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 Falling to the depths can I ever go back || Stefan

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HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : (alors là jsais plus non plus)Messages : 9Date d'inscription : 14/03/2018Localisation : bulgarie
Ҩ Falling to the depths can I ever go back || Stefan Ҩ Mer 14 Mar - 22:41


Stefan Wrzesinski

Your touch used to give me life

ft.  Armie Hammer

Crédits © Gendries  

Prénom & nom Stefan Wrzesinski, une identité qu'il a prise en arrivant en Bulgarie il y a des années maintenant. Caleb Blackwell n'existe plus, il s'en est assuré il y a longtemps. Plus de preuves, plus rien, tout juste quelques souvenirs un peu égratignés.
Âge & lieu de naissance Il a 39 ans et est né en Angleterre. Officiellement, il est originaire de Pologne.
Statut du sang Sang-mêlé, basique, sans importance. Il ne s'est rien inventé à ce sujet, la réalité s'y prêtait, pour une fois.
Scolarité Il racontera qu'il n'avait pas le sang assez pur pour Durmstrang, mais que son père lui a appris à utiliser la magie quand il vivait encore en Pologne avec lui. En réalité, il a étudié à Poudlard dans la maison Serdaigle.
Carrière Entré au ministère il y a quinze ans par le bas de l'échelle, il a connu une ascension lente et mesurée, jusqu'à ce que le changement de ministère il y a 3 ans ne lui fasse grimper l'une des dernières marches de sa carrière. Aujourd'hui, il travaille au département de la coopération magique internationale en tant que directeur-adjoint du bureau des lois internationales, notamment relatives aux Sangs-Noirs.
Groupe Impero.
A savoir Il a changé d'identité il y a quinze ans suite au meurtre accidentel d'Adara Shafiq par son petit frère lors d'un cambriolage qu'ils commettaient tous les deux. Parvenant à s'enfuir là où Skander est enfermé, il décide de changer de vie et s'enfuit à travers l'Europe, effaçant toute trace de son ancienne existence.





Dig beyond the surface

It's not an easy thing admitting to yourself what you really are


TOI & LE GOUVERNEMENT Le gouvernement, il en fait partie. La situation à laquelle l'ancien ministre a été confronté était particulièrement délicate, mais il n'aurait pu penser à une autre solution. Cette nouvelle race de sorciers, à défaut d'être comprise, devait absolument être contrôlée et ce, dès le départ. S'il ne se pense pas en danger lui-même, il n'en est pas moins conscient de la menace qui plane dans les rues de Sofia. Dans cette mesure, le raffermissement des règles organisé par le nouveau ministre ne peut qu'être bénéfique, et Mladenov a tout son soutien, depuis le début. Avant même l'ascension de cet homme au poste de ministre, il avait tout son soutien et son respect, lesquels lui ont plusieurs fois été manifestés. Peut-être cette relation cordiale qu'entretenaient alors les deux agents du gouvernements a-t-elle eu son importance au moment du grand ménage qui a été fait dans les hautes sphères du gouvernement, mais toujours est-il que lorsque le directeur de son département a été renvoyé et que Stefan a été nommé adjoint de sa remplaçante, il ne s'en est absolument pas plaint. Son travail consiste à épauler la femme qui fait en sorte que la guerre n'éclate pas tout en s'assurant que les Sangs-Noirs ne leur échappent pas - et à s'assurer que les lois de la fédération magique internationale n'entrent pas en contradiction avec les lois de la Bulgarie, mais cette question est devenue relativement futile depuis quelques années.

TOI, LES SANG-NOIRS & LES REVENANTS Les revenants instillent en lui une angoisse qu'il n'avait pas connue depuis bien longtemps ; surtout quand parmi eux s'est détaché le nom d'Adara Shafiq, qu'il avait enfermée loin au fond de sa mémoire et qu'il aurait préféré voir disparaître à jamais. Ces créatures ne sont pas humaines et sont totalement contre-nature ; de là à les supprimer ou les réduire en esclavage, pourtant ? Il n'en sait rien, il préférerait éviter d'y penser et lorsque la question est abordée au conseil de son département, il est toujours prodigieusement mal à l'aise et ne sait jamais de quel côté se ranger.
Les Sangs-Noirs, en revanche, ont réveillé une puissance qui aurait mieux fait de rester endormie jusqu'à la fin des temps. Tous ne le voulaient pas, mais maintenant il est trop tard pour avoir des regrets et il leur faut assumer les conséquences de leurs actes. Le recensement est nécessaire ; le confinement, essentiel. Il faut comprendre ce pouvoir dans sa totalité avant de le laisser leur échapper, et la coopération des anciens Vainqueurs est pour cela indispensable.

TOI & LES ACTIVITÉS ILLÉGALES Stefan a renoncé à sa vie de malfaiteur il y a quinze ans. Agir dans l'illégalité n'était alors pas un choix mais une nécessité ; il ne voulait pas faire le mal, il voulait survivre, quel qu'en soit le prix ; du moins était-ce qu'il pensait, avant de voir son faire manquer prendre la vie de quelqu'un lors d'une casse qui a mal tourné. Il a voulu arrêter, alors, faire demi-tour avant de franchir le point de non retour. C'était sans compter sur son frère, qu'il ne pouvait abandonner et qui refusait de tourner les talons ; alors ils ont continué, et un jour, tout a débordé pour de bon. Une mort que la conscience, et Skander en prison, ça a été trop pour lui : fin de partie.
Son identité est la dernière chose qui demeure illégale ; Stefan Wrzesinski n'est pas son vrai nom mais lui-même se laisse l'oublier. Il n'a jamais mis un pied sur le marche noir, jamais approché la moindre fiole d'Iskra. Lui, il dit merci et il tient la porte aux gens qui arrivent après lui ; il rapporte toujours la monnaie quand il se rend compte qu'on lui a trop rendu. L'illégalité, il y est devenu allergique, et il se tient religieusement loin de tout ceci. Les lois, c'est sacré ; surtout depuis qu'il participe à leur écriture.








