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 Tightrope || Evyria III

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HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : Plus pur que le cristalMessages : 367Date d'inscription : 05/04/2016Localisation : Domovoï's Rock, cachée dans un coin
Ҩ Tightrope || Evyria III Ҩ Lun 3 Avr - 9:46

Les yeux de l'homme sont clairs ; on dirait presque les siens, à elle. C'est la marque de fabrique des Dragonstone, et beaucoup de regards inattentifs s'y sont trompés en rapprochant ces prunelles là de celles de sa prétendue fille. En fait, ce ne sont pas exactement les mêmes, quand on regarde d'assez près. Mais personne ne regarde jamais d'assez près les gens comme eux, ils ne laissent personne être suffisamment proche, ou alors les autres baissent la tête trop vite pour avoir le temps de voir les différences. Infimes, mais bien présentes.
Elle, elle ne détourne pas les yeux. Elle affronte le regard autoritaire posé sur elle comme une enclume, en essayant d'ignorer les lourds battements de son cœur qui trahissent son anxiété. Quand elle était plus jeune, cet homme la terrifiait littéralement. Pourtant il n'a jamais été foncièrement méchant, du moins pas depuis qu'elle est officiellement sa fille. C'était juste l'appréhension, la pression qu'elle s'était mise toute seule, quand elle avait encore peur qu'on lui dise que toute cette histoire n'était qu'une blague et qu'elle allait rentrer chez elle pour reprendre sa petite vie minable de Dragonstone secondaire. Ces souvenirs lui laissent un drôle de goût dans la bouche ; l'un de ceux dont on ne sait pas s'ils donnent envie de rire ou de pleurer. Elle avait peur qu'on lui rende sa liberté. Elle a vendu son âme pour voir un tout petit peu de fierté dans ces yeux qui sont plantés dans les siens, ce soir encore, treize ans plus tard. Elle a réussi, depuis, largement ; elle n'avait même plus peur de le décevoir, Valeryon, elle savait que ça n'arrivait jamais. Ca c'était il y a encore quelques temps ; quelques mois, tout au plus. C'était quand ça avait encore de l'importance. C'était avant qu'elle comprenne que cet homme là lui avait volé sa vie en lui ouvrant, à la place, l'accès à un monde dont il avait déjà pompé toute la saveur. Cadeau empoisonné auquel elle s'est accrochée pendant des années, persuadée qu'elle avait de quoi s'en satisfaire, que ça suffirait à ce qu'elle soit heureuse.

Est-ce qu'elle est heureuse ? Ce n'est peut-être pas le bon moment pour se poser la question. Le regard dur du paternel Dragonstone lui donne à la fois envie de s'enfoncer dans le sol, et de rugir d'indignation ; de quel droit est-ce qu'il la regarde comme ça, après tout ? Avec ce mélange de déception et de colère. De quel droit est-ce qu'il se permet de la considérer comme si elle n'était rien d'autre qu'un chien de garde qui a laissé passer un intrus ? Intérieurement, elle rigole, Valkyria. Elle se dit qu'elle a été bien conne de croire que tout l'amour parental dont elle a été recouverte était dû à autre chose que sa parfaite obéissance. Ils ne demandaient rien d'autre qu'une fille qui les supplie d'être satisfaits tout en faisant tout pour qu'ils le soient. Avec le temps, même plus besoin de formuler les demandes, elle était assez intelligente pour comprendre, retenir, apprendre et anticiper, pour être encore plus parfaite qu'ils ne l'avaient demandé. Ce qu'elle a pris pour de l'amour n'était que de la satisfaction. Tant qu'ils sont satisfaits, ils la vénèrent. Dès qu'elle faillit, c'est une autre histoire. Le plus drôle dans tout ça, c'est qu'elle n'est même pas si surprise. Avant de partir pour cette île maudite, pourtant, ce regard l'aurait démolie.

« Tu ne sais pas ? » il répète ce qu'elle vient de lui dire, comme pour lui donner une chance de corriger sa mauvaise réponse avant validation. Menace sous-jacente, et elle se retient pour ne pas sourire. Elle connaît les mécanismes, elle sait ce que ça veut dire. Pourtant elle ne se démonte pas, elle ne détourne pas les yeux, et ça, elle voit bien que ça l'agace, le paternel. Pourtant il devrait être fier, non ? C'est lui qui lui a appris à faire ça. Avant d'être sa fille, elle ne regardait jamais les gens dans les yeux. Elle avait toujours la tête baissée, elle disparaissait dans les coins d'ombre pour ne surtout pas être vue. Aujourd'hui c'est une femme bien différente de ça qui lui fait face. Elle a pris tout de leur enseignement, elle a tout assimilé. Mais aujourd'hui elle a fait un peu de ménage. Elle n'a gardé que ce qu'elle voulait ; la fierté, oui. L'obéissance, non. Pourtant c'est ce qu'elle est censée faire croire. Elle ne se tue pas à conserver sa couverture depuis des mois auprès de tous ces gens pour la griller bêtement devant un membre de sa famille. C'est dur, pourtant, d'accepter à nouveau d'être regardée comme ça. Dire qu'elle s'est jurée de ne plus jamais laisser personne lui marcher dessus. Elle n'aurait jamais promis une chose pareille si cet homme, là, ne l'avait pas finalement considérée comme sa fille. Cet homme qui la regarde comme s'il s'apprêtait à l'écraser d'un coup de talon. Qu'il essaie seulement, elle s'entend penser, avant de réaliser ce que sa rébellion lui coûterait exactement. A elle, rien qu'elle ne puisse se permettre de perdre, contrairement à ce qu'elle a longtemps cru. A son plan, en revanche, au mouvement de résistance qu'elle a instigué, ça coûterait beaucoup trop. Elle n'a pas d'autre choix que celui de se soumettre. Encore. Après de longues secondes d'un silence électrique, elle finit par baisser les yeux, douloureusement. « Non. » Non elle ne sait rien sur l'Ox. Elle n'a aucune idée de ses effets, elle ne s'en est pas injecté même s'il a été possible de le faire ; elle n'a pas la moindre idée de l'avancement des recherches et encore moins de comment le récupérer de manière définitive. La seule raison pour laquelle son père – son oncle, peu importe – ne soupire pas, c'est parce qu'il est beaucoup trop poli. Mais le dépit est clairement visible au fond de son regard clair, pour qui sait un peu regarder. Malgré sa mauvaise volonté, elle se fait violence pour apporter un peu de crédibilité à ses actions ; ou ses non-actions, plutôt. Avec sa famille dans les pattes, ses plans pour aider les Vainqueurs vont être complètement chamboulés. Les Dragonstone débarquent exactement au bon moment pour refermer autour de ses poignets les chaînes dont elle était en train de se défaire. « Il n'y a pas assez de Vainqueurs dans les prisons. La seule solution pour que les recherches mènent à quelque chose, c'est d'aller les capturer directement à l'intérieur de Durmstrang. » Elle parle calmement, le plus poliment possible. Mais ça lui arrache les lèvres. Encore plus quand elle entend la voix de l'homme qui témoigne clairement d'une certaine perplexité « Et tu penses que tes compétences seront plus utiles pour l'assaut du château et la capture des élèves ? » « Vous seriez surpris. » elle répond, trop vite, trop fermement. Il n'apprécie pas et elle se retient de sourire. Cette situation est ridicule. Cet homme est ridicule. Dire que la dernière fois qu'elle l'a vu, elle assurait qu'elle ferait de son mieux pour le rendre fier une fois encore. Qu'est-ce qu'elle était conne, Visenya.

« Je suppose donc que tu as l'intention de te joindre à l'expédition qui se prépare à partir. » Évidemment. Valeryon Dragonstone a bien des défauts, mais pas celui de la bêtise. Pas au sens propre du moins. Elle n'a plus vraiment le choix, après ce qu'elle vient de dire, sinon il va comprendre qu'elle se paie complètement sa tête. « Bien entendu. » Quelle merde. Il faut qu'elle trouve Lilith. Face à elle, l'homme dont elle est revenue soutenir le regard la fixe d'un air parfaitement courroucé. Plusieurs secondes s'écoulent dans ce même silence tendu, et puis elle comprend qu'il attend qu'elle baisse les yeux, encore. Ses mâchoires se contractent ; c'est son tour d'être furieuse. Elle a envie de répondre. Elle a envie de lui dire que s'il s'attend à ce qu'elle se soumette encore une fois il peut bien aller se faire foutre. Elle a envie de dire qu'elle n'est ni son chien de garde ni sa subordonnée, qu'elle gère cette partie toute seule, qu'elle n'a pas besoin de lui, pas besoin de son nom à la con et de sa condescendance de merde ; qu'il peut bien garder ce regard méprisant pour son propre reflet qu'il doit perdre vraiment trop de temps à observer. Elle a envie de le traiter de menteur, de voleur ; de sale nobliau imbu de lui-même et embourbé dans sa propre vanité. Mais elle n'en fait rien du tout. Connard, connard, connard, connard. Elle baisse les yeux. Et en entendant les pas lents quitter la tente, presque en rythme avec les lourds battements de son myocarde qui trahissent désormais sa rancœur, elle se jure que c'était la dernière fois.

Si cette confrontation n'avait pas eu lieu, Valkyria aurait probablement refréné aussi sec les pensées qui se sont automatiquement tournées vers toi après la sortie du paternel. Comme elle l'a fait chaque jour depuis votre dernière confrontation, au milieu de la nuit dans cette ruelle. Sur le moment, et dans les jours qui ont suivi, elle aurait tout donné pour faire machine arrière, pour ne pas recouvrer la mémoire. Pour ne pas laisser son monde voler en éclats, encore une fois, et bien plus douloureusement que trois ans auparavant. Elle était tellement aveugle ; et consciemment, en plus. Ca fait des années qu'elle laisse sa famille déposer sur sa tête le capuchon-œillère qui lui bouche la vue, exactement comme ceux dont on recouvre la tête des oiseaux de proie pour ne pas qu'ils s'envolent à tire d'ailes n'importe quand, n'importe comment. Aujourd'hui elle n'a qu'une envie, c'est se débarrasser de toutes ces conneries, de dégager sans demander son reste et en lacérant bien de ses serres la main qui croyait la dominer pendant tout ce temps. Est-ce qu'elle aurait réalisé tout ça, sans toi ? Probablement pas.

Valkyria sort de la tente, et se fait happer par l'effervescente activité qui règne dans le campement. On s'active un peu de tous les côtés, préparer la première incursion entre les murs de l'école. Probable que tu te sois d'ores et déjà éclipsée. Dans l'agitation générale, c'est plus facile de disparaître l'air de rien. Personne ne remarquera que tu ne te joins pas à l'expédition que tu as pourtant défendue la veille au cours des négociations. Elle n'est pas certaine de savoir où te trouver, mais il ne lui faut que quelques secondes pour dresser une liste des endroits potentiellement calmes au milieu de cette fourmilière.

Lorsqu'elle pénètre dans la salle d'entraînement, le bruit des impacts répétés attire immédiatement son attention. Quelques pas pour rejoindre la pièce principale, et son regard accroche une chevelure écarlate qu'elle ne peut que reconnaître. La jeune femme s'immobilise à l'entrée, sans trop savoir quoi faire, ou quoi dire. Elle te regarde t'acharner sur la cible en bois qui grince de plus en plus sous les coups saccadés, et ta colère fait presque trembler les murs. Elle retient sa respiration. Est-ce que c'est vraiment le moment pour débarquer comme ça ? Et pour quoi ? Elle n'en sait trop rien. Elle est un peu perdue, depuis tout à l'heure. Elle a arrêté de lutter, de nier l'évidence, toutes les évidences qui veulent s'imposer dans son esprit depuis la dernière fois, et qu'elle mettait son verrou, plus par réflexe, par peur aussi, plutôt qu'à cause d'une véritable réflexion qui lui aurait fait penser que c'était la chose à faire. Ca lui a fait tellement mal ce soir-là. Elle n'est pas sûre de ne plus t'en vouloir pour ce que tu as fait, il y a des questions qu'elle n'arrive pas véritablement à se poser. Ce soir tout ce qu'elle sait, c'est qu'elle a accepté d'écouter tout ce qu'elle ignore depuis des mois et que ça l'a conduite directement ici. Mais ta rage la laisse muette et impuissante. Est-ce que c'est à cause de l'entrée des autres dans le château ? Elle n'en sait rien. En tout cas, malgré votre proximité, tu n'as pas l'air de t'être aperçue de sa présence. Il est encore temps de reculer. Mais est-ce qu'elle en a véritablement envie ? « Eva ? » elle lance, la voix incertaine, plus pour annoncer sa présence que pour vérifier qu'il s'agit bien de toi. Ca elle le sait déjà. Tu t'immobilises et elle déglutit avec difficulté. Elle ne sait pas quoi dire d'autre ; ne sait même pas pourquoi elle est venue. Tu vas lui poser la question, sûrement, elle aurait dû anticiper. Mais elle a décidé de ne pas réfléchir, pour cette fois, ou cette fois encore, en tout cas. Si ses souvenirs sont bons, ça lui a plutôt réussi la première fois, avant qu'elle oublie.
Son regard s'est posé un peu plus loin, sur le violon abandonné. Ses sourcils se froncent quand son regard revient à toi, et alors seulement elle remarque que tes épaules tremblent presque convulsivement ; tes mains, aussi. L'éclat écarlate qui glisse sur tes doigts l'interpelle ; lentement, elle approche, en faisant bien attention à ce que ses pas résonnent dans la pièce, pour ne surtout pas te prendre par surprise. Elle te contourne, se place face à toi, à côté du mannequin qui ne ressemble plus à grand chose. Elle voit mieux tes poings, toujours serrés, d'ici. Eux non-plus ne ressemblent plus à grand chose. Depuis combien de temps tu es là ? « Montre-moi » elle murmure doucement, en essayant de croiser ton regard, tendant la main pour saisir délicatement l'une des tiennes. Sa voix, son initiative même la surprennent elle-même, mais il est trop tard pour reculer et puis, même si sa gorge est un peu serrée quand elle songe à ce que tu pourra bien lui répondre pour l'envoyer prodigieusement se mêler de ses affaires – déjà bien assez compliquées, soit dit en passant –, elle sait déjà que tourner les talons et te planter ici serait bien pire que ça. « Qu'est-ce qui s'est passé ? » Son regard tremble un peu, quand elle scrute ton visage en essayant de capturer tes prunelles. Une chance sur deux pour que le prochain coup soit pour elle et pas pour le mannequin, elle se dit, sans faire semblant de se préparer à esquiver quoi que ce soit.
Voyant que tu ne fais pas semblant de résister, elle baisse la tête pour regarder ta main. La peau est déchirée, le sang lui coule sur les poignets mais elle ne fait pas semblant de s'en soucier. Sans être experte, elle est quasiment sûre que tes os sont cassés, ou déplacés. Elle pince les lèvres, sans oser refermer les doigts sur les tiens, tremblants et abîmés ; gardant simplement sa main sous ta paume. Il faut s'occuper de ça. Mais lorsqu'elle relève la tête et qu'elle observe à nouveau ton visage, elle réalise que ce n'est vraiment pas le plus grave, et son ventre se tord un peu plus. Elle accroche enfin ton regard. Qu'est-ce qui se passe.


