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 And way down we go ♦ Morsetis II

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Bury all your secrets in my skin ✝
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HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : purMessages : 422Date d'inscription : 29/12/2015Localisation : Domovoï's Rock
Ҩ And way down we go ♦ Morsetis II Ҩ Mar 29 Aoû - 20:25


   

   ▿ Oh, Father tell me,
   do we get what we deserve?
MORSETIS II
   

   

   
La nuit s’était mise à trembler dans son regard, là où aucune étoile ne se reflétait plus depuis longtemps. Pourtant ce soir-là, ses yeux brillaient d’un éclat rouge carmin. Ecarlate comme les taches qui recouvraient ses vêtements, comme les salissures qui lui maculaient la peau. Un rouge profond, intense, qui s’insinua en elle pour pigmenter tout à l’intérieur, jusqu’à l’os. Un feu d'artifices dans sa cage thoracique, à moins que ce ne soit de la dynamite entre ses cotes. C'était pas grave, c'était la même chose ; ça faisait mal pareil. Ça faisait mal en douceur d'abord et puis tout d'un coup. Crac, ça l'avait déchirée de la tête aux pieds. Fendue en deux, un zigzag au creux d'elle-même. Ça avait implosé en elle et illuminé ses organes. Mal au ventre, mal au coeur. Envie de vomir, de recracher toute la boue qu'on lui avait fait avaler au fil des années. Elle n'avait rien senti quand c'était passé dans son oesophage, pourtant elle aurait juré que ça lui enflammerait la bouche si elle recrachait tout ça. Toute la frustration, toute l'allégeance, et le contrôle. Encore, toujours ce pouvoir qu'il détenait sur elle. Toujours les mots pour la faire obéir, les caresses pour l'assagir, la muselière pour la faire taire. Il avait su y faire. Il avait su la manipuler, elle qui se targuait d'être une insoumise, une femme libre, rebelle. Elle qui secouait les chaînes qu'il avait enroulées autour de ses poignets, de ses chevilles ; elle s'était laissée mettre en cage, oiseau dont on avait coupé les ailes. Et elle avait oublié, à l'ombre des barreaux, à quel point le ciel était beau. Il avait effacé ses doutes, apaisé ses craintes, il l'avait rassurée, lui répétant que voler n'en valait pas tellement la peine. Qu'au final, la vie serait plus clémente avec elle si elle restait dans le nid de ronces qu'il lui avait fabriqué. Et elle était restée, Amatis. Elle n'avait pas été aveugle, simplement trop loyale à ce frère qu'elle avait tenté de défendre bien malgré elle. Elle pensait qu'il veillait sur elle à sa manière, qu'il l'avait toujours protégée, depuis le début. Elle pensait qu'il était comme elle, incapable d'aimer, et que ce n'était pas sa faute, qu'il fallait juste deviner sa tendresse, les caresses à travers les gifles. Elle n'aurait accepté ça de personne d'autre que lui, parce qu'il lui avait dit qu'il avait le droit et qu'elle n'avait jamais osé remettre ses certitudes en question. Alors elle se disait que c'était normal, que c'était comme ça. Qu'il était le roi et qu'elle n'était qu'un cavalier. Echec et mat, grand frère, aujourd'hui c'est toi qui perds.