Travelling through time

It matters not what someone is born but what they grow to be


12.07.1965 Naissance de Caleb Blackwell
21.04.1967 Naissance de Skander Blackwell
17.07.1973 Premiers débordements à cause de l'alcoolisme de son père ; Caleb surprend une scène de violence entre ses parents, est renvoyé dans sa chambre avec une première gifle qu'il pense ne jamais oublier de sa vie. Au final, elle sera noyée par les suivantes.
01.09.1976 C'est dans un mélange de soulagement et de peur que Caleb s'en va pour Poudlard, heureux d'échapper aux violences de plus en plus fréquentes de son père, mais terrifié à l'idée qu'il arrive quelque chose à Skander pendant son absence. Il est envoyé dans la maison Serdaigle lors de sa répartition.
11.07.1979 Après une énième altercation avec son père, Calebdit à Skander de rassembler ses affaires : ils vont s'en aller, ils vivront par leurs propres moyens désormais.
13.08.1979 Un mois de galère s'écoule pendant lequel ils sont obligés de voler pour survivre ; souvent, ça ne se joue à rien. Ils finissent par se faire prendre par un homme austère qui leur propose de ne pas les punir pour leurs crimes s'ils acceptent de travailler pour lui. Skander et Caleb commencent alors à servir de coursiers officieux chez Barjow&Beurk, qu'ils servent en récupérant et en rapportant de la marchandise illégale. Tous les étés, c'est la même chose. Ils sont payés une misère, mais ils n'ont pas le choix ; Poudlard est leur refuge autant que leur fardeau ; ils ne peuvent pas s'en aller tant qu'ils n'ont pas fini leurs études.
28.06.1984 Caleb obtient ses ASPICs haut la main et quitte le collège. Cet été là, il travaille encore pour Barjow, mais a la ferme intention de trouver un vrai travail dès que Skander retournera en Ecosse, espérant que ses résultats et ses compétences lui permettront d'entrer au ministère.
05.09.1984 C'est peine perdue ; lorsque son employeur comprend les intentions du jeune Blackwell, il le menace de lui enlever son frère s'il ne continue pas de travailler pour lui. Caleb accepte, et travaille toute l'année dans cette boutique en attendant que Skander finisse ses études pour qu'ils s'enfuient tous les deux.
02.07.1986 Cette fois ça y est, ils en ont fini avec Barjow ; ils n'ont plus besoin de lui et plus besoin des autres pour lesquels ils ont travaillé quelques fois quand c'était nécessaire. Maintenant, ils travaillent tous les deux, et c'est tout.
19.12.1986 Ca fait plusieurs mois que les cambriolages et les casses s'enchaînent à Londres, et jamais ils n'ont été attrapés. C'est Caleb qui prépare tous leurs coups, qui trouve les bons plans, les coins à cambrioler, les victimes idéales. Il se fait des contacts, leur réputation commence à se faire favorablement et pour la première fois, on vient les démarcher en leur promettant plus d'argent qu'ils n'en ont jamais vu pour un coup bien précis dans les riches quartiers de Londres. Il hésite, mais Skander insiste. Ils ne peuvent pas manquer cette occasion.
23.12.1986 Et ils ne l'ont pas manquée, ils y sont allés. Tout se passait bien, il avait tout prévu Caleb, tout sauf la présence d'un témoin, qui n'avait rien à faire là, qui a annulé son voyage sans rien dire à personne et surtout pas aux informateurs du Blackwell. Ca a mal tourné, Skander a failli tuer le témoin. Ca ne s'est joué à rien, son frère a juste eu le temps de l'attraper et de transplanner avant qu'ils le regrettent tous les deux.
24.12.1986 Confrontation. Ca va trop loin, il faut qu'ils s'arrêtent maintenant, ils ont assez d'argent pour faire autre chose, rentrer dans les clous, trouver une vie normale et être heureux pour de vrai. Mais non, une vie normale ça ne suffit pas à Skander, c'est pas ça qu'il veut lui, il veut sa revanche sur la vie et Caleb n'a pas le coeur à la lui refuser, alors il se laisse convaincre que lui-aussi il a assez de bleus fantômes sous la peau pour s'acharner encore un peu.
06.06.1987  C'est le coup de trop cette fois, et c'est trop tard pour faire demi-tour. La fille est morte. Ce n'était qu'un cambriolage de plus mais cette-fois il n'a pas pu arrêter son frère à temps et pour ça il est condamné à s'enfuir pour échapper à la justice ; ils ont eu son frère mais ne l'auront pas lui.
13.06.1987  Il arrive en Pologne, avec rien d'autre dans les mains que sa peur et ses remords. Il se cache, parcourt le pays où il s'est réfugié sans oser en passer les frontières dans le sens inverse. Il vole et il se cache, c'est plus une vie qu'il a, c'est une fuite en avant.
13.01.1989  Ca fait un an et demi qu'il est en cavale et il n'en peut plus. Depuis qu'il est en Pologne, il se fait passer pour Stefan Wzresinski, un américain venu trouver ses racines dans le pays d'origine de son père ; il trouve des petits boulots, rien de très voyant, juste pour survivre mais il n'en peut plus maintenant, de l'ombre de Caleb qui le suit partout où il va. Cette vie ce n'est plus la sienne, il l'a perdue en même temps que son frère. Et maintenant il est temps d'en construire une nouvelle.
10.03.1989  Arrivée en Bulgarie.
13.01.1989  Il s'infiltre chez les Neskov pour les cambrioler en attendant de pouvoir vivre par ses propres moyens ; l'arrivée de Leksa l'oblige à s'enfuir.
20.07.1989  Il croise à nouveau Leksa par hasard et elle l'oblige à s'expliquer ; il est forcé de lui avouer la précarité de sa situation, et contre toute attente, elle lui propose son aide.
05.09.1989  Grâce à l'aide de Leksa, il parvient à trouver un poste en bas de l'échelle au département de la coopération magique internationale, au ministère de la magie. Il fréquente Leksa tous les jours et quelques mois plus tard, ils commencent à sortir ensemble.
05.05.1992  Après avoir gravi quelques échelons au ministère et obtenu un statut social que lui-même juge respectable, Stefan demande sa main à Leksa.
28.06.1998  Leksa donne naissance à Emilia Wrzesinski, leur fille.
07.04.1999  L'Ox est découvert, c'est l'effervescence au ministère. Stefan obtient une promotion, il est chargé d'accueillir les diplomates et ambassadeurs étrangers ; jusqu'au changement de ministre, il est le principal point de liaison entre le bureau de coopération magique bulgare et les dignitaires en visite, à qui il n'a le droit de rien révéler mais qu'il doit tout de même faire patienter dans le calme. La pression est énorme, mais il se réfugie dans sa vie de famille, auprès de sa fille qu'il chérit plus que tout au monde, et sa femme qu'il voit doucement s'éloigner.
08.03.2001 Le ministre meurt, et c'est l'ami de Stefan, Mladenov, qui prend sa place. Le grand ménage que le nouveau dirigeant effectue au sein du ministère permet à Stefan d'obtenir le poste d'adjoint du directeur du département, chargé directement de garder à distance de l'Ox les étrangers tout en s'assurant que la situation ne dégénère pas.
14.06.2002  Le père de Leksa est obligé de démissionner, tandis qu'un assassinat d'une noble bulgare par un criminel hongrois fait augmenter d'un nouveau cran les tensions à l'échelle internationales. Stefan trouve pourtant ces dernières plus faciles à gérer que celles qui s'éveillent au sein de son couple, alors que son épouse refuse obstinément de laisser Velikov en paix et de se consacrer à sa famille, qui a plus que jamais besoin d'elle.
19.07.2003  Stefan évoque un divorce qui lui crève le coeur à sa simple évocation ; mais il ne voit pas d'autre solution. Sa femme n'est plus là, leur fille grandit à son seul contact, à proximité de leurs disputes de plus en plus fréquentes, et c'est une atmosphère qu'il refuse de voir devenir habituelle. Il a grandi au milieu des cris, et même s'il ne lèverait au grand jamais la main sur son épouse, il souhaite autre chose pour sa fille, peu importe ce que ça lui coûte, à lui. Leksa refuse, promet qu'elle va faire des efforts ; il décide d'y croire, de lui faire confiance, une dernière fois.
16.11.2003 La soeur de Leksa est assassinée, et Stefan s'efforce d'être présent à ses côtés pour l'aider à traverser cette épreuve. Malgré le chagrin de sa femme, qu'il comprend sans pouvoir le lui avouer, il est soulagé de la retrouver enfin, au moins un peu. Il ne sait pas qu'elle continue malgré tout à enquêter sur la Bratva.
12.02.2004 Evasion massive des prisonniers de Nurmengard ; parmi les fuyards, on cite le nom de Skander Blackwell, et une foule de fantômes vieux de dix-sept ans envahissent l'esprit de Stefan, qui s'efforce pourtant de les ignorer.
29.05.2004  Stefan réalise que Leksa n'a renoncé à rien du tout malgré ses promesses et la mort de sa soeur ; il la confronte, elle ne nie rien et une dispute éclate : cette fois, c'en est trop. Elle repart vivre chez son père, emmenant avec elle sa nièce et le laissant seul avec leur petite fille.




The muggle behind the screen

Lower your wand

PSEUDO COLETTE
ÂGE Vingt ans. La première fois que j'ai rempli ce petit encadré ici j'avais 16 ans c'est affolant deklan
RÉGION L'Auvergne-où-il-fait-moins-mille-degrés-le-jour-du-printemps
PERSONNAGE inventé [ ] scéna/pré-lien [ ] pv [X]
COMMENT AS-TU DÉCOUVERT AK? Lol kizz
LE MOT DE LA FIN CHAUSSEEEETTE





Dernière édition par Stefan Wrzesinski le Jeu 29 Mar - 17:29, édité 12 fois
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Statut du sang : (alors là jsais plus non plus)Messages : 9Date d'inscription : 14/03/2018Localisation : bulgarie
Ҩ Re: Falling to the depths can I ever go back || Stefan Ҩ Mer 14 Mar - 22:42


Plume à papote

It is our choices that show what we truly are



Première partie

By blood and rage


Caleb, c’est le premier né, le premier des deux qui s’est retrouvé là alors qu’il avait rien demandé. Son frère est arrivé avant qu’il puisse avoir des souvenirs d’un temps où il était tout seul ; ils ont grandi tous les deux, les hurlements des parents en guise de bande son à leur enfance. Si lui a toujours su rester tranquille, c’était autre chose pour Skander, bien plus dynamique, incapable de rester en place et d’obéir à une consigne. La plupart du temps, ils s’occupaient tous les deux, gardant le monde sordide de leurs parents à distance de leurs jeux d’enfants ; mais lorsque, pour la première fois, la curiosité du jeune garçon l’a poussé à franchir la porte alors que les cris retentissaient de l’autre côté, il était loin de se douter qu’il venait de mettre un pied dans une spirale de violence dont il aurait toutes les peines du monde à sortir. Les coups, les larmes, pour un oui ou pour un non, pour une chaussure lacée trop lentement ou un regard soutenu une seconde de trop ; pour un sourire au mauvais moment, un mot de trop, une seule minute de retard. Caleb a compris les bails rapidement, il a commencé à se taire quand son père était là, répondant aux questions par des monosyllabes ternes, de moins en moins tremblantes à mesure que les années passaient. Quoi qu’il fasse, il n’échappait jamais à la gifle ; il a fini par arrêter de la craindre. Chaque coup nourrissait sa colère, forgeant dans son cœur et son esprit une volonté du plus solide des aciers. Un jour il s’en irait, et il emmènerait avec lui son petit frère, qu’il n’a jamais réussi à protéger malgré tous ses efforts. Ni le père ni le frère n’écoutaient quoi que ce soit ; sois sage, ne réponds pas mais il s’en foutait ; non, pas lui mais ça ne changeait rien, Skander en prenait une quand même et lui, il en prenait une deuxième. Jamais il n’a haï personne comme il a haï ses parents, leurs hurlements glaçants qui ne s’arrêtaient que lorsqu’il était temps de parler et que le silence devenait incapable de porter les mots qu’il fallait.

