souffrance que son ignorance avait engendrée. Elle le frappait sans répit, poings serrés, tellement serrés que ça lui faisait mal. Néanmoins, elle s'en fichait. Tout ce qui comptait, c'était de le blesser autant que lui l'avait fait. Alors elle s'abandonnait toute entière à la violence qui débordait de ses entrailles, comme si il n'était rien d'autre que la cause de sa détresse. Comme si elle n'avait jamais rien ressenti d'autre pour lui que de la colère, de l'amertume. Même si au plus profond de son coeur, on pouvait encore y lire combien elle l'avait aimé.

Et le plus triste dans l'histoire, c'était qu'elle l'aimait encore.



    SHADOW PREACHERS ♔

    You got those scissors from the drawer, you never dug so deep before. If I stop trying, we start dying, you're cutting me out, baby who you fighting? You make we wanna love, hate, cry, take, every part of you. You make me wanna scream, burn, touch, learn, every part of you.


Dernière édition par Erika Droganov le Mer 8 Avr - 18:32, édité 1 fois
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HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : PurMessages : 964Date d'inscription : 01/05/2014Localisation : Derrière toi
Ҩ Re: Things we lost in the fire ♦ Eriklan Ҩ Lun 6 Avr - 20:13

C'était arrivé. Ca faisait quelques jours que Deklan se rendait compte que la énième rumeur qui courait sur son amie et co-chef échauffait particulièrement les esprit des membres du clan. Il ne s'était pas méfié. Non, il ne s'était pas méfié parce que ce ragot était loin, très loin d'être le premier. La chef du clan des Flammes faisait beaucoup parler d'elle, pour tout un tas de raisons ; chaque meneur de clan était de toute façon la proie de nombreux, nombreux racontars. Ca avait toujours été comme ça ; Deklan lui-même était la cible de plusieurs rumeurs idiotes. Il n'y prenait pas garde. En vérité, ça l'amusait. Qu'ils parlent donc, tous ! Qu'ils parlent, si ça leur faisait plaisir. La plupart du temps ce n'était rien de vraiment compromettant ... excepté la fois où les bruits de couloir concernant la mort de la petite Stoyanov l'avaient poussé à se retirer du devant de la scène pendant plusieurs mois. Et cette fois, Erika avait été là pour gérer le clan sans lui. Et pour le soutenir tant qu'elle l'avait pu, au moins auprès de leurs camarades. On avait pensé à lui retirer son titre de meneur, à cette période où plus personne ne le voyait, et où on l'accusait pour ainsi dire du meurtre de Iris. Elle l'avait protégé et c'est grâce à elle qu'il était toujours à la tête du clan aujourd'hui. Grâce à son soutien. Et lui, Deklan,qu'avait-il fait pour la soutenir ?

Une main éreintée vint passer sur son visage soucieux, et s'en alla se perdre dans ses cheveux. Soupir. Ce qu'il avait fait, c'était apporter son soutien à une autre qu'elle. C'était se positionner en ennemi, alors qu'ils étaient proches depuis des années. Alors qu'elle était celle en qui il avait le plus confiance au sein de ce clan. Son amie ; et bien plus que ça. Son amie qu'il ignorait cordialement depuis sa destitution. Bien sûr qu'il les voyait, ces appels, ces regards qu'elle lui lançait. Bien sûr qu'il savait ce qu'elle attendait de lui. Ses seules réponses à tout ce qu'il percevait étaient des yeux fuyants, des fuites, des défilements. Avait-il une seule fois eu le cran de soutenir son regard depuis ce jour où il s'était placé face à elle ? Non. Bien sûr que non. Comment le pourrait-il ? Regarder sa souffrance et sa détresse sans faire le moindre geste pour la soutenir et la protéger. Alors même qu'il n'avait rien fait pour empêcher sa destitution. Mais quoi ; qu'aurait-il pu faire ? Il n'avait pas vu le coup venir. Cette histoire lui paraissait tellement … futile ! Sans importance aucune. Il ne savait pas si Erika avait vraiment entretenu une relation avec Tarvonen ou non. Et il s'en foutait complètement, dans le sens où ça n'avait pas le moindre, pas le plus petit impact sur ce qu'il pensait de la jeune femme. Lui-même serait de toute façon mal placé pour juger qui que ce soit sur ce qui était fait, disons, en privé. Au moins s'arrangeait-il pour éviter que les choses ne se sachent trop ; mais quoi qu'il en soit, il considérait que des accusations d'un tel ordre ne devaient pas, ne pouvaient pas remettre en cause la place de la Droganov. Le temps et l'énergie qu'elle avait consacrée au clan, son implication, son dévouement ne pouvaient être balayés par une simple histoire de coucherie. Deklan ne pouvait pas concevoir que les membres de son clan aient assez peu de jugeote pour destituer une meneuse aussi compétente et engagée que Erika à cause de quelque chose comme ça. Et pourtant, c'était arrivé. Et il n'avait rien pu faire pour l'empêcher ; à peine entendait-il parler de ce plan de destitution que les Flammes passaient à l'action et décidaient net du sort de la désormais ex meneuse. Lui n'avait plus eu qu'à choisir son camp. Et c'est ce qu'il avait fait.

Mais Deklan n'avait pas vraiment eu l'impression d'avoir le choix. Pas entre les deux jeunes femmes, en tout cas. Il n'avait pas choisi Sasha. Il avait choisi le bien du clan. Enter l'unité, ou la guerre civile, il avait préféré l'unité. Même si ça signifiait rejoindre Sasha et abandonner Erika. C'était le meilleur choix qu'il pouvait faire ; du moins, c'est ce qu'il préférait se dire. C'est ce qu'il fallait, s'il voulait supporter la douleur qu'il voyait, celle dont il était en grande partie responsable. Erika. Se doutait-elle seulement du déchirement que ç'avait été pour lui ? Non, sans doute pas. Sans doute même qu'elle n'en avait rien à foutre. Le fait été qu'il l'avait laissée. Qu'il feignait de ne pas voir ses appels au secours, ses interrogations. Comme un beau salaud qui n'en avait jamais rien eu à faire. Si seulement il avait pu lui expliquer son choix, peut-être qu'elle aurait compris, peut-être qu'elle ne lui en aurait pas voulu tant que ça ; peut-être qu'elle se serait sentie moins trahie, qu'elle aurait su qu'il ne faisait pas ça de plein gré … Mais pour ça il aurait fallu qu'il soit capable d'affronter son regard, qu'il puisse voir en face le mal qu'il lui faisait … qu'il accepte son propre choix, peut-être.

Deklan cligna des yeux en s'arrêtant à l'entrée de la pièce à vivre du QG. La vision de la silhouette blonde étendue sur le sol serra davantage encore sa gorge. Il avait un mauvais pressentiment ; et comme de fait, c'étaient bien les traits d'Erika qu'il reconnut entre les mèches éparses qui tombaient devant son visage. Il capta les prunelles brillantes de la Droganov, et y resta plongé, immobile. Qu'aurait-il pu faire, de toute façon. A part la contempler, la reine déchue, étendue par terre presque par sa seule faute. Qu'aurait-il pu dire qui n'aggrave pas son chagrin, qui n'empire pas les choses. Immobile et silencieux, il ne savait même plus que penser, le grand meneur.

Il ne s'était pas attendu à la trouver là. D'ordinaire à cette heure, le QG était vide. Alors y trouver l'ombre de l'ancienne meneuse, Deklan n'y avait pas vraiment pensé. Impossible de se défiler, cette fois. Captif de son regard, il ne pouvait que sentir son estomac se nouer à la vue de son amie aussi misérable. La voir aussi mal lui trouait le cœur. Il aurait tant voulu faire quelque chose. N'importe quoi. Mais quoi ? Etait-il seulement en droit de la contempler comme cela, après ce qu'il avait osé lui faire ? Sûrement pas. Pourtant il ne détourna pas les yeux. Immobile et silencieux. Aucune réaction non plus lorsqu'elle se leva en vitesse pour se jeter contre lui avec plus de haine que jamais il ne lui en avait connue.

Le jeune homme recula sous l'impact, presque surpris. Les poings de la Droganov s'abattaient impitoyablement sur lui sans qu'il cherche seulement à se défendre. Il la regardait déborder de rage … les yeux rougis et des marques de maquillage maculant son visage. Qu'est-ce qu'il devait faire, maintenant ? Dire quelque chose, peut-être ; sans doute, mais alors quoi ! Elle ne voudrait rien entendre. Et elle aurait bien raison ; parce que tout ça, tout ça elle ne l'avait pas mérité, et lui, il n'avait pas été là pour l'aider, il avait même choisi de rejoindre le côté de Sasha. Sans doute ne méritait-il pas mieux que de recevoir ces coups sans rien dire ; c'était le juste retour de toute la détresse qu'il avait écartée en détournant les yeux. De tous les appels qu'il avait feint de ne pas entendre. Ce soir, il se prenait tout son désespoir en pleine gueule.

« Eka ... » Elle ne l'entendait sûrement même pas. Il leva une main devant lui en essayant sans vrai enthousiasme de se protéger un peu des poings qu'elle abattait toujours sur lui, mais elle l'écarta aussitôt pour recommencer à le frapper, à le pousser de toutes ses forces. Et lui se laissait faire. Ce chagrin était impossible à affronter ; il ne savait pas quoi faire, cherchait des mots, peut-être, pour la calmer. Tout ce qui lui venait, c'était cette envie terrible qui le prenait aux tripes, d'étendre les bras, de les refermer autour de la jeune femme pour la serrer contre lui en dépit de ses coups et de ses protestations. La serrer contre lui comme il l'avait si souvent fait, la serrer fort, et lui dire à quel point il était désolé de lui faire tout ce mal, à quel point il aurait voulu la choisir, lui faire retrouver sa place, et oublier toute cette histoire qui ne pouvait être qu'une blague ridicule. Oublier tout ça en la serrant dans ses bras, comme avant.

* ~ * ~ *

La fête battait son plein dans le QG. D'ordinaire, Deklan se débrouillait pour être à peu près sobre ; depuis qu'il était chef de clan, en tout cas, parce que c'était à lui d'encadrer toute cette belle bande de fêtards. Mais ce soir, l'occasion était particulière. Le clan fêtait la nomination de leur nouvelle meneuse, qui n'était nulle autre que Erika Droganov. Et le Levski savait qu'il n'aurait pu rêver meilleure partenaire pour mener tout ce beau monde ; alors, comme le risque de débordement lors d'une pareille cérémonie était largement minime, il s'était autorisé quelques verres de plus que d'habitude. Rien d'encore bien méchant ; juste de quoi s'éclater comme il se doit, n'est-ce pas. De toute façon, Iris était restée avec les siens ce soir, chez les Icebergs, alors il n'avait pas grand chose à perdre de sa réputation.