Un vertige. Les vestiges de sa vie d'avant s'écroulaient à l'intérieur, dans un vacarme qui ne fit trembler qu'elle. Toute sa confiance, ébranlée, écrasée, pulvérisée. Toutes les soirées passées à le haïr en silence, à se convaincre qu'il ne méritait pas tout l'enfer qu'elle rêvait de projeter dans son regard. Toutes ces heures perdues à l'écouter, à se plier à ses règles. Parce que c'était son frère, que pouvait-elle faire d'autre? Que restait-il à faire? Elle se persuadait qu'il ne le faisait pas exprès, qu'il lui faisait du mal sans le savoir, sans le vouloir. Pas toujours, en tout cas ; parfois c'était inconscient, trop enfoui en lui, en elle. En eux, en tout ce qu'il lui avait fait croire qu'ils étaient et qu'ils seraient toujours. Mais des toujours elle n'en voulait plus depuis longtemps, ça l'étouffait, ça la crevait. Alazar ne la laissait pas lui échapper, jamais. Seulement il revenait sans cesse la hanter, la rechercher quand elle s'éloignait trop loin de lui et de son royaume de poussières. Ses règles, il disait. Sa soeur, sa loi, il disait. Il ferait d'elle ce qu'il voulait, il disait. Il lui montrait. Tout le temps, il lui faisait voir son pouvoir. Il l'avait piétinée, Alazar. Il la piétinait depuis toujours. Mais dans sa complaisance, il avait oublié que les fleurs repoussent même après qu'on leur ait marché dessus. Et à chaque fois, à chaque putain de fois, elle s'était relevée, elle avait tenté de s'épanouir, d'ouvrir ses pétales tâchés de lui, de son essence dégueulasse. Pourtant elle avait toujours réussi, elle se redressait, encore et encore, toujours plus forte mais toujours plus empoisonnée. Une rose que personne n'avait jamais su garder. Et certainement pas lui. Elle n'avait fait que planter ses épines dans la chair des hommes qui tentaient de la toucher, sans réaliser qu'il fallait commencer par les enfoncer dans la chair de son propre frère.
Jusqu'à ce soir. Jusqu'à ce qu'elle n'apprenne la vérité, jusqu'à ce qu'elle ne sache que même lui, il l'avait trahie. Trompée, leurrée. Manipulée comme une vulgaire poupée. Sa conscience s'était effritée comme de la craie, un éclair rouge avait traversé son regard. Utilisée, souillée, elle n'avait été qu'un pantin que tous s'étaient amusé à remuer. Et même lui, même celui qui avait prétendu la maintenir entière toutes ces années, celui qui lui avait promis trop de choses pour qu'elle s'en souvienne, trop de gloire pour qu'elle ne s'en souvienne pas. Trop de pouvoir qu'il ne lui aurait jamais donné. A présent elle savait, elle savait qu'il lui aurait tout repris. Qu'il lui avait déjà tout pris.

Un mot à Hemera, expulsé difficilement hors de sa bouche. Elle l'avait planquée chez elle, en attendant qu'elle ne trouve une solution. Elle l'avait laissée là, et ça la terrifiait. Mais il fallait qu'elle s'éloigne, elle avait trop d'adrénaline et trop besoin que ça sorte. Besoin de hurler, de frapper encore, de tuer toujours. Besoin d'air, de se sentir renaître, ou d'étouffer, peu importe. Besoin de crever, oui, non, elle ne savait plus. Besoin de quoi? Besoin de qui, puisque ce ne serait plus jamais lui? Débarrassée, libérée, alors pourquoi est-ce qu'elle avait l'impression de ne pas pouvoir respirer sans ce poids qui lui comprimait la poitrine? Sans cette sangsue qui aspirait la vie hors d'elle, pourquoi c'était comme ça, pourquoi les voix dans sa tête ne se taisaient-elles pas? Son équilibre factice qui s'était cassé la gueule en quelques minutes, toute une vie à réapprendre et un avenir à réinventer. Pourtant c'était encore rouge dans ses pupilles dilatées, c'était encore noir dans son coeur, comme du charbon. Un trop plein d'elle-même tout à coup, un trop plein de tout. Et les idées sombres, pourpres, qui s'agglutinaient dans son esprit. La peur d'être prise au piège par son fantôme, la peur que ça ne lui retombe dessus un jour, qu'on ne la traque, qu'on ne la retrouve. Ennemie de sa propre famille. Dire que ce serait elle qu'on accuserait, elle qu'on blâmerait. Si son père l'apprenait, il la tuerait. Et pourquoi ça la faisait sourire? Elle n'en savait rien, trop de sang affluant dans ses tempes, trop de chaos dans sa tête. Ça cognait partout, dedans, dehors. Les monstres voulaient sortir, difficile de les renfermer après qu'ils aient goûté à la liberté. Pourtant elle savait qu'il fallait qu'elle se calme, qu'elle réfléchisse. Trop de questions, trop de doutes, l'angoisse au creux du ventre, creusant sa tombe.

