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 What doesn't kill you || Askyria IV

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♔ DURA LEX SED LEX
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HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : Plus pur que le cristalMessages : 398Date d'inscription : 05/04/2016Localisation : Loin des projecteurs
Ҩ What doesn't kill you || Askyria IV Ҩ Mer 7 Mar - 19:46

Elle titube pour sortir, presque exactement comme elle a titubé pour entrer. C'est sûrement la honte qui lui a fait faire le chemin à l'envers. Si seulement c'était possible de faire ça sur toute sa vie, ce serait bien pratique. Mais elle ne peut pas, et elle est fatiguée de ronger ses regrets comme un vieil os sur lequel elle s'est déjà cassé les dents. Alors elle titube, c'est tout, sans dire au revoir, sans un mot et sans un regard non-plus, parce que ça n'en vaut pas la peine de toute façon. Et puis, elle va effrayer le gamin, elle a bien vu qu'il la regardait d'un drôle d'air, qu'il ne comprend pas. Evidemment qu'il ne comprend pas, elle non-plus, au fond. Et elle n'a pas envie de réfléchir, alors il y a la porte qui claque et le froid de l'hiver qui lui mord la peau. Agacée, elle resserre les pans de sa veste autour d'elle ; franchement, quitte à être saoule comme une ivrogne, elle pourrait pas au moins être insensible à la température ? Les dents serrées, elle renifle, se tient au mur, vaguement, parce qu'elle n'a pas envie de finir le nez écrasé contre les pavés au sol. Des coups dans le nez, elle en a bien assez comme ça. (ahahah)

Tu t'approches en sens inverse et au début, elle ne te reconnaît pas, elle ne te regarde même pas. Tu es juste une forme, qui s'approche souplement, et qui serait passée à côté d'elle sûrement si elle avait réussi à mettre un pied devant l'autre correctement. Mais elle n'y arrive pas, pas assez en tout cas pour marcher droit et garder l'équilibre ; d'abord, la jambe toujours lezardée de griffures pas tout à fait refermées qui flanche, le pied qui ripe contre le sol et son corps qui bascule en avant ; ensuite son épaule, qui cogne ton ventre, qui te prend par surprise et puis la main qui se referme sur son bras pour la maintenir sur ses pieds. Deux secondes, c'est ce qu'il aura fallu pour qu'elle vienne encore une fois fracasser ta vie comme si elle n'en avait pas déjà assez fait. Mais pour l'instant, elle ne le sait pas encore, qu'elle vient de faire une connerie, une autre, une qui compte cette fois. « Tu peux pas faire attention ? » Elle demande, la voix rauque, trop grave et trop fatiguée. Presque rocailleuse, à l'image de la pierre creuse et froide en laquelle elle se transforme doucement, lorsque l'alcool n'inonde pas son sang comme ce soir.

Valkyria et ses habitudes de Dragonstone qu'elle peine encore à effacer ; elle va pour se redresser, quand une odeur la fait s'immobiliser, d'un seul coup, l'échine parcourue d'un terrible frisson tandis que, dans son regard fixe, se rejouent des scènes d'un temps pas si lointain qu'elle aurait voulu arracher de sa mémoire. Ton parfum, c'est comme s'il s'était ancré dans ses poumons ce soir-là ; elle s'est endormie dans tes bras comme une enfant qui n'avait besoin que d'une étreinte pour éloigner ses démons. Asya, Asya tu es là. Exactement au bon moment, comme la dernière fois. Comme les dernières fois. Tu n'as pas fait exprès, non, et cette fois non-plus. C'est pas juste qu'à chaque fois qu'elle est sur le point de tomber, elle doive t'entraîner dans sa chute.