Il reposa son verre vide sur le buffet et s'empara d'une coupe de whiskey avant de s'approcher en quelques enjambées de la jeune femme mise à l'honneur pour la soirée. Elle était de dos et c'est en glissant une main sur sa taille qu'il l'informa de sa présence. « Alors, heureuse ? » fit-il, un large sourire sur les lèvres, en lui tendant le verre plein qu'il avait dans sa main libre. Les deux Flammes se connaissaient bien, ils étaient amis depuis des années. Leurs points communs avaient tôt fait de les rapprocher et la solide complicité qui s'était installée entre eux ne semblait pas trouver de limite ; pour le plus grand bonheur des deux intéressés. « En tout cas j'espère que ça ne te montera pas à la tête trop vite ; j'attends juste que tu profites de la soirée avant de t'avouer que t'as gagné parce que j'ai trafiqué les votes … merde, ça m'a échappé ? » Il rit ; haussa les épaules dans un mime d'excuse pas convaincant pour deux mornilles, avant de s'éloigner légèrement pour tendre la main vers Erika, paume vers le plafond. « Tu m'accordes cette danse, chère meneuse ? »

* ~ * ~ *


« Erika, arrête. » Deklan ferma les yeux, secoua la tête de gauche à droite. Ca suffisait. « Arrête ! » Cette fois, c'est sa main à lui qui s'en vint frapper l'épaule d'Erika, paume ouverte, assez fort pour l'écarter largement de lui. « Ca sert à rien ce que tu fais ! ». Il peinait à garder une voix ferme tant sa gorge était nouée ; mais il ne supportait pas de la voir comme ça. C'était sa faute, oui ; mais elle, est-ce qu'elle avait cherché à savoir pourquoi il avait fait ça, avant de s'en prendre à lui comme elle le faisait ? Elle le connaissait par cœur, elle savait qu'il n'aurait pas fait ce choix sans de bonnes raisons ; jamais, jamais il ne l'aurait abandonnée s'il avait pu faire autrement. Elle était obligée de le savoir. Tout ce qu'ils avaient vécu et partagé était vrai. Leur complicité n'était pas tombée du ciel, le soutien qu'ils s'étaient apporté, l'amitié qu'ils avaient liée, la confiance qu'ils avaient construite ; tout ça, ce n'était pas des conneries. Pensait-elle vraiment qu'il aurait renoncé à tout cela s'il avait vraiment eu la possibilité de faire autrement ? Elle était obligée de se rappeler, de se souvenir d'à quel point lui l'avait aimée en retour, et d'à quel point la repousser à présent lui déchirait le cœur.


How am I supposed to let you go ?
Iriklan ✻ Now you stand in front of me and all the rain is turning into snow. Can you tell me that you're real ? So I can really know that everything I feel I can finally show. Standing next to me, the person I can be is finally here and he won't back down at all.

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Ҩ Re: Things we lost in the fire ♦ Eriklan Ҩ Mar 7 Avr - 2:12



these are the things, the things we lost in the fire fire fire ♦ eriklan

Elle l'aimait encore et ça la rendait malade. Elle s'en voulait d'éprouver des sentiments si forts pour un homme qui lui avait tourné le dos quand elle avait eu le plus besoin de lui. Bien joué, Erika, elle s'était encore débrouillée pour s'attacher à la mauvaise personne. Une fois de plus, la fois de trop. Pourtant elle refusait toujours d'y croire, l'idée qu'il l'abandonne aussi lâchement la dégoûtait. C'était inconcevable de sa part, lui qui attachait une si grande importance à la loyauté. Les Flammes avant tout, ils disaient. Toi plus que tout, ils disaient. Si seulement elle s'était méfiée de ses paroles bienveillantes comme du reste, elle n'en serait pas là aujourd'hui. Elle n'apprendrait jamais de ses erreurs, c'était presque comme si elle prenait un malin plaisir à les répéter sans fin. Elle s'acharnait à se faire du mal, et après elle jouait la victime car c'était ce qu'elle savait faire de mieux. Dans ses faiblesses, elle retrouvait un peu de l'enfant fragile qu'elle était autrefois. Et cela la rassurait, elle se disait que peut-être, elle ne s'était pas totalement perdue. Elle était devenue un paradoxe détestable, partagée entre deux extrêmes entre lesquels elle vacillait. Pour les autres elle gardait la tête haute, on aurait pu ériger un temple à sa bravoure, elle qui dirigeait son clan d'une main de maître. Mais quand les artifices n'étaient plus que fumée, quand elle se retrouvait face à elle-même et qu'elle devait répondre de ses mensonges illusoires, le spectacle était terminé. Le masque s'écroulait à l'unisson avec les larmes qui caressaient ses joues. Des perles de pluie, elle avait assez pleuré pour en remplir un océan. En vérité, elle était seule. Atrocement seule. Tout le monde la fuyait comme la peste, elle et son malheur qu'elle trimbalait partout avec elle. Les élèves en avaient marre de la croiser, la pauvre petite reine déchue, qu'est-ce qu'ils en avaient à foutre. C'était intéressant un jour, deux jours, et puis quoi? Ils avaient tous repris le cours de leur vie, sans se douter que la sienne était restée sur pause. Qu'attendaient-ils d'elle, maintenant qu'ils l'avaient broyée sous leur mépris? Attendaient-ils seulement quelque chose?
Deklan. Deklan aurait dû lui tendre la main, pour qu'elle sache qu'il comptait encore sur elle. Plus comme avant, mais un peu quand même. Elle aurait aimé qu'il la regarde, juste une fois, alors qu'il était aux côtés de Gregorovitch. Elle aurait aimé qu'il tourne la tête vers elle, plonge son regard dans le sien et lui hurle qu'il s'en voulait de devoir jouer la comédie. Le hurler sans bruit, parce qu'elle aurait pu le lire dans ses yeux. Elle l'avait souvent fait, les mots n'étaient pas prioritaires dans leur mode de communication. Ils étaient même souvent futiles, souvent trop faibles pour exprimer ce qu'ils ressentaient réellement. Elle aurait voulu tout ça, mais elle n'avait rien eu. Ce silence à peine rompu par le bruit de ses poings qui se fracassaient contre son torse était insupportable. Il faisait écho à son âme, vide depuis sa chute. Elle n'était plus que cela, une coquille vide dont la perle avait été troublée. Sans valeur.

Les coups résonnaient comme autant de coups de canon. Il avait beau essayer de se protéger, elle frappait toujours plus fort. Rien ne la ramènerait à la raison, elle était noyée sous le chagrin et l'amertume. C'était son crevard de coeur qui parlait. Cet organe à la con dont elle aurait tant voulu se débarrasser. La dictature qu'il exerçait sur elle la contraignait à souffrir sans relâche. C'était lui qui lui ordonnait d'aimer, de s'accrocher à des fantômes qui finiraient tôt ou tard par la laisser tomber. Comme Deklan, comme Svetlana. Tous des lâches qui s'étaient bien foutu de sa gueule. Quand tout allait plus ou moins bien, ils étaient là. Mais dès qu'une crise pointait le bout de son nez, ils disparaissaient. Plus personne pour lui tenir la main pendant qu'elle descendait les marches de la gloire. Pas même celui pour qui elle, elle aurait tout sacrifié. Elle lui en voulait tellement qu'elle ne pouvait plus retenir sa haine, elle avait la ferme intention de lui faire mal, ne serait-ce qu'un tout petit peu. Pour qu'il comprenne à quel point il avait été minable, au cas où il ne s'en serait pas encore rendu compte. Et dire qu'elle avait été présente pour lui lorsque tout le monde s'était acharné sur son sort. Elle n'avait jamais douté de lui, pas une seule fois, et voilà comment il la remerciait. En prenant le parti de celle qui lui avait tout dérobé.
Elle n'en pouvait plus, la Droganov, elle se sentait délaissée, oubliée, comme si elle ne signifiait plus rien pour lui. Alors qu'ils étaient si proches, avant que cette histoire ne les sépare. Ils avaient brillé un peu plus fort que les autres, comme deux étoiles étincelantes, inatteignables. Ce qu'ils avaient était hors de portée, tacite, secret. C'était inscrit dans leur chair, et même si tout le monde s'en doutait, personne n'osait aborder le sujet. Les deux meneurs, leur véritable histoire, un mystère qui demeurait entier.  Oh, bien sûr, elle s'en souvenait. Elle se souvenait de chaque instant à ses côtés, de chaque nuit où elle avait dû deviner son regard appelant le sien, toutes ces fois où elle avait regagné un peu de courage dans ses bras. Elle ne pouvait lutter contre ces souvenirs qui refaisaient surface avec violence. D'autres bombes lancées sauvagement sur son coeur, prêt à exploser.


Une main se glissa dans le creux de son dos, lui arrachant un frisson de surprise. « Alors, heureuse? » C'était Deklan Levski, un immense sourire aux lèvres qu'elle lui renvoya. Comment aurait-elle pu ne pas l'être alors que toute cette fête avait été organisée pour elle. Ce soir, on n'avait d'yeux que pour elle, la nouvelle meneuse des Flammes. Eclatante dans sa robe en soie écarlate, Erika lançait des regards heureux à tout bout de champs. Elle ne s'était plus sentie aussi légère depuis… depuis tellement longtemps qu'elle était incapable de s'en souvenir. L'avait-elle seulement été? Elle avait toujours dû se battre pour s'affirmer, et aujourd'hui était la preuve qu'elle avait réussi. On aurait pu lui annoncer que sa petite soeur s'était empêtrée dans une sale situation, elle s'en serait balancée comme jamais. Elle avait décidé de tirer un trait sur ses problèmes, sur le lourd passé qui la suivait comme son ombre. Il était temps de faire place à la nouvelle Erika Droganov, une vraie furie, une vraie idole.
Elle hocha vivement la tête – même si la joie qu'elle éprouvait était assez transparente – tout en acceptant le verre qu'il lui tendait. « En tout cas j'espère que ça ne te montera pas à la tête trop vite ; j'attends juste que tu profites de la soirée avant de t'avouer que t'as gagné parce que j'ai trafiqué les votes … merde, ça m'a échappé ? » Sa plaisanterie lui arracha un éclat de rire. Elle adorait sa façon de la chercher, comme un chat qui titille une souris. Cela faisait un moment qu'ils se connaissaient, pourtant elle avait le pressentiment que leur complicité serait sans limite à partir de maintenant. Elle savait qu'elle ferait une excellente meneuse, et le plus incroyable, c'était qu'il le savait aussi. Leur duo allait faire des ravages, elle en était persuadée. Le savoir à ses côtés, confiant, lui donnait tout le courage dont elle avait besoin pour se lancer corps et âme dans son nouveau rôle. « Tu sais quoi, Levski? J'te crois pas ! Regarde-les : ils m'adorent tous, murmura-t-elle sur un ton taquin. Sans parler de leur meneur, celui-là, il est déjà fou de moi. » Elle lui fit un clin d'oeil complice, mais au fond, elle voulait déjà y croire. Elle se plaisait déjà dans sa nouvelle vie, ce vent de renouveau ne pouvait que lui être bénéfique. Elle but une gorgée puis reposa le verre, la tête lui tournait déjà un peu. Il l'invita à danser, paume tendue, elle ne se fit pas prier. « Si on m'avait dit un jour que le majestueux meneur des Flammes m'inviterait à danser en tant que son égale, je ne l'aurais pas cru. » Ce n'était un secret pour personne, le jeune homme était un véritable tremplin pour les fantasmes de ces dames. Il fallait avouer qu'il avait un certain charme, charme dont Erika aurait toute l'occasion de profiter. D'abuser, même.