Shadows settle on the place that you left
And if you're still bleeding, you're the lucky one. 'Cause most of our feelings, they are dead and they are gone. We're setting fire to our insides for fun, collecting pictures from the flood that wrecked our home. It was a flood that wrecked this. And you caused it.
And if you're in love, then you are the lucky one, 'cause most of us are bitter over someone. Setting fire to our insides for fun, to distract our hearts from ever missing them. But I'm forever missing you. And I caused it.
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HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : Née MoldueMessages : 188Date d'inscription : 17/11/2015Localisation : Domovoï's Rock
Ҩ Re: Tightrope || Evyria III Ҩ Mar 4 Avr - 0:36

Encore. Encore. Encore. Encore.

Un, deux, trois, quatre. Une inspiration difficile, un sanglots réfréné. Et puis une fois de plus. Puis deux. Trois. Quatre. Une expiration trop brutale. Des sourcils froncés, des yeux plissés par la rage et la folie, les dents serrées à leur paroxysme, les mains crispées frappant de toutes leurs forces sur le mannequin. Un, deux, trois, quatre. Quatre coups, une pause d'une seconde. Puis les coups devinrent de plus en plus rapides, moins calculés. Le souffle se perdit dans la tempête démentielle de son esprit. Elle ne compta plus ; rien n'était plus important que les coups. Un, deux, trois, quatre. Sur une chaise, près d'elle, gisaient deux bandes de tissus propres, qu'elle enroulerait autour de ses mains lorsqu'elle en aurait assez. Une goutte de sueur sur son front, ses cheveux emmêlés, ses vêtements déchirés et cette rage, détruisant tout sur son passage, cette rage qu'elle laissait s'exprimer en poussant des cris rauques, la bouche sèche. Elle frappait, et frappait encore, sans distinction ; ce qui avait commencé comme un entrainement se muait en cruels assauts contre sa conscience, pour s'empêcher de penser au reste, s'empêcher de penser à lui, à elle, à ce qu'elle touchait et qui finissait détruit, perdu. Elle était maudite, elle supposa que c'était encore la seule explication logique. Poussant un cri de fureur, Eva Esperanza se jete en avant et envoya son pied droit sur le mannequin. Un craquement. Il ne tarderait pas à être détruit. Tant pis, elle taperait sur le suivant ensuite. Devant ses grands yeux, se tenait la silhouette disloquée d'Adonis Greengrass, cet ignoble fils de pute qui lui avait volé sa vie. Qui lui avait volé son âme, pour l'enchaîner à jamais à ses désirs. Elle recula, donna un coup droit, un gauche ; la douleur la fit gémir, les paupières étroitement closes. Trois gouttes de sang tombèrent sur le sol.

Comment avait-elle pu faire preuve d'autant de bêtise, elle n'osait pas s'interroger. Quand s'était elle imaginée que ce serait une bonne idée de faire venir Mateo sur l'île ? Quand il l'avait menacée. Quand il avait menacé l'enfant. Elle savait qu'il n'aurait eu aucun scrupules à envoyer des sorciers en Espagne pour le tuer. Remonter jusqu'à sa trace n'aurait pris que quelques instants. Elle ferma les yeux, les dents crispées par la douleur, la machoire tendue, à bout de nerfs. Elle l'avait fait venir. Et on le lui avait arraché. Elle savait qui l'avait fait, c'était certain. Il pouvait bien faire celui qui ne comprenait rien. Il avait pris son fils, sa seule raison de vivre. Ce qui la faisait lever chaque jour, chaque matin, avec l'espoir de faire de lui un homme plus valeureux et plus fort qu'elle. C'était terminé. Elle lui devrait une obéissance totale et absolue. Obéir à ce salaud, à ce voleur, à lui qui était en train de briser sa vie. Un craquement sonore. Une phalange cassée. Elle frappa encore plus fort.

De toute manière cela n'aurait jamais de fin. Depuis le début, elle l'avait su ; sa vie ne serait jamais qu'une longue suite d'échecs. D'abord sa soeur, aveugle, qui lui avait si souvent souri sans jamais pouvoir la voir ; sa soeur qui l'aimait mais dont la cécité empêchait bien des jeux d'enfants. Puis Lancelot, quatre années seulement avant de le perdre, avant de le voir se faner puis mourir comme une ridicule fleur des champs. Cet homme avec qui elle n'avait passé que quatre années bien trop courtes. Et puis Valkyria. Valkyria et son odeur de fleur, Valkyria et ses grands yeux bleus, son sourire et ses faux airs de princesse. Valkyria qu'elle avait trahi par égoïsme, par peur, par lâcheté. Valkyria qui lui en voulait. Elle la croisait dans Domovoï mais jamais elle ne parvenait à capter son regard. Elle aurait voulu lui expliquer, lui dire, mais au fond, est ce que cela aurait changé quelque chose ? Elle avait merdé. Elle avait merdé de la pire des façons là où elle avait cru trouver de nouveaux espoirs, un avenir possible différent de celui qu'elle s'était tracé. Elle avait pensé à elle, pour une fois. Et elle avait tout foutu par terre, comme d'habitude. La vie d'Eva n'était qu'une longue suite d'échecs. Elle n'avait jamais rien réussi. Ou si; elle avait donné la vie à un petit garçon parfait. Et on le lui avait tout simplement arraché. "Non, non, non..."

Elle avait fait preuve d'un sang froid sans égale au moment de la réunion ; c'était nécessaire, sa seule couverture. Mais il y avait ce vide, dans sa tente, l'incapacité à réfléchir, l'angoisse de tous les instants à l'idée qu'il lui soit arrivé malheur... son coeur de mère était brisé en mille morceaux, affolé aussi. Et recouvert d'une épaisse couche de culpabilité. Elle ne l'avait pas assez protégé. La pièce secrète n'avait pas suffi, elle aurait dû s'en douter, elle aurait dû le savoir... Elle était partie chercher de la nourriture. Et en revenant, elle s'était rendue compte que Mateo avait disparu. Une nouvelle plainte s'échappa d'entre les lèvres fines et tremblantes de la musicienne. Elle avait prié tous les dieux, elle avait hurlé, menacé, mais rien n'avait changé, absolument rien. Elle l'avait perdu, il avait disparu, et elle était restée là, les bras ballants, l'impuissance comme seule amie. Personne ne faisait front à Adonis, personne n'était suffisamment fou. Elle était seule, n'avait pas le moindre allié. Personne ne l'aiderait. Personne ne viendrait secourir son petit garçon. Elle était seule. Elle l'avait toujours été. Les sourcils froncés, Eva poussa un nouveau grondement de rage, terrorisée. Il allait mourir. S'il mourrait, elle n'aurait plus rien. Rien. Aucune fierté, aucune raion d'exister. Rien. Elle n'était plus rien. Un, deux, trois. Quatre, cinq. Vingt. Trente.

Elle avait cessé de compter lorsque la voix la fit violemment sursauter.

« Eva ? » Non, non, elle n'était pas là, elle n'y était plus, tout simplement plus. Cette voix qu'elle entendait derrière elle n'était plus que celle d'un souvenir, elle aussi. Elle l'avait entendue trop de fois en l'imaginant seulement, qu'elle n'y croyait plus. Elle aurait pu venir à elle bien plus tôt, mais Valkyria aussi avait choisi la fuite. Le parfum léger, discret qu'elle sentit derrière elle la laissa de marbre. Ou presque. Il fallait seulement ignorer le violent frisson qui la prenait. Elle n'avait aucun moyen de se défendre si Valkyria cherchait à lui faire du mal. Le violon était loin, abandonné contre le mur. Rien. Absolument rien. Elle n'était plus rien. Elle tremblait, d'épuisement ; cela faisait des heures qu'elle frappait le mannequin. Des heures, à s'en briser les mains. Quatre gouttes de sang allèrent s'écraser contre le sol. Gémissement de douleur. Et un coup supplémentaire pour la faire vaciller, oublier ce visage qui la hantait. Des pas, dans la hangar ; elle s'approchait, indiquait sa présence. Et puis elle entra dans son champ de vision. Le poing tendu d'Eva s'immobilisa, juste avant de frapper ; elle était juste à côté du mannequin. Elle se prenait pour une cible ? Allait-elle encore jouer les victimes ? Eva n'aurait pas la patience. Une grimace mêlée de douleur et de rage. Elle la toisa.

« Montre-moi »
Un chuchotis délicat. L'éclat doux de son regard, ce masque qu'elle s'était mise à porter et qui, pourtant, fonctionna lorsque ses prunelles croisèrent les siennes. Elle ouvrit la bouche pour lui hurler de s'en aller, furibonde ; mais sa main se tendit, et elle s'immobilisa dans son geste. La vérité, c'était qu'elle était venue la voir. Oh, bien sur, elle ignorait ce qui se passait ; personne d'autre qu'Amatis et elle ne savaient quelle tragédie l'avait frappée. Mais c'était de l'inquiétude dans ses yeux, non ? Ce qui brillait, cela ressemblait véritablement à de l'intérêt. Elle venait la sauver. Elle tenta de s'en convaincre, par tous les moyens. Elle venait la sauver.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? »
Ou au moins savoir ce qui la poussait à agir de cette façon. Elle baissa les yeux, quand elle comprit qu'Eva ne bougerait pas ; Valkyria Dragonstone oserva lentement ses doigts blessés, couverts de plaies et de sang. Elle se moquait bien des blessures ; elles lui faisaient oublier ce qu'elle avait perdu. C'était sa manière à elle de s'absoudre, de se punir. Elle se moquait bien des conséquences. Depuis l'enlèvement, elle n'avait pas posé une seule main sur son violon. Pas une. Elle était faible, et sans protection. Ses yeux se levèrent, croisèrent ceux de Valkyria. Et la Dragonstone put constater l'étendue des dégâts.

Il n'y avait plus rien dans les yeux de l'espagnole. Seulement la folie, le chagrin, et ce désespoir qui lui sciait le ventre à chaque fois qu'elle y pensait. Qu'est ce qui s'était passé ? Elle prit enfin conscience qu'elle était épuisée. Son corps, ses mains, elle tremblait des pieds à la tête. Eva prit une inspiration, longue, tentant de dissimuler les larmes de détresse qui lui brouillaient la vue. "Il... il a..." du calme. Du calme. "Adonis, il a..." sa voix se brouilla dans un terrible sanglot, une plainte déchirante de mère à qui on avait volé la vie. Elle n'avait plus rien de cette femme qui l'avait défiée par deux fois ; plus rien de celle qu'elle avait serré dans le noir. Ce n'était plus qu'une créature terrifiée et solitaire prenant conscience de l'étendue de sa faiblesse. "Mon fils... il m'a pris..." elle était incapable de faire une phrase cohérente. De longues larmes roulaient sous ses joues, impossibles à arrêter. Elle était pitoyable. Voilà ce qe Valkyria devait penser. "Pitié" car elle était prête à l'accepter. Impuissante, elle la supplia du regard. Pas de reproches. Seulement de l'aide. Que quelqu'un vienne. Que quelqu'un la protège.

Il pouvait y avoir un début à tout.


