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 Et c'est ainsi que nous allons, barque luttant contre un courant nous ramenant sans cesse vers le passé - Iellina

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VAINQUEURS
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VAINQUEURS

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Statut du sang : mêléeMessages : 554Date d'inscription : 09/03/2015Localisation : sous les étoiles
Ҩ Et c'est ainsi que nous allons, barque luttant contre un courant nous ramenant sans cesse vers le passé - Iellina Ҩ Sam 4 Mar - 15:30



Elle avait toujours aimé la pluie. Il y avait quelque chose de poétique dans les gouttes d'eau qui s'écrasaient sur le sol. Plop. Plop. Elles naissaient et mourraient en quelques secondes et pourtant leurs existence éphémère avaient une incidence considérable sur le monde ; tantôt elles réconfortaient les coeurs lorsqu'elles s'en venaient après une longue période de sécheresse, soit elles faisaient frémir de terreur lorsqu'elles arrivaient en masse et emportaient tout avec elles. Plop. Plop. La pluie était une reine. La pluie était secrète. Comme elle.  l'air était froid et humide. Quelques nuages de brumes flottaient avec souplesse autour d'elle. C'était comme si elle rêvait, s'enfonçant de plus en plus loin dans ses songes. Elle marcha quelques instants sous la pluie battante sans se préoccuper de l'eau qui s'insinuait dans chaque parcelle de ses vêtements. Quelques éclairs vinrent illuminer le ciel d'une lumière menaçante. L'atmosphère était électrique, presque surréaliste.  son souffle se condensait avant de disparaître à chacune de ses respirations lentes. L'institut venait d'ouvrir. Elle avait réussit. Elena avait réussit. Toutes ces heures à lutter pour mettre à bien ce projet avait aboutit. Aujourd'hui, elle avait pu aller constater le travail de toute une vie être enfin caressé de ses doigts.

Elena ajusta sa cape sur ses épaules et ramena la capuche sur ses cheveux déjà mouillés. L'eau la rendait vivante, plus qu'elle ne l'avait jamais été. Aujourd'hui était un jour à marquer au fer rouge, elle le porterait sous sa peau comme un cadeau du ciel. Des portes avaient étaient fermées. D'autres s'étaient ouvertes. . Et elle les avaient toutes traverser sans songer un seul instant à faire demi tour. Parce que c'est comme ça qu'elle était, c'est comme ça qu'elle agissait. Chacun de ses souffles étaient une bataille constante contre la noirceur de ce monde, mais elle ne comptait pas perdre la guerre, non jamais. Et pourtant des combats, elle en avait perdu, de la tristesse elle en avait ressenti, l'impression que l'univers tout entier allait l'engloutir elle l'avait sentit jusque dans sa chair. Mais elle n'avait jamais failli. Non, malgré son aspect fragile, son regard trop bon pour une terre aussi désuette d'humanité, Elena ne s'était jamais laissée allée aux tumultes du destin et aux tribulations meurtrière de la fatalité qui s'était bien trop souvent acharné sur elle. A sa façon, elle était une guerrière. Une guerrière sans armure. Mais une guerrière tout de même.
Le Requiem des lamentations n'était jamais venu pour elle. Le glas n'avait pas sonné pour ses rêves et aujourd'hui elle pouvait se féliciter d'être toujours debout malgré les blessures qui avaient tenté de ravager son corps et son coeur. Ses sourires n'avaient jamais été feints, ses regards toujours pétillants, son esprit taquin ne l'avait jamais quitté même lorsqu'elle avait traversé la vallée de la colère et du désespoir à la mort de sa meilleure amie.
Rapidement, la professeur d'Astronomie traversa le parc pour se rendre au château. Elena n'avait parlé à personne de ce projet, ni à sa sœur ni à qui que ce soit d'autres. Elle espérait que cela reste une surprise jusqu’à ce qu'elle puisse enfin dire « j'ai réussi. ». Lorsqu'enfin elle pénétra dans le Hall d'entrée, elle constata que le château était calme. Bien trop calme. Le temps pluvieux avait du avoir raison des activités des élèves.
Une fois dans sa chambre, Elena se laissa tomber sur son lit en fixant le plafond, l'esprit encore dense de l'activité éprouvante de la journée. Elle ferma les yeux un instant et tenta de contenir la douleur qui déjà se faisait insidieuse dans sa main, propageant le mal jusque dans sa nuque. Avec tout cela, elle n'avait pas eu le temps de prendre sa potion que Vladimir lui préparait régulièrement. Sa main valide vint saisir son autre bras, et elle dut se mordre la lèvre pour contrôler les pulsations de souffrance qui ravageait sa peau. Elle se leva et se dirigea vers son bureau. Elena fouilla tout les tiroirs jusqu’à trouver une petite fiole au liquide bleuté qu'elle engloutit d'une traître. L'antidote n'annulait pas la douleur mais il l'apaisait de façon à ce que celle-ci soit supportable. Cette douleur, elle la gardait comme une cicatrice dans son âme, elle s'y était habituée à la longue mais elle ne s'habituait pas à la culpabilité qu'avait sa sœur et leur lien qui s'était effrité depuis l'accident.

