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 — Let me feel the sting, the pain, the burn under my skin (adonyria III)

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✝ ABYSSUS ABYSSUM INVOCAT
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✝ ABYSSUS ABYSSUM INVOCAT

HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : PurMessages : 304Date d'inscription : 07/02/2016Localisation : Domovoï's Rock.
Ҩ — Let me feel the sting, the pain, the burn under my skin (adonyria III) Ҩ Lun 2 Juil - 1:17

under my skin

You take me by the hand, I question who I am. Teach me how to fight, I'll show you how to win. You're my mortal flaw, and I'm your fatal sin. I finally see what you knew was inside my all along.


Il lui avait fallu du temps pour accepter de voir les choses en face, pour les comprendre. Il avait tenté de faire machine arrière, de remonter le temps pour agripper de ses deux mains l'instant où tout avait basculé, et l'empêcher de se casser la gueule. Il aurait voulu être moins lâche à l'époque, et l'obliger à lui parler, lui arracher toutes les vérités qu'elle refusait de lui avouer. Peut-être qu'elle se voilait trop la face pour en avoir elle-même conscience, peut-être que ce qu'il aurait pu dire n'aurait rien changé à leur histoire. Ils avaient écrit ce chapitre à deux, sans se mettre d'accord sur le contenu. Il n'avait jamais rien su de ses réelles motivations, tel un narrateur externe incapable d'entrer dans la tête de ce personnage qu'il pensait pourtant connaître par coeur, parce qu'il l'avait façonné, modelé, de telle sorte qu'il croyait pouvoir le déchiffrer en toute circonstance. Mais elle avait évolué sans lui, loin du carcan qu'il lui avait imposé, loin de tout ce qu'il lui avait inculqué.
Il y avait réfléchi de nombreuses heures, bien longtemps après les faits. Après sa défaite douce-amère. Elle lui avait glissé entre les doigts, et il l'avait laissée filer, il n'avait jamais rien fait pour la retenir. Il était alors bien trop fier, bien trop insouciant des conséquences de ses actes. Il était simplement parti, et pendant des années elle avait cru ce qu'il n'avait pas pris la peine de dénier ; qu'il l'avait abandonnée, qu'elle n'avait aucune valeur à ses yeux et qu'elle n'était qu'un échec, qu'une usurpatrice qui ne serait jamais à moitié aussi douée que ce qu'il avait espéré. Elle l'avait haï en silence et il l'avait oubliée, effacée de sa vie comme une tache qu'on essuierait d'un coup de baguette magique. Il s'était détaché, avait pris de la distance, parce que c'était ce qu'il faisait toujours dans ces cas-là. Quand il était plus facile de fuir quelqu'un qui prenait trop de place dans sa vie, plutôt que d'accepter de lui en faire une. Cet instant crucial où il fallait choisir entre accorder sa précieuse confiance ou tout saccager. Elle avait commis une erreur, une seule, dans un instant de faiblesse, et c'en avait été terminé de leur foutue amitié, ou peu importe ce qu'ils avaient réussi à construire.

Il avait retourné des tas de questions dans son esprit depuis l'annonce de sa mort. Il n'avait ressenti qu'un infime pincement, là, dans la poitrine ; juste assez pour que ça fasse mal, mais pas assez fort pour qu'il se laisse vraiment atteindre. Il avait chassé cette information, l'avait délibérément négligée parce qu'il se disait qu'il n'avait pas le temps d'y songer, qu'il avait d'autres choses à faire, et d'autres personnes dont se soucier. Elle n'en faisait plus partie, de ces gens-là, n'est-ce pas? Elle avait été exclue du cercle depuis longtemps, alors ça ne comptait pas tellement, qu'elle ne soit plus là. Il ne voulait pas que ça compte, en tout cas. Et puis était arrivé le jour où il avait fallu que ça le prenne d'un seul coup, la peur inexpliquée et inexplicable, inavouable, infondée. Il avait fallu qu'il sache, qu'il soit certain. Quelque part, s'il voyait un corps, alors il pourrait accepter de la laisser s'en aller pour de bon. Il pourrait lui pardonner son orgueil mal placé, ses silences et les coups qu'elle lui avait portés. Que pourrait-il faire d'autre, de toute manière, si elle n'était vraiment plus de ce monde? Dans le coeur noirci de Mordred, il n'y avait pas de place pour les regrets, de ceux qui vous rongent et vous hantent. Il avait cessé de ressentir quoique ce soit d'autre qu'une profonde lassitude pour Valkyria Dragonstone depuis bien longtemps. Celle qu'il avait un jour affectionnée était morte et enterrée depuis des années, alors il n'avait perdu personne, finalement. Personne d'important.

Entre les mensonges créés de toute pièce pour se rassurer et la réalité, le Dolohov ignorait la différence. Pourtant lorsqu'il avait eu confirmation que ses soupçons étaient avérés, il n'avait pas hésité longtemps avant de se décider à retrouver sa trace. Il s'était d'ailleurs attendu à ce qu'elle se planque dans un endroit minable pour faire profil bas, mais il n'avait pas idée à quel point elle avait perfectionné cette partie de son plan. Il avait eu beaucoup de mal à dénicher sa planque, et encore plus à daigner s'y aventurer sans craindre d'attraper une de ces maladies infectieuses qui frappaient les moins que rien dans ces quartiers-là. Il s'était fondu dans la masse autant qu'il l'avait pu, se camouflant sous les traits d'une personne sans intérêt, un pauvre qui passait par-là tandis qu'il avançait vers le repaire de la Dragonstone.
Il n'y avait personne, lorsqu'il arriva ; pourtant il sut que c'était bien ici qu'elle squattait, il avait inspecté la zone de long en large afin de s'en assurer. Quelques cheveux, blonds, et un vieux bouquin à la couverture familière l'avaient convaincu de prendre son mal en patience. Alors il l'avait attendue, faisant les cent pas avant de se laisser glisser contre le mur en briques rouges. Il était encore assis sur un vieux drap qui tombait en lambeaux lorsqu'il entendit des pas, au loin. Et puis enfin sa silhouette se découpa dans la semi-obscurité, ses yeux bleus s'enfoncèrent dans les siens tandis qu'elle dégainait déjà sa baguette. Il rompit le charme, se révéla sous son vrai visage, et Valkyria suspendit son geste dans les airs. « Pour une morte, tu as plutôt bonne mine. » Il ne se redressa pas, se demanda pourquoi il avait fallu qu'il se traîne jusque dans cette ruelle paumée et lugubre juste pour la voir, pour vérifier qu'elle était en vie. Quelle importance, hein? Ils se fixaient toujours sans ciller, et elle n'avait pas encore baissé sa baguette. « Baisse ça, tu vas encore agir comme une gamine ingrate et écervelée. Je suis simplement venu... » Pourquoi? Le savait-il seulement, voulait-il ne serait-ce que le comprendre? « pour discuter, je suppose. »


