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 Like beasts in an iron cage [Ielisseï]

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HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : PurMessages : 99Date d'inscription : 01/01/2017Localisation : Durmstrang
Ҩ Like beasts in an iron cage [Ielisseï] Ҩ Mer 29 Mar - 22:34

Loevi étouffait. Depuis qu'elle était à Durmstrang, ce n'était pas la première fois que cette pensée l'assaillait. En vérité, elle avait eu l’impression d’étouffer à l’instant même où elle avait pénétré dans l’enceinte de l’école, comme si elle entrait dans une prison hostile, après s’être échappé d’une autre, beaucoup plus familière.

C’était pire, pourtant, depuis que l’Ox avait été trouvé - obligée de se terrer avec les résistants dans un coin de l’école pour échapper à ceux qui voulaient les empêcher à tout prix de protéger les lieux, elle avait eu le loisir de découvrir ce que voulait dire “promiscuité”. Et c’était sans commune mesure avec l'inconfort des dortoirs, où les élèves se voyaient obligés de partager leur chambre - elle qui, au manoir, avait malgré tout possédé une chambre personnelle de taille respectable.

Et c’était devenu pire encore lorsqu’ils avaient dû rejoindre ceux qu’ils tentaient de protéger, entassés dans la Salle de Réception. La pièce était plus grande, certes, mais ils étaient aussi bien plus nombreux - et, pour ajouter à son malaise, elle y avait retrouvé sa geôlière personnelle. Bien que les rôles semblent inversés, désormais, elle sentait toujours peser sur elle le regard de sa cousine, l’épiant et la jugeant. Même acculée, Aleksandra refusait visiblement de changer. Et il en était de même pour tous les autres, à vrai dire, alliés ou non.

Loevi étouffait, et ce n’était pas seulement l’enfermement, ni le manque d’intimité. Même le jugement silencieux de sa cousine, à présent, elle pouvait le supporter. Peut-être était-ce un mélange de tout cela qui l’oppressait - peut-être fallait-il y ajouter la peur, non, la certitude que ce fragile équilibre n’était pas fait pour durer et qu’ils allaient devoir se battre, encore, pour défendre ce qui comptait à leurs yeux à tous. Ainsi que la crainte que son secret soit découvert.

Le jour où quelqu’un ferait le lien entre elle et ces sauvages coincés pour l’heure en dehors des murs, elle perdrait toute crédibilité. Personne ne la croirait, si elle tentait de leur expliquer son véritable camp - parce qu’ici, personne ne croyait jamais personne… elle la première. Elle s’étonnait d’ailleurs qu’Aleksandra n’ait pas encore vendu la mèche, à voir la frayeur qui brillait au fond de ses yeux. Elle devait rêver, plus que jamais, de se débarrasser de cette intrigante qui avait fait irruption dans sa vie du jour au lendemain et menaçait désormais jusqu’à son existence même.

Loevi étouffait et, au bout de quelques jours, elle avait songé qu'elle était certainement loin d'être la seule dans ce cas. Elle avait alors commencé à observer ses camarades d'infortune, et repéré ces petits mouvements de foule, imperceptibles au premier regard, si discrets qu'il fallait les chercher pour les déceler. Elle savait que des rondes étaient organisées régulièrement par les résistants, afin de garantir la sécurité de tous - elle-même en avait déjà effectué une ou deux - mais c’était tout à fait autre chose. Ces gens-là s'éclipsaient en solitaire.

Elle les avait aussitôt soupçonnés de trahison, bien sûr, associant à leurs absences irrégulières, quasi invisibles, la mission qu'elle était elle-même censée remplir au sein de l'école, et le groupe d'insurgés desquels ils se cachaient, les jalousant dans le même temps de leur liberté d'action et de la solitude temporaire qu'ils pouvaient goûter. Puis, quand elle s'était sentie sombrer dans la paranoïa la plus pure, oppressée par la seule force de son esprit, de son imagination, elle était sortie à son tour, sans peur, sans remords.

Elle n’était pas là depuis assez longtemps pour connaître l’école aussi bien qu’elle avait connu Poudlard - en conséquence, et sans doute un peu par ennui, elle redessinait patiemment dans sa mémoire le plan des environs, au fil de ses explorations, le reconnectait mentalement à celui esquissé au cours de l’année écoulée. Cela la passionnait plus qu'elle ne l’aurait imaginé - cela l'empêchait surtout de réfléchir.

