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 I'm in the end just what you made me. [Evared III]

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HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : Née MoldueMessages : 193Date d'inscription : 17/11/2015Localisation : Domovoï's Rock
Ҩ I'm in the end just what you made me. [Evared III] Ҩ Mer 30 Aoû - 17:24

La rage.

Elle grondait dans ses veines et s’insinuait dans les moindres parties de son corps. Elle tendait ses muscles dans d’indomptables crispations qui lui faisaient serrer et desserrer les poings au fil des jours qui passaient. Vidée de tout autre sentiment que la colère, Eva laissait son ombre fragile s’esquinter sous la pâle lueur du jour nuageux, là, à Domovoï. Condamnée à regarder les autres aller et venir, utiles dans cette mission égoïste qu’ils s’étaient donnés d’aller traquer chaque petit possesseur de pouvoir pour l’arracher cruellement de leurs veines. Ils n’avaient ni empathie ni compréhension, chacun de ces hommes et femmes n’étaient rien de plus qu’un concentré de cruauté qu’ils ne dissimulaient même pas. Eva était la lionne perdue au milieu d’une meute de loups ; isolée, presque craintive devant chaque soir qui se couchait, sa voix suppliante appelait dans le silence ce petit qu’on lui avait cruellement arraché. Cette voix autrefois si belle, devenue rocailleuse à force de plaintes déchirantes qui lui avaient fait plier les genoux une ultime fois. Brisant sa volonté, détruisant tout ce qu’elle avait mis tant de temps à construire. Eva Esperanza était une femme brisée, et la faute revenait à ce lien, empoisonné, toxique, qui la suspendait au sol comme une marionnette de papier. Ce lien qui, malgré toutes ces heures passées à souffrir, n’avait jamais pu se briser. Ils l’avaient tissé dans un matériau incassable, éternel, résistant aux flammes de leur colère, à l’érosion lente de ces sentiments tus si longtemps qu’ils en avaient perdu le compte. Ils prenaient à contre pied des erreurs qu’ils auraient pu réparer si vite ; et si facilement, songea-t-elle en attrapant un verre d’alcool sur sa petite table basse, qu’elle but d’un trait long. Cela faisait des jours qu’elle s’était recluse sous sa tente, les mains tremblantes, la tête trop lourde, cherchant désespérément une solution qui ne venait pas.

Elle avait le sentiment d’être comprimée dans ce corps qui ne lui convenait plus. Elle aurait voulu hurler, déchiqueter sa propre peau à grands coups de dents et laisser son sang se répandre sur le sol ; elle aurait voulu enfermer son âme dans une coquille indesctructible pour ne plus jamais se laisser atteindre par la douleur qui l’étreignait, venue du dehors et de tous ceux qui n’avaient jamais été capable de comprendre ni ses décisions, ni ses choix. La lionne était devenue une chatte famélique et épuisée, cherchant dans d’innombrables verres de tords boyaux une façon d’oublier qu’elle avait absolument tout perdu. Elle ne sortait que pour racheter de quoi boire, et assister sans conviction aux tortures qu’on infligeait aux Vainqueurs, espérant trouver la force nécessaire pour se relever et se battre encore. La vérité était toute autre ; elle n’était plus qu’un petit grain de poussière dans la marche du temps. Elle ne valait rien, elle qui avait autrefois été si reconnue derrière ce regard de glace qui la hantait quand elle fermait les yeux à la recherche d’un sommeil qui ne venait plus. Ses bras minces et îvres enlaçaient la silhouette invisible de son bien le plus précieux, un petit garçon dont on l’avait si arbitrairement privée. Sa seule raison de vivre, sa seule raison de respirer. Elle ne savait même pas s’il était vivant ou mort ; elle ignorait tout, et ce manque de savoir la plongeait plus profondément encore dans une décadence absolue.

Dans le secret le plus total, rejetée, ignorée de tous, l’espagnole aux cheveux de sang se laissait simplement mourir.

Après tout, pourquoi se relever, pourquoi avancer ? Pourquoi faire semblant ? Elle n’en avait jamais été capable. Elle vivait chaque émotion à mille à l’heure, redoutait la nuit autant que le jour et combattait les heures volées à sa vie par le temps pour se sentir exister. Elle avait cette hargne dans le corps qu’elle déchaînait comme un poison violent à chaque obstacle qui se dressait devant elle. Et puis ses yeux s’étaient posés sur un mur plus difficile à franchir. Trop solide pour être détruit, trop lisse pour être escaladé, trop long pour être contourné. Il la retenait prisonnière de la réalité, et les coups de poings qu’elle avait envoyé sur la pierre mate n’avaient rien provoqué de plus que faire abondamment saigner ses mains. Devant cette muraille, elle avait fini par plier, accepter. L’évidence s’était imposée à elle ; sa vie ne serait plus jamais la même. Elle avait dissimulé ses secrets par le biais de mensonges par omission habilement placés pour ne pas éveiller les soupçons ; la seule erreur qu’elle ait jamais faite et qui lui avait coûté son existence toute entière. Elle était devenue un fantôme. Un spectre sans couleur ni odeur, une simple image d’elle qui restait dans ce monde et qui, pourtant ne le voulait plus.

