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 Our poison apple. ~ |Evgecho|

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✝ ABYSSUS ABYSSUM INVOCAT
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✝ ABYSSUS ABYSSUM INVOCAT

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Statut du sang : PurMessages : 11Date d'inscription : 23/02/2018Localisation : Bien au chaud dans son fric.
Ҩ Our poison apple. ~ |Evgecho| Ҩ Jeu 12 Avr - 18:30


Les premières mesures de quelques cordes, l’appui douceâtre des contrebasses. La tonalité mineure imprègne la pièce, se répand sur les rideaux de velours, caresse le papier peint un peu vieillot du bureau dont l’atmosphère, trop chaude, étouffe aussi bien les cris que les larmes. Do mineur, songe-t-il en regardant à la fenêtre, ses yeux clairs rivés vers le dehors. Il a toujours adoré Mozart, Evgeni. C’est un peu sa marque de fabrique ; ceux qui le connaissent depuis longtemps sont capables de donner son humeur avant même de l’avoir vu, au son de la musique résonnant dans le manoir. Le Requiem inachevé en cas de grande contrariété ; l’air de la Reine de la Nuit, aussi. Quand son humeur est plus clémente, le troisième mouvement du Concerto pour piano en Mi majeur., le deuxième mouvement du Concerto pour flûte. Un regard vers le passé, et c’est l’air du Commandeur qui prend la place ; la caresse du souvenir d’Anya, et la douce mélodie des Nozze di Figaro résonne dans toute la bâtisse. Il a toujours aimé Mozart, Evgeni, et le bonhomme a accompagné chaque étape de sa vie. Il s’en souvient comme si c’était hier, les musiciens dans le grand salon, un évènement incroyable. Les premières notes de l’Ave Verum Corpus, le son pur et délicat des violons, et ce sorcier, à sa gauche, murmurant doucement que l’homme qui avait écrit une musique comme celle-ci connaissait la voix de Dieu.

Il s’était mis à croire, après ça, avec cette unique phrase comme mantra et la musique qui s’était mise à l’envahir, témoin du basculement si soudain vers la Foi que le jeune homme avait montré, cinquante années auparavant. ça ne l’avait jamais vraiment quitté, ni ça, ni Mozart. Lui qui n’avait jamais perdu sa croyance, lui qui avait su l’entretenir de toutes ses forces malgré la mort d’Anya, malgré le départ de Zarkha, malgré la concurrence malhonnête de cette seconde institution venue lui mettre des bâtons dans les roues, se sent soudainement pris d’un doute profond. Alors que le Kyrie de la Messe en Do mineur résonne dans la pièce, alors que son regard se perd vers les rues de Sofia aux dernières lueurs du jour, il se surprend à maudire ce Dieu qu’il a pourtant aimé de toutes les fureurs de son être, durant cinq longues décennies. Car après tout, qu’a-t-il bien pu faire pour recevoir la punition divine, lui qui a toujours considéré avancer dans le droit chemin sans jamais se détourner, lui qui s’est repenti tant de fois dans le silence de sa chambre vide, qui a si souvent demandé pardon pour cet amour qu’il a été incapable de donner à sa propre fille ? Qu’a-t-il bien pu faire pour être châtié de la sorte, trahi par son propre sang ?