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Statut du sang : Plus pur que le cristalMessages : 405Date d'inscription : 05/04/2016Localisation : Loin des projecteurs
Ҩ Re: — Let me feel the sting, the pain, the burn under my skin (adonyria III) Ҩ Mar 10 Juil - 17:21

En silence, sans un bruit. C’est comme ça qu’elle fait, maintenant. C’est comme ça qu’elle vit. Un peu malgré elle, et le compte des fois où elle a voulu en finir lui a échappé depuis longtemps. Finalement elle ne sait même pas vraiment comment c’est possible qu’elle soit encore là ; ce qui l’a provoqué, l’électrochoc qui a fait repartir son coeur après deux ans de vide et de silence.
Elle se glisse dans la ruelle, sans faire de bruit, en prenant garde que personne ne la suive. Un réflexe qui aurait pu devenir dérisoire, au fil des mois, sachant que les individus au fait de sa survie sont au nombre de cinq. Valkyria Dragonstone, ou ce qu’il en reste, ne risque désormais plus d’attirer l’attention de qui que ce soit ; pas plus que l’ombre qu’elle est devenue, loin des projecteurs sous lesquels elle a presque toujours évolué. Loin du poison qui lui a donné vie toutes ces années. Pourtant, elle regarde. Personne sur ses traces, ça lui a longtemps fait croire qu’elle réussirait à survivre un jour de plus ; pour ce que ça importait. Après tout, n’a-t-elle pas mérité tout ça ? C’est un mot qu’elle aime bien, ça mériter. Quand elle y pense, elle a franchement envie de se marrer.

Ce que tu penserais, si tu la voyais, elle se l’est souvent demandé. Ton avis a longtemps été le seul à avoir de la valeur, pour elle. Il ne t’a fallu que quelques mots pour lui ouvrir les yeux, quelques semaines pour lui apprendre comment regarder. Quelques années pour graver dans son esprit les contours de celle qu’elle déciderait d’être.
Une seule poignée de secondes pour tout détruire et puis elle n’a plus eu besoin de personne pour éparpiller les morceaux.
Comment elle aurait pu savoir, qu’elle se trompait ? Qu’est-ce qui aurait dû se passer différemment, qu’est-ce qu’elle aurait dû dire, qu’est-ce qu’elle n’a pas entendu ? Qu’est-ce que tu ne lui as pas dit ?

Ca ne devrait plus avoir de sens, après tout ce temps. Lui traverser l’esprit, peut-être, se demander ce que ça t’a fait, de la savoir morte. A quel point tu t’en fichais, elle aurait bien aimé le savoir. En avoir la confirmation, au moins ; après tout si ça avait eu la moindre importance, tu t’en serais chargé toi-même quand tu en as eu l’occasion. Ca commence à faire beaucoup d’actes manqués - est-ce qu’on en laisse passer autant quand ça compte, ne serait-ce qu’un peu ? Si tu la voulais morte, tu l’aurais tuée toi-même. Si tu la voulais quoi que ce soit d’autre, tu ne serais pas parti, à deux reprises. Tu ne lui aurais pas prouvé, à deux reprises, qu’elle a eu tort de croire que peut-être, ça avait compté ; que, peut-être, ça voulait dire quelque chose.
N’importe quoi d’autre que rien.
Il a toujours fallu qu’il y ait quelque chose, pour elle. Quand ça n’a plus pu être cette amitié, ou ce quoi que vous ayez réussi à construire, ça a été la haine, la colère, la vengeance. Est-ce qu’elle t’aurait tué ? Sûrement pas. Sûrement pas si chez toi ça avait suscité autre chose que je veux que tu t'en ailles et que cette fois-ci, tu ne reviennes pas. Toi, tu n’es pas revenu, pas une fois depuis la première, dans l’Allée des Embrumes.
Quoi que vous ayez été, vous n’êtes devenus qu’une interminable succession d’appels sans réponse.

Elle n’est pas sûre d’avoir jamais arrêté d’appeler, quand bien même l’empreinte cendrée sur son bras serait tout ce qui la rattache encore à toi.

Elle passe la porte délabrée de ce qui lui sert de foyer, sans pousser le soupir de soulagement qu’elle attend de pouvoir libérer depuis beaucoup trop longtemps. De toutes les choses qui lui manquent dans cette nouvelle vie, un endroit sûr où se reposer est sûrement la plus importante. Relâcher sa garde, elle ne peut plus se le permettre - la mort ne peut pas la protéger de tout. Elle referme la porte derrière elle, s’apprête à retirer sa cape lorsqu’elle comprend que quelque chose ne va pas.
En un instant, sa baguette est apparue dans sa main, ses yeux transpercent les pupilles inconnues posées sur elle depuis l’intérieur de la pièce. Son coeur bat la chamade ; qui est ce type ? Comment est-il arrivé là ; la cherchait-il ? Ne prendre aucun risque, c’est tout ce qui l’a maintenue en vie pendant ces deux ans. Il l’a vue ici, c’est trop tard maintenant alors sa baguette se lève, froidement. Elle n’est même pas désolée. De toute façon, pour qu’il se soit retrouvé là, cet homme est probablement aussi insignifiant qu’elle.