Des cauchemars agrafés aux paupières, Amatis ne savait plus où aller pour que ses pas ne la mène pas dans son caveau. Déjà prêt, déjà en manque d'elle. Quand est-ce que tu tombes, quand est-ce que tu sombres? Et pourtant elle n'abandonnerait pas, elle avait promis un nouveau départ à sa soeur et elle s'y tiendrait. Alors elle s'accrochait, la Lestrange ; alors quand le visage traversa son esprit, elle sut qu'il fallait qu'elle s'y cramponne, qu'elle se raccroche à ça, à lui. Tant pis. Il saurait quoi faire. Il savait toujours quoi faire.
Elle s'avança vers sa tente, l'orage grondant dans ses prunelles dorées. Un peu chancelante, le drame visible partout sur elle, du sang séché sur ses vêtements et l'horreur imprimée dans sa chair, l'enfer dans les os. Elle poussa la porte, déconnectée, ailleurs mais là quand même, malgré elle, malgré tout. Son katana vissé à sa main depuis un peu plus d'une heure, encore recouvert d'Alazar partout sur la lame. Partout sur son âme. Il ne s'en irait jamais, pas vrai? Déflagration dans sa poitrine, ça lui donna presque envie d'exploser de rire tellement plus rien n'avait de sens. Mais elle était trop ravagée, trop rongée par la haine pour éprouver quoi que ce soit d'autre. Elle poussa la porte, s'engouffrant dans la tanière de la bête. Toujours accrochée à son arme, au cas où il lui prendrait l'envie de lui trancher la gorge à lui aussi. Faire justice soi-même, juste pour un soir. Deux pas en avant et tout son monde qui était resté derrière. Des restes d'elle-même à ses pieds, les souvenirs d'une autre époque éclatés dans les airs.