Qu’aurait-elle dit, Evgeni ? sussure la petite voix au creux de son esprit, rieuse, moqueuse, alors qu’il serre le poing à s’en faire mal. Qu’aurait-elle dit si elle l’avait vue, cette famille qu’elle a abandonné depuis un millier d’années, qu’aurait-elle pensé en voyant avec quelle indifférence cruelle ce père de famille a traité sa fille, quels mots aurait-elle prononcé pour le blâmer, rejeter la faute sur ce deuil qu’il n’a jamais réussi à terminer ? Il n’ose pas y penser. Si elle avait été là, les choses auraient sans doute été différentes ; si elle avait été là, ils auraient eu un autre avenir, un autre possible. Si elle ne t’avait pas tuée, j’aurais sans doute été capable de prendre soin d’elle. Il se conforte dans cette pensée, parce que ça le rassure, quelque part, ça fait de lui un homme un peu moins lamentable, un peu moins responsable de ce qui lui tombe sur la figure. A la fureur des premiers instants s’est substitué une douleur familière et trop ancienne dans son regard froid, alors qu’il détourne les yeux du paysage urbain derrière le parc du manoir pour reporter son attention sur la pièce éclairée par deux chandeliers. Si au moins il pouvait considérer qu’il ne s’agit là que d’une mauvaise plaisanterie d’un Dieu qui le condamne. Il n’arrive pas à s’y résoudre. C’est encore le dernier allié qui lui reste dans cette épreuve solitaire.

Lui, et Echo.

Qu’est-ce que ça va lui faire, à son fils ? Lui qui n’a jamais accepté le départ de sa soeur, sera-t-il capable d’ingérer le poids de sa douloureuse trahison ? Il n’en sait rien, il ignore s’il veut y penser. Il n’a pas le choix, il doit le lui dire ; ça sera bref, formel. Quand on frappe à la porte, il gronde un entre la voix rendue rauque par son silence prolongé. Il a appris la nouvelle au matin, et n’a plus prononcé un autre mot depuis que Je veux voir mon fils. Lorsque l’intéressé finit par entrer, c’est un regard gelé qui le salue. Comme il est différent d’elle, songe-t-il en l’observant sans rien dire, d’abord, posant ses yeux sur la silhouette élancée de son fils. Il est sa fierté, sa réussite, l’accomplissement de sa vie. Echo est devenu bien plus que ce qu’il a espéré ; c’est sans doute préférable, pense-t-il avec amertume, que ça soit cette fille à qui il n’a jamais rien confié qui ait décidé de le trahir. Il ne se serait jamais relevé de celle de son aîné. “Tu as mis du temps à venir.” grommelle-t-il en guise de bonjour, alors que la voix de la choriste envahit doucement l’atmosphère lourde de la pièce. “Quand je dis “une affaire urgente”, je m’attends à ce que tu sois là dans l’heure.” Il n’a jamais su faire semblant, Evgeni. Sa rage froide est palpable, quand il prend place sur le siège de son bureau, invitant son fils à faire de même. “Peu importe. J’ai reçu quelques informations au sujet de la branche concurrente qui devraient t’intéresser. Assieds-toi.” puis, posant son regard dans le sien, il ajoute. “Tu as eu des nouvelles de Zharka, récemment ?
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Ҩ Re: Our poison apple. ~ |Evgecho| Ҩ Ven 18 Mai - 10:41

our poison apple
echo velikov & evgeni velikov

   
« The day will come when your joy will turn to ashes in your mouth and you'll know the debt is paid. »
Echo ne met pas souvent les pieds dans le bureau de son père. Le goût d’interdit est un peu resté, des années après. Enfant, l’accès lui était refusé systématiquement. C’est là que papa travaille, et je ne dois pas l’embêter avec mes jeux. Puis grandissant, il a compris que ce n’est pas seulement un lieu de travail, c’est un refuge. C’est de là que sont provenus les premiers cris, les premiers pleurs, quand le silence s’est abattu sur eux. Il a appris à le respecter, à n’y pénétrer qu’en cas de nécessité, que sur invitation expressément exprimée. Evgeni a son bureau, lui a ses cachettes, les endroits où il va chercher le souvenir de Zharka lorsque son absence lui pèse trop. Là où il chercher les enfants qu’ils ont été, le fil d’or qui les liait l’un à l’autre. Il devient de plus en plus ténu, ces temps-ci. Pourquoi, il partage son secret, à sa sœur, il est gardien des fantômes qui l’habite. Ce n’est pas rien, ce qu’il garde pour lui, Echo, que dirait leur père s’il savait que son fils adoré protège toujours sa sœur cadette de ses colères? Elle est partie, pourtant, Echo, elle n’est plus rien pour nous. Si seulement c’était aussi facile. Ca fait bien longtemps qu’elle n’est plus rien pour toi papa mais moi je ne peux pas la refuser comme ça. Elle est trop présente à l’intérieur de moi.

