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 ENODDA ◊ Like I'm gonna lose you

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HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : plus que pur.Messages : 408Date d'inscription : 05/04/2015Localisation : fouine partout dans le château.
Ҩ ENODDA ◊ Like I'm gonna lose you Ҩ Lun 5 Juin - 0:19


like I'm gonna lose you

ENODDA // I woke up in tears with you by my side. A breath of relief and I realized. No, we're not promised tomorrow. So I'm gonna love you Like I'm gonna lose you. I'm gonna hold you Like I'm saying goodbye wherever we're standing. I won't take you for granted 'cause we'll never know when we'll run out of time. So I'm gonna love you, Like I'm gonna lose you.


Dans un bruit sourd, le décor se mit à tournoyer autour d'elles. Le vide leur broya la poitrine tandis qu'elles se laissaient happer par un bref ouragan. Court mais violent, presque autant que les coups qu'elles avaient encaissés. Quelques secondes plus tard, Lilith les fit atterrir dans ce qu'elle avait présenté comme étant leur repaire. Hedda n'était pas certaine de comprendre ; le repaire de qui, de quoi? Est-ce que cette femme était réellement celle qu'elle prétendait être? Mieux valait espérer que c'était bien le cas, sinon la meneuse venait d'atterrir dans la gueule du loup. Un prédateur déguisé en agneau ou un agneau déguisé en prédateur? Elle n'avait pas vraiment compris tout ce qui venait de se passer, la tête en vrac, le coeur en morceaux. Toutes ses pensées demeuraient dirigées vers une seule et même personne, qu'elle s'était jurée de protéger dès l'instant où ses yeux affolés s'étaient posés sur son petit corps inerte. Ça lui avait déchiré la poitrine, pétrifié la raison. Elle n'avait plus pensé qu'à une seule chose : faire sortir Enora de cet Enfer. Comme si des ailes lui avaient transpercé la peau, l'Ange gardien improvisé avait fait barrière de son corps et de sa vie pour assurer la survie de la Barjow. Même si sa petite protégée se trouvait dans les bras de l'Assaillante, Hedda s'avérait bien incapable de lui lâcher la main, convaincue que ça changerait quelque chose. Qu'elle saurait qu'elle n'était pas toute seule, que son amie ne l'avait pas abandonnée. Elle ne l'abandonnerait jamais.

Une autre femme s'approcha de leur petit groupe d'une démarche déterminée. Dès qu'elle fut dans son champs de vision, l'Eclair la reconnut, mais elle ne baissa pas la garde pour autant. Quelque chose en Dagmar lui avait toujours inspiré une certaine méfiance, sans doute était-ce dû à l'aura étrange qui se dégageait d'elle. Pleine de mystères. Qu'est-ce qu'elle faisait à Domovoï's Rock? Bon sang mais où est-ce qu'on l'avait emmenée? Hedda sentit son rythme cardiaque accélérer sous l'angoisse naissant au creux de son ventre. Des tiraillements dans l'estomac, elle tenta de focaliser son attention sur la jeune femme. « Il va falloir qu'on m'explique ce qui se passe ici, fit-elle d'une voix grave. » L'atmosphère brumeuse rendait toute logique inaccessible. C'était comme si le monde s'était soudain mis à tourner à l'envers et qu'elle courrait à la surface du globe en espérant rattraper tout ce qu'elle avait manqué. Elle savait que l'île était envahie par des monstres, mais elle ignorait qu'il y avait une possibilité pour que certains d'entre eux ne soient que des imposteurs. Enfin, en était-elle certaine? Les doutes pullulaient partout autour d'elle, se resserrant comme un étau autour de sa gorge. Elle se méfiait de tout le monde, tout le temps. C'était plus fort qu'elle, il fallait qu'elle remette absolument tout en question. Dagmar s'avança vers elle, d'un calme olympien. Dès qu'elle entreprit de lui expliquer la vérité, Hedda sut qu'elle avait désespérément besoin que ses paroles soient vraies. Alors elle finit par y croire, elle finit par déposer les armes dans un long soupir las de toutes les atrocités de la guerre.

