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 Horns like a devil pointing at me ♦ Amaseth

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Bury all your secrets in my skin ✝
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HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : purMessages : 379Date d'inscription : 29/12/2015Localisation : Domovoï's Rock
Ҩ Horns like a devil pointing at me ♦ Amaseth Ҩ Sam 12 Aoû - 4:10

▿ she got horns like a devil
In her heart, there’s a hole, there’s a black mark on her soul. In her hands is my heart, and she won’t let go till it’s scarred. Try to breathe, but i can’t, ’cause the air she feeds me is damned. Got a touch like a thorn ’cause the girl, she’s hiding horns. She got blood cold as ice and a heart made of stone. But she keeps me alive, she’s the beast in my bones. She gets everything she wants when she gets me alone like it’s nothing. She’s the fire and the sin, and i burn breathing her in. Now this love’s suicide and i’d sell my soul for the high. Got her heels tapping down my throat.

   


Sa vie entre ses mains et son honneur qui s’effrite contre ses reins, qui cognent. Fort. Trop fort. Ses doigts autour de ses poignets, qui appuient, qui serrent. Ses empreintes qui s’incrustent dans sa chair à vif et puis, d’un coup, violent, la douleur se hisse jusqu’à son cœur qui accélère brutalement. Le choc la pulvérise et l’organe mécanique se décroche, il se fracasse par terre et elle sait déjà qu’elle n’aura pas la force de le réparer. Qu’à partir de cet instant-là, les aiguilles resteront figées sur l’horloge de sa vie. Chaque seconde se transforme en une éternité. Et elle voudrait trembler, hurler, résister ; mais elle ne le peut pas, alors elle attend que ça passe, impuissante. Ce sentiment familier de n’avoir aucun contrôle sur sa propre existence la prend par les tripes, ça la cloue un peu plus contre le mur. Les briques lui rentrent dans le dos mais ça fait toujours moins mal que quand il rentre frénétiquement en elle. Ça fait toujours moins mal que la dague qu’il enfonce entre ses cuisses et qui remonte jusque dans le fond de sa gorge. Il la transperce de part en part, sa peau se déchire et tombe en lambeaux à ses pieds. Il s’enfonce en elle un nombre incalculable de fois, elle ne les compte pas. Son regard se vide un peu plus après chaque coup, qui résonne au milieu d’elle comme une abominable déflagration. Mais dans ses yeux à lui, ça ressemble à des feux d’artifices, ce qu’il fait exploser dans le creux de son ventre. Le poison qu’il distille dans ses veines la brûle, ça la consume toute entière. Ça lui arrache la trachée et elle ne peut plus respirer, elle a la bouche ouverte mais l’oxygène fait s’embraser ses poumons. Haletante, elle cherche vainement comment éteindre le feu qui se répand à l’intérieur d’elle. Ça part du palais, gorge, poitrine, l’incendie ravage tout sur son passage. C’est comme une rayure qui la traverse de bout en bout. Ça détonne au milieu d’elle et puis tout s’effondre dans une avalanche qui emporte tout, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien debout. Il la fracasse une dernière fois contre le mur glacial et il la laisse là, chaque membre éclaté et de la poudre d’os que le vent finira par emporter.

*

Elle se réveilla d’un coup, couverte de sueur. La peur nichée dans l’estomac. Les cheveux plaqués dans la nuque, la respiration saccadée, elle s’efforçait de reprendre son souffle mais son cauchemar avait encore une main agrippée à ses poumons. Son visage cruel la hantait même après qu’elle ait ouvert les yeux, il ne la quittait jamais. L’expression sanguinaire d’Adonis Greengrass était imprimée sur ses paupières. Elle avait encore mal des gestes qu’il avait forcés sur elle, mal à en crever, à vouloir que ça s’arrête. Mal, partout, tout le temps. La douleur avait fini par faire partie d’elle. Elle savait qu’elle n’en serait jamais débarrassée, c’était devenu ce vieux souvenir atroce qui la fréquentait depuis trop longtemps pour s’en aller. C’était une terreur familière, qui n’avait rien de doux mais qui avait déjà été plus violente.
Sa poitrine se soulevait à un rythme effréné tandis que ses ongles s’enfonçaient dans le matelas. Désorientée, Amatis arracha à la hâte les draps dans lesquels elle était enroulée pour se relever en titubant. D’une démarche mal assurée, elle se précipita vers la cuisine où ses mains tremblantes se posèrent sur une bouteille de whiskey entamée la veille. Elle pria pour que le liquide ambré anesthésie un peu sa conscience, que ça la soulage quelques heures, que ça noie son âme imbibée d’horreurs. Raffermissant sa prise sur le comptoir, elle laissa la brûlure lui enflammer la gorge avant de pousser un soupir à peine audible. Le temps n’avait rien guéri des blessures qu’il lui avait infligées, les plaies béantes tapissaient encore sa peau. Parfois, elle s’imaginait que les lésions cicatrisaient et que les ecchymoses qu’il avait coloriées sur ses os perdaient de leur éclat. Mais cette insouciance ne durait jamais, et la nuit noire revenait toujours ranimer les mêmes souvenirs, imprimés dans sa mémoire à l’encre de Chine. Cela faisait bien longtemps qu’elle ne caressait plus l’espoir d’un sommeil tranquille. Peut-être même qu’elle s’était habituée à la présence des monstres planqués sous son lit et qu’ils lui rappelaient étrangement ce que ça faisait, d’être vivante. Peut-être bien que dans ses heures solitaires, Amatis réapprenait à attendre quelque chose de cette vie. Même si ce n’était que l’aube pour chasser la nuit qui s’était logée dans un coin de son cœur.

Dans ses yeux sombres, le reflet des réverbères constituait la seule lumière. La lueur disparaissait dès qu’elle s’éloignait de la fenêtre, lassée par la vue. Elle s’apprêtait à retourner dans son lit lorsqu’un craquement sonore la fit tressaillir. Rapide, elle s’empara de sa baguette posée sur la table de nuit et la pointa en direction du bruit. Tous les sens en alerte, elle scruta l’obscurité, un tambour battant contre ses côtes. Quelque chose se mit à gronder à l’intérieur d’elle. Une soif de violence, un besoin irrépressible de taillader quelqu’un. De laisser sa marque, elle aussi, de s’enfuir sous la chair. Mais avant qu’elle ne formule un sort d’attaque, l’intrus murmura un lumos qui l’aveugla quelques instants. « Amatis, c’est moi. » Un râle, faible mais familier. Sans se détendre pour autant, elle s’approcha de la silhouette de son frère qui se découpait peu à peu dans le clair-obscur. « Qu’est-ce que tu fiches ici ? » Il fit deux pas en boitant avant de s’écrouler dans le canapé. Comme s’il possédait les lieux, il alluma toutes les lumières d’un seul geste et la reine de la nuit se retrouva acculée dans un coin, les yeux encore abîmés par toute cette clarté. « J’ai un problème, fit-il en grimaçant. » Elle le toisa, excédée par l’audace dont il avait fait preuve pour se pointer chez elle au milieu de la nuit. « Ça ne pouvait pas attendre demain ? rétorqua-t-elle, agacée. » Il lui lançant un regard méprisant avant de remonter la manche de sa chemise, ce qui attira son attention sur les tâches écarlates qui agrémentaient le motif bleuté du vêtement. Elle plissa les yeux, soudain intriguée. « Non, j’ai besoin de toi. Maintenant. » Soupir furieux. Elle le foudroya du regard, peu encline à supporter son caractère abominable en comptabilisant si peu d’heures de sommeil. Résignée, elle alla tout de même chercher quelques onguents et revint vers lui pour inspecter la plaie. Il était tard et elle n’avait aucune envie qu’il s’éternise.
Alazar la considérait avec inquiétude, le dos cassé en deux. « Ça va me laisser une cicatrice sur le bras ? » Elle lui en aurait bien laissée une sur le front pour y inscrire ‘connard’ en lettres de sang, mais elle ravala sa rancœur et déversa un désinfectant sans aucune délicatesse sur sa blessure.  Il poussa un cri de douleur, gémissant comme un gosse tombé de son balai. Elle esquissa un sourire mutin, qui s’étira discrètement au coin de ses lèvres avant de se volatiliser. « Arrête de pleurnicher comme un bébé. » Elle le sentit se raidir sous ses paumes habiles. « J’ai une autre mission à accomplir demain, il vaudrait mieux pour toi que tu me soignes correctement. » Un rire moqueur résonna en son for intérieur. Non seulement il avait le culot de se ramener chez elle au beau milieu de la nuit, mais en plus il poussait le vice jusqu’à critiquer son travail. Enfoiré. « Tu peux bouger la main ? » Il s’exécuta, difficilement. « Il va falloir que tu y ailles doucement pendant quelques jours. C’est profond, celui qui t’a fait ça ne t’a loupé. » Oh si, il t’a loupé ; il aurait mieux fait de viser entre les deux yeux. « T’aurais dû le voir, il est encore plus amoché que moi. » Il se mit à lui détailler chaque incision qu’il avait taillée sur l’épiderme de son ennemi, un homme sans visage et sans nom. Il était sorti de nulle part, comme la foudre s’abattant soudainement sur la terre. Mais à en croire son frère, il avait rapidement pris le dessus et il l’avait pratiquement laissé pour mort étalé dans la rue.