Il fallait qu'elle sorte de ses appartement. Il fallait qu'elle aille respirer pour calmer un peu plus le déchirement dans son bras. C'était la seule chose qui adoucissait sa situation. Alors, elle attrapa sa cape et glissa dans les couloirs du château. Les grandes fenêtres laissaient entrevoir des nuages incandescents, baignant dans la lumière orangeâtre du crépuscule. Elle resta quelques secondes à contempler le spectacle qui s'étendait à perte de vue dans une palette de couleurs digne des plus beaux tableaux impressionnistes. Il était triste de voir que trop de gens passaient à côté de telles beautés, Elena elle prenait toujours le temps d'observer, de se satisfaire des petits plaisirs que la vie offrait malgré la succession d'évènements tragiques. Ça permettait nettement de supporter l'existence.
Ses pas la guidèrent jusque dans un couloir obscur. Pas un bruit ne venait perturber ce silence étouffant. Pas un bruit ? si. Une respiration. Instinctivement, Elena tira sa baguette et fit jaillir un éclair de lumière qui vint éclairer le visage d'un élève qu'elle connaissait. Il ne semblait pas en grande forme. Elena avait déjà croisé plusieurs fois l'éclair. Elle avait d'ailleurs déjà puni quelques uns de ses stupides camarades qui l'avait importuné. Depuis ce jour, son caractère protecteur avait prit le dessus et elle veillait dans l'ombre à ce que personne ne s'en prenne à lui gratuitement. La tristesse qu'elle voyait dans ses yeux la renvoyait à ses propres démons lorsqu'elle même était élève entre ces murs. Si elle n'avait pas eut Petra pour la sauver, elle n'aurait probablement pas eut le courage d'assumer toutes les humiliations qu'elle avait subit à cause de son handicap. Mais qui avait-il, lui ?  « Ielliseï ? ». Elle abaissa sa baguette et observa le visage de l'éclair. Il y avait des fantômes dans ses yeux. Dans fantômes qui la renvoyait à ses propres souffrance, cachée dans les tréfonds de son coeur. Elena avait apprit sa chute. Elena savait les démons qui étaient venu l’entraîner dans leur danse. Ça se voyait. Ça suintait de chacune des pores de sa peau. «  Tu ne devrais pas rester ici… Viens.» Elle ne lui laissa pas le choix de protester, et c'est avec douceur qu'elle l'incita à la suivre dans ses appartements. Les couloirs n'étaient pas un endroit des plus agréable. Elle le savait que trop. Trop de fois elle avait du essuyer les langues amères de ces autres qui n'avait jamais accepté sa différence. Jamais. Elle ferma la porte derrière eux. Et se dirigea vers le fond de la pièce avant de revenir vers l'élève, un verre à la main et une quelques carrés de chocolat qu'elle lui tendit avec douceur. «  Bois ça et mange. Ça réchauffe le coeur.» se contenta t-elle de commenter, comme si elle pouvait lire en lui.