Soudain, son geste se suspend. Les traits se déforment, dessinent un nouveau visage. Le sien se décompose. « Pour une morte, tu as plutôt bonne mine. » Elle ne cille pas, ne bouge pas. C’est vraiment toi ? Pourquoi ; c’est une ruse, un piège ? Les Dragonstone ont fait parler Asphalt ? Ils la libèrent à condition que tu retrouves leur Héritière ? « Désolée de te décevoir. » grince-t-elle, tendue comme un arc. Ses phalanges blanchissent autour de sa baguette ; qu’est-ce que tu veux, qu’est-ce que tu veux ? Elle se fait violence, bloque toutes les autres pensées qui cherchent à l’envahir. Met en pratique un entraînement devenu comme une seconde nature depuis tout ce temps ; seules les apparences comptent, alors elle ne cille pas. Réprimant les tremblements de la gamine de treize ans épinglée à ton regard comme un papillon sur un mur. « Baisse ça, tu vas encore agir comme une gamine ingrate et écervelée. Je suis simplement venu… pour discuter, je suppose. » « En douze ans, c’est bien la première fois que tu viens me voir pour discuter, Greengrass. » répond-elle froidement, sans attendre. Tu n’as jamais été très doué pour ça, pas avec elle en tout cas. Personne n’est parfait, hein ? Malgré elle, un petit rire lui secoue les épaules, et elle baisse sa baguette, retirant son capuchon. Au fond, elle sait qu’elle n’a pas grand chose à craindre. Si tu avais dû la tuer, ce serait fait depuis bien longtemps. Et si c'est un piège, il est déjà trop tard. « Comment tu m’as retrouvée ? » Et pourquoi, toi qui t’es assuré de la plus irrémédiable des façons de ne plus la trouver sur ton chemin ? Ni à tes côtés. Son bras ne manifeste aucun signe de protestation, pourtant. C’est plutôt bon signe, même si ça ne répond pas à ses questions. De quoi tu veux parler, pourquoi maintenant ? Elle a un peu de mal à comprendre pourquoi tu prends le risque de voir le serment inviolable la désintégrer, après avoir mis tant d’application à ne pas la tuer toi-même. « J’espère que les Dragonstone ne sont pas planqués derrière les meubles, en tout cas. Ce serait… assez fâcheux. »




"You act like it's you against the world,
but it's really just you against yourself.”

— @Shiya.
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Ҩ Re: — Let me feel the sting, the pain, the burn under my skin (adonyria III) Ҩ Dim 5 Aoû - 19:17

under my skin

You take me by the hand, I question who I am. Teach me how to fight, I'll show you how to win. You're my mortal flaw, and I'm your fatal sin. I finally see what you knew was inside my all along.


Elle répondit en un quart de seconde, pour ne surtout pas lui laisser le temps de lire l'incertitude au fond de ses yeux. « En douze ans, c’est bien la première fois que tu viens me voir pour discuter, Greengrass. » Sa voix, glaciale, lui arracha presque un rictus moqueur. « Il faut croire qu'il y a un début à tout. » Qui pensait-elle effrayer avec cette technique? Certainement pas celui qui la lui avait apprise. Au moins, elle avait retenu certaines leçons, c'était toujours ça de pris. Il n'avait donc pas complètement perdu son temps, avec cette gamine dont l'insolence n'avait jamais réussi à égaler le talent. C'était bien parce qu'il la pensait douée qu'il avait accepté de lui pardonner son manque de jugement, jusqu'à un certain point. Dès qu'il avait appuyé un peu trop fort pile là où ça faisait mal, elle s'était mise à feuler, à beugler pour qu'il s'éloigne, qu'il la laisse mettre un peu de baume sur les hématomes que ses paroles semaient sur son âme. Elle n'avait jamais voulu de son aide là où il aurait pu la lui apporter, elle n'avait d'intérêt que pour l'enseignement qu'elle pourrait tirer de sa réussite à lui. Elle n'avait pas voulu voir, Valkyria, ce qu'il avait désespérément essayé de lui montrer. C'était plus facile de fermer les yeux plutôt que d'accepter de reconnaître que tout son être tombait en ruines.

Adonis la laissa faire, curieux de voir comment elle allait bien pouvoir s'en tirer. « Comment tu m’as retrouvée ? » Elle avait été trop maladroite, et bien trop naïve de s'imaginer qu'il ne se douterait de rien. « Grâce à ta petite visite à Asphalt. C'est toujours quand on agit par affection que l'on commet des erreurs. » Qui l'eût crû, pas vrai? Valkyria s'était subitement souciée du sort de sa cousine, se figurant qu'elle pourrait saisir cette occasion pour l'éloigner définitivement de lui, sans doute. Elle avait été stupide, une fois de plus. Elle n'avait jamais accepté de croire en l'histoire qu'ils écrivaient, Asphalt et lui. Elle s'y était férocement opposée dès le départ, et il n'avait jamais vraiment compris en quoi sa relation avec la cracmolle pouvait bien la déranger autant. Elle avait manqué sa chance de faire partie de sa vie, en refusant la place qu'il aurait tant aimé lui réserver, juste là, avec lui.
Il l'avait formée, lui avait inculqué toutes ses valeurs ; mais elle avait choisi de tout bousiller, trop jeune ou trop arrogante pour se remettre en question. Au fond, peut-être ne pouvait-elle simplement pas se contenter de ce qu'il avait à lui offrir. Peut-être n'aurait-elle jamais pu n'être que son acolyte, puisqu'elle lui avait prouvé qu'elle pouvait le dépasser. Elle avait toujours eu peur de l'ombre, Valkyria, si bien qu'elle avait dû redouter le fait d'un jour se retrouver emprisonnée dans la sienne. Elle avait toujours cru qu'il ne s'agissait que de ça, que d'un vulgaire jeu d'échecs dans lequel elle devrait renverser le Roi pour remporter la partie. Elle ne lui avait jamais fait confiance, alors il ne lui avait jamais accordé la sienne ; et elle s'était barrée, la Dragonstone, elle était partie lui prouver qu'elle pouvait lui piquer sa place de numéro un. Qu'elle pouvait briller aussi fort que lui, être meilleur que lui, pire que lui. Félicitations, Visenya. Tu es encore plus impitoyable que moi. Sans doute étaient-ils trop semblables pour occuper tous les deux une place au sommet, et bien trop différents pour y régner main dans la main.