Amatis acheva de le soigner, pressée de le voir quitter cette pièce. Il allait renchérir sur ses exploits héroïques lorsqu’elle se redressa d’un bond. « J’ai terminé, tu peux y aller. » Il se détendit un peu, encore courbaturé mais rassuré sur son état. « Bien. » Une boule coincée dans sa gorge en feu, elle ne savait pas si c’était elle qui retenait ce cri entre ses lèvres pincées ou si c’était ce cri qui la retenait prisonnière d’un mal-être qu’elle ne parviendrait jamais à exprimer. C’était plus fort qu’elle, toute cette rage qui déferlait dans son esprit tumultueux dès qu’elle posait son regard froid sur son frère. Elle gardait enfuies en elle les stigmates de la honte qu’il l’avait forcée à ressentir lorsque son ventre s’arrondissait et qu’elle était contrainte de l’écouter lui vomir son dégoût à la figure, jour après jour, pendant neuf mois interminables. Elle lui rendrait chaque syllabe de chaque insulte qu’il avait proférée contre elle, chaque coup qu’il avait porté à sa poitrine et chaque regard haineux qu’il avait fait dégouliner sur elle. Elle lui rendrait tout ça, et mille fois plus. Pour tout ce qu’il lui avait pris et qu’elle ne pouvait reprendre, il finirait par payer. Elle susurrait cette morbide promesse en silence dès que leurs regards se croisaient. C’était presque une berceuse, douce, agréable, reposante. « Au fait, lâcha-t-il soudain, l’air de rien. » Elle ne prit même pas la peine de lui se tourner vers lui, s’enfuyant déjà le plus loin possible d’Alazar et de l’ombre étouffante qu’il projetait sans cesse sur elle. « Le Maître s’interroge sur ton utilité. Tu devrais songer à lui rappeler ta valeur, avant qu’il n’estime que tu ne sois plus digne de le servir. » Il disparut immédiatement après avoir prononcé ces mots.

Amatis s’effondra dans son lit, lessivée. Les quelques heures qui la séparaient de l’aube lui semblèrent interminables, le fantôme de son frère encore présent à ses côtés. Elle s’étouffait en silence, en se demandant où coulaient les larmes qu’elle ne versait pas.

*

Elle avait du marbre autour du cœur et des cendres plein les yeux, Amatis. Elle avait l’esprit encore embrumé par ses aventures nocturnes, mais ce sentiment alarmant que sa vie ne cessait de partir en fumée fut aussitôt dissout lorsqu’elle franchit les portes de l’hôpital londonien. L’antre de la bête, son nid, son refuge. Il n’y avait réellement qu’entre ces murs qu’elle se sentait chez elle. Qu’elle déployait ses longues ailes noires de corbeau et qu’elle partait à la conquête du ciel déchiré par l’orage. Il lui suffisait de se laisser porter par le bruit de ses talons claquant contre le sol pour avoir l’impression de regagner un semblant de contrôle sur son destin. Trop d’hommes avaient décidé trop de choses à sa place. Trop d’hommes s’étaient accrochés à sa colonne vertébrale pour en arracher des vertèbres et la plonger dans une paralysie humiliante. Trop de monstres avaient voulu l’abattre comme un vulgaire château de cartes. On l’avait laissée chancelante au bord d’un gouffre vertigineux, mais ça leur ferait trop plaisir si elle se fracassait le crâne mille mètres plus bas. Alors elle ne tomberait pas, elle apprendrait même à voler au cas où quelqu’un déciderait de la pousser dans ce vide qui la remplissait toute entière. Parce qu’on la pousserait, à n’en pas douter. Le monde lui avait fait suffisamment comprendre qu’il n’était pas fait pour elle. Pourquoi tu t’acharnes ? Brise-toi les os, petite marionnette. Dans ta tête, ça fera taire le vacarme.

Elle se reprit, refusant de laisser son esprit divaguer alors qu’elle avait du travail. La fatigue avait creusé des sillons violacés sous ses yeux de chat, qu’elle n’avait pas fait beaucoup d’efforts pour camoufler. Mais elle donnait le change, on avait fait appel à elle pour un cas extrêmement sérieux. D’un geste mécanique, elle replaça une mèche de cheveux derrière son oreille avant de s’emparer d’un parchemin et de pousser la porte de la salle où on l’attendait. Par la force de l’habitude, son regard passa les informations basiques pour se concentrer immédiatement sur les motifs pour lesquels il avait été admis. Une lueur effrayante traversa ses iris émeraude lorsqu’elle découvrit la liste des blessures. On lui avait refilé un pantin décousu qu’elle allait passer la matinée à recoudre. L’adrénaline se répandit dans tout son être, il fallait agir vite. Elle jubilait intérieurement, ayant momentanément tout oublié du mal qui lui rongeait les os. A la hâte, elle jeta un rapide coup d’œil en direction de l’homme alité cependant qu’elle se saisissait déjà de multiples potions afin de soulager sa douleur.  
Ce ne fut que lorsque son corps s’arqua au-dessus du sien et que ses yeux lui écorchèrent la peau qu’un nœud se noua brusquement dans ses entrailles. Elle l’aurait reconnu les yeux fermés – et même aveugle, à tâtons, tellement chaque parcelle de ce corps lui était familière. Alors ça lui revint comme une gifle. Quelque chose de refoulé, d’ancien, de presque oublié, remonta le long de sa gorge. Ça la saisit par surprise, ça la déstabilisa pendant un dixième de seconde. Ce n’était pas grand chose, seulement un souvenir auquel elle n’avait jamais cru repenser un jour. La chaleur d’un souffle, la moiteur d’un corps, la puissance d’une étreinte interdite et son âme en exil. Quelques instants ayant appartenus à une autre époque, qu’elle gardait précieusement enfermés dans un coffre fort, entre ses côtes. Mais l’homme flottant dans sa mémoire ne ressemblait pas à ça ; il s’était transformé en fantôme, inerte sous ses paumes agiles qui pansaient déjà ses blessures. Sous le drap, un corps bleu marine et rouge carmin. Des hématomes fleurissaient partout sur son torse, massacré en son flanc ; l’ouverture s’étendait jusqu’à son épaule. Il était à peine conscient lorsqu’elle se pencha vers lui, des formules salvatrices plein la bouche et une angoisse lancinante trahie par sa seule respiration. Ses mots caressèrent ses déchirures en même temps que ses mains enduites d’onguents. Ses doigts s’engouffrèrent dans le trou béant qui trônait sur son torse, se frayèrent un court chemin à l’intérieur de lui, frôlant l’essence-même de son être, avant de ramper vers la surface et de recoller minutieusement les morceaux. Bout par bout, pour ne rien détruire de plus de ce chef d’œuvre amputé.