Les larmes l'attrapent comme un vulgaire insecte épinglé sur un mur, sa vision se brouille un peu et elle ne sait plus comment parler, plus comment se relever, à peine comment respirer. La voix rauque se terre au fond de sa gorge alors qu'une brusque inspiration précipite l'air dans ses poumons. D'un appui incertain, tremblant, elle s'aide de ton corps pour se tenir un peu plus droite, mais elle garde la tête basse, le visage dissimulé par les trop longues mèches blondes qui tombent devant ses yeux pleins d'un chagrin dont elle ne sait que faire.
Deux secondes passent, quatre battements d'un coeur qui cogne trop vite, et plus assez fort. Elle te lâche, recule, s'échappe de l'étreinte qui l'a empêchée de tomber. « Pardon. » elle fait, elle murmure, plutôt, en se détournant, laissant malgré elle traîner un regard de givre sur ton visage, un instant, rien qu'un instant. Pardon, c'est le moindre qu'elle te doive. Il y a d'autres choses, elle le sait, que tu devrais pouvoir entendre, qu'elle aurait besoin de te dire. Mais pas ce soir, pas comme ça ; elle reviendra, elle se dit en s'éloignant de sa démarche boitillante, articulant faiblement un « Fais pas attention, je m'en vais. » Ce soir elle voudrait juste disparaître, soufflée par le vent comme une poignée de cendres refroidies depuis longtemps.


Shadows settle on the place that you left
And if you're still bleeding, you're the lucky one. 'Cause most of our feelings, they are dead and they are gone. We're setting fire to our insides for fun, collecting pictures from the flood that wrecked our home. It was a flood that wrecked this. And you caused it.
And if you're in love, then you are the lucky one, 'cause most of us are bitter over someone. Setting fire to our insides for fun, to distract our hearts from ever missing them. But I'm forever missing you. And I caused it.
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Ψ DUM SPIRO SPERO
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HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : PurMessages : 253Date d'inscription : 25/03/2017Localisation : Domovoï's Rock
Ҩ Re: What doesn't kill you || Askyria IV Ҩ Mer 14 Mar - 23:24

Pourquoi est-ce que ça fait si mal ?
Comme si sa poitrine allait exploser, la poussière en tempête tombée dans sa tête, la sensation que le choc lui a arraché la vue, l’ouïe, altéré le moindre de ses sens. Noir total quand elle ne sort plus de son lit Asya, chambre de fortune louée à Sofia, en attendant. En attendant quoi elle ne le sait pas et chaque jour se ressemble quand elle laisse les cendres obscurcir son univers, corps tremblant entre ses draps, à plus oser regarder au dehors de peur que la lumière ne l’oblige à contempler la réalité en face. Parce qu’il n’y a plus rien qui compte désormais. Plus de Deirdre.
Pourquoi est-ce que ça fait si mal ? Comment ça s’en va la douleur dis, comment est-ce qu’on peut recoudre la plaie, étouffer toutes les ombres qui s’en échappent ? Est-ce qu’il faut glisser un pied dans la tombe, creuser un trou et s’enfermer dans les entrailles de la Terre, ne plus jamais respirer? Alors il y a sa silhouette qui se fige, le cœur paralysé qui ne sait plus battre correctement. Parce qu’à chaque coup ça cogne beaucoup trop fort contre le vide dans sa poitrine. Le pire c’est la voix, la voix qui avait fini par la laisser en paix mais qui exalte de l’absence de Deirdre. Et l’inconfort, l’horreur parce qu’Asya elle essaie de se résonner : c’est dans ta tête tout ça, les monstres mentaux ça n’existe pas. Alors pourquoi est-ce que ce rire est si perçant, pourquoi est-ce que ça l’empêche de bouger, d’avancer. Tu l’as tuée Asya. Par négligence, par ton absence. Tu l’as tuée et moi j’ai tué Visenya, c’est un bon partage tu ne crois pas ? Boum boum. Prend le pouvoir à nouveau si ça peut effacer la douleur. Dévore-moi si ça peut arrêter de saigner, si ça suffit pour oublier. Mais ça ne marche pas. Jamais. Silence qui revient et s’assoit sur sa poitrine. On ne s’en remet pas. Pas comme ça. Ça cassera toujours autant le métal de sa peau, de son âme. Comme un trou béant chaque nuit creusé dans le néant dont elle est faite.
Elle va se réveiller.
C’est pas possible autrement.
Elle va se réveiller.
Me dire que c’était faux tout ça, foutue scène issue de mon esprit.
Elle va se réveiller.
Cauchemar gris mal esquissé.
Elle va se réveiller.
Mais le jour ne vient jamais.