C'était étrange, de la revoir. Il ne savait toujours pas ce qu'il foutait dans ce trou à rats, il avait d'ailleurs beaucoup de mal à se souvenir des raisons qui l'avaient poussé à y mettre les pieds. « J’espère que les Dragonstone ne sont pas planqués derrière les meubles, en tout cas. Ce serait… assez fâcheux. » Il eut l'ait amusé, il fallait croire que certaines choses ne changeraient jamais ; elle se méfiait toujours de lui, peu importe à quel point ses intentions pouvaient s'avérer sincères. Il ne le lui fit pas remarquer, néanmoins. Elle n'avait jamais voulu comprendre qu'il avait fini par s'attacher à son élève, et il était désormais bien trop tard pour le lui dire. C'était précisément au moment où il avait compris qu'elle devenait bien trop importante qu'il avait fait l'erreur de vouloir l'éloigner. Et ça avait marché, elle l'avait rejoint sur le champs de bataille et ensemble ils avaient saccagé tout ce qu'ils avaient construit, ne laissant plus que les cadavres des instants passés ensemble derrière eux. Les souvenirs étaient encore éclaboussés du sang de toutes les blessures qu'ils s'étaient faits, ce jour-là. Il était là, devant leurs yeux, le résultat du massacre qu'ils avaient laissé se produire. « Je ne suis pas là parce que quelqu'un me l'a demandé, Valkyria. » Elle ne broncha pas, le fixait toujours de ses prunelles impérieuses. Il comprit à cet instant que sa venue était une erreur, il put presque s'entendre prononcer les mots qu'il lui avait lâchés tout à l'heure. C'est toujours quand on agit par affection que l'on commet des erreurs. Il était mieux sans elle. Elle lui avait trop coûté, l'avait trop usé. Elle s'était appliquée à le pousser à bouts, en l'obligeant à lui venir en aide ce jour-là dans l'Allée des Embrumes, à tenir à elle pour ensuite mieux le démolir, lui reprendre toutes ces années et les remplacer par d'autres trop acides, trop cruelles. Il n'aurait jamais dû la retrouver. « Je tenais simplement à te dire de nous laisser tranquilles, Asphalt et moi. » Sauver la face, c'était ce qu'ils savaient faire de mieux. Il se redressa, frotta la poussière qui s'était accrochée à ses vêtements. « Tu ne dois plus te mêler de mes affaires, tu te rappelles? Alors si tu pouvais faire la morte de manière un peu plus convaincante, ça m'arrangerait. » Son regard se posa sur le bras de Valkyria, qui aurait dû lui faire mal s'il avait réellement pensé les mots qu'il venait de lui cracher. Il ne laissa rien entrevoir de son incompréhension lorsqu'il s'avança, prêt à s'en aller sans se retourner, à croire que c'était une sorte d'habitude avec elle. Un moyen de se préserver. « Sur ce, bonne soirée. »


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Ҩ Re: — Let me feel the sting, the pain, the burn under my skin (adonyria III) Ҩ Ven 10 Aoû - 23:01

Elle ne bouge pas d’un cheveux, Valkyia. Des années ont passé, tout devrait être différent ; mais elle ne s’attendait pas assez à te voir ressurgir pour être capable d’endiguer tout ce que ta présence ravive, dans son esprit anesthésié depuis trop longtemps. Qu’est-ce que tu veux ? Il y a forcément quelque chose, pas vrai ? Après tout ce temps. Elle a raison, après tout : tu n’es jamais venu juste pour rien, juste pour elle. Encore moins revenu. N’est-ce pas ? Il faut croire qu’il y a un début à tout, et elle ne demande que ça, au fond. Mais quelque chose l’empêche de respirer tout à fait, pourtant. Enfermée dans ton regard, elle a l’impression d’être redevenue la petite fille qui appelait au secours. Sauf qu’aujourd’hui, la haine et les regrets coincés dans sa gorge l’empêchent de prononcer les mots qu’il faut. Ceux qui sauraient dire ce qui est vrai et qui lui donnent l’effrayante impression de tomber dans le vide ; la reconnaissance, le soulagement inattendu de trouver à nouveaux les yeux qui se sont détournés d’elle tant de fois par le passé. Parce que malgré tout et malgré elle, surtout, cette fois tu es revenu. « Je ne suis pas là parce que quelqu'un me l'a demandé, Valkyria. » Elle a encore du mal à le croire, pourtant ; du mal à te croire. Après tout ce qu’elle a fait, après toutes ses erreurs et ses accusations, restait-il encore assez de ce que vous avez été pour que tu l’aies pardonnée ? Une part d’elle ne demande qu’à le croire ; une autre, à l’inverse, est toujours aux prises avec le souvenir trop brûlant de la dernière déflagration, qu’elle a elle-même alimentée. Elle n’aurait pas pu pardonner ça, elle ; d’ailleurs elle ne l’a pas fait. Comment croire, alors, que tu viennes pour autre chose que lui faire payer tout ce qu’elle a pris ? Réclamer tout ce qu’elle te doit, elle qui n’a jamais eu à payer le prix de rien et qui a eu l’arrogance de croire qu’elle s’en sortirait rien qu’en disparaissant ?

Alors elle ne bouge toujours pas, elle te toise, impérieuse ; c’est tout ce qu’elle sait faire, ça a toujours été sa défense face aux questions auxquelles elle ne pouvait pas répondre, quand bien même elle serait la seule à s’interroger. A croire qu’elle n’a rien appris, Visenya. Malgré l’enseignement, malgré les deux dernières années qu’elle a passées à essayer d’apprendre quelque chose. N’importe quoi. Face à toi soudain, il semble que tout ceci ait été vain. Elle redevient en un regard ce qu’elle a si violemment essayé de changer, d’oublier. L’idée que Valkyria n’est que le résultat des innombrables erreurs que Visenya a commises. La haine et les regrets.