Ses gestes précis achevaient de donner une chance à ce pantin de reprendre une large inspiration, d’insuffler un peu de vie dans son corps en bois. Elle allait s’éloigner pour qu’il se repose, parce qu’elle ne pouvait rien faire de plus et que ça lui donnait la sensation désagréable d’être inutile. Elle allait s’éloigner, quand son regard-iceberg se fracassa contre le sien et la laissa à la dérive dans un océan dangereusement calme. Un nom se brisa alors entre ses lèvres, presque malgré elle, dans un murmure assourdissant. « Seth. » Quatre lettres brûlantes qui incendièrent sa raison. Quatre lettres inscrites à l’encre noire dans son cœur calciné. Quatre lettres douloureuses sur lesquelles elle avait tiré une croix. Elle avait déjà fait son deuil de lui, mais son regard fragmenté lui interdisait quand même d’abandonner. Quant à lui, à moitié éveillé, il hurlait son nom en silence, dans un cri qu’elle refusait d’entendre. Lui aussi, il l’avait reconnue. Et il semblait refuser qu’elle parte, qu’elle le laisse seul face à la Faucheuse qui déciderait de son sort. Elle ne pouvait pas rester là, elle n’avait pas le droit. Ce n’était qu’un patient comme un autre – si seulement il acceptait de la libérer de ses pupilles trop claires qu’il avait vissées aux siennes.  Il cligna des yeux, rompant ce charme absurde. « Il faut que j’y aille, souffla-t-elle avant de se volatiliser. »

*

L’appel bourdonnait dans ses tympans. Elle ne pouvait pas l’entendre mais elle pouvait le sentir avec certitude dans sa poitrine, pétrifiée depuis des heures. Ça venait de lui, ce malaise, cet étau qui se resserrait petit à petit autour de son cou. Qui l’oppressait méthodiquement. Quelque chose l’avait ramenée vers ce couloir toute la journée, elle était passée une dizaine de fois devant la porte close. Et ça n’avait aucun sens, absolument aucun. Elle ne lui devait rien, et certainement pas ça. Pas cette inquiétude anormale qui lui barrait l’estomac. Plus elle se repassait les images de son intervention de ce matin, plus elle se trouvait ridicule. Il avait presque réussi à lui faire peur, ce crétin. Elle aurait dû s’en foutre, il ne méritait que ça après la façon dégradante dont il l’avait jetée. Il s’en était vulgairement débarrassé, comme elle l’avait si vite fait ce matin avec leurs frasques haineuses qu’elle avait balancées aux oubliettes. Comme si ce n’était rien, comme s’il avait le droit de lui revenir dans cet état et de ne lui laisser aucun autre choix que celui de le sauver. De le réparer, alors qu’il l’avait cassée, lui aussi, comme tous les autres. Sans même avoir assez de force pour parler, admettre que le destin se fichait bien de leurs gueules ; ou la supplier, comme il l’avait secrètement fait lorsqu’elle se languissait des bras de son rival.

Il n’avait pas le droit de profiter de ses talents et de s’en sortir aussi facilement, de ne pas devoir affronter son regard fauve et ne pas craindre que ses griffes ne lui rouvrent des plaies encore fraiches. Et il y avait autre chose aussi, une sorte de doute, d’intuition. Une énigme qu’elle avait commencé à résoudre inconsciemment et qui l’interpellait, qu’elle voudrait comprendre, déchiffrer. Alors elle suivit son instinct et décida d’aller le voir avant de terminer son service. Enfin, elle ouvrit la porte qui avait hanté ses pensées toute la journée. Elle entra dans la pièce, abandonnant cette curieuse frustration pour une assurance carnassière, affamée. Elle traversa la chambre, ses talons tapant frénétiquement contre le sol ; le son, agaçant, remplit tout l’espace qu’elle creusait entre eux. Amatis prit place sur une chaise, quelques maigres mètres face à lui. Des flammes jaillirent dans le fond de ses yeux, comme pour réchauffer un peu de ce que son regard bleuté avait gelé. Elle ne savait pas très bien pourquoi elle était venue, mais il était trop tard pour faire demi-tour. La machine infernale était lancée, et elle réclamait vengeance pour tout ce que les hommes comme Seth lui avaient pris.                                        


     




don’t take that sinner from me

Oh Lord, oh Lord, what have I done? I’ve fallen in love with a man on the run. Oh Lord, oh Lord, what do I do? I’ve fallen for someone who’s nothing like you. He’s raised on the edge of the devil’s backbone. Oh I just wanna take him home. There wasn’t a wrong or a right he could choose, he did what he had to do. Don’t care if he’s guilty, don’t care if he’s not. He’s good and he’s bad and he’s all that I’ve got.



Dernière édition par Amatis Lestrange le Sam 26 Aoû - 21:12, édité 1 fois
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HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : Sang MêléMessages : 10Date d'inscription : 10/08/2017Localisation : Domovoï's Rock
Ҩ Re: Horns like a devil pointing at me ♦ Amaseth Ҩ Jeu 17 Aoû - 19:14

Amaseth I

Horns like a devil pointing at me.


 

Dans la nuit noire, les ombres s’étaient soudainement mises à danser.

C’était comme une épaisse brume de doute et de tentation qui s’échappait dans l’air et faisaient vibrer chaque instant comme s’il était le dernier. Dans le silence de la démesure, il s’était allongé, fendu en deux par la douleur. La nuit avait enveloppé sa souffrance et ne laissait aucune place au doute ; s’il ne bougeait pas maintenant, il risquait de mourir. Le pouvait-il, en avait-il le droit ? Avait-il accompli tout ce qu’il avait à faire, savait-il simplement à quelle heure l’horloge sonnerait l’heure de son trépas ? Pas ce soir. Surtout pas ce soir. A l’heure où les loups hurlaient dans les ténèbres, Midnight poussa un gémissement de douleur, la joue posée contre les pavés sales d’une ruelle londonienne. Le sol se teinta d’un rouge carmin épais à mesure que ses mains tentaient de trouver une prise à terre pour ramper un peu plus vite. Il s’accrochait aux dernières lueurs de sa vie comme une tique à la peau d’un chien. Il n’avait pas le droit de partir maintenant ; son esprit lui hurlait de trouver une solution, une alternative à cette fin qui ne tarderait pas à venir s’il ne se dépêchait pas. Un grognement de souffrance s’échappa dans l’air du soir. D’un geste tremblant, l’homme retira le voile noir qui lui couvrait le bas du visage, et prit une grande goulée d’air. Il avait été stupide. Il s’était conduit comme un imbécile imprudent, pour la première fois depuis que ses traques avaient commencé. Il n’avait pas assuré ses arrières comme d’habitude, hanté par cette nouvelle chasse qui l’avait obsédé durant de longues semaines. La victime s’était retournée contre lui.

Les yeux fermés, tentant de faire le point sur la situation, Seth Astankov esquissa une horrible grimace de douleur. Il suivait les traces d’Alazar depuis trois semaines. Ses indicateurs fiables notaient chacun de ses déplacements, chacun de ses gestes ; Rien de ce qu’il faisait n’était ignoré par le chasseur de mangemorts. Il n’avait pas suffisamment attendu pour frapper, trop pressé de faire la peau au fils de Rabastan, cet ignoble petit déchet qu’il méprisait depuis leur entrée à Poudlard. Cette fouine aux yeux vicieux devait connaître une mort longue et atroce ; il avait aiguisé ses couteaux de chasse dans ce seul but. Rassemblant toutes ses forces pour le frapper, il en avait omis les détails les plus importants de sa traque. Impulsif, il était sorti ce soir là, au clair de lune. Les déplacements nocturnes d’Alazar Lestrange étaient fréquents, et cela avait été persuadé de l’attraper qu’il s’était précipité à sa poursuite, dans les ruelles de Londres. Et voilà comment il avait terminé. Avec un soupir haché, Seth se redressa, tremblant. Les blessures étaient profondes, mais la pire était sans doute celle qu’un sort avait frappé en pleine poitrine. La plaie serpentait de son épaule gauche à sa hanche droite, fendant son buste en deux, laissant échapper des giclées écarlates à chaque mouvement. Ce n’était pas lui qui avait trouvé Alazar, c’était lui qui l’avait débusqué au coin de la rue. Et il n’avait pas été seul.

L’avait-on trahi ? L’un de ses indicateurs avait-il avoué à Alazar que l’ombre de Minuit le poursuivait ce soir ? Il n’en savait rien. S’il parvenait à rester vivant, il les interrogerait un par un. On ne pouvait pas mentir à un homme comme lui, et ceux qui osaient essayer étaient immédiatement réprimandés. Pour l’heure, la seule chose qui comptait était l’air qu’il parvenait encore à respirer. Le souffle rendu rauque par la souffrance, il se mit à se maudire. Ils avaient jailli de la ruelle adjascente à quatre, le prenant en tenaille sans lui laisser la moindre chance de repli. Et si Seth avait donné toute son énergie à détruire ses assaillants, il s’était vite retrouvé submergé par le nombre. Laissé pour mort au milieu de la nuit, il s’était longuement vidé de son sang, luttant contre l’inconscience. Mais Alazar venait de commettre une erreur terrible. Il aurait mieux valu l’achever. Pourquoi ne l’avait-il pas fait ? Il n’en avait pas la moindre idée. Le mangemort avait sans doute eu la pensée songrenue qu’aucun homme ne pourrait jamais survivre à des blessures de cette gravité. Il avait sans doute raison pour le reste de la plèbe ; mais pas pour un homme comme Seth. Pas pour un sorcier qui s’accrochait au moindre souffle comme un parasite, pour survivre. Il ne mourrait pas tant que son but ne serait pas accompli. Ses simples souhaits baignant dans ses plaies ouvertes lui volant sa vie à chaque instant qui passait loin du moindre souhait.