Echo frappe à la porte et entre rapidement ; il est en retard, il n’a pas mesuré l’urgence de la requête de son père. Il a pris goût à ses petits interludes avec Stefan ; c’est un pion de plus qu’il déplace sur l’échiquier pour battre la reine. Mettre toute sa vie en échec. Il s’investit peut-être un peu trop, y laisse sûrement trop de lui-même mais il ne peut pas s’en empêcher ; la chasse et le jeu sont trop alléchants. « Tu as mis du temps à venir. » Evgeni n’est pas de bonne humeur. Avant même d’entrer, Echo en a entendu les signes annonciateurs, les notes qui s’égrènent dans l’air, autant de couperets qui s’apprêtent à tomber sur leurs têtes à tous. « Quand je dis “une affaire urgente”, je m’attends à ce que tu sois là dans l’heure. » Le fils acquiesce, ne se cherche pas d’excuse ; Evgeni n’a aucune patience pour les justifications et les explications maladroites. Il fera mieux la prochaine fois. Comme toujours. Il sait de toute manière que son père ne lui en tient pas rigueur ; de toute évidence, il a plus important à lui dire.

Il s’assoit en silence, et fait signe à Echo de prendre place en face de lui. De la même manière, il s’exécute sans un mot ; il laisse la main à son père, le contrôle de la situation. Toute l’arrogance et l’insolence qui peut le caractériser au dehors, il n’en porte jamais aucune trace devant son père. Ne demeure qu’un profond respect et une ligne de conduite irréprochable, propre à la hiérarchie et l’affection qui les lie. « Peu importe. J’ai reçu quelques informations au sujet de la branche concurrente qui devraient t’intéresser. Assieds-toi. » La Svaboda. Echo serre les dents ; cette organisation de sauvages leur met des bâtons dans les roues depuis un moment maintenant. Ils n’ont rien inventé par eux-mêmes et se contentent de produits médiocres et de méthodes douteuses. De la famille Velikov, ils n’obtiennent que le mépris. Pourtant, cette branche concurrente est devenue leur principal souci. Plus accessible, moins luxueuse, leur iskra fait de nombreux adeptes et la Bratva refuse de s’abaisser à leurs pratiques. La seule solution demeure alors l’annihilation totale de cette organisation prétentieuse qui pense pouvoir s’approprier l’héritage d’un empire construit dans l’honneur et la douleur.

Evgeni a l’air grave quand il demande : « Tu as eu des nouvelles de Zharka, récemment ? » Désarçonné, Echo sent son corps se tendre. Evgeni parle peu de Zharka et jamais pour en dire du bien ; cela fait bien longtemps qu’il est lassé et éreinté de toutes les batailles qu’il a menées pour tenter de réconcilier ces deux pans de sa vie. Elle s’est lassée aussi, Zharka, malgré le secret qui les unit, elle lui échappe de plus en plus. Il ne peut pas comprendre ce qu’elle vit, avec l’Ox au creux des veines, ne comprend pas ce qu’elle risque. Il aimerait pouvoir la protéger, utiliser leur nom pour la cacher derrière comme un bouclier, mais elle a choisi la liberté. « Non. Elle est de plus en plus silencieuse. On croirait presque qu’elle m’évite. » Il est amer, un peu, il ne comprend pas, Echo. Parfois il a l’impression que le fil d’or s’est rompu. Il n’arrive pas à savoir si cela va rassurer Evgeni, de savoir que le contact entre l’enfant chéri et l’enfant maudit se brise ; il sait que l’attachement d’Echo à sa sœur reste une faiblesse. Il sait aussi que quoi qu’il arrive, il n’a pas le droit de demander à son aîné de sacrifier ça.

