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 En lambeaux sur des roses ♠ Asphaltzin

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♠ AD ASTRA PER ASPERA
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♠ AD ASTRA PER ASPERA

HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : PurMessages : 136Date d'inscription : 29/10/2017Localisation : Sofia
Ҩ En lambeaux sur des roses ♠ Asphaltzin Ҩ Mar 27 Fév - 21:57



Avril 1993-Londres

On pourrait partir, voyager, filer dans l’air comme deux étoiles à travers la nuit, on pourrait s’évader, apprendre, percuter nos rêves et la liberté, on pourrait leur prouver, s’échapper et s’aimer dans le monde entier. On pourrait essayer d’y croire, toi et moi  faire comme si ça avait du sens, je crois même qu'on finirait par apprendre à vivre pour de vrai. Alors viens Asphalt, danse avec moi, rêve avec moi, libère toi.

Y’a les promesses au bord des lèvres et les mots dont je ne mesure pas vraiment le sens quand je te donne tout, trop vite, trop fort, tempête qui t’emporte dans un univers que tu n’aurais sans doute jamais imaginé toucher, et sûrement qu’on est belles à regarder même pour ceux qui ne comprennent pas vraiment ce qu’on est. J’aime bien moi, parader devant les étrangers même si ça te crispe un peu, parce que t’es pas comme moi Asphalt, trop froide, si froide, à l’image de ton pays toujours couvert de pluie ; pourtant je sais bien qu’au fond ça te transporte, toutes ces balles de lumière dont j’essaie de cribler tes jours, que tu aimes cette façon qu’on a d’avancer ensemble, de narguer le monde et à tous ceux qui ont un jour refusé de croire en nous.

Parce qu'on est belles Asphalt et sûrement que j’aurais été littéralement folle de toi si je n’avais jamais rencontré Swa.  Si son ombre ne planait pas sur le marbre de ta peau à chaque fois que je me surprends à l'effleurer, si le sombre de ses yeux ne s’imprimait pas dans le bleu des tiens, si elle avait pas volé une part de moi avant que je ne t’offre les quelques morceaux restants. C’est pas si grave pourtant, je suppose que tu ne peux pas le voir, faut dire que j’ai toujours été comme ça, à donner plus fort que je ne ressens ; à me laisser emporter parce qu’au fond c’est comme ça qu’on pousse les autres à s’accrocher. Et je crois que chaque fragment de toi me touche, chacune de ces failles que tu as si patiemment appris à maquiller.

Mais je ne sais pas comment te faire comprendre que je t’ai menti, dès la toute première fois. Quand ce soir là je suis venue te rendre visite avec mes plantes ensoleillées et mes connaissances venues de loin, quand je t’ai dit que c’était tout ce que j’avais parce que comme toi les dieux m'avaient fait naître sans magie. Et aujourd'hui on est bien toi et moi, heureuses, apothicaires à succès toujours les cœurs liés, et puis j’aime tellement cette façon que tu as de t’ouvrir progressivement. Tu m’as appris à prendre le temps, à ralentir, j’ai finis par comprendre que ce n’est pas en me jetant contre ton armure que je parviendrai à la faire céder.

T’es belle Asphalt, je me demande souvent si je te l’ai déjà assez répété, j’aime te couvrir de robes et de bijoux, poupée humaine que je câjole toujours un peu plus fort, et ce soir c’est spécial tu sais, parce que ça y est, tu as dix-neuf ans. Assise en tailleur je te regarde déballer le paquet, lentement, le cœur battant. C’est un objet de chez moi, c’est spécial et j’espère que tu sauras l’aimer. J’ôte lentement le collier que tu fais tourner entre tes doigts pour l’accrocher à ta nuque et c’est si beau de le voir enfin à ton cou. « C’est le collier que portait l’épouse d’un des tout dernier Tlatoani. On dit qu’il aide son porteur à ne pas faire les mauvais choix. » et mon rire qui carillonne contre les murs, ton sourire qui s’esquisse. Et ça me suffit au fond, je te connais assez pour connaître le prix de ce présent là. Alors il y a la soirée qui s’étire doucement, mon cœur qui tangue un peu. Parce que je me le suis promis, avant l'aube je t'aurai tout dit. La magie dans mes veines,  les splendeurs de Castelobruxo, la laideur des sacrifices. Et puis mon désir désormais de redevenir ce que j’étais. Pouvoir nous protéger, nous élever, tu sais, c'est grâce à ça qu'on pourra enfin exister pour de vrai.  Ma main glisse dans tes cheveux, mouvement lent qui se veut apaisant. « Asphalt. » Tu lèves les yeux, surprise parce que c’est rare que j’ai l’air si grave, que le sourire déserte mon visage. « Je t’ai menti ». Et c’est trop froid cette façon de dire les choses, abrupt, alors il y a le silence qui s’étire et moi qui ne parvient pas à le rompre à nouveau. Je t’ai menti, je t’ai menti, je t’ai menti. Et sûrement que tu ne m’aimeras plus jamais quand tu sauras la vérité. J’ai vraiment essayé tu sais. Jouer mon rôle, apprendre à vivre sans. J’ai cru qu’on pourrait continuer comme ça pour l'éternité, mais comme une camée en manque je suis chaque jour un peu plus dévorée par le vide qui s'étend. Je t’ai menti. Et plus je te regarde plus ça me fait mal de me dire que tu pourrais partir.
Je t’ai menti.
Mille fois.
Pardonne-moi

« Je ne suis pas née sans magie. »