Comment c’est possible, elle se le demande. Pendant six années entières, elle a essayé de s’élever grâce à ton enseignement ; valoir mieux que les autres, mieux que ce qu’ils voulaient qu’elle soit et ce que, au fond, elle a toujours pensé être. Six années entières, foutues en l’air par un seul geste. Un seul mot. Valkyria. Trop craintive pour voir que ce n’était pas une menace. Pas une insulte. Trop bornée pour comprendre et trop idiote pour chercher à savoir ; elle a tout détruit lorsqu’elle a enfin vu ce que tu cherchais à lui montrer depuis le début. Tu l’avais prévenue, pourtant. C’est pas ton monde, princesse. Peut-être que c’était pas le sien, mais il y avait quand même un morceau de ce monde-là caché au fond de ses tripes. C’est ça qu’elle allait chercher, quand elle se relevait après chaque chute, après chaque coup. C’est ça aussi, que toi t’allais chercher à chaque insulte, à chaque mot balancé juste là où il fallait pour lacérer son égo. Ce petit quelque chose de Valkyria qui avait survécu aux Dragonstone, qui a fini par comprendre le sens véritable de tes mots assassins, déceler l’inquiétude dans ta posture alerte lorsqu’elle se relevait un peu trop lentement, que le sang coulait un peu trop. Ce quelque chose de ton monde à toi, qui reliait Mordred et Valkyria là où Adonis et Visenya n’auraient jamais pu que se fracasser l’un contre l’autre. Cette compréhension inavouée qui résonnait dans vos silences plus assourdissants que tous les cris que vous vous êtes jetés. Elle avait tout ça sous les yeux depuis le début Visenya, et elle a refusé de regarder. Trop effrayée à l’idée de voir son monde s’écrouler, son être se morceler. Trop fière de l’idée qu’elle avait d’elle-même pour accepter de tout remettre en question. Jusqu’au bout elle a cru qu’elle avait raison, qu’elle pouvait gagner. Elle s’est leurrée au point de croire que sa victoire c’était à toi qu’il fallait l’arracher.
Comment tu pourrais la pardonner, alors, d’avoir cherché à te tuer pour avoir fait d’elle ce qu’elle est ? Comment tu pourrais seulement la regarder sans lui dégueuler à la figure toute la déception qu’elle t’a fait ressentir, toute la frustration de la voir réussir sans rien comprendre ? Un sale gâchis. Un putain de désastre.

Alors elle a du mal à comprendre, vraiment. Comment tu as pu avoir l’idée de revenir la chercher après tout ça, si personne ne te l’a demandé. Ca n’a aucun foutu sens, c’est forcément une erreur. C'est toujours quand on agit par affection que l'on commet des erreurs. Son ventre se tord à cette pensée, elle a trop envie d’y croire. Que tout est pas gâché, que tout est pas perdu. Qu’il vous reste autre chose, encore, que la haine et les regrets. « Je tenais simplement à te dire de nous laisser tranquilles, Asphalt et moi. » « … Quoi ? » Estomaquée, elle a parlé sans réfléchir. Vous laisser tranquille ? Tu lui reproches d’avoir rendu visite à Asphalt en prison ? Elle voulait l’aider, la faire sortir ; réparer un peu les dégâts qu’elle a causés, toute seule comme une grande. Et tu es venu pour lui reprocher ça ? C’est ridicule, insensé. Elle s’insurge intérieurement, s’apprête presque à renchérir lorsqu’elle réalise que ça ne peut pas être vrai. Que c'est n'importe quoi. Si elle avait outrepassé les limites du serment, tu n’aurais pu rendre visite qu’à un tas d’os calcinés. On ne rappelle pas les termes d'un serment inviolable ; le premier avertissement lui a laissé une marque indélébile dans la chair. Ca ne colle pas. « Tu ne dois plus te mêler de mes affaires, tu te rappelles? Alors si tu pouvais faire la morte de manière un peu plus convaincante, ça m'arrangerait. » Elle ne veut pas croire que c’est tout. Tu ne l’as pas retrouvée après tout ce temps pour lui demander de rester loin, alors que c’est précisément ce qu’elle a fait. Ca ne se peut pas, il y a autre chose, il y a forcément autre chose, pas vrai ?  « Sur ce, bonne soirée. » Sidérée, elle ne bouge pas. Elle te regarde détourner les yeux, la contourner, et elle n’ose même pas se retourner pour te suivre du regard. Elle est paralysée, la panique de te voir t’en aller se dispute à la peur de ce qui arrivera si elle essaie de te retenir. Elle ne veut pas croire que c’était tout ça pour ça, tout ça pour rien. Il y a autre chose, un truc que tu ne lui dis pas. Tu n’es jamais venu juste pour rien. Cette fois, peut-être bien que c’était juste pour elle. « Adonis ! »

Sa voix, pressante, a résonné trop fort entre les murs de la pièce. Elle n’ose pas encore tourner la tête pour voir si tu es toujours là ; si, cette fois, tu l’as entendue. Elle se rappelle, les cris déchirants dans la salle d’entraînement. Le dernier appel sans réponse, sur Domovoï’s Rock.
Pas cette fois, elle supplie en silence, et elle se retourne finalement. Tu t’es arrêté dans l’entrée, et les mots se pressent déjà dans sa gorge, avant qu’il soit trop tard. « Tu te fiches de moi. » Peut-être pas les bons, mais c’est toujours mieux que ce silence qui vous a tués deux fois déjà.
Ce n’est que lorsqu’elle fait plusieurs pas pour se rapprocher de toi que tu te tournes à nouveau face à elle. Vos regards s’entrechoquent ; elle continue déjà. « Si tu crois que je vais te laisser te sauver comme ça, tu » Non, non, pas comme ça. Trop de fois déjà, elle a utilisé les mauvais mots, les mauvaises phrases. Il y a des choses qu’elle doit dire depuis trop longtemps pour laisser passer la dernière chance qu’elle aura probablement de vous réparer, au moins un petit peu. Panser des blessures qu’elle pensait incurables, depuis trop longtemps infectées. Mais tu es là, tu es revenu. Et contrairement à ce que tu prétends, ça doit bien vouloir dire quelque chose. Elle hésite, figée, incapable de se reprendre, de rattraper ce qu’elle a déjà jeté, trop vite et trop fort, sans réfléchir. Depuis trop longtemps. Lentement, elle change de posture, sans trop le réaliser. Plonge dans ton regard au lieu de s’y fracasser encore. « Il y a… il y a des choses que je veux te dire. » Son coeur s’emballe, elle a presque des vertiges. Pourquoi est-ce que c’est si difficile ? Pourquoi ça fait si peur, de réaliser qu’il est encore possible de sauver quelque chose ? « Je ne l’ai pas fait plus tôt parce que je pensais que… » Elle baisse les yeux, jette un oeil à son bras marqué. Non, ça c’est une excuse. Elle le sait, au fond, que le problème ne vient pas de là. « je ne le pouvais pas. » Elle revient chercher ton regard, en douceur. « Mais ça ne me brûle pas. » Alors, peut-être que ça veut dire que tu vas l’écouter. Elle en a toujours douté, tellement qu’elle n’avait jamais osé s’imaginer qu’elle pourrait se retrouver pour de vrai dans cette situation, un jour. C’est idiot, elle se dit. Après tout, celui de vous deux qui n’écoutait pas l’autre, ça n’a jamais été toi.