Et puis son regard qui plongea directement dans le sien, sans lui laisser de répit. Regarde-moi, regarde ce que tu m'as fait. Ce que vous m'avez tous fait. « Je… » Pas la force de parler pourtant, c'était plus facile de hurler en silence. Quand personne ne pouvait entendre. Seulement lui il l'avait toujours écoutée, il avait toujours murmuré des vérités qu'elle refusait d'accepter. Mais là il ne disait rien. Il semblait surpris, Adonis, pris de court. « J'ai besoin que tu fasses quelque chose pour moi. » Un ordre, sec, brutal. Le sang affluait toujours plus vite dans ses veines, il battait vite, l'organe rapiécé. Il battait plus fort que jamais, à lui en faire mal. « T'as pas le choix, tu me le dois. » Voix tranchante. Incohérence, démence. Tout se mélangeait et sa vision se brouillait sous les coups de pompe. Ça cognait trop fort. Ça faisait trop de bruit. Peur de tout perdre, le peu qu'il lui restait ; sa soeur, des miettes d'honneur, de liberté. Peur de s'être condamnée elle-même. Comme une conne. Il fallait qu'il répare ça. C'était sa faute. Sa putain de faute. C'était lui qui avait tout commencé, lui qui avait donné à Alazar quelque chose de trop précieux à lui arracher. « T'as compris? T'as pas le choix, elle crachait, elle feulait. » Les nerfs qui lâchaient, la rage qui la démangeait. Elle se projeta droit vers lui, levant son katana vers sa nuque, prête à avancer encore, à le taillader, elle n'en avait plus rien à foutre. Plus rien du tout. Le point de non-retour était dépassé, impossible de revenir en arrière. « Ce ne serait jamais arrivé si tu ne m'avais pas touchée, espèce de sale ordure. » Les souvenirs revinrent encore, ils revenaient toujours. Ça finit de l'achever, elle s'était déjà fracassée un million de fois contre le sol aujourd'hui et là c'était la dernière. Elle ne s'en relèverait pas.
La haine explosa dans son regard, dans sa gorge aussi. « Je l'ai tué. » Panique. Elle avait dégoupillé la grenade. D'un coup, sec. Une demi-seconde pour que tout s'effondre. Et toujours la même envie malsaine de rire, ou de vomir, c'était pas très clair. Quelle importance. Ça lui faisait un sale effet d'avoir enfin tué son frère. Putain de meurtrière. « Tu vois, ça y est. Je l'ai fait. » Rictus inhumain, elle ne pouvait plus se retenir, ça sortait tout seul. Danse macabre dans son coeur. Elle revoyait toutes les horreurs défiler dans sa mémoire, éclaboussures assassines dans sa conscience. « Et je ne me ferai pas prendre, c'est pas possible. Je peux pas, c'est terminé, je peux plus. » Sa langue claqua vicieusement dans sa bouche. Un goût de cendres, de terre qui n'en partait plus, qui resterait là pour toujours. Ça se fracassait au milieu d'elle. Elle se sentait doucement partir, glisser dans l'abîme. Lasse, tellement lasse de ce monde où tous l'avaient poignardée, chacun à leur tour. Il fallait que ça s'arrête, que tout s'arrête. « Alors si tu ne veux pas être le prochain sur ma liste, tu vas te débarrasser des preuves et tu vas me sortir de là. » Il ne fallait pas que les Lestrange le sache, jamais.
Un regard qu'il ne lui destina pas, un regard derrière son épaule, là-bas, plus loin. Amatis se retourna, sans comprendre, d'abord. Et quand elle comprit qu'Adonis n'était pas seul, ça la transperça d'un coup, comme si la lame s'était enfoncée dans son coeur à elle par mégarde. « Seth? Qu'est-ce que… Qu'est-ce que tu fiches ici? » Le sang se gela dans ses veines. Puis le froid l'envahit, doucement. Tout se figea à l'intérieur, et elle resta là, pétrifiée. Prise au piège, encore un peu plus que d'habitude. Un ultime vertige, et elle se sentit partir.

   
   

   




don’t take that sinner from me

Oh Lord, oh Lord, what have I done? I’ve fallen in love with a man on the run. Oh Lord, oh Lord, what do I do? I’ve fallen for someone who’s nothing like you. He’s raised on the edge of the devil’s backbone. Oh I just wanna take him home. There wasn’t a wrong or a right he could choose, he did what he had to do. Don’t care if he’s guilty, don’t care if he’s not. He’s good and he’s bad and he’s all that I’ve got.

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HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : Sang MêléMessages : 16Date d'inscription : 10/08/2017Localisation : Domovoï's Rock
Ҩ Re: And way down we go ♦ Morsetis II Ҩ Jeu 31 Aoû - 16:58

Morsetis II

And way down we go.





Le vent hurlait aux fenêtre factices de la toile de tente de Mordred Dolohov.

Et après toutes ces années, Seth était loin de s’imaginer pouvoir être surpris à ce point.

Les deux fauves se tournaient autour depuis des minutes interminables défilant dans la courbe déchirante du temps. Empêtré dans sa haine et sa rancoeur, Seth Astankov dévisageait sans retenue le visage polissé et pâle de rage de l’homme face à lui. Adonis Greengrass ressemblait à l’un de ces fantômes qu’on refusait de voir, un spectre revenant le hanter après dix années passées à hair son simple souvenir ; et voilà qu’il était là, devant lui, sous ses yeux, presque prêt à mourir s’il n’y avait pas eu toutes les conséquences qu’auraient engendré cet acte fou. Adonis connaîtrait son heure, tout comme ceux qui avaient un jour choisi de rejoindre le mauvais camp ; et c’était une ironie cruelle de s’apercevoir qu’après toutes ces années, cet homme qu’il avait traqué sans relâche et qui lui filait désespérément entre les doigts portait le nom de cet ennemi de toujours. Une némésis adolescente qui avait fait bouillir sa rage au creux de ses veines, face à l’abominable trahison de la seule femme qu’il ait jamais aimé. Il aurait suffi d’un sortilège, d’un geste pour que tous les secrets de ce monstre lui soient dévoilés ; mais cela avait été sans compter cette attaque mesquine et destructrice que la Lestrange avait perpétré à son égard, un soir de divagation sanglante dans les ruelles londonniennes.