*

Quelques heures plus tard, des mains vinrent délicatement se poser sur son bras pour la secouer. Dans un sursaut, Hedda ouvrit les yeux et chercha instinctivement à se saisir de sa baguette. Son regard croisa celui de Dagmar, à qui elle avait finalement accepté de confier les soins de son amie. « Ton amie s'est réveillée, lui murmura-t-elle. » Tirée de son sommeil, la Norvégienne bondit hors du fauteuil où elle avait trouvé un bref refuge et courut à toute vitesse dans la pièce annexe. Elle trébucha presque avant d'atteindre le lit où la Flamme se reposait, encore blême, à moitié dévorée par les Ténèbres qu'elle avait bien failli rejoindre.
Son visage semblait encore recouvert des peintures en noir et blanc de tous ces souvenirs qu'elle avait cru devoir oublier, abandonner derrière elle sur cette Terre qu'elle avait doucement quittée, souffle après souffle. C'était ce qui frappa Hedda en premier : l'expression indescriptible qu'elle arborait, sans forcément le faire exprès, et qui hurlait le mal enfoui au fond de son coeur. Elle était peut-être toujours en vie mais elle flirtait encore dangereusement avec la mort. Quelque chose s'était éteint dans ses pupilles, comme une dernière braise d'espoir sur laquelle on aurait cruellement soufflé.

La Norvégienne s'approcha lentement, douloureusement d'elle, lui attrapant une main pour s'assurer qu'elle était réellement là, qu'elle avait vraiment rouvert les yeux sur ce monde qu'elle avait pourtant tant voulu quitter. Elle l'avait vu, elle l'avait deviné ; Enora avait abandonné, elle était arrivée juste à temps pour la ramener sur la rive. Mais quelque part, Barjow s'était déjà noyée dans les eaux troubles de son âme. Ça aussi, c'était une image qui l'avait marquée. Lorsqu'elle avait aperçu son amie au loin, gisant par terre. Elle avait tout essayé pour la tirer de son cauchemar, la guider vers la lumière, mais le son de sa voix était resté tragiquement lointain, inaudible. Alors elle avait su, Hedda, qu'il s'était passé quelque chose de très grave. Elle avait su, parce que Enora était une battante. Enora ne baissait pas les bras. Jamais. Sauf cette fois-là. « J'ai cru que. » Pourquoi. Pourquoi tu ne t'es pas battue, hein? Dis-moi, dis-moi pourquoi ce n'était pas suffisant, ma main dans la tienne, ma voix tremblant dans les airs, mes prières contre les barrières de ton esprit. Rien de tout ça n'avait suffi et ça n'avait aucun sens.
Enora n'était pas comme ça, elle était encore là, quelque part, quand Hedda était arrivée, et pourtant elle s'était laissé gagner par l'obscurité. C'était comme si elle n'avait même plus la force de lutter contre l'appel de la Faucheuse, comme si elle se lovait dans ses bras rocailleux pour oublier tout le reste. Et se reposer, enfin, fermer les yeux. Disparaître. « J'ai eu peur que tu ne te réveilles pas, acheva-t-elle après un court silence. » Que tu n'aies pas envie de te réveiller.

L'Eclair se posait mille questions, mais pour l'instant, tout ce qui lui importait, c'était qu'elle aille mieux. D'après Dagmar, elle était encore très faible et elle devrait se reposer quelques jours pour reprendre des forces. La meneuse resterait avec elle, la décision fut prise en une demi-seconde, sans vraiment avoir besoin d'y réfléchir. Hors de question qu'elle la laisse ici toute seule, au milieu de toutes ces vermines qui infestaient l'île. Elle resterait ici pour veiller sur elle, au moins le temps qu'elle redevienne un semblant d'Enora Barjow. Elle n'en était encore que le pâle fantôme.
Ne supportant pas la vue de la maladie, Hedda détourna discrètement le regard. Elle avait mal des ravages de la guerre, mal des blessures que son avidité avait infligées aux autres, mal de devoir assumer les conséquences de ses actes. Mal, mal, mal. Mal partout, tout le temps. D'une douleur qui lui lacérait les côtes. Enora souffrait et c'était en partie sa faute, c'était elle qui avait touché cette fichue bague. Mais il était trop tard pour les regrets, pour les pardons et les promesses de lendemains meilleurs. Il fallait survivre comme on le pouvait, au jour le jour. Un pas devant l'autre, en espérant éviter la chute. « Tu n'es plus toute seule, d'accord? Je suis là, je t'ai ramenée en sécurité et tout va bien, maintenant. » Elle replongea son regard dans le sien, lui offrant une ancre à laquelle s'accrocher. « Tout ira bien. Enfin, tout ira mieux. » Elle n'avait pas encore réalisé à quel point Enora avait fait naufrage.