Elle avait croisé d’autres âmes errantes, de temps à autres - échappés de la salle de réception comme rôdeurs inquiétants au visage moins familier. Elle avait soigneusement évité leur route, à chacun, autant par intime désir de solitude que par crainte de se voir entraînée malgré elle dans une échauffourée dont aucun ne sortirait vraisemblablement indemne. Étrangement, la tranquillité qu’elle trouvait hors de la salle comble apaisait son esprit et ses craintes, tant qu’elle devait parfois se rappeler, à la longue, qu’elle se trouvait en territoire hostile, presque ennemi.

Il en était un, parmi ces fugueurs intrépides, qu’elle n’avait jamais vu hors de la salle de réception. Il n’était pas bien difficile à repérer au milieu de la foule composite qui la peuplait ; son visage fin, son allure androgyne le lui avait rendu parfaitement visible, en dépit de sa discrétion quasi maladive, ou peut-être à cause d’elle, précisément. Elle ne s’était pas fait d’avis sur ce garçon qui, par moments, lui donnait plutôt l’impression d’être une fille qui tentait de dissimuler sa féminité aux yeux des autres, mais elle n’avait pu l’ignorer. Peut-être était-ce parce qu’il était si visible qu’il tentait de se faire plus invisible que son corps trop filiforme ne le lui permettait.

Elle n’avait pourtant pas eu l’intention de faire plus que le remarquer. Elle n’était pas du genre à faire le premier pas - adresser la parole à quelqu’un hors de sa sphère de connaissance très réduite lui semblait la plupart du temps au-dessus de ses forces, et son esprit se chargeait bientôt de théories de toutes sortes sur toutes les trahisons que son interlocuteur pouvait fomenter en secret. Et, même si les vainqueurs ne pouvaient en théorie trahir leur propre camp, cela ne les empêchait certes pas d’imaginer d’autres formes de duperies. Elle n’était pas non plus du genre à suivre les gens, quand bien même elle en aurait trouvé quelque justification. Ses rares rencontres hors des murs protecteurs de sa nouvelle prison n’étaient jamais planifiées, prévues.

Pourtant, ce soir-là, au détour d’un couloir isolé, plus loin de la salle qu’elle ne s’était encore jamais aventurée depuis la découverte de l’Ox, elle tomba sur lui. Aussi simplement. Un instant, elle était seule ; la seconde suivante, ils étaient deux. Elle ne l’avait pas entendu, n’avait pas non plus aperçu son ombre sur la pierre qui pavait le sol. Quant à sentir une présence, c’était pour elle un mythe à jamais invérifiable.

Prise de court, elle s’immobilisa, le regard rivé sur ce visage qu’elle n’avait jamais observé que de loin, où elle se trouvait prise dans le jeu des ambiguïtés, fascinée par la beauté singulière de ce garçon-fille qui ne répondait à aucun des codes de perfection tels que le monde l’entendait. Il lui fallut quelques secondes pour ressentir le malaise - une de plus pour baisser le regard, le détourner, le poser partout autour d’elle en évitant soigneusement ce qu’elle s’était permis de dévisager jusqu’alors sans la moindre gêne. Elle songea, certainement pas pour la première fois de sa vie, qu’elle aurait bien l’utilité d’une cape d’invisibilité. A tout hasard. Éventuellement.

-Euh… Désolée. Je ne voulais pas… bredouilla-t-elle, embarrassée.




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HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : PurMessages : 601Date d'inscription : 10/08/2016Localisation : Somewhere
Ҩ Re: Like beasts in an iron cage [Ielisseï] Ҩ Mar 11 Avr - 22:22

J’enfile le polo d’un mouvement rapide, guettant les bruits environnants. Mais je suis seul, seul, seul, et ça fait un bien fou. Le dortoir des garçons est désert à cette heure, et je doute de me faire surprendre, mais il serait stupide de relâcher ma vigilance. Les manches longues du pull viennent rapidement masquer les marques qui courent des coudes aux poignets, les cicatrices plus sombres, trop nombreuses, et les fines zébrures des entailles plus fraîches qui les chevauchent. Je les ajuste sur mes mains, afin qu’elles ne remontent pas par inadvertance ou à cause d’un faux mouvement. La saison justifie de moins en moins des vêtements aussi chauds, mais le château garde une certaine fraîcheur. De toute façon, les gens ne sont plus à un comportement bizarre près avec moi, et porter des vêtements d’hiver alors que la fin du mois de mai arrive est sans doute ce que je peux faire de moins étrange pour eux. La question se pose davantage pour ma sœur, il y a toujours le risque qu’elle finisse par comprendre, que l’éventuelle excuse du « c’est pour cacher celles de l’an dernier » ne fonctionne pas vraiment. Et je ne suis pas sûr qu’à ce moment, un « ça me fait du bien » lui suffise. Qu’elle saisisse que j’ai besoin de ça, de cette douleur pour en oublier d’autres, pour ne pas faire pire. Je n’ai pas le choix.