♠♠♠


Mai 1993-Londres

Il y a le sang qui goutte contre le carrelage, encore et encore, je crois que ça dégouline de mes vêtements. « Asphalt… » Le murmure qui s’échappe de ma gorge, mon corps qui titube et l’esprit qui tremble, « ASPHALT ! » Où est-ce que tu es… « Asphalt… » et l’envie de sombrer lorsque mon reflet dans le miroir me percute, boum, amas de lames qui creusent sous ma poitrine à la vue de cette femme qui s’y tient à ma place, robe de cérémonie tâchée, peau à demi dénudée et visage défait, c’est pas moi cette chose, c’est pas moi ce monstre, c’est qu’un cauchemar, j’étais pas là bas, j’ai jamais transplané, c’était qu’un cauchemar, rien de plus.
J’ai besoin de toi. Et tu es là, tu accours, tressaille à peine lorsque tes yeux se posent sur moi. Comme si tu t’y attendais, que tu savais dès le départ que j’allais finir par recommencer. « Je…je l’ai fais » et  la pièce qui tremble autour de moi, l’adrénaline que la décharge de magie arrachée à autrui a planté dans mes veines. Violemment c’est l’euphorie et l’horreur qui se mélangent, aide-moi, pitié aide-moi, tu es la seule à savoir, à pouvoir comprendre alors je me raccroche à ton regard pour ne pas sombrer, plantant mes griffes dans l'étoffe épaisse de tes vêtements. Je voudrais me noyer dans ton parfum, arracher ma peau pour qu’enfin s’évade l’écoerante odeur métallique qui colle à mon épiderme mais plus je te serre contre moi plus je te sens te tendre. Poignard dans le cœur, encore, encore est-ce que je te fais peur Asphalt ? Est-ce que ça te dégoute que je te serre contre moi[/i],  est-ce que tu comprends seulement maintenant ce que tout cela signifie ? Il y a mes mains qui s’aggripent à ton visage soudain barbouillé de rouge, t’as l’air d’une guerrière comme ça Asphalt, ça te va bien. « J'ai besoin d'aide. » et mes lèvres contre les tiennes parce que je n'ai plus que ça à quoi me raccrocher, aime-moi garde-moi , ne me repousse pas maintenant, pas comme ça.. Je prolonge l’étreinte, trop fort, encore, parce que si tu te détaches je vais tomber, parce que ça fait mal, là profondément dans la chair, je me souviens du visage de l’homme je me souviens de la lame, je me souviens de la façon dont ses yeux hurlaient, je me souviens du sentiment, de la décharge et de la vague de bonheur quand la magie s’est étirée dans mon sang, je me souviens de la honte, l’envie de vomir et la terreur soudaine, puis c’est le noir, le noir complet, je sais même plus comment j’ai réussi à transplaner. Alors je te lâche enfin, laisse les larmes tomber puis engluer mon regard tremblant.  « Je crois que je suis un monstre. » Aide-moi. Aime-moi. Sauve-moi. J’ai tellement peur tu sais.



♠♠♠



Janvier 2000

J’ai un colibri dans le cœur, ses ailes battent contre les parois. Et soudain il s’échappe, parce que je me trouve face à toi. Bientôt huit ans, Asphalt, huit ans c’est long. Huit ans que j’ai disparu un matin pour m’élever, que le monde des duels m’a absorbée. Huit ans et plus je te regarde puis je comprends que les rumeurs ont dit vrai. Tu as changé. Poupée rafistolée à la hâte qu’on a jeté derrière les barreaux, même les lumières crépusculaires de la prison n’adoucissent pas l’expression de ton visage quand tu me remarques enfin. Est-ce que tu me reconnais ? Est-ce que tu te souviens ? Je suis partie un matin, tu dormais encore. Le collier que je t’avais offert s’est alors mis à vibrer fort, si fort que j’ai été obligée de l’emporter pour ne pas risquer de t’éveiller. Ou peut-être que j’avais besoin d’un morceau de toi dans mes affaires, je ne sais pas, mes pensée tintaient comme des éclats de verres lorsque je me suis enfin décidée à transplaner. Stupide Ame, si lâche Ame, incapable de te le dire en face. Que les mots de Swa’ran tournaient en boucle dans ma tête, trop faible pour exister, que la puissance retrouvée avait laissé le brouillard de l’ambition m’envelopper si fort que même ta présence ne suffisait plus à le perforer.

Je ne sais pas si ça t’a fais mal.
Je ne sais pas si tu m’as détestée.
Je ne sais même pas si tu m’as aimée.

Mais je sais que j’aurais pu te sauver, t’empêcher de finir ici. De tomber dans les bras du mauvais garçon. L’oiseau s’agite dans ma poitrine lorsque j’y songe, Asphalt, qu’est-ce qu’il a fait de toi ? Puis cette envie de rire qui me secoue quand je pense à ce que moi je suis devenue. Abandonnée une seconde par celle que je croyais être mon âme sœur, cassée jusqu’à l’os et incapable de respirer sans enfermer mes émotions à double tour. Nos amours se sont bien amusés.

Je m’approche, le paquet soigneusement dissimulé dans mon long manteau argenté. Je fais tâche dans cette prison, trop vibrante, trop tape à l’œil. Créature silencieuse venue se percher sur toi.  « Asphalt ? ».  D’ici tu pourrais me poignarder si l’envie t’en prenait mais ça m’importe si peu. Parce que j’ai besoin de voir, de comprendre à quel point tu t’es métamorphosée.  « Est-ce que tu te souviens de moi ? »  est-ce que tu te souviens de nous ? Et de notre histoire, celle que j’ai fais mordre la poussière, que j’ai sacrifiée sur l'autel de l'ambition pour quelques années de gloire non méritées. Et t’as du voir une ou deux fois mon visage passer dans les magazines, Ameyaltzin, la menteuse tu sais, celle qui t’a fais croire qu’elle était comme toi, qu’elle te méritait. Et maintenant il y a cet homme, c’est comme s’il était imprégné sur chaque centimètre de ta peau, t’es devenue sa chose, et ça fait mal, mal, mal, parce que je le sais moi, je te connais, tu méritais tellement plus que ça. Tellement plus que lui, tellement plus que moi. Le cœur battant, je te tend le collier que je t’avais offert pour tes dix-neuf ans, celui que je n’ai même pas eu le courage de te laisser.  « Je voulais te rendre ça. »


I feel numb in this kingdom
Are you gonna hurt me now? ✻ You don't wanna break me down, you don't wanna say goodbye and you don't wanna turn around, you don't wanna make me cry but you caught me once. Maybe on the flipside I could catch you again. You caught me once. Maybe on the flipside you could catch me again
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HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : sang-pur, mais malheureusement incapable de faire de la magieMessages : 306Date d'inscription : 31/12/2015Localisation : fourrée dans son laboratoire à siphonner des veines sang-noires
Ҩ Re: En lambeaux sur des roses ♠ Asphaltzin Ҩ Jeu 8 Mar - 17:15


Avril 1993 — Londres

C’est une petite victoire mais elle est belle. Le goût fugace de la liberté dans l’estomac, la liberté a un nom et elle s’appelle Ame. C’est peut-être parce qu’elles se sont rencontrées si vite après son retour à Londres qu’Asphalt l’associe si fort à cette sensation depuis longtemps perdue qu’on appelle communément le bonheur. Pas un bonheur plein, pas des papillons dans le ventre parce que c’est ridicule, mais des sourires et des mains qui s’effleurent en silence, qui se disent des trucs que personne ne dit. Qui se disent putain je suis super contente d’être là, et je suis contente que tu sois là, et tu me fais du bien, là tout de suite. Ame s’en fout complètement, de la magie d’Asphalt. Elle a débarqué un jour dans la boutique, est rentrée par effraction dans son cœur soigneusement fermé. Elle le montre pas, Asphalt, elle n’est pas sûre de s’ouvrir un jour, ne veut pas tomber pour des promesses éphémères. Elle sait que les plaisirs violents ont des fins violentes et elle a assez donné, elle sait beaucoup trop bien ce qui se passera, le jour où Ame décidera que ce n’est pas assez. Qu’elle veut plus que la moitié d’un bout de myocarde abîmée, elle qui est imbibée de lumière et qui tente de réparer ses fêlures sans arrêt. Peut-être qu’elle se laissera conquérir, qui sait. Elle sait bien que ça ne va pas durer, la cracmolle, elle ne le mérite pas assez alors elle ne dit rien, elle serre les dents et elle reste en retrait ; elle se laisse aller doucement, donne le peu qu’elle a à donner, en rêvant qu’un beau jour ce soit assez.