« Erika, arrête. » Douloureux retour à la réalité. Cette danse appartenait à une autre époque, où la gloire ne lui avait pas encore filé entre les doigts. C'était hier, quand elle caressait ses lèvres pour oublier leur solitude. C'était hier, quand il lui lançait un regard rieur pour la sortir de ses sombres pensées. C'était hier, et pourtant, c'était si loin. Qu'avait-elle fait pour mériter ce silence? Son indifférence achevait de la détruire. Elle n'attendait qu'une chose, qu'il la ramène contre lui et qu'il lui dise que ce n'était qu'un mauvais rêve, que tout allait s'arranger. Qu'il gomme ses ennuis comme il savait si bien le faire. Au lieu de quoi il la repoussa d'un geste simple, sans équivoque. Il ne voulait pas d'elle, il ne voulait pas qu'elle revienne. Pourquoi? Pourquoi est-ce qu'il la rejetait comme ça? Ne devinait-il pas sa détresse, ni à quel point elle se sentait seule, à quel point elle avait besoin de lui en ce moment?  « Ca sert à rien ce que tu fais ! » Il était trop calme pour être sincère, mais ce détail lui passa au-dessus tellement elle était abattue par la dureté de la scène. Jamais elle n'aurait imaginé qu'il la blesserait de la sorte. Cela ne servait peut-être à rien, mais elle ne pouvait guère s'arrêter. C'était lui le responsable de l'aversion qui déchirait tout son être, la transformant en folle furieuse prête à tout casser. Si seulement elle pouvait lui arracher le coeur et le laisser tomber, là, juste sous ses yeux. Sans qu'il ne puisse rien y faire, il n'aurait qu'à regarder la chute, et souffrir au moment de la rupture. Elle voulait qu'il crève de douleur, comme elle. Pas qu'il se tienne debout, à lui dire d'arrêter, à lui dire Erika, ça ne sert à rien. Il ne méritait que d'être à terre avec elle, être châtié pour sa violente trahison.
Elle avait cessé de le frapper, mais elle gardait les poings serrés. Elle n'en pouvait plus, elle en avait assez de subir les coups bas des autres. Elle était plus que triste, elle était dévastée. Et lui, il la regardait crever en silence. Un silence où perçait son émotion, malgré l'air impassible qu'il s'évertuait à afficher. « Regarde-moi dans les yeux et dis-moi que ça ne sert à rien, vas-y. Dis-moi que tu ne veux plus de moi à tes côtés. » Elle s'accrochait à cet infime espoir de toutes ses faibles forces. Son petit corps tremblait, ce qu'elle était misérable, l'ancienne meneuse. Surtout, ce qu'elle était naïve. Elle demandait à Deklan de choisir entre elle ou la sérénité au sein du clan, évidemment qu'elle savait ce qu'il allait choisir. Mais elle refusait de lui accorder cette excuse pour le moment, parce que c'était trop facile, il ne méritait pas cette clémence. « Dis-le ! » Sa voix s'était brisée, à trop hurler elle s'était abîmée.


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Dernière édition par Erika Droganov le Sam 18 Avr - 11:40, édité 1 fois
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Ҩ Re: Things we lost in the fire ♦ Eriklan Ҩ Sam 11 Avr - 17:33

* ~ * ~ *


Les échos de la fête qui battait son plein dans le QG des Flammes parvenaient aisément à traverser le mur qui séparait la pièce à vivre du bureau des meneurs. La musique, les rires, les bavardages. Et puis soudain, presque plus un bruit, sinon celui des pas qui se regroupent en un même point. Quelques insultes, et puis les encouragements qui fusent, les applaudissements, quelques bruits sourds de chocs ... Les Flammes étaient les Flammes, et une soirée sans que personne ne se batte n'en était pas vraiment une, n'est-ce pas ? Une voix féminine finit par s'élever par dessus le brouhaha pour calmer tout ce petit monde. Et quelques minutes plus tard, on réentendait les rires et la musique. D'habitude, c'était Deklan qui calmait les choses quand il y avait des débordements ; du moins quand ce n'était pas lui-même qui se battait avec l'un des siens. Heureusement que Erika était là, dans ce genre de cas. Et ce soir précisément, alors que lui n'avait même pas songé à lever le petit doigt pour éviter que la pseudo rixe n'aille trop loin, c'est elle qui prenait les choses en main. La fête elle-même n'avait lieu que de sa propre initiative ; et peut-être de celle de Svetlanna. Quoi qu'il en soit, le Levski n'y était pour rien du tout. Ca faisait presque une semaine qu'il ne faisait plus parler de lui. Qu'on l'apercevait traverser le QG, passer dans le couloir, faire semblant d'écouter dans le coin au fond des salles de classe. Sans un mot, un regard pour personne. Avec pour seuls camarades les chuchotements et les regards accusateurs. C'était lui ; c'était sa chevalière à lui, qu'Iris avait au doigt quand on l'avait retrouvée. C'était lui, son petit-ami. Alors à quel point était-il impliqué dans la mort de la petite Stoyanov ? Et dans quelles mesures un homme capable de causer la mort d'une enfant pouvait-il rester meneur de clan ?


La pièce dans laquelle il se trouvait était plus petite que la pièce à vivre. Le bureau des meneurs n'était pas un bureau à proprement parler ; plutôt un petit salon, avec un unique canapé en face de la cheminée, des tables disposées le long du mur du fond. Un grand tapis pourpre sur le sol, et des rideaux de la même couleur qui encadraient une immense fenêtre par laquelle le pâle éclat de la lune s'infiltrait dans la pièce. C'était par ailleurs la seule source de lumière présente à l'instant. Deklan n'avait pas allumé les torches, et l'âtre de la cheminée n'accueillait que les cendres du dernier feu qui y avait brûlé. Il était assis sur le sol derrière le canapé, appuyé contre ce dernier, invisible aux yeux de qui aurait voulu entrer dans la pièce. Personne ne savait qu'il était ici de toute façon ; il ne s'était présenté ni au repas du soir, ni à la fête de l'autre côté. En fait il n'avait pas bougé depuis la fin des cours, quelques heures plus tôt. Ici il était tranquille. Cet endroit était son antre, et il n'avait rien de mieux à faire. Pas d'autre gamine à assassiner, en tout cas.
Le jeune homme tenait ses jambes entre ses bras, avait posé son front contre ses genoux. Iris. Morte. Il revoyait pourtant ses yeux pétiller, là, quelque part derrière le voile de ses paupières closes. Il revoyait son sourire mutin, et il la réentendait rire à ses imbécillités. Mais au delà de tout ça il revoyait les larmes sur son visage qu'il n'avait pas voulu voir ; il réentendait ces sanglots qu'il n'avait pas voulu entendre. Il revoyait ces choses qu'il avait faites et ce mal qu'il avait fait, consciemment, volontairement. Mais il ne comprenait plus pourquoi. Il ne se souvenait pas ce qui l'avait poussé à faire tout ça … Tout ce qu'il revoyait, c'étaient ces sourires, c'étaient ces pleurs. C'était … La musique se fit plus forte, d'un seul coup. Deklan releva la tête en ouvrant les yeux, constatant un filet de lumière plus vive venu de derrière lui s'infiltra dans la pièce, et s'élargit progressivement. Quelqu'un venait d'ouvrir le passage secret derrière le tableau qui permettait de passer de la pièce à vivre au bureau. Et ce quelqu'un ne pouvait être qu'Erika, puisque seuls les chefs du clan pouvaient débloquer l'accès. Ils n'avaient pas vraiment parlé depuis que le corps avait été trouvé. Deklan n'avait vraiment parlé à personne. Il l'avait juste entendue, une ou deux fois, prendre sa défense lorsque l'un ou l'autre Flamme le traitait de meurtrier, remettait en cause son statut de meneur. Elle le défendait, elle le protégeait. Si elle savait … il avait trop honte pour oser la regarder, encore plus pour aller à sa rencontre. Alors il ne bougea pas, en espérant qu'elle ne le trouverait pas. Sans doute était-il même incapable de se rendre compte qu'il avait désespérément besoin de son soutien … plus que jamais. Ca ne lui ressemblait pas vraiment, de se cacher derrière le canapé, de rester invisible aux yeux de tous. Ca lui ressemblait encore moins de fuir Erika comme ça. Mais ça valait mieux.


* ~ * ~ *


« Regarde-moi dans les yeux et dis-moi que ça ne sert à rien, vas-y. Dis-moi que tu ne veux plus de moi à tes côtés. »


Le visage tendu de Deklan se relâcha une seconde, déstabilisé par sa demande, incapable d'improviser une solution sur l'instant. Elle ne pouvait pas lui demander ça. Pourquoi voulait-elle qu'il le lui dise ? La décision qu'il avait prise n'était pas assez équivoque ? Il ; non, il ne pouvait pas lui dire ça, il n'aurait pas la force de la regarder se briser un peu plus face à cette trahison supplémentaire. Il en avait assez fait ! « Dis-le ! » Les prunelles de l'ex meneuse brillaient, le suppliaient en silence de la contredire, de ne pas lui infliger cette désillusion de plus. Mais il ne pouvait pas. Il ne pouvait pas la contredire et il avait trop peur pour confirmer ses dires ; alors quoi, il fallait qu'il fuie, encore ? Trouver une échappatoire ne lui ressemblait pas mais ; bon sang, ce qu'il haïssait cette situation ! Pourquoi, pourquoi est-ce qu'il ne pouvait pas juste faire ce qu'il voulait, en envoyant paître son devoir de meneur et en sachant être là pour Erika, en sachant la soutenir comme elle avait si bien su le faire quand il en avait eu besoin ?


L'espace de quelques secondes, il faillit le faire. Il faillit baisser les bras et céder une bonne fois pour toutes en s'approchant de la Droganov pour la prendre dans ses bras ; parce que la voir comme ça le transperçait de l'intérieur, parce qu'il voulait rester celui qu'il était pour elle, parce qu'il ne voulait pas de ce changement et de cette situation ridicule. Mais il avorta le geste et mit toute la volonté du monde à ne pas détourner une fois de plus le regard. « Et ça changerait quoi, hein ? » Sa voix avait été faible, à la limite du chuchotement. Il déglutit avec difficulté, chercha à reprendre un peu de fermeté. Et diable ce que c'était difficile de faire face à cette douleur sans nom qu'il lisait sur les traits de la Droganov. La souffrance qu'il provoquait. « Les choses sont différentes maintenant, Eka. Ce n'est pas moi qui ai décidé ça, et ce que je veux n'a aucune importance. » Il se serait frappé lui-même, pour un peu. Son attitude le dégoûtait. Et les yeux de son amie le transperçaient toujours. Le nœud dans son ventre se resserrait tant qu'il en avait mal. Cette situation était ridicule … ridicule. Et s'il ne s'en allait pas tout de suite, il allait renoncer, il allait céder, et il ne fallait surtout pas que ça arrive. Je suis désolé. C'est ce qu'il aurait voulu lui dire. Lui chuchoter lorsqu'elle aurait enfoui son visage dans le creux de son cou et qu'il aurait refermé ses bras sur elle pour la protéger de tout ce mal, pour refermer les plaies que la trahison avait ouvertes. Ses lèvres bougèrent légèrement, comme pour former ces mots, mais aucun son ne vint briser le silence qui embaumait la pièce. Jusqu'à ce qu'enfin il extirpe ses yeux bien trop expressifs de ceux de celle qui savait bien trop les déchiffrer. « C'est comme ça maintenant. On ne peut rien y faire. Alors je te le redis : ça ne sert à rien. »


How am I supposed to let you go ?
Iriklan ✻ Now you stand in front of me and all the rain is turning into snow. Can you tell me that you're real ? So I can really know that everything I feel I can finally show. Standing next to me, the person I can be is finally here and he won't back down at all.