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Ҩ Re: Et c'est ainsi que nous allons, barque luttant contre un courant nous ramenant sans cesse vers le passé - Iellina Ҩ Ven 10 Mar - 22:46

Spoiler:
 

« … ai appris que tu étais toujours aussi effacé en classe, comme si tu tentais de te faire oublier. Ce n’est pas ainsi que tu réussiras. Il est grand temps que tu agisses enfin comme un homme et comme l’héritier des Voronov que tu demeures malgré tout. »
Pas de formule de politesse, la missive se termine abruptement. La signature s’étale au milieu de la page, haute, droite, ferme, conclue par un énergique trait de plume. Mon père signe sa correspondance privée comme ses dossiers au Ministère. Je n’ai pas besoin d’une démonstration de force supplémentaire après la longue suite de reproches que constitue sa lettre. Trop ceci, pas assez cela… Rien ne va. Rien ne va jamais chez moi. Il le sait, depuis le temps. Et encore moins depuis cet été, encore moins depuis que… Mon ventre se tord. Je serre les lèvres, refoule les larmes qui tentent de monter et l’angoisse latente qui ne me quitte jamais vraiment. Ne pas pleurer, ne pas craquer de nouveau, pas là, pas maintenant, pas dans le dortoir. Les rires et les conversations des autres me parviennent. Ne pas ajouter davantage de faiblesse à la faiblesse. Tenir bon. Le parchemin se plie et se froisse entre mes doigts, jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’une boule torturée, à moitié déchirée, illisible. Plus de mots écrits pour blesser, plus de grands traits de plume. Il n’en reste rien. Pour autant, le geste ne m’apaise pas, j’ai chaud et l’impression d’étouffer. Un peu de compréhension, aurait-ce été trop demander plutôt que ces reproches et ce mépris permanents ? Mais il n’a jamais été capable d’en faire preuve. Il ne m’a même pas demandé pourquoi, a juste vu le scandale qui risquait d’éclater s’il n’agissait pas comme si rien ne s’était passé, a juste vu un raté supplémentaire chez moi. Tu aurais pu avoir la décence de réussir si tu le voulais tant.
— Eh fillette, ça va pas ?
— Tu vas pleurer ?
Rires et regards moqueurs. Ils me toisent, fiers d’eux, fiers d’avoir une nouvelle occasion de se payer ma tête, de m’enfoncer. Je me lève d’un bond, enfouit le parchemin au fond de ma poche. Je ne peux, ne veux pas rester là. Je force le passage, l’un d’eux tend le bras pour me retenir. Je me dégage d’un mouvement brusque. Ne me touche pas !
— Oh ça va, on te posait juste une question !
— Quel con !
D’autres mots fusent tandis que je file hors du dortoir, dans ce qui ressemble plus à une fuite qu’à une digne sortie. Mes doigts se crispent sur ma baguette, mais par chance ils ne me suivent pas, et je me retrouve bientôt seul dans la fraîcheur des couloirs de Durmstrang. Les nuages et la pluie qui tombe sans discontinuer rend les corridors sombres ; d’un mot, ma baguette s’éclaire légèrement, juste assez pour me guider. Je marche sans vraiment savoir où je vais, pressé de m’éloigner, pressé de… fuir ce que je ne pourrai jamais fuir. Aussi loin que j’aille, les mots de mon père seront toujours aussi brûlants. Moi aussi, j’aurais pu, j’aurais dû m’y habituer avec le temps, faire comme si tout cela n’existait pas, ignorer son mépris, ses jugements, sa haine.
J’ai toujours aussi chaud. Je m’arrête près d’une fenêtre, appuie mon front contre le verre glacé. Je ferme les yeux une seconde. La pluie claque contre les carreaux et j’entends les gémissements du vent, dehors. Au moins, le temps s’accorde avec mon humeur. Je me mords les lèvres, à me faire mal. J’ai envie de ruisseler avec l’eau, de me fondre dans les gouttes, de me dissoudre dans les filets liquides jusqu’à disparaître complètement. Qui s’en rendrait compte si je n’étais plus là ? Qui s’en soucierait ? À part ma sœur et quelques proches… J’imagine le soupir de soulagement des autres. Ou leur frustration. Ça doit être pénible de se mettre en quête d’une nouvelle victime. Mon regard suit les gouttes qui parcourent rapidement la distance entre le haut et le bas de la vitre, laissant des trainées transparentes vite évanouies sur leur chemin. Mes doigts se crispent sur mon bras gauche. À travers les vêtements, je ne peux pas sentir les cicatrices, mais je sais qu’elles sont là. Barrées par d’autres, dont tout le monde ignore l’existence.