Elle est distante, Zharka, il la sent trop loin en ce moment. Quand bien même il sait qu’elle peut se défendre, il ne peut pas s’empêcher de sentir son myocarde battre un peu plus fort quand il entend parler des victimes de la Svaboda. Avec le sang qu’elle a, elle est devenue une cible. Un frisson lui parcourt l’échine. Est-ce là le lien entre Zharka et la branche concurrente ? Son père s’apprête-t-il à lui annoncer la capture de sa sœur ? Il crève d’envie de demander, de faire voler en éclats la tranquillité de l’échange. Mais s’il se trompe, Evgeni saura. Il saura que Zharka est une cible potentielle, et il se demandera pourquoi. Alors il ondule, Echo, il se redresse comme un cobra et il ondule autour de la question qui lui brûle les lèvres. Question de protocole. « Si je peux me permettre, qu’est-ce que cela a à voir avec la Svaboda ? » Il attend, impassible, le couperet qui va tomber d’une manière ou d’une autre, et changer leurs vies à jamais. Alea Jacta Est.


   
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Ҩ Re: Our poison apple. ~ |Evgecho| Ҩ Lun 2 Juil - 20:33

Il le regarde, son fils, parce qu’il n’y a plus que cela qui compte. Il l’observe, Evgeni, lui obéir et s’asseoir docilement face à lui. Il l’a bien élevé, son garçon, il lui a inculqué des valeurs qui ont fini par se retourner contre lui. Il est certain qu’Echo ne sait absolument rien de l’implication de Zharka dans la Svaboda. Il sait qu’il ne lui aurait jamais caché ça, pas à lui, pas à son père. Il lui est déjà difficile de dissimuler le profond manque d’elle qui s’est instauré dans sa poitrine, ça brille dans ses grands yeux chargés d’intelligence. Evgeni a perdu une fille, Echo a perdu une soeur. Là où il a pensé que tout s’arrêterait avec cet état de fait, Zharka lui a montré le contraire. Cette sale petite garce qui a eu simplement l’audace de continuer d’exister. Le mépris fait frémir ses lèvres, alors que ses yeux gelés se posent dans ceux de son aîné. Il en a d’autres, des enfants, et il les aime c’est incontestable ; mais la place d’honneur lui revient à lui, elle lui est toujours revenue. Il a le visage de sa mère, son sang, son enfant ; le fantôme d’un passé heureux qui a disparu. Il y pense, à chaque fois qu’il le voit. A chaque fois, depuis beaucoup trop longtemps.

C’est infime, la tension qui parcourt le corps d’Echo, un frémissement léger des doigts, un étrécissement à peine perceptible de ses paupières. Oui, mais c’est son métier à Evgeni, le bluff. Il est peut-être vieux, mais il n’est pas encore obsolète. Quelque chose ne va pas. A-t-il déjà compris ? Ou y’a-t-il finalement des choses que tu me caches, toi aussi ?
Evgeni n’a jamais cherché à savoir ce que la fratrie a vécu sans lui. Quels liens ils ont tissé, quelles paroles empoisonnées Zharka a pu lui murmurer au creux de l’oreille. La colère lui fait serrer les dents, mais il n’ajoute rien de plus. La paranoïa est sans doute le pire ennemi du chef. Elle lui fait voir l’ennemi partout, et faire preuve d’une prudence trop voyante. Il devient faible. Evgeni n’a pas peur des mensonges. Quoi qu’Echo lui cache à cet instant, il le découvrira, tôt ou tard. Il n’est pas pressé. Il a appris que l’empressement n’était pas non plus une bonne chose. Il a fait quelques erreurs, mais il a appris d’elles.