Réfléchissant à toute vitesse, Seth s’immobilisa au milieu de la rue, la vision floue. Il n’avait parcouru que trois mètres en rampant dans l’ombre, et l’hôpital était beaucoup trop loin pour qu’il l’atteigne de cette façon ; il serait mort avant. Il n’avait aucun moyen de contacter qui que ce soit pour qu’on vienne le chercher ; son appartement, sa boutique, tout était absolument hors de portée. De toute manière, il ne pourrait pas se soigner seul. Il lui fallait l’aide d’un médicomage à tout prix, s’il voulait avoir une chance de voir le lendemain se lever. Il ne lui restait qu’une seule solution. Serait-il prêt à prendre le risque ? Il ne suffirait que d’une seule erreur pour le tuer. Son regard glacé happa la ligne d’horizon. De toute manière, s’il restait ici, il était condamné. Alors, rassemblant ses dernières forces, les mains rougies par son propre sang, il prit appui sur la pierre froide pour se redresser. Le sang jaillit, lui arrachant un hurlement de douleur dans le silence. Debout, tremblant au milieu des débris de sa dignité, il mordit des yeux la surface pavée de la rue, couverte d’hémoglobine fraiche. Visualisant les lieux de toutes ses forces, il tourna sur lui même dans un ultime effort ; et ce fut sans doute le pire transplanage de sa vie lorsqu’il disparut du ciel crépusculaire pour apparaître dans un craquement sonore devant les portes de l’hôpital Sainte Mangouste.

Il pénétra dans le hall, la vision brouillée par l’épuisement. Les mains et les jambes tremblantes, il s’immobilisa devant la masse de sorciers et de sorcières qui posèrent immédiatement un regard aussi curieux que terrorisé sur son corps ensanglanté, ses vêtements en lambeaux. Il n’eut pas le temps de dire le moindre mot. Dans un ultime geste, il esquissa un pas difficile ; et lorsque ses jambes se dérobèrent sous lui et qu’il s’effondra, sa dernière pensée vint au visage d’une femme aux cheveux gris, dont le regard clair le transperça jusqu’à l’âme. Sa main maigre se tendit dans sa direction, lovée au creux de son esprit. Ses yeux se fermèrent sur cette dernière image, et il sombra dans les méandres de l’inconscience. Il avait réussi. Mais avait-il réussi à rattraper l’inexorable marche du temps ?

***

Un purgatoire difficile le happa dans des songes troublés par la fièvre. Un délire absolu dans lequel il était plongé. Une pièce sentant l’odeur métallique du sang frais, couvrant les murs de la maison de son enfance. Seth ouvrit les yeux dans un cauchemar absolu, debout au centre de la chambre. Le plancher craqua lorsqu’il esquissa un pas en avant. Il était vêtu d’un costume sombre, et aucune blessure ne barrait son corps meurtri. Il observa ses mains d’abord, propres et soignées ; s’il était capable de sentir la douleur incendiaire meurtrissant ses sens, rien dans sa démarche n’indiquait qu’il avait subi de terribles blessures. Son regard se figea à la vue de cet endroit qu’il connaissait par coeur. C’était comme si un ouragan avait balayé la pièce. Les meubles brisés gisaient sur le sol, le mur, teinté d’un rouge carmin, suintait un sang humain à l’odeur insupportable. ça sentait la mort, ça sentait la douleur ; et lorsque ses yeux d’acier se posèrent sur le sol, la vue des cadavres empilés manqua de le faire vomir à grands flots. Paralysé dans cette hallucination visuelle et sensorielle, il bloqua sa respiration, une main devant la bouche ; et lorsque la voix résonna dans son esprit, il tituba, meurtri.

Tu as échoué.


La voix grinçante de sa mère s’éleva au coeur de son âme, et un frisson remonta le long de son échine. Lorsqu’il tourna la tête en direction de la fenêtre, il la trouva ; les deux perles claires d’Hestia Astankov brillaient dans la pénombre. Ses traits creusés par la fatigue et la haine faisaient front à ceux, plus durs, de ce fils dont elle était si fière. Son regard le transperça de part en part, perforant son souffle comme mille aiguilles douloureuses. Tu as fait preuve d’imprudence. Je sais. Seth fronça les sourcils, avançant d’un pas en direction de cette mère assise sur ce même fauteuil depuis des décennies. Elle n’avait jamais quitté cette place. Son ombre portée était la seule présence que Seth avait eu la chance de connaître durant son enfance. On m’a trahi. Ce n’est pas de ma faute. Hahaha ! Le rire aigre de sa mère résonna au creux de son âme, laissant un frisson désagréable parcourir son échine. Elle leva le menton pour le dévisager, et sous cette autorité maternelle, Seth baissa le nez sans un mot de plus. Que répliquer face à cette moquerie prononcée ? Rien. Il fallait simplement assumer. On ne t’a pas trahi, mon fils. Tu étais tellement pressé d’attraper ce vaurien que tu as simplement fait beaucoup trop de bruit. Il t’a entendu et il est allé chercher du renfort. Tu es le seul responsable de ta déchéance. Cruelle, acide, Hestia ne lui épargna absolument rien. Sa sévérité était au diapason de cet amour malsain qu’elle éprouvait pour lui ; ses bras maigres prenant appui sur l’accoudoir de son fauteuil, elle finit par se lever. Sa robe sale et en lambeaux semblait virevolter autour d’elle, comme une noyée flotterait à la surface de l’eau. D’un geste de la tête, elle désigna à l’homme le tas de corps étendu sur le sol. ça sentait la mort et la charogne, au point d’en devenir étouffant. La main portée à son visage, Seth ferma les yeux, une minute. Il ne connaissait aucun de ces visages aux yeux vitreux, et pourtant…

En une seule nuit, tu aurais pu commencer ta véritable vengeance. Mais tu as tout fait échouer. Mère… As-tu oublié les enjeux, mon enfant ? As-tu oublié les raisons pour lesquelles tu te bats ? Non, je n’ai jamais oublié. Jamais. Bien sûr que si. Le timbre sec de la femme le coupa dans un début de plaidoyer soigneusement huilé. Ses yeux le frappèrent comme un éclair de haine qui se propagea jusque dans ses muscles. Il fut incapable de dire le moindre mot de plus. Tu as oublié que les serviteurs du Seigneur des Ténèbres n’étaient pas seulement des proies pour satisfaire ton besoin de sang, Seth. Il y a une famille que tu dois attraper et décimer. Ton dessein est de venger ta famille. Pas de profiter des cris de tes victimes comme un vulgaire boucher orgueilleux. L’insulte lui fit baisser la tête. Elle pointa les corps du doigt, hargneuse. Ils sont morts sous mes yeux à cause du père de celui que tu as laissé filer. Je sais. Tu le sais, et pourtant tu as échoué.Tu as voulu aller trop vite, et désormais tu en payes le prix. Que deviendrais-je si tu meurs ? Tu y as pensé ? Cette fois, deux billes de glace vinrent frapper les prunelles de sa mère. Furieux, il se redressa, le poing serré. La culpabilité le rongeait comme un acide, mais il ne baisserait pas les bras aussi facilement. Je ne mourrais pas. Qu’en sais-tu, mon garçon… tu es déjà à moitié mort. En quelques pas, elle atteignit sa hauteur. Seth dépassait sa mère d’une tête depuis l’âge de ses dix sept ans. Et lorsqu’il baissa les yeux pour la regarder, ce fut un sourire tendre qu’il croisa. Elle leva la main, posant quelques doigts tendres sur sa joue râpeuse. Là où quelques instants auparavant il avait dû essuyer son courroux, il appréciait désormais la sensation de chaleur que lui procura cette étreinte maternelle. Elle passa un pouce sur sa pommette saillante. N’oublie jamais ton véritable but, mon fils. Venge ta famille. Tu n’auras le droit de mourir que lorsque tu auras jeté le corps de Rabastan à mes pieds. Elle saisit son visage, et embrassa lentement son front. Incapable de dire le moindre mot de plus, Seth ferma les yeux. Le contact doux des lèvres de sa mère contre sa peau lui insuffla un besoin de vivre encore plus grand. Mais lorsqu’elle se détacha de lui, il comprit que cet amour ne lui serait donné qu’à la condition qu’il accomplisse ce qu’elle attendait de lui. Et les derniers mots qu’elle prononça lui arrachèrent violemment le coeur. Elle le serrait dans ses mains fragiles, jusqu’à l’éclatement. Il subit la déchirure comme un coup violent porté à son visage. Et cela le frappa, chaque syllabe, jusqu’à meurtrir son esprit une dernière fois. Non. Pas ça.

