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 Strange how we decorate pain ∇ LEKSIAN

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HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : Sang-PurMessages : 100Date d'inscription : 24/02/2018Localisation : Sofia
Ҩ Strange how we decorate pain ∇ LEKSIAN Ҩ Lun 9 Avr - 23:49

our fractured life

Strange how we decorate pain. These ribbons, for instance, and the small hard teardrops of blood.
Who are they for? Do we think the dead care?


Depuis ce jour elle ne vit plus.
Depuis ce jour elle ne respire plus.
Elle a du mal à comprendre, à réaliser. Elle avance à tâtons, attendant d'ouvrir la porte qui la ramènera à la réalité, à sa réalité. Dans son monde à elle Milena danse encore comme lorsqu'elles étaient enfants et son rire s'éparpille dans toute la demeure familiale. Elle la regarde Leksa avec ce petit sourire qu'elle ne réserve qu'à sa soeur, et elle est fière de ce qu'elles ont, toutes les deux ; de ce qu'elles ont su préserver, malgré le spectre de leur mère qui les hantait et les démons de leur père qui les éloignaient de lui. Elles ont au moins su grappiller quelques instants de bonheur, des moments purs, des souvenirs qu'elles se sont créées à la seule force de leurs petites mains, se bâtissant un avenir dans lequel elles seraient à tout jamais ensemble, parce qu'elles avaient cru comprendre les Neskova, qu'au fond tant qu'elles resteraient à deux rien ne pourrait jamais leur arriver. Elles seraient protégées du monde et des monstres qui grouillent dans les journées de ceux qui ne rêvent plus. Elles avaient su préserver ça, cet éclat dans leur regard quand elles se trouvaient face à face. Des espoirs plein les pupilles jusqu'à les faire déborder.

Aujourd'hui elle est toute seule Leksa, la moitié d'un tout. C'est ce qu'on lui dit, ce qu'on lui répète depuis une éternité mais elle refuse de l'accepter, elle croit naïvement que si elle se ment encore un peu peut-être que son mensonge prendra vie, peut-être qu'il prendra le pas sur la réalité. Vérité bien trop cruelle, trop injuste pour qu'elle l'entende. Ce n'est pas sa soeur qui aurait dû faire les frais de la vengeance du Velikov, ça lui laisse un goût amer dans la bouche, une putain d'envie de tout incendier, de tout détruire. Si seulement elle en avait la force.
Elle s'effondre sur elle-même Leksa, tout tangue à l'intérieur et elle vomit sa douleur trois fois par jour. Elle a mal partout et nulle-part, douleur fantôme comme un membre qu'on lui arrache, sa chair qu'on détache. Et elle la cherche sans cesse, cette partie d'elle-même qu'on lui a enlevée, elle la voit, elle la sent, c'est tellement proche du réel que ça la bousille encore plus au réveil, brutal, quand ses yeux s'ouvrent sur du vide.
Elle n'a pas eu le courage d'aller jusque chez elle, ranger ses affaires, trier, mettre dans des caisses des piles de souvenirs comme si c'était trois fois rien, comme si c'était juste pour faire de la place, c'est rien c'est que des bibelots, il faut que tu t'en débarrasses Leksa. Elle les entend tous, ceux qui sont venus à l'enterrement, dégobiller leurs condoléances et gerber leur fausse sympathie. Elle se fiche pas mal qu'ils soient désolés, qu'ils soient là pour elle. Elle se fiche pas mal d'à quel point ils aimaient Milena, d'à quel point elle va leur manquer. Ils n'ont pas le droit, pas le droit de faire ça. De faire comme s'ils comprenaient. De faire comme si ça comptait autant pour eux que pour elle. Comme s'ils avaient mal pareil. Ils n'ont pas le droit.

Pourtant il y a quelqu'un qui souffre aussi fort qu'elle depuis que Milena est partie, elle l'a vu sur son visage quand il s'est planté devant elle l'autre jour, les cordes vocales tranchées, sans rien trouver à dire pour raconter son mal. Tendrement il l'a attirée contre lui, serrée dans ses bras comme s'il voulait recoller les morceaux de sa vie brisée, soigner ses fractures pour qu'elle puisse tenir debout. Et puis il est parti d'un coup, elle ne l'a pas vu quitter la salle. Alors elle qu'il ne ment pas Lucian, que son silence lui a hurlé plus de choses que tous les mots qu'on lui a soufflés ce jour-là. Son silence l'a rendue sourde, l'a propulsée à l'intérieur d'elle-même d'où elle n'entendait les bruits que de très loin, comme si elle avait la tête plongée sous l'eau. Elle ne parvient pas à remonter à la surface Leksa, elle se dit qu'il peut comprendre lui, pourquoi c'est si difficile de resurgir, de revenir des tréfonds de son océan de larmes.
Elle frappe quelques coups contre la porte qui finir par s'ouvrir en même temps que sa volonté se fend la gueule, elle sent cette boule coincée dans sa gorge remonter, se transformer en des perles de pluie que ses yeux recrachent. Son regard embué s'accroche désespérant au sien et elle cherche quelque chose là-bas, dans la faille qu'elle lit au fond de ses pupilles et qui ressemble beaucoup trop à la sienne. Alors quelque part la vérité s'installe, prend ses marques. Quelque part elle ne peut plus faire semblant de ne pas savoir, de ne pas y croire. Parce que c'est juste là, étalé devant elle. C'est inscrit sur le visage de Lucian, cette douleur impossible à taire et pourtant si difficile à exprimer. « Elle… Elle est partie » Sa gorge se noue et ça fait mal de prononcer les mots suivants, pourtant ça coule comme de la lave expulsée de son coeur et ça se gèle au contact de ce monde, ça fige le temps. « Elle est morte » Elle s'approche un peu, vacille, perd pied alors que la réalité prend racine en elle, s'ancre dans sa peau, dans sa mémoire. « C'est pas juste Lucian, c'est… C'est moi qui devrais être dans sa tombe. C'est pas juste. C'est même putain de dégueulasse. » Son pouls s'emballe à Leksa, elle a du mal à respirer. Elle a l'impression qu'elle ne respirera plus jamais vraiment.


       
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HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : mêlé. il n'a de toute manière jamais comprit en quoi cela pouvait être une gêne.Messages : 45Date d'inscription : 23/02/2018Localisation : loin dans l'éther de ses visions
Ҩ Re: Strange how we decorate pain ∇ LEKSIAN Ҩ Ven 11 Mai - 18:54



Et puis plus rien.
Vide.
Suspendu.

Du papier de verre écorchant les souvenirs de son sourire laissant dans sa chair une brûlure incandescente. Milena. Ça lui gratte la peau, tellement fort qu'il aimerait se l'arracher de son squelette et taillader ses os jusqu’à ce qu'il n'en reste que de la poussières ; De toute façon depuis qu'elle n'est plus là, il se sent à l'étroit dans son propre corps. Même ses poumons refusent l'oxygène qui s'insinue partout dans chaque alvéole, ils se contractent, se crispent et se serrent, et lui, voudrait recracher l'air pour ne plus s'intoxiquer avec. Il est malade de vivre, Lucian,  et c'est pas une maladie qu'on soigne avec des antiseptiques ou des sédatifs. Milena.
A chacun son rythme de chagrin ; le sien porte les vestiges d'heures passées à se croire invincible, annihilés, écrasé, détruit, par un présent insoutenable qui lui laisse le goût amer de la culpabilité. Il avait cru qu'en collectionnant des cicatrices il finirait par tanner sa peau afin qu'elle devienne plus dure encore que de la pierre. Mais il ne s'était pas attendu à cette ultime estocade venant le trancher en lambeaux ;  le manque, celle qui laisse les draps humide de larmes et l' écho permanent  de son nom ricochant sur le trou béant de son coeur . Milena.