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Ҩ Re: Things we lost in the fire ♦ Eriklan Ҩ Sam 18 Avr - 11:37



these are the things, the things we lost in the fire fire fire ♦ eriklan

Ils se regardaient, impuissants. Erika pouvait presque entendre son coeur se briser, là, dans sa poitrine. Pourtant il en avait enduré, des choses, son pauvre coeur. Sa vie n'avait pas été des plus heureuses, bien au contraire. Le sort s'acharnait sur elle depuis son enfance, comme pour la punir de se rebeller, de refuser d'être malheureuse. Car elle se relevait toujours, la Droganov, fière et digne. Renforcée, à chaque fois. Mais cette fois-ci, elle était à terre, pour de bon. Rien ne semblait la retenir, sa volonté l'abandonnait pour laisser place à la fatalité. Plus personne n'était de son côté, elle les avait tous perdus. Elle qui les avait toujours considérés comme sa propre famille, il fallait croire qu'elle n'était pas faite pour en avoir une. Il lui avait fallu tout ce temps pour comprendre qu'elle se battait contre le vent, il n'y avait aucune gloire pour elle nulle part. Elle avait parcouru tout ce chemin, elle s'était gonflée d'espoir, pour qu'au final on lui arrache tout ce à quoi elle pensait avoir enfin droit. Jamais elle ne s'était sentie plus heureuse que lorsqu'elle avait été nommée meneuse de clan. Elle n'oubliait rien, seulement les souvenirs étaient trop douloureux pour qu'elle ne puisse y penser. Une torture immonde et injuste. Une torture dont tout le monde se moquait, tous ces lâches qui jouaient aux sourds face à ses yeux qui hurlaient leur détresse. Deklan n'échappait pas à la règle.  « Et ça changerait quoi, hein ? » Cela ne fit qu'amplifier sa colère, sa rancoeur. Elle était lasse de le regarder tourner en rond, faire le beau devant les Flammes et lancer des regards biaisés en guise d'encouragements à cette satanée Gregorovitch. Pour au final, se tenir devant elle et être incapable de lui dire clairement ce qu'il voulait lui faire croire. Parce qu'elle ne pouvait pas imaginer qu'il le pense vraiment, au fond, elle le savait. Néanmoins, elle n'avait pas envie d'être compréhensive, de lui dire qu'elle comprenait pourquoi il agissait comme le pire des crétins avec elle. Justement parce que l'état d'affliction dans lequel son comportement la laissait était insupportable. Elle ne pouvait penser qu'à cela, qu'à ce qu'ils avaient partagé et qui était désormais réduit en cendres.
Elle n'avait pas envie d'écouter ses arguments, qu'il se défende et qu'elle soit forcée de voir qu'il faisait tout cela pour le bien du clan, ce même clan qu'elle avait protégé comme si c'était la prunelle de ses yeux. « Les choses sont différentes maintenant, Eka. Ce n'est pas moi qui ai décidé ça, et ce que je veux n'a aucune importance. » Elle ne voulait pas, non, qu'il se taise. Elle se montrait sourde à ses paroles, car chacun de ses mots entaillent la chair un peu plus. Il aurait pu lui dire n'importe quoi, mais il avait choisi de lui dire cela. Que les choses étaient différentes. Comme si c'était irrévocable, comme si il n'avait été que spectateur des évènements. En tant que meneur, il aurait pu s'interposer, prendre sa défense. Au lieu de quoi, il avait décidé de regarder les choses changer, comme il l'avait si bien dit. Il n'avait rien fait pour la protéger, elle, alors qu'il se découpait en quatre pour rassurer la rouquine. C'était cela qui la déchirait le plus, ce rapprochement soudain qu'elle ne pouvait guère tolérer. Comment pouvait-il se précipiter à son secours alors que sa plus proche amie avait encore plus besoin de lui? Après tout, Sasha avait tout gagné, de la gloire au soutien de tous. Qu'avait Erika, désormais? Plus rien, à part le mépris de ses ennemis qui se prétendaient être ses amis du temps de son règne. Elle n'avait même plus une épaule sur laquelle pleurer. « C'est comme ça maintenant. On ne peut rien y faire. Alors je te le redis : ça ne sert à rien. » Puisque cette épaule accueillait désormais la tête de quelqu'un d'autre.

Immobile, la bulgare avait les yeux embués et les idées brumeuses. Elle ne pouvait pas croire qu'il fasse ça, qu'il lui tourne le dos comme le pire des lâches. C'était la première fois qu'ils se confrontaient réellement depuis sa destitution, jusque là, elle n'avait eu droit qu'à des coups d'oeil discrets, des têtes baissées ou des demi-tours. C'était sa seule chance de se rattraper à ses yeux, de briser la glace. Mais il ne faisait que la repousser, il la chassait de ses bras alors qu'elle aurait tant aimé qu'il l'y attire. Elle avait tellement besoin de lui en ce moment qu'il ne pouvait pas deviner la souffrance qu'il lui infligeait. Cette distance qu'il mettait entre eux… C'était pire que tout. Bien sûr qu'elle savait qu'il avait des excuses pour se ranger du côté de sa rivale, mais de là à lui tourner le dos sans autre forme de procès. Ça la ravageait, et il était le seul responsable de la douleur qui étouffait son coeur. Les larmes lui montaient aux yeux, elle se sentait faible et déçue, abandonnée et pitoyable. Elle pleurait comme une conne devant ce monstre insensible qui visiblement n'en avait plus rien à carrer d'elle. Elle pleurait et il ne bougeait pas, ses bras ne venaient pas entourer son petit corps tremblant, non. Rien. Il ne bougeait pas et ça finissait de l'anéantir. Noyée dans un mélange de rancune et de chagrin, Erika s'était laissée abattre. Elle renonçait. De toute façon, il l'avait dit, il n'y avait rien à faire. C'était comme ça, les choses avaient changé. Elle n'avait plus qu'à s'y faire, loin de lui et loin de tout. « T'as raison, Dek. Ça sert à rien, lâcha-t-elle la voix brisée. Ça sert à rien d'aider la pauvre conne qui a toujours été là pour toi, qui t'a défendu alors même que ce fichu clan pour lequel tu " agis au mieux "  était contre toi. » Elle fit une pause, trop bousculée par l'émotion. Cela lui coûtait de vider son sac, d'exprimer l'ampleur du ressentiment qu'elle commençait à nourrir à son égard.
Toutes ces heures passées à son chevet lorsque tout le monde le suspectait d'être responsable du suicide d'Iris. Elle avait été là, la cruche de service, à remuer ciel et terre pour qu'on fiche la paix à celui qui représentait tout pour elle. Elle avait montré les crocs, dirigeant d'une poigne de fer le clan en son absence, remballant ceux qui osaient contester son autorité. Elle leur avait prouvé qu'il méritait d'être leur meneur, elle s'était battue pour lui jusqu'au bout. Jamais elle ne l'avait laissé tomber comme il venait de le faire. « J'arrive pas à croire que tu me laisses crever sur place comme un lâche après tout ce que j'ai fait pour toi. Parce que je me suis battue pour toi, et si tu crois que c'était facile, tu te mets le doigt dans l'oeil. J'ai toujours été là pour te défendre quand ta position était menacée. » Les mots venaient tout seul, elle n'avait qu'à se laisser aller. Les larmes coulaient de plus en plus intensément, son visage était envahi par ces perles de pluie. Elle ne faisait plus qu'écouter son coeur meurtri, elle se fichait bien de l'effet que cela lui faisait, d'ailleurs elle n'était même pas certaine que ça lui fasse quoi que ce soit. Au point où ils en étaient, elle n'était plus sûre de rien. Il était parvenu, grâce à son silence atroce, à la faire douter de ses sentiments à son égard. Jusque là, elle ne remettait en cause que sa loyauté, mais à présent elle devait se rendre à l'évidence que sa trahison ne pouvait pas aller sans éloignement. Elle ne s'était pas rendue compte qu'il s'éloignerait d'elle, qu'il serait capable de la nier pour sauver son clan. Son clan. Dire que cela aurait pu en être autrement, que ça aurait pu être lui à sa place. Si ce n'était pas arrivé, c'était simplement parce qu'elle avait tout fait pour l'éviter. Parce qu'il était son ami, son confident, son amant, un peu de tout à la fois. Elle ne pouvait pas croire que tout cela allait changer, même si sans doute, c'était déjà le cas. « Alors explique-moi en quoi c'est différent, vas-y. Parce que je commence à croire que tu t'es bien foutu de ma gueule, tout ce temps. Moi je me suis attachée, et toi, t'en avais juste rien à foutre. » Toujours plus de peine, elle avait du mal à prononcer ces mots. Et puis son silence, lui qui la regardait sans réagir, sans lui répondre. Elle se demandait si cela servait vraiment à quelque chose qu'elle tente le tout pour le tout. Elle n'était plus convaincue d'avoir quelque chose à gagner si cela fonctionnait.

Peut-être qu'elle serait mieux sans lui, sans toutes les illusions dont il l'avait bercée la nuit, entre ses bras. Il fallait qu'elle oublie tout ça, qu'elle l'enterre avant que ça ne la tue. Elle était trop sensible, il l'avait toujours su. Il lisait en elle comme dans un livre ouvert, elle ne pouvait pas lui cacher grand chose. C'était vrai aussi pour l'inverse, même si pour l'instant, elle était trop détruite par sa propre tristesse pour le réaliser. Pour lire l'affliction que ses paroles avaient engendrée dans son regard. Elle ne voulait pas deviner, elle était fatiguée de devoir espérer dans le vide. Elle avait besoin d'une preuve, et pas de son silence abominable. Il avait été incapable de lui dire qu'il ne voulait plus d'elle, pourtant il ne lui avait pas avoué qu'il ne voulait pas qu'ils se séparent. Or c'était ça qu'elle avait besoin d'entendre, c'était de ça qu'il lui manquait. D'affection. Elle était vide de tout amour, c'était comme si chaque larme emportait avec elle un peu de joie. Elle se sentait seule et prise au piège, elle ne pouvait plus rien faire pour s'aider. Elle lui avait dit à peu près tout ce qu'elle avait sur le coeur, un coeur désormais saccagé. Elle était à bout, toute cette histoire l'avait mise à genoux. Il ne répondait toujours rien, et elle ne pouvait plus le voir distinctement tellement elle pleurait. Elle ne faisait aucun effort pour masquer son état lamentable, elle s'en fichait pas mal. Elle n'avait plus rien à prouver, il savait à présent à quel point elle était au bord du gouffre. A quoi bon faire semblant devant lui?
Erika était inconsolable, et au fond, peut-être que c'était mieux si il ne disait rien. De toute façon, ce qu'il lui dirait n'arrangerait pas la situation, elle en était persuadée. Il n'avait fait que lui faire du mal depuis le début, il n'avait fait que la détruire. C'était exactement ça, il l'avait enfoncée encore un peu plus dans son désespoir. Il avait été celui qui avait donné le dernier coup pour la faire vaciller. Il l'avait démolie, et elle commençait à comprendre la détresse d'une autre personne, un sombre souvenir. Elle se mit à penser à elle, à la belle Stoyanov, anéantie par le même homme. Au fond, elle n'avait jamais compris son geste car elle était persuadée qu'on pouvait toujours trouver une raison de se battre pour rester en vie. Mais en cet instant précis, elle non plus, elle n'en trouvait aucune. Bouleversée, Erika articula difficilement là où, si elle n'avait pas été dans cet état, elle aurait pu se montrer vile. « Faut croire que tu m'as usée comme t'as usé Iris. » Mais elle n'avait pas besoin d'être haineuse, sa petite voix larmoyante avait été suffisante pour lui arracher un regard. Tout était si flou, elle ne pouvait pas le voir. Elle tenta vainement de passer une main sur son visage, pour chasser ses pleurs. Mais ses mains s'arrêtèrent contre ses paupières, et elle se plongea dedans comme dans un refuge. Elle pleura encore et encore, sans parvenir à s'arrêter. Tellement meurtrie, tellement blessée. Que lui restait-il qui vaille encore la peine qu'elle se batte pour?