Elle aussi, il faudra que tu la tue.


***

Et la douleur revint, plus forte, presque écoeurante. Les yeux clos, étendu sur un lit d’hôpital, Seth prit une inspiration douloureuse, difficile. Sa première pensée lui insuffla un nouvel appel d’air salutaire ; il était en vie. Il avait réussi. En morceaux mais en vie, capable de poursuivre sa lutte, capable de rendre sa mère fier. La seconde pensée fut pour le contact régulier de quelques mains courant sur sa peau, réparant au passage les profondes blessures laissées par le combat de la veille. Il avait les yeux fermés, mais il pouvait la sentir, la chaleur des sortilèges qui s’évadaient dans sa chair pour refermer les plaies ouvertes. Le silence autour de lui n’était ponctué que de ces gestes doux qui prenaient soin de son corps blessé. On le soignait. On le soignait et lorsqu’il sortirait, la lutte reprendrait de plus belle. En silence, il se jura que s’il retrouvait Alazar, il en ferait une oeuvre de maître bien plus belle que toutes les autres. Les tortures qu’il lui infligeraient feraient jaillir les hurlements de sa petite bouche de fiotte, il se le jura intérieurement. Crispant à peine les poings quand les mains étrangères s’égarèrent sur la blessure la plus importante, il prit une légère bouffée d’air. Un parfum flottait autour de lui, stigmate d’un passé révolu qu’il avait choisi d’enfermer dans un recoin de sa mémoire. Mais le présent, cruel, venait déterrer ces étranges créatures informes qu’étaient ses souvenirs ; et cette fragrance piquante, il ne pourrait jamais l’oublier.

Et il sut immédiatement qui il trouverait lorsqu’il ouvrit les yeux.

Le destin avait parfois de cruelles manières de se manifester. Le frère torturait l’ombre portée de sa déchéance, la soeur recousait lentement sa peau brisée par les attaques. Elle était là, perchée au dessus de lui, son regard sombre concentré sur les blessures qu’elle s’était appliquée à guérir, une par une. Il l’observa lorsqu’elle s’immobilisa. Amatis. Amatis Lestrange, cette femme d’un autre temps qu’il avait violemment chassée sans lui donner la moindre explication. Amatis Lestrange, celle qui avait hanté ses songes d’adolescent et ses nuits d’insomnies à rêver de sa peau brûlante réchauffant son coeur glacé. Amatis et ses cheveux noirs à l’odeur épaisse, d’un mélange de sang et de fleur sauvage. Amatis, qui avait consciencieusement réparé son corps en sachant parfaitement qui il était. Incapable de prononcer le moindre mot, affaibli par la perte de son sang, il la dévora du regard. Le feu croisa la glace, et l’eau brûlante qui jaillit de cette union fit apparaitre de nombreuses cloques sur son coeur mort. « Seth. » Et cette voix, venue d’un passé douloureux, qui résonna dans la pièce. Amatis. Comment le sort avait-il pu être aussi cruel ? Figé par ces retrouvailles inopinées, abattu par l’intense sentiment d’échec qui lui laissa un goût amer contre le palais, Seth se contenta de la dévorer du regard. Elle n’avait jamais quitté ses pensées, malgré toutes ces années. Toutes ces femmes qu’il avait connu ne valaient en aucun cas la puissance de son regard charbonneux, qui le consuma de nouveau jusqu’à ne laisser de lui qu’un tas de cendres noires. Il n’avait pas oublié. Et si elle figurait sur sa liste de proies à abattre, à elle, il offrirait une mort rapide et sans douleur. Les organes déchirés par ce dilemme que sa mère lui avait imposé, il ne fut pas capable de la retenir. Les mots restèrent étroitement entravés dans sa gorge. Il perdait la raison un peu plus fort au fil des minutes qu’elle passait à le regarder.

Et puis tout s’arrêta. Dans un geste vif, Amatis recula, replaçant soigneusement ces heures à se promettre l’univers au creux de leurs reins disparaître dans un tourbillon gris. Elle recula et il ne fut pas capable de la retenir ; pas même lorsque de sa bouche s’échappèrent les dernières paroles d’une condamnée. « Il faut que j’y aille. » L’instant d’après, elle avait disparu ; laissant Seth avec cette dualité douloureuse de ne savoir quoi faire. Entre le besoin mordant de préserver la vie de cette femme à tout prix et l’obligation de la lui ôter de ses propres mains. Telle était la malédiction d’Hestia Brown ; tel était ce dessein cruel qui avait animé sa destinée. Il brillerait, puisque tout le permettait. Mais sans elle, est-ce que cela avait encore la moindre importance ?

***

La journée défila sans qu’il puisse la voir. Il suivait distraitement la position du soleil par les fenêtres, sans pouvoir en déterminer l’heure ; oscillant entre des périodes de sommeil profond et d’autre, de délire intense dans lesquels il la voyait s’approcher, un poignard à la main pour l’achever. Son corps tremblant de fièvre était soigné par d’autres mains que les siennes ; cette vision d’enfer n’avait été qu’éphémère, il ne la reverrait pas. Incapable de se résigner pourtant, recherchant vainement son image dans les recoins de ses souvenirs, il ne put que voir l’incompréhension, le désarroi et la fureur qu’il avait provoqué en elle le jour où il l’avait implacablement rejetée comme un vulgaire animal dans une rue abandonnée. Comment aurait-elle pu le savoir ? Il ne lui avait donné aucune explication. Le goût de la trahison lui avait brûlé la bouche, et il avait été incapable de faire un véritable choix. Depuis ce jour, elle lui avait manqué dans chaque pore de sa peau. Il était passé à côté de sa reine, la seule qui ait jamais compté dans sa chienne de vie. Et elle lui était apparue comme un démon aux ailes noires, lui redonnant le souffle manquant pour poursuivre son implacable destinée. Elle lui rendait la vie pour qu’il puisse la lui prendre. Cette pensée dévora sa conscience fragile durant le reste de la journée. L’ironie de la situation était d’une cruauté jamais vue. Et le manque lui scindait les entrailles en deux.

Alors lorsque la porte s’ouvrit au soir tombant, il ne se douta pas un seul instant que ses pas la conduiraient une nouvelle fois jusqu’à lui.

Pourtant elle lui apparut comme la vision tendre de la Mort qui le poursuivait avec acharnement ; vidant ses poumons de tout son air, creusant un cratère dans sa poitrine. Il s’était battu pour l’avoir, et une fois qu’il lui avait volé l’organe battant derrière ses côtes fragiles de femme, il l’avait écrasé sans ménagement. Le remords avait rongé sa raison, mais à l’heure de faire demi tour, il avait été beaucoup trop tard. Il avait dû supporter la vision atroce de son corps fin aux mains d’un ennemi mortel dont il avait invariablement perdu la trace à la sortie de l’école ; mais Adonis Greengrass figurait depuis longtemps sur sa liste, en dernière place. Une dernière victime avant de tout arrêter ; pour le simple fait de lui avoir dérobé sans une seule trace de culpabilité la seule chose que Seth ait jamais désiré. Ses yeux froids scrutèrent la silhouette silencieuse d’Amatis Lestrange, qui vint s’installer sans un mot près de lui ; assise sur une chaise, ses yeux implacables jetaient une aura de flamme venant réduire à une vapeur invisible l’armure de glace qu’il portait à chaque instant qui passait. Elle ne prononça pas un mot ; l’accusant en silence de toutes ces erreurs, se faisant figure de jugement implacable sans qu’elle ait besoin de dire la moindre phrase. Incapable de se redresser, épuisé mais conscient, Seth soutint ses yeux sombres, sans savoir que dire d’abord. Et lorsque sa voix fatiguée retentit dans le silence lourd, il sut qu’il ne reviendrait jamais de ce rêve qu’elle lui offrait sans même le savoir.