Je profite d’être seul pour me rapprocher d’un des miroirs du dortoir, glisse les doigts dans mes cheveux. C’est si facile d’en changer la position, de leur donner une allure encore plus féminine – une fille aux cheveux courts ou un garçon aux mèches un peu longues ? je vois souvent la question dans le regard de ceux qui ne me connaissent pas. Je passe l’autre main sur mon torse, plaque mes vêtements, jusqu’à faire ressortir la légère courbure de ma poitrine. L’un des colliers offerts par Stassia et dissimulé au fond de ma valise me revient. Seule entorse faite à la loi du secret, mais je ne peux évidemment pas le porter ici – juste prétexter que c’est pour l’anniversaire de ma sœur si jamais quelqu’un le découvrait.

Mes mains retombent ; inutile de rêver plus longtemps à ce qui n’est qu’un mirage et une chimère. J’ai déjà assez perdu de temps ici, mais je ne peux jamais m’empêcher d’en profiter. Entre la solitude plus que bienvenue et le fait que je peux me changer sans avoir rien à craindre ou presque… C’est quasi impossible dans la salle de réception, trop de monde, trop de regards, et comment cacher à la fois son dos et son torse ?

Je quitte le dortoir sans un regard en arrière, ralentis le pas dans les couloirs toujours aussi silencieux. La nuit tombée renforce l’impression de solitude et de calme qui émane des vieux murs de pierre froide. Ces couloirs m’appartiennent pour quelques minutes, j’y suis seul au monde, loin du brouhaha permanent de la salle de réception, de la promiscuité insupportable et étouffante. Je m’y sens davantage prisonnier chaque jour qui passe, j’en ai assez d’être enfermé au nom de ma prétendue sécurité… sécurité dont je n’ai pas grand-chose à faire, au fond. Ici, je peux respirer, me détendre un peu, être un peu plus moi-même, sans masque, sans effort à faire, sans devoir prétendre être quelqu’un que je ne suis pas, que je ne serai jamais. Je m’adosse au mur, inspire profondément, toujours vigilant à ce qui m’entoure. J’ai eu la chance d’échapper aux insurgés jusqu’à présent, mais ma bonne étoile n’est pas très fonctionnelle ; autant éviter de trop forcer le destin. Même si le danger rôde aussi dans la salle de réception… je suis déjà parti depuis trop longtemps, mais je n’ai aucune envie d’y retourner pour le moment, aucune envie de recommencer à les subir, aucune envie de rejoindre une cage qui s’assombrit de jour en jour.

Fatalement, la lumière clignotante de mon étoile finit par me trahir. Enfin, pas totalement, mais je n’aurais pas été contre quelques moments de solitude de plus. Ces fichus angles de couloir qui étouffent les sons… Au moins il ne s’agit pas d’une insurgée. Je garde néanmoins ma baguette à la main, pas tout à fait en garde, mais sur la défensive. Elle me fixe. Évidemment. Au mieux, elle me considérera comme une bête de foire, au pire comme un monstre – comme le font la plupart des gens, même ceux qui ignorent tout de la vérité. Le monde des sang-pur est un des pires qui soient quand on ose mettre un pied en-dehors des sentiers battus – et quoi qu’on fasse, rien ne peut y remédier.

Je la fixe en retour, attendant qu’elle ait fini son examen. Je la vois baisser le regard, le détourner pour le poser n’importe où ailleurs que sur moi. Ce n’est pas une surprise là non plus ; après le sans-gêne, l’embarras non pour avoir dévisagé mais parce qu’on ne parvient pas vraiment à analyser ce qu’on a sous les yeux et qu’on préfère revenir à quelque chose de moins perturbant, de plus… normal. Au moins, elle s’excuse – c’est déjà moins habituel. Elle n’affiche pas non plus l’air hypocrite des autres, elle paraît sincèrement embarrassée. Je hausse les épaules, ravale le « c’est pas grave » qui sort dans ces cas-là. Marre de faire semblant.