Maintenant qu’il faut parler, elle n’y arrive plus. Les mots s’enfuient, ça lui donne presque envie de baisser les bras. Tu sais quoi, oublie. T’as qu’à te casser, ça fait longtemps qu’on est trop fracassés. Ce n’est pas ce qu’elle veut, pourtant ; elle n’a jamais voulu de cette fin-là, et certainement pas pour vous deux. Le courage lui a toujours cruellement fait défaut. Mais ce moment est le premier à compter depuis trop longtemps. Le seul qui peut faire une différence, et qu’elle n’a pas envie de laisser s’échapper. « Je… j’ai compris. » Elle ferme les yeux, juste un instant. Cherche derrière ses paupières un tout petit peu de courage, un tout petit peu de cran. Juste ce qu’il lui faut pour ne pas vous laisser tout bousiller encore une fois. Lorsqu’elle affronte à nouveau ton regard indéchiffrable, elle a l’impression de sauter dans le vide. Un vide au fond duquel elle risque bien de se briser si tu ne la rattrapes pas. « Toutes mes conneries, tout… tout, je crois. » Elle tremble un peu, encore ; ça l’agace d’être terrifiée, mais comment ça pourrait être autrement ? Elle a tellement peur que tu ne comprennes pas, que tu ne veuilles pas entendre. Que tu n’aies rien pardonné ; parce qu’après tout qu’est-ce que ça change, qu’elle ait compris ? Le mal est fait. « J'ai été stupide. Et injuste. »
Elle s’est tordue, taillée, disséquée pendant deux ans pour extirper d’elle tout ce qui avait pourri, toute la luxueuse crasse dans laquelle Visenya s’était embourbée. Elle a taillé, découpé les parties d’elle qui ne lui appartenaient pas, qu’on avait greffées de force à son corps d’enfant trop naïve. Il en résulte celle qui se tient devant toi, aujourd’hui. Elle a grandi, même si pour cela il a fallu tout perdre, presque tout le monde ; tout laisser derrière, avec cette vie dont elle ne voulait plus. Mais toi tu es revenu ; déterrant tous les crimes et les erreurs qu’elle n’a jamais réussi à pardonner. Et ça la fait trembler de peur, de réaliser qu’à nouveau, tu pourrais tout détruire d’un seul mot. Si tu la repousses, si tu la rejettes quand même. Pas à cause de ses conneries, cette fois, pas à cause de son aveuglement puisqu’elle s’en est enfin libérée. Mais à cause d’elle, malgré tout. Juste à cause d’elle. « Je ne sais pas si ça change quelque chose, je… » A nouveau, elle tremble, doit se faire violence pour ne pas baisser les yeux. « Je n’ai plus la prétention de croire que je mérite d'être pardonnée. » Mais je t’en prie, il faut au moins que tu m’entendes. « Je suis désolée. » Sa main vient chercher son bras, celui qui porte la marque indélébile de tout ce que ses conneries lui auront coûté. « Je... je crois qu'on méritait mieux que ça. » De ce qu’elles vous auront coûté, à vous, et tout ce que vous auriez pu être si seulement elle avait accepté de te faire confiance. « C’était important pour moi, que tu le saches. » Qu’il y a autre chose, maintenant, que la haine et les regrets. Qu'elle ne te déteste pas, qu'elle aurait voulu réussir à comprendre, à l'époque ; qu'elle aurait voulu voir ce que toi tu voyais pour vous. Et qu'elle y aurait cru, elle-aussi, si seulement elle avait été un peu plus elle, et un peu moins tout le reste ; moins Visenya, surtout. Parce que c'était pas son monde, à la princesse. C'était le votre.




"You act like it's you against the world,
but it's really just you against yourself.”

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HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : PurMessages : 304Date d'inscription : 07/02/2016Localisation : Domovoï's Rock.
Ҩ Re: — Let me feel the sting, the pain, the burn under my skin (adonyria III) Ҩ Sam 11 Aoû - 16:36

under my skin

You take me by the hand, I question who I am. Teach me how to fight, I'll show you how to win. You're my mortal flaw, and I'm your fatal sin. I finally see what you knew was inside my all along.