C’est le premier anniversaire qu’elle fête vraiment depuis ses dix ans. Elle se rappelle la joie, elle se rappelle les statues de marbre et la liste d’invités longue comme le bras, les robes en satin des grandes dames et leur rouge à lèvres carmin. La montagne de cadeaux et le pudding au chocolat. Ce n’est que maintenant qu’elle revoit les sourires crispés des invités, qu’elle comprend que la présence était obligatoire, que personne ne venait véritablement la voir. Ca bat quand même les anniversaires suivants, elle se dit, ceux qu’elle a passé cloîtrée dans le manoir parce que c’étaient des anniversaires de trop sans magie. Ils marquaient le poids du retard, le poids de l’échec, le poids de la profonde déception. Ça ne bat pas l’année dernière, lorsqu’elle est sortie à l’aube avec son sac sur le dos, trottinant dans la boue sans un seul regard en arrière.

Celui-ci les bat tous à plate couture.

Asphalt a gardé d’anciennes habitudes de sa vie d’avant ; se contenir, ne pas être trop démonstrative, faire les choses délicatement. Ses doigts virevoltent sur le papier qu’elle déchire méthodiquement, qu’elle plie soigneusement à côté d’elle avant de faire couler le collier contre sa peau. Elle aime les belles choses Asphalt, parfois ça fait encore mal lorsqu’elle revoit les perles de ses ancêtres  rouler par terre. Elle aime plus encore ce collier-là, et c’est Ame qui lui attache autour du cou, qui lui effleure la nuque en murmurant. « C’est le collier que portait l’épouse d’un des tout dernier Tlatoani. On dit qu’il aide son porteur à ne pas faire les mauvais choix. » La cracmolle baisse les yeux pour esquisser un sourire ; elle aime les histoires que raconte Ame, les légendes venues d’ailleurs. Elle se sent petite et ridicule parquée dans un petit coin de ce monde alors qu’Ame est imprégnée de mille contes plus beaux les uns que les autres. Elle se sent fade, c’est contre la peau de son étrangère qu’Asphalt va chercher la poussière colorée des rêves.

Elle agrippe son cadeau, cœur tambourinant contre sa cage thoracique. Elle veut lui donner quelque chose, elle aussi, lui dire quelque chose qui sortirait de l’ordinaire. La remercier d’être aussi patiente, d’avoir trouvé quelque chose de beau en elle alors que les autres n’y voyaient que du sang souillé, inutile. La remercier pour les constellations tracées à la plume chimérique sur sa peau translucide. Elle sait qu’elle n’est pas facile à aimer, elle voudrait être un peu plus, un peu mieux, un peu comme toi. Malgré le manque, malgré la douleur et la constante déchirure d’âme, Asphalt n’a pas besoin d’enchantements, plus vraiment, et c’est grâce à Ame. Ce soir, elle va lui dire tout ça. « Asphalt. » La Dragonstone relève les yeux, déconcentrée, perplexe de voir cet air sérieux sur le visage d’ordinaire animé d’Ameyaltzin. En un battement raté, elle sait que ce qu’elle craint depuis des mois est pour maintenant. « Je t’ai menti ». Asphalt ne répond rien, elle attend que le couperet tombe. Déjà engourdie, trop préparée à la sensation et depuis trop longtemps. Elle n’a même pas la force de creuser, d’essayer de comprendre, de lutter contre toutes les hypothèses possibles. Elle attend, la corde au cou. Elle attend qu’Ame pousse le tabouret. « Je ne suis pas née sans magie. » Ame n’est pas née sans magie. Elle a presque murmuré et pourtant ça fait écho dans la tête d’Asphalt, ça se fracasse douloureusement dans la boîte crânienne. Qu’est-ce qu’elle veut dire par là. Pourquoi ? Ca fait tout ce temps qu’elle lui fait croire qu’elles sont pareilles ? Pourquoi est-ce que quiconque ferait ça.

Elle se relève, Asphalt, pas sûre de ses jambes mais certaine de ne pas vouloir rester immobile, emprisonnée dans sa stupeur. Le film de ces derniers mois défile dans sa tête avec la bande son je ne suis pas née sans magie en boucle. « Je ne comprends pas. » Là, les hypothèses défilent, les questions, les hurlements restent bloqués sans sa gorge avec la tendresse qu’elle avait voulu gerber quelques minutes plus tôt. « Tu es sorcière depuis tout ce temps ? Tu es sorcière et tu m’as laissée te dire tout ça ? » La honte, soudain, d’avoir trop partagé. La colère qu’elle ressentait et le dégoût des sorciers qui l’ont toujours traitée comme un objet, un truc de décoration, une babiole inutile dont on essaie désespérément de se débarrasser. La sensation d’infériorité, le dégoût de soi et la haine exprimée à demi-mots, les soirs où ça devenait trop.






Mai 1993 — Londres

Ca lui prend quelques minutes pour se réveiller ; elle est prise au piège dans la même scène, encore et encore, la petite Asphalt qui hurle à s’en déchirer les poumons et Valkyria qui sourit au-dessus de son corps qui convulse, les perles autour de son cou. Qui la regarde, amusée, air vaguement réprobateur, elle murmure son nom en secouant la tête pendant que la cracmolle se traîne à ses pieds, griffe le sol avec ses ongles jusqu’à se les arracher, et le sang coule sur le carrelage, rouge sur blanc, elles ne sont que des enfants. « Asphalt ! » elle élève la voix, Valk, elle crie encore plus fort, pourquoi ?

La Dragonstone se lève d’un bond, en sueur, désorientée. Ame n’est pas à ses côtés. Elle entend son nom pourtant, d’une voix étranglée. Quelque chose s’anime en elle et elle se précipite vers la porte, vers la silhouette tordue qui titube, qui l’appelle avec l’urgence et le désespoir d’une prière. Bientôt, son débardeur absorbe le sang qui dégouline d’Ameyaltzin. Rouge sur blanc, elles ne sont plus des enfants depuis longtemps. « Je…je l’ai fais », réussit-elle à articuler et quelque chose tombe soudainement. Une partie d’elle-même, celle où le soleil d’âme avait réussi à la rendre un peu moins stérile, un peu plus saine. Elle tombe et se couvre de rouge, coupée net, adieu aux beaux jours et à l’espoir. Après tout, n’était-ce pas à prévoir ? Asphalt n’arrive pas à détacher son regard des tâches, de la robe souillée. Elles sont si proches ; elle sent la peau d’Ame, d’ordinaire sucrée, barbouillée de fer et de rouille. C’est ça, le prix à payer pour la magie ? C’est là qu’elle se rend compte, subitement, le sang ne lui fait pas peur.  « J'ai besoin d'aide. » C’est la première fois qu’elle lui dit, et elle est si belle, suppliante et grands yeux brillants. Ses lèvres viennent électriser les siennes et elles s’entrechoquent presque sur la violence de la demande, comme une vague contre les rochers.