Dead is the new alive
i've died a thousand times ✻ I could cry a thousand tears, I could appease your secret fears... But the louder that I scream the harder your machines close over me. But I don't care, Maybe I'm afraid, but still I swear, If I burn, you will see the fire in your mind when you sleep. And the rain won't wash away the ashes underneath your nails today
'Cause if I burn, so will you.
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Ҩ Re: Tightrope || Evyria III Ҩ Ven 7 Avr - 4:33

Le poing est tendu, prêt à frapper, mais elle ne bouge pas, c'est toi qu'elle regarde, accrochant ton expression douloureuse et enragée. Ravagée. Lorsqu'elle saisit ta main, elle te sent frémir, fronce les sourcils en observant tes blessures, se préparant intérieurement à encaisser ton rejet, déterminée à rester quand même. Mais rien ne vient et tu trembles juste un peu plus. Sa gorge est nouée, douloureusement ; te voir dans un état pareil, ça la perturbe beaucoup plus que ce qu'elle voulait bien croire il n'y a encore que quelques heures. Difficile de se placer par rapport à toi alors qu'elle te retrouve pour la première fois, après t'avoir délibérément fuie pendant des mois. Mais eh, chacune son tour, hein ? Elle ne sait pas ce à quoi elle s'attendait en venant te voir mais clairement, ça n'a plus la moindre importance. L'urgence de la détresse qu'elle décèle dans ton regard lui fait oublier Valeryon et son mépris insupportable, Visenya et sa crise identitaire. C'est secondaire. Elle doit comprendre ce qui se passe, ce qui t'arrive.
Comprendre pourquoi elle se heurte à ton regard là où elle y plongeait auparavant ; d'où vient ce désespoir opaque qui l'empêche de voir l'éclat de tes émeraudes. Elle se fige un peu plus en décelant les larmes aux coins de tes paupières « Il... Il a... » Respire, elle te dit en silence, appuyant ses yeux dans les tiens comme si elle pouvait ainsi t'empêcher de défaillir. « Adonis, il a... » elle écarquille les yeux en entendant ce prénom, alors que ta voix se brise dans une plainte déchirante qui lui retourne le ventre. Adonis. Elle a peur, d'un coup, elle a peur parce qu'elle ne peut que trop bien imaginer ce dont il est capable, parce qu'il avait les armes pour t'atteindre au plus près, parce qu'elle entrevoit vaguement une réponse à sa question qui explique le chagrin et la colère qui rodent derrière tes prunelles devenues ternes. « Mon fils... Il m'a pris... » Ses dents se serrent, la colère la gagne à son tour, brutalement. Un gamin. Ce salaud s'en prend à un gamin. « Pitié » les larmes qui glissent sur tes joues accrochent son regard ; elle serre les poings un instant, refrène l'envie subite qu'elle a de les effacer de ton visage. Le regard que tu poses sur elle tord un peu plus fort le nœud dans son ventre. Elle se force à respirer, tourne sa main sous la tienne pour saisir doucement ton poignet entre ses doigts, en soutenant ton regard. « Viens » Elle te sent prête à t'effondrer, mais il faut bouger, vous ne pouvez pas rester là. Pas au milieu de la salle d'entraînement alors que n'importe qui peut débarquer, vous entendre, vous voir. S'il y a une chance de sauver ton fils, autant ne pas la perdre bêtement. Elle n'a pas assez d'armes contre Mordred pour se permettre de prendre des risques ; les enjeux sont grands, beaucoup trop grands, elle se dit, en scrutant encore une fois tes prunelles avant de détourner les yeux. D'un geste vif, automatique, elle dégaine sa baguette de sa main libre et fait léviter ton violon jusqu'à vous. Le temps qu'il flotte jusqu'à être à portée, elle a rangé son arme et peut s'emparer de l'instrument, avant de glisser vers toi un regard chargé d'inquiétude. « Viens avec moi » elle répète, plus bas, en lâchant ton poignet pour se rapprocher de toi et passer sa main dans ton dos, un peu maladroitement, afin de pouvoir te soutenir. Elle a le sentiment que tu pourrais t'effondrer d'une seconde à l'autre. Elle ferme le poing sur ton vêtement, sur ta taille, te tient fermement avant de fermer les yeux pour transplanner.

La seconde d'après, vous atterrissez dans le petit vestibule à l'entrée de sa tente ; en sentant ses pieds heurter le sol, elle a crispé ses doigts, t'a serrée un peu contre elle. Tu trembles encore, elle a peur que tu tombes. Elle te tient. Elle ne te lâche pas. Un regard pour vérifier que ça va, même si ça va ressemblerait plutôt à un luxe, et elle t'entraîne près de la toile, touchant d'abord cette dernière de sa main libre. Une onde bleutée se propage sur le tissu, traçant une ouverture qui n'était pas là avant. C'est dans celle-ci qu'elle vous emmène, écartant la toile pour découvrir une pièce qui devait être relativement luxueuse au début. La plus grande partie de la décoration a été balancée dans un coin pour faire de la place sur les buffets, où s'étalent plusieurs parchemins recouverts de plans et de schémas relativement incompréhensibles pour qui que ce soit d'autre que celle qui les a tracés. Le lit est défait, quelques vêtements traînent près de l'ouverture qui débouche sur une pseudo salle de bains. Un sac de sable flotte à hauteur d'homme, en suspension magique dans un autre coin. On a l'impression d'être partout sauf dans la tente de Visenya Dragonstone. Comme de fait, c'est l'autre entrée qui conduit aux lieux, impeccablement rangés et chichement décorés, où elle laisse entrer les autres en général. Personne d'autre qu'elle n'a jamais mis les pieds ici avant aujourd'hui.
Elle s'avance dans la pièce, sans te lâcher, déposer le violon par-dessus les parchemins et t'entraîne jusqu'au lit au bord duquel elle te fait asseoir précautionneusement. Son regard descend sur tes mains. « Il faut s'occuper de ça. » elle fait, doucement, en s'écartant de toi pour aller fouiller dans une étagère non loin du sac de sable. Lorsqu'elle revient quelques secondes plus tard, elle a dégotté deux bandes, des compresses stériles et ce que les moldus appellent du désinfectant. A défaut d'avoir la moindre compétence en médicomagie, elle a appris à faire avec les moyens du bord. Les points de suture sans anesthésie n'ont, d'ailleurs, plus de secret pour elle. Mais ça ne te sera pas très utile, vu l'état de tes mains. Concentrée, elle s'accroupit devant tes jambes et pose sur tes genoux une sorte de plaque métallique, avant de remonter ses manches sur ses avants-bras, et de saisir délicatement l'une de tes mains qu'elle maintient au-dessus de la plaque de deux doigts placés contre ta paume. Sa main libre se referme sur sa baguette, qu'elle pointe au-dessus de la blessure pour faire couler sur cette dernière une eau claire qui nettoie les plaies, emportant sang et résidus du mannequin au moins autant amoché que toi. L'eau disparaît en tombant sur la plaque, absorbée par l'objet magique. Lorsqu'il ne reste plus rien à nettoyer, elle stoppe le sortilège, repose le plateau métallique au sol et s'empare du désinfectant dont elle imprègne une compresse avant de l'appliquer, aussi délicatement que possible, sur tes phalanges abîmées. De temps en temps, elle relève vers ton visage des yeux un peu anxieux, avant de revenir se concentrer sur ce qu'elle fait. La compresse est échangée contre une propre, qu'elle met à plat sur la blessure avant d'enrouler la bande autour de ta main. Elle regarde tes doigts fins, ton vernis abîmé. C'est sa main à elle qui tremble légèrement quand elle vient la poser délicatement par-dessus la tienne, sans appuyer sur le pansement. Elle inspire à fond, discrètement. Son bras lui fait mal. La brûlure sous sa peau la rappelle à l'ordre ; elle sait qu'elle est déjà en train de jouer avec les limites du Serment. Ne plus s'occuper des affaires de Mordred Dolohov, c'est compliqué sur cette île. C'est compliqué quand il enlève ton fils et qu'elle est supposée se tenir loin parce qu'un jour,il y a dix ans, elle a accepté des conditions dont elle ne pouvait pas mesurer l'ampleur. Aujourd'hui elle mesure ce que ça lui coûte ; elle n'a pas d'autre choix que de l'accepter. Mais elle refuse que ça te coûte ton fils parce qu'elle n'aura pas été capable de t'aider. Tant pis si ça la brûle. Si elle n'avait pas négocié un délais, elle ne ressentirait pas la brûlure ; en fait, elle ne ressentirait plus rien du tout. Un coup d'œil à son avant-bras découvert pour voir le lien du sortilège luire faiblement sur sa peau. Elle se demande vaguement si cette marque va disparaître un jour et serre les dents en appuyant sans réfléchir son front contre ton genou. Trois secondes, quatre peut-être, le temps de renvoyer la douleur au second plan. Elle relève la tête, le regard plus dur ; déterminé, en tout cas, jusqu'à ce qu'elle repose les yeux sur ton visage et qu'elle s'adoucisse presque malgré elle. Sa main se tend pour t'inciter à lui donner la tienne qui n'est pas encore nettoyée. Elle replace le plateau sur tes genoux et commence à répéter les gestes déjà effectués.

« On va le retrouver » elle affirme, d'une voix rauque, en relevant les yeux vers toi pour soutenir fermement ton regard, plusieurs secondes avant de revenir à ta main, qu'elle désinfecte avec une douceur qui n'a rien à voir avec les relents de haine que lui inspirent les actes du Greengrass. Elle refuse de se laisser déconcentrer, pourtant. Ses gestes sur tes mains sont le seul réconfort qu'elle puisse véritablement t'apporter avant de t'aider à retrouver ton fils. Elle y viendra, vous y viendrez ; mais se précipiter ne vous servira pas. D'abord, il faut qu'elle ait toutes les informations possibles. « On va y arriver. Mais j'ai besoin que tu me racontes. » Qui est au courant, quand, et est-ce que tu as des pistes, des alliés sur l'île ; elle n'en sait rien, et le temps presse, mais elle refuse de te brusquer. Ses gestes sont délicats ; elle est plus douce qu'elle ne l'a été depuis... longtemps. Trop longtemps, lui semble-t-il. Mais ce n'est pas le plus important, elle se dit, en revenant accrocher ton regard. Un pas après l'autre.


Shadows settle on the place that you left
And if you're still bleeding, you're the lucky one. 'Cause most of our feelings, they are dead and they are gone. We're setting fire to our insides for fun, collecting pictures from the flood that wrecked our home. It was a flood that wrecked this. And you caused it.
And if you're in love, then you are the lucky one, 'cause most of us are bitter over someone. Setting fire to our insides for fun, to distract our hearts from ever missing them. But I'm forever missing you. And I caused it.
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Ҩ Re: Tightrope || Evyria III Ҩ Ven 14 Avr - 23:41



Quel avenir pour elle ? Il n'y en avait aucun. Eva avait beau chercher à voir le futur, elle n'apercevait que le sang et la peur, ce qui la rongeait comme un poison ; la peur, l'angoisse, celle de disparaître sans lui, celle de ne jamais le retrouver. Obsédante, cette pensée occupait la majeure partie de son temps et ne lui laissait pas le moindre répit. Elle avait peur, plus peur que jamais ; elle n'avait jamais craint pour sa propre vie. A ses yeux, mourir n'était qu'un saut de plus dans le vide ; l'important était d'avoir vécu suffisamment avant. Elle ne craignait pas la douleur, ni ce qui terrifiait le commun du monde ; c'était ce qui avait fait d'elle l'un des meilleurs éléments d'Adonis Greengrass. Ce fils de pute qui lui avait volé sa seule raison de vivre. Ce salopard qui l'avait enlevé un mois plus tôt. Elle avait fouillé chaque maison, menacé tous ceux qui avaient été susceptibles de savoir quelque chose. Rien. Cet enfoiré avait parfaitement bien préparé son terrain. Elle ne le retrouverait sans doute jamais. Jamais, et à cette pensée, son coeur se serra, vaincu par l'horreur de la situation. Son petit garçon avait cinq ans, il ne se doutait absolument pas de ce qui pouvait lui arriver. On l'avait arraché à sa mère. Avait-il peur ? Comment était-il traité ? Est ce qu'on lui donnait à manger ? Quelqu'un venait-il le voir ou l'avait-il seulement laissé pour mort dans une cave, comme une basse vengeance contre elle, et tout ce qu'elle lui avait - d'après lui - fait subir ?

L'idée était insupportable. Vacillante, Eva Esperanza ne voyait plus rien, le visage brouillé par les larmes brûlantes. Elle abandonna la lutte, laissant retomber ses poings, laissant tomber sa haine, vaincue par le chagrin et la détresse se dégageant d'elle par tous les pores de sa peau. Et puis il y avait elle. Valk. Ses grands yeux bleus chargés d'inquiétude dans les siens. Après des mois de silence, elle était venue d'elle même, sans se douter de ce qui l'attendait. Quand l'espagnole releva le regard pour l'observer, elle fut incapable de voir la femme qui lui avait enfoncé un poignard dans la cuisse. Elle vit celle, plus jeune de trois ans, qui dormait dans ses bras, une main contre son ventre ; le contact rassurant et salutaire de sa main dans la sienne. Elle venait la sauver. Elle viendrait l'aider. La supplique qu'elle lui adressa ne lui donna même aucune honte. De l'aide, elle en avait besoin et plus que jamais. Et elle était venue à elle. C'était forcément un bon signe. Elle lui jeta un regard suppliant, au comble de la peur ; il fallait qu'elle soit là pour cela. Il le fallait. Il en allait de sa survie. Et de celle de son petit garçon.

Le regard de Valkyria se chargea de colère à l'entente du nom maudit. En quelques instants, Adonis avait détruit sa vie comme il en avait détruit bien d'autres. Amatis. Valkyria. Toutes les femmes qui passaient dans le sillage de ce vautour ne ressortaient qu'avec une carcasse vide de toute chose sauf de souffrance. Elle attrapa son poignet. Le geste était doux, chargé d'une volonté farouche d'apaisement ; il en faudrait bien plus, mais cela, la Dragonstone n'en douta sans doute pas quand ses yeux clairs se plongèrent dans les siens. « Viens » venir ? Où ? Et pourquoi ? Peu importait de toute manière ; si une autre personne qu'elle avait franchi ces portes à cet instant, l'intéressée serait sans doute morte. Pas elle. Valkyria représentait bien plus qu'un simpe dégât collatéral. Elle avait été un tournant dans sa vie. Même si elle avait passé trois années sans le savoir. Elle sentit une main se poser dans son dos, anesthésiée ; la douleur, une vieille amie, la rappela à son bon souvenir. Ses deux mains étaient complètement inutilisables. Elle ne jeta pas le moindre regard vers le violon, que l'héritière ramena contre elle pour le ranger ; pas plus que l'air inquiet qu'elle esquissa, avant de l'entraîner. « Viens avec moi » Tout ce que tu voudras. Cela n'a aucune importance. Elle se laissa guider, docile et épuisée ; elle frappait sur le mannequin depuis des heures, et Mordred Dolohov était toujours vivant. Ce salaud allait lui payer très cher l'affront qu'il lui avait fait. Si son fils périssait entre ses mains, il pouvait se déclarer mort. Et torturé avant bien sûr.