Poudlard est arrivé, et il y est allé sans broncher, parce qu’il savait qu’il n’avait pas le choix et que peu importe les cris qu’il pousserait, son frère ne pourrait pas venir avec lui. Il y est allé et il a regardé Skander s’éloigner sur le quai en ravalant ses larmes, composant avec l’étrange sentiment de culpabilité qui lui grignotait les entrailles. Il avait déjà conscience, quelque part, à ce moment là, que rien de ce qui se passait dans sa vie n’était tout à fait normal. C’est au contact des autres qu’il a compris à quel point c’était différent dans les autres familles, à quel point la sienne était dysfonctionnelle. Mais à Poudlard, il n’était pas si différent, lui. Il a été réparti comme les autres, dans une maison dont les membres ne se hurlaient pas après, et se frappaient encore moins. Ils se fichaient bien de savoir ce qu’il ne voulait pas raconter ; alors, il s’en est débarrassé, de son passé, le temps qu’il était là-bas. C’était facile, ça l’a libéré. Pourtant, à toutes les vacances, il y retournait ; pas question de laisser Skander tout seul s’il pouvait être auprès de lui. Une fois chez lui, il a tout raconté, au plus noir de la nuit, caché sous la couette du lit qu’ils partageaient dans la petite maison. A quel point c’était différent, à quel point c’était merveilleux.

Quand Skander l’a rejoint pourtant, ça ne s’est pas si bien passé que ça. Ils n’étaient pas ensemble, pas comme avant ; les deux étés qui étaient passés lui avaient déjà montré que quelque chose avait changé, mais il s’était dit que c’était juste temporaire, que c’était parce qu’ils ne passaient plus autant de temps ensemble qu’avant. Tout rentrerait dans l’ordre à Poudlard, non ? Ils avaient grandi, dans un endroit différent pendant deux ans ; ils allaient se retrouver maintenant, non ? Skander est allé à Serpentard, ce qui n’a pas tellement surpris son frère, qui a tout de même dû cacher sa déception. Il aurait pu garder un oeil sur lui, s’ils avaient été dans la même maison. Au lieu de ça, il a continué à le surveiller de loin, tout en se concentrant autant que possible sur ses propres études ; ça lui faisait du bien, un bien fou, d’être enfin félicité pour quelque chose. Il faisait toujours de son mieux pour tout, chez ses parents aussi ; ici enfin, il y avait quelqu’un pour le remarquer, et ça lui donnait encore plus envie de se dépasser.

Skander, de son côté, n’était pas franchement studieux ; mais les disputes qui ont éclaté quand son aîné a essayé d’aborder le sujet l’ont vite persuadé de le laisser tranquille. Il n’aimait déjà pas la violence, Caleb, à cette époque ; il préférait le calme, les discussions posées. Jamais il ne haussait le ton, et encore moins ne levait la main contre quelqu’un ; ce qui ne faisait clairement pas peur à son frère. Ca l’a un peu inquiété, l’aîné ; quelque part, déjà, il y avait la peur de le voir ressembler à leur père, un jour. Mais les rires qu’ils partageaient le reste du temps l’ont rassuré, et il lui a juste foutu la paix ; ne pas le mettre en colère, n’aborder que les sujets sans risque. Le reste, ça pouvait bien attendre, après tout.

Ils ont quatorze et douze ans lorsqu’ils s’enfuient de chez leurs parents, cet été-là. Caleb a crié, pour la première fois depuis ce qui lui semble des années. Il portera la marque du coup qu’il a pris pendant des semaines ; mais ça n’a aucune importance, ils seront loin au matin. Dans le silence de la nuit, avec maigres sacs sur les épaules, ils sautent de la fenêtre, disparaissent dans les rues sombres du Londres mal-famé en espérant laisser leurs démons derrière-eux. Comme s’il était possible de se débarrasser de ces choses-là rien qu’en leur tournant le dos.
Caleb ne sait pas s’ils ont essayé de les retrouver, leurs parents. En tout cas, ils n’ont pas réussi. Le premier mois est difficile, il faut mendier, voler souvent. Ils survivent, tant bien que mal ; ils maigrissent, comme si c'était encore possible. Quand ça devient vraiment critique, il faut tenter des coups plus risqués ; parfois ça passe, parfois ça casse. Ce jour-là, ça casse vraiment fort, et l’homme qui les attrape ne rigole pas : ils ont endommagé sa marchandise, ils ont une dette envers lui s’ils ne veulent pas finir en prison, alors ils s’en acquittent ; est-ce qu’ils ont vraiment le choix ? Au moins, Barjow les nourrit, leur file de quoi survivre entre deux sales boulots qu’ils font pour lui. Quand c’est le moment de retourner à Poudlard, c’est un vrai soulagement ; et cette fois, ils ne rentrent pas pour les vacances.

Caleb s’enfonce dans ses études jusqu’au cou ; il n’avait déjà pas beaucoup d’amis au château, seuls ceux qui s’accrochent parviennent à ne pas le perdre tout à fait. Il veut les meilleures notes, les meilleurs résultats, pour avoir un vrai travail quand il aura fini ses études, pour ne plus jamais faire ce qu’il est obligé de faire quand il n’est pas ici. Skander trouve ça futile, il le lui dit déjà, qu’il est trop con, trop idéaliste, que pour eux il n’y aura jamais d’autre chemin que celui sur lequel ils ont été jetés en atterrissant dans ce monde pourri. Il n’est pas d’accord, l’aîné. Le monde est pas si pourri, quand on est du bon côté ; il faut juste franchir la ligne, et après, ce sera terminé.

Chaque été, c’est pareil, il faut retourner travailler pour Barjow, de quoi survivre deux mois, juste deux mois. Parfois ils vendent leurs services à d’autres parce que leur patron ne suffit pas ; parce qu’ils ont abimé la marchandise et qu’alors ils ne peuvent pas prétendre à un salaire complet. S’ils ne peuvent pas manger ? Le patron ne comprend pas bien en quoi c’est son problème. Alors ils vont voir ailleurs, quand il faut, mais ils reviennent, parce que Barjow il a toujours du travail pour eux et que même si c’est un escroc, c’est le seul qui leur en donne autant.
Les études se terminent pour l’aîné, il a ses diplômes et ils sont brillants, dorés, ils promettent une autre vie. Mais c’est Skander qui avait raison, Barjow ne compte pas le laisser s’en tirer si facilement. S’il ne continue pas de travailler pour lui, il lui prend son frère, ce n’est pas plus compliqué que ça. S’ils ont été si tranquilles depuis qu’ils sont seuls, c’est parce qu’ils passent sous les radars. Mais il est mineur, Skander, et si les autorités apprennent que c’est son frère escroc qui s’en occupe quand il n’est pas à Poudlard, il pense vraiment qu’on va le lui laisser ? Pas le choix, alors, tant que Skander n’a pas sa majorité, ils sont prisonniers tous les deux. Encore deux ans à trimer, à temps plein pour ce salaud. Chaque jour le dégoûte un peu plus, de lui-même et de cette vie qui ressemble un peu trop à son enfance. Il rêve d’autre chose, d’ailleurs, d’un autre temps aussi. Un jour, ce sera terminé, il se le dit tout le temps, pour avancer. Mais il s’essouffle, il commence à être fatigué ; et pendant les cours, quand Skander n’est pas là, il a du mal à se souvenir de pourquoi il s’acharne.