Tu es vivante Asya, elle est dévorée par la Terre.
Tu es vivante Asya, alors relève-toi.
Arrête de salir sa mémoire.
De t’effacer.
Ce n’est pas en te transformant en fantôme que tu pourras à nouveau la contempler.
Pourtant j’aimerais te donner ma vie moi, t’offrir chacun de mes jours restants. Filer mon âme au Diable si seulement ça pouvait te ramener.



Elle a saisit son manteau sans trop savoir comment, traîné sa carcasse au dehors, clignant des paupières même face à la robe crépusculaire de ce début de soirée. L’hiver est venu, elle ne l’a pas senti arriver. Et ça fait mal le froid contre ses os, quand le gel qui a recouvert son cœur a comme glissée des rubans de glace dans son sang. Elle se promène Asya, observe l’agitation ambiante. Il y a l’envie d’aller chez Lilith qui la recouvre un instant mais elle n’a pas la force aujourd’hui, pas le force de la voir aimer, pas la force de faire face à la gentillesse de Gabriel alors même qu’elle demeure celle qui lui a arraché une part de sa vie. Une erreur de plus que la mort de Deirdre l’a aidée à surmonter, ironiquement. C’est étrange qu’elle puisse encore respirer alors que tout ce qu’elle touche elle le saccage, qu’elle n’a jamais été capable. Peut-être que ça a du sens au fond, qu’elle a encore un rôle à jouer. Elle ne sait plus vraiment Asya, ses pensées sont dispersées dans la brume depuis quelques mois, anésthésiée, elle n’a pourtant même pas été foutue de se supprimer. Trop lâche Asya. Tu empestes un peu plus la faiblesse à chaque choix.

Alors il y a les heures qui passent, une ou deux, la nuit qui se déverse. Ses pas l’ont menée vers l’entrée d’un bar  dont elle observe la devanture fixement sans réellement être en mesure de se décider à sauter le pas. L’alcool elle y a si souvent pensé sans vraiment comprendre ce qui la retenait. Elle est allongée sur le fond Asya, figée parce qu’elle sait que ça fera mal quand elle tentera de remonter. Qu’il lui faudra se confronter au tranchant de réel et que ça, ça ne pardonne pas. Tout ceux qui disent que la peine finit par s’alléger mentent. Quand elle passe, tu ne penses plus. Tu as simplement acquis la capacité à oublier ce que tu désirais faire, être ou rêver. Tu perds le sens, regarde les évènements néfastes s’accumuler en permanence avant de les ranger quelque part dans ton esprit, là où tu n’auras plus à les regarder. Mais certains souvenirs sont trop immenses, trop bruyant, ils contaminent l’ensemble de la mémoire jusqu’à être présents dans chaque recoin, chaque minuscule pan de ta conscience. Et puis c’est trop tard. On est changé. Désarticulé à jamais. « Tu peux pas faire attention ? » La voix est rauque, le contact trop brutal, à la faire sursauter, l’envie de brusquement repousser l’inconnue. Mais elle la contemple. Mais elle la reconnaît.
Comment tu te sens Asya ?
Qu’est-ce que ça te fais de la voir là ?
Elle ne comprend pas Asya. Il y a une blessure profonde qu’elle avait oublié qui s’ouvre soudain, l’impression que ce sont des larmes rouges qui vont colorer ses joues. un peu comme la dernière fois.
Comment tu te sens Asya dis?
Comme une bougie à la lueur vacillante qu’on éteint brusquement, qui se souvient qu’elle n’a jamais été capable d’éclairer qui que ce soit. Visenya. Elle a essayé Asya, de devenir cette lumière, elle a lutté contre les ténèbres une dernière fois ce soir là. Quand elles se sont fracassées l’une contre l’autre, créatures de fer subitement entrechoquées. Quand ça a brûlé si fort que le métal de leurs armures s’est écoulé, qu’un semblant de douceur a cru bon de venir se faufiler entre elles à nouveau.
Mais c’est impossible. Impossible que Visenya soit là.
Parce que la louve se souvient parfaitement d’un autre matin, ce moment insoutenable où elle a comprit qu’elle l’avait tuée. Baguette brisée à ses côtés et plaies trop profondes, effroyable sentiment d’échec. Ça a cassé quelque chose en elle, quelque chose de réel, de profond, on a tordu sa vie pour la laisser fracturée. Seule au monde.