Bonsoir, Princesse.” Sobriquet affectueux qu’il lui avait donné dès l’instant où ses yeux s’étaient posés sur elle dans les couloirs de Poudlard. Une princesse déchue et noire, mais dont le sang royal n’était absolument pas à prouver. Cela se lisait dans la moindre de ses gestuelles, dans le moindre des pas nobles qu’elle faisait, écrasant de ses talons chaque femme passant près d’elle, les rendant plus laides et insignifiantes les unes que les autres. Et même lorsqu’elle quittait l’horizon de son regard, aucune autre ne pouvait prétendre à ce titre qu’elle avait laissé sur sa peau dans une encre incandescente. Elle était belle, Amatis. Belle comme un soir d’orage. “Le destin a parfois un sens de l’humour vraiment douteux.” Si seulement elle avait su toute la vérité. Peut-être aurait-il trouvé la force de prendre la fuite avec elle, de tout abandonner. De la conduire quelque part, loin, là où elle aurait pu soigner les cruelles blessures de son âme en échange de sa totale dévotion. Mais ce temps était révolu ; il était condamné à l’admirer en silence. Et il ne s’en cacha absolument pas. “Je crois que je devrais te dire “merci”. Mais je crois que je vais plutôt te demander “pourquoi”.Pourquoi m’as-tu sauvé, toi que j’ai choisi sciemment d’abandonner et de trainer dans la boue. Sais-tu que ton frère est condamné à mort ? Sais-tu, Princesse, que tu seras la prochaine sur ma liste ?






Dark on me •
She's the beast in my bones, She gets everything she wants. When she gets me alone like it's nothing. She got two little horns and they get me a little bit

   
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Ҩ Re: Horns like a devil pointing at me ♦ Amaseth Ҩ Ven 25 Aoû - 16:16

▿ she got horns like a devil
In her heart, there’s a hole, there’s a black mark on her soul. In her hands is my heart, and she won’t let go till it’s scarred. Try to breathe, but i can’t, ’cause the air she feeds me is damned. Got a touch like a thorn ’cause the girl, she’s hiding horns. She got blood cold as ice and a heart made of stone. But she keeps me alive, she’s the beast in my bones. She gets everything she wants when she gets me alone like it’s nothing. She’s the fire and the sin, and i burn breathing her in. Now this love’s suicide and i’d sell my soul for the high. Got her heels tapping down my throat.

   


Elle le fixait de ses yeux de chat qui scintillaient dans le noir. Elle se souvenait de tout, de l’odeur âpre de sa peau à la ferveur de leurs baisers d’adolescents, de la douceur de ses caresses à la hargne de leurs étreintes. Elle se souvenait de la façon qu’il avait de la regarder comme s’il voulait posséder son âme, de la fierté non dissimulée avec laquelle il l’avait affichée à son bras le soir du bal, comme une parure pour illuminer son beau costume. Elle se souvenait aussi de la violence de leur dispute, des mots qu’il lui avait crachés au visage sans qu’elle ne comprenne la provenance de toute cette haine qui lui avait scié le cœur en deux. Parce qu’elle avait fini par presque lui confier l’organe sur lequel il lorgnait tant, leurrée par toutes ses belles paroles qu’il lui susurrait au creux de l’oreille après minuit. Elle aurait dû savoir qu’entre le crépuscule et l’aurore, rien n’était réel ; ni l’amour d’un amant, ni les promesses qu’il lui chuchotait tout doucement. Les rêves de toujours et les illusions que jamais rien ne percerait la bulle protectrice qui entourait leur bonheur factice. Il avait fini par la décevoir, comme tous les autres. Elle aurait dû s’y attendre, mais pour une fois, ça n’avait pas été le cas. Il l’avait tellement voulue qu’elle avait imaginé que ce serait elle qui finirait par se lasser, mais aussi blasée qu’elle avait pu l’être au départ par la dévotion sans faille qu’il lui vouait, elle avait fini par se complaire dans ce semblant de sécurité que lui offraient ses bras. Jamais elle n’avait eu l’impression de pouvoir réellement avoir confiance en qui que ce soit, avant lui. Elle ignorait qu’il l’avait guettée en silence, voleur tapi dans l’ombre, attendant son heure pour commettre le crime de la décennie. Entendait-il encore les échos de son cœur qui se brise ? Résonnaient-ils comme une douce mélodie à ses oreilles venue le bercer pour qu’il s’endorme ?

Les regrets étaient amers. Aujourd’hui, ils piquaient un peu plus fort que d’habitude. Lorsqu’il croisa l’ambre de son regard, le feu se propagea jusque dans la glace du sien. « Bonsoir, Princesse. » Impassible, elle reçut le surnom de plein fouet mais ne perdit aucunement la face. Les souvenirs, acides, se distillèrent dans sa mémoire aussi vite que du poison. Ça faisait éclater des cloques sur les parois de son âme, ça la grignotait de l’intérieur comme une morsure corrosive. Asphyxie lente, agonie familière. Elle accueillit la douleur avec le sourire, presque soulagée de ressentir enfin quelque chose. Même si ce n’était qu’un petit pincement au cœur, anodin, futile. C’était déjà mieux que rien. « Le destin a parfois un sens de l’humour vraiment douteux. » Sa voix souffla avec force telle une brise glaciale lui mordant la peau. Elle ramena ses jambes vers l’arrière avant de les croiser habilement, cherchant sa place dans l’univers de cet homme dont elle aurait presque pu oublier jusqu’à l’existence s’il n’était pas revenu la lui rappeler. Il lui sembla qu’il la regardait toujours avec la même lueur dans les yeux, pourtant ça n’avait aucun sens ; il l’avait jetée comme un chien dont on ne veut plus et qu’on abandonne sur le bord de la route. Alors pourquoi cette expression indéchiffrable, qui la ramena brusquement des années en arrière ?
Elle aurait mieux fait de faire demi-tour dès qu’elle l’avait reconnu, ça lui aurait évité d’avoir à se poser des questions aussi absurdes. De toutes façons, elle n’attendait plus rien de cet homme. Qu’il crève ou qu’il vive, ça lui était parfaitement égal. Pour tous les éclats de verre que ses mots avaient envoyé se ficher dans ses poumons et pour toutes les blessures de l’âme que ses mensonges lui avaient infligées, elle aurait dû enfoncer son scalpel dans la jugulaire et le regarder mourir avec son visage d’ange déchu pour dernière image de ce monde. Il pouvait s’estimer heureux qu’elle l’ait épargné, bien qu’il semblait aussi étonné qu’elle d’avoir échappé à sa némésis. « Je crois que je devrais te dire merci. Mais je crois que je vais plutôt te demander pourquoi. »  Elle arqua un sourcil, s’apprêtant à répondre le plus platement possible, avant de réaliser que ça ne venait tout simplement pas. Sa voix s’était enlisée dans le goudron visqueux qui tapissait tout son intérieur. Et puis d’un coup tout se tut au-dedans.

Silence brisé par les gargouillements de la bête qui réclamait vengeance. Ça se mit à hurler tout au fond, elle avait faim de chair fraiche et soif de sang. Un besoin de violence pour se sentir revivre, une envie de déchirer un être, de le découper aux ciseaux pour voir s’il portait sa marque à elle quelque part en lui. Et s’il n’y avait rien, si le temps avait effacé sa présence écrasante de son esprit, si les années loin de son visage avaient gommé les brûlures que ses regards incandescents avaient laissées sur sa peau, s’il ne portait plus les griffures sur son dos comme un étendard à sa gloire, si il n’avait plus mal d’elle alors qu’elle avait encore mal de tout le monde, tout le temps, partout ; si il pensait s’en sortir indemne là où elle ressortait toujours un peu plus cassée de chaque rencontre avec un fantôme de son passé, alors elle lui chuchoterait à quel point il se trompait, à quel point elle ne se sentait entière que lorsqu’elle voyait son reflet en rouge carmin vibrer dans les cauchemars de ses ennemis. Elle ne l’avait sauvé que pour mieux le condamner, selon les termes qu’elle aurait décidés. Elle ne l’avait arraché à une mort douce et rapide que pour le retenir entre ses griffes, s’amuser avec sa souris encore un peu, avant de la regarder filer vers d’autres pièges qui seraient toujours moins cruels que les siens. Elle voulait laisser une trace, Amatis. Et elle avait choisi que ce serait dans le cœur de ceux qui lui avaient brisé le sien morceau après morceau. Elle voulait que ça les hante autant qu’elle, que ça les recouvre de la peau à l’os.