Un bruit me tire de mes pensées. On vient. Ma baguette s’éteint aussitôt, et je me fonds dans l’ombre du couloir, en espérant qu’il ne s’agit pas d’un élève, en espérant surtout qu’on ne me verra pas et que la personne poursuivra sa route. Je n’ai pas envie de jouer à faire semblant, de me couler dans le moule, d’agir comme si tout allait bien. C’est fou comme les gens ont tendance à interpréter « j’ai envie d’être seul » comme une invitation à rester ou à poser des questions supplémentaires, pour éprouver ma motivation et ma volonté. A priori, je connais encore le sens des mots que j’emploie. Une lumière dans les yeux.

— Ielisseï ?

Je retiens un soupir. Elena. Ça aurait pu être pire. Même si la gêne m’envahit chaque fois que je la croise depuis la rentrée. Elle est la seule à savoir ici… Et j’ai beau apprécier qu’elle tente de m’aider quand elle le peut, aimer le soutien et l’écoute qu’elle m’offre, j’aurais préféré qu’elle ne l’apprenne pas, qu’elle ne voie pas cette faiblesse et cette lâcheté en plus du reste. Pas qu’il y ait grand-chose à sauver, certes, mais bon… Je m’oblige à croiser son regard, à la saluer normalement. Rencontre banale au milieu d’un couloir banal, entre une prof et un élève. Avec un peu de chance, elle s’en tiendra là. Mais je crois que mon étoile s’est mise en veilleuse depuis un paquet d’années.

Elle m’entraîne derrière elle. Je pourrais faire demi-tour, prendre une autre direction à un carrefour. M’échapper. Ce serait stupide. Sans compter que je risquerais de tomber sur quelqu’un de moins bien attentionné. Nous rejoignons ses appartements ; elle ne tarde pas à revenir avec un verre à la main et du chocolat. Quelle tête ai-je pour qu’elle me prenne ainsi en pitié ? Ça va mieux pourtant, j’ai repris un peu de poids, je fais moins de cauchemars, même s’ils me réveillent encore régulièrement…

— Merci.

Je prends le chocolat ; au moins, ça passera sans trop de mal. J’attends d’avoir fini le premier carré avec toute la nonchalance que je peux rassembler avant de lui répondre.

— Je n’ai pas froid. Je vais même très bien.

La phrase habituelle, mensongère, tellement répétée à tout le monde qu’elle en devient mécanique. La plupart du temps, ça suffit pour calmer les ardeurs des gens qui la prennent pour argent comptant et ne cherchent pas plus loin. Je me doute que ce ne sera pas le cas d’Elena. Je me suis déjà trop ouvert à elle par le passé - je ne le regretterai jamais, mais je ne peux qu'espérer qu'elle ne me jugera pas trop.

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Statut du sang : mêléeMessages : 554Date d'inscription : 09/03/2015Localisation : sous les étoiles
Ҩ Re: Et c'est ainsi que nous allons, barque luttant contre un courant nous ramenant sans cesse vers le passé - Iellina Ҩ Jeu 16 Mar - 12:46