Elle ouvrit les yeux dans le vestibule de ce qu'elle devina être la tente de la jeune femme. Valkyria lui faisait suffisamment confiance pour l'emmener chez elle ? Oui, et puis de toute manière elle ne risquait pas grand chose. Eva se laissa soutenir, silencieuse comme une tombe ; ignorant totalement ce qui passa dans son champ de vision, impassible face à l'ouverture secrète du lieu pourtant richement décoré, conduisant à un endroit bien différent. Elle laissa glisser un regard sur les lieux, silencieuse, fanée ; Ce sac de frappe, ces parchemins épars, les vêtements trainant sur le sol. Cela n'était en rien du Visenya Dragonstone. Pour la première fois  - non. La seconde - Valkyria lui montra une facette d'elle autre que toutes celles qu'elle affichait. Une femme intelligente, faite pour l'action, libre, et sans chaînes. C'était du vent, bien sûr ; mais c'était tout de même là, sous ses yeux. Dans son état normal, la musicienne aurait sans doute fait un commentaire. Mais elle resta là, silencieuse, prostrée. Quelle importance, tout cela ? Après tout Valkyria aussi avait fini par l'abandonner. Et à raison. Elle ne faisait rien correctement, rien.

« Il faut s'occuper de ça. »
Elle baissa les yeux vers se propres mains, ensanglantées. Elle supposa au moins un os fêlé, voire cassé. Elle avait mal, et elle finit par s'en rendre compte lorsqu'elle trouva deux ongles brisés en deux ; elle n'avait pas les talents magiques pour se guérir. Elle tendit les mains, obéissante, lorsque la jeune femme revint avec des compresses, de quoi la soigner ; il n'y avait aucune magie là dedans, quand elle attrapa sa main blessée, la première, avant de la rincer à l'eau. Pas de produit miracle ; au contact de l'eau fraiche, Eva poussa un gémissement de douleur. Lorsque le désinfectant fut pressé sur ses phalanges, ce fut pire ; elle croisa un regard chargé d'angoisse et elle gronda, comme un animal, pour retirer sa main. Rien n'y fit ; la poigne, plus ferme, fit les choses jusqu'au bout. Puis, elle s'immobilisa ; sous le regard d'Eva, l'anglaise prit une longue inspiration, suivie d'une autre. Une lueur, à son bras ; ce n'était pas vraiment compliqué à comprendre. Elle lui poserait les questions plus tard. Egoïste jusqu'au bout, Eva repoussa la curiosité lorsque le visage de son fils apparut devant ses yeux, en kaléïdoscope effrayant. La première main fut bandée ; un regard, et ce fut avec méfiance que l'espagnole lui tendit la seconde, les mains serrées. Les soins reprirent, douloureux ; elle entendit à peine cette phrase, qui se voulait rassurante, sortir de la bouche de Valkyria Dragonstone.

« On va le retrouver »
Non, on ne le retrouverait pas. Elle soutint un regard chargé d'espoir, là où le sien ne contenait qu'une cruelle désillusion. Que croyait-elle faire ? Comment comptait-elle y parvenir ? Elle avait passé un mois à le chercher, un mois à s'inquiéter. Un mois à se dire qu'il était peut être mort, quelque part. La colère la submergea, et un frémissement s'empara de la main couverte d'eau qu'elle voulut retirer. Valkyria l'en empêcha ; elle gronda de nouveau.

« On va y arriver. Mais j'ai besoin que tu me racontes. »
"C'est fini pour lui, Valk." pour la première fois, elle prononça un nom qu'elle avait murmuré dans le noir ; cela n'avait plus aucune importance. C'était elle, la petite fille terrorisée à protéger. Vide de toute énergie. Même l'espoir l'avait abandonnée. Les larmes, de nouveau, roulèrent sur ses joues ravagées. "J'ai été stupide... je pensais que l'amener ici me permettrait de le surveiller. Je l'ai consigné dans ma tente. L'ouverture magique a été forcée." par lui. Elle le savait, c'était lui. Elle l'avait su dès qu'elle avait trouvé les lieux vides. Peu de gens connaissaient l'existence de son fils, et aucun ne savait qu'il était à Domovoï. Amatis n'avait aucune raison de nuire à la musicienne. Valkyria non plus. Mais Mordred... elle serra les dents lorsque la sorcière appliqua le désinfectant sur sa chair. "Le mois dernier. Personne ne le sait. J'ai essayé.... mais je n'ai pas réussi à le retrouver. Je ne sais rien. Pas même s'il est vivant." sa voix se brisa. Mateo était tout pour elle. Son jour, ses nuits, sa raison d'exister. Ce qui la faisait respirer.

"C'était peu après que tu te sois battue avec lui." elle releva le nez pour l'observer. En plus de la peur, se mêla une étrange mélancolie. "J'ai essayé de lui cacher quand il a prononcé ton nom. Je n'ai pas pu." il y avait des sentiments qui la trahissaient systématiquement. Pour ceux qui savaient voir, elle était un livre ouvert. Adonis faisait partie de ces privilégiés. Elle l'avait d'abord perdue elle. Puis son fils. Il y avait eu Lancelot, et sa soeur... c'était un cauchemar. Un véritable cauchemar. "J'ai tout raté." tout. Même ce qu'elles auraient pu construire. En effet, elle ne lui avait même pas laissé le bénéfice du doute. Son regard croisa le sien, le temps d'une fraction de seconde. "Pardonne-moi" Tu n'es pas obligée de subir cela.


Dead is the new alive
i've died a thousand times ✻ I could cry a thousand tears, I could appease your secret fears... But the louder that I scream the harder your machines close over me. But I don't care, Maybe I'm afraid, but still I swear, If I burn, you will see the fire in your mind when you sleep. And the rain won't wash away the ashes underneath your nails today
'Cause if I burn, so will you.
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Ҩ Re: Tightrope || Evyria III Ҩ Ven 21 Avr - 15:37

Ca fait mal. Elle le sait, mais il le faut. Ses mains sont douces, autant que possible, mais se raffermissent dès que tu essaies de te dérober, et quand tu résistes, elle relève les yeux ; il le faut, s'il te plaît. Elle est désolée, elle ne veut pas te faire mal ; surtout pas. Mais c'est impossible de laisser tes mains dans cet état. Il faudrait mieux que ça, elle se dit, concentrée ; cette main là est fracassée, les phalanges ne sont pas seulement égratignées à sang, tu t'es déplacé des os, sûrement cassé un ou deux. Elle sait remettre les doigts en place mais ça va faire beaucoup trop mal. Elle réfléchit. La méthode magique serait plus violente encore, les sortilèges de guérison sont tous abominablement douloureux. Les onguents en revanche... Elle fronce les sourcils, concentrée. Asphalt aurait ça quelque part ? Sûrement, ou alors elle saurait le préparer. Elle peut lui demander. Elle lui demandera. Les rapports entre les deux cousines se sont incroyablement détendus ces dernières semaines. Étrangement. Elle sait pour le serment, elle sait pour presque tout. Il faudra qu'elle lui dise pour Valeryon, il faudra qu'elle lui dise que c'est terminé maintenant. Il faut qu'elle la voie. Qu'elle lui dise au revoir, aussi. Pas un mot sur toi, en revanche. Pas un mot sur ses intentions de trahir les Assaillants. C'est trop risqué, la Dragonstone déchue est trop proche de Mordred, il saurait savoir, elle ne peut pas prendre ce risque. Elle se sent un peu coupable, mais elle ne peut pas, il y a trop d'enjeux. Trop de vies seraient menacées. Mais elle peut lui demander un onguent. Pas besoin de préciser pour qui, pour quoi. Elle demandera à Asphalt, dès qu'elle sortira d'ici. Mieux vaut ne pas laisser traîner. Tu frémis sous l'eau qui nettoie les plaies et elle pince les lèvres en retenant ta main. S'il te plaît

« C'est fini pour lui, Valk. » L'utilisation du diminutif la surprend, elle reste un peu songeuse. Elle ne se souvient pas que quelqu'un l'ait un jour appelée comme ça mais elle se doute que ça a été le cas, pourtant. Valk. Ca sonne comme si c'était familier et elle se souvient que tu la connais depuis trois ans. Pendant tout ce temps, les souvenirs ont été à ta portée, là, à proximité. Assez proches pour que tu y penses, pour qu'elle te manque ? Elle se demande. Tu as sous-entendu que oui ; malgré tout, le temps et la distance, elle est restée assez proche pour que tu l'appelles comme ça, spontanément. Elle se demande si c'est une habitude ; si, dans ta tête, c'est comme ça que tu la nommes, sans y penser. Elle trouve ça un peu injuste, la proximité que vous avez gardée, dans ton esprit, alors qu'elle, elle a tout à construire. Mais elle est un peu attendrie. Un peu jalouse, aussi ; elle aussi elle aurait voulu garder ça. Ne pas avoir autant de retard, et se débarrasser de l'amertume.
Fini pour lui. Elle ne bronche pas, persuadée que c'est le désespoir qui parle à ta place. Lorsqu'elle relève la tête et qu'elle voit les larmes dévaler tes joues, sa gorge se serre, elle ne soutient ton regard que quelques secondes avant de revenir à ta main. Elle se sent impuissante, se promet de réparer ça. Chaque chose en son temps. Elle t'écoute, en silence. « J'ai été stupide... je pensais que l'amener ici me permettrait de le surveiller. Je l'ai consigné dans ma tente. L'ouverture magique a été forcée. » Non mais quel salopard. Elle s'empêche de grogner, essaie de calmer la colère qui lui agrippe les entrailles. Pourquoi ? Qu'est-ce que ça lui apporte, bon sang. C'est un môme. Un petit garçon. Ça rime à rien. « Le mois dernier. Personne ne le sait. J'ai essayé.... mais je n'ai pas réussi à le retrouver. Je ne sais rien. Pas même s'il est vivant. » Pourquoi il l'aurait tué. Pour t'atteindre toi ? Elle ne sait pas quoi dire, ça fait bien longtemps qu'elle a arrêté de prétendre pouvoir comprendre ce qui se passe dans la tête d'Adonis. Elle l'a pu, le pourrait encore, peut-être, pour beaucoup de choses. Pas pour ça. Ce stade de cruauté la dépasse totalement, et elle ne risque pas de lever les bras pour essayer de s'en saisir. Écœurée, la gorge de plus en plus serrée, elle jette la compresse pleine de sang sur le sol et en applique une propre sur la blessure avant de commencer à bander. « C'était peu après que tu te sois battue avec lui. » Elle s'immobilise une seconde, déglutit en relevant la tête. La cicatrice dans son cou la démange, mais elle a les mains pleines de sang, elle ne bouge pas, te regarde seulement, sans être trop sûre de savoir identifier les sentiments qui se bousculent dans tes yeux. « J'ai essayé de lui cacher quand il a prononcé ton nom. Je n'ai pas pu. » Elle encaisse, en silence. Mordred sait. Un mois plus tôt, ça l'aurait affolée comme peu de choses. Aujourd'hui... ça n'a plus tellement d'importance. Il lui a demandé de se tenir loin de lui, elle n'a pas d'autre choix que de lui obéir. Maintenant qu'il s'est débarrassée d'elle, il n'a plus aucune raison de s'en prendre à elle. Du moins il n'en aura plus dès lors qu'elle ne pourra plus supporter la brûlure enroulée sur son bras.
Elle grince un peu des dents, pourtant. Qu'est-ce qu'il pourrait faire d'une information pareille pour te nuire ? Rien de pire que ce qu'il a déjà fait, elle se dit. Elle acquiesce, sans rien dire, assimilant l'information. Ce n'est pas grave ; pas le plus grave, clairement. Elle recommence à enrouler le bandage sur tes doigts, en prenant garde de ne pas trop serrer. La pression sur tes os abîmés ferait pire que mieux. « J'ai tout raté. » Il y a tellement de douleur et de regrets dans ta voix qu'elle se sent un peu bouleversée ; elle noue la bande, pose ses deux mains sur tes jambes en relevant la tête pour te regarder, sans détourner les yeux cette fois. Elle retrouve les émeraudes, brillantes derrière les larmes. Un fragment de seconde avant que tu ne te dérobe. « Pardonne-moi. » Comment ne le pourrait-elle pas. Elle tend ton bras, celui qui n'a rien, glisse ses doigts sur ta joue, choisissant de ne pas remarquer à quel point ce geste lui semble naturel. « Eva » elle dit, doucement, appel du bout des lèvres pour te faire relever les yeux vers elle. « Tu n'as pas pris tes décisions au hasard. Aucune d'elles. » elle déglutit. Les mots ont un sens, elle les pèse. Ce n'est pas le moment de dire n'importe quoi. Aucune d'elles, ça veut dire pas non plus celle d'il y a trois ans, quand tu es partie sans elle. « Tu as fait de ton mieux. Et tu n'es pas responsable de la cruauté d'Adonis. » Les doigts de son autre main se crispent sur ta jambe quand une décharge lui parcourt le bras ; son regard se voile, une seconde, juste une, puis elle est à nouveau là, accrochée à tes yeux, déterminée à ne surtout pas te laisser retomber. Ca va passer, la douleur, c'est pas si insupportable. C'est pas le plus important.