Alors elle trouverait un moyen pour qu’il pense à elle, de temps en temps, en souvenir du bon vieux temps. Une grimace de douleur lui déchirant les traits et une main portée à sa poitrine, en soldat compromis. A moitié vaincu. Elle ne savait pas encore exactement comment, mais elle trouverait ; elle trouvait toujours. Il fallait juste museler le démon qui rugissait au milieu d’elle et attendre patiemment de pouvoir lui apporter une offrande équivalant à sa grandeur. « Tu es un patient comme un autre, je n’ai fait que mon travail, répondit-elle finalement. » Mais certains démons étaient plus difficile à camoufler que d’autres, ainsi la Lestrange se laissait-elle joyeusement gagner par les vices qui sévissaient dans sa chair mise à vif. Il fallait que ça sorte, qu’elle ouvre la cage pour que les corbeaux se détachent de son âme et ne noircissent un autre horizon que le sien.
Ses yeux se remplirent de charbon lorsqu’elle reporta son attention sur son torse, couvert d’hématomes bleu nuit. « Mais j’ai fini mon service, tu devrais te méfier. Il se pourrait que je sois moins clémente lorsque je ne suis plus sous serment. » D’un geste gracile, elle se redressa pour s’approcher, se pencher au-dessus de l’homme blessé qu’elle avait un peu trop bien réparé. Elle se fit une place sur le bord du lit, sans le libérer du poids de son regard. Elle voulait que sa présence l’écrase, l’étouffe jusqu’à manquer d’air. Elle perforerait des petits trous dans ses poumons s’il le fallait, pourvu que son image le transperce tout entier. Ses doigts fins se hissèrent jusqu’à l’abdomen, avant de coulisser le long du large pansement qui lui barrait le torse en diagonale. Puis sa main remonta sur son cou, devenant synonyme de corde du pendu. Doucement, elle fit pivoter son visage sur la gauche pour détailler les tâches sombres qui coloraient son visage fatigué. « En tout cas tu es salement amoché, j’aimerais bien savoir qui t’as fait ça. Je lui ferai livrer des chocogrenouilles, souffla-t-elle d’une voix doucereuse. » Elle se détacha de lui dans un frisson électrique, s’accrochant au bord du lit pour se propulser un peu plus en arrière, sur son territoire de guerrier vaincu qu’elle acheva de terrasser. Elle appuya le bas du dos un peu trop fort contre son flanc encore sensible, dans un geste qu’elle ne prétendit même pas ne pas avoir vicieusement calculé. « Oh, quelle maladroite, je t’ai fait mal ? » Mange, connard. Elle lui servit son plus doux sourire en guise de fausse excuse, avant de déposer les armes quelques instants. Il fallait qu’elle sache. « Allez, raconte-moi. » Un murmure plus tendre, plus sincère. Un murmure pour méprendre, pour le tromper comme il l’avait trompée. Un murmure parce qu’elle savait le pouvoir d’une caresse délicate, d’une attention féminine, surtout lorsque cela venait d’elle. « Comment est-ce que c’est arrivé ? »
                                 


     




don’t take that sinner from me

Oh Lord, oh Lord, what have I done? I’ve fallen in love with a man on the run. Oh Lord, oh Lord, what do I do? I’ve fallen for someone who’s nothing like you. He’s raised on the edge of the devil’s backbone. Oh I just wanna take him home. There wasn’t a wrong or a right he could choose, he did what he had to do. Don’t care if he’s guilty, don’t care if he’s not. He’s good and he’s bad and he’s all that I’ve got.



Dernière édition par Amatis Lestrange le Sam 26 Aoû - 21:11, édité 1 fois
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Ҩ Re: Horns like a devil pointing at me ♦ Amaseth Ҩ Sam 26 Aoû - 19:59

Amaseth I

Horns like a devil pointing at me.


 



Il n’avait jamais été capable d’oublier.

Elle dansait au coeur de ses regrets amers, comme une poupée de craie s’effritant entre ses doigts lorsqu’ils tentait de la toucher. Elle se tenait là, devant lui, cette figure d’autorité qui réclamait justice. Elle voulait quelque chose, la vérité sans doute, ou cette vengeance qu’elle n’avait jamais pu obtenir de lui. En était-il si certain ? Quel mal ne lui avait-elle pas infligé depuis le jour où il avait commis la pire erreur de sa vie ? Celle de la jeter, comme ça, sans explications autre que des mots cruels qu’il lui avait jeté à la figure comme on aurait balancé une godasse à un chien. Il l’avait fait parce qu’il n’avait pas eu le choix. Mais il n’avait jamais rien oublié depuis lors. Il n’avait jamais oublié la douceur et la chaleur de sa peau, son odeur musquée, la goût acide de son cou que jamais il n’avait retrouvé chez une autre. Il n’avait suffi que de quelques instants, un regard au détour de la salle commune pour qu’il sache. Qu’il sache que c’était elle, son destin, cette reine qui l’accompagnerait au détour du chemin de gloire qu’il tracerait. Elle détenait les vérités de son coeur au creux de son poing. Il lui avait offert cet organe crevé battant encore furieusement dans sa poitrine, et elle avait mis du temps à le prendre entre ses mains fines. Et ce qu’elle ignorait, c’était que lorsqu’il l’avait quittée, il le lui avait laissé. Le trou béant de sa poitrine ne s’était jamais refermé. Son corps avait passé dix années à rechercher cette moitié de lui-même qu’elle détenait jalousement sans rien en savoir. Si seulement il avait pu tout lui dire. Aurait-elle été apte à comprendre à l’aube de l’âge adulte, que malgré tout l’amour corrosif qui brûlait pour elle, il ne pourrait jamais joindre sa main à la sienne ?

Il aurait pu à cette époque, il aurait pu tout faire basculer. Il aurait pu se jeter à ses pieds et implorer son pardon à grands cris, et tout lui avouer. Lui dire que sans elle, il n’était qu’une coque vide perdue dans la tempête. Il aurait pu lui dire que le reflet qu’il voyait dans ses yeux d’ombres était le seul pour lequel il accepterait de vivre et non plus de survivre. Il aurait pu lui dire qu’il était prêt à tout abandonner pour un seul regard d’elle, pour une seule étreinte, pour sentir encore une dernière fois la chaleur de son corps contre ses reins, la raideur de ses jambes qu’elle enroulait autour de lui certaines nuits. Cela avait duré si peu de temps, et pourtant. Il avait gardé chaque précieuse goutte de ses souvenirs avec elle, pour ne jamais oublier quels sacrifices il avait été obligé de faire. La quitter au nom de la vengeance. Il avait attrapé un couteau aiguisé et l’avait enfoncé dans sa chair, s’écorchant vif à chaque parole cruelle qu’il avait prononcé pour la faire reculer. Il s’était fait d’acier pour ne pas sombrer dans la démence, pour ne pas supporter la morsure d’éventuelles suppliques. Il lui  avait fait du mal, pour ne pas l’entendre lui dire des mots imprégnés du poison de ses lèvres ; il l’avait quittée, parce que sa destinée ne lui permettrait jamais de saisir la main appartenant à la fille de celui qui avait détruit sa famille. C’était trop dur, trop lourd à porter. La douleur lui fit fermer les yeux. Celle de son âme, ne supportant déjà plus le poids de son regard. Tu étais belle hier, et aujourd’hui tu l’es encore moins que demain.

Elle lui en voulait encore. C’était visible, dans ses yeux chargés de ténèbres. Elle lui en voulait encore, et il ne pouvait pas l’en blâmer. Il ne pouvait pas lui reprocher toute cette haine qu’elle lui jetait au visage d’un seul regard, il l’avait méritée. Lui qui avait été si incapable de lui dire à quel point il l’avait aimée dès le premier jour, et à quel point cela l’avait détruit de l’abandonner. Pire encore ; jamais il ne pourrait lui reprocher ce qu’elle avait fait ensuite. Estimait-elle que sa vengeance n’avait pas encore été accomplie ? Elle avait tort. En se jetant dans les bras de Greengrass, elle l’avait condamné à une agonie sépulcrale qui n’avait laissé de lui qu’un tas d’os farineux répandus sur le sol. Et à présent ? Il la regardait. Il ne voyait qu’elle, malgré la douleur, malgré l’échec cuisant qu’il avait subi la veille au soir. Il ne voyait qu’elle, parce que lorsqu’elle était là, elle occultait jusqu’aux dernier miroitements de la réalité. Aussi belle qu’un vent d’hiver. Aussi insaisissable qu’une brise dans la nuit noire.