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Ҩ Re: Things we lost in the fire ♦ Eriklan Ҩ Sam 18 Avr - 17:46

Les larmes glissaient, une à une, sur ses joues. Inondaient son visage ravagé par la douleur. La douleur de l'abandon, de la trahison. Deklan ne pouvait en détacher son regard. Il devait être un peu masochiste. Et un peu sadique, pour oser la regarder comme ça, sans bouger ; contempler l'étendue de sa connerie et ne même pas esquisser un geste vers elle, alors que c'est tout ce qu'il voulait faire. Tout ce qu'elle attendait, sans doute. Parce que jusqu'à présent il avait toujours été capable de comprendre ce qu'elle attendait de lui, d'être là pour elle quand il le fallait ; dire les mots qu'elle attendait, ou ne rien dire quand il comprenait que ça ne servirait à rien. Le pouvoir des mots trouve ses limites là où leur force devient blessante ; et parfois, il valait mieux ne rien dire. Il la connaissait assez pour savoir ce qui convenait. Pour la rassurer, toujours. Pour comprendre dans son regard ce qu'elle avait dans la tête. Comme maintenant. Son regard embué qui en disait si long sur la torture qu'elle subissait intérieurement. Et lui, il fallait qu'il parte. Qu'il la laisse là, maintenant, parce que sinon il allait céder. Et il n'en avait pas le droit … Elle n'en avait pas fini, pourtant, Eka. « T'as raison, Dek. Ça sert à rien. Ça sert à rien d'aider la pauvre conne qui a toujours été là pour toi, qui t'a défendu alors même que ce fichu clan pour lequel tu " agis au mieux "  était contre toi. »


Il fronça les sourcils, se fit violence pour ne pas baisser les yeux. Il savait déjà tout ça ! Il savait qu'il se comportait comme le dernier des salopards, il savait qu'il était en train de l'abandonner, il savait qu'il était le seul responsable de tout ça … Mais il ne pouvait pas le lui dire, bien sûr, parce que s'il le faisait, il avouerait qu'il ne voulait pas tout ça, qu'il avait choisi le camp de Sasha uniquement par défaut. Et ça, si les autres le savaient, ça n'allait sûrement pas passer. La dernière chose qui était souhaitable, c'est que Eka et lui se retrouvent tous les deux éjectés de la tête du clan. Enfin au moins, si jamais ça arrivait, il pourrait être là pour elle sans avoir plus rien à craindre. Il l'aurait elle, et elle l'aurait lui. Toi plus que tout ; c'est ce qu'ils disaient. Est-ce que ça n'aurait pas dû lui suffire ? « J'arrive pas à croire que tu me laisses crever sur place comme un lâche après tout ce que j'ai fait pour toi. Parce que je me suis battue pour toi, et si tu crois que c'était facile, tu te mets le doigt dans l'oeil. J'ai toujours été là pour te défendre quand ta position était mena » « Je sais ! » … Ca, c'était bien typique du meneur Levski. Il avait conscience qu'il ne fallait surtout pas qu'il le lui dise. Il sentait qu'elle grondait, en lui, sa furieuse envie de lâcher prise, et il avait bien compris qu'il ne fallait pas qu'il y cède. Sauf qu'il était incapable de se protéger de ces mots qu'elle lui adressait, de ses accusations, de ses reproches tellement justifiés … Cruellement justifiés. Ca lui avait juste échappé, quand elle avait insisté, et insisté encore. Il avait presque crié cette simple phrase, avant même que la voix de son amie ce soit tue. Ca le rendait malade de l'entendre lui dire tout ce qu'il se disait déjà depuis qu'il avait fait son choix. Il n'avait pas besoin qu'elle martèle comme ça sur sa conscience déjà suffisamment secouée ; mais, qui était-il pour se plaindre qu'elle lui assène ces coups qu'elle était en droit de lui porter ? Il n'en avait pas le droit, lui. Il ne pouvait pas lui interdire de déverser sur lui toute l'étendue de sa haine et de son chagrin. Deklan avait refusé de l'accueillir, ce chagrin, cette détresse. Alors il se la prenait en pleine figure. Comme une belle claque dans la gueule. « Alors explique-moi en quoi c'est différent, vas-y. Parce que je commence à croire que tu t'es bien foutu de ma gueule, tout ce temps. Moi je me suis attachée, et toi, t'en avais juste rien à foutre. »


Rien à foutre ? Non. Bien sûr que non. C'était la douleur qui parlait pour elle... Elle ne pouvait pas croire ça. Pas après ce qu'ils avaient partagé, pas après ce qu'ils avaient vécu et traversé. Arrête donc tes conneries, aurait-il voulu lui dire. Tu sais que c'est n'importe quoi. Tu le sais...
Sauf qu'il en avait déjà trop dit, quand sa fichue phrase lui avait échappé. Il ne pouvait pas en rajouter encore. Alors quoi ; il pouvait toujours se reporter sur une mauvaise foi ridicule. Approuver ce qu'elle disait, l'air ironique. Peut-être qu'il pouvait lui faire comprendre ce qu'il ne pouvait lui dire … pour peu qu'elle veuille comprendre, pour peu qu'elle sache que ce qu'il avait déjà dit ne servait que la version officielle de son allégeance … Non. Elle lui en voulait. Elle le détestait. Elle se sentait trahie et elle avait bien raison. C'était trop tard pour faire demi-tour. D'autant plus trop tard que des échos de bavardages commençaient à leur parvenir … les autres n'allaient pas tarder à arriver. Deklan soupira intérieurement. Il s'imagina une seconde s'approcher d'elle, relever doucement son visage, effacer ses larmes du bout des doigts … Et, à défaut de pouvoir faire davantage, lui souffler que ça va aller. Il souhaita une seconde que quelqu'un prenne sa place et dise à Eka d'oublier un peu le connard qu'il avait été, de se relever et de se battre. De lui montrer qu'il n'avait pas choisi le bon camp, malgré ses bonnes intentions. Il aurait voulu, oui. Et maintenant il ne pouvait que l'espérer … Peut-être qu'au final il valait mieux qu'elle croie qu'il n'en avait en effet rien à foutre. Peut-être. « Ca doit être ça, oui. » articula-t-il, à mi-voix, toujours sans la regarder.


Deklan devait s'en aller, maintenant. Tout de suite. Et il allait se tenir loin d'elle ; parce qu'oser l'approcher après avoir fait tout ça, même lui ne s'en sentait pas le cran. Il était déjà en train de se détourner … c'était mieux comme ça, pas vrai ? La façon dont il venait de pulvériser la vie d'Erika ne lui donnait en aucun cas le droit d'en faire à nouveau partie. Même s'il avait des raisons d'avoir choisi le camp de Sasha, même s'il considérait qu'il n'avait pas vraiment eu le choix … Ca ne changeait rien à ce qu'il avait fait. Il n'avait pas le droit de rester.
Le meneur arracha son regard à la silhouette de la jeune femme, et se détourna entièrement. Il était déjà prêt à accélérer la marche pour s'éloigner le plus rapidement possible quand ses paroles lui parvinrent. « Faut croire que tu m'as usée comme t'as usé Iris. »


Son coeur se tordit cruellement dans sa poitrine, hurlant un flot de protestations qui résonnèrent aux oreilles du meneur comme si une foule les avait criés tuot autour de lui. Il s'immobilisa aussi sec, tourna la tête vers elle ; prêt à lui demander de répéter un peu ça pour voir, prêt à la contredire, à se défendre, à … Non. Elle pleurait toujours, de plus belle. Ravagée par le chagrin, ravagée, de son seul fait, à lui. Iris avait fini par se suicider à cause du mal qu'il lui avait fait, Iris avait .. avait … Eka n'allait pas faire ça. Elle n'avait pas le droit. Elle allait se battre, elle allait y arriver. Parce qu'il allait s'en allait comme il aurait dû le faire bien plus tôt pour Iris ; s'il l'avait fait, elle serait encore là, s'il avait été capable de voir qu'il était dangereux, il l'aurait fait, et elle serait encore en vie. Eka n'allait pas faire ça. Parce qu'il s'en allait. Et qu'il n'avait pas le droit de revenir pour la briser un peu plus. Il était bien trop capable de lui faire du mal ; il en avait déjà beaucoup trop fait. Il aurait au moins voulu lui dire comme il était désolé … Mais ça n'aurait rien changé, hein ? Juste un pardon qu'elle ne lui accorderait jamais. Parce que jamais il ne le lui demanderait.


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Ҩ Re: Things we lost in the fire ♦ Eriklan Ҩ Mar 29 Déc - 20:02




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C'était terminé, il était parti. La reine déchue était seule dans cette grande pièce vide, aussi vide que son coeur. Il n'y avait plus rien pour elle ici, plus rien qui en vaille la peine. Elle avait perdu. Deklan était la seule personne qui aurait pu lui redonner espoir, qui aurait pu lui tendre la main qu'elle était désespérée d'accepter. Mais il ne l'avait pas fait, il avait prononcé quelques putains de phrases et puis il était parti comme le lâche qu'il était. Il avait toujours été beaucoup de choses, mais jamais il n'avait été un lâche. Jamais il n'avait été son ennemi. Beaucoup de choses allaient changer désormais, elle le savait. Plus personne ne la soutiendrait, elle n'avait plus aucune légitimité, donc les Flammes lui tourneraient le dos les uns après les autres. Par facilité. Parce que c'était plus simple d'encourager Gregorovitch, une fleur immaculée, plutôt qu'une rose couverte d'épines. Il ne lui restait plus rien de son royaume, si ce n'étaient des ruines et des souvenirs encore vifs. Son monde entier était parti en fumée, et si pour l'instant elle se savait incapable de se relever, elle trouverait la force de surmonter cette épreuve tôt ou tard. Avec ou sans lui. Elle lui prouverait qu'il s'était trompé, elle se démènerait pour se hisser au sommet et redevenir le modèle que son clan attendait, puis elle lui cracherait au visage, fière et étincelante, qu'il avait eu tort de ne pas la choisir. Elle leur prouverait à tous que cette idiote ne lui arrivait pas à la cheville, qu'elle était la seule ayant le tempérament nécessaire pour survivre à ce poste. Plus jamais personne ne douterait d'elle. Son retour serait définitif, évident. Alors elle se devait, à elle-même, d'arrêter de pleurer. Sèche tes larmes, Droganov, la chance te sourira de nouveau. Et ce jour-là, tu sauras la saisir et tu t'y accrocheras tellement fort, que plus jamais elle ne t'échappera.