Alors elle ne comprend pas, ou alors elle comprend trop et ça réveille un sentiment étrange en elle, quelque chose de vivant qui l’a si longtemps caractérisée. Colère. Incendiaire, ça lui coupe le souffle, sèche les sanglots avant qui ne s’écoulent. Pas devant toi, pas après ça. Et pourtant il y a les yeux de Visenya qui débordent, sa peau contre la sienne. Elle devrait la lâcher, la repousser. La regarder tomber, se vautrer dans l’alcool qui tapisse son sang. Son cœur loupe un battement quand elle réalise que pour une fois ce n’est pas elle qui est tombé le plus bas. Maigre réconfort. « Pardon. » Pourquoi tu m’as laissé croire ça ? Pourquoi tu ne m’as rien dit ? Asya elle a la tête qui tourne comme si elle était ivre elle aussi, l’incompréhension et la rage naissante qui se mélangent en un magma informe l’empêchant d’articuler le moindre mot. Alors Visenya elle recule, Visenya elle s’en va. Sans explication, encore une fois. « Fais pas attention, je m'en vais. » ça sonne comme une injure de trop, tu peux pas me laisser comme ça alors Asya elle s’avance, l’attrape par le bras, trop fort. Ça fait tituber Visenya mais  peu importe, elle a besoin de comprendre, viscéralement alors elle place sa main sous son menton, relève le visage dévasté de la blonde. « Pourquoi ? » Un seul mot ça ne suffit pas, il y en a trop qui se bousculent au bord des lèvres, qui manquent de sens. Pourquoi, pourquoi, pourquoi, pourquoi. « Tu étais vivante tout ce temps et.. tout ce temps et tu n’as pas…tu n’as pas essayé de me.. » Stupide Asya, incapable de s'exprimer correctement, comme au tout départ. Le crâne divisé par des pulsations douloureuses elle relâche Visenya, glisse ses mains dans ses propres cheveux qu’elle agrippe trop fort quand elle ferme les yeux. « J’ai perdu ma sœur juste après toi tu sais. » Elle est si calme Asya, différente. Elle a tellement perdu en quelques mois que le simple fait de relever la tête et de blottir son regard dans celui d’un autre être humain, ça l’élève plus haut que les planètes. Mais ça fait si mal. Là, profondément dans la chair, des nuées de flèches qui s’y figent et le besoin de les arracher une à une. D’éloigner Visenya et tous les souvenirs teintés d’espoir que sa présence remue. « J’aurais préféré que ce soit elle qui revienne. » Ses mots sont teintés de férocité mais ça dissimule mal la tristesse dans ses yeux, comme si son regard contenait le mer entière sur le point de tout inonder. Elle esquisse un mouvement, recule, torturée à nouveau, baisse la tête, focalisée sur la rivière de pluie qui s’est subitement formée dans l’allée. Sifflement entre ses dents, mots poignards trop usés, elle qui ne sait plus comment les aiguiser. « Disparais. Pour de bon. Tu peux même creuser un tombe et refermer le trou derrière je m’en fiche. C’était la dernière fois Visenya. Tout est foutu maintenant. » Et ça manque de sens, de vérité. Parce qu’il y a ses yeux qui ne savent pas mentir, la joie amère de la savoir en vie.

Ne t’en va pas. Me laisse pas comme ça, toute seule alors qu’on m’a arraché toutes les lumières. Ne me laisse pas. On pourrait essayer tu sais, se reconstruire, avancer.