Asphalt se laisse accrocher, elle essaie de capter le regard fou d’Ame, sa fièvre et sa douleur, un feu impossible à éteindre. « Je crois que je suis un monstre. » Elle se détache enfin mais Asphalt a l’impression de sentir encore son empreinte contre sa peau, le poids de son corps lourd de regrets et de culpabilité. Le poids du sang sur sa conscience. De sa main bariolée, elle vient caresser la joue trempée de sueur de la sorcière. Son ton est pressant, clair. Il faut qu’elle l’entende. Asphalt n’est pas du genre à éteindre les feux, elle préfère les incendies magnifiques, ceux qui ravagent tout sur leur passage, elle qui est condamnée à l’étincelle éphémère.  « Peut-être que c’est le juste prix à payer. Et peut-être qu’il n’y a rien de mal à ça. » Elle peut rester. Elle peut rester pour un monstre, pour toute la laideur dissimulée derrière ce visage parfait. Elle préfère les imperfections ; est-ce qu’elle ne l’aime pas mieux comme ça, couverte de sang, après tout ? Est-ce qu’elle n’a pas fini par se brûler vive à la chaleur de son soleil ? Dans la nuit, elles sont pareilles. Dans le sang, elles sont monstrueuses toutes les deux. Et elles sont putain de belles.

Trop brusquement, elle relève Ameyaltzin, comme pour lui dire qu’elle n’a aucune raison de rester prostrée devant elle. Elle veut lui dire qu’elle est glorieuse, mais quelque chose en elle tremble. Une peur malsaine, un truc incompréhensible, un truc qui gronde. Elle l’entraîne vers l’évier, fait couler l’eau fraîche, et asperge la peau hâlée de la sorcière. « Dis-moi ce qui s’est passé, dis-moi comment c’est arrivé. » Tandis que le rouge part peu à peu dans le drain, elle s’imagine, elle aussi, tenue de cérémonie et robe de sang, vibrante de magie et délivrée de faux semblants.






Janvier 2000 — Nurmengard

Quand elle entend les pas qui se dirigent vers elle, Asphalt espère que ce n’est pas Valkyria, qu’elle n’a pas repris le risque de revenir. Ce serait trop con que sa culpabilité la perde, après toutes ces années à survivre en équilibre sur elle. Asphait sait que dans quelques temps ce ne sera plus le cas, mais pour l’instant elle sourit. Les ténèbres de sa cellule n’ont pas encore pris le pas sur la profonde impression d’avoir fait le bon choix ; elle aurait tout aussi bien été prisonnière à l’extérieur, avec les mains griffues des Dragonstone se refermant sur elle. Enfermée ici, elle se sent libre. C’est quelque chose qu’elle a décidé pour elle. Son unique regret, c’est Mordred, et le diamant qu’elle porte à son doigt. Elle a envie de dire oui, et elle a envie de dire oui tout de suite mais savoir que son fiancé est là-bas, au dehors, lui suffit. Au fond, elle sait qu’elle supportera mieux la prison. Elle est plus dingue que lui, déjà partie, capable de vivre à travers les chimères ; elle l’a fait toute sa vie.

Lorsqu’elle la voit, ses yeux se voilent. Le brusque souvenir de se réveiller un matin, d’effleurer un oreiller froid et de se dire que rien ne sera jamais comme avant. La douleur vive d’avoir été abandonnée, la difficulté d’aller de l’avant, tu donnes et tu reprends. Qu’est-ce que tu fais là, Ame, ça fait bien longtemps que les portes se sont refermées.  « Asphalt ? » Asphalt refuse de relever la tête, refuse de croiser le regard qui lui a tout promis, puis tout arraché, qui a creusé un trou béant à l’intérieur d’elle. Un trou dont elle a cru sortir en escaladant, peur de tomber dans le vide et de crever pour de bon, s’écorcher les mains sur les ronces des parois. Elle est sortie plus forte et elle a trouvé un autre moyen de valoir quelque chose. Elle n’a pas besoin qu’Ame revienne avec ses soleils empoisonnés et ses histoires trop lointaines.  « Est-ce que tu te souviens de moi ? » Je me souviens de tout. Elle se souvient de ces quelques mois privilégiés, de la parenthèse au goût sucré. Elle se souvient aussi de la nuit qui s’est abattue sur elle, elle qui a toujours eu peur du noir. Aujourd’hui elle n’a plus peur, et elle n’a plus besoin de sa lumière.  

Et malgré le froid qui tapisse sa peau et l’amertume qui menace de déborder de ses lèvres, l’éclat du bijou attire son œil. Pas besoin de regarder Ame pour savoir ce qu’elle lui tend, ou pourquoi. « Je voulais te rendre ça. » Asphalt laisse échapper un petit rire sans joie ; c’est un peu trop tard pour ça n’est-ce pas ? « Tu peux le garder. » elle répond sans attendre, sans faire le moindre effort. Ca fait longtemps qu’elle a compris qu’elle n’avait plus besoin d’être agréable, qu’elle n’avait plus besoin de faire semblant. Elle détourne le regard, refuse de le prendre en main. La cracmolle ne se souvient que trop bien de l’effet que ça lui a fait, quand elle l’a mis pour la première fois, du sentiment d’invincibilité, de profonde clarté. Juste avant que tout ne s’effondre.  « Il ne nous a jamais vraiment empêchées de faire les mauvais choix, toi et moi. » Asphalt sourit comme si c’était drôle ; une plaisanterie en l’air, une plaisanterie pour rien, une plaisanterie qui n’en est pas une. Il suffit de les regarder aujourd’hui. Ameyaltzin, dans son superbe manteau comme pour cacher toute la délicieuse pourriture à l’intérieur ; suffit de s’y pencher pour voir qu’elle empeste le sang. Asphalt aurait tout donné pour partager son sublime carnage, avant.