« Non. Elle est de plus en plus silencieuse. On croirait presque qu’elle m’évite. » Il ne répond rien à cela, il se contente de joindre ses mains, et d’attendre la suite. Il avait déjà deviné qu’Echo ne saurait rien de cette trahison. Elle est lâche ta fille, Evgeni. C’est par une autre voie qu’elle a décidé de t’atteindre que celle de l’affrontement direct. Et elle a bien fait, songe-t-il en se redressant légèrement. Elle a bien fait, parce qu’il ne l’a pas aimée, mais il lui a appris. Il sait qu’il aurait dû prévoir tout ça. Qu’il aurait dû savoir qu’elle se vengerait de cette façon. C’est sa fille, et c’est une Velikov. Et Echo ? Y a-t-elle pensé, quand elle a poignardé leur famille ?

Il hésite, Echo, il met du temps à poursuivre, comme si ça allait le brûler de parler quand il se redresse, à peine, pour faire face à son père. « Si je peux me permettre, qu’est-ce que cela a à voir avec la Svaboda ? » Il ne va pas lui cacher la vérité plus longtemps. Son regard erre quelques secondes dans la pièce. Son bureau a toujours été son refuge, le témoin de ses émotions les plus noires et de ses souvenirs les plus beaux. Quand Anya était en vie, et qu’elle était la seule à avoir le droit de passer cette porte sans y être invité. Elle s’asseyait près de lui, et sa concentration s’effondrait. Reprenant doucement ses esprits, quittant des yeux l’endroit de tous ses secrets, il prend une inspiration, d’abord, conscient que ce qu’il va dire risque de bouleverser tout l’équilibre qu’il a mis tant d’années à mettre au point. Mais il n’a pas le choix. Il est temps qu’Echo se choisisse une véritable allégeance. “Elle en est à la tête.” répond-il, peinant à dissimuler la rage froide brûlant dans son regard. “Cette méprisable gamine nous a trahis.” Il lui laisse une seconde, pour digérer l’information. Echo est aussi raide que lui, mais il lui semble que c’est de l’incompréhension qui brille dans ses yeux. “Et je compte sur toi pour faire tout ce qu’il faut pour l’arrêter, et vite. Tu as carte blanche pour traquer le moindre de ses hommes et le descendre. Elle se moque de nous depuis beaucoup trop longtemps, déjà.” Il aurait voulu lui demander sa tête, mais Evgeni sait que certaines causes sont déjà perdues.
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Ҩ Re: Our poison apple. ~ |Evgecho| Ҩ Lun 13 Aoû - 17:28

our poison apple
echo velikov & evgeni velikov

   
« The day will come when your joy will turn to ashes in your mouth and you'll know the debt is paid. »
Il ne sait pas bien si c’est Evgeni qui prend son temps ou si ce sont les secondes qui s’éternisent, dans l’attente de la nouvelle. Les prochains mots qui sortiront de la bouche de son père seront déterminants, c’est une partie de poker perdue d’avance. « Elle en est à la tête. » finit-il par dire, voix claire, sans hésitation ni tremblement, ton glacé, rage maîtrisée mais présente. Echo ne comprend pas tout de suite, tant la première chose qui lui vient à l’esprit est ridicule. Zharka, sa Zharka, à la tête d’une organisation qui draine les Sang-noirs et qui a pour but d’annihiler leur empire, à son père et lui ? Il ne peut pas en croire un mot, il attend qu’Evgeni s’explique, gorge sèche et regard interdit. Il a forcément mal compris, rien de tout ça n’a de sens. Si ? « Cette méprisable gamine nous a trahis. » Le deuxième coup assené a le mérite de lui faire comprendre qu’Evgeni s’est bien exprimé clairement, que tout ça veut bien dire ce qu’il craint. Il est confus, Echo, n’arrive pas à réconcilier ce qu’il sait pour sûr de sa cadette avec ce que son père est en train de lui dire. Quelque chose ne colle pas. Il sait tout d’elle. Dans un enfer de feu et de cendres, ils ont toujours fait face ensemble, main dans la main, qu’importe l’adversité. Zharka n’aurait pas agi sans lui dire, en menaçant tout ce qu’il construit, lui aussi. Elle aurait eu mille moyens de prendre sa revanche sur leur père sans tout foutre en l’air. Elle lui aurait dit. Elle lui aurait dit. « Et je compte sur toi pour faire tout ce qu’il faut pour l’arrêter, et vite. Tu as carte blanche pour traquer le moindre de ses hommes et le descendre. Elle se moque de nous depuis beaucoup trop longtemps, déjà. » Tout va beaucoup trop vite pour l’héritier Velikov ; il esquisse un mouvement pour se lever, mais se rassoit immédiatement. Quelque chose martèle dans son crâne. Evgeni est étrangement calme, composé, colère sourde à l’intérieur de lui mais solide comme un roc. Comment a-t-il réagi, quand il a su ? Comment a-t-il su, surtout ?