Chercher encore un peu d’or dans le torrent de nos pensées.


† Woken up like an animal, teeth ready for sinking, my mind's lost in bleak visions. I've tried to escape but keep sinking. because monsters are not under your bed, they are all inside my head.
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Statut du sang : Plus pur que le cristalMessages : 398Date d'inscription : 05/04/2016Localisation : Loin des projecteurs
Ҩ Re: What doesn't kill you || Askyria IV Ҩ Mar 17 Avr - 19:04

Elle titube pour s'en aller, exactement comme elle l'a fait quand elle t'a bousculée parce que vraiment, elle n'arrive pas à marcher, elle n'arrive plus à avancer. Si elle savait où elle va, ce serait peut-être différent ; mais c'est comme ça, elle a fini par comprendre que parfois les choses sont comme elles sont et que rien ne change jamais vraiment. Elle en a fait du chemin, depuis la gamine perdue qu'elle a cessé d'être trop vite quand on lui a mis la couronne sur la tête ; elle a pas toujours avancé comme ça, il y a un temps où elle savait mettre un pied devant l'autre sans se vautrer dans la crasse de sa solitude. Mais aujourd'hui, douze ans après, malgré la couronne et malgré l'entraînement et malgré la fausse mort par lesquels elle est passée, au fond, elle est toujours la même gamine perdue, implorant pour qu'on lui montre le chemin.
Elle est presque sûre que c'est ta faute si elle n'arrive même plus à mettre un pied devant l'autre. Ca fait longtemps qu'elle n'en est plus capable mais elle continuait parce qu'elle n'avait pas le choix. Maintenant que tu es là, ses forces l'abandonnent ; on n'appelle pas à l'aide quand il n'y a personne pour entendre, n'est-ce pas ? Comme si tu allais lui tendre la main encore une fois. Qu'est-ce que c'est présomptueux d'oser l'espérer, comme si elle y avait encore droit après tout ça. Elle ne veut pas, c'est pour ça qu'elle part, qu'elle se fait violence pour avancer quand même, tenir au moins jusqu'au coin de la rue, quitte à tomber là-bas, loin de l'aide qu'elle ne veut plus te réclamer. Mais une main l'attrape et la force à se retourner, trop vite pour que son esprit embrumé des vapeurs d'alcool puise tout à fait suivre. Tout ce qu'elle voit, ce sont tes grands yeux clairs débordants de rage et de chagrin, qui poignardent les siens avec hargne. C'est une torture, ce regard, cette prise sur son menton qui lui interdit de détourner le visage, de se cacher dans l'ombre. Elle est épinglée à la lumière de ton regard et c'est comme si ça lui brûlait la peau comme de l'acide. « Pourquoi ? » Parce que c'est comme ça. Et pourquoi quoi, d'abord ? Elle s'en fout, elle n'a la réponse à aucune question de toute façon, Valkyria. Toutes ses certitudes se sont effritées comme des statues de sable trop fragiles pour résister à la tempête. « Tu étais vivante tout ce temps et.. tout ce temps et tu n’as pas…tu n’as pas essayé de me.. » prévenir. Bien sûr que non. Elle était en fuite. Tu sais ce que ça veut dire pourtant Asya, fuir. On ne dit pas au revoir en partant quand on n'a pas envie d'être retrouvée. Sûrement pas à sa meurtrière, d'ailleurs. Au fait, tu m'as loupée. C'est injuste. Parfois elle se dit que ce jour-là tu l'as sauvée ; d'autres fois, elle voudrait que t'aies pas loupé ton coup en essayant de la déchiqueter. Ca vous aurait épargné ça.
Tu la relâches, elle s'affaisse un peu alors, parce que même si elle a abhorré ce contact, tu l'as forcée à se maintenir droite. Depuis combien de temps elle n'avait pas fait ça ? Ca ne lui a pas manqué, elle est bien mieux dans l'ombre maintenant ; la lumière, c'est plus pour elle, et jamais elle n'y a vraiment eu sa place. Elle est loin, celle qui brillait si fort, la flamme de Visenya. Elle est morte.