« Arrête de te flageller, ça ne va pas t'aider. Ca ne va pas l'aider. »  Elle se force à penser méthodiquement, revient à Mateo pour ne pas s'attarder sur elle ; remettre les priorités dans l'ordre. Elle essaie de sourire doucement en reprenant. « Il a... cinq ans, maintenant, si je compte bien ? » Elle est quasiment sure, mais mieux vaut une confirmation. Si elle doit le chercher dans le camp, mieux vaut ne pas se fier à des souvenirs ou des suppositions. Elle fait la liste des alliés du Dolohov, rapidement. « Asphalt est peut-être au courant. Ou Amatis. » sa voix s'éteint un peu, son bras tremble, et la colère luit furtivement dans ses yeux. Ca la rend folle d'avoir les mains liées comme ça. « Je peux essayer d'en apprendre un peu plus. Il y a forcément quelque chose à faire. »

Elle te regarde, une boule d'angoisse au fond de la gorge et de douleur au creux du ventre. En attendant que tu répondes, ses yeux s'accrochent à ton visage, elle caresse ta joue de sa paume, essuyant les larmes échouées là. Au milieu de ce bordel, elle se sent un peu coupable d'y penser, parce que ce n'est pas le plus important, mais elle se dit que tu lui as manqué, et elle n'a vraiment plus envie de t'en vouloir. Tu n'as pas pu penser à mal, forcément. La pensée de devoir te laisser partir à nouveau à cause de la brûlure sur son bras lui dégomme ce qui lui reste de cœur. Rester vivante après cette île, ça lui semble impossible. Elle ne craint pas grand chose en laissant le sort lui dévorer la peau.
Elle essaie de sourire doucement, ignorant délibérément le danger qu'elle encourt, elle capture ton regard émeraude, pour te montrer au moins que tu n'es pas toute seule, qu'elle te lâchera pas, plus jamais, tant qu'elle peut s'accrocher, ou t'accrocher. Quand elle t'aura aidée à remonter au bord du précipice, peut-être qu'elle aura un peu moins de mal à accepter sa propre chute.


Shadows settle on the place that you left
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And if you're in love, then you are the lucky one, 'cause most of us are bitter over someone. Setting fire to our insides for fun, to distract our hearts from ever missing them. But I'm forever missing you. And I caused it.
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Ҩ Re: Tightrope || Evyria III Ҩ Dim 14 Mai - 18:58


La douleur, l'abandon, l'affliction, la honte. Elle ne sentait même plus les mains de Valkyria se poser sur les siennes pour la soigner. Elle avait croisé un regard suppliant, qu'elle avait accepté en silence ; de toute manière, personne ne pourrait recoudre la plaie béante qu'Adonis avait volontairement ouvert dans sa poitrine. Personne ne lui avait jamais fait de mal à ce point. Personne ne l'avait jamais osé. Mais lui, il l'avait fait, et cette simple idée lui donna envie de hurler. De se précipiter sur son violon, tirer son couteau de la ceinture, et l'égorger. Comment avait-il osé, comment avait-il pu ? Et pourquoi ? Pourquoi cet homme s'était-il attaqué de la sorte à son fils, pourquoi le gardait-il encore avec lui ? Chaque jour qui passait était abominable. Elle vivait recluse dans la peur depuis trop de temps. Elle n'avait pas osé se lever et se battre. Mordred avait trouvé exactement ce qu'il fallait pour la tenir sous sa coupe. C'était tellement injuste. Tellement injuste.

Et elle, qu'avait-elle à faire dans tout cela ? Quel était le rôle de Valkyria dans cette mascarade ? Rien ne l'obligeait à l'aider. Elle avait passé tant de semaines à fuir et tant d'autres à la mépriser. La blessure sur sa cuisse avait mis longtemps à guérir, et l'avait, à chaque pas, invariablement ramené à la souffrance engendrée par cette rencontre dans le coeur de la ville. Elle aurait du lui dire ce jour là ; la vérité, la simple, celle qui l'avait faite reculer. Trois années passées à la revoir, parfois, au coeur de pensées oubliées, lorsque le silence lui laissait le temps libre de réfléchir sur elle-même. Le visage de l'héritière revenait en permanence. Son sourire, et leur étreinte. Ses mains chaudes et sa crinière blonde. La culpabilité la rongeait en permanence. C'est drôle, de songer à quel point tu as pu me manquer. Beaucoup trop, sans doute. Pour qu'elle en vienne à penser cela alors que son fils était loin d'elle... c'était une preuve bien trop flagrante de la faiblesse que l'hispanique éprouvait quand elle croisait son regard bleu. Elle versa de l'eau sur une plaie un peu plus grande, au dos de sa main. Elle retint un gémissement de douleur. Les doigts de Valkyria Dragonstone se refermèrent un peu plus contre les siens. Prisonnière. Docile, Eva ne bougea pas. On lui avait volé toute sa hargne. Elle n'avait vécu que pour Mateo pendant trois ans. Si on le lui enlevait, il ne resterait d'elle qu'une poussière sombre, amère. Et omniprésente, comme de la suie.

Elle avait tout raté. Tout. De ses amours d'antan, perdus, délivrés d'une enveloppe de chair fragile ; de ceux du passé qui revenaient au présent, qu'elle avait vu disparaître par simple égoïsme et manque de jugement. Tout de ses amours du futur, matérialisés dans les yeux verts d'un petit garçon de cinq ans. Elle avait tout perdu, il ne lui restait rien. Plus rien que l'amertume. Plus rien que la souffrance. Affligée par ce poids trop lourd à porter sur ses épaules, elle baissa simplement la tête. Face à elle, Valkyria terminait de bander ses mains blessées. Et elle ne comprenait simplement pas pourquoi. Puis ses yeux brillants de larmes, croisant les siens. Pardonne-moi. J'aurais dû rester. Elle ne prononça pas la seconde phrase. Cela n'avait aucun sens. Cela n'avait aucun sens de parler de cela alors que son enfant se trouvait loin d'elle. Ses grands yeux clairs devaient la chercher. Elle s'était absentée trop longtemps. Elle avait été imprudente, et ce salaud avait sauté sur l'occasion pour lui voler sa vie. Que pouvait-elle espérer ? Elle baissa la tête, simplement. En se jurant, le coeur plein de haine, que si Mateo trouvait la mort, elle traquerait le responsable et lui infligerai des souffrances comparables à celle des suppliciés en Enfer. Elle y prendrait plaisir. Elle le savait. En silence, pourtant, elle laissa ces paroles imaginées dépasser sa conscience. Mon Dieu, qu'ais-je simplement fait pour mériter toutes ces punitions ? Oh, Eva n'était pas croyante. Mais elle savait à quel moment il fallait commencer à paniquer. Et cela l'était, sans nul doute.

Et puis. Le contact rassurant d'une main fine glissant sur sa joue. Elle en sursauta presque, acceptant enfin de lever le regard. « Eva » Je t'en supplie. Ne dis rien. Il y a des chose que tu ne voudras jamais entendre. Que tu n'accepteras pas. La jeune femme lui jeta un regard suppliant. La douleur lui scindait les os, la rendait amorphe, paralytique. Déconnectée de la réalité. Personne ne pouvait comprendre l'ampleur de ces souffrances infligées. Valkyria pouvait-elle le comprendre ? Ou lui assènerait-elle encore ces nouvelles paroles chargées de rancoeur, pour la pousser au fond du gouffre ? Jusqu'où lui en voulait-elle ?

« Tu n'as pas pris tes décisions au hasard. Aucune d'elles. » Aucune d'elles, vraiment ? La jeune femme lui jeta un regard surpris. Ce n'était pas le même discours que celui qu'elle avait entendu des semaines auparavant. Elle l'avait trahie, non ? Ce n'était pas cela, la bonne réponse ? Frissonnant à cause de la morsure du bandage sur ses mains blessées. « Tu as fait de ton mieux. Et tu n'es pas responsable de la cruauté d'Adonis. » "Jamais je n'aurais dû l'amener ici."

« Arrête de te flageller, ça ne va pas t'aider. Ca ne va pas l'aider. » Elle soutint son regard de ciel dégagé, en silence. Qui d'autre accuser ? Que faire d'autre ? Cela faisait un mois. Et il n'avait pas accepté de le lui rendre. Pourquoi ? POURQUOI ? « Il a... cinq ans, maintenant, si je compte bien ? » Elle esquissa un petit sourire et Eva hocha la tête, simplement. Le regard vide. Oui, il avait cinq ans. Cinq années de fierté à se dire qu'au moins, elle aurait réussi une chose dans sa vie. L'étreinte maternelle et affectueuse, le cocon de tendresse dans lequel elle l'avait enveloppé pour le protéger du monde entier. Elle voulait l'Ox ; mais elle ne savait pas encore comment faire pour que le petit garçon puisse en être le possesseur. « Asphalt est peut-être au courant. Ou Amatis. » "Comme si Asphalt allait me venir en aide." elle grinça, mauvaise. Non pas qu'elle ait une quelconque inimité avec la Cracmolle. Mais l'héritière légitime était accrochée si désespérément au bras de son bourreau que la vue de l'horizon s'était bouchée, dans ses grands yeux. Il ne fallait pas compter sur elle. Quant à Amatis... oui, Amatis, sans doute. « Je peux essayer d'en apprendre un peu plus. Il y a forcément quelque chose à faire. » "Rien ne t'y oblige." la réponse claqua, insolente. Valkyria faisait de son mieux. Mais Eva était incapable de comprendre pourquoi. Elle l'avait rejetée, non ? Elle ne voulait pas la voir. Pourquoi être venue la chercher ?

"Pourquoi est ce que tu es venue me chercher ?" Elle se redressa, finalement, retirant ses mains de l'étreinte apaisante de la Dragonstone. "Tu as eu pitié ? Je... je ne veux pas de ça." La panique et le chagrin rendaient ses idées incohérentes. Elle soupira, en se mettant debout ; en faisant le tour de la pièce, une main sur le front, elle tenta de retrouver ses esprits, de mettre de l'ordre là où il n'y avait plus rien. Peine perdue. Elle s'enfonçait petit à petit dans le désespoir. Et rien ne parvenait à lui faire sortir la tête de l'eau. "Tu as été très claire, la dernière fois. Si c'est la compassion qui t'a faite revenir, je pense que je peux repartir. Asphalt ne m'aidera pas, Amatis n'a pas d'influence sur Adonis malgré ce qui s'est passé. Je suis coincée." et elle culpabilisait suffisamment pour cela. "Ne m'inflige pas ça en plus. Tu n'as voulu l'entendre mais..." et elle tourna le regard vers elle. Simplement. Le temps d'un soupir chargé de chagrin et de regrets. "Mais de nous deux, c'est moi qui ais passé trois ans à regretter ma fuite."


Dead is the new alive
i've died a thousand times ✻ I could cry a thousand tears, I could appease your secret fears... But the louder that I scream the harder your machines close over me. But I don't care, Maybe I'm afraid, but still I swear, If I burn, you will see the fire in your mind when you sleep. And the rain won't wash away the ashes underneath your nails today
'Cause if I burn, so will you.
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Statut du sang : Plus pur que le cristalMessages : 367Date d'inscription : 05/04/2016Localisation : Domovoï's Rock, cachée dans un coin
Ҩ Re: Tightrope || Evyria III Ҩ Dim 21 Mai - 11:12

Elle cherche des solutions et elle n'en trouve pas. La frustration commence doucement mais sûrement à grignoter son bon sens ; à lui lacérer un peu plus le bras. Ca devient récurrent ; avec, en fond sonore, la voix grave d'Adonis Greengrass, son ricanement qu'elle imagine, méprisant, victorieux, comme un leitmotiv revenant appuyer sur des blessures jamais refermées. Elle connaît pas mal de choses, du haut de ses vingt-trois ans, Valkyria. Plus que beaucoup de gens, sans doute ; son cocon doré l'a protégée de beaucoup de réalités, mais pas de toutes, et sûrement pas toutes les plus cruelles. L'impuissance, en revanche, lui était parfaitement inconnue il n'y a pas si longtemps que ça – du moins le pensait-elle. Deux petits mois ont suffi à faire éclater à peu près toutes ses certitudes, à réveiller le mal-être latent, le rejet de ce qu'elle est devenue, le dégoût de ce qu'elle a fait de sa vie, de ce qu'elle a fait de cette chance ; celle qu'elle n'aura qu'une fois, qu'elle ne devait pas gâcher. Trop tard pour revenir dessus, avec cette marque sur le bras. Trop tard. Ces deux mots sont une abominable gifle. Décharge d'impuissance ; prends ça et fais avec. Pas le choix, coincée, les mains liées : qu'est-ce qu'elle pourrait changer ? Pour elle, plus rien, pas maintenant, plus jamais peut-être ; peu importe, elle se détourne de la porte fermée, elle n'a plus envie de rêver ce qu'il y aura derrière. Ca fait deux mois qu'elle vit comme une prisonnière ; un, comme une condamnée. Alors elle prend des risques, elle s'en fiche : la cause qu'elle défend – qu'elle mène, en partie – était sa dernière raison de ne pas juste tout foutre en l'air. Mais ça c'était avant de te revoir.