Echo secoue la tête de gauche à droite, dans un déni qu’il ne se connaissait pas, un de ces gestes peu naturels qui ne sont propres qu’aux chocs émotionnels. Il se revoit, pareil, quand on a retrouvé Nika sur l’asphalte en bas de chez eux, dans un océan de sang. « Comment c’est possible ? Qui t’a dit ça ? On est certains de la source ? » il enchaîne les questions, le Velikov, incertain des réponses qu’il veut obtenir, il mélange tout, comme la colère commence à se mélanger à l’incompréhension dans son estomac. C’est sûrement faux, se dit-il, il se raccroche aux branches, commence à trouver des excuses, formule des hypothèses. Les Velikov ont des ennemis dans tout le pays, il n’est pas difficile d’imaginer qu’un clan mal intentionné voudrait insinuer un peu plus de poison au sein de la famille si bien réputée, si ténue, à la tête de la si célèbre Bratva. Sans preuves, peuvent-ils vraiment se fier à ça ? « Ca n’a aucun sens, Zharka ne ferait jamais ça. » Impressionnante, la rigidité de son corps, les haut-le-cœur qu’il réussit à garder à l’intérieur. Il se tient droit, alors que tout autour de lui tangue, tout en lui vacille. Au fond, il sait que ses hypothèses sonnent faux. Qu’Evgeni Velikov ne lui balancerait pas ça pour le plaisir, sans avoir vérifié. Son père est un professionnel, il entretient un empire fondé précisément sur la véracité des informations qu’il possède. Il sait à quel point ça fait mal à son fils, ce qu’il lui dit, et à quel point c’est impératif qu’il l’entende. Une partie d’Echo sait déjà, au fond, que tout ça est vrai.

Zharka ferait tout à fait ça. Si le Velikov est honnête avec lui-même, il sait que c’est une possibilité depuis le début. Le départ de sa sœur, son silence soudain… L’évite-elle parce qu’elle sait qu’elle ne peut pas justifier tout ça auprès de lui ? Reste-elle silencieuse pour ne pas lui mentir ? S’il comprend la haine qu’elle peut nourrir envers leur père, envers la vie qu’il lui a fait mener, dans l’ombre, dans le dédain, toujours applaudir son frère alors qu’elle a toujours été plus digne de son attention, il ne peut pas imaginer qu’elle voudrait détruire l’empire de leurs ancêtres. L’empire auquel leur propre mère a contribué. Pour les Velikov, rien n’est plus important que la famille. Et pour Zharka, rien n’est plus important que la vengeance. Echo sent le fil rouge à l’intérieur de lui se rompre net, et couper en deux tous ses organes sur son chemin. C’est là sa première colère contre le seul être qu’il a toujours chéri sans la moindre anicroche : Zharka a décidé d’anéantir la Bratva, l’héritage des Velikov, manifestement sans se préoccuper du fait qu’il en fait partie aussi. « Si tout ça est vrai, elle a tout appris ici. Qu’importe à quel point elle essaie, elle ne peut pas se débarrasser de notre nom. » C’est ça qui fera toute la différence.


   
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