Et puis un jour, c’est fini ; Skander revient, il n’a pas eu ses diplômes mais ce n’est pas très grave, il est majeur. Ils disent merde à Barjow, ils disparaissent dans la jungle urbaine des basfonds de Londres, où d’escroquerie en sale coup, ils finissent par se faire une petite réputation. C’était pas ça qu’il voulait, Caleb, mais il pouvait pas laisser Skander tout seul pour aller travailler au ministère ; pas avec un Barjow en colère aux trousses. Ici, au moins, il veille sur lui, et ça ne se présente pas si mal. Ils s’en sortent, ils mangent tous les jours à leur faim et ils trouvent toujours un endroit où dormir. De petites escroqueries, ils passent aux cambriolages, aux casses générales pour faire peur aux gens, pour faire pression  ; et ça marche. Bien sûr que ça marche ; c’est Caleb qui organise tout, qui trouve les bons plans et qui les met sur pieds, qui définit le déroulement de chaque coup. Il prévoit tout, toutes les possibilités, il étudie les risques, évalue les gains. Ca marche bien pour eux, un peu trop bien. Il y a la fois de trop ; le coup qui part, dans la pièce d’à côté, alors qu’il ne devait y avoir personne. Il tend l’oreille ; un deuxième coup, ce n’est pas normal alors il se dépêche de rejoindre son frère, qu’il trouve debout avec une barre en fer dans la main : à ses pieds, un type ensanglanté, gémissant, les deux mains sur la tête. Caleb attrape son frère, ils transplannent ; et c’était quoi, ça ? Il devait y avoir personne ; dis-moi que c’est un accident mais il ne dit rien, Skander, forcément, il n’a pas envie de lui mentir à lui-aussi, pas vrai ? De toute façon, il est trop intelligent pour le croire, Caleb, que c’était pas voulu, qu’il l’a pas fait exprès. Ca s’est vu dans ses yeux, qu’il était déterminé à l’achever. Heureusement qu’il est arrivé à temps.

Il faut qu’ils s’arrêtent, maintenant, ça va trop loin, et ils n’ont plus besoin de faire ça, maintenant ils sont assez respectés pour qu’on leur foute la paix, ils peuvent faire ce qu’ils veulent, s’en aller, disparaître. Ils ont assez d’argent pour ça désormais ; mais il comprend pas, Caleb, c’est pas de l’argent qu’il veut son frère. Est-ce qu’ils ne le méritent pas un peu, tous ces gens qu’ils agressent, qu’ils dépouillent ? Est-ce qu’ils méritent pas un peu d’avoir peur et de souffrir, alors qu’ils passent leur temps à se vautrer dans le luxe et le confort sans jeter un seul pauvre regard aux vermines qui crèvent de faim quelques rues plus bas ? Ca hurle tellement fort, la rage dans les yeux de son frère, que Caleb ne peut pas faire comme s’il n’entendait pas, comme s’il ne trouvait pas, au fond de lui, une part de son être qui vibrait du même écho dévastateur.

Alors ils n’ont pas arrêté. Ils ont continué, en visant plus haut, plus fort, plus vite ; rien n’aurait pu couper leur élan, Skander les entraîne tous les deux, un peu plus loin encore ; il prend des initiatives, trouve des coups lui-aussi, d’ailleurs c’est lui qui trouve le dernier. C’est une occasion en or, qu’il dit ; mais Caleb hésite : il y aura quelqu’un, c’est de la folie. Mais la folie ça le connaît, le cadet ; il n’a pas peur, alors il y va, et son frère le suit, parce que décidément, il ne peut pas le laisser tout seul. Il y est bien obligé, pourtant, quand il revient en courant et qu’il le trouve avec du sang plein les mains, plein les vêtements, plein le sol, plein le corps de la jeune femme étendue sur le sol. Il recule avant même que les autorités n’arrivent ; et quand elles embarquent son frère, il est caché, dans un coin, et il soutient le regard que Skander pose sur sa cachette. Il le regarde partir, menotté, et il ne dit rien ; il y a son coeur qui bat dans sa poitrine tellement fort qu’il est surpris que les aurors ne l’entendent pas, sa tête qui hurle tout un tas de choses qu’il ne discerne pas. Mais il n’a pas un geste pour sortir, pour l’aider, pour faire quelque chose. La fille est morte. Morte. Mais c'est son frère et il devrait être auprès de lui, non ? Aller en prison ? Il ne veut pas, et lui après tout il n'a jamais voulu de tout ça. C'est Skander qui a voulu venir, qui ne voulait pas s'arrêter, c'est Skander qui l'a tuée. Lui il n'a jamais voulu de cette vie-là et il ne sacrifiera pas son unique chance d'en sortir.


Deuxième partie

Secrets spied, wishes sighed


Caleb, c’est terminé ; plus jamais il ne prononcera ce prénom. Skander non-plus, il suppose, mais il n’y pense pas trop, pour l’instant il s’efforce de réfléchir pratique, de remettre en marche les rouages bien huilés de son cerveau pour s’échapper une bonne fois pour toutes. Il se sauve, il se sauve enfin, encore une fois, la dernière il espère. La première fois, il s’est échappé d’un quartier ; la seconde fois, d’une scène de crime. Cette fois il s’échappe de sa vie, ce n’est pas tout à fait la même envergure mais il est sûr qu’il en est capable.
Déjà, effacer les pistes, se débarrasser tout ce qu’il avait sur lui au moment des faits, ne rien emmener qui lui appartienne ; il a pensé à tout brûler, mais ceux qui le recherchent comprendraient qu’il est parti. S’il ne veut pas être poursuivi, alors il faut qu’ils croient qu’il est toujours à Londres. Il est trop recherché et il n’a pas assez de moyens pour espérer s’enfuir au nez et à la barbe des autorités ; il va passer par les moldus. Ses contacts lui permettent de trouver du polynectar ; il n’en faut pas plus : une cible, quelques mèches de cheveux, ses vêtements et ses papiers. Le voilà dans l’avion pour Varsovie.

Une fois sur place, c’est plus compliqué ; la capitale n’est pas sûre, il ne veut pas y rester. Dans le milieu d’où il vient - le seul qu’il va pouvoir mettre à profit pour survivre comme clandestin -, les nouvelles têtes sont repérées trop vite. Alors il s’en va, encore, il enchaîne les petits boulots dans les plus petites villes, mais jamais il ne reste nulle part plus de quelques mois, il a trop peur qu’on le repère, qu’on le retrouve. Et s’il avait commis une erreur ? S’il s’était trahi, à un moment, quelque part ?
Son histoire est toute huilée, il raconte toujours le même mensonge, il rend ça cohérent. Il s’est inventé une vie et une histoire ; il vient d’Amérique, c’est là-bas qu’il a grandi, mais sa mère venait de Pologne et il n'a pas connu son père, alors il est revenu au pays, à la recherche de ses racines. Il ne sait pas trop ce qu’il cherche, ce qu’il espère trouver ; une trace du passage de sa famille, quelque chose de transcendant qu’il finira bien par trouver quelque part. Ca fait lever les yeux au ciel aux gens mais au moins on lui fout la paix après ça.

Il ne dort jamais sur ses deux oreilles, et quand personne ne regarde il jette souvent un oeil derrière-lui pour vérifier qu’il n’y a pas à sa suite de silhouette cachée dans les recoins sombres. Ses poursuivants, l’ombre de son frère enfermé ou le fantôme hurlant de la jeune femme qui ne reverra jamais la lumière du jour à cause de lui. S’il avait été plus ferme, s’il avait refusé d’y aller ? C’était lui le grand frère, lui qui prenait les décisions ; et il aurait dû prendre la bonne avant qu’il soit trop tard, avant qu’il ne puisse plus revenir en arrière. Maintenant, revenir sur ses pas, c’était se condamner, rejoindre son frère en prison, payer pour leurs crimes, ceux qu’ils ont commis et laissés commettre. Ca lui grignote l’esprit, au plus sombre de la nuit, quand il y pense. Il n’a jamais voulu faire de mal à personne, mais est-ce qu’il n’est pas responsable, au fond, de ce que son frère est devenu ? Il a voulu l’éloigner, le protéger ; mais il l’a laissé devenir comme leur père. En prison, il ne fera plus de mal à personne ; il devrait y être lui-aussi, mais il a pu y échapper. Pourquoi courir au suicide, alors, parce que c’est plus juste ? C’est relatif la justice. Est-ce que c’était juste, sa vie depuis le début ; juste, qu’il naisse de ce côté là de la ligne ? Il sait qu’il méritait mieux que ça depuis le début, mieux que ce qu’il a eu jusqu’à maintenant et mieux que ce qu’il aurait jamais pu avoir si Skander était resté ancré à sa cheville jusqu’à la fin. Peut-être que ça aurait été plus facile de ne pas avoir conscience de ça, de s’épargner cette culpabilité là. Mais il a toujours préféré savoir, et ça lui permet de se persuader, peu à peu, qu’il a droit à sa chance aussi. Qu’il n’a pas à se sentir coupable de réussir à s’en sortir sous prétexte que son frère s’est planté.