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      we are the poisoned youth



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HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : PurMessages : 472Date d'inscription : 02/11/2014Localisation : Durmstrang
Ҩ Re: ENODDA ◊ Like I'm gonna lose you Ҩ Lun 5 Juin - 21:37

Le froid était la seule chose qui l'atteignait encore là où elle était partie. Elle ne savait pas trop où, pas trop comment ; juste que ça faisait un peu moins mal, ici, que c'était un peu moins insupportable. Quel que soit ce monde, il avait l'air de rechigner un peu moins à l'accueillir que le précédent. Alors elle s'y lovait, malgré le froid, en se disant qu'elle finirait bien par s'y habituer, parce qu'après tout c'était toujours mieux que la souffrance qui broyait tout son être de l'autre côté. C'est tout ce qui l'attendait, si elle revenait, elle en était convaincue. Si elle revenait, elle allait retomber dans cette spirale infernale qui la gardait mourante sans l'achever, qui la forçait à respirer sans laisser la vie se diffuser en elle à nouveau. Ici, elle était mieux, elle était libre, libérée de ses pensées, de sa conscience et de son sale petit cœur tout juste bon à se crever tout seul. Elle était fatiguée, Enora, fatiguée d'elle-même, fatiguée de cette vie partie à vau-l'eau et qui n'avait jamais semblé vouloir d'elle. Alors elle était têtue, la fille Barjow, têtue et fière, déterminée à vivre malgré tout, déterminée à vivre quand même. On avait arraché les ailes de sa belle détermination, ouais ; et plume après plume s'il vous plaît. D'abord son père, et puis la guerre, et puis Durmstrang, et puis son frère, et puis la guerre, encore. Et Onisim. Onisim, putain.

Un sursaut de son corps, quelque part de l'autre côté, lui fit reprendre un violent contact avec la réalité. Quelques secondes seulement, le temps d'une respiration projetée hors de ses poumons par la pression du monde qui s'écrasait sur sa poitrine, le temps de crisper ses doigts sur une main poisseuse de sang – sûrement le sien. Quelqu'un était là.
Est-ce que c'était lui ? Son cœur battait, même ici, malgré le froid abyssal. Il était revenu, il ; non. Arrête d'espérer maintenant, arrête ; t'apprendras donc jamais ? T'as assez donné, ça suffit maintenant. De toute façon ça n'a plus d'importance désormais, elle a renoncé, elle n'arrive plus à y croire, elle n'a plus envie d'essayer si c'est pour prendre encore d'autres revers. Elle n'est plus capable d'encaisser ; à force de s'acharner, la vie a fini par la casser.
La pression de ses doigts sur la main se relâcha.

Il faisait vraiment froid, ici. Il lui sembla qu'elle frissonnait, malgré l'immobilité mortelle qui entravait ses membres et son esprit. Ils devenaient moins confortables, ces bras rocailleux ; quelque chose était dérangeant, elle se sentait aspirée vers quelque chose, repoussée d'un côté, tordue de l'autre. Quelqu'un était en train de se battre pour elle. On la ramenait.

Elle inspira à fond en ouvrant les paupières, dans un réflexe qu'elle se maudit presque d'avoir. L'air s'engouffra violemment dans ses poumons, trop fort peut-être, elle suffoquait déjà ; où est-ce qu'elle était ? La douleur emprisonnait sa conscience ; elle paniquait, cherchait du regard quelque chose pour fixer sa pensée. La pièce autour était sombre, elle voulut se redresser mais ses côtes hurlèrent en silence, elle gémit en se recroquevillant sur elle-même et sentit aussitôt des mains se poser sur son bras, son épaule ; elle ne comprenait pas les mots qu'on lui adressait, elle voulut dire quelque chose mais sa bouche était pâteuse, sa tête lourde, brusquement ; elle retomba dans l'inconscience aussi vite qu'elle en était sortie. Comme ça, en un souffle.

Ce fut plus progressif la seconde fois. Plus doux, mais trop brutal pour elle. Le simple fait de reprendre conscience la vidait de toute énergie. C'est ça, elle se sentait vide, sale. Les soins qu'elle avait reçus n'étaient pas magiques, les plaies sur son corps étaient toujours là. Ce qui s'était passé était réel. Réel. Le mot était violent ; elle ouvrit aussitôt les paupières, mais les larmes ne venaient pas. Son regard fixait un vide indescriptible, avec lequel il se confondait. Vide, vide. Vide.
Elle entendit un bruit de course dans sa direction mais n'eut pas la force de tourner le regard ; elle resta là, sans bouger, sans rien attendre. Sa gorge était serrée, quand même, elle se rendait compte que ce n'était pas normal de se sentir morte alors qu'elle était vivante. Que ce n'était pas normal, le dépit avec lequel elle admettait l'idée que son heure n'était pas encore venue. Elle allait devoir vivre, voir ce que les suivantes lui réservaient. Cette simple idée la fatiguait ; elle ferma les yeux, comme ça.