Et puis des fois, rien n'a de sens. Des fois, les jours se ressemblent mais ne s'assemblent pas les uns aux autres. Comme emprisonné dans une boucle temporelle sans fin. Parfois, rien n'a de sens. La fuite inexorable du temps ravage tout sur son passage,  même jusqu'à l'espoir de jours meilleurs. Apprendre à vivre quand les jours se ressemblaient tous, c'était comme apprendre à peindre sans pinceau, obligé d’entacher la toile avec les doigts de façon grossière et criarde. Sans expression. Sans âme. Parfois rien n'a de sens et mettre toutes les pensées à feu et à sang semble encore être la meilleure solution viable pour ne pas tomber dans l'inertie de sa propre existence. Reclus dans l'ombre d'un destin insatiable de peines. Les échos des souvenirs sont douloureux. Les voix n'ont de cessent de taper contre les parois du crâne pour se faire entendre. N'oublie pas. N'oublie jamais. C'est ainsi que cela fonctionne, c'est ainsi que tout fonctionne lorsque les maux sont si intense qu'ils en font perdre la respiration. Parfois rien n'a de sens et se battre contre le joug de la fatalité devient un combat qui se veut perdu d'avance.

Pour autant, elle n'avait jamais abandonné. Même lorsque les langues venimeuses l'avait piquée au vif, même lorsque le venin s'était insinué jusque dans son cœur tentant de la plonger dans un profond désespoir. Elle n'avait jamais abandonné. Et puisque rien n'avait eu de sens, puisque les jours ne comptaient plus, alors elle leur avait crée une nouvelle définition et elle avait façonné le monde selon son esprit sans se préoccuper de ces diableries que l'univers tentait d'imposer. Elle, Elena Liszka. La polonaise qui n'avait jamais sombré dans les méandres de cette guerre sans fin. Évidemment il y avait eu Petra. Son amie la plus proche, sa sœur. Morte. Oubliée dans les limbes du temps mais jamais dans on esprit à elle. Comment l'aurait-elle pu de toute manière, alors que pendant toutes ces années elle avait été la meilleure partie d'elle même, l'avait protégée de tout son corps et de toute son âme contre ces atteintes injustifiées de la part des autres. A présent, c'était à son tour de punir les injustices. Du moins elle essayait tant bien que mal du haut de ses faibles ressources. Elena se souvenait de ces danses avec l'obscurité. Ce flirt léger avec les abysses noires du désarroi. Ces courses poursuites insensées pour fuir la mélancolie et ,ne pas se laisser happer par la nuit éternelle. Cela avait été difficile, elle avait cru mourir plusieurs fois mais elle n'avait pas abandonné.

Alors, lorsque son chemin avait croisé celui du jeune Voronov, elle avait trouvé en ses yeux la même affliction qu'elle avait essayé de fuir pendant si longtemps. Lorsqu'elle le regardait, elle le voyait en proie à des démons intérieurs qui l'entaillait de toute part. Seul. Errant. Cette distance dans le regard, cet abandon violent entre les doigts qui l'avait envoyé à l’hôpital. Et elle savait qu'il tentait de ne pas se noyer mais on ne trompait pas quelqu'un qui avait connu la détresse. Ça restait comme un stigmate. Ça marquait au fer rouge et il était facile de reconnaître l'irascibilité d'un tel fardeau sur les épaules. Mais pourquoi donc ? Qu'est ce qui pouvait pousser quelqu'un à abandonner ? Pourquoi la mort était-elle préférable à la vie ? Alors elle devinait des réponses dans ce teint pâle qui ne suintait déjà plus la joie depuis longtemps. Dans ces yeux éteints de cette douceur candide qu'on est supposé avoir à son âge. Il avait abandonné une fois. Il semblait piégé dans un manège infernal qui tournait de plus en plus vite en le laissant subir la force centrifuge autour de lui. Il ne vibrait pas d'une passion quelconque et ce qu'elle voyait dans son regard lui décocha quelques frissons de chagrin.
Alors évidemment, elle l'avait prit avec elle. Pourquoi au juste ? Parce que naïvement, elle pensait que les mots pouvaient tout réparer. Parce que si les gestes blessaient, parfois il suffisait d'une simple main tendue pour que tout s'éclaire et que tout se réemboite comme un puzzle. Une simple étincelle dans le noir avait une incidence considérable. Pourquoi pas elle ? Après tout, elle même avait saisit la main de Petra il fut un temps.