« J’ai perdu ma sœur juste après toi tu sais. » C'est pour ça la détresse, alors, le désespoir qui résonne en écho dans toute la ruelle. Ta soeur, comptée parmi les victimes de cette guerre stupide. Encore une mort de trop ; une mort pour rien. Elle n'est pas désolée, Valk ; elle n'y est pour rien après tout. Tout le monde a perdu quelque chose dans cette bataille stupide pour un pouvoir empoisonné. Une soeur, une cousine, une amie ; sa vie entière, partie en fumée, comme ça, pour rien du tout. « J’aurais préféré que ce soit elle qui revienne. » Elle a un sourire, Valk, quand elle entend ça ; un sourire un peu fou, un peu irréel, parce que ses dents sont trop blanches sur son visage sombre, parce que c'est encore trop facile pour elle de dessiner de jolis rictus même quand tout s'est effondré. Après tout, est-ce qu'elle a déjà su faire autre chose que ça ?
Et qu'est-ce qu'elle en a à foutre, de ce que t'aurais préféré ? Pas la peine de t'en prendre à elle ; elle voulait se casser, après tout, elle t'a rien demandé cette fois. Fallait y penser avant, surveiller la lune et prendre tes potions comme une grande fille. T'aurais peut-être perdu ni l'une ni l'autre si tu savais compter. « Disparais. Pour de bon. Tu peux même creuser une tombe et refermer le trou derrière je m’en fiche. C’était la dernière fois Visenya. Tout est foutu maintenant. » Tout ; est-ce que tu crois si bien dire ? Allez, va, tu ne trompes personne, et même pas toi ; ça se voit que t'es fracassée, encore plus qu'avant, et que toi aussi tu supplies des dieux en lesquels tu crois même pas pour qu'on te tende une main. Qu'est-ce qui t'arrive, tu trouves plus aucune raison à rien maintenant que tout ça c'est fini ? Elle a un peu le même problème figure-toi ; avant peut-être qu'elle vivait pour les mauvaises raisons mais elle en avait assez peu conscience pour être moins dévastée que maintenant. Tout comme toi, elle peut s'en prendre qu'à elle-même. Et c'est ce qu'elle fait, d'ailleurs. « Tu m'as pas perdue Asya. Tu m'as tuée. C'est pas la même chose. » Un rire rauque s'échappe de ses lèvres, ses yeux luisent dans le noir, d'alcool ou de démence, ou des deux peut-être. « J'aurais pu t'écrire pour te remercier. » son rire se change en toux, éraillée, douloureuse. Parce que rien de tout ça n'est drôle et vous le savez aussi bien l'une que l'autre. Peut-être qu'elle t'aurait prévenue, si elle avait pas tout foiré derrière, si elle s'en était sortie un peu mieux que ça. A l'heure actuelle pourtant il n'y a personne aux yeux de qui elle voudrait être encore en vie. Toi pas plus que les autres. « Mais les morts font pas ça je crois. Et Visenya est morte, à cause de toi. » Elle trace un sourire plus vague sur ses lèvres, plus vrai, quand elle articule « Bon débarras. » C'est une chance que tu lui as donnée, et elle a essayé de la saisir. Elle a vraiment essayé, mais elle savait même pas par où regarder. « Tout était foutu depuis le départ. Tu sais aussi bien que moi. » Elle te regarde, intensément, la glace de son regard fatigué fichée dans tes prunelles brisées. Ca partait pas si mal, et vous avez fait que vous gâcher, minutieusement, une étape après l'autre. Ca avait presque l'air orchestré, tellement ça a bien marché. Disparais, tu lui as demandé ? « J'ai déjà disparu, et toi aussi Asya. » Plusieurs fois même. C'est ça qui vous sauve, depuis longtemps maintenant. Disparaître, ça fait souvent moins mal que s'accrocher. « Et pourtant on est encore là. »


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