***

Jacob Wrzesinski. L’homme a les mains enfoncées dans les poches et le regard sombre tandis qu’il observe, immobile, l’épitaphe gravée sur l’étoile blanche, la quatrième de la douzième rangée. Ca s’étend à perte de vue, les sépultures ; il n’en a jamais vu autant. Les cimetières, il n’a jamais aimé y traîner ; il a toujours eu mieux à faire. Il ne s’attendait pas à se retrouver dans cette situation, mais c’est arrivé, au final. Il sent peser sur son visage le poids du regard de celui qui se tient auprès de lui et qui attend sa réaction. Il s’apprêtait à repartir pour un nouvel ailleurs aléatoire quand son jeune collègue a frappé à sa porte comme un fou, enthousiaste comme le gamin qu’il est. « J’ai quelque chose à te montrer. » lui a-t-il dit, avant de l’entraîner jusqu’ici. « Wrzesinski. Je crois que ton père était militaire. » Ca lui fait une belle jambe ; s’il avait pensé que ce nom existait pour de vrai, il en aurait trouvé un autre. « Il est mort pendant la guerre. Ta mère a dû fuir vers l’Amérique à ce moment-là. » Son regard terne se pose sur l’adolescent qui le fixe, les yeux brillants. Ainsi, il a écouté son histoire, pour de vrai. Il n’a pas posé la question par politesse, il l’a entendu et il n’a pas menti en lui répondant qu’il l’aiderait s’il le pouvait. Ca fait deux mois qu’ils se voient tous les jours mais jamais il n’aurait imaginé que l’intérêt du garçon puisse être réel. A quel moment a-t-il perdu assez pieds du monde réel pour oublier qu’il est peuplé d’êtres humains, avec de vrais sentiments et de vraies histoires ? Depuis combien de temps vit-il dans son océan de mensonges arides et de souvenirs amers ? « Merci, Sam. » articule-t-il, péniblement, la voix rauque d’une émotion qui ne l’a pas saisi depuis ce qui lui semble des années. Ca ne peut plus durer. « Tu vas faire quoi, maintenant que tu as trouvé ce pourquoi tu es venu ? » Et, pour la première fois depuis des années, c’est un véritable sourire qui illumine son visage fatigué. « Recommencer. »



Troisième partie

Home again


C’est la dernière fois. Voilà ce qu’il se dit lorsqu’il désactive le sortilège de sécurité qui gardait la porte de la demeure fermée. Il l’ouvre sans un bruit, se glisse à l’intérieur comme une ombre ; sauf que les ombres ne font pas grincer les plancher. Il grogne intérieurement en s’efforçant de rendre son pas plus léger ; mais ça fait longtemps qu’il n’a plus fait ça, plus comme ça, et jamais seul. Il n’a pas l’habitude, et il ne la prendra pas, parce que c’est la dernière fois. Il a juste besoin d’un peu d’argent ; un tout petit peu, de quoi s’acheter des vêtements, quelque chose à manger, survivre juste le temps de trouver du travail - un vrai travail. Tout l’argent qu’il avait amassé ces derniers mois lui a servi à faire officialiser son identité ; il a trouvé les bonnes personnes, mais en Pologne comme ailleurs, dans ce milieu, les scrupules n’existent pas. Il avait trop besoin de cette nouvelle vie pour en négocier le prix, alors il a donné tout ce qu’il avait, et ça ne lui a pas fait si mal que ça, dans le fond. Même s’il n’a plus rien, et qu’il regarde toujours derrière lui quand il marche seul dans la rue, il a désormais la satisfaction de se rappeler aussitôt que ça ne lui sert plus à rien de faire ça, et le goût délicieux de la liberté qui vient lui picoter le palais. C’était la dernière fois qu’il utilisait ces contacts ; ensuite, ça a été la dernière fois qu’il voyageait clandestinement, quitter la Pologne pour rejoindre Sofia. Ce soir, il se l’est promis : c’est la dernière fois qu’il vole.
Impossible de trouver de l’argent liquide, dans ces placards et ces étagères, pourtant ; heureusement qu’il a pris un grand sac, dans lequel il s’empresse de fourrer tout ce qui semble avoir de la valeur. Dans l’immense salon il trouve une vitrine, avec dedans, deux émeraudes luisantes dans l’obscurité ; elles sont brutes, pas taillées ou pas encore peut-être, et pourtant elles brillent, pétillent presque, semblent le fixer comme des prunelles d’une profondeur sans égale ; il enlève le capuchon qui cache son visage pour pouvoir mieux les regarder, tandis que d’un coup de baguette il déverrouille la vitrine. Ces pierres, elles le feront tenir tout le temps qu’il faudra. Maintenant il va s’en aller, quitter l’ombre des meubles et les marges de la société ; mettre enfin les pieds dans la vraie vie, et un jour, peut-être, dans la lumière.

La lumière, qui éclaire soudain toute la pièce, illuminant aussi bien son méfait que la surprise qui se peint sur ses traits lorsqu’il relève subitement la tête, à la recherche du danger qui ne va pas tarder à s’abattre sur lui. Les iris le transpercent avec violence, et il se sent distinctement dégringoler à l’intérieur de lui-même lorsqu’il fait face au visage troublé de la jeune femme à peine adulte dont il vient de fracasser la petite vie bien trop rangée. Ca ne dure pas longtemps ; une, deux secondes peut-être, une éternité entière dans l’éclat de ses grands yeux gris, ou verts, il ne sait pas vraiment, quelque chose entre les deux - dont il sentira le poids sur sa nuque pendant des heures après sa fuite -, avant qu’il ne recule précipitamment, lâchant au passage le sac et les promesses d’avenir qu’il contient. Ca s’écrase sur le sol dans un bruit fracassant, qu’il entend à peine en transplannant.

Il n’a pas menti : il n’a pas recommencé, malgré sa situation qui se dégrade, et sa santé avec. Impossible de trouver de travail, de vrai travail dans ces conditions ; et de logement, encore moins. L’hiver arrive, tout va se compliquer encore et il ne sait pas comment il va s’en sortir ; mais s’il commence déjà à rompre les promesses qu’il se fait à lui-même, qui espère-t-il convaincre qu’il a changé ? Lui-même - de toute façon il est son seul vis-à-vis -, ce serait déjà bien ; il ne se trahira pas déjà. Il erre dans les rues près du ministère ; il ne veut pas retourner dans les basfonds, trop conscient qu’il aurait moins de mal à trouver du “travail” qu’à refuser celui qu’on lui proposerait. Et après, les gouvernements du monde entier s’étonnent du taux de criminalité ; c’est à se tordre de rire.

Sauf qu’il ne rit pas du tout, Stefan, quand à peine une seconde après que cette pensée a traversé son esprit, il se sent attrapé, projeté dans le tourbillon d’un transplannage et cogné brutalement contre un mur avant d’avoir pu comprendre ce qui se passait. Les yeux fermés à cause de la douleur qui résonne dans son crâne, il a un geste pour agripper la main qui tient son col, songeant déjà qu'il peut se libérer et s’enfuir en deux secondes s'il est assez rapide. C’était avant qu’il ne sente la pointe d’une baguette se glisser au coin de sa mâchoire, lui interdisant tout mouvement trop brusque ; et lorsqu’il ouvre un regard où la colère se mêle à l‘incompréhension, il est bien décidé à plaider sa cause d’homme vivant dans la plus affamée des légalités. Quoi, pourquoi on vient l’agresser comme ça ? Il n’a rien fait, rien qui justifie que ; oh. Les yeux gris-verts lancent des éclairs, perforent ses pupilles jusqu’au fond de son âme et il ne peut pas s’empêcher de se décomposer légèrement. Il a peur, aussi, un peu ; elle ne va pas le dénoncer, n’est-ce pas ? Il n’ira pas en prison pour un unique cambriolage ; et un cambriolage raté, en plus. Il retient son souffle, cesse totalement de se débattre, ouvrant les paumes en signe de reddition. Elle a l’air implacable, Leksa, et il n’a même pas besoin qu’elle ouvre la bouche pour comprendre qu’elle ne le lâchera pas avant qu’il ait rendu des comptes. Sauf qu’il n’a rien à dire et encore moins à rendre : pour cause, il ne lui a rien pris et il ne lui reste même pas de quoi survivre. C’est difficile à avouer, ça lui coûte les restes agonisants de sa fierté, d’articuler péniblement la désillusion qui l’étouffe depuis qu’il est arrivé ici. Il n’a jamais cru que ce serait facile ; rien ne l’a jamais été dans sa vie. Mais il pensait qu’il s’en sortirait quand même et devoir reconnaître que non face à cette étrangère et ses grands yeux d’eau trouble, il a presque cru que ça lui arracherait la gorge. De toute façon, si ce n’était pas les mots, ça aurait été la baguette, alors il n’a pas vraiment eu l’embarras du choix.
Le temps qu’elle met avant de lui répondre s’écoule presque au ralenti ; elle a son avenir au bord des lèvres et elle ne le sait même pas. Si elle le dénonce, c’est terminé ; mais il oublie presque d’être inquiet, l’instant s’est arrêté quelque part entre elle, ses cheveux blonds et son visage de poupée craquelé ; et lui, ses traits fatigués et ses yeux ternes où ne brillent plus que le pâle reflet d’espoirs à bout de souffle. Il pensait qu’il n’avait plus rien à perdre mais le soulagement qui l’étreint lorsqu’il voit peu à peu la menace faner dans ses prunelles lui prouve le contraire.