Finalement, elle lève un peu la tête, plante ses iris bleus dans les prunelles chaudes de son ancienne amie. Son « presque », son « peut-être », son inachevé. Quels mauvais choix a t-elle faits pour la retrouver ?  « Je crois qu’il va te falloir plus qu’un collier, quant à moi… Je me suis résignée. » Rien n’exprime la résignation mieux que les barreaux d’une prison.



i'm nuts, baby i'm mad — over the bend, entirely bonkers, you like me best when i'm off my rocker.  @astra
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Statut du sang : PurMessages : 136Date d'inscription : 29/10/2017Localisation : Sofia
Ҩ Re: En lambeaux sur des roses ♠ Asphaltzin Ҩ Lun 30 Avr - 1:12

Avril 1993 — Londres


« Je ne comprends pas. »
Ça me transperce le son de ta voix, la déception, l’incompréhension qui tisse sa toile, prise au piège par distance que tu jettes soudain. J’ai tout brûlé en quelques mots, les mois passés à t’apprivoiser, à gagner ta confiance, toutes ces fois où j’ai cru être capable de te faire comprendre à quel point tu es précieuse Asphalt et à quel point j’en veux au monde de n’avoir jamais su te le dire. J’aurais voulu parvenir à jeter des étoiles dans tes cheveux, dans tes yeux, dans ton cœur, dorer chacun de tes sourires,  tes souvenirs, calciner ceux qui te maintiennent à terre.«  Tu es sorcière depuis tout ce temps ? Tu es sorcière et tu m’as laissée te dire tout ça ? » Boum boum. Boum boum. Je crois que j’ai encore plus honte que toi, ça cogne si fort dans ma poitrine. Mon cœur est un boulet de chair que je traîne derrière moi depuis que Swa l’a fait tomber, je l’ai glissé entre tes mains le plus vite possible en espérant que tu arriverais à en raccorder les morceaux. Maintenant ça fait mal, et je me surprends à haïr encore un peu plus ceux qui t’ont fait croire que seule une personne comme toi pourrait t’accorder un vrai regard. Je me lève, te rejoins même si je te sens te tendre, tu t’es refermée si vite Asphalt, érigeant à nouveau ces barrières que j’ai passé des mois à démonter. Est-ce que tu m’aurais fait confiance si je t’avais dit la vérité ? Je glisse ma main dans la tienne, tant pis si ce contact te dégoûte désormais, tant pis si tu veux te soustraire à mon regard, me voir quitter la pièce. « Qu’est ce que ça change ? Je te trouve éblouissante. Avec ou sans magie. » Ce n’est que la foutue vérité, tu brilles à ta façon, éclat ténu que seul un œil averti est capable de percevoir. Si tu savais comme je me fiche que tu sois magique ou pas, si seulement tu pouvais comprendre que tu vaux plus que les trois quarts de ces foutus sorciers. Il faut être forte Asphalt, cesser de courber l’échine devant ceux que tu prends encore pour les rois. « Je t’ai menti parce que lorsque je t’ai rencontrée, je rêvais d'être comme toi. Ma magie a…un prix, un prix que je n’ai plus envie d’avoir à payer. » J’esquive ton regard pour la première fois, je pense à Grisha, Grisha, Grisha, son cœur battant entre mes doigts. J’aimerais pouvoir te dire la vérité mais ça tambourine si fort dans ma gorge que je ne parviens même plus à articuler. S’exprimer une tempête de vide, c’est compliqué. Ton visage entre mes mains, regard vaguement suppliant. « Je n’ai pas jeté le moindre sort depuis que je te connais, je te le promet. Alors je t'en prie dis-moi que rien ne va changer. » Il y a l’amertume qui s’invite dans mes yeux, plus j’y pense plus ça me ravage, plus je hais ce que je suis, plus j’ai peur d’un jour devoir recommencer. « Crois-moi, il vaut mille fois mieux être née cracmolle que me ressembler. »






Mai 1993 — Londres

C’est de la nuit pure qui coule dans ma veines, abreuve mon cœur et mon esprit de noir, foutu monstre, foutu monstre, noyé dans le rubis étalé sur mes vêtements. L’envie de pleurer, de me recroqueviller comme une enfant. De rire, de danser, faire exploser la magie entre mes doigts, petite reine qui s’éveille pour la première fois depuis des années. L’euphorie et l’horreur se mélange si mal, magma épais engluant mes poumons, si tu pars Asphalt je vais cesser de respirer, etouffer pour de bon alors je m’applique pour ne pas sombrer quand ta main effleure ma joue tout en douceur, ne pas croiser tes yeux et tout ce qui j’y vois changer, perdre connaissance et fuir la réalité. « Peut-être que c’est le juste prix à payer. Et peut-être qu’il n’y a rien de mal à ça. » Alors l’eau coule le long de mes joues, se mêle à la sueur et au sang c’est mon cœur tout entier qui suffoque en silence. Le juste prix à payer ? Alors pourquoi, pourquoi est-ce que je suis la seule à être enfermée dans cette foutue cage, attachée à une magie qui me transforme en tout ce que je méprise, alors pourquoi est-ce toi tu ne peux pas, dis, en quoi est-ce qu’il est juste ce monde là ?

Tu me relèves, brusquement, comme une poupée mal articulée je me laisse porter, apaisée par tes mains sur ma peau, l’eau emportant lentement tout le rouge qui me recouvre. Je n’ose plus te regarder et ça me submerge si fort, cette gratitude, merci d’être là, merci de ne pas m’abandonner, merci de ne pas avoir peur. Tu es forte Asphalt, tu es glorieuse et ça m’enivre un peu, jusqu’à ce que tes mots tombent comme une dague dans ma poitrine. « Dis-moi ce qui s’est passé, dis-moi comment c’est arrivé. » Pourquoi tu demandes ça ? Tu le sais non, tu comprends ? Alors il y a ma voix qui claque, un peu trop brusque pour dissimuler le trouble « Tu n’as pas besoin de l’entendre. » Distance, je n’ai jamais été si grave, c’est ton rôle ça Asphalt, la raison qui calme mes tempête, le souffle d’air froid qui m’empêche tous les jours de brûler vive, feu et glace, si différentes et pourtant. Et pourtant sans Swa j’aurais pu être rien qu’à toi.