Il se sentait impuissant, Seth. Impuissant face à la cruelle évidence, celle de revoir son passé lui faire face comme un voile blanc bouchant sa vue sur le futur ; faisant de son présent un temps de cauchemar dont il était absolument incapable de sortir. Il errait entre pleine lune et ombre, oeuvrant dans le brouillard comme un chien famélique à l’affut de la moindre proie. Cela pouvait tout aussi bien être un lapin sauvage qu’un enfant en bas âge, il n’en avait rien à faire ; sa soif de sang s’était éveillée aussitôt qu’il avait croisé le regard du Greengrass. Et alors qu’il l’observait, hésitant entre sortir sa baguette pour le tuer ou simplement tourner les talons et partir, il serra lentement les poings. Des années entières à retracer le parcours de ce mystérieux mangemort qui ne se salissait jamais les mains lui-même, mais dont chaque ordre faisait acte d’une barbarie violacée qui le laissait la bouche sèche et les mains tremblante d’une série d’actes qu’il n’avait pas été capable d’arrêter. Ses yeux clairs fouillèrent ceux de l’anglais, et il n’y trouva rien ; rien que cette haine se propageant dans ses veines et réclamant justice. Pour sa mère d’abord, qui ne trouverait de répit que lorsque chaque mangemort serait éradiqué de la surface de la Terre ; et pour lui enfin, qui s’était vu remplacé aussi vite qu’un vieux torchon sale par cette fille qu’il n’avait pas le droit de toucher ni de regarder. Elle s’était vautrée dans les bras de ce salopard et à ce jour, il ignorait encore s’il serait capable de pardonner cela sans lui faire la peau.

De toute manière, c’était prévu.

Ce fut un mouvement à l’entrée de la tente qui les immobilisa dans leur dialogue chargé de venin ; tressaillant à l’entente du bruit, la main crispée près de sa baguette magique attachée à sa ceinture, Seth se raidit violemment, tournant la tête en direction de la porte. Fébrile, il dévisagea une dernière fois le métamorphomage, les sourcils froncés, le regard voilé par la colère ; et il recula, dans l’ombre, alors qu’une silhouette fine se frayait un chemin jusqu’au salon. Appuyé contre le mur, les mains dans les poches, il s’attendit à être découvert ; mais la jeune femme qui traversa le salon comme une furie n’avait apparemment devant les yeux que l’image de l’homme surpris qui la vit entrer, et se planter devant lui, furieuse, fébrile. Et terrorisée. Lorsque son visage lui apparut à la lumière, Seth écarquilla violemment les yeux, les bras ballants. Quelle destinée avait pour vue d’être aussi cruelle que celle qui le liait à ces deux là ? Ce lien ténu qui le nouait invariablement à Adonis, et pire, à cette femme qui se tenait face à lui, une arme sanguinolente à la main ?

Amatis. C’était toujours Amatis, de toute manière.