Est-ce qu'elle sait pourquoi elle t'a cherchée toi après avoir vu son père ; la réponse est non, du moins pas vraiment. Un écho dans sa mémoire, le souvenir de quelqu'un qui a su voir, mieux qu'elle, toutes les choses avec lesquelles elle se bat, ou se débat, sans succès. Peut-être qu'elle cherchait à récupérer, ne serait-ce que brièvement, le sentiment de ne pas être complètement seule au milieu de ce monde qui se casse la gueule. La seule à pouvoir lui faire croire que ça n'avait pas d'importance, parce que ce monde n'est pas le sien, c'est toi. Alors elle est venue, sans avoir la moindre idée de ce qui se passait de ton côté du monde. Deux cent mètres plus loin.
Pourquoi est-ce qu'elle se sent autant concernée, elle n'en a aucune idée. Peut-être parce que c'est Greengrass et que, jusqu'à il n'y a pas si longtemps, elle aurait sauté sur la moindre occasion de lui mettre des bâtons dans les roues ; mais là il n'est pas question de ça. Elle est quasiment sûre que son bras ce serait détaché de son corps si ç'avait été la véritable raison. Elle n'a pas trop pour habitude de se sentir très impliquée dans les emmerdes des autres. Sauf que tu n'es pas exactement les autres, en fait. Elle sait très bien pourquoi elle n'a pas le sentiment d'être face à une étrangère, quand bien même tout ce serait joué en une, une seule nuit, il y a trois ans. Elle se souvient bien de comment elle t'a regardée, une main liée à la tienne, l'autre dans tes cheveux, en se disant qu'elle n'oublierait jamais cette image. Comment elle a souhaité que tu ne disparaisses pas trop vite ; ou alors, que tu reviennes, peut-être. Elle était naïve ; aussi confiante en l'avenir que quelqu'un à qui on a montré que le monde était beaucoup plus grand que ce qu'elle avait cru. La porte s'était refermée beaucoup trop vite. Avec elle d'un côté et toi de l'autre.
Elle ne sait pas trop par quelle fenêtre elle essaie de passer, en revenant vers toi ce soir. Au final, elle a surtout le sentiment de ne plus savoir grand chose. Elle est sure en tout cas de ne pas te regarder tomber sans rien faire. Parce que c'est comme ça, c'est tout, et tant pis si elle ne comprend pas. La chute libre amorcée il y a des années vient de la rattraper, et elle ne contrôle plus rien. Elle sait juste que le point d'impact est proche et que c'est profondément injuste qu'elle n'ait rien pu voir de ce qui se passait entre le saut et l'atterrissage. Mais est-ce que ça aurait véritablement du sens de t'en vouloir encore, après tout ce que tu viens de lui dire ?

Non, a-t-elle pensé. Ca n'aurait pas de sens, alors elle a laissé ça derrière, au moins pour l'instant, parce qu'il y a un sens des priorité quelque part dans sa tête et que ce sens là a décidé que l'urgence était ailleurs. Est-ce que tu vas le lui reprocher ? « Rien ne t'y oblige. » Elle ne sait pas pourquoi ce ton cassant la fait presque sursauter. Bien sûr que non, elle n'est plus obligée de grand chose maintenant de toute façon. Retrouver l'Ox, en théorie, mais ça non-plus ça n'a pas de sens, elle étranglerait elle-même son père si elle le pouvait. D'ailleurs c'est à se demander pourquoi elle ne l'a pas encore fait. « Pourquoi est-ce que tu es venue me chercher ? » Elle n'a même pas le temps de répondre ; tes mains lui échappent et elle reste interdite tandis que tu te lèves et la contournes pour faire les cents pas dans la pièce. « Tu as eu pitié ? Je... Je ne veux pas de ça. » Elle serre les dents, se relève à son tour pour te suivre du regard, à mi chemin entre l'exaspération et l'incrédulité. Pourquoi est-ce que tu la repousses ? La pitié, ça ne lui ressemble vraiment pas. Et sûrement pas pour toi.

Tu tournes le long des murs, le regard un peu fou, perdu n'importe où sauf sur elle, et elle se retient pour ne pas t'attraper et te forcer à la regarder ; arrête ton délire maintenant, tu vous mènes sur une pente dangereuse. Sauf que non, tu as juste l'air de paniquer, coincée entre les parois de ta propre tête, incapable d'échapper au désespoir qui y règne. Elle comprend douloureusement ce que c'est, et se force à ne pas laisser la colère prendre le pas. Ca ne servirait à rien, et tu n'as pas besoin de ça.

« Tu as été très claire, la dernière fois. Si c'est la compassion qui t'a faite revenir, je pense que je peux repartir. Asphalt ne m'aidera pas, Amatis n'a pas d'influence sur Adonis malgré ce qui s'est passé. Je suis coincée. » Ce n'est pas ce fatalisme qui te fera avancer. Ce n'est pas en lui reprochant son incapacité à elle à te tirer de là que tu vas t'en sortir, bordel. L'accabler ne sert qu'à l'exaspérer un peu plus ; qu'est-ce que tu veux qu'elle fasse d'autre ? Qu'est-ce qu'elle aurait pu faire de mieux, exactement ? « Ne m'inflige pas ça en plus. Tu n'as voulu l'entendre mais... » Tu la regardes, ça y est. Tes prunelles rencontrent les siennes mais ne se heurtent qu'à un voile de colère réprimée. « Mais de nous deux, c'est moi qui ais passé trois ans à regretter ma fuite. » Oh tu veux revenir sur ça, vraiment ? Elle ouvre la bouche, les poings serrés contre ses hanches « Tandis que j'ai passé trois années absolument merveilleuses sans avoir la moindre idée de la souffrance que tu t'étais infligée pour mon bien ; toi aussi tu as été très claire la dernière fois. » crache-t-elle. Regard assassin. C'est injuste, elle pense, en détournant brusquement la tête pour s'éloigner d'un pas ou deux.

Aucune décision au hasard, elle a bien voulu l'entendre, elle. Que tu as cherché à protéger ton fils en effaçant ses souvenirs, qu'il n'y avait aucune autre solution, dans ton esprit, que celle de la laisser derrière, en reniant une promesse qu'elle a peut-être même imaginée. En se perdant dans ces souvenirs, pourtant, la nuit, étendue à côté d'un fiancé qui la pensait endormie, elle l'aurait juré encore, que tu ne l'abandonnerais pas. Cette pensée lui serre le cœur ; elle s'efforce de rester calme. C'est dur pourtant. « Je n'ai pas pitié de toi, en arrivant dans le hangar je ne savais même pas ce qu'avait fait Adon- » elle s'interrompt, abruptement, étouffant dans son poing serré la douleur qui se réveille chaque fois plus violemment. Ca devient impossible, la moindre mention de son nom rend le traitement plus douloureux. Elle joue trop avec les limites, ça devient dangereux, elle le sent. Elle ne peut tout simplement pas continuer. L'air sombre, la mâchoire contractée, elle tourne le regard vers toi en reprenant, la rage grondant au fond de la voix. « Je ne suis pas revenue pour ça. » Je voulais te parler, te voir, je ne sais pas, je ne sais pas à quoi je m'attendais, aurait-elle dû dire, au moins pour confesser son propre désarroi, en guise de bonne foi, mais rien ne lui laisse penser que tu serais prête à entendre les pensées qui la rendent doucement folle. Mateo est ta priorité, le désespoir déglingue tes pensées. Elle ne devrait même pas t'en vouloir pour tes paroles, pour tes reproches. Mais c'est pas juste, elle se dit ; tu te trompes de cible. « Quelles que soient mes raisons je ne m'attendais pas à ce que tu me reproches de chercher à te retrouver » Son ton est plus cinglant que son regard ; elle essaie de masquer la peine, en se disant que de toute façon tu ne la remarqueras sûrement pas. Et ça, elle, elle n'a pas l'intention de te le reprocher. Elle n'en aurait pas eu le temps de toute façon.

Un bruit du côté de l'entrée lui fait faire volte-face, juste à temps pour apercevoir un homme laisser retomber les pans de la toile de tente derrière lui. Matthew se redresse en défroissant sa veste, posant sur elle un regard perçant qu'elle connaît par cœur. Il a cet air assuré des gens qui ont toujours un train d'avance, ou du moins qui veulent le faire croire au monde entier. Ses manières impeccables avec cet air de ne pas y toucher qui le fait sembler un peu frileux ; mais cette fois son visage éternellement lisse arbore une expression bien trop déterminée pour qu'elle ne se méfie pas. Il n'a même pas l'air surpris de se retrouver dans cette pièce dont il est censé ignorer l'existence. Elle note que l'alarme magique ne s'est pas déclenchée, d'ailleurs. Son estomac se serre ; depuis combien de temps sait-il ? « Visenya. » Un sourire beaucoup trop aimable se dessine sur ses lèvres et elle le fixe sans bouger, sur ses gardes. « Tu as vu ton père ? Il te cherchait tout à l'heure. Je crois qu'il a prévu de rester un peu. » Il s'amuse, le salaud, ça se voit. Elle serre les poings mais est bien incapable de trouver quelque chose à lui répondre. Distraitement, il s'approche des meubles, jette un œil sur les plans du laboratoire, puis avise le violon posé juste à côté. Alors seulement il relève la tête vers toi, arborant un sourire goguenard « Je m'attendais à trouver à peu près n'importe qui en réussissant à rentrer ici. Mais sûrement pas une alliée de Mordred. Ca risque de l'intéresser ; n'est-ce pas Eva ? »

De sa taille, la main droite de Valkyria a glissé au-dessus de ses reins, là où se tient l'étui de sa baguette. Elle n'a pas l'intention de le laisser agir, il faut le neutraliser maintenant, les détails seront à voir ensuite. L'ennui c'est qu'à mesure que ses doigts se rapprochent du bois d'aubépine, son bras gauche lui donne l'impression de prendre un peu plus feu ; la lueur sous sa peau s'illumine, se fait un peu plus vive : elle n'a pas le droit d'interférer dans les affaires de Dolohov. Ce sont ses termes. Pour autant elle ne peut pas laisser faire Matthew, s'il parle, c'est tous les autres qu'elle met en danger. Et toi. Et ton fils. Elle n'aura qu'une seule chance si elle lance un sortilège, elle a intérêt à ne pas le louper.


Shadows settle on the place that you left
And if you're still bleeding, you're the lucky one. 'Cause most of our feelings, they are dead and they are gone. We're setting fire to our insides for fun, collecting pictures from the flood that wrecked our home. It was a flood that wrecked this. And you caused it.
And if you're in love, then you are the lucky one, 'cause most of us are bitter over someone. Setting fire to our insides for fun, to distract our hearts from ever missing them. But I'm forever missing you. And I caused it.
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Statut du sang : Née MoldueMessages : 188Date d'inscription : 17/11/2015Localisation : Domovoï's Rock
Ҩ Re: Tightrope || Evyria III Ҩ Sam 12 Aoû - 22:51


Après tout, de quelle aide pouvait-elle prétendre bénéficier à cet instant ?

Comment avait-elle pu laisser les choses aller aussi loin ? Comment avait-elle pu ainsi se laisser enfermer entre les serres coupantes d’Adonis Greengrass, comment avait-elle pu ignorer le danger, aveuglée par l’aura de noirceur qui l’avait enveloppée jusqu’à envahir ses sens ? Comment avait-elle pu simplement supporter cette proximité malsaine qu’ils s’étaient infligé, jusqu’à s’étouffer l’un l’autre et engendrer une haine absolue, sans possibilité de retour ? Eva n’en avait pas la moindre idée. Son coeur gelé était tombé aux pieds de l’homme, dans les ruelles sombres de Madrid. Que faisait-il là, pourquoi, elle ne l’avait jamais su ; mais le sorcier qui les avait mis en contact tous les deux avait signé la fin de la stabilité factice de la vie de la jeune femme. Si Eva était retournée dans les bas-fonds après la mort de Lancelot, ce n’était pas par simple hasard. Elle avait choisi son destin, parfaitement consciente de ce que Mordred lui apporterait, et tout ce qu’il ne lui donnerait pas. A cette époque, avait-elle éprouvé un espoir qu’elle avait choisi de cacher pour ne pas sombrer de nouveau ? Il l’avait sortie du trou à rats dans lequel elle s’était réfugiée pour lui en trouver un autre un peu plus grand. Mais Eva ne connaissait plus que l’ombre depuis la perte de son mari. Rien d’autre n’avait eu plus d’importance que ces crimes qu’elle commettait pour oublier les siens, pour oublier son impuissance et sa faiblesse face au destin. Elle avait voulu changer le monde ; et pour cela, elle s’était lovée comme un chat entre les mains de cet homme qui n’avait ensuite eu de cesse que de la trahir.

Depuis la disparition de Mateo, elle y avait repensé. Dans sa synesthésie, elle avait revu les images inlassables des silences volontaires qu’elle avait laissé raisonner aussitot qu’une conversation dérivait sur elle et son passé. Elle avait toujours pris le soin de rester vague avec le Greengrass. Elle ne lui avait jamais parlé de Lancelot, et encore moins de son petit garçon. Acceptant volontiers les gages de confiance qu’il lui avait offert années après années, ne rechignant pas à lui dévoiler des pans entiers de cette vie qu’on avait brisé autour de lui. Elle avait compris qui il était, et pourquoi il avait fait ces choix. Les avait-elle acceptés ? Les avait-elle entendus, ou s’en était-elle moquée ? Au bout du compte, elle avait fini par avoir la réponse. Mateo n’était qu’une friche de son passé, et elle ne voulait plus en entendre parler. Elle avait préféré se plonger dans les affres de sa vie à lui au point de ressentir sa souffrance corrosive, plutôt que d’accepter qu’avant lui, il y avait eu autre chose. C’était dans l’ombre secrète de ses soupirs désespérés qu’Adonis et Mordred avaient tour à tour imposé leurs marques.

Et ils avaient atteint le point de non retour.

La perte de son fils l’obsédait, et avec lui, son obsession à l’idée de faire la peau au salaud qui le lui avait pris. Elle ne l’aurait jamais cru capable d’une telle erreur avec elle ; avait-il seulement conscience qu’en lui arrachant sa dernière raison de vivre, il s’était fait une ennemie mortelle ? S’en moquait-il, sinon ? Que ressentait Adonis à cette idée ? La lionne blessée marchait encore. Et dans ses pas, dansait le spectre d’une jeune femme blonde qui n’avait eu de cesse que de la fuir depuis qu’elle avait su la vérité. Sans jamais chercher à écouter la version d’Eva, sans jamais chercher à comprendre pourquoi elle aussi avait décidé de partir un jour. Elle l’avait mérité. Eva avait effacé ses souvenirs et avec eux, une véritable possibilité de discuter. Et elle lui en voulait encore. Aveugle au point de ne pas voir ce que cela lui avait coûté, à l’hispanique, de vivre durant trois années dans le mensonge. Trois années à se dire qu’elle serait toujours la seule à devoir vivre avec le spectre de ses doigts fins contre sa peau. Elle n’avait jamais pu oublier. Et la seule idée de devoir se jeter un sort elle-même pour qu’elle quitte ses pensées lui était absolument insupportable. Valkyria serait-elle capable de le comprendre ? Quelque chose dans le regard furieux de l’aristocrate lui informa rapidement que non. Etais-ce finalement pour elle qu’Eva l’avait fait ? Pour la préserver ? Non. C’était pour se protéger elle des conséquences de ses actes. Adonis ne lui pardonnerait jamais cela. Cet homme avait depuis longtemps enroulé une laisse autour de son cou. Et elle n’avait rien vu venir. Rien du tout. Il ne lui restait plus que la douleur et l’amertume.

« Tandis que j'ai passé trois années absolument merveilleuses sans avoir la moindre idée de la souffrance que tu t'étais infligée pour mon bien ; toi aussi tu as été très claire la dernière fois. » Comme si elle avait eu le choix. Comme si cette douleur que Valkyria avait porté était échelonnable sur la sienne. Elle réprima une réplique cinglante, furieuse. Toi au moins tu n’as pas passé trois années à regretter cette nuit. Tu n’as pas été hantée avant maintenant, parfaitement heureuse dans le petit confort de ton château. Tu ne t’es pas souvenue du goût de la liberté que j’ai laissé sur tes lèvres. Moi, je me souviens encore de la prison dans laquelle tu m’as tenue cloîtrée cette nuit-là. Elle se rappelait et c’était sans doute le plus insupportable. Et maintenant, qu’est ce qui la motivait à l’aider ? Personne ne le pourrait de toute manière.

« Je n'ai pas pitié de toi, en arrivant dans le hangar je ne savais même pas ce qu'avait fait Adon- »
Face à elle, Valkyria s’immobilisa. Une grimace, qu’Eva prit pour de la douleur ; mais elle ne fit pas immédiatement attention. Cela ne l’intéressait pas. La détresse de Valkyria était bien secondaire face à la sienne, cette peur panique de savoir son enfant loin d’elle. Dans quel état ? Comment Adonis le traitait-il, comment se nouaient les liens entre eux ? L’appelait-il en pleurant ? Mordred ne parlait pas un mot d’espagnol, jamais ils ne parviendraient à communiquer. Et s’il l’avait déjà tué ? S’il avait menti ? Les mains tremblante, Eva retint de nouveaux sanglots de terreur. « Je ne suis pas revenue pour ça. » Alors pourquoi ? Pourquoi avait-elle si soudainement décidé de se tourner vers elle de nouveau, après des semaines de silence et d’ignorance ? Pourquoi avait-elle soudainement voulu la retrouver ? Elle eut envie de lui cracher que c’était trop tard, que tout le mal était déjà fait. Mais elle garda sa langue fourchue entre ses dents. Cela n’arrangerait absolument rien.

« Quelles que soient mes raisons je ne m'attendais pas à ce que tu me reproches de chercher à te retrouver » “Quand je pense que tu m’as reproché un silence de trois ans quand tu as fait exactement la même chose avec moi ces derniers mois. Et sans avoir la décence d’effacer ma mémoire. Tu t'imagines peut être encore être la seule à plaindre ?” persifla-t-elle, hargneuse. Les choses allaient forcément tourner à la dispute, Eva le sentait. Il y avait des choses qu’elle refusait d’entendre. Pas maintenant. Pas alors qu’elle lui avait supplié de la pardonner lors de leur dernière rencontre. Elle n’avait pas le droit de faire ce genre de remarque. Pas le droit de faire la victime alors que pour l’heure Eva estimait que ses plaies étaient bien plus grandes que les siennnes. Son fils était la dernière chose qui lui restait. Sa dernière raison d’aimer puisqu’elle l’avait perdue, elle.

Et puis, un bruit lui fit vivement tourner la tête. Quelqu’un avait pénétré dans la tente, de l’autre côté. Il ne lui fallut pas beaucoup de temps pour savoir. Matthew était-il au courant de l’existence de cette pièce ? Non, sans doute pas. Le fiancé de Visenya Dragonstone n’était qu’une peau de plus sur son masque de chair. Asphalt aussi avait été obligée de s’écorcher pour elle. Les yeux jetant des éclairs, Eva laissa son regard dériver en direction de l’ouverture. Lorsqu’il entra, elle serra les dents. Elle n’avait jamais supporté cet homme. Les rares fois où elle l’avait vu, il ne lui avait inspiré qu’un mépris profond. Jalousie ou simplement… pitié ? Elle ne l’avait pas su d’abord. Elle commença doucement à se poser la question.

« Visenya. »
Eva resta immobile. Son violon était loin d’elle, et son sabre dans son dos ne lui serait pas utile, trop long à dégainer. Sa main se porta lentement en direction d’un poignard à sa ceinture. Si jamais il osait le moindre pas, elle le tuerait. Elle n’avait plus rien à perdre, elle n’aurait qu’à assumer les conséquences de ses actes. Cela n’avait aucune importance. Absolument aucune. « Tu as vu ton père ? Il te cherchait tout à l'heure. Je crois qu'il a prévu de rester un peu. » Elle se tourna en direction de la blonde, un sourcil haussé. Le père de famille de la maison mère avait fait le déplacement jusqu’à Domovoï ? Elle n’était pas au courant. Avait-il rendu visite à la véritable Visenya, ou l’avait-il laissée en pâture au salaud qui lui avait tout pris ? Parce qu’Adonis avait tout pris, tout. Et si Matthew n’en savait rien, il jouait tout de même sur la corde raide. Les membres crispés par la colère et l’angoisse, Eva se tint prête à frapper. Un seul mouvement en direction de sa baguette, et il tomberait au sol, égorgé. Elle n’avait aucune patience. Absolument aucune. « Je m'attendais à trouver à peu près n'importe qui en réussissant à rentrer ici. Mais sûrement pas une alliée de Mordred. Ca risque de l'intéresser ; n'est-ce pas Eva ? »

Elle se redressa, la tête haute. Il osait la menacer, elle ? “Est-ce que ton égo ne serait pas froissé par ma simple présence ? Venant d’un type comme toi, ça ne m’étonnerait pas.” sa voix grondante résonna dans le silence de plomb régnait dans la pièce. Un regard sur le côté lui dévoila une jeune femme à l’affut, la main près de sa baguette. Mais si Valkyria intervenait, elle lui serait redevable. Et elle ne voulait pas être redevable à qui que ce soit. Furieuse, elle lui fit face. Esquissant un pas en avant, les bras croisés. Redoutable et féroce. Un animal blessé comme elle se battrait jusqu’à verser les dernières gouttes de son sang. “Va donc dire à Mordred où je suis, Matthew. Il n’y a rien qu’il puisse faire de plus pour m’en empêcher.” il aurait pu mentir. Mateo était peut être déjà mort. Et de toute manière la simple présence du fiancé suffit à lui arracher un sourire chargé de chagrin et d’ironie. Qu’il ose seulement. Qu’il ose, ce salaud, la menacer. “Mais tu n’auras sans doute pas le temps de le faire. Si tu ne veux pas avoir de problèmes, mieux vaut que tu ne m’aies jamais vu dans cet endroit. Va-t-en.” Il règlerait ses comptes plus tard. L’heure n’était absolument pas à ce genre de phrases. Pas face à quelqu’un dont le coeur venait de mourir.

Elle n’avait plus peur de rien.


Dead is the new alive
i've died a thousand times ✻ I could cry a thousand tears, I could appease your secret fears... But the louder that I scream the harder your machines close over me. But I don't care, Maybe I'm afraid, but still I swear, If I burn, you will see the fire in your mind when you sleep. And the rain won't wash away the ashes underneath your nails today
'Cause if I burn, so will you.
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Statut du sang : Plus pur que le cristalMessages : 367Date d'inscription : 05/04/2016Localisation : Domovoï's Rock, cachée dans un coin
Ҩ Re: Tightrope || Evyria III Ҩ Mer 27 Sep - 22:38

« Quand je pense que tu m’as reproché un silence de trois ans quand tu as fait exactement la même chose avec moi ces derniers mois. Et sans avoir la décence d’effacer ma mémoire. Tu t'imagines peut être encore être la seule à plaindre ? » « Mais à quoi tu t'attendais ?! » elle lance, du tac au tac, la voix trop haute et trop tremblante. Elle n'en peut plus de se déchirer, de se débattre avec ses liens invisibles. Pourquoi est-ce qu'elle est là, déjà, et pourquoi elle continue ? Elle t'observe, ses iris défaites plantées dans tes yeux chargés de colère. Quel putain de sens ça a ? Ces reproches balancés en désespoir de cause, c’est vraiment tout ce qu’il vous reste à dire ?
« C’est toi qui m’as dit de dégager il y a un mois au cas où tu l’aurais oublié. Moi je t’avais pas demandé de par- » Elle s’arrête, elle sent qu’elle va craquer. Et est-ce que c’est si surprenant que ça, au fond ? Elle pensait avoir tout perdu, les rares choses qu’elle croyait encore siennes après avoir réalisé que son empire était fait de fumée. Au milieu du brouillard, il y a eu ce souvenir, revenu de trop loin, trop vite, trop fort, qui lui a rappelé qu’elle a réussi à être vivante un jour et qui lui a fait croire que peut-être tout n’était pas encore perdu. Elle te regarde et elle se souvient douloureusement de la façon dont tu lui as fait croire que tout pouvait encore commencer au moment où elle pensait avoir échoué définitivement. Elle ne sait pas, toujours pas, ce qui s’est passé ce soir là ; elle ne sait pas pourquoi te voir dans cet état lui est si insupportable, ni pourquoi elle ressent ton rejet comme une énième lame plantée profondément dans sa poitrine. Peut-être celle de trop, après tout.

Matthew choisit ce moment pour débarquer dans la pièce secrète et fanfaronne dans le plus grand des calmes tandis que ce qu’il reste des certitudes de Valkyria s’effondre dans un silence assourdissant. Il menace, il provoque, elle prend ce temps pour reprendre contenance et se recomposer une expression un peu moins défaite. A l’évocation de Valeryon, tu te tournes vers elle, et elle ne soutient ton regard qu’une seconde. Ah, oui, voilà ; c’est pour ça qu’elle est venue à la base. Elle cherchait un refuge, sans s’attendre à trouver un autre vestige laissé par Dolohov. « Est-ce que ton égo ne serait pas froissé par ma simple présence ? Venant d’un type comme toi, ça ne m’étonnerait pas. » Il sourit mais elle voit qu’il est exaspéré. Il a certaines expressions en commun avec le commun de la petite noblesse, évidemment ; avant aujourd’hui pourtant, elle n’aurait jamais pensé qu’il portait un masque lui-aussi, et que ce n’est pas simplement… comme ça qu’il est. Sauf qu’il est trop calme et trop sûr de lui pour qu’elle ne se méfie pas : il en sait plus que ce qu’elle a imaginé, et il est plus dangereux que ce qu’elle a toujours cru. Elle s’est laissée dire qu’il la sous-estimait depuis toujours mais c’est précisément l’inverse. Elle aurait dû se méfier davantage. Trop tard pour les regrets, encore une fois. « Va donc dire à Mordred où je suis, Matthew. Il n’y a rien qu’il puisse faire de plus pour m’en empêcher. » Oh, non, il est bien trop fier de sa trouvaille pour aller voir Mordred tout de suite, elle est certaine que c’était une menace dans le vent. Ou alors il compte utiliser cette information pour attirer l’attention d’Adonis Greengrass, l’homme qu’il a décidé d’admirer il y a longtemps pour ne pas devoir le haïr. La jalousie, ce que ça fait faire aux hommes... « Mais tu n’auras sans doute pas le temps de le faire. Si tu ne veux pas avoir de problèmes, mieux vaut que tu ne m’aies jamais vu dans cet endroit. Va-t-en. »

Matthew reste immobile quelques instants, il te toise, en silence ; elle en profite pour forcer sa main à se refermer sur sa baguette, dans son dos. La douleur lui déchire le bras ; elle ferme les yeux une seconde et quand elle ouvre les paupières, c’est elle qu’il regarde, un nouveau sourire triomphant sur les lèvres. Il a surpris son geste, mais ne semble pas inquiet le moins du monde. Lentement, il lève ses deux mains en évidence devant-lui en s’approchant, un pas après l’autre, de la Dragosntone. « Restons calmes, d’accord ? Je ne vais pas m’en aller. Je suis chez moi, après tout. »
Lui, il te regarde toi, ça se voit qu’il est sur ses gardes même s’il force la nonchalance. « Plus que toi, d’ailleurs. » Il ajoute, moqueur, tandis qu’il referme une main sur la nuque de Valkyria, comme si c’était le geste le plus naturel du monde. Son contact est doux, possessif, il la surprend autant qu’il la dégoûte mais elle n’est pas certaine de pouvoir se défendre alors elle se fait violence pour rester immobile. Elle croise ton regard, fébrilement. Ca la tue d’être enchaînée par la peur comme ça. « Je te conseille de lâcher cette baguette avant de te blesser, ma chérie. Entre nous, j’aimerais autant que tu restes en vie. » Espèce de sale petit con. La colère lui rattrape les entrailles ; une chose tangible à laquelle elle peut se raccrocher au milieu de tout ça, qu'elle saisit sans réfléchir. Mue d’une détermination qu’elle ne se pensait plus capable de trouver, une grimace crispée accrochée sur le visage, elle ne lui laisse même pas le temps d’effacer son sourire suffisant : une main sur la bouche, il recule de plusieurs pas tandis qu’elle redresse la tête après lui avoir fichu le plus splendide coup de boule qu’elle ait jamais donné.