Elle avait perdu.

***

Et cette rage, qui n’avait pas fini de la hanter et qui guidait ses pas dans une direction qu’elle avait juré de ne plus jamais prendre.

Elle traversa les allées de tente, ignorant superbement chaque regard, chaque son qu’elle pouvait percevoir. Elle marchait à grands pas, une main crispée sur un coutelas d’obsidienne, l’autre tenant fermement son arme de prédilection comme une épée de bois jetant les plus intrusifs des sortilèges. Comment s’était-elle relevée et pourquoi, elle n’en savait rien ; ce matin-là, elle avait simplement trouvé la solution à une impasse dans laquelle l’homme qu’elle allait voir l’avait si cruellement enfermée. Elle passa devant les rangées de tentes, les yeux rivés sur un objectif, et un seul ; celui d’obtenir réparation et de retrouver le souffle qu’il lui avait pris. Alors, lorsqu’elle arriva devant la tente d’Adonis Greengrass, elle se planta d’abord là, ne sachant que faire ; puis, au bout de quelques minutes, après avoir évalué ses chances de le faire sortir en hurlant comme elle l’avait fait tant de fois sans résultat, elle se contenta simplement de s’assoir en tailleurs, et d’attendre. Le diable sortirait forcément de sa tanière, à un moment ou un autre ; ou il était sorti, et elle attendrait sagement qu’il revienne.

Combien de temps attendit-elle, une heure, deux, trois ? Elle n’en avait aucune idée. Figure de patience, ignorant les allées et venues des autres assaillants, elle resta là, immobile, ses yeux verts rivés sur l’entrée de la prison dans laquelle, elle en était certaine, son fils était enfermé. Les mains crispées et le coeur animé de pulsations lourdes, elle s’étonna elle-même de ne pas s’être encore levée en vociférant. La réponse vint d’elle-même : elle n’avait même plus la force de cela. Il lui restait un dernier objectif. Un seul. Et elle ferait en sorte d’être entendue, peu importaient les façons. S’il n’écoutait pas alors elle n’aurait plus qu’à se jeter du haut de la falaise.

Enfin, un mouvement de la toile lui fit lever le nez, redresser la tête. Lorsque la silhouette de Mordred Dolohov lui apparut, elle se leva très vite ; ses yeux jetant des éclairs, calme malgré la tension évidente émanant de chacun de ses muscles, elle s’avança vers son regard aussi méprisant que surpris. “J’ai à te parler.” Savait-il à quel point ces regards qu’il lui jetaient lui faisaient mal ? A quel point elle souffrait de cette confiance perdue, de ces coups de couteaux dont ils se frappaient avec acharnement sans entendre le cri de détresse de l’autre ? Il devait sans doute tout en ignorer. “J’ai attrapé quelque chose pour toi. C’est dans ma tente, il va falloir que tu me suives.” Elle croisa deux yeux suspicieux. Oui, il avait raison de se méfier ; elle pouvait l’attirer dans un piège et l’égorger contre la promesse de récupérer Mateo vivant. Mais elle ne le ferait pas. Il ne devait pas savoir pourquoi. Il ne devait pas savoir qu’elle ne serait jamais capable de le tuer, que chacune de ses menaces étaient des paroles vides comme on blufferait devant une partie de cartes. Mais elle avait une bonne main, Eva. Elle remporterait cette manche et avec elle, le seul butin qui comptait. Croisant les bras, un mince sourire sans joie aux lèvres, elle le toisa, d’abord. “Oh non, ne me dis pas que tu as peur que je te fasse du mal quand même. Mais si ma parole ne te suffit plus, j’ajouterais simplement que tu serais idiot de ne pas me suivre. C’est un cadeau que tu ne peux pas refuser d’ouvrir.” Regard d’acier. Elle n’avait plus rien à perdre, son monde s’était déjà écroulé.


Dead is the new alive
i've died a thousand times ✻ I could cry a thousand tears, I could appease your secret fears... But the louder that I scream the harder your machines close over me. But I don't care, Maybe I'm afraid, but still I swear, If I burn, you will see the fire in your mind when you sleep. And the rain won't wash away the ashes underneath your nails today
'Cause if I burn, so will you.
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