Je retrouve le sourire soudain, me laisse porter par l’instant, essuie mes yeux, les traces de maquillage qui me défiguraient, je souris trop vivement, trop brusquement et tant pis si c’est inquiétant, jamais tu me verras plus abominable qu’il y a quelques instants. Douceur dans la voix, je t’agrippe des yeux encore un peu.« Je t’en ai assez dit sur les traditions de mes ancêtres pour que tu comprennes toute seule ce qui s’est passé. » Mes ancêtres… Une idée, envahissante déploie ses ailes dans mon esprit, je refuse d’en voir les épines. Parce que ça serait beau Asphalt, ça serait parfait. Parce que je veux être celle qui saura te l’offrir, parce que je l’ai vu dans tes yeux ce soir, tu es prête à tout pour devenir un peu cette sorcière que la nature t’a empêché d’être. «  Il faut que tu viennes avec moi au Mexique. Je connais des objets puissants et peut-être que, peut-être que si tu es prête à tout pour ça, je pourrai t’offrir la magie, la vraie. » Foutu cadeau empoisonné, avec son lot de malédiction mais ça m’importe peu quand je vois cet éclat dans tes yeux, douce et tranchante Asphalt, je promets trop souvent sans savoir mais qui sait, on pourrait, on pourrait essayer. Ça fait si longtemps qu’on s’efface toi et moi, qu’on laisse l’ombre nous dévorer. L’ivresse de la magie me rend un peu folle, emporte tout ce en quoi je croyais. «  Tu pourrais leur montrer, à tous. Leur prouver qu’ils ont eu tort de te traiter comme ils l’ont fait. Je te jure que tu n’as pas besoin de ça, que ça va t’empoisonner. Mais si c’est ce que tu désires au plus profond de toi, on va y arriver. »





Janvier 2000 — Nurmengard

Je me sens ridicule avec mon beau manteau et mes talons hauts, une tache de trop dans la froideur des lieux. Je sais pas pourquoi j’avais besoin de ça, comme une armure d’argent posée sur mes épaules, plus grande, plus forte, maladroitement dissimulée derrière le masque trop maquillé de mes traits. Peut-être que je savais que ça ferait mal. Je suis différente maintenant, tellement engourdie, je suis différente et ça plairait à Swa, oui, ça me rend amère de penser à quel point elle serait fière du superbe carnage dans lequel je me suis plongée.

J’ai abandonné.

Et toi ? Et toi Asphalt ? Est-ce que tu rêves encore de temps en temps ou est-ce que la folie qu’il a patiemment injecté dans ton esprit te fait croire qu’il y a de la beauté dans ton désastre ? Ça me submerge, la peine, quand je regarde ton visage et tout ce qui a changé, il y a le cœur qui se serre et l’envie de retourner en arrière. Effacer le passé et tout ce que les autres nous ont poussé à devenir quitte à ce qu’on en meure un peu pour avoir le sentiment d’exister assez. « Tu peux le garder. » ça claque, coup de fouet contre ma joue, contre mon cœur. Et oui Ame, certaines erreurs ne peuvent pas être effacées. Tu détournes les yeux, comme si je ne méritais même pas un regard, et ça fait mal, mal comme si c’était à ton tour de m’abandonner après toutes ces années. Pourquoi tu me rejettes Asphalt ? J’aurais tout fait pour être à toi si Swa n’avait pas tout brisé en moi. Je ne sais plus si tu en vaux la peine, si je ne devrais pas faire demi tour avant que tu ne creuses une fissure trop profonde dans mon armure, que toutes les émotions qui cognent dessous ne se déversent sur toi et ton impassibilité. En lambeaux sur des roses, tes yeux sont ces épines qui taillent mon cœur en morceaux. « Il ne nous a jamais vraiment empêchées de faire les mauvais choix, toi et moi. » Tu souris Asphalt et moi je tombe, encore, encore, je vacille quand mes yeux tremblent, surtout ne pas laisser les larmes tomber. Alors je reste froide, je reste fière, flamme soufflée par ce regard que tu plantes enfin dans le mien, presque avec cruauté. « Je crois qu’il va te falloir plus qu’un collier, quant à moi… Je me suis résignée. » Résignée. C’est le pire je crois, résignée, c’est quand même l’espoir a déserté, c’est laisser son corps s’écraser contre les rochers, ne plus jamais lutter. Alors je baisse la tête, petite idiote. Il va en falloir du temps avant que je sois à la hauteur des responsabilités que Zharka m’a accordé. Mon regard heurte la bague à ton doigt et tout s’arrête, quelque chose casse, un souffle glacé me traverse. « Tu vas te marier avec lui. » La colère dans ma voix ne cache pas tout ce qui tremble dedans, ce sentiment que quoi qu’il arrive la laideur et la crasse finissent toujours par tout recouvrir. «Pourquoi ? » Je ne pourrai pas te rendre le temps que je t’ai dérobé mais il ne pourra jamais soigner toutes les plaies qu’il te laissera. J’ai écouté les bruits, les rumeurs, tout ce qui touchait à ton nom. C’est même comme ça que je t’ai retrouvé, parce que les gens ne sont jamais foutus de la fermer « Tu vaux plus que ça. » C’est facile de dire ça après tout ce temps. Toujours les mêmes mots, les mêmes envolées, les mêmes promesses. Pourtant j’y crois quand je te regarde, tu as changé mais j’y crois encore et toujours quand je m’approche de la cage. « T’es enfermée comme un animal Asphalt, c’est à ça que ressemble ton conte de fée ? » Et le tien Ame ? Ta princesse t’a laissé des marques si profonde que tu peines encore à respirer, balayée comme une poupée de chiffon quand elle s’est acharnée sur ta faiblesse avant de t’abandonner. On est pareilles Asphalt et on aurait pu être tellement plus, tellement mieux. Alors il y a ces envies stupides qui s’écrasent dans ma tête, viens avec moi, je te libère et on s’en va, loin, si loin, sous le soleil du Mexique, viens je t’emmène et on essaie, on fait comme si. Comme si l’amour n’avait pas empoisonné  la moindre de nos pensées, comme si on était pas toutes les deux en sursis.  Je colle mon visage contre les barreaux, j'aimerais pouvoir les effacer. Regarde-moi Asphalt. Regarde-moi encore, regarde-moi comme si tout n’était pas déjà brisé, regarde-moi comme si rien n'avait changé. Le vide est de retour, il ne m’a jamais vraiment quittée. Toute seule avec mes frissons quand je t’imagine avec lui, jalousie un peu stupide à l’idée de ne pas avoir réellement compté, remplaçable, même si je suis la toute première à t’avoir regardé comme tu le méritais, comme une reine, une héritière, une vraie sorcière.

Alors je glisse ma main dans la cage, agrippe la tienne, trop fort, le cœur battant. Que tu me repousses ou non c’est la même chose. Je veux que tu saches. Que tu saches que je ne t’ai jamais menti, que je n’ai pas oublié. Que j’ai vu de l’or sur ta peau, dans tes yeux, dans tes pensées. Que tu étais parfaite Asphalt, que c’est le monde qui était inadapté, ce foutu monde qui ne sait que nous broyer. « Tu pourrais briller par toi-même pas toujours à travers lui. Tu en as le potentiel »

On aurait pu…on aurait pu vivre heureuses toi et moi. Apprendre à danser différemment, se ficher des règles, briller, encore et encore, on aurait pu être parfaites tu sais, laisser chacun de nos rêves nous bercer et s'endormir dedans sans jamais plus prendre le risque de suffoquer.