« Je… » Sa voix blanchie par l’émotion laissait entrevoir un drame qui avait eu lieu pendant la nuit ; le hurlement du vent seul lui répondit lorsqu’elle leva les yeux sur le mangemort, et que Seth saisit lentement sa baguette, qu’il fit rouler entre ses mains. La dernière fois qu’il avait vu Amatis, il avait été clair ; la prochaine fois, il la tuerait. Elle l’avait privé de son don, elle l’avait privé de ces longues discussions rassurantes qu’il avait partagé avec sa mère pendant plus de dix ans. Elle lui avait volé sa vie, et il l’avait juré au nom de tous les dieux qu’il connaissait qu’elle payerait, un jour, cet affront qu’elle avait osé commettre. Alors il n’aurait absolument aucune pitié. Les yeux réduits à deux fentes, la bouche close, il ne la quitta pas du regard. Cette salope l’avait empoisonné et voilà qu’il la retrouvait encore à rechercher les bras de cette petite merde de Greengrass. Evincé, oublié, jeté aux ordures comme un cadavre de chat écrasé, Seth manqua bien de faire un pas en avant pour manifester sa présence. Mais non, il ne bougea pas. Pourquoi venait-elle ? Pourquoi ce sang ? Il n’en avait aucune idée. Mais il se doutait qu’Adonis n’avait spurement aucune envie qu’il l’apprenne. Parfait. Il se cala contre le mur, tentant d’apaiser les tourments de sa fureur. Il règlerait ses comptes avec la Lestrange plus tard. Il lui ferait payer chaque goutte du poison qu’il lui avait fait boire à son insu. Chaque maudite goutte qui lui avait volé sa vie.

« J'ai besoin que tu fasses quelque chose pour moi. » Pourquoi faire appel à lui ? Que s’était-il passé entre eux durant tout ce temps où il s’était écarté de leur chemin pour en choisir un autre ? La voix de la Lestrange était sèche, implacable. Elle ne laisserait passer aucun mot, aucune phrase qui puisse la contredire.A la vue de sa main crispée sur le katana ensanglanté, Seth comprit que ce n’était pas la force de sa volonté ; mais bien une terrible décharge d’adrénaline qui avait envahi son sang. Lorsqu’elle ne ferait plus effet, elle en lâcherait sûrement son arme. Avait-elle déjà tué de cette manière ? « T'as pas le choix, tu me le dois. » Il haussa un sourcil, dans la pénombre. Que lui devait-elle ? Sans dire un mot, sans esquisser le moindre geste, Seth tendit d’avantage l’oreille. « T'as compris? T'as pas le choix. » Voilà, on y était. Amatis était furieuse, choquée, et Seth aurait pu désirer de toutes ses forces voler à son secours, mais le souvenir de sa main fine lui tendant l’objet de sa déchéance ne le quitta pas. Elle l’avait trahi. Quoi qu’elle ait fait, elle méritait cet état. Elle méritait bien plus que cela, de toute manière.

« Ce ne serait jamais arrivé si tu ne m'avais pas touchée, espèce de sale ordure. » Et le sang du chasseur de mangemorts se glaça. Tout ce temps à évoluer dans l’ombre de sa propre vie lui rappela invariablement tout ce qu’il avait pu rater durant ces années d’absence. Il aurait une conversation avec Amatis, lorsqu’il aurait compris le fin mot de l’histoire. D’abord, savoir pourquoi elle débarquait ainsi chez ce salaud qui lui avait volé sa vie, ensuite il aviserait. Il obtiendrait d’elle chaque petit détail de son passé, quitte à ce qu’il en crève. Si Adonis lui avait fait du mal, alors il n’y aurait plus personne pour le protéger de sa fureur. Ni Amatis, ni la frêle petite créature blonde qu’il avait aperçue un peu plus tôt, ni la femme aux cheveux écarlates qu’il avait vue rôder devant sa tente au matin de son arrivée. Personne.

« Je l'ai tué.  » Sourire. Ils y étaient. Elle avait tué quelqu’un, mais qui ? Cherchant dans ses yeux sombres, fouillant la moindre de ses expressions, il chercha à qui Amatis aurait pu en vouloir autant au point de transpercer le corps d’un coup de katana. Incapable de répondre à l’entente de cette simple phrase, il attendit. Il attendit patiemment qu’elle daigne donner un élément supplémentaire de réponse.  « Tu vois, ça y est. Je l'ai fait. » Et ce sourire, ce sourire dénué de joie, ce sourire de quelqu’un qui avait perdu la raison. Amatis s’était laisser entrainer dans les enfers par sa famille, sa maudite famille qui avait noirci le trait d’une jeune fille déjà en détresse. Alazar avait commencé dès Poudlard. Ce maudit serpent qui la mordait chaque jour pour asseoir son autorité sur elle. Lui qui ne valait rien. Un minable. Un minable écrasant ce bijou parfait que sa soeur était, pour ne pas être éviscé.