La femme était attentionnée. Ce n’était pas l'une de ces fausses altruistes qui espéraient quelque chose en retour. Non. Elena donnait tout ce qu'elle avait parce que c’était tout ce qui était important sur cette foutue planète : donner. Elle ne l'acculait pas dans ses retranchements, elle ne cherchait pas à savoir pourquoi il allait si mal. Elle se posait des questions mais ne voulait en aucun cas qu'il se sente persécuté, elle ne savait que trop ce que cela pouvait avoir comme conséquence sur un cœur. Et puis, ce qui comptait n’était pas le passé, ce qui comptait c'est ce qu'elle pourrait faire pour son avenir. Après tout, On ne gâche pas une vie ainsi. Pas lorsqu'on est si jeune.
Elle le regardait. Il n'y avait ni pitié dans ses yeux, ni animosité. Beaucoup de compassion qui régnait en maître. Il mentait et elle le savait. Elle le savait parce qu'elle avait trop de fois prononcé ces paroles autrefois en espérant que quelqu'un la pointerait doucement du doigt en disant « tu mens. ». Chose avait été faite pour elle, alors elle ne reculerait pas non plus.
La professeur vint s'asseoir sur son fauteuil et observa l'éclair avec douceur.  «  Je ne compte plus le nombre de fois où j'ai répété cette phrase inlassablement jusqu'à ce qu'elle sonne parfaitement creuse de sens. »  Elle aurait pu en rire si cela ne l'avait pas autant marquée. Mais la vérité c'était que s'il n'y avait pas eu quelqu'un pour lui tendre la main, elle n'en serait jamais arrivé à être aussi forte mentalement. « Je n'ai pas pour habitude de juger qui que ce soit. oui il faut vraiment que tu saches que tu n'es pas seul. »  Elle soupira.  «  Je sais que les idées factices d'abandon sont séduisantes. Mais tu auras des jours bien meilleurs, crois moi. »

Spoiler:
 

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Ҩ Re: Et c'est ainsi que nous allons, barque luttant contre un courant nous ramenant sans cesse vers le passé - Iellina Ҩ Sam 18 Mar - 14:03

Spoiler:
 

Le chocolat ne parvient pas vraiment à me détendre, ni à chasser l’impression qui ne me quitte pas d’être pris au piège dans une mascarade qui a de moins en moins de sens, une scène de théâtre qui dure jusqu’à l’absurde et au grotesque, qui dure parce que les comédiens ne savent pas comment arrêter. Comédie infernale et morbide, manège grinçant et rouillé qui tourne dans le vide sans jamais s’arrêter, tourne-disque qui joue en permanence le même air, de plus en plus faux, de plus en plus désaccordé, mascarade sinistre, lugubre, macabre ; machine déréglée et devenue folle. Ma vie. Impossible de m’en échapper, de sortir de ces engrenages rouillés, de laisser tomber le masque pour de bon, d’arrêter le jeu. Même si j’ai essayé, la fuite comme seule solution possible et envisageable. Échec, retour sur les planches, tiens ton rôle, fais des efforts, tu en es capable, bouge-toi. Tant pis si le monde n’est qu’un camaïeu de noir, de gris et de rouge, tant pis si les autres couleurs se sont effacées, passées, délavées, emportées par ces trois-là, tant pis si tout est terne, si rien ne se détache. Tant pis, tant pis.

J’ai envie de leur dire non, à ceux qui me disent de tenir, d’avancer, comme si c’était facile, comme si ça ne demandait qu’un petit effort, que j’étais franchement trop paresseux. Non, je n’en ai pas envie, j’ai juste envie de me laisser glisser, de fermer les yeux… d’abandonner, encore, de lâcher prise, de me noyer et de me disparaître malgré ma promesse. Je n’ai plus d’énergie, plus de volonté pour lutter – à quoi bon de toute façon ? Qu’est-ce qui pourrait en sortir de bien ? Même les insultes des autres me laissent sans réaction ; elles sont toujours blessantes, mais avant j’arrivais à répondre, avant je ripostais, