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  All the best that we can hope for is revenge [Evared II]

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HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : Née MoldueMessages : 174Date d'inscription : 17/11/2015Localisation : Domovoï's Rock
Ҩ All the best that we can hope for is revenge [Evared II] Ҩ Lun 10 Avr - 14:57

Des comptines, des jeux, des berceuses et des chants.

C'était difficile, de partir sans se retourner. Eva referma la porte de la chambre, jetant un dernier regard en arrière ; elle observa la forme étendue dans un lit au fond de la pièce, profondément endormi. Cela faisait des heures qu'elle n'était pas sortie ; depuis l'arrivée de Mateo sur Domovoï, elle veillait sur lui comme du lait sur le feu, prenant un soin particulier à ce qu'il ne manque de rien. Ni de nourriture, ni d'eau, ni d'occupations, ni de la protection et la présence de sa mère qu'elle savait indispensables. Elle l'avait arraché aux bras d'Alessandra sans le moindre remord ; sans expliquer, pourtant, où elle l'emmenait et pourquoi. Elle s'était éclipsée trois jours, prétextant à Dolohov un besoin de retourner chez elle pour récupérer du matériel ; elle était revenue en pleine nuit, passant entre les sorciers chargés de la surveillance pour rejoindre sa tente, l'enfant habilement caché par une cape d'invisibilité qu'elle avait acheté à Grenade, sous le manteau. Depuis, il était enfermé ; le laisser sortir relevait de la maltraitance pure. Elle mettait le nez dehors pour manifester sa présence ; mais il y avait bien une semaine que Mordred ne l'avait pas vue. Que devenait-il ? C'était bien le cadet de ses soucis. Elle avait su instaurer une relation de confiance avec cet homme, plusieurs années auparavant, mais le simple souvenir de son sourire à la sortie du pub ravivait chez elle une flamme de colère et de mépris l'empêchant de retrouver cet état relativement sain. Elle n'avait jamais douté de lui jusqu'alors, convaincue qu'il ne disposait pas des armes pour lui faire du mal ; l'ennui, c'était qu'elle les lui avaient offertes. Et sur un plateau s'il vous plait.

Elle quitta la tente et plissa les yeux sous la lumière du soleil. Le printemps existait aussi sur le rocher, même s'il s'en trouvait bien timoré en comparaison avec la chaleur de l'Espagne. Elle n'avait plus l'habitude. Quittant un châle noir dont elle se drapait depuis des mois pour se protéger du froid, elle se prit à apprécier la chaleur sur sa peau pâle. En silence, elle fit quelques pas, déterminée ; en une semaine, elle avait sans doute raté un certain nombre de choses. Croisant un regard sombre, devant une autre tente, elle surprit le regard d'Amatis Lestrange ; d'un pas tranquille, elle s'avança. Si quelqu'un pouvait lui donner quelques détails, c'était bien elle. Hors de question de demander à Asphalt - elle avait encore un peu de dignité - et pour les autres, c'était proscrit. Il n'y avait pas le moindre signe de Mordred à l'horizon. Elle s'arrêta à la hauteur de la jeune femme, qui lui jeta un regard mauvais - à l'évidence, elle ne digérait toujours pas d'avoir accepté de soigner Mister Greengrass - et la salua. "Tout va bien ?" "Qu'est ce que tu veux ?" la réponse vint, brutale. Les courbettes et les jolies phrases polies n'étaient pas véritablement légion dans un lieu comme celui-là. Elle haussa les épaules, détendue ; pas de discussion cordiale, donc.

"Je voulais savoir si tu avais vu Adonis. Je ne l'ai pas trouvé dehors."

A la grande surprise d'Eva, un sourire moqueur se dessina sur le visage d'Amatis Lestrange. La voir rire ? Non, c'était trop demander ; mais de toute évidence, elle paraissait amusée par la question. "Tu n'es pas au courant ?" "Je devrais être au courant de quelque chose ?" visiblement, elle avait raté un épisode. Il fallait qu'elle sorte un peu plus, sous peine d'attiser les soupçons ; oui mais voilà, elle gardait un enfant prisonnier d'une toile de tente. Et l'idée de sortir et de croiser Valkyria lui donnait, de toute manière, une excellente raison de rester bien cachée. Elle haussa un sourcil, curieuse ; à l'évidence, elle devrait se mettre à la page. Amatis ne vendrait pas la mèche comme ça, et elle le savait. "Il s'est battu la semaine dernière, et il a pris une branlée. Il garde ce qui reste de sa dignité dans sa tente." Battu ? Son regard s'anima sous la surprise. "Il s'est battu ? Mais avec qui ?" "Tu me prends pour le Daily Prophet ? Va le voir, si tu veux savoir." Et de se détourner. Amatis était une personne véritablement agréable à vivre.

Quelques paroles supplémentaires, et Eva s'éloigna, son violon sur le dos, l'archet au fourreau. Elle traversa les allées de tentes, adressant des signes cordiaux à ceux qu'elle connaissait, lévitant dans le périmètre de ceux avec qui elle travaillait ; puis, apercevant la tente de Dolohov, elle jeta une cigarette entammée au sol avant d'entrer, sans s'annoncer. Effectivement, il était là ; à priori soigné, bien que son air sombre trahisse encore une forme de honte qu'elle n'aurait pas soupçonné. Mordred avait toujours paru si sûr de lui qu'elle n'avait pas véritablement l'habitude de le voir se terrer dans son antre comme un misérable lapin de garenne. C'était presque risible, à bien y penser. Un sourire se dessina sur ses lèvres fines quand elle avança jusqu'à lui.

"On m'a dit que je te trouverais ici. Amatis te salue."
c'était faux, bien sûr ; mais la grimace qu'il esquissa lui fit plaisir, clairement. "Il parait que tu as eu quelques ennuis. C'est pour ça que tu te caches ?" Parce qu'il se cachait, c'était évident. Quelque chose changea dans le regard du mangemort ; regard qu'Eva soutint, plantée devant lui, les bras croisés. "Je n'étais pas au courant. Tu me racontes ?" histoire qu'elle rie, un peu. Adonis Greengrass se prenant une branlée, elle était persuadée que cela ferait une histoire désopilante à se raconter le soir avant de dormir.

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Statut du sang : PurMessages : 238Date d'inscription : 07/02/2016Localisation : Domovoï's Rock.
Ҩ Re: All the best that we can hope for is revenge [Evared II] Ҩ Jeu 13 Avr - 23:27

All the best that we can hope for is revenge


Il se souvient de la dernière fois qu'il s'est senti si vulnérable, comme si il n'était rien d'autre qu'un oiseau tendant les ailes pour qu'on les lui arrache. Poudlard, juin 1990. Le corps chaud d'Amatis Lestrange collé au sien, ses mains agiles qui s'accrochent à la ceinture, ses baisers qui se perdent dans sa nuque ; les frissons que les gestes experts de l'adolescente provoquent, l'envie qui se diffuse partout en lui. Il se sent tellement honoré parce qu'elle l'a repris, elle l'a choisi. Mais elle le trahit à la vitesse de l'éclair, la peste. Le poison le paralyse tandis que l'excitation retombe d'un coup, à quoi est-ce que tu joues? Une partie dangereuse, qu'elle regretterait plus tard. Il l'a aimée de tout son être et elle l'a anéanti quand il se livrait à elle, sans bouclier ni armure. Un souvenir honteux, indélébile.
Depuis, il s'est juré de défendre son honneur pour ne plus jamais avoir à subir un tel traumatisme. Rien ne le transperce plus qu'une lame enfoncée en plein dans son égo. Ça l'expédie dans des recoins sauvages de son esprit torturé, et toutes ses certitudes s'écrasent à ses pieds. Il les piétine lui-même, cédant à une crise identitaire mille fois redoutée. Les blessures sont toujours causées par les mêmes personnes, mais pas cette fois. Valkyria ne l'a jamais atteint comme elle vient de le faire. Elle n'a que rarement visé juste, c'est lui qui la pulvérise d'ordinaire. Par ses mots ou par ses sorts. Souvent les deux. Il n'a rien vu venir, ni sa défaite, ni la fierté inavouée qui végète encore dans son coeur et qui ne disparaîtra jamais. Son élève, sa création. Ça le détraque de lui reconnaître ce talent, autant que ça le conforte dans ses propres capacités d'une façon incroyablement vicieuse. Elle ne l'aurait jamais battu si il ne lui avait pas enseigné son savoir. Jamais. Putain d'ingrate. Mais malgré tout, l'échec le matraque.

Allongé sur son lit, Mordred fixe le plafond d'un air vide. Il a envoyé Asphalt lui chercher d'autres potions, il a l'amère impression que la Lestrange a décidé de passer son tour aujourd'hui. Elle est distante depuis hier, quelque chose s'est brisé au fond de ses yeux quand il lui a parlé de Valkyria. Quelle importance, cette pourriture n'existe plus pour lui. Il l'a chassée de son royaume, bannie pour avoir osé menacer la tête qui porte la couronne. Un véritable fardeau, sur cette île. Il pensait devoir affronter la pire vermine, les déchets de l'humanité, mais il n'est entouré que de rats qui savent à peine mordre et d'idiots. Un gâchis.
Des pas approchent, ça le rend presque nauséabond tellement il ne veut voir personne. Quand il aperçoit une tignasse rouge, il soupire. Surtout pas elle. « On m'a dit que je te trouverais ici. Amatis te salue. » Elle jubile, elle n'essaie même pas de le cacher. Oh, ça doit bien la faire rire, de le voir dans un état aussi lamentable. Combien de fois ne l'a-t-elle pas pris de haut, n'a-t-elle pas mille fois hésité à le plaquer contre le sol et à lui trancher la gorge à l'aide d'une des cordes de son violon? Leur alliance la retient, ses mains sont liées ; mais pas sa langue de vipère. « Il parait que tu as eu quelques ennuis. C'est pour ça que tu te caches ? » Il veut répliquer, protester, argumenter, mais rien ne vient. Adonis ne ment pas, mais bon sang, qu'est-ce que Mordred se débat contre ce mépris qu'elle lui vomit à la gueule. « Je n'étais pas au courant. Tu me racontes ? » Il a mal partout en lui, sous sa peau, jusque dans les os. Il ne sait plus, il ne sait pas. Qui il est, qui il n'est plus. Qu'est-ce qu'il doit faire? Il perd tout le monde, il le voit bien, la façon dont les choses bougent discrètement autour de lui. Asphalt secoue les chaînes qui lui entourent les poignets, si ça ce n'est pas le signal d'alarme, il ne sait pas ce que c'est. Tout part en vrille et il n'a pas de solution, ça le dévore. « C'est Valkyria. » Le prénom qui la ronge, qu'il porte désormais comme un étendard. Même si c'est Eva qui lui demande, les mots lui coûtent très cher. Il les économise, avare de détails. « Elle avait besoin d'un responsable pour ses petits problèmes d'adolescente pathétique. » Il reste de marbre, ne laisse rien transparaître. Elle lui a déjà trop pris pour qu'il sacrifice sa dignité.

Quand il se tourne vers la rouquine, il n'est pas certain de comprendre ce qu'il voit. Curieux mélange de surprise et d'embarras. Sous son expression qu'elle tente de maîtriser, quelque chose d'autre est en train de hurler, de se crisper. Le doute s'empare du Dolohov, il sent qu'il faut qu'il creuse. Qu'il déterre ce qu'elle lui dissimule. « Si tu veux me parler de quelque chose, fais-le maintenant. » En cet instant, il est incapable de déchiffrer le regard de l'autre. Il le soutient, fébrile. « Tu savais qu'elle avait l'intention de m'attaquer? » Soudain agacé, le mangemort entreprend de se relever. C'est contraire aux ordres de la médicomage, mais il s'en fiche. Il a besoin de savoir, alors il se redresse en position assise. Le mouvement lui arrache une grimace de douleur qu'il ne prend pas la peine de cacher. La femme qui lui fait face connaît ses plus sombres secrets, ce serait ridicule de s'accrocher à des miettes de fierté avec elle. Elle sait que tant qu'il est en vie, il est dangereux. Peu importe à quel point il est amoché. Néanmoins, elle n'a jamais eu peur de lui ; alors pourquoi est-ce qu'elle semble étrangement avoir envie de s'enfuir?

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Ҩ Re: All the best that we can hope for is revenge [Evared II] Ҩ Ven 14 Avr - 21:49

Il ressemblait à un fantôme.

Allongé sur son lit comme une loque humaine, Adonis Greengrass faisait clairement peine à voir. Ses traits, tirés, manifestaient un mal être qu'Eva ne lui avait encore jamais vu ; le mangemort avait toujours su faire preuve d'élégance et de distinction. Le voir dans un état comme celui-ci ? C'était étrange. Et curieusement jouissif. Eva n'avait plus véritablement d'états d'âme. Jamais elle ne l'avait craint - d'aucun lui auraient dit qu'elle était, clairement, complètement suicidaire - et jamais il ne l'avait impressionnée. Elle avait beaucoup trop fréquenté du beau monde sans en être pour savoir ce qui se dissimulait derrière les apparences polissées et les faux semblants. Des cadavres. Un peu comme celui qui, allongé sur son lit de douleur, faisait vraiment misérable et pitoyable. Mais dangereux. Si Eva n'avait pas peur, elle n'en restait pas moins méfiante. C'était encore blessés que ce genre d'animaux étaient les plus dangereux. D'autant que, bien plus que la douleur physique, Mordred avait, à priori, perdu quelque chose de bien plus important : sa dignité. Il y avait un fossé dans son égo surdimensionné. Eva songea, avec un petit sourire moqueur, qu'il fallait absolument qu'elle envoie des fleurs à celui ou celle qui l'avait fait tomber aussi bas de son piédestal. Elle même n'aurait pas osé. Pas avec la menace, lourde, pesant sur sa tête. Celle de perdre son fils et avec lui, sa raison de vivre.

Eva avait toujours, quelque part, apprécié Adonis Greengrass ; l'aisance avec laquelle il mentait au monde entier avait fait de lui, aux yeux de la jeune femme, un véritable objet de fascination. Le double masque qu'il portait, elle le connaissait comme peu d'autres pouvaient s'en vanter ; elle avait été sa main de l'ombre, sa tueuse silencieuse, la femme qu'il envoyait pour les missions les plus difficiles. Elle n'avait pas peur de mourir ; et aux yeux de Mordred, cela avait représenté un véritable atout. Elle aurait pu compatir, quelques mois auparavant ; tout au plus se serait-elle moquée, pour la forme, avant de lui demander de quoi il aurait eu besoin. Eva l'avait considéré comme une compagnie agréable ; un homme venu d'un monde sombre, dont il tirait à présent les ficelles. Oui, mais cela, c'était avant que tout dérape. Il ne lui faisait plus confiance, et elle le savait. Seulement parce qu'elle avait du sang de moldus dans les veines. Pire encore, elle avait choisi de jouer franc jeu pour s'assurer sa confiance ; et c'était l'inverse qui s'était produit. Elle avait opté pour le camp de la méfiance. Et ce fut méfiante qu'elle s'avança, invectivant le séducteur de ses dames qui ressemblait d'avantage à un sac qu'on aurait roué de coups. Après tout, c'était de bonne guerre. Chacun son tour.

Et puis, il ouvrit la bouche. Son regard contrarié en disait long ; il ne voulait pas d'elle dans sa tente. Comme s'il était capable de l'en déloger tout de suite. Amatis avait été claire ; Mordred était suffisamment affaibli pour ne pas oser mettre le nez dehors. Croisant les bras face à son regard noir, elle pinça les lèvres, véritablement curieuse. Qui avait bien pu l'humilier à ce point ? Qui avait osé s'élever contre lui pour lui mettre la peignée du siècle ?
« C'est Valkyria. » Une pierre. Dans son estomac. Eva resta silencieuse, interloquée. Le temps d'un battement de paupières, elle écarquilla les yeux. Puis, elle prit une mine faussement surprise. Valkyria, hein ? Elle avait fini par l'avoir sa revanche. « Elle avait besoin d'un responsable pour ses petits problèmes d'adolescente pathétique. » Mais bien sûr. Le visage glacial du Dolohov ne parvint pas à trahir sa honte, mais ses mots, oui. C'était l'orgueil du Mâle froissé qu'elle entendait sortir de sa bouche. D'aussi loin qu'Eva se soit souvenue, Mordred avait activement participé à ce genre de "problèmes d'adolescente". Il avait d'elle ce qu'elle devenait, non ? C'était de sa faute. Et maintenant, cela lui retombait sur la gueule.

Valkyria, qu'elle croisait dans le camp, et qui se détournait d'elle. Valkyria qui lui filait entre les doigts et dont la rancoeur était bien plus forte que tout le reste. Valkyria qui lui en voulait, d'avoir menti, d'avoir caché ce qu'elle avait fait. Valkyria qui se souvenait. De cette nuit dérobée à tous et des autres, fantasmées, qu'elle avait gardé au creux de son esprit. Un cauchemar. Pourquoi fallait-il que tout se recoupe maintenant ? Déjà, le Dolohov reprenait. Méfiant. Comme il l'était depuis leur premier échange, sur l'île. Et il y avait de quoi ; bordel, le pire, c'était bien cela; Il y avait de quoi. « Si tu veux me parler de quelque chose, fais-le maintenant. » Il soutint un regard émeraude plein de défiance. Ses bras se croisèrent un peu plus fort. Comme si elle allait lui dire. Elle n'était pas complètement folle. "Oh tiens c'est rigolo, figure toi que j'ai couché avec elle il y a trois ans." non, bien sur que non elle ne dirait rien.

« Tu savais qu'elle avait l'intention de m'attaquer? »
"Ne sois pas idiot." Elle répondit du tac au tac, agressive. Non, elle ne le savait pas, et cela, c'était vrai. Il fallait qu'elle change de sujet. C'était elle qui avait amené ça sur le tapis bordel. Elle aurait pensé à n'importe qui. Asgard, par exemple, mais Valkyria ?  Elle le regarda se redresser, les sourcils froncés. Elle allait recevoir un interrogatoire, autant prendre les devants. "Je te signale, Mordred, que je ne parle pas à Valkyria. Je sais seulement qu'elle est ici, je l'ai aperçue peu après notre échange il y a quelques mois. Au pub." elle lui avait dit toute la vérité. Et Valkyria s'était enfuie. La laissant là, mortifiée, couverte de honte et de regrets, son propre couteau planté dans sa cuisse. La blessure avait mis de nombreux jours à guérir. Elle avait fait des points moldus, et autant dire qu'ils avaient été plutôt moches. "Mais je n'ai aucune raison de lui parler. Je ne discute pas avec mes victimes, et tu le sais très bien." elle lui jeta un regard noir. Il l'avait envoyée chez elle pour voler ces maudits bijoux. Quelque part, c'était de sa faute, à lui. Qu'il aille se faire voir. Elle n'avait aucun comptes à lui rendre.

"Elle a dû faire de sacrés progrès, pour te battre."
Ou c'est toi qui t'es ramolli, misérable charogne. "Enfin bref. Tu devrais te recoucher." ne pas parler d'elle. Surtout, ne pas parler d'elle. Avec un autre, elle aurait sans doute passé une heure à rire. Mais Valkyria était un sujet épineux, et glissant. Elle avait le coeur lourd lorsqu'elle y pensait, et elle était loin de se douter que cela se voyait. Il y avait un voile, derrière ses yeux verts. Un voile de cheveux blonds, un parfum de fleurs, capiteux, une étreinte dans le noir et ses bras, fins, son ventre chaud, qu'elle avait tenu contre elle l'espace d'une nuit. D'un souvenir. Elle soupira, en passant une main dans ses cheveux. "Je passais seulement voir si tu avais besoin de quelque chose." Un couteau à te planter dans le coeur, par exemple.

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Ҩ Re: All the best that we can hope for is revenge [Evared II] Ҩ Hier à 16:51

All the best that we can hope for is revenge



Il y a quelque chose dans le regard d’Eva qui l’oblige à creuser. Des songes aux reflets dorés dansent dans ses iris. C’est à une autre qu’elle pense et il se fait violence pour ne pas lui réclamer des comptes, là, maintenant. Mordred se crispe sous les manières policées d’Adonis, qui laisse faire, qui tisse sa toile en sachant pertinemment qu’elle finira par s’y faire prendre. Ça le démange, il veut l’agripper par les épaules et la secouer dans tous les sens. Mais ses côtes brisées lui font mal à en crever, et ça le tue un peu plus de ne pas pouvoir se relever pour se planter face à elle, exiger qu’elle lui explique. Tout vient à point à qui sait attendre. De fait, Eva a cette façon un peu maladroite de répondre, du tac au tac. «  Ne sois pas idiot. » Comme pour essayer de sauver les apparences, bien que de toutes évidences la seule imbécile dans cette pièce porte son nom. Il n’est pas dupe.  « Je te signale, Mordred, que je ne parle pas à Valkyria. Je sais seulement qu'elle est ici, je l'ai aperçue peu après notre échange il y a quelques mois. Au pub.  » Il ne peut s’empêcher de remarquer qu’elle lui donne beaucoup trop de détails pour quelqu’un qui n’a rien à se reprocher. Pour l’instant il l’écoute, il musèle sa rage et tait ses doutes. Pour l’instant. « Mais je n'ai aucune raison de lui parler. Je ne discute pas avec mes victimes, et tu le sais très bien. » Elle est douée, Eva. C’est pour ça qu’il l’a choisie, c’est pour ça qu’il la garde. Qu’il la réclame. Comme un gamin qui joue sans cesse avec le même jouet, il refuse de partager. On pourrait croire que Asphalt lui suffit, mais la cracmolle n’est pas Eva. Il ne peut compter sur elle que pour le décharger de quelques pulsions. Pour le reste, les missions, les ambitions, elle n’est pas encore prête. Pour le reste, il y a Eva. Et ça doit rester comme ça. Sa loyauté doit lui revenir, en toutes circonstances. Valkyria ne lui arrachera rien d’autre que ces quelques égratignures, il compte bien s’en assurer. « Il est préférable qu’il en reste toujours ainsi. Mais je suppose que je n’ai aucune raison de douter de toi, pas vrai ? » Mens-moi, Eva. Allez, mens-moi. Dis-le encore, que tu ne savais pas ; que tout ce que tu fais, tu ne le fais que pour moi. Fais semblant que tu ne me trahirais pas.

Mordred se demande si il a pu être aveugle au point de ne pas remarquer que son alliée prévoyait de le tuer aux côtés d’une de ses ennemies les plus déterminées. Sur cette foutue île, plus rien ne le surprend. Il ne s’est que trop laissé distraire par les révélations d’Amatis, dont chaque mot résonne encore à l’intérieur de lui. Des coups de canon, litanie interminable. Ça le ronge, parfois ça l’empêche même de dormir. Il la revoit dans cette ruelle, belle comme si elle avait échangé son âme contre un flacon de regards de braise, de sourires charmeurs et de gestes provocateurs. Une beauté qui se brise après chaque coup de reins, qu’il donne avec une frénésie malsaine. Il se force à travers ses cuisses chaudes,  et il croit que ça va lui rendre un peu de ce qu’elle lui a pris. Mais il ignore ce qu’il sème, une petite graine qui se dispersera dans le vent. Où est-il, désormais ? Où est son enfant ? Non, pas maintenant. Il ferme les yeux, juste un instant. « Elle a dû faire de sacrés progrès, pour te battre. » Il veut hurler à quel point ça le bouffe, cette histoire. Il veut se justifier autrement, prétendre que cet enfant perdu n’a rien à voir dans sa défaite. Aucun mot ne franchit ses lèvres, à peine un soupir qui s’étire et se propage jusqu’aux lèvres d’Eva. Ne sont-ils jamais lasses de tout ce qu’ils ne se disent pas ?
Elle s’approche, hésitante mais feignant le contraire avec facilité.  « Enfin bref. Tu devrais te recoucher. Je passais seulement voir si tu avais besoin de quelque chose. » Elle se donne des airs importants, parce qu’elle est désormais celle des deux qui commande. Les recommandations de la médicomage le contraignent à rester alité au moins jusqu’au lendemain, si il ne souhaite pas minimiser ses chances de se rétablir au mieux. Alors il acquiesce, Adonis. Sous le regard impassible de l’Espagnol, il accepte de jouer le rôle qu’elle lui implore de camper. Et comme il sait que la partie n’est que reportée, il met temporairement un terme à l’examen auquel il la soumet depuis plusieurs minutes. De toutes façons, qu’elle le veuille ou non, la vérité explosera dans une déflagration assourdissante. Il a déjà tout prévu. « Du veritaserum. »  Dans un sursaut, elle le fixe d’un air interdit. Un rictus moqueur lui fissure les lèvres tandis qu’il se félicite de son petit effet. Devant l’air interrogateur de la jeune femme, il fait mine de ne pas l’avoir fait exprès. « Oh, non, pas pour toi.  Enfin, j’espère ne pas avoir à me rabaisser à ça. » Il croise son regard, il sonde, avide de réponses qu’elle ne lui donne pas. « J’en ai commandé quelques flacons chez Zlata & Borya. Il me les faut pour ce soir, tu iras me les chercher. » Et puis il se détourne, comme ça, l’air de rien. Ses traits se tirent, ses épaules se baissent ; il n’a pas vraiment besoin de mimer la fatigue, elle le guette déjà. « Maintenant laisse-moi, je vais me recoucher. »

*

A peine s’est-elle envolée qu’il se tord en deux pour se relever, ravalant des cris de douleur. D’un geste lent, il entreprend de marcher. Les premiers pas sont difficiles, il progresse tel un équilibriste sur un fil. Mais ça fera l’affaire, il espère, juste avant de serrer les mâchoires et de provoquer un ouragan tout autour de lui. Son corps disparaît dans un craquement sonore pour ne réapparaître que plusieurs mètres plus loin, dans une allée près de la boutique dont il vient de mentionner le nom. A peine pose-t-il un pied sur le sol qu’il sent la bile remonter le long de l’œsophage pour se vider dans la gouttière. Salope.  Ça le fait presque rire quand il réfléchit à ce qu’il est sur le point de faire. En quelques secondes, sa peau se cabosse, se déforme et reforme un autre visage, plus doux, et à la fois plus anguleux. La magie dont son âme est imbibée se diffuse jusqu’à chacune de ses cellules, chacun de ses gênes. Et comme ça, subtilement, il dérobe l’identité de celle qu’il soupçonne de lui avoir volé ce qui lui appartient.
Valkyria s’élance dans l’allée principale, un peu chancelante. Sa main se pose contre le mur en briques d’une maison contre lequel elle se laisse finalement glisser, nauséeuse. Parfait, ça ne rendra que son rôle plus crédible. Elle laisse une mèche de cheveux masquer son visage blême, mais son regard vif reste discrètement fixé sur les passants. Et elle attend que la proie se risque dans sa ligne de mire, tel un fauve affamé. Elle sait ce qu’elle devra dire, ce qu’il faudra prétendre. Alors quand enfin Eva apparaît, quand enfin elle s’approche d’elle sans peut-être la remarquer, elle relève la tête et l’attire dans son piège. « Eva ! elle crie, elle leurre. » Eva, quand tu t’avances sous la lumière des projecteurs, il ne regarde plus que toi. Est-ce que tu joueras le rôle qu’il espère encore être fait pour toi ?  


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