Il s'est aperçu qu'il n'a jamais pu la protéger comme elle l'a toujours fait et ça percute ses pensées à chaque fois qu'il tente de se convaincre qu'il a été comme un bouclier pour elle. La vérité, c'est que de tous les deux, ça à toujours été elle la plus vindicative prête à croiser le fer avec chaque injustice salissant son monde. Lui n'était bon qu'a marcher dans ses traces. Milena. Et ce nom qu'il refuse, lutte à ne pas le laisser se faire engloutir par la postérité, noyé dans l'inconnu au milliers d'autres noms qui n'auront jamais la même résonance que le sien. C'est dur de tisser le silence lorsqu'on voudrait hurler. C'est dur d'exprimer la violence lorsqu'elle creuse des sillons jusqu'au fin fond des entrailles.  
Et puis, il n'arrive pas à parler d'elle au passé. Ça serait un peu comme la tuer une seconde fois de ses mains. Ça serait un peu comme admettre de jeter son prénom dans l'oubli. Recommencer à vivre et apprendre à faire avec l'indicible absence que sa mort à provoqué en lui. Il sait pas faire ça. Il ne veut pas faire ça. Alors il lui laisse un mausolée quelque part en lui qu'il vient orner chaque jour des fleurs de ses regrets.  La souffrance, c'est comme une toile d'araignée ; une fois qu'on est prit au piège à l'intérieur, il est inutile de lutter car rien ne peut délivrer de ces fils meurtriers.

D'ailleurs, il n'a pas pu rester lui dire au revoir. Lucian a bien essayé pourtant, il a écouté toutes ces oraisons, ces mots qui n'ont pas pu percer son coeur d'un quelconque réconfort. Ces discours absurdes donnant l'illusion factice qu'elle était connue de tous et de toutes. Parce que Milena c'est plus que ça. Milena c'est l'incarnation même de la fureur de vivre : et on n'emprisonne pas la vie dans un cercueil, recouverte d'un linceul, ça n'a aucun sens.  Et autour de lui, il lui avait alors semblé que le temps s'était accéléré pendant que lui, était resté prisonnier de cette mascarade funèbre. Alors, Lucian s'était accroché au visage déformé par la douleur de celle qui comme lui, ne semblait pas appartenir à ce moment. Leksa. Lucian s'était avancé, il n'avait pas pu parler. Les mots étaient resté fané dans sa gorge. Qu'aurait-il bien plus dire de toute manière ?
Il n'a pas pu rester pour lui dire au revoir. Et il ne sera jamais prêt pour ça.

C'est indissoluble. Ce besoin de comprendre, de remettre en place les pièces du puzzle dans l'ordre  pour découvrir la trame funeste qui s'est joué sous ses yeux, mais qu'il n'a su voir. Il se les répète en boucle ces derniers mots qu'elle a prononcé, entrebâillant une porte sur un secret qui ne le concernait pas. Mais ça le concerne maintenant. C'est même devenu son seul credo. Pas seulement pour lui-même, mais aussi pour lui ; Mihaël. Le gamin qu'il a ramassé alors que le sang encore chaud de sa mère baignait ses rêves d'enfant, teintant pour toujours son âme de souvenirs écarlate. Alors maintenant, il doit laver ses cauchemars de pupille. Maintenant il veut laver le nom bafoué de son amie. C'est une promesse qu'il a gravé en lettre noires dans chaque fibre de son corps et qu'il murmure encore et encore pour supporter les jours qui passent et trépassent au rythme grandissant de sa vengeance. Lucian ne vit plus. Il survit. Avec cette étincelle qui n'est encore pas assez forte pour s'embraser. Mais ça viendra.