Elle referma les doigts sur la main qui s'emparait de la sienne, par réflexe. Ses membres tremblaient au moindre effort. Non seulement elle était revenue mais en plus elle était encore plus pitoyable qu'avant. Avant peut-être qu'elle aurait au moins eu honte d'être vue dans un état pareil, mais aujourd'hui elle s'en fichait. Ca n'avait pas d'importance ; elle était trop fatiguée pour se soucier de quoi que ce soit. « J'ai cru que. »
Hedda. Réaliser à qui appartenait la main sur sa paume provoqua le premier semblant d'une réaction dans la poitrine de la Flamme. Elle tressaillit, les paupières toujours fermées. « J'ai eu peur que tu ne te réveilles pas. » Ces quelques mots convainquirent Enora de rester silencieuse encore un peu. Elle se sentit coupable de l'inquiétude de la meneuse. Elle aurait voulu le lui dire, que c'était pas la peine, que c'était pas la peine de s'inquiéter pour elle. Que c'était pas grave, quoi qu'il se passe ; quoi qu'il lui arrive, c'était pas grave, il fallait pas s'en faire, surtout pas. Sois pas triste, elle voulait dire. Mais elle garda le silence ; quelque part, dans un coin de son esprit fatigué, elle se rendait compte que prononcer ces mots accablerait encore plus son amie. Elle n'eut pas la force de soupirer ; resta juste, là, sans bouger, sa main dans la sienne.

« Tu n'es plus toute seule, d'accord? Je suis là, je t'ai ramenée en sécurité et tout va bien, maintenant. » Pourquoi tu as fait ça. Elle ne demanda pas. Se sentit presque coupable de ne pas ressentir de reconnaissance. Elle avait beau chercher, entre les plaies qui quadrillaient son cœur, quelque part au fond des blessures. Pas la moindre once ; pas de soulagement, non-plus. Pardon. Ca non-plus, elle ne demanda pas. C'était trop tard pour demander pardon, n'est-ce pas ? Qu'est-ce que ça changerait, de toute façon. Tu n'aurais pas dû avoir peur pour moi. Elle n'avait pas voulu ça.
Sa pensée la surprit. Bien sûr qu'elle n'avait pas voulu ça, elle n'avait pas provoqué ce qui lui était arrivé. Alors pourquoi voulait-elle demander pardon ?
Parce qu'elle ne s'était pas battue. Parce que le seul soulagement qu'elle avait ressenti ces dernières semaines, c'est la perspective de la mort qui le lui avait apporté.
Elle s'en voulait d'en vouloir au monde de le lui avoir repris.

Elle sentit le poids du regard de la Sorensen contre son visage, alors elle osa ouvrir les yeux. Lorsqu'elle croisa les prunelles claires de son amie, Enora se rendit compte qu'elle était quand même un peu effrayée, à l'idée de lui faire peur, avec ce regard, à l'idée de l'inquiéter encore plus. Ce n'était pas ce qu'elle voulait. Le monde aurait mieux fait de la laisser crever dans un coin, ça aurait causé moins de souffrance, tellement moins. « Tout ira bien. Enfin, tout ira mieux. »
Quelques heures plus tôt, cette promesse aurait sûrement suscité quelque chose dans l'esprit de la Gryffondor. Elle aurait demandé comment, elle aurait voulu y croire. Avant les coups qui avaient démoli méthodiquement chacune des parcelles de son être. Il ne restait rien. Rien que du vide. Et cet horrible sentiment d'abandon. De n'avoir plus rien au monde.
La présence d'Hedda le contredisait, mais elle n'était même pas sûre de réussir à y croire. Elle avait trahi l'Eclair aussi, après tout. Elle avait trahi tout le monde, tout le monde sauf lui. Pourquoi est-ce qu'il avait fait ça ?
Elle ne comprenait pas, Enora. Elle était là, elle n'était plus nulle part.

Ses yeux ne s'accrochèrent pas à l'ancre que lui tendait Hedda. Ils glissèrent vers le vide, juste à côté.

« Je... » elle ne savait pas quoi dire, sa voix s'arracha avec peine du fond de sa gorge. Elle n'était pas rauque, elle était même moins faible que ce à quoi la jeune femme s'était attendue. Ca sonnait juste comme... une abominable fausse note. Elle se tut, ferma les yeux pour ne plus avoir à contempler ce monde dans lequel elle se sentait plus perdue que jamais. Instinctivement, elle crispa ses doigts dans la main de Hedda, un peu plus. Elle aurait voulu se rouler en boule et se recroqueviller, encore, encore, plus fort, se faire plus petite toujours, et disparaître. Cette pensée lui était venue si souvent, ces derniers temps. Onisim s'était peut-être décidé à lui rendre finalement service. Elle se demanda pourquoi il avait attendu si longtemps. S'était-il lassé d'attendre qu'elle passe à l'acte elle-même, après l'avoir regardée se vider de ses forces et de ses espoirs, les uns après les autres ?

Brûlure dans son coeur ; ou ce qu'il en restait. Avec une précaution infinie, elle ouvrit les paupières et revint chercher le regard de la Sorensen comme si elle avait peur de s'y fracasser. La chagrin qu'elle y lisait la transperçait. Et elle, elle n'avait que le vide à offrir en retour, encore. Toujours ?
Enora voulut dire que ça allait aller, mais elle ne trouva pas le courage de prononcer des mots en lesquels elle ne croyait plus. Son regard accrocha une trace écarlate sur la peau blanche de son amie. « C'est... c'est du sang ? » Elle dégagea ses doigts de leur étreinte, voulut tendre le bras pour approcher sa main du visage de la Sorensen ; mais son geste était lent, et Hedda la rattrapa au vol presque aussitôt en commençant à protester. La Flamme lui coupa la parole, sans essayer néanmoins de se défaire de l'emprise de la jeune femme « Hedda s'il te plaît » elle parlait un peu trop précipitamment, un peu trop durement malgré sa faiblesse, et elle ne se rendait même pas compte du désespoir que ce simulacre d'autorité traduisait. Ce besoin vital de sortir d'elle-même, de penser à tout mais pas à ce qui venait de lui arriver, à ce que ça voulait dire, à ce que ça impliquerait. « Il faut que tu » elle s'interrompit, brusquement à bout de souffle, rattrapée par la fatigue, par la faiblesse et la douleur qui resurgissait comme un fantôme. Exaspérée, elle regarda le plafond, une seconde, en serrant les dents, avant d'inspirer à fond pour lâcher la suite d'un souffle, en revenant poser ses pupilles craquelées dans celles de son amie « fasses attention à toi. » Elle ferma les yeux, relâcha la pression qu'elle avait elle-même ramenée dans sa poitrine. Un peu distraitement, elle remarqua qu'elle aurait voulu pleurer. Pourtant, ni larme ni sanglot. Rien. Rien du tout. « Je n'ai pas voulu que tu te mettes en danger. » articula-t-elle péniblement, en gardant les paupières closes. Elle n'avait pas le courage d'affronter son reflet dans les prunelles de cette femme qui avait risqué sa vie pour la sauver ; et elle n'était même pas reconnaissante, elle, la Barjow, elle n'était même pas soulagée, elle était juste là et elle se demandait pourquoi. A quel moment, pour quelle raison est-ce que ça avait pu sembler une bonne idée à quelqu'un, de la sauver ? Eka était morte pour elle. Hedda s'était mise en danger. Elle n'avait rien demandé, elle ne voulait pas ça. Quels que soient les sentiments qui avaient motivé de tels actes, Enora ne les méritait pas. Elle en était profondément convaincue ; ça aurait été tellement plus simple que les autres le soient aussi. C'est Onisim qui avait eu raison, en essayant de mettre ainsi un terme à cette sale plaisanterie. Comme quoi, même après tout ça, c'était toujours son parti qu'elle prenait. Un frémissement parcourut ses lèvres, mais elle n'eut pas la force de sourire. C'était beaucoup trop drôle.

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Tumbled like it was
made of stone
ENOSIM The pull on my flesh was just too strong. Stifled the choice and the air in my lungs. Better not to breathe than to breathe a lie, 'cause when I opened my body I breathe in a lie. But oh my heart, was flawed, I knew my weakness. So hold my hand, consign me not to darkness.
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