C'était presque trop stupide de s'être ramené jusqu'ici, il le comprenait à présent. Un peu tard, sans doute. Sûrement parce qu'il n'avait jamais totalement accepté la situation qu'elle lui avait imposée. Il n'avait jamais pu comprendre comment ils en étaient arrivés là, comment ils avaient pu se bousiller au point de devenir deux étrangers, un peu tordus, un peu cassés. C'était l'incompréhension qui était douloureuse, toutes les questions auxquelles il n'avait jamais pris le temps de chercher des réponses. Parce qu'il avait trop peur de ce qu'il aurait pu trouver s'il avait cherché un peu trop bien. Et si elle avait raison, au fond? Et si c'était lui qu'il fallait blâmer pour chacune de ses côtes cassées, et pour chacun des morceaux brisés de son coeur? Si sombre, si noir depuis qu'il l'avait touché du bout des doigts, Mordred. Il avait forcément fallu qu'il la salisse, pas vrai? Elle était trop lisse, Visenya. Trop parfaite dans ses robes du soir, souriant à la foule qui se pressait pour la voir. Trop confortable dans ses mensonges, dans ses secrets. Elle réussissait à prétendre que ce masque était son vrai visage, là où il n'y arrivait plus, Adonis. Peut-être bien que c'était précisément parce qu'elle aurait pu s'en tirer si elle ne l'avait pas rencontré qu'il avait fallu qu'il marque sa présence partout sur son existence. Qu'il s'impose, chaque jour, qu'il s'insinue un peu plus loin, creusant sous la surface comme pour chercher un trésor enfoui dans sa chair. Un coffre scellé au fond d'un océan d'illusions, dont il avait démoli la serrure. Mosaïque de perles noires à l'intérieur, si belles mais si dangereuses. Tant pis, il s'en était emparé quand même, de ce trésor maudit. Il lui avait balancé chaque diamant pourpre en espérant qu'elle se coupe en l'attrapant. Et elle s'était ouverte en deux, Visenya, recrachant toutes les imperfections qui grouillaient en elle. Soudain, elle n'était plus si belle, plus si irréprochable. Il avait toujours su qu'elle ne pourrait pas supporter une telle vérité, si crue, si détestable ; pourtant il avait tellement espéré s'être trompé. C'était presque agaçant, d'avoir trop souvent raison.

« Adonis ! » Il se figea sur place, rien qu'une seconde. Juste de quoi chasser les souvenirs, de toutes ces fois où elle l'avait appelé et où il ne s'était pas retourné ; juste pour se rappeler, de pourquoi il n'était jamais revenu vers elle. Pourquoi il l'avait si souvent abandonnée, pourquoi il n'avait jamais pensé que peut-être, elle pourrait avoir besoin de lui, rien qu'une fois. Une seule. Pour lui prouver qu'elle avait compté, qu'elle avait été importante. Pour lui montrer qu'elle n'était pas qu'une collection d'échecs et de déceptions. Mais il ne l'avait jamais franchi, ce pas qui l'aurait ramené à elle. Pourquoi? Parce qu'au fond, il avait cru comprendre qu'elle n'avait plus besoin de lui. Il n'avait plus rien à lui apprendre, et cela avait toujours été leur unique accord, pas vrai? Alors quand elle avait rejeté de toutes ses forces sa dernière leçon, il s'était dit qu'il n'y avait rien à faire de plus. Qu'elle était trop comme lui pour qu'il ne reste auprès d'elle ; il n'y avait pas de place pour eux deux dans l'étroitesse de leur coeur. D'ailleurs il n'était pas même certain qu'il y ait de place pour qui que ce soit.
Elle le rattrapa, puisque pour une fois, elle le pouvait. Pour une fois, il la laissait. « Tu te fiches de moi. » Il sentit sa mémoire se diluer sous l'exaspération qui affluait, qui le gagnait à chaque fois qu'elle avait ouvert la bouche au cours de ces dernières années. Elle ne savait faire que hurler, avec lui. Gueuler, frapper, détruire. Il lui avait si bien appris, Mordred. C'était presque ironique. « Si tu crois que je vais te laisser te sauver comme ça, tu » Il se tourna vers elle, dardant un regard terne sur celle qui se débattait encore dans son ombre. Incapable de choisir, entre les cris ou les soupirs. « Il y a… il y a des choses que je veux te dire. » Il n'était pas certain d'avoir très envie de l'écouter, elle avait usé toute sa patience, jusqu'au bout. Elle avait rongé leur relation jusqu'à l'os, comme pour s'assurer qu'il n'en resterait plus rien. Alors à quoi bon continuer à s'acharner, puisqu'elle avait enfin réussi. Il avait été tellement stupide de venir, Adonis. Tellement faible, aussi. Sans doute. « Je n'ai pas franchement envie de les entendre, si tu permets. » Voix glaciale, tranchante. Il n'aurait jamais dû revenir. Quel imbécile.

Mais elle poursuivit quand même, mal assurée, délicatement abîmée. « Je ne l’ai pas fait plus tôt parce que je pensais que… » Il suivit son regard qui s'arrêta sur la marque, symbole de tout ce qu'ils avaient foutu en l'air. «je ne le pouvais pas. » Elle s'accrocha à ses prunelles, d'un coup, comme si elle était redevenue la petite fille qui le suppliait de l'écouter, de la prendre au sérieux. « Mais ça ne me brûle pas. » Il ne broncha pas. Bien sûr, il l'avait constaté, lui aussi. Il avait vu qu'elle n'avait rien ressenti, lorsqu'il s'était approché d'elle. Il avait eu l'espoir qu'elle ne le remarque pas, ça aurait été plus simple. Il n'aimait pas se retrouver acculé contre un mur, être mis face à une évidence qu'il lui était impossible de nier. Il tenta quand même, se disant que de toutes façons, elle n'avait jamais su déceler le vrai du faux, avec lui. Pas une seule fois en six ans, et certainement pas toutes les dernières depuis lors. « Et alors? » C'était si facile de prétendre que ça ne voulait rien dire. N'était-ce pas ce qu'il avait toujours fait pour à peu près tout ce qui la concernait?
« Je… j’ai compris. » Il sentit une boule se former dans sa gorge, le priver d'air. Elle avait... compris? Qu'avait-elle compris, au juste? Il aurait voulu hurler, exiger, commander. Elle lui devait bien quelques réponses, pas vrai? Après avoir inversé toutes les questions. « Toutes mes conneries, tout… tout, je crois. » Elle se mit étrangement à trembler, et il aurait tant préféré se mettre à ricaner, à cet instant. Lui rire à la gueule et lui cracher que c'était tout ce qu'elle méritait, ce sentiment infâme d'avoir tout gâché. Qu'elle ne pouvait s'en prendre qu'à Visenya, qu'à tous les regards qu'elle n'avait jamais su interpréter, qu'à tous les silences qu'elle avait fait éclater dans les larmes et dans les coups. Elle n'avait jamais réussi à lire ce qu'il ne savait pas comment lui dire. Et désormais, c'était trop tard. Trop tard. Trop tard. Trop. Tard. Pas vrai?