On tape à la porte, Lucian sursaute, ramené sur terre par la réalité avec laquelle il a apprit à cohabiter depuis lors. Mille fois il a failli céder à la tentation de trouver refuge une fois de plus dans l'opium pour intoxiqué un peu sa douleur. Mille et une fois il a renoncé, accroché au visage de Milena ; même  derrière le voile de la mort, elle continue à le sauver. Il jette un regard vers la porte d'entrée et  telle une marionnette, il se déplace lourdement, encore ankylosé par la peine asservissant des membres.  
Lorsqu'il l'ouvre, la souffrance le frappe en plein visage. Pas la sienne cette fois. Mais une désolation qui fait étrangement écho à la sienne. Il perd son souffle lorsque son regard délavé croise le sien hanté par des spectres hurlant, griffant violemment la paroi humide de ses yeux. C'est comme une lame, chauffée à vif qui remue sa chair et le marque sous sa peau : Leksa a mal. Leksa est faites des souvenirs de cette sœur qu'on lui a lâchement arraché. Leksa voudrait rembobiner le temps, et faire arrêt sur image à cet instant où il n'y avait qu'elles, sans aucune loi mortelle les menaçant. Mais, dans ce présent insoutenable, elle n'a trouvé que des fantômes et des monstres à combattre, et ils ont gagnés. «  Elle… Elle est partie. » la vérité est froide. Tranchante. Elle disloque  les illusions qu'ils se sont construit pour parer à l'inéluctable. Oui elle est partie, non elle ne reviendra pas. Et il se sent soudain épuisé, tétanisé, assommé. Et surtout il se sent vulnérable.
Pourtant elle enchaîne, comme si cracher l'effroyable réalité est encore le dernier recours qui lui reste. Comme pour se libérer de toute cette vie qui lui entâche son existence. «  Elle est morte. ». Et dans cette dernière phrase, Elle s'assène le coup fatal. Lucian, et son regard calciné qui se perd sur les larmes inondant les joues de Leksa.  « Morte. » ça sonne faux. C'est d'une laideur trop brute. Si intolérable qu'il n'a jamais prononcé ces mots.  Elle flanche. « C'est pas juste Lucian, c'est… C'est moi qui devrais être dans sa tombe. C'est pas juste. C'est même putain de dégueulasse. »   chaque partie d'elle s'effrite, elle tombe en morceaux, et lui, il voudrait prendre les bris de son coeur brisé pour réparer le sien. Mais la seule chose qu'il soit encore capable de faire c'est tendre les bras pour la rattraper lorsqu'elle s'apprête à tomber. «  Ne dis pas ça... Leksa. » Il la serre contre lui, emprisonnant son corps entre ses bras. Un peu trop fort peut-être, avec l'espoir de réparer les éclats de son âme. «  Non ce n'est pas juste. Mais tu ne dois pas dire des choses comme ça. » Lucian essaie désespérément de ne pas tenir compte de la voix éraillé qui s'échappe de sa propre gorge. Il relève le menton de Leksa, joignant son fantôme au sien au travers de ses iris gorgé de regrets. «  Ce n'est pas ce qu'elle voudrait que tu dises. ». L'injustice ayant profané la vie de Milena, il en a fait un but à venger ; c'est en ange salvateur qu'il viendra frapper fort le cou de ceux à l'origine de ce blasphème sordide. «  Ce n'est pas ce que je veux que tu dises. »  Il la tire un peu plus vers l'intérieur, la soulève presque du sol pour la poser avec délicatesse sur le sofa. Leksa est l'alter ego de cette femme qu'il aime tant. Lorsqu'il la regarde, il voit les mêmes convictions, la même volonté farouche à rétablir l'équité, et quelque part, derrière l'épaisse douleur qui le consume de l'intérieur, c'est comme si elle était encore un peu là. Alors, il ne peut faire autrement que de vouloir la protéger ; Là où il a été incapable de le faire pour Milena. Mais le chagrin est un titan de verre implacable, contre lequel ses armes rouillés et émoussées n'ont aucun impact. Il reste là, sans réussir à se détacher d'elle, dernier barrage contre le silence assourdissant de la solitude ; Rien ne rapproche plus que le déchirement. «  J'aurais voulu… J'aurais dû la protéger, tu sais. » Mais contre quoi ? Contre qui ? Peut-il vraiment croire en ce qu'il pense être la vérité sur sa mort ?  Il secoue la tête, sa culpabilité bien accroché à son coeur. «  J'ai échoué... » ça lui fait mal dans la poitrine, comme si des épines avaient élu domicile dans la membrane fine de son palpitant. «  Elle a toujours été comme ça… A se précipiter. A lutter à contre courant pour ses convictions. Et même en sachant cela… Je n'ai... » Sa voix se brise, il ne finit pas sa phrase. Je n'ai pas réussi à la sauver et maintenant il ne me reste que l'écho de son nom pour me donner la force de trouver la vérité. «  c'est injuste... »


❝ Beneath this Mask❞ Même si l’on peut substituer la matraque à la conversation, les mots conserveront leur pouvoir. Les mots sont le support de la compréhension et pour ceux qui les écouteront l’énonciation de la vérité. Et la vérité c’est que quelque chose va très mal dans ce pays, n’est ce pas ?.
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Statut du sang : Sang-PurMessages : 100Date d'inscription : 24/02/2018Localisation : Sofia
Ҩ Re: Strange how we decorate pain ∇ LEKSIAN Ҩ Lun 9 Juil - 17:19