Il n’aura pas suffi de grand chose, au final. Quelques aveux du bout des lèvres ; ceux de crimes dont il n’a jamais voulu se reconnaître coupable. Ceux de la lassitude et du découragement ; du désespoir, tenace, ancré à ses entrailles depuis un temps qui lui semble trop lointain pour faire encore partie de sa vie. Il ne s’attendait pas à ce qu’elle l’entende, l’écho rugissant de son indignation, son désir d’une autre chose, ou d’un autre monde peut-être, quelque part ou mieux existe et bien ne ressemble pas à une mauvaise blague. Il ne s’y attendait pas mais elle l’a entendu, et en le relâchant ce jour-là, elle s’est ancrée à sa vie de manière indéfectible.

Stefan ne demandait pas grand chose, et sûrement pas ça. Jamais il n’aurait pu imaginer que ce petit morceau d’aide que Leksa lui a donné l’amènerait si loin. Et pourtant. Elle a dit deux mots à son sujet à quelqu’un, qui connaissait quelqu’un, qui avait une place de libre dans sa petite section d’un département du ministère bulgare. C’est comme ça qu’il s’est retrouvé à trier des papiers dans un bureau plus petit que la chambre d’un certain binoclard anglais sans importance. Rien de très intellectuel ni de très prestigieux ; mais, un emploi, avec un salaire. Légal. Dire qu’il avait presque arrêté d’y croire.

Il se construit une vie, alors, une vraie, tout doucement, pierre après pierre. Les éléments d’une existence normale se greffent à son quotidien ; le logement, minuscule et insalubre, qui pourtant ressemble presque au plus somptueux des palaces, à ses yeux. Il a un lit et même un réfrigérateur. Des collègues, dont il ne cesse de se plaindre à la seule personne qui lui semble capable de l’entendre. Ca l’occupe, de râler pour les petites choses, ça lui fait peu à peu oublier à quel point il en a bavé pour en arriver là, et la sale profondeur des cicatrices qu’il se traîne. Il oublie tout ça, quand il grogne parce que son collègue - Odunst de son petit nom - est le dernier des crétins, à tel point qu’il croit que son cerveau a été liquéfié par toutes les conneries qu’il peut bien raconter. Il oublie tout ça parce que c’est le genre de commentaire qui fait toujours rire Leksa quand il grogne avec son air d'hypogriffe mal luné, et qu’à la vue de son sourire, il renonce enfin à la solitude à laquelle il se croyait condamné depuis qu’il a perdu son frère.

Il ne sait pas si elle le fait exprès, quand elle recoud une à une les blessures encore ouvertes sur son âme ; mais s’il est sûr d’une chose, c’est qu’elle n’en aurait jamais été capable si elle n’en traînait pas de semblables. Alors il lui demande, en silence, de son regard qui traîne dans le sien un peu trop longtemps,  Toi aussi, tu sais ce que c’est, quand on est tout seul même avec ceux qu’on aime ? ou de son sourire qui coule au coin de ses lèvres, parfois, alors que vraiment, non, c’était pas drôle du tout ; Toi aussi, tu sais comment ça fait, quand on a toujours froid, même au milieu des flammes ? Ou de sa main, qui glisse dans la sienne pour la toute première fois, ses doigts qui s’entremêlent aux siens Toi aussi, t’as enfin l’impression que tout ça c’est terminé, quand on est tous les deux ?

Ca l’a pris par surprise quand il a compris, Stefan. Il n’arrivait pas à le croire, au début, il a presque souhaité que ce soit un rêve tellement ça lui a fait peur. Il n’en a pas parlé, pas aux quelques amis qu’il a fini par se faire, en trois ans, pas non-plus à la femme qui partage sa vie depuis tout ce temps. Il a voulu attendre, être sûr que c’était réel, et que ça n’allait pas s’évaporer comme de la fumée entre ses doigts, insaisissable et à jamais inaccessible. Ca fait un mois qu’il attend, qu’il guette, le moment où quelque chose va foirer, où il va voir qu’il s’est planté. Mais ça n’arrive pas, toujours pas. Il ne peut plus douter, alors, pas quand il regarde dans ses yeux et qu’il a l’impression d’y voir la réponse à toutes les questions qu’il s’est un jour posées, et qu’il se posera jamais. Il sait que c’est stupide, que ce n’est même pas vrai ; il n’a jamais cru à toutes ces histoires qu’on raconte, il se disait que les gens exagéraient toujours. Mais ça lui arrive à lui-aussi et ça lui arrive depuis longtemps. Ca l’a pris par surprise quand il a compris, Stefan, quand il a compris que c’était elle. Qu’il l’aimait, follement et simplement, comme un fou, comme un homme qu’elle avait rendu heureux. Il voulait faire mieux à présent, faire encore un pas vers elle, avec elle.
Quand il pose le genou à terre et qu’il voit ses yeux s’agrandir de surprise, il ne peut pas s’empêcher de sourire, parce qu’elle est belle, si belle. Il voit bien que quelque chose brille dans ses yeux, quelque chose qui n’y était pas quand ils se sont rencontrés ; et il veut bien croire qu’à l’inverse, c’est pareil. Elle a accroché des étoiles à son regard terne, elle a retrouvé au fond de sa poitrine un coeur aride et fatigué, qu’elle a réveillé, patiemment. Elle lui a réappris à aimer, simplement, comme jamais il n’avait su qu’on pouvait aimer, d’un amour si fort et si tranquille, inébranlable. Ca fait battre son coeur, ça fait même trembler ses mains lorsqu’il ouvre sous ses yeux l’écrin de velours soyeux. Viens, il l’appelle, de son regard brillant plongé dans le sien ; viens, on les laisse tous là avec leur monde pourri, nous on se casse, on va créer le notre tout seuls. Il sourit, doucement, parce qu’il est confiant, parce qu’il sait où il veut aller, et avec qui. Viens, de toute façon, les autres on n’en a pas besoin ; c’est eux qui comptent, eux deux, et les autres ils sont cons de toute façon, ils comprennent rien, ils savent pas comme leur monde est empoisonné et comme il laisse pas de place aux gens comme eux. Viens, tu vas voir, là où on va, on en aura une place, et je te promets, on y sera heureux.



Quatrième partie

Breathe into me


La découverte de l’Ox bouleverse le monde magique entier ; mais pas sa famille à lui, ose-t-il prétendre intérieurement. Ils n’ont rien à voir avec tout ça, eux ; qu’est-ce que ça change, après tout ? L’effervescence au ministère lui fait rapidement comprendre que cette histoire ira bien plus loin que ce qu’il imagine alors quand il rentre le soir, il en demande un peu plus à Leksa ; c’est quoi, l’Ox ? Une vieille légende, personne ne sait ce que ça va donner, mais en tout cas, ça chauffe à Durmstrang. Il se méfie ; tout ça ne lui dit rien qui vaille. Et il n’imagine pas si bien dire. Lorsque Leksa commence à rentrer de plus en plus tard, il ne dit rien ; il sait qu’elle travaille beaucoup, que le ministre l’a chargée de traquer les criminels de Domovoï’s Rock. C’est son travail, c’est important pour elle ; il n’insiste pas, et puis, Emylia la voit quand même souvent, et il est là, lui. Il a pris du galon, depuis le temps qu’il travaille au ministère ; c’est lui qui s’occupe de gérer les ambassadeurs étrangers, et autant dire que ce n’est pas de tout repos. D’une oreille, il écoute leurs réclamations, les prend en note, subit les colères en tant qu’unique intermédiaire entre les pays furieux et son gouvernement à lui ; de l’autre, il entend son ami Todor pester contre le ministre et sa politique de fragile. Il est plutôt d’accord, il faudrait resserrer la bride. Ces sangs-noirs, ça l’inquiète ; et cette mafia, il n’en parle même pas, ça lui fait froid dans le dos. Surtout que Leksa semble déterminée à la démanteler à elle toute seule. Il n’ose même pas y penser, la laisse faire son travail, s’en préoccupe le moins possible, réorientant le plus souvent possible la discussion sur leur fille, leur famille dont elle semble de moins en moins se soucier. Elle le rassure, il soupire, ils s’enlacent. Il se dit qu’elle a entendu mais ça recommence à chaque fois.