I feel numb in this kingdom
Are you gonna hurt me now? ✻ You don't wanna break me down, you don't wanna say goodbye and you don't wanna turn around, you don't wanna make me cry but you caught me once. Maybe on the flipside I could catch you again. You caught me once. Maybe on the flipside you could catch me again
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HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : sang-pur, mais malheureusement incapable de faire de la magieMessages : 306Date d'inscription : 31/12/2015Localisation : fourrée dans son laboratoire à siphonner des veines sang-noires
Ҩ Re: En lambeaux sur des roses ♠ Asphaltzin Ҩ Lun 6 Aoû - 18:06


Avril 1993 — Londres

Elle se sent écartelée, Asphalt, sa peau déchirée et les lambeaux qui s’éparpillent. Ça lui fait tout drôle quand Ame prend sa main, elle se tend, elle se glace. Le geste auparavant si naturel lui semble maladroit, forcé. La chaleur d’Ame la brûle, Icare est passé trop près du soleil. Elle sent la peur dans la voix de la sorcière, quelque chose qui s’étrangle, un bout de vérité trop longtemps resté coincé et sur lequel toutes les deux s’étouffent. « Qu’est-ce que ça change ? Je te trouve éblouissante. Avec ou sans magie. » Ça change que tu m’as menti et je ne te pensais pas capable de le faire.  Ça change tout, elle a envie de lui dire. Si Ame lui ment sur un sujet aussi important, comment peut-elle prétendre la connaître vraiment ? La magie est si importante pour Asphalt, un facteur si douloureux dans sa vie, quand elle a rencontré Ameyaltzin elle a cru qu’enfin elle n’était plus seule, qu’elle n’avait rien à cacher, qu’elles étaient pareilles. C’était comme retrouver l’autre moitié de son propre corps mutilé. Une moitié équivalente, une moitié qui les renforcerait toutes les deux. C’est cette certitude que la sorcière vient de lui enlever. La certitude sur laquelle Asphalt a tout misé. « Je t’ai menti parce que lorsque je t’ai rencontrée, je rêvais d'être comme toi. Ma magie a…un prix, un prix que je n’ai plus envie d’avoir à payer. » Elle veut comprendre, Asphalt, pourquoi elle lui dit tout ça. Sa peau est froide mais son regard brûle quand elle prie silencieusement pour l’explication qui lui guérirait les bleus à l’âme, les coups portés par Ame à son esprit démantelé. Pourquoi est-ce que quiconque voudrait vivre sans magie alors que c’est le ticket d’entrée vers l’acceptation, le projecteur qui te révèle enfin, qui prouve que tu existes. « Je n’ai pas jeté le moindre sort depuis que je te connais, je te le promets. Alors je t'en prie dis-moi que rien ne va changer. Crois-moi, il vaut mille fois mieux être née cracmolle que me ressembler. » La cracmolle recouvre les mains de la sorcière, posées sur ses propres joues, et lentement les retire. Ça aussi, ce n’est pas naturel. Encore quelques minutes auparavant, elle cherchait le moyen d’avouer qu’elle voulait garder ces mains sur sa peau pour le restant de ses jours. « Tu dis ça parce que tu ne sais pas ce que c’est que d’être invisible. » Et comment le saurait-elle ? Elle l’a toujours dit, Ameyaltzin est un soleil, touchée par la grâce et la lumière. Asphalt ne peut qu’imaginer que jamais Ame n’a été invisible pour qui que ce soit, impensable d’imaginer que quiconque lui ait refusé quelque chose un jour. Que pourrait-elle bien savoir de la douleur inouïe d’être toujours en dessous, roulée en boule, inadéquate jusqu’au plus profond des os ? D’avoir peur d’un regard qui n’existe pas, d’un jugement donné sans procès, avec sentence immédiate et éternelle ?  « Quel prix peut bien être trop élevé pour avoir de la magie ? J’aurais laissé le monde brûler pour cette chance là. » Le goût amer de la colère se dissipe dans la bouche lorsqu’elle pense à tout ce qu’elle ne sait pas, tout ce que Ame ne lui a jamais raconté parce que sa peine à elle prenait toute la place. Soudain, un autre type de honte, celui qui met le feu aux joues et au cœur. Trop occupée à se protéger, à tenter de guérir, a-t-elle jamais vraiment cherché à creuser ? Pas une fois, elle réalise trop tard. Trop peur de faire éclater la bulle, de se retrouver face contre terre une nouvelle fois. « Alors pourquoi mentir, pourquoi te cacher ? » Qu’est-ce que tu m’as dissimulé de si vital que tu ne pouvais pas le risquer ?







Mai 1993 — Londres

La scène est psychédélique, presque surréaliste. Asphalt sent à peine le contact de l’eau froide tandis qu’elle nettoie le rouge de la peau hâlée d’Ameyaltzin. Elle entend son cœur battant, souffle saccadé et doutes jusque dans les os. « Tu n’as pas besoin de l’entendre. » Non mais j’en ai envie. Elle veut l’entendre, Asphalt, veut imaginer la scène, veut savoir ce qui se passe en elle, là maintenant, quelle magie la traverse et surtout, ce que ça faisait d’être là-bas, de s’abandonner enfin à son destin. « Je t’en ai assez dit sur les traditions de mes ancêtres pour que tu comprennes toute seule ce qui s’est passé. » Leur regard se croisent ; oui elle sait, oui elle comprend, elle aurait seulement aimé le voir de ses propres yeux. Elle l’imagine éblouissante, régale, indomptable et sauvage, ruisselante de puissance. Elle se sent tordre à l’intérieur tellement ça lui donne envie, tellement ça la rend fiévreuse de la voir comme ça, yeux fous et échevelée, sourire magnifique placardé sur son visage de meurtrière. « Il faut que tu viennes avec moi au Mexique. Je connais des objets puissants et peut-être que, peut-être que si tu es prête à tout pour ça, je pourrai t’offrir la magie, la vraie. » Elle n’a jamais parlé comme ça, Ame, jamais si grave, toujours des promesses ensoleillées mais jamais solennelles. Elles ont toujours parlé de se tirer mais toujours pour rire, Asphalt a toujours rêvé sans jamais rien réaliser. Pourtant, c’est une réalité que Ame s’apprête à lui donner, leurs vies à jamais changées. «  Tu pourrais leur montrer, à tous. Leur prouver qu’ils ont eu tort de te traiter comme ils l’ont fait. Je te jure que tu n’as pas besoin de ça, que ça va t’empoisonner. Mais si c’est ce que tu désires au plus profond de toi, on va y arriver. » Elle reste silencieuse, Asphalt, emportée dans la vue du sang et de la sueur, elle s’imagine avec de la magie au bout des doigts ; ça fait bien des années qu’elle s’est résignée et pourtant, tous ses espoirs semblent plus proches. Une seule fois, une seule et unique fois, elle veut dire oui à Ame, corps et âme, ne pas la retenir, la suivre dans la folie et les risques, planer un peu, elle aussi. Toucher le soleil comme son âme sœur semble le faire tous les jours.