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Strange how we decorate pain. These ribbons, for instance, and the small hard teardrops of blood.
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Elle s'écroule Leksa, elle a porté trop longtemps le poids du monde sur ses frêles épaules mais ce soir le monde pèse cent tonnes et lui démolit les os. Ce soir elle a trop mal d'être vivante, c'est con et lâche et ridicule, pourtant c'est l'inavouable vérité, celle qu'elle n'a soufflée à personne parce qu'aucun ne s'est montré digne de l'entendre. Certainement pas Stefan, qui l'a brisée un peu plus quand elle a essayé de lui murmurer, à quel point ça la détruisait tout ce merdier dans lequel les soeurs Neskova ont mis les pieds. Il ne comprend pas Stefan, il se fait sourd aux cris perçants que lui hurle l'âme de Leksa ; quelque part elle se dit qu'il est devenu imperméable à tous les malheurs qui lui arrivent, c'est presque comme s'il s'en fichait tant il veut se tenir à distance. Ou bien peut-être qu'elle est injuste, incapable de réaliser tous les efforts qu'il doit fournir pour s'occuper de leur famille décousue, foutue en l'air.
Elle ne sait pas Leksa, elle ne peut simplement pas ignorer cette faille béante qui s'est creusée sous leurs pieds et qui s'élargit un peu plus chaque jour qui passe. Ils se contemplent l'un l'autre depuis des côtés opposés. Elle sait qu'il n'est pas en mesure de lui donner ce dont elle a réellement besoin et qu'elle n'a pas la force de lui réclamer, cette attention toute particulière qui pourrait la faire se sentir un tout petit peu plus entière, ce geste infime que Lucian accomplit en la ramenant tout contre lui. Dans ses bras serrés elle éclate comme une bulle de savon, toutes ses couleurs se meurent au contact de son torse réconfortant. «  Ne dis pas ça... Leksa. » Plus il serre fort plus elle sent tous les fragments de son coeur brisé ramper les uns vers les autres, tenter de se recoller.

Il chuchote tout bas Lucian, il a la voix qui tremble un peu. «  Non ce n'est pas juste. Mais tu ne dois pas dire des choses comme ça. » Du bout de deux doigts il redresse son menton, plonge son regard voilé dans le sien comme pour venir extirper hors des ténèbres ce qu'il reste des débris de son être. Elle le laisse faire la Neskova, elle se demande ce qu'il va trouver au fond de ses yeux, si par miracle il resterait un quelconque éclat, une simple lueur à raviver. «  Ce n'est pas ce qu'elle voudrait que tu dises. » Elle sait qu'il a raison, pourtant elle ne peut s'empêcher de croire qu'il aurait mieux valu que ce soit elle qu'on enterre. Les morts souffrent moins, elle pense. Milena n'a pas mal là où elle est, quelque part ce serait presque cruel de l'arracher de cet endroit, paisible mais si lointain. «  Ce n'est pas ce que je veux que tu dises. » Elle le regarde sans trop comprendre cette dernière phrase, elle ne voit pas encore les fils qui relient leurs existences et qui les recousent en même temps. Elle ne devine qu'à moitié ce qui est en train de se passer, cette espèce de relation ténue qui s'intensifie brutalement, parce qu'elle prend racine dans la même douleur, cette souffrance atroce qui les pousse l'un vers l'autre. Leurs blessures se font écho, et il n'y a pas grand chose d'autre qui compte en cet instant. Il n'y a que ces deux fantômes qui tentent maladroitement de s'aider à exister.

Il la soulève tout doucement, c'est presque comme si elle n'était qu'une plume que le vent déplace d'un seul souffle. Il la dépose en douceur sur le canapé, et elle s'écrase Leksa, elle s'enfonce dans cette confiance qu'il est le premier à lui inspirer depuis trop longtemps. Elle se vautre dans les moindres replis de sa détresse à lui, parce qu'elle ressemble si fort à la sienne que c'en est presque tristement rassurant. Son chagrin a quelque chose de familier qui la touche là où il faut, qui sait trouver les mots sans forcément devoir les prononcer ; ils s'entendent sans se parler, ce soir-là. C'est Milena qui les guide pour qu'ils se trouvent, qu'ils se réparent ne serait-ce qu'un tout petit peu. «  J'aurais voulu… J'aurais dû la protéger, tu sais. » Elle redresse un peu la tête Leksa, elle le fixe avec curiosité, elle a les yeux rouges d'avoir trop pleuré mais elle sèche quand même ses larmes pour l'écouter. «  J'ai échoué... » Elle connaît ce sentiment-là, elle le connaît et elle ne peut que sentir son coeur se comprimer dans sa poitrine tellement ça la crève, toute cette culpabilité. «  Elle a toujours été comme ça… A se précipiter. A lutter à contre courant pour ses convictions. Et même en sachant cela… Je n'ai... » Rien fait. Tout comme elle n'a rien fait, personne n'a rien pu faire de toutes façons. «  c'est injuste... » Elle ferme les yeux quelques instants Leksa, ressent toute la peine de Lucian et la laisse l'envahir. Au fond ça lui apporte un peu de chaleur, c'est stupide mais elle se dit qu'au moins Milena comptait énormément pour lui aussi, qu'elle a eu une belle vie, remplie d'amour. Trop courte, mais pleine de couleurs.