Lorsque le ministre meurt, il n’imagine pas que ça signe la fin définitive de son équilibre. C’est Todor Mladenov qui est nommé à sa place, et il s’en trouve bien satisfait : peut-être qu’ils vont enfin avoir droit à une politique extérieure digne de ce nom, et une vraie réglementation pour gérer ces Sangs-Noirs. Apaiser les tensions avec la Bratva lui semble, par ailleurs, la meilleure des solutions. Ce genre d’organisation est solide, souvent bien plus solide que le gouvernement lui-même. Il y aura toujours des criminels, toujours, quoi qu’on fasse ; et il est bien placé pour le savoir. Lutter contre ne sert à rien ; il faut trouver un arrangement, et c’est ce que veut faire Todor. Alors, il est avec lui, il le lui a dit dès le départ. C’est sûrement pour ça que le nouveau ministre lui confie un poste si haut placé lorsqu’il réorganise les hautes sphères du ministère. Il n’a pas pu renvoyer sa supérieure, mais il le charge de la surveiller ; elle n’est pas d’accord avec lui sur tout, il faut que Stefan fasse pression pour servir au mieux son pays. C’est bien ce qu’il a l’intention de faire.

Mais pas au détriment de tout, contrairement à Leksa, qui ne rentre à la maison que pour dormir et encore, parfois il a l’impression qu’elle ne passe même pas. Tout ça pour “faire tomber’ Echo Velikov, qu’elle pense impliqué dans les affaires de la Bratva. Il est persuadé qu’elle a nourri une obsession totalement injustifiée pour cet homme ; il le connaît, le fréquente régulièrement au ministère. Un type charmant qui n’a rien à voir avec le criminel qu’elle recherche - sous prétexte qu’elle l’a connu au collège, elle pense pouvoir le percer à jour mieux que personne. Il déteste crier, Stefan, il ne supporte jamais longtemps de se disputer avec elle alors il coupe court à la conversation en premier : de toute façon tu n’écoutes pas ce que je te dis. Il ne veut pas qu’Emylia les entende se disputer, surtout pas. Lui, des cris, il n’a entendu que ça pendant toute son enfance ; il veut autre chose pour sa fille. Leur fille, même si son épouse a tendance à passer ce détail. Ca devient difficile, pourtant, d’ignorer les tensions entre eux. Todor lui en a touché deux mots ; sa femme le dérange, avec son obsession pour Velikov - sans parler de sa belle-soeur qui pompe l’air de tout le monde avec les conneries qu’elle raconte. Il faut qu’elle le laisse tranquille, sinon elle va avoir des ennuis. « Tu ne te rends pas compte », il lui dit, mais elle n’écoute pas. « Même si ce type fait partie de la Bratva, c’est une excellente raison pour t’en tenir éloignée. » Il ne croit pas une seule seconde que Cevko en soit, mais si c’est après la Bratva qu’elle en a, alors elle finira forcément par avoir des ennuis. « Il va y avoir des représailles, Leksa. Arrête avant qu’il ne soit trop tard. » Il lui avait dit, pourtant. Plusieurs fois. Mais ça faisait déjà longtemps qu’elle n’écoutait plus. Il a quand même essayé, une dernière fois.

« Il faut que tu arrêtes maintenant, Leksa. Tu te mets en danger. Ca fait cent fois que je te dis d’arrêter, le ministre m’a encore mis en garde pour toi. C’est dangereux, ce que tu fais. » Elle est auror, lui répond-elle. Si elle avait voulu un métier sans danger elle en aurait choisi un autre ; les risques qu’elle prend, elle les connaît, elle les assume. Ca le met dans une colère noire, lui, mais il ne hausse pas trop la voix parce qu’il ne veut pas réveiller sa petite fille. « Tu les assumes ? Mais tu les assumes pour qui ? Pour toi ? Et si c’est à ta famille qu’ils s’en prennent, si c’est à Emylia ? » Il y a un silence ; forcément, que pourrait-elle répondre à ça ? Elle pourrait dire qu’elle est désolée, qu’elle va arrêter là, que ça suffit maintenant ; mais elle ne dit rien, elle se tait. Alors il secoue la tête, lui, il est fatigué, il en a assez de se battre dans le vent, parce qu’elle n’écoute rien, parce qu’elle n’abandonnera pas avant qu’il soit trop tard. « Si tu n’arrêtes pas, nous on arrête, Leksa. De toute façon on est déjà sans toi : tu n’es plus là depuis des mois. » Il est en colère, il est furieux même. Pourquoi est-ce qu’elle fait tout ça ; ou pourquoi ne fait-elle pas ce qu’elle devrait faire, plutôt ? Elle ne se rend pas compte, elle ne voit pas tout ce qu’elle brise, jour après jour, silence après silence. Elle n’avait pas le droit de tout gâcher. Ils étaient heureux, bordel. Ils ont construit tout ça tous les deux, elle ne peut pas le laisser ; et elle l’a fait quand même, pourtant. Ils avaient réussi et elle détruit tout. « Ta fille mérite mieux que ça. On n’arrive à rien tous les deux ; plus à rien, en tout cas. On devrait peut-être se séparer. » Ca le crève de dire ça, il ne sait pas trop à quel point mais il sent que quelque chose se déchire à l’intérieur de lui et ça lui donne une sale envie de pleurer ; mais il se retient, il lève le menton et il la toise. Ca le crève mais c’est ce qui est de mieux pour sa fille alors il le fera et il n’hésitera pas. Mais ça la crève elle-aussi n’est-ce pas ? De voir tout partir en fumée, d’un coup, comme ça. Elle a rien vu venir ? Parce qu’elle n’a pas voulu regarder ; ça fait des mois qu’il la met en garde. Quand la peur brille dans ses yeux, là, et qu’elle promet qu’elle va revenir, il a l’impression d’avoir retrouvé sa femme, et il ne sait pas si ça le soulage ou si ça lui fait plus mal encore, de devoir la menacer pour la garder.

Il l’avait prévenue, que ça allait mal finir. Il lui avait dit, qu’elle devait arrêter avant qu’il soit trop tard. Maintenant Milena est morte et Leksa n’a plus l’air très vivante. Comme il peut, il recolle les morceaux ; il ne dit pas qu’il l’avait prévenue, il sait qu’elle sait, et ça ne sert plus à rien maintenant. Doucement, il la berce dans ses bras, au coeur de la nuit, il caresse ses cheveux, il lui murmure qu’il est là, que sa fille est là, qu’ils ont besoin d’elle, que ça va aller maintenant. Mais ça lui fait vachement peur à lui-aussi ; ils s’en sont pris à Milena, mais ça aurait pu être lui, ça aurait pu être Emylia. Il sait que c’est horrible d’être soulagé mais il l’est quand même, il veut bien être un salaud, du moment qu’il a encore sa famille auprès de lui.

Leksa a pris des congés, encaisser le coup, se recentrer sur l’essentiel. Peu à peu, la vie reprend son cours, presque normalement ; la nièce de sa femme a emménagé chez eux, et la cohabitation n’est pas toujours facile, mais il prend sur lui, lui-aussi. Cette gamine vient de perdre sa mère, alors il ne va certainement pas s’occuper de lui apprendre les bonnes manières, c’est loin d’être le moment. Il est patient, attentionné, autant qu’il peut, s’applique à restaurer l’équilibre perdu de sa famille.
Lorsque Leksa reprend le travail, il prend sur lui pour ne pas l’oppresser, la mettre en garde. Elle a dû tirer les cruelles leçons qui s’imposaient, la dernière fois, non ? Il décide de lui faire confiance, malgré tout. Quelques semaines après, la nouvelle de l’évasion massive de la prison lui parvient ; il entend par hasard le nom de Blackwell, et son coeur manque de s’arrêter. Skander. En Bulgarie. Les chances pour qu’il le croise sont infimes, s’il ne les provoque pas. Devrait-il le faire ? Qui est Skander, par rapport à Stefan ? Caleb a disparu depuis longtemps ; il a renoncé à ce nom en même temps qu’à son ancienne vie ; à son ancien frère. Il a une autre vie, une autre famille. C’est celle-là qui compte, maintenant ; il n’a pas de place pour son passé criminel. Ca mettrait en danger Emylia, alors il décide de compter sur la chance de ne jamais croiser le chemin de Skander. L'équilibre est trop fragile, il refuse de le menacer.