— J’ai l’habitude.

Même si ce n’est jamais agréable. Encore moins maintenant. Mais tant que les regards ne descendent pas trop… c’est supportable. La résistante me dit vaguement quelque chose ; je l’ai déjà croisée dans la salle… avant aussi. Au début de l’année. Elle doit faire partie des étudiants de Poudlard qui ont rejoint Durmstrang en septembre. Je n’étais pas vraiment en état d’identifier grand monde à ce moment, mais son accent anglais confirme cette impression. Quitter une guerre pour une autre… ils n’ont pas de chance. Quant à elle… elle faisait partie des Unmarked, un choix assez surprenant et courageux de la part des nouveaux arrivants pour que je le retienne. En revanche, si j’ai su son nom, il m’échappe complètement. Elle a l’air aussi peu bavarde que moi, un peu plus jeune aussi, peut-être l’âge de ma sœur.

— Tu sors souvent toute seule de la salle de réception ?

C’est un peu le basilic qui se moque de l’hydre. Autant essayer de paraître un minimum responsable.


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HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : PurMessages : 99Date d'inscription : 01/01/2017Localisation : Durmstrang
Ҩ Re: Like beasts in an iron cage [Ielisseï] Ҩ Mer 19 Avr - 19:21

-J’ai l’habitude.

Loevi se mordit la lèvre, plus embarrassée encore. La remarque, le ton… le regard éteint, reflet du vide intérieur façonné par le temps. Elle connaissait le message, l’ampleur des mots cachés sous l’évidence. La résignation, le fatalisme, et le souvenir des émotions violentes des premières fois, colère, rébellion, frustration, et tant d’autres encore. Combien de fois devait-on subir l'impertinence des autres avant d’en perdre toute conscience, au point de voir la norme dans ce qui éveillait autrefois la révolte ?

Elle se sentait soudain plus ordinaire, plus méprisable que jamais. Elle aurait voulu pouvoir s’excuser encore, trouver les mots miraculeux, la vérité nue qui aurait redonné le sourire à cet être différent, si merveilleux et pourtant profondément blessé, par les autres, par la vie. Mais elle savait qu’elle n’avait rien d’une consolatrice - d’une guérisseuse. Malgré son envie dévorante de panser les âmes éraflées, dont elle percevait parfois les pleurs silencieux. Elle était faible ; faible et aussi cruelle que tous les autres.

Et les larmes de frustration qui perlaient au coin de ses yeux ne changeraient jamais rien à son incurable maladresse, ou à son accablant manque de sincérité. Inutiles jusqu’au bout - raison pour laquelle elle les retenait avec autant de volonté.

Au fond, elle aurait préféré qu’il s’offusque - elle-même aurait violemment regimbé, bien sûr, mais peut-être aurait-il enfin offert à l’air de la nuit ce qu’il n’osait dévoiler à la lumière du jour.

-Tu sors souvent toute seule de la salle de réception ?

La question aurait pu, dû sans doute, la laisser troublée, indécise. Elle avait bien perçu l’intonation, sarcastique, mais toute question appelait une réponse, et c’était mieux qu’elle n’aurait pu espérer de cette rencontre précise, dans ces circonstances qui dénotaient leur désir à tous deux de solitude et de silence. Ce qui la mit sur la défensive n’était pas tant la moquerie que la note de désapprobation qu’elle avait discerné, ou cru discerner, dans sa voix. La petite pointe de condescendance de l’adolescent qui s’adresse à un autre plus jeune, même si cette différence d’âge ne se comptait qu’en mois, semaines, jours.

-Toi aussi, répliqua-t-elle avant d’avoir pu se retenir, rivant son regard au sien comme pour le défier de la sermonner.

Elle se pinça les lèvres, se traitant mentalement d’idiote. Cette sale manie de toujours répondre à une prétendue provocation par une rebuffade irréfléchie expliquait en partie ses difficultés de communication avec ses camarades et le nombre très restreint de ceux qu’elle pouvait appeler amis. Sa famille et tout ce qui allait avec en constituant une autre, d’au moins égale importance.

A présent qu’elle avait dressé ses murs invisibles autour d’elle telle une imprenable forteresse faite de paroles tranchantes et acérées, cependant, il lui était difficile de revenir en arrière pour reprendre l’apparence de la jeune fille naïve et prompte à l’attachement qu’elle prétendait trop souvent ne pas être. Elle parlerait encore, et elle serait plus blessante qu’elle n’en avait l’intention. Parce qu’elle était incapable d’être agréable et bienveillante, d’être simplement elle-même.

Parce qu’elle était telle que la vie l’avait faite, que cela lui plaise ou non.

Elle glissa ses mains dans ses poches, mal à l’aise et trop tendue pour parvenir à trouver les bons mots ou reprendre le contrôle d’elle-même. Le sang bourdonnait désagréablement à ses oreilles, et elle avait des fourmis au bout des doigts, autant de signes qui ne trompaient pas. L’angoisse prenait possession d’elle, pour une rencontre fortuite qu’elle transformait toute seule en désastre. Certes, le garçon face à elle n’était pas connu pour sa loquacité, mais elle n’était pas obligée d’y ajouter sa propre gaucherie et de se montrer antipathique en retour.

-J’ai le droit de sortir de cette foutue salle si je veux, s’entendit-elle dire pour toute tentative d’apaisement - ratée, il allait sans dire. Tu le fais aussi, non ? Tu dois bien avoir tes raisons et franchement, je suis à peu près certaine qu’on en a plusieurs en commun. Et je sais me défendre aussi bien que toi, si jamais tu avais l’intention de me faire savoir à quel point c’est dangereux et tout.

Elle ne savait pas du tout se défendre, en vérité - à part causer des catastrophes magiques de temps à autres, et jamais vraiment aux meilleures occasions, elle n’était pas bonne à grand chose. Mais elle avait décidé que cela ne l’empêcherait pas de vivre et, jusqu’à présent, elle s’en était plutôt bien tirée. Bien sûr, elle savait que ça ne durerait pas. Mais elle avait besoin de respirer, plus que tout. De s’enfuir loin de cette salle surpeuplée, loin de cette école maudite… loin de sa famille, de ces noms qu’elle portait comme un fardeau et, surtout, loin d’elle-même. Elle savait pertinemment qu’une seule chose lui offrirait tout cela - et elle s’y refusait.

Pour l’instant.

Elle baissa la tête, désabusée. En fait, je m’en fiche, faillit-elle ajouter. Mais ce n’était ni le lieu ni le moment, et pas non plus la bonne personne - non qu’il y ait l’un ou l’autre dans sa vie. Cela ne regardait qu’elle, au fond, et elle ne voulait ennuyer personne avec ces considérations passablement défaitistes qui la prenaient parfois.




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HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : PurMessages : 601Date d'inscription : 10/08/2016Localisation : Somewhere
Ҩ Re: Like beasts in an iron cage [Ielisseï] Ҩ Lun 5 Juin - 22:02

Spoiler:
 

L’embarras de la jeune fille ne m’échappe pas. Elle a l’air vraiment gênée, comme si elle comprenait tout ce qu’implique ce « j’ai l’habitude », comme si elle comprenait le poids des regards, comme si elle saisissait la maladresse de son comportement, contrairement à la majorité des gens. Eux ne se posent même pas la question de savoir si j’apprécie de me faire dévisager sauvagement à chaque rencontre. Après tout, au bout de quinze années à subir consciemment cette attitude, je ne devrais plus tant m’en faire, non ? Je ne devrais même plus le remarquer, question d’habitude, n’est-ce pas, et puis de toute façon, c’est ma faute aussi, quelle idée de ressembler autant à une fille quand on est un garçon, franchement ! Comment pourrais-je en vouloir à ceux qui se posent la question ? L’apparence ne suffit pas à trancher, la voix non plus, alors pourquoi leur reprocher de demander plus ou moins discrètement à ceux qui savent, de tenter d’apprendre au plus vite mon prénom pour me classer et se rassurer ? Pourquoi leur reprocher une gêne parfaitement légitime ? Quand on est un monstre aux yeux des autres – les cicatrices dans mon dos me le rappelleront tant que je vivrai –, on est prié de se taire et de se laisser examiner et juger. Ce n’est pas de leur faute s’ils n’étaient pas préparés. Peu importe ce que moi, j’en pense. L’envie de hurler a disparu ; au final, il ne reste que la fatigue, la lassitude et la conscience que le respect des autres n’est pas pour soi – au-delà de la minorité qui sait ne pas juger.