Elle rouvre doucement les paupières quelques secondes plus tard, elle a l'impression que l'infini s'est écoulé et pourtant Lucian n'a pas bougé. Elle a pris son temps pour trouver les mots Leksa, et surtout le courage pour les dire à voix haute. « On savait tous les deux comment elle était, mais on n'aurait jamais pu prévoir… ce qui allait lui arriver. » Et puis les mots l'électrisent d'un seul coup, elle pense aux gens comme lui, comme Dafina. Elle ressent pleinement l'éclair la traverser de part en part, ça la paralyse, l'incompréhension, la colère dirigée contre un ennemi impossible à identifier car il est partout, dans chaque recoin de ce monde criblé d'injustices. Elle se demande comment ça marche leurs dons à eux, pourquoi ça n'a rien déclenché, pourquoi ça ne fonctionne pas pour sauver ceux qu'ils aiment.
Et puis elle se demande s'il l'a su à l'avance, ce qui allait arriver à Milena. S'il y a une infime possibilité pour qu'il l'ait vu et qu'il se soit tu. « Enfin… Tu n'as rien vu, n'est-ce pas? Tu ne l'as pas vue mourir dans l'une de tes visions? » Elle dit ça sur un ton un peu trop accusateur, tout remue en elle et elle a du mal à contrôler le feu qui la carbonise de l'intérieur. Elle croise son regard, un instant suspicieuse, avant que ce qu'elle n'y lise ne la force à admettre qu'elle voyait le mal partout. Lucian n'est pas un lâche, il aurait fait quelque chose s'il avait pu intervenir à temps. Ça se voit dans ses yeux bleus, ça se voit jusque dans son attitude, elle ne le connait pas aussi bien que Milena mais elle sait que la confiance que sa soeur plaçait en lui n'était pas mal avisée. Il en a mérité chaque miette. Ses muscles se relâchent aussi vite qu'ils se sont tendus, elle se détend légèrement, se remet à respirer à peu près normalement. « Non, bien sûr que non, tu ne me mentirais pas, désolée c'est… C'est juste que je ne sais plus à qui je peux me fier, désormais. »

Elle a froid soudainement, mais elle ne sait pas si c'est réel ou si c'est seulement le manque de Milena. Elle s'enfonce un peu plus dans les coussins du sofa, elle a l'impression d'être complètement vide, juste une enveloppe charnelle déposée là, dans son salon. Elle baisse les yeux, un peu honteuse d'avoir douté, ne serait-ce qu'un instant, qu'il lui ait caché quoi que ce soit. Alors que c'est elle qui sait des choses, des choses qu'elle ne peut pas prouver, mais qu'elle sait vraies jusqu'au plus profond de son être. Elle n'est pas sûre qu'il comprenne Lucian, alors elle hésite, elle préfère s'avancer doucement, en tâtonnant. « Dans un monde où tout fout le camp, ce n'est pas toujours facile de savoir dissocier ses amis de ses ennemis. La limite est tellement floue, parfois. » Elle soupire, épuisée par l'éternelle lutte qui divise le monde en deux camps parfois pas vraiment distincts. « Et puis tu sais, les gentils, les méchants… Milena savait que c'était plus compliqué que ça, elle. Moi je commence seulement à tout remettre en questions, alors… C'est compliqué. » Tout se bouscule dans son petit monde bien organisé, plus rien ne semble être à sa place et ça la perturbe Leksa, elle est comme paumée au milieu de sa propre vie.


       
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