D’un geste vif, elle dégaine sa baguette et se met en garde : en face, il veut faire de même, mais au moment où sa main va saisir le revers de sa veste, une lame siffle dans l’air et va se ficher profondément dans son pectoral ; il a eu le réflexe de s’écarter, mais pas assez. Sans ça, le poignard aurait percé son coeur. Elle écarquille les yeux en l’entendant gémir ; elle n’avait pas prévu ça, du tout - bon sang mais est-ce que c’était vraiment nécessaire ? Une oeillade furibonde dans ta direction et elle te voit saisir une autre lame, peut-être pour finir le travail, alors elle se retourne et d’un mouvement sec du poignet, envoie un éclair rouge droit sur lui. Stupefixié, Matthew tombe en arrière et elle a au moins la satisfaction de constater qu’un air parfaitement paniqué a remplacé son éternel sourire satisfait. Elle s’approche vivement et récupère la baguette magique dans sa veste bien trop propre. Juste par précaution. Alors seulement elle te regarde, et c’est presque comme si rien ne s’était passé. Toujours la même expression, presque la même position. A ceci près qu’il manque à présent un couteau à ta ceinture. Et qu’un corps inerte est étendu derrière elle. « C’était pas nécessaire. » elle fait, comme si elle était en colère, sauf qu’elle n’arrive qu’à soupirer. Elle n’a pas envie de se battre. Elle devrait être paniquée à l’idée de devoir justifier la blessure que Matthew trouvera sur son torse à son réveil, de trouver comment le soigner aussi, pour éviter qu’il meure vidé de son sang quand tu voudras récupérer ton arme. Elle devrait s’inquiéter de milliers de choses. Comment faire en sorte de récupérer le respect de son père, accessoirement. Reprendre le contrôle de sa vie ; ou plutôt, les laisser reprendre le contrôle sur sa vie. Remettre son collier bien en place. Trouver l’Ox, s’en balancer une dose dans les veines. Gérer le pouvoir, devenir un nouvel instrument pour sa famille, s'en montrer digne, à la hauteur. Ne pas craquer. Jamais, et surtout pas. Surtout pas maintenant, hein ?

Elle a le vertige, elle tremble. Ca doit s’arrêter. Tout de suite. « Je crois que. » sa voix est terne, elle se sent vide, trop pleine. Elle s’attend à exploser d’une seconde à l’autre ; ou plutôt non, à juste arrêter, à ce que ce soit fini, comme ça, d’un coup, sans bruit. « tu devrais t’en aller Eva. » Elle ne te regarde pas, au point où vous en êtes vous risqueriez de vous fracasser une fois de trop. Dans un coin de sa mémoire, elle se souvient de l’éclat presque tendre qu’elle a vu briller dans un coin de tes prunelles émeraude. Du sentiment qui l’a étreinte, bercée, sur lequel elle ne savait même pas mettre de nom ; réconfort, sécurité. Ca ne semble pas si impensable ; pourtant elle sait déjà que tout le monde ne saurait pas apaiser le feu qui la dévore comme tu en as été capable cette nuit-là. Sa gorge se serre. Tu lui manques, encore plus maintenant qu’elle a compris qu’elle ne te retrouvera jamais. C’est trop tard. C’est trop con.
Elle voudrait que tu restes, elle a besoin de toi mais elle a bien vu que ta détresse ne la rattrapera pas. Elle ne peut rien pour toi ; toi plus rien pour elle. Trop tard, trop tard depuis la première fois. La fenêtre ouverte et la rose sur la table de chevet ; elle comprend maintenant, trop tard encore, toujours et elle ne sait même pas qui blâmer mais ça ne peut pas continuer encore. « Pars. »
Ses prunelles tremblent, elle pleure sans une larme et elle hurle sans un mot tellement ça lui fait mal. Reste, reste, reste avec moi. Elle sait que tu ne le feras pas. Après tout, cette fois c’est elle qui l’a demandé.


Shadows settle on the place that you left
And if you're still bleeding, you're the lucky one. 'Cause most of our feelings, they are dead and they are gone. We're setting fire to our insides for fun, collecting pictures from the flood that wrecked our home. It was a flood that wrecked this. And you caused it.
And if you're in love, then you are the lucky one, 'cause most of us are bitter over someone. Setting fire to our insides for fun, to distract our hearts from ever missing them. But I'm forever missing you. And I caused it.
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Statut du sang : Née MoldueMessages : 188Date d'inscription : 17/11/2015Localisation : Domovoï's Rock
Ҩ Re: Tightrope || Evyria III Ҩ Hier à 23:09

Des reproches.

C’étaient des reproches continuels qui jaillissaient de ses lèvres, ses mèches blondes de princesse furieuse balayant son visage aux traits crispés. Elle la regardait, en silence, elle la toisait de ses yeux d’émeraudes, folle elle aussi ; folle de douleur, folle de cette solitude qui la rongeait comme on aurait enfoncé un poignard rouillé dans sa poitrine. Elle se sentait se nécroser à chaque jour qui passait, mourir à petits feux. Elle n’avait jamais eu qu’un seul air pur, et il s’appelait Mateo. On lui avait arraché ce qui était devenu nécessaire à sa survie, la douce présence de son fils, et de tout ce qu’il représentait, tout ce qu’elle avait perdu ; l’innocence, l'insouciance, la pureté brillant dans son regard de jade. Et voilà qu’en plus elle devait supporter ces énièmes mots qu’elle ne supportait plus d’entendre. Voilà pourquoi elle n’avait pas cherché à la retrouver, pourquoi elle l’avait fuie plutôt que poursuivie, pourquoi elle lui avait demandé de partir. Elle lui avait demandé pardon, et elle lui avait craché au visage, elle aussi, comme ils l’avaient tous faits, finalement. Elle ne serait jamais hantée que par les images de sa décadence, condamnée par le destin à ne connaître que la douleur de chaque perte. C’était insupportable. Parce que personne ne voyait ce qui se cachait dans sa poitrine, les restes de ce petit coeur battant dont elle avait arraché quelques morceaux années après années pour les donner à ceux qui l’avaient gagné. Et jamais cela ne lui avait été rendu. Lancelot. Mordred. Valkyria.

Un nom de plus à ajouter à la liste de ceux qu’elle avait un jour aimé si fort qu’elle en avait perdu une partie d’elle même.

Elle ne s’en cachait plus désormais. Elle avait parfaitement conscience que c’était lui qui l’avait arraché aux bras de la Dragonstone sans même qu’il ait eu besoin de lui demander. Elle s’était réveillée au beau milieu de la nuit, terrorisée à la simple idée de déclencher sa colère, et elle était partie. Elle avait effacé soigneusement ces traces, pour qu’elle devienne la seule à regretter. Valkyria avait passé trois années sans jamais savoir ce qui s’était joué cette nuit-là, et à quel point les regrets auraient pu la ronger. Cela avait été le cas, pour Eva. Elle avait supporté durant trois années, sans sourciller, la présence d’Asphalt aux côtés de Mordred, cette princesse déchue qu’il tenait encore à l’heure actuelle à son bras, là où lui avait profité de sa faiblesse pour lui voler son fils. Il avait agi par… par quoi exactement ? Instincts de propriétaire ? Jalousie ? Elle se força à ne pas se poser la question. Le résultat était le même de toute manière ; cette jeune femme qui lui faisait face, le regard luisant de colère, elle l’avait tout simplement perdue. Elle aurait la peau d’Adonis. Elle la porterait en étole autour de son cou comme un monstrueux trophée de chasse. C’était son sang qu’elle voulait, désormais.

Elle s’occuperait de cela plus tard. Silencieuse, son regard vert s’était détourné de la dispute pour voir Matthew apparaître. Ce type ne valait rien pour elle. Elle avait toujours estimé qu’il ne valait rien ; il n’avait ni autorité ni pouvoir hormis celui de la promesse d’un mariage qui ne viendrait jamais. Valkyria s’en garderait, sans doute, préférant certains avantages à son statut, reniant les inconvénients pour en user d’excuses. Ignorant ce que les autres pouvaient ressentir. Elle avait été incapable de voir l’étendue de ses regrets. Incapable de comprendre qu’elle avait porté cette nuit comme un fardeau sur ses épaules, rêvant parfois de la vivre encore. Elle n’avait vu que son départ. Elle avait balayé ces instants merveilleux d’un revers de la main, emportant avec elle ce morceau de son coeur qu’elle lui avait donné cette nuit-là. Et en prime, ce gêneur qui débarquait. Le sort s’acharnait. Il lui souriait, effronté, inconscient du danger. Elle pouvait frapper n’importe quand. Il mit les deux mains en avant, avançant lentement de quelques pas en direction de Valkyria. Elle pouvait sentir son sang bouillir dans ses veines.

« Restons calmes, d’accord ? Je ne vais pas m’en aller. Je suis chez moi, après tout. » Oui, chez lui, au milieu des débris de cette union factice à laquelle ils ne croyaient ni l’un ni l’autre. Les dents serrées, elle ne répondit rien à la première remarque. Ce ne fut pas le cas pour la seconde. « Plus que toi, d’ailleurs. » ll se foutait d’elle. “Je savais pas que c’est de cette manière qu’on traite les invités, chez les nobliaux.” ce salaud puait le fric et l’ambition. Il faisait partie de cette élite qu’elle volait, pillait, écrasait en secret sur son talon. Il faisait partie de ceux qu’elle haissait plus que sa propre chair, ceux qui subiraient un jour les fureurs de sa vengeance pour l’avoir conduite dans les bas fonds, condamnée à n’être qu’un instrument en errance. Arrivé à la hauteur de la Dragonstone, il l’effleura d’une main doucereuse. Elle posa la main sur sa ceinture. Qu’il arrête tout de suite. Elle croisa un regard clair et répondit par un autre, déterminé. Soit.

« Je te conseille de lâcher cette baguette avant de te blesser, ma chérie. Entre nous, j’aimerais autant que tu restes en vie. » Elle pouvait sentir Valkyria écumer de rage. Elle n’en était pas loin non plus ; elle avait besoin de se défouler, et s’il voulait remplacer les pantins de la salle d’entrainement, elle ne se gênerait absolument pas. Il n’avait aucune valeur pour elle, sa vie ou sa mort ne remuerait ni son présent ni son futur, comme toutes ses précédentes victimes. Elle accordait si peu de valeur à la vie de toute manière. Mais ce fut l’autre qui agit la première ; se dégageant de son étreinte, elle lui envoya un coup de tête qui le fit violemment reculer, une main sur le front. Dans un geste rapide, elle dégaina son arme ; et alors qu’il cherchait à faire front à la baguette brandie de Valkyria, elle envoya son poignard lui foudroyer la poitrine. Un pas de moins et elle le tuait. Elle poussa un grognement de frustration, tirant de sa ceinture un second qu’elle s’apprêtait à lui envoyer en pleine tête ; mais un éclair rouge lui priva de cette simple satisfaction. “Qu’est ce qui te prend ?” stupéfixé, Matthew gisait à présent au sol, le sang suintant légèrement de la plaie. Furieuse, elle rangea sa lame, les bras croisés alors que Valkyria lui retirait sa baguette.

« C’était pas nécessaire. » Non bien sûr. Mais elle l’avait fait. Elle haussa les épaules, sans répondre, observant le corps étendu de l’aristocrate à qui elle aurait volontiers balancé un bon coup de pied en pleine machoire. Silencieuse, son regard se porta ensuite sur elle. Le silence était revenu et avec lui, cette gêne des mots qui ne franchiraient jamais la barrière de leurs lèvres. La vérité. Cette simple vérité dont elles ne supportaient plus la vue. Elles n’oublieraient jamais cette nuit. « Je crois que. » Elle sut ce qu’elle allait dire avant même qu’elle prononce le moindre mot. Elle fuyait son regard, observant méthodiquement le sol et Eva sut qu’il n’y aurait plus jamais le moindre retour en  arrière possible. De toute manière, Mordred avait été parfaitement clair. « tu devrais t’en aller Eva. » Oui, elle allait s’en aller. Cela n’avait rimé à rien après tout. C’était Valkyria qui était venue la chercher pour soigner ses blessures. Et voilà qu’elle finissait chassée. Simplement chassée. Fracassée de l’intérieur, la jeune femme posa le regard vers la porte. Elle n’échapperait jamais à la solitude.

« Pars. » “D’accord.” Il aurait suffi qu’elle lui dise de rester, mais Valkyria ne le ferait pas. Elle ne s’abaisserait pas à faire cela, Eva le savait. Alors, la mort dans l’âme, elle se détourna, laissant le passé derrière elle et le futur incertain. Puis brusquement, elle se retourna ; sa main se referma sur le poignard accroché à sa ceinture et elle le jeta, sifflant dans les airs pour aller se planter entre les deux yeux de Matthew, dont le regard s’éteignit. “C’est le dernier cadeau que je te fais.” Une forme de liberté. Il ne la menacerait plus jamais. Peu importaient les conséquences ; elle lui avait retiré une attache. Il mourut sans un bruit, méprisé par tous ; et ce fut du mépris, d’ailleurs, qui brilla dans ses yeux verts quand elle observa son corps sans vie. “J’imagine qu’ils t’en trouveront vite un autre. Peut-être que celui-là ne te décevra pas.” Elle releva le nez vers elle, croisant son regard une dernière fois. C’était terminé, bel et bien terminé. Elles venaient d’enterrer ce qu’elles venaient à peine de découvrir. D’un geste, elle ramassa son violon posé contre le mur, rangea son archet si précieux dans son fourreau. “Adieu, Valk.” C’était tout ce qu’il restait à dire de toute manière.

Elle lui avait déjà tout murmuré sur elle, de toute manière.


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Tightrope || Evyria III

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