Des scrupules que, encore une fois, Leksa n’a pas. Lorsqu’il découvre qu’elle n’a pas renoncé à sa vendetta contre le fils Velikov, il sent la rage le prendre aux entrailles comme ce n’est pas arrivé depuis des années. Pour autant, il essaie de garder son calme ; il la confronte, espérant se tromper. Tout ce qu’elle trouve à lui dire, c’est qu’il ne comprend pas, encore. Il ne comprend rien de toute façon ; elle non-plus apparemment. « Ca ne t’a pas déjà assez coûté, Leksa ? La mort de qui est-ce que tu vas provoquer, cette fois ? » Il les pense, ces mots horribles qu’il lui balance, qui la frappent en plein coeur. Il n’a pas voulu être cruel ; il ne l’est jamais, Stefan, juste un peu trop terre à terre. « Il faut que tu t’en ailles. Ca a trop duré. » Il est désolé, il aimerait pouvoir lui dire à quel point. A quel point ça lui fait mal, à quel point il a peur d’être sans elle, dans cette vie qu’ils ont construite tous les deux. Mais il ne mettra pas la vie de sa petite fille en danger pour garder auprès de lui son épouse qui a depuis longtemps décidé de les mettre de côté, tous les deux.

***

Il est un peu hagard, ce soir-là. Leksa est partie, ça ne fait que quelques jours mais il lui semble que ça fait une éternité. Peu importe, elle ne reviendra pas, il le sait au fond. Elle ne peut pas, et il ne veut pas, pas vraiment, pas comme ça en tout cas. Emylia est avec sa nourrice, il était invité à une réception, qu’il a décidé de ne pas manquer. D’habitude c’est avec plaisir, qu’il vient, qu’il discute, qu’il constate, satisfait, à quel point il s’est intégré à ce monde qui ne ressemble en rien à celui d’où il vient. Mais ce soir ses yeux ne se posent nulle part ; jusqu’à ce qu’il distingue, par hasard, une marque inhabituellement foncée, qui lui rappelle trop bien, trop vite comment les traces comme ça se greffent sur les corps, comment la peau semble trop blanche, autour. Ca saute à ses yeux déshabitués, qui n’ont rien oublié pourtant. « Qu'est-ce que… Qu'est-ce qu'il t'est arrivé? » Il demande mais il sait déjà, et le regard fuyant de Krista le montre trop bien ; son silence le crie trop fort. Ca ramène sa conscience à l’instant présent, brutalement ; et il se sent coupable, une seconde, d’avoir eu besoin de ça pour être là. « C'est Valko qui t'a fait ça? »

Ca lui donne envie de hurler. Il ne la connait pas bien Krista, mais il sait qu’elle ne mérite pas ça ; personne ne le mérite. Il voit bien qu’elle a peur ; qu’elle est terrifiée, même, et il se force à ne rien montrer d’à quel point ça le met en colère, parce que ce n’est pas de ça dont elle a besoin, Krista. Elle ne devrait pas avoir peur ; elle ne devrait même pas cacher  précipitamment la marque avec son col. Elle n’est menacée par personne, ici, face à lui. « V-Valko? » A-t-elle peur qu’il ait compris ? Qu’il dise quelque chose, qu’il aggrave encore plus la situation ? Elle n’a rien à craindre pourtant, pas ici, pas avec lui. Jamais il n’aurait pu imaginer que son époux puisse créer chez elle un tel sentiment d’insécurité. Mais la terreur dans les yeux de la jeune femme parle à Stefan bien mieux que la réputation de Valko. Il sait bien comment ça marche. « Krista, est-ce que… est-ce qu'il t'a déjà malmenée? Tu peux me le dire, s'il t'a touchée, je veux seulement t'aider. »

Le silence se creuse, il voit les perles de pluie qui se glissent au coin des yeux de Krista et il y a quelque chose qui se tord dans son ventre, un profond sentiment d’injustice avec lequel il n’a pas composé depuis longtemps. Tout doucement, il prend sa main dans les siennes, comme s’il avait peur de la briser, fleur glacée de cristal entre ses doigts. Son regard porte le sien, se veut rassurant. « Tu n'es plus toute seule, tu peux m'en parler, d'accord? » Elle ne détourne pas le regard, et ça le soulage un petit peu, quand il la voit tout doucement hocher la tête. « Tu n’as rien à craindre. Ca va aller. »



Dernière édition par Stefan Wrzesinski le Lun 9 Avr - 10:41, édité 7 fois
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Ҩ Re: Falling to the depths can I ever go back || Stefan Ҩ Jeu 15 Mar - 1:46

C'est trop vide non mais n'importe quoi  

J'ai hâte de te lire en tout cas, ça va encore être merveilleux, je suis sûre que ce personnage t'ira parfaitement  

( "Avatar ϟ jsais plus" :schei: tout va bien)


† Woken up like an animal, teeth ready for sinking, my mind's lost in bleak visions. I've tried to escape but keep sinking. because monsters are not under your bed, they are all inside my head.
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Ҩ Re: Falling to the depths can I ever go back || Stefan Ҩ Jeu 15 Mar - 10:14

@Asya Sadovski a écrit:


( "Avatar ϟ jsais plus"  :schei: tout va bien)

J'avoue, y'a plus de respect lizzie

Allez rebienvenue à la maison Colinette kizz
Ce personnage sera parfait entre tes doigts plzz
T'as intérêt à m'aimer quand tu seras validée


i wonder if they
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Ҩ Re: Falling to the depths can I ever go back || Stefan Ҩ Jeu 15 Mar - 10:23

Rebienvenue Colette
Je suis contente que tu aies craqué pour ce PV, je ne m'y attendais absolument pas. Ce fut une belle surprise. Je suis certaine qu'il t'ira comme un gant, tu vas en faire un personnage merveilleux. :pticoeur: J'ai hâte qu'on puisse s'aimer et se désaimer. plzz Ça va être déchirant. :eyes: STEKSA.


YOU'VE GOT THOSE CRUEL INTENTIONS
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Ҩ Re: Falling to the depths can I ever go back || Stefan Ҩ Ven 16 Mar - 11:57

REBIENVENUE COLETTE !
DÉPÊCHE TOI DE FINIR STEFANICHOU 



Welcome to my world of fun
If it feels good, tastes good, it must be mine. Heroes always get remembered but you know legends never die. And if you don't know now you know, I'm taking back the crown. I'm all dressed up and naked. I see what's mine and take it. The crown, so close I can taste it.


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Ҩ Re: Falling to the depths can I ever go back || Stefan Ҩ Sam 17 Mar - 16:18

@C. Echo Velikov a écrit:
@Asya Sadovski a écrit:


( "Avatar ϟ jsais plus"  :schei: tout va bien)

J'avoue, y'a plus de respect lizzie

Jetez un oeil à mon profil et osez encore me parler de respect qu'on rigole :schei:

Merci en tout cas je suis super contente de revenir avec un nouveau bébé ça faisait longtemps What a Face J'espère qu'il vous plaira, j'ai un peu avancé ! drago
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Ҩ Re: Falling to the depths can I ever go back || Stefan Ҩ Sam 17 Mar - 16:19

QUI EST L'ODIEUSE PERSONNE QUI A OSE SE MOQUER DE TOI DE LA SORTE? C'EST FRANCHEMENT INDECENT OLALALALA. lizzie


YOU'VE GOT THOSE CRUEL INTENTIONS
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Ҩ Re: Falling to the depths can I ever go back || Stefan Ҩ Sam 17 Mar - 16:23

Non mais que tu m'aides dans la création du perso en remplissant mon profil je veux bien Schei, c'est généreux de ta part, mais essaie de pas te planter au moins, 1965 + 37 ça fait 2002, pas 2004, donc il a 39 ans What a Face et il est sang-mêlé, c'est pas compliqué espèce de débile :rainheart: :rainheart: :rainheart:
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Ҩ Re: Falling to the depths can I ever go back || Stefan Ҩ Sam 17 Mar - 16:32

Je vous aime si fort


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Ҩ Re: Falling to the depths can I ever go back || Stefan Ҩ

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