La chance ne s'était pas beaucoup montrée, depuis lors. Pourtant, elle l'avait attendue, elle l'avait cherchée dans chaque recoin, chaque regard. Elel avait sondé les âmes de ceux qui lentement étaient revenus vers elle pour n'accorder son pardon qu'à ceux qui le méritaient. Elle refusait de souffrir à nouveau, elle refusait de se laisser avoir. Plus jamais, soufflait-elle dans la nuit, seule mais confiante. Elle avait réappris à se connaître, à délimiter ses objectifs, se donner un but. Si pendant longtemps celui-ci avait été de faire tomber Sasha pour récupérer son titre, la Droganov avait abandonné l'idée depuis un petit temps. Elle n'avait jamais imaginé que cette guerre idéologique prendrait une telle ampleur. Au final, les Flammes s'étaient divisés en deux factions qui ne cessaient de se tirer dans les pattes. Tout ça était si ridicule, si inutile. Elle n'avait jamais voulu ça, jamais. Ce n'était même plus leur guerre, c'était devenu une raison de plus de se battre, de se cracher à la gueule des mots abjects. Alors Erika s'était éloignée de ce conflit qui était devenu ingérable, sous-terrain mais bien présent. Elle le savait, certains venaient lui conter leurs exploits comme si c'était elle qui leur avait ordonné quoique ce soit. Ses paroles se faisaient agacées, elle se sentait incomprise et trahie. Mais ils prenaient son courroux pour de l'insatisfaction, et ils tapaient toujours plus fort. Elle avait décidé de baisser les bras, de les laisser faire jusqu'à ce qu'ils s'épuisent. Ce jour-là finirait bien par arriver.
Les Flammes avaient connu un autre coup bas, récemment. L'annonce s'était répandue comme la peste dans tout Durmstrang. Erika s'était sentie happée toute entière par la violence de sa détresse, ça l'avait terriblement secouée, abattue, encore. Comment était-ce possible? Pourquoi lui, pourquoi elle? Elle revoyait encore le léger sourire de la jeune Devra, si tendre, si douce. Puis la chair qui se faisait déchirer par des canines acérées, les os qui craquaient, sinistre mélodie. La peur de Vladimir qui avait soudain réalisé ce qu'il avait fait, enfin, l'avait-il su? Avait-il su que c'était lui depuis le départ, l'assassin de la petite Kniasev? Erika avait compris pourquoi il l'avait si brutalement rejetée quand elle lui avait demandé ce qui n'allait pas, quand elle avait voulu se comporter en tant qu'amie mais qu'elle avait trop vite abandonné. A quel point il devait s'être senti seul, oublié. Elle s'en voulait tellement, elle aurait dû insister, elle le connaissait, ils passaient énormément de temps ensemble et puis… Plus rien. Elle aurait dû découvrir la vérité plus tôt, être l'épaule sur laquelle il aurait pu s'appuyer. Au lieu de quoi elle s'était enfermée dans sa solitude, perdue dans la crise identitaire qu'elle traversait.

Confuse, l'ancienne meneuse n'avait pas réussi à fermer l'oeil de la nuit. Sa discussion de la veille avec Sasha l'avait complètement déboussolée. Elle avait oublié son affection pour la petite rouquine, la tendresse des paroles qu'elle lui disait autrefois, lorsque ce conflit n'avait pas éclaté entre elles. Réconfortantes promesses, délicates attentions, tout cela avait volé en éclats. L'adolescente lui avait avoué se sentir inutile, incapable de la remplacer à ce poste auquel on l'avait nommée sans même lui demander son avis. Elle n'avait pas pu aider Deklan, alors elle s'était isolée au balcon de l'aurore, là où Eka l'avait rejoint plus tard. C'était si étrange, de se retrouver là, à chercher les mots si longtemps refoulés, à se faire pardonner sans en avoir l'air, s'excuser d'avoir menacé sa position, d'avoir réclamé vengeance. Une épreuve qu'elles avaient traversée à deux, ensemble, unies. Au fond, cela faisait du bien, de se réconcilier. Erika avait eu l'impression de se sentir entière, comme si enfin ce lourd fardeau s'était envolé.
Malgré leurs confidences, la bulgare n'était pas parvenue à chasser de son esprit l'image d'un Deklan furieux, désespéré de trouver une solution. C'était ce que lui avait décrit Sasha, et elle n'avait pu faire taire cette petite voix qui lui intimait d'aller vers lui, de faire une trêve. De toutes façons, elle vivait on ne peut plus mal cet éloignement. Alors à quoi bon résister, à quoi bon s'acharner à se faire du mal? Elle ne pouvait se résoudre à le laisser seul, c'était plus fort qu'elle, instinctif. Elle devait lui dire qu'elle comprenait, qu'elle savait la douleur de la trahison, mieux que n'importe qui d'autre. Elle voulait qu'il sache que malgré leurs différends, elle avait toujours été là, dans l'ombre, à attendre qu'il revienne la chercher. Il ne l'avait jamais fait. Regards voilés et rapports distants, jamais ils ne s'étaient retrouvés. Comme si son rapprochement avec Sasha était un signe, Erika avait pris place dans le QG en attendant de croiser celui qu'elle redoutait tant depuis des mois. Jamais elle n'oublierait la souffrance qu'il lui avait infligée, son refus de la regarder, d'affronter son chagrin, de la réconforter ou de la repousser. Entre eux, il y avait trop de non-dits, trop de silences qu'il fallait briser pour ne pas se perdre à jamais.

Les heures défilèrent, quelques élèves rentrèrent et s'attardèrent. Elle eu le plaisir de croiser Enora avec qui elle demeura longtemps installée dans le canapé, tentant de la faire rire, de chasser ses démons. Elle savait que son amie traversait une période difficile, et elle faisait de son mieux pour être présente afin de la soutenir moralement. Mais il y a des douleurs que les mots ne guérissent pas, que même le temps ne parvient à amoindrir. Elle lui adressa un sourire fraternel lorsqu'elle déclara qu'il se faisait tard. Elle lui demanda si elle comptait encore traîner longtemps, Erika lui dit de ne pas l'attendre. Une soirée s'était écoulée sans qu'elle ne croise celui qu'elle cherchait, pourtant elle n'avait pas le coeur à abandonner. C'était trop facile, trop… lâche. N'était-ce pas ce qu'elle lui avait reproché lors de leur dispute, de ne pas se battre pour elle, de ne pas être là au moment où elle avait le plus besoin de lui? Elle refusait de faire la même erreur.
Recroquevillée dans un fauteuil, elle parcourait les pages d'un bouquin sur la politique du monde magique lorsque ses paupières, lourdes de fatigue, tombèrent. Elle dormit quelques temps avant qu'un bruit ne la tire de sa sieste improvisée. Engourdie, elle se redressa en se frottant les yeux. C'est alors qu'elle le vit, assis dans le canapé d'en face. Il semblait vide, lointain. Inaccessible et pourtant si proche. Il était comme perdu dans ses pensées, c'était à peine si il avait remarqué qu'elle s'était réveillée. Un doute naquit en elle, était-il là pour elle, est-ce qu'il était resté pour… elle? Un frisson lui parcourut l'échine, elle frotta ses bras pour se réchauffer, sans faire trop de bruit. Ce mois de janvier était glacial. Elle ne fut pas aussi discrète qu'elle l'aurait voulu, car il s'aperçut de ses mouvements et son regard se mit à la brûler. Elle leva les yeux, hésitante, ne sachant pas vraiment si elle était prête à l'affronter. Après s'être laissée manipuler par Katerina, après l'avoir fui, après… Son regard vint s'accrocher au sien, elle planta ses iris azurés au fond de ses prunelles. Toute l'intensité de leur relation revint la frapper en pleine figure, en plein coeur. La regardait-il enfin, la voyait-il à nouveau? Elle devait savoir, elle devait. « Deklan… » Ce simple nom, elle ne l'avait plus prononcé avec autant d'émotions depuis longtemps. Se retrouver en face de lui, seule avec le cauchemar qu'il lui avait fait vivre la dernière fois, elle n'était pas certaine de s'y être préparée. Elle n'avait plus le choix, il était trop tard pour reculer et puis, elle n'en avait pas l'intention. Elle avait changé, elle était devenue plus courageuse, moins naïve et surtout, elle avait retrouvé confiance en elle. Le feu qui faisait autrefois rage en elle et qu'il avait déjà réussi à éteindre, désormais il était immense, indomptable, ravageur. « Je voulais te voir. C'est stupide, parce que tu m'as clairement fait comprendre que tu n'aurais plus jamais besoin de moi, mais… J'ai pensé que pour Vladimir, enfin… » Pourquoi était-ce si difficile? Pourquoi ne trouvait-elle aucun mot juste là où tout était si naturel, avant? Pourquoi est-ce qu'ils étaient si détruits, ils s'étaient tant abîmés? « Je voulais te voir. » Elle n'était plus sûre de savoir si c'était pour l'aider lui ou pour qu'il l'aide elle. Cette situation était aussi douloureuse pour l'un que pour l'autre, ils avaient géré ce clan ensemble et quelque part, Sasha avait raison en disant qu'il ne serait jamais vraiment entièrement avec elle. Du moins, Erika espérait secrètement qu'une part de lui était restée quelque part avec elle, que leur complicité était toujours là, cachée dans le manque et dans l'absence.


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Ҩ Re: Things we lost in the fire ♦ Eriklan Ҩ Lun 18 Jan - 18:11

C'est difficile de ne pas tendre la main vers elle. De ne pas glisser les doigts dans ses cheveux pendant qu'elle dormait, comme il l'avait tant de fois fait par le passé. Il faisait ça pour l'aider à dormir, avant. Pourtant il était quasiment certain que s'il la touchait, là, elle se réveillerait immédiatement. Et il n'avait pas envie qu'elle se réveille. Elle avait l'air apaisée, quand elle dormait. Sereine. Et ça lui réchauffait le coeur de la voir comme ça, Eka. Elle était belle quand elle était apaisée. Elle était belle quand elle était en colère, aussi. Même quand elle pleurait. Mais il préférait la voir quand elle dormait que quand elle pleurait. Surtout qu'il n'avait même pas été capable d'être là pour elle, la dernière fois. Quand elle s'était jetée sur lui pour le frapper de toute la force de ses petits poings abattus contre son torse. Quand elle était pendue au bord du gouffre et qu'elle l'implorait pour qu'il l'aide à remonter, et qu'il n'avait fait que ... tourner les yeux, baisser la tête. Et disparaître au moment où elle avait le plus eu besoin de lui. Quel sombre crétin. Quelle belle ordure il faisait. Avait-il seulement le droit de rester là et de la regarder dormir alors qu'il avait fui toutes leurs confrontation depuis Septembre ? Septembre. C'était si loin. Trop loin. Il n'avait pas le droit, non. De la fuir de la sorte après l'avoir abandonnée, et de rester près d'elle quand elle ne pouvait ni le voir, ni l'entendre. Il s'en irait avant qu'elle se réveille. Il l'avait déjà tellement blessée : elle l'avait attendu, elle avait espéré qu'il serait là, et lui, il était parti. Jamais il n'aurait le cran de revenir vers elle après ça. C'était injuste, c'était cruel. Sans doute ne voudrait-elle même pas de lui, et elle aurait bien raison. Mais elle lui manquait tellement.