« Et je ne me ferai pas prendre, c'est pas possible. Je peux pas, c'est terminé, je peux plus.  » Si Amatis était à Domovoï, alors Alazar aussi. Leur benjamine, sans doute. Un rictus s’égara sur ses lèvres. C’était peut être Alazar qu’Amatis avait tué. Se libérant une bonne fois pour toutes de ses chaînes. Combien de fois lui avait-il murmuré que son frère avait sa place dans le caniveau, avec les autres chiens de son espèce ? La peau du Lestrange lui revenait. Il serait contrarié si quelqu’un d’autre avait pris sa vie ; mais cela ferait un asticot de moins sur cette planète gangrénée. « Alors si tu ne veux pas être le prochain sur ma liste, tu vas te débarrasser des preuves et tu vas me sortir de là.  »

Et puis ses yeux dérivèrent enfin dans la pièce, une fois sa diatribe terminée. Elle laissa son regard croiser ses yeux glacés, là, caché dans les ténèbres ; sa silhouette haute se redressa pour s’avancer vers la lumière. Oui, il avait tout entendu. Non, il n’avait pas oublié. La surprise qui se lut sur le visage de la belle lui arracha un sourire cruel. Oh oui Amatis, tu sembles avoir oublié que tout se paye. Il fit un pas de plus, hargneux ; prêt à lever cette baguette qu’il tenait étroitement entre ses mains pour lui montrer que personne ne pouvait le trahir sans en subir les lourdes conséquences. Sa vendetta venait à peine de commencer. Et elle serait longue. « Seth? Qu'est-ce que… Qu'est-ce que tu fiches ici? » Il ne répondit pas immédiatement ; à la hauteur d’Adonis, il la vit chanceler, tituber, le regard vague. Ce ne fut que lorsqu’elle bascula en arrière qu’il se jeta en avant pour recueillir son corps mince, maculé de sang, entre ses bras. Il la ramena fermement contre lui, sans manifester le moindre signe d’inquiétude dans son regard ; toutes ces émotions là, il les laisserait sagement sous clé. “J’avais une conversation très intéressante avec “Mordred”, Princesse. Mais il semblerait que tu aies besoin d’aide, n’est ce pas ?” Un sourire sans joie éclaira son visage de lumière noire. La vengeance était quelque chose qui se savourait très froid. Il frapperait quand elle ne s’y attendrait pas. Et il s’occuperait d’abord de l’homme qui s’était approché, lui aussi, les yeux luisants d’inquiétude. Alors qu’il allongeait la jeune femme sur un canapé, dans le salon, il retira lentement de sa main épuisée l’arme luisante de sang, qu’il jeta sur le sol. Amatis sombrait lentement dans l’inconscience ; il fallait d’abord s’occuper du plus urgent. Sans la lâcher du regard, absorbé par sa simple vue malgré la haine qui l’habitait, il releva les manches de la jeune femme et examina ses bras maculés de sang. “Je ne serais pas surpris qu’elle parle d’Alazar. C’est dommage, j’étais aussi venu pour lui.” Elle lui avait ôté l’occasion de le tuer. C’était regrettable. Sans jeter le moindre regard à l’homme près de lui, il l’invectiva pourtant. “Il faut quelque chose pour nettoyer le sang, et de l’eau pour la réveiller.” Et voyant qu’il ne bougeait pas, il se retourna enfin, les yeux comme une foudre gelée. “Tu attends le déluge, peut-être ?






Dark on me •
She's the beast in my bones, She gets everything she wants. When she gets me alone like it's nothing. She got two little horns and they get me a little bit

   
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