Les yeux de l’Unmarked brillent légèrement – regret, émotion autre ? Je ne sais pas vraiment. Mais elle me désarme par sa réaction et mon cynisme s’éloigne un peu. Assez pour que je nous écarte de ce terrain sur lequel je ne tiens pas à rester.
Ma question la met tout de suite sur la défensive, et la réponse ne tarde pas à jaillir, un « Toi aussi » provocateur tandis qu’elle rive son regard au mien. Sa réaction me fait sourire un bref instant sans que je puisse m’en empêcher, mais l’amusement s’estompe presque aussitôt devant une pointe de méfiance.

— Tu me suis ?

Ma présence dans ces couloirs ne signifie pas forcément que j’ai l’habitude de quitter la salle de réception. Mais vu le monde qu’il y a dans cette pièce, même en y mettant toute la discrétion du monde, il est presque impossible de sortir régulièrement sans se faire voir.
Elle n’est pas à l’aise, toute son attitude le montre, et je ne suis pas franchement le genre de personne capable de détendre l’atmosphère d’une boutade ou d’un geste. Et elle enchaîne, malgré son angoisse, protestant qu’elle a autant le droit de sortir de la salle que n’importe qui et qu’elle se passera de mes avertissements comme de mes conseils de prudence, merci bien.

Je ris franchement en l’entendant, c’est plus fort que moi. Mes joues me tirent, comme si mes muscles n’étaient plus habitués à ce mouvement, comme s’ils le réapprenaient – et c’est peut-être le cas, j’ai du mal à me rappeler de la dernière fois où j’ai vraiment ri. Vélès, que c’est rafraîchissant, cette colère adolescente, loin des autres tensions, comme si tout était normal, comme si nous n’étions que deux ados en train de faire la même bêtise et rien de plus, comme si la guerre ne se rapprochait pas chaque jour du château. Et ça fait du bien. Je m’arrête vite, conscient qu’elle peut mal interpréter ma réaction, que mon amusement peut passer pour de la raillerie...

— Désolé, je ne me moquais pas de toi, c’est juste que…

Ça m’amuse que tu te mettes en colère, je trouve ça chouette ? On a vu mieux comme remarque. Je n’achève pas ; à mon tour d’enfouir mes mains dans mes poches et de regarder ailleurs, comme si les murs de pierre exerçaient soudain une attraction fascinante. Je ne suis pas sûr qu’elle sache vraiment se défendre, pas plus qu’un élève lambda n’ayant pas l’ox dans ses veines, en tout cas – et être un Vainqueur ne garantit pas non plus une absence de risque, vu la nette tendance de ce pouvoir à n’en faire qu’à sa tête et à ne surtout pas obéir à ce qu’on lui demande. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas moi qui lui reprocherai de s’évader de la salle de réception. Ox ou pas, je sais que je l’aurais fait quand même. Et si j’ai sans doute des raisons très différentes des siennes d’en sortir, je comprends l’envie de solitude qu’on peut ressentir là-bas ou celle de fuir un temps ses problèmes quels qu’ils soient – pas besoin d’un corps aberrant ou de s’entailler les bras pour avoir des soucis, surtout en ce moment.

— Je n’ai pas l’intention de te faire la leçon, je suis assez mal placé pour ça.

Ou pas encore assez hypocrite. Je hausse les épaules :

— On est tous conscients des risques, et je n’empêcherai personne d’aller chercher un peu d’air frais et de tranquillité. En fait, ça me paraît même plutôt sain d’avoir envie de fuir cette maudite salle. Je ne sais pas comment font les autres…

J’en viendrais presque à souhaiter qu’il se passe quelque chose, sinon la tension finira par exploser dans cet espace réduit. Et je n’ai pas envie de voir ça. J’aspire plus que tout à passer quelques jours loin de cette pièce qui me paraît de plus en plus étroite, les heures ne suffisent plus. Ce serait une énorme connerie, mais si ça peut m’épargner d’en faire une encore plus grosse… Peut-être que les idées noires reflueraient davantage, loin de l’ambiance pesante et sombre de la salle de réception.

La fille a baissé la tête, comme si elle doutait de sa propre réaction ou regrettait son emportement. Je ne sais pas vraiment comment dissiper la gêne qui demeure.

— Au fait, je m’appelle Ielisseï.


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