Tellement que Deklan resta assis dans son canapé, face à elle. Il n'avait pas envie de partir. Les yeux successivement perdus dans quelque souvenir, et accrochés au visage de la jolie blonde, il laissa les minutes s'écouler. Il avait appris, pour son complot avec Katerina, mais ne lui en avait pas encore parlé. En avait-il réellement le droit ? Ce n'était qu'un retour de boomerang. S'il n'avait pas blessé si profondément la Droganov, jamais elle n'aurait osé entreprendre pareille action contre lui. S'il l'avait soutenue comme il aurait dû la soutenir, jamais elle n'aurait eu besoin de recourir à l'aide de l'ennemie pour reprendre ce qui lui revenait de droit. N'était-il pas responsable, au fond ? Etait-il en droit de lui en vouloir et de lui reprocher ce qu'elle avait voulu faire ?


Un soudain mouvement sur le fauteuil en face l'extirpa de ses pensée. Erika s'était redressée, frottant ses bras pour se réchauffer. Il leva les yeux vers son visage ; elle, elle ne le regardait pas encore. Une seconde, il se demanda s'il lui faisait peur, incapable de savoir exactement comment il devait réagir. Il était troublé. Jamais il n'aurait dû rester, elle allait sûrement l'envoyer balader, lui demander ce qu'il foutait ici. Elle aurait bien raison. Il aurait dû s'en aller avant qu'elle se réveille, pour éviter de lui infliger à nouveau ça. Cette fois il ne voulait plus s'en aller, mais il n'avait pas le droit de revenir comme ça. Pourquoi l'avait-il fait ?
L'ex meneuse planta finalement ses prunelles dans les iris du Levski. Depuis combien de temps ne s'était-il pas perdu dans l'intensité de ces yeux bleus ? La réponse à sa précédente question lui revint d'elle-même. Il se rappela ce que ce regard avait signifié autrefois. Il se souvint des coups d'oeil espiègles échangés à la volée au nez et à la barbe de leurs autres interlocuteurs qu'ils pouvaient faire tourner en bourrique sans même avoir eu besoin de se concerter ; de l'azur saisissant de ces prunelles qui avait su tant de fois lui redonner espoir ; de la complicité, de l'amour qu'il y avait lus, qui avaient reflété ces mêmes lueurs qui brûlaient dans l'acier de ses propres pupilles. Il se rappela les larmes qu'il avait vu y briller et qu'il avait essuyées du bout de ses doigts passant sur sa peau. Et de celles qu'il n'avait pas essuyées. Son cœur se rétracta un peu plus dans sa poitrine. « Deklan… »


Il déglutit sans cesser de la regarder. Etait-elle surprise de le trouver là à son réveil ? Probablement. Il n'avait rien à faire ici. Du moins, il n'aurait rien dû avoir à faire ici s'il s'en était tenu à ce qu'il avait prétendu la dernière fois qu'ils avaient été confrontés l'un à l'autre. Un beau ramassis de conneries. Il n'en avait pas pensé un mot. Jamais. Jamais, il ne s'était moqué d'elle. Jamais, il n'en avait eu rien à foutre. Jamais, il n'avait cessé de l'aimer.


Deklan ferma les yeux quand elle enchaîna, parlant de ce qu'il lui avait dit, fait comprendre, sur le besoin qu'il avait d'elle. Selon ses propres mots, ses propres actes. Des conneries. Il ne voulait pas qu'elle lui rappelle ça. Il voulait lui montrer comme c'était faux et comme sa présence lui manquait, comme il avait besoin d'elle à ses côtés. Vladimir. Qu'est-ce que changeait Vladimir à leur relation ? Invoquait-elle le clan en général, et pas eux directement ? Il n'y avait pas pensé. Elle lui manquait en tant que meneuse, mais pas autant qu'en tant que personne, en tant qu'amie, en tant qu'amante, en tant que tout ce qu'ils avaient été l'un pour l'autre et dont il ne restait que des souvenirs. Des souvenirs brûlants encore profondément ancrés dans son cœur de Flamme.


« Je voulais te voir. » répéta-t-elle. Il rouvrit les yeux. Raccrocha ses prunelles. Lui aussi voulait la voir. Ca faisait des mois qu'il s'empêchait de revenir vers elle pour ne pas la faire souffrir davantage encore. Il avait toujours refusé de prendre activement parti dans la guerre civile qui déchirait le clan. Ca n'avait pas de sens. C'était ridicule. Jamais il ne pourrait se battre contre elle. Jamais il ne pourrait lui faire plus de mal encore que celui qu'il avait fait.


Le meneur ne répondit pas tout de suite. Il hésitait. Ne venait-il pas de penser qu'il n'aurait jamais le cran de revenir vers elle et de s'inviter à nouveau dans sa vie après ce qu'il lui avait infligé ? Mais elle était là maintenant. Elle lui parlait, elle ne semblait plus en colère. Elle voulait le voir. Lentement, il étendit son bras vers elle, un peu écarté sur le côté. « Tu viens … ? » risqua-t-il, d'une voix étrangement peu assurée. Il avait tellement peur qu'elle le repousse, qu'elle refuse, qu'elle s'en aille. Qu'elle le laisse comme il l'avait laissée. Il avait besoin qu'elle soit près de lui. Il avait besoin de retrouver son odeur, sa chaleur contre lui. Il voulait la prendre dans ses bras, enfouir son visage dans ses cheveux. Revoir son sourire, retrouver leur complicité. Tout ça lui manquait tellement. Ca avait peut-être été sa décision de partir, de la laisser. Mais il ne l'avait jamais voulu. Il n'avait jamais renoncé à tout ce qu'ils avaient partagé. Même après qu'il ait appris pour sa trahison, il n'avait jamais cessé de l'aimer. Il avait besoin de savoir qu'elle non plus.


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Ҩ Re: Things we lost in the fire ♦ Eriklan Ҩ Mar 14 Juin - 22:07



these are the things, the things we lost in the fire fire fire ♦ eriklan

Elle aurait voulu lui dire l'absence, la souffrance, la violence de leur séparation. Elle aurait voulu tout lui raconter, en pesant chaque syllabe. Elle aurait dû être plus précise, ou peut-être un peu moins, elle ne savait pas trop quoi penser de cette situation qui n'aurait pas dû être si inconfortable. Ils n'auraient jamais dû en arriver là. C'était à peu près la seule certitude qu'elle ne quittait pas des yeux. Mais le reste était flou, imprévisible. Elle n'aurait jamais imaginé se sentir si fragile en présence de Deklan, pourtant certains de ses mots tournaient encore en boucle dans les pensées de la Bulgare. Et à chaque fois, elle sentait ses muscles se crisper, elle aurait voulu ne rien entendre mais elle devait rester là. Faire face. Encore et encore, les mêmes paroles fracassantes. Alors elle avait cessé de se boucher les oreilles et elle avait fini par y croire, par croire qu'il n'avait plus besoin d'elle, qu'elle ne signifiait pas grand chose. Elle n'avait jamais signifié grand chose. Sinon comment aurait-il pu lui faire ça? Quand on aime, on n'abandonne pas. On s'accroche. Elle aurait seulement voulu qu'il s'accroche, au lieu de la laisser partir, de la forcer à partir. A l'époque, elle n'avait pas besoin d'une centaine d'épaules sur lesquelles pleurer ; elle avait seulement eu besoin de la sienne. C'était tout ce qu'elle lui avait demandé, c'était tout ce qu'elle avait espéré. Qu'au moins lui, il ne l'abandonnerait pas. En voyant la façon dont il la regardait à présent, elle exigeait de revenir en arrière pour demander des comptes. C'était pas humain de s'être détruits à ce point.
Erika tentait de déchiffrer son expression en s'attendant à ce que ce soit aussi limpide qu'autrefois. Mais désormais, il y avait les doutes, la peur de découvrir un autre Deklan que celui qu'elle avait toujours connu. Elle ne savait plus vraiment si elle pouvait se fier à ce qu'elle savait de lui, ce qu'elle avait toujours pris pour acquis. Elle avait tout remis en question, sans doute un peu trop radicalement. Sous la colère, elle avait fait des choses inimaginables. Dire qu'elle s'était laissée contaminer par la rage de Katerina, et encore, elle avait probablement fait pire. Elle ne s'était pas encore tout à fait pardonnée pour ça, elle n'était pas certaine d'être prête à lui en parler. Et c'était tellement stupide, cette culpabilité déplacée, parce qu'au fond c'était sa faute à lui. Il l'avait poussée dans ses retranchements, et dos au mur, elle s'était rabaissée à faire des choses dont elle n'était pas fière. Mais c'était sa faute. Sa putain de faute à lui. Alors elle n'avait pas le droit de se ratatiner, de balbutier, de se plier en quatre dans l'espoir qu'il la remarque à nouveau. Elle devrait lui en vouloir jusqu'à ce qu'il lui explique l'inexplicable, et qu'il se démerde pour qu'elle attache la moindre importance à ses excuses. Elle ne devrait pas avoir peur de sa réaction, pas autant que lui de la sienne. Malgré sa bonne foi, elle avait le sentiment amer de n'être que cette pauvre chose qu'il avait brisée et qu'il fallait réparer. Et pire que tout, elle ressentait ce besoin de lui, comme si elle pouvait en crever, comme si sans lui, elle ne serait jamais entière. Elle avait l'impression de dépendre de lui sans que la réciproque ne soit vraie, et ça, c'était insupportable. C'était pitoyable.