Alors elle plante ses prunelles dans les siennes et elle hoche la tête, frénétiquement, comme si elle avait peur que brusquement, Ame ne revienne sur sa proposition. « Je ne sais pas ce qui arrivera mais je sais que je veux prouver que je suis plus que ce qu’ils disent. » La cracmolle se glace, terrifiée de l’étincelle jusqu’alors inconnue de la rébellion qui gronde en elle, elle entend le collier de perles claquer sur le sol, elle entend la voix posée de Valkyria, elle entend ses propres ongles gratter sur le parquet. Elle veut ne plus jamais s’en souvenir, sortir de sa propre peau et tout cramer pour renaître de ses cendres. « Je sais que je veux être avec toi.  Je sais que je veux tout ça, moi aussi. » Tout ça. Ame, la magie, cette vie. La lueur folle qui danse dans ces yeux qu’elle fixe et dans lesquels elle se noie.






Janvier 2000 — Nurmengard

C’est le moment de partir, maintenant. Tu ne trouveras pas ce que tu es venue chercher et je ne veux pas de ce que tu veux me donner, alors pars. Mais il est déjà trop tard, les yeux ensoleillés d’Ameyaltzin ont déjà repéré la bague. Asphalt la regarde digérer, saisir l’information que ça représente, faire le lien avec ce qui est en train de se passer. Il n’y a pas si longtemps, elle aurait été meurtrie de la voir trembler ainsi. « Tu vas te marier avec lui. » Elle est en colère comme si elle en avait le droit. Comme si Asphalt devait s’en préoccuper, comme si elle n’avait pas jeté le mot qu’elle avait à dire par la fenêtre, fracassé leur vie contre les murs jusqu’à ce que ça gicle, jusqu’à ce qu’Asphalt soit trempée de larmes. « Pourquoi ? » Asphalt sourit distraitement. Et pourquoi pas ? T’as quelque chose à y redire, peut-être ? « Tu vaux plus que ça. » La cracmolle part dans un grand rire, incontrôlable, aucun son ne sort de sa bouche tellement elle rit, tellement elle est estomaquée du culot d’Ameyaltzin. Elle vaut mieux que ça ? Si elle valait mieux que ça t’aurais pas décampé, peut-être. Après les promesses et les chuchotements rassurants, les nuits tendres et chaudes, draps pleins de sueur et de rêves,  porte qui claque et silence, soudain, un silence qui fait mal au crâne. Ne t'imagine pas que tu me connais aussi bien que tu ne le crois. « T’es enfermée comme un animal Asphalt, c’est à ça que ressemble ton conte de fée ? » Ça lui rappelle Amatis, tout ça. La mascarade est la même, mais elle se sent moins proie, Ameyaltzin n’est pas chasseuse. La Dragonstone est déjà clouée au mur et elle s’en fout. Devoir se justifier encore et encore de rester fidèle à Mordred, auprès de Valkyria, auprès d’Amatis, auprès d’Eva même, qui aurait tout sacrifié pour qu’elle se tire, personne ne comprend. Ils sont deux formes cabossées qui ne vont nulle part, qui gâchent les tableaux et les jolis assemblages. Des formes sans aucun sens, des erreurs de la nature. Pourtant ils s’assemblent, eux. Ils ont retaillé dans la chair, creusé Visenya et Adonis pour construire leur propre tableau. Deux formes qui ne vont nulle part mais qui vont ensemble, par miracle. The greatest gift of all ; to belong nowhere but together.

Ame insiste pour être vue. Asphalt n’a jamais été capable de l’ignorer alors elle la fixe, darde ses prunelles froides sur le visage tiré de la sorcière. Elle agrippe, Ame, elle essaie encore et encore, Asphalt est presque surprise de sa détermination, elle va repartir de là où elle est venue. Ce n’est que lorsqu’elle sent la peau chaude d’Amezaltzin qu’Asphalt s’anime, subitement, que ça réveille quelque chose en elle, quelque chose de perdu depuis longtemps. « Tu pourrais briller par toi-même pas toujours à travers lui. Tu en as le potentiel » Asphalt dégage sa main, c’est trop brut, trop fort. Elle sent presque la chaleur du soleil sur sa peau. Pourtant tout est différent, c’est fou comme la perspective change, comme il est difficile d’être séduite dans une cellule de prison. Blessant, presque, qu’Ame lui parle de potentiel, après tant de nuits à lui marteler qu’elle n’avait pas besoin de magie pour être heureuse. Elle ne comprend pas, Asphalt, pourquoi la sorcière revient aujourd’hui. Elle a eu mal quand Ame est partie, mais elle a fini par comprendre, se résigner. L’imaginer avec une autre femme, plus belle, moins fragile, plus adaptée. Elle a accepté le départ de celle qui l’avait sauvé, et c’est en partant qu’Ame a perdu le droit de la juger. « Etrange, que vous soyez toujours si rapides à juger sans même vous demander ce que je veux. Je suis exactement là où je veux être, c’est peut-être ça qui dérange ? Que je n’aie pas besoin qu’on m’ouvre les yeux, pas besoin qu’on me sauve ? » Elle imagine trop bien la pitié qui lui serre le cœur, les Dragonstone aussi pensent qu’elle ne se rend pas compte de ce qu’elle sacrifie juste pour protéger le Dolohov, qu’il l’a ensorcelée, qu’elle n’est qu’une pauvre petite fille naïve qu’il utilise et qu’il va jeter, et ça lui donne envie de hurler. Cette image qu’ils ont tous d’elle, elle a envie de la fracasser, de la briser en mille morceaux. Tout ce qu’elle veut, c’est qu’on la laisse être elle-même, qu’on la laisse vouloir ce qu’elle veut, en paix. Sous prétexte d’aimer un homme, elle ne saurait soudainement pas ce qui est le mieux pour elle. La liberté que prône Ame, la liberté que prônent toutes les femmes, c’est quand même aussi bien le droit de disposer d’elles-mêmes comme elles le souhaitent. Alors merde. « Mordred a été là toutes ces années où je pensais n’être personne, ne pas être assez bien pour que quelqu’un reste, tu peux en dire autant ? » Elle ne parvient pas à ravaler sa rancœur, c’est toi qui voulait que je sorte de ma torpeur. Elle voudrait être détachée, ignorer complètement cette étrangère qui revient sur ses terres trop connues, qui l’a emmenée tout au bord de la falaise pour mieux la laisser tomber. Elle a réussi à se réparer, un os cassé après l’autre, jouant à la chirurgienne du dimanche en attendant d’être complète et ça, elle le doit à Mordred. « Alors ne viens pas ici remettre en question la façon dont j’ai choisi de me relever alors que c’est toi qui m’a piétinée. » De toute manière, c’est trop tard pour reculer, elle est déjà condamnée.
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En lambeaux sur des roses ♠ Asphaltzin

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