Elle reprit, toujours aussi hésitante. « J'ai été stupide. Et injuste. » Ça s'échappa quand même, le rictus mauvais qu'il ne pouvait plus contenir. Il fallait bien que ça s'exprime, tout le dégueulasse de cette putain de conversation. Tout le tragique, toute l'ironie. « Non, tu crois? » « Je ne sais pas si ça change quelque chose, je… Je n’ai plus la prétention de croire que je mérite d'être pardonnée. » Il avait l'impression d'avoir été projeté dans un autre monde, un ailleurs où ce genre de scène serait possible ; car ça ne pouvait pas être vrai, pas ici, pas comme ça, pas maintenant. Ça n'avait absolument aucun sens. Pourquoi s'excuserait-elle après toutes ces années alors même qu'elle n'avait strictement rien à y gagner? Ce n'était pas son genre, à Visenya. Elle ne s'exposait pas ainsi, elle ne tendait pas son flan pour qu'il y dépose sa marque. Qu'il y enfonce la dague, celle dont elle s'était servie tant de fois pour le blesser, lui. Avait-elle seulement idée de tout ce que ses paroles remuaient? De tout le désastre qui s'agitait sous sa carapace, simplement parce qu'elle s'était glissée sous ses remparts? Elle n'avait jamais vu le masque aussi distinctement que maintenant, n'avait jamais songé qu'il suffisait de tendre les mains pour le lui ôter ; et voir tout ce qui s'écroulait en-dessous. Toute cette hargne qu'il n'avait plus le courage de feindre, toutes les blessures qu'elle lui avait infligées et dont il ne prenait plus la peine de camoufler les hématomes. Elle s'étalait juste là, Valkyria, en petites touches violacées sur sa peau fanée ; elle s'était si longtemps agrippée à lui qu'elle avait fini par laisser des traces, elle aussi. C'était presque étrange de sentir la pression s'en aller, ses griffes se retirer de son épiderme et tout doucement se rétracter.

Et juste quand il n'y croyait plus, elle lui prouva qu'elle pouvait encore le surprendre, qu'elle pouvait encore apprendre. Même après tout ce temps. « Je suis désolée. » La lueur se mit à briller trop fort dans ses yeux clairs, pourtant il la fixait sans ciller, trop convaincu qu'il ne pouvait qu'être en train de rêver. Allait-elle disparaître s'il clignait des paupières? « Je... je crois qu'on méritait mieux que ça. C’était important pour moi, que tu le saches.  » Il ne sut pas exactement s'il était sous le choc ou simplement las, fatigué d'avoir encore à se trouver face à cette fille qui lui avait si cruellement tout dérobé. Jusqu'à ses propres failles, jusqu'à ses propres incertitudes, ses propres défauts. Elle était son portrait craché, vomi, dégobillé. Celui contre lequel elle avait si fort lutté, ce tableau affreux qu'elle avait voulu éventrer. Mais elle n'avait pas réussi, alors... tant pis? Il ne savait pas vraiment ce qu'il pensait de tout ça, ni au nom de quoi s'était-elle figurée qu'il avait envie d'entendre toutes ces choses. Elle l'avait usé jusqu'à la moelle. Gaspillé toutes les chances qu'elle avait eues d'arrêter cette mascarade avant qu'il n'y ait presque plus rien à réparer. Presque. Et sans doute était-ce à cause de ce minuscule petit argument qu'il s'obligea à sortir de sa léthargie. « C'était important pour toi? » Il sentit une vague de rancoeur le submerger, mais il tenta de chasser ses démons là d'où ils ne pourraient pas les détruire un peu plus. Cette fois ce n'était pas Mordred qui devait gérer sa colère, c'était Adonis et ça n'avait rien de naturel, rien de simple. Il avait oublié qu'il pouvait avoir trop mal, lui aussi, parfois. Mal d'avoir trop donné, et surtout, d'avoir trop perdu. « Et tu crois que toi tu ne l'étais déjà plus pour moi, quand tu as débarqué à Domovoï's Rock pour m'ôter la vie? » Il y avait un ouragan au fond de ses yeux clairs et il gagnait trop de terrain, dévorait toute la lumière. « Tu crois que je n'aurais pas voulu que tu t'aperçoives de toutes tes conneries avant de me déglinguer sur cette putain d'île? » Il ressentit à nouveau le même mélange étrange de fierté et de chagrin, un cocktail explosif dont il ne savait absolument pas quoi faire. « Combien de fois ai-je essayé de te le dire, que c'était trop con tout ça, que tu étais stupide et capricieuse et que ça allait tout nous coûter. » Il s'approcha, un peu trop vite, peut-être. Un peu trop nerveux. « T'as toujours été trop fière pour écouter, de toutes façons. Trop Visenya. » Le prénom résonna comme un coup de canon, assourdissant. T'as toujours eu si peur de finir comme moi. « Tu as tout saccagé. Et je t'ai laissée faire, parce que tu m'aurais entraîné dans ta chute si j'avais tenté de revenir. » Et puis ça se mit à picoter, dans sa poitrine. Il se reprit, d'un ton un peu plus usé, plus fatigué. « Au final, tu l'as fait quand même. Et tu sais quoi, c'était même pas si grave, que tu me détestes à ce point. » Ce n'était pas grave, simplement blessant. « Mais tu n'as pas le droit de changer d'avis comme ça, d'un coup. Pas après toutes ces années. Pas maintenant, enfin, c'est ridicule. » Et s'il restait des bouts de leur histoire auxquels se raccrocher, est-ce qu'il le ferait? Est-ce qu'il la pardonnerait? « A quoi ça sert, hein? On ne reviendra jamais en arrière. » Qu'est-ce que tu attends de moi, Visenya? Que veux-tu m'arracher de plus que tout ce que tu m'as déjà pris?


CODAGE PAR AMATIS
AVATARS PAR MITTWOCH ET AMOR FATI



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If it feels good, tastes good, it must be mine. Heroes always get remembered but you know legends never die. And if you don't know now you know, I'm taking back the crown. I'm all dressed up and naked. I see what's mine and take it. The crown, so close I can taste it.


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