Elle n'avait pas réalisé que ça lui pesait autant, qu'entre eux, il y avait eu tant de silences. Tellement que c'en était douloureux. Tellement que ça lui faisait mal à la poitrine dès qu'elle tentait de formuler quelque chose, de mettre des mots sur ce maelström d'émotions qui lui opprimaient le coeur. Rien ne voulait sortir, et elle ne pouvait s'empêcher de se dire que c'était parce que ça devait venir de lui. Ce ne serait pas juste, sinon. Puis, soudainement, il ouvrit un bras et lui fit signe de s'approcher.  « Tu viens … ? » Paralysée, Erika le considéra d'un air absent. C'était trop facile, pas vrai? Elle était tellement prête à tout pour qu'il revienne qu'elle se serait bien jetée dans ses bras, lovée contre son torse. Il lui fallut à peine une seconde pour céder, avec un sale goût en bouche. Malgré elle, elle pensait encore avoir quelque chose à lui prouver. Pour qu'il la choisisse. Un soupir las s'échappa d'entre ses lèvres pour aller s'écraser contre sa nuque.
La tête lourde, reposant sur l'épaule de Deklan, l'ancienne meneuse réfléchissait à ce qu'il fallait qu'elle fasse, qu'elle dise. Elle aurait préféré que ce soit lui qui s'exprime, ce ne serait que justice. Mais il semblait déconnecté, ce qui déclencha une réaction d'incompréhension chez Erika. Cette boule au ventre qu'elle avait en l'attendant la dévora toute entière, jusqu'à ce qu'elle n'explose. « Je t'en veux, je t'en veux tellement, murmura-t-elle. » Aucune méchanceté dans sa voix, juste un puissant regret. Elle ne savait toujours pas comment s'y prendre, mais puisqu'il s'emmurait dans ce silence qui devenait blessant, elle choisissait de le briser. Une fois de plus, elle s'épuisait à vouloir sauver une relation qui ne rimerait peut-être plus jamais à rien. Rebâtir un monde à elle toute seule, comme si elle y était déjà arrivée. Elle s'accrochait mais si c'était lui qui lui lâchait la main, la chute serait interminable. Elle avait besoin qu'il lui dise qu'il ne lui lâcherait pas la main, qu'il était là, pour de bon, pour de vrai. Qu'il l'aimait encore un peu, assez pour la vouloir à ses côtés.

Après un court silence, elle reprit, toujours tout bas, toujours blottie contre lui. « Et tu vois, là, je suis en colère contre moi-même parce que je n'ai rien retenu. Je dépends toujours salement de toi. Je continue à attendre un mot de ta part, que tu me dises que si tu as laissé faire, c'est pas parce que tu ne croyais plus en moi. Que tu n'as jamais cessé de croire en moi. » Elle marqua un temps d'arrêt, se redressa légèrement pour croiser son regard. Elle voulait y trouver quelque chose de clair, d'évident. Mais elle n'y arrivait pas, elle n'y arrivait plus. « Pourtant tu es là et tu ne dis rien, et c'est pas juste, Deklan. C'est pas juste que j'espère à ce point que tu me prouves que j'ai compté, à une époque, que j'étais pas rien. Et que toi, tu ne dises rien. C'est pas juste. » Elle avait droit à avoir cette conversation avec lui. Si il tenait à elle, alors il lui dirait, il trouverait les mots, peut-être pas les bons, mais il lui ferait comprendre l'essentiel. Elle avait grandi, en son absence. Sans doute pas autant qu'elle aimait le penser, mais elle avait grandi quand même. Elle avait cessé de s'apitoyer sur son triste sort, d'être toute larmoyante et de ramper à ses propres pieds pour qu'elle s'autorise à nouveau à croire en elle. Elle n'avait pas envie de l'entendre dire qu'il était désolé pour elle, ce n'était pas ce qu'elle était venue chercher. Elle voulait comprendre, elle voulait que pour une fois, ce soit quelqu'un qui se batte pour elle et pas l'inverse. Qu'il lui demande de revenir dans sa vie comme il lui avait demandé de partir, avec la même violence, la même force. « Je mérite plus que ça. Tu me dois plus que ça. »


    SHADOW PREACHERS ♔

    You got those scissors from the drawer, you never dug so deep before. If I stop trying, we start dying, you're cutting me out, baby who you fighting? You make we wanna love, hate, cry, take, every part of you. You make me wanna scream, burn, touch, learn, every part of you.
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Ҩ Re: Things we lost in the fire ♦ Eriklan Ҩ Jeu 11 Aoû - 22:18

Deklan ne se souvenait pas avoir déjà eu la gorge aussi serrée. Tenu en haleine, pendu aux lèvres de la Droganov, fixant son visage pour y déceler une réaction, y interpréter une émotion. Il redoutait ce qu'il allait y lire. Un désagréable sentiment d'insécurité lui tordait doucement les entrailles mais il refusait de faire demi-tour ; c'était déjà un peu trop tard, de toute façon. Il avait attendu qu'elle se réveille, elle avait fait un pas vers lui. Et il lui avait ouvert les bras. Sauf qu'en les écartant comme ça il lui avait laissé le champ libre pour planter un poignard directement dans sa poitrine. Peut-être que c'est ce qu'il aurait mérité. Certainement, même. Un juste retour de la blessure qu'il lui avait infligée quelques mois plus tôt. Il avait peur et il avait de bonnes raisons. Si elle se détournait comme il s'était détourné, il n'était pas trop sûr de le supporter. A bien des égards, Erika était plus forte qu'il ne le serait jamais. 
Il se sentait si vulnérable, face à elle. C'était quelque chose d'assez inhabituel, pour lui. Même s'il n'avait jamais été le genre flegmatique et qu'il s'impliquait assez dans ce qu'il faisait pour être affecté en cas d'échec, il avait toujours été capable de dire tant pis, de passer à autre chose, de détourner le regard le temps que la brûlure se tasse. Mais aujourd'hui, il était incapable de détourner le regard du visage un peu absent d'Erika. Pour elle, il savait déjà qu'il serait incapable de ça. Il avait trop besoin d'elle. Il avait trop besoin d'eux pour dire tant pis et passer à autre chose. Alors il n'avait aucune idée de ce qu'il ferait si elle préférait le laisser là comme un con. Il se sentait prêt à la supplier de rester. C'était un peu pitoyable mais il s'en foutait, si ça pouvait la faire rester, si ça pouvait lui donner une chance de rattraper sa faute, de lui montrer qu'il avait fait une connerie, qu'il ne pensait pas un seul des mots qu'il avait prononcés pour la blesser, qu'il regrettait, qu'il voulait qu'elle revienne, qu'il.

Le meneur crut mourir de soulagement quand elle s'approcha finalement pour venir se blottir contre lui. Il entoura sa taille de ses bras, serra son petit corps contre son torse. Sa gorge ne se dénoua pas, pourtant. C'était presque pire. Il avait une sale envie de pleurer. Il prit une inspiration un peu difficile, posa ses lèvres sur le front de la Droganov et ferma les yeux. Il y croyait à peine. Pourquoi ça faisait mal comme ça ?
Il sentit son souffle glisser sur sa nuque, frissonnant légèrement au passage. « Je t'en veux, je t'en veux tellement. » Deklan serra plus fort les paupières. Je sais, aurait-il encore voulu répondre. Il allait devoir parler, il ne pouvait pas se contenter de faire comme si de rien n'était. Effacer tout ce qu'il avait fait d'un geste de la main, comme si ça ne comptait pas, comme si ça n'avait jamais existé. Pourtant, il aurait souhaité que ça puisse être si simple. Mais il avait bousillé quelque chose, détruit la confiance, brisé l'entente tacite qui avait toujours été la leur. Sous seul prétexte qu'il ne l'avait pas voulu et qu'il regrettait, il ne pouvait pas revenir sur ça en claquant des doigts. Ce serait trop facile. Injuste. Ce serait l'insulter elle, ce serait marcher sur sa douleur, et ça il ne le voulait pas. Pourtant, sa gorge était tellement nouée qu'il était incapable de prononcer le moindre mot.
« Et tu vois, là, je suis en colère contre moi-même parce que je n'ai rien retenu. Je dépends toujours salement de toi. Je continue à attendre un mot de ta part, que tu me dises que si tu as laissé faire, c'est pas parce que tu ne croyais plus en moi. Que tu n'as jamais cessé de croire en moi. » Il la sentit s'écarter de lui et s'empêcha de protester, même s'il aurait voulu qu'elle reste comme ça pour les deux ou trois prochaines décennies. Il n'avait pas franchement envie, en revanche, qu'elle voie son regard un peu trop humide et son air un peu trop défait. Pourtant il n'allait pas fuir encore une fois. « Pourtant tu es là et tu ne dis rien, et c'est pas juste, Deklan. C'est pas juste que j'espère à ce point que tu me prouves que j'ai compté, à une époque, que j'étais pas rien. Et que toi, tu ne dises rien. C'est pas juste. » Il se taisait toujours, les mots de la Droganov plantés dans la gorge comme un obstacle supplémentaire. Sa culpabilité au travers du coeur et sa peur d'en rajouter encore qui lui liait les poignets. « Je mérite plus que ça. Tu me dois plus que ça. »

Elle avait raison, et il le savait très bien. Il ne pourrait pas s'en tirer sans explication. Mais avait-il seulement une explication à lui donner ? « Tu sais que je n'ai jamais voulu que les choses se passent comme ça. » Tenta-t-il, incertain, conscient que ce n'est pas ce qu'elle voulait entendre. Il prit le temps d'inspirer, essaya de rassembler ses pensées. « Si tu savais comme je regrette. Ce que j'ai fait. Ce que je n'ai pas fait, surtout. » Chaque mot s'arrachait péniblement d'entre ses lèvres. Ca avait toujours été difficile pour lui de reconnaître ses torts. Ici, c'était surtout le d'être face au mal que sa connerie avait causé qui était douloureux. Mais il était sûrement la personne la moins légitime de la Terre à vouloir se plaindre de ça. « Tu étais en droit d'attendre mon soutien et je. J'ai cru que mon devoir de meneur était de suivre la décision du clan. » Ca sonnait tellement mal. Maintenant qu'il le formulait, ça lui semblait la décision la plus stupide de sa vie. « Je n'ai jamais cru qu'ils avaient raison. J'espérais que la situation se tasserait, qu'ils se rendraient compte que ça n'avait aucun sens, mais ça a dégénéré. » Ses mains quittèrent le dos de la jeune femme et remontèrent entre eux deux comme pour encadrer son visage, mais il s'immobilisa juste avant, frôlant simplement sa peau du bout des doigts. Il n'était pas sûr d'avoir le droit de la toucher comme avant. Il l'avait regardée se relever ; il avait vu les autres lui tendre la main. Et ils les avaient détestés de tout son coeur, de ne pas avoir ses responsabilités, de ne pas avoir cette pression sur les épaules qui leur permettait de faire ce que lui-même s'interdisait. Il s'était lui-même coupé les mains le jour où il lui avait tourné le dos. « Y'a pas un jour où je me suis pas empêché de revenir vers toi. De te donner ce mot ou ce regard que tu attendais. Et que tu méritais. » Que je te devais. « Je n'ai jamais douté de toi » reprit-il, la gorge toujours serrée. « Jamais. Je me suis trompé, mais pas à ton sujet. J'ai cru que c'était mon devoir de rester où j'étais mais j'ai trahi mes convictions, j'ai trahi les valeurs du clan et je t'ai trahie toi. Je suis désolé Eka. » Il posa finalement sa paume contre le côté de son visage, appréciant la douce chaleur de sa peau avant de venir doucement poser son front contre le sien. « Reviens » souffla-t-il. « J'ai besoin que tu reviennes. » Besoin d'elle. Besoin d'eux.


How am I supposed to let you go ?
Iriklan ✻ Now you stand in front of me and all the rain is turning into snow. Can you tell me that you're real ? So I can really know that everything I feel I can finally show. Standing next to me, the person I can be is finally here and he won't back down at all.

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Things we lost in the fire ♦ Eriklan

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