Sa voix claqua dans le silence. « Tu es un patient comme un autre, je n’ai fait que mon travail. » Vraiment, Amatis ? Alors pourquoi as-tu pris la fuite aussi vite ce matin ? Pourquoi a-t-il fallu que tes yeux croisent les miens, pourquoi a-t-il fallu que nos chemins se croisent avant ta dernière heure ? Aujourd’hui, je ne sais pas si je serais capable d’accomplir ce qu’elle attend de moi. Je ne sais pas si au jour venu, je pourrais glisser un poignard entre tes côtes et voir s’éteindre cette flamme merveilleuse au fond de tes rétines. Il ne savait rien lorsque cela la concernait. Il ne savait rien de cette envie brûlante qui le dévorait jusqu’aux racines de son âme. Rien de ces regrets perdus dans ces mots qu’ils ne se disaient pas. Rien de cette rancoeur qu’il éprouvait tout de même encore, aux souvenirs monstrueux de son corps mince enroulé autour de celui de son rival. Il ne savait rien, à une exception près. Il la voulait toujours. Avec plus d’ardeurs encore que son esprit adolescent ne l’avait toléré.

Et son regard noircit d’avantage alors qu’elle parcourait son corps blessé des yeux. Il la laissa faire, esclave de sa volonté ; déchiré entre l’envie brûlante de lui hurler sa rédemption au visage, et celle de l’accuser de tous les maux dont il avait souffert à cause d’elle. Silencieux pourtant, il se contenta simplement de la fixer. Elle n’avait pas terminé. Elle jouerait avec lui comme un chat avec une pelote. Elle l’avait toujours fait. Elle avait toujours su si bien le faire. « Mais j’ai fini mon service, tu devrais te méfier. Il se pourrait que je sois moins clémente lorsque je ne suis plus sous serment. » “La clémence est un concept… qui ne t’est absolument pas familier.” Elle était cruelle Amatis. Cruelle comme un animal sauvage en quête d’une nouvelle proie à chasser, cruelle et implacable. Une panthère agissant dans l’ombre de la nuit pour voler des vies qu’elle collectionnait comme autant de perles sur un collier de sang. Et c’était  sans doute pour cela qu’il l’aimait autant. Un rictus passa sur son visage émacié lorsque la jeune femme se leva, lentement, pour s’approcher de lui. Elle se pencha au dessus de son lit de douleur, et un frémissement passa le bord de ses lèvres sèches quand elle s’installa près de lui. Sa présence s’imposa soudainement à lui, forte, son parfum frappant ses poumons alors qu’il prenait une inspiration un peu trop longue. Ses yeux clairs ne la quittaient pas, malgré tout ce qu’il pouvait lire dans les siens ; quelle importance, finalement, de toute manière il était déjà condamné. Condamné à l’aimer en silence sans jamais pouvoir lui dire à quel point il regrettait de l’avoir chassée de sa vie.

Il se figea, lorsque la main de la Lestrange frôla sa peau, s’égarant sur l’immense bandage décorant son torse. La cicatrice resterait, il la porterait comme une marque de son échec pour ne plus jamais en oublier la prudence. Elle remonta le long de son cou, et s’il avait voulu immobiliser son geste d’un revers de la main, il en fut tout simplement incapable ; comme une statue de pierre sous son regard de Méduse, happé par ses yeux noircis par une colère glacée qu’elle infiltra dans ses veines comme un poison. Son visage se tourna sur la gauche au simple ordre muet de sa main. Il ferma les yeux, frustré. Elle le torturait. Elle le torturait et il était incapable de l’en empêcher.

« En tout cas tu es salement amoché, j’aimerais bien savoir qui t’as fait ça. Je lui ferai livrer des chocogrenouilles. » Un simple grondement épuisé répondit à cette simple parole d’une douceur corrosive. Si elle savait. Elle qui avait toujours été incapable de dire “non” à son horrible frère, elle le remercierait sans doute en sachant qu’il était responsable de sa déchéance. Mais qu’elle ne s’inquiète pas ; il finirait par la libérer de son joug cruel. Il suffisait simplement de remettre la main sur Alazar. Il lui ferait livrer sa tête. Des Chocogrenouilles dans la bouche. Détachant sa main de lui, elle se pencha en arrière, directement contre son flanc blessé ; la décharge lui fit échapper un grognement de douleur et il lui jeta un regard mauvais. Elle l’avait fait exprès, c’était très clair dans son attitude. Le sourire qu’elle arbora lui donna immédiatement envie de la gifler. Tous les sentiments contraires qu’elle lui inspirait le rendait tout simplement encore plus fou d’elle que jamais. Un penchant pour la torture mentale qu’il cherchait à tout prix à lui dissimuler.  « Oh, quelle maladroite, je t’ai fait mal ? » “Je m’attendais à mieux de ta part.” grogna-t-il simplement en réponse, frustré de n’être réduit qu’à l’état de marionnette entre ses mains expertes. Il poussa un soupir, tournant de nouveau la tête vers elle ; qu’elle le torture, de toute manière cela n’avait absolument aucune importance. Pas plus lorsqu’elle se radoucit, soudainement, suffisamment gagnée par la curiosité pour ne pas avoir à le faire souffrir un peu plus.

« Allez, raconte-moi. » Son murmure méphitique lui arracha un frisson. Elle savait exactement comment lui parler, sur quel ton formuler des mots aussi simples pour qu’ils deviennent des paroles divines à son oreille. Les années n’avaient pas altéré la dépendance affolante qu’il éprouvait pour elle ; mais elles l’avaient durci. Il fronça les sourcils. Si elle s’attendait à ce qu’il lui raconte tout gentiment, elle se trompait.  « Comment est-ce que c’est arrivé ? » “Une embuscade. Ils ont fait l’erreur de me laisser pour mort. Les tiens.Ceux de ton espèce, ceux qui ont été capables de vendre leur âme pour un peu de pouvoir, pour une mince miette de célébrité, de renommée. De sécurité. Ceux de ton espèce, plus méprisables les uns que les autres, prêts à tout commettre, même le pire. Un sourire déchira son visage en deux. Un sourire sans joie. Il n’avait plus rien à perdre. Mais s’il s’accrochait autant à la vie, c’était simplement parce qu’il savait que son heure n’était pas venue. Elle viendrait quand il les aurait, tous. Les uns après les autres. La colère du Lord n’avait aucune importance. Sa traque acharnée non plus. “Tu es des leurs, toi aussi, pas vrai ? Il suffirait de jeter un oeil sur ton bras gauche pour en avoir la confirmation.” Elle sembla surprise et il répondit à son regard par un autre, plus dur. A son tour. Elle avait jeté ses premières cartes. Il répliquerait plus fort. Il aurait pu accepter tant de choses, mais pas cela. Elle répétait les erreurs de son père. Une vague de haine le submergea soudain, et son regard changea lorsqu’une lance de glace la frappa en plein coeur. Elle lui avait toujours paru si forte, si belle. Il n’intenta pas le moindre geste vers elle - de toute manière il n’en avait pas la force - mais d’un frémissement mince de narines, il lui cracha son mépris au visage. “Je n’ai pas été surpris pour Alazar. Un abruti comme lui ne pouvait survivre que dans les jupes du Seigneur des Ténèbres. Mais toi… toi.” Rictus chargé de dédain. Il détourna le regard, incapable de supporter sa vue un instant de plus. Cette vague qui l’avait frappé lorsqu’il l’avait  vue entrer reculait lentement. Ne laissant que toutes ces années à souffrir par sa faute. “Tu me déçois, Amatis. Tu ne m’avais jamais déçu.” Sa figure de proue se fissurait sous la morsure de son regard. Il était déçu. Elle n’avait donc pas été capable de s’émanciper suffisamment pour prendre les décisions par elle-même. Elle suivait les traces de son père, tout comme lui avait choisi de marcher aux côtés de la haine maternelle. Ils étaient condamnés à se regarder sans jamais pouvoir se frôler. Alors, qu’il en soit ainsi. Il ne reculerait pas. “T’aurais mieux fait de me laisser crever. Comme si j’allais croire que tu ne m’as sauvé que par pur altruisme…” Il n’avait même pas besoin de lire dans son esprit. Il n’avait jamais voulu le faire. Ses actes avaient fini par devenir un livre ouvert. Complétant les lignes brisées de ses pages manquantes, à lui.






Dark on me •
She's the beast in my bones, She gets everything she wants. When she gets me alone like it's nothing. She got two little horns and they get me a little bit

   
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Horns like a devil pointing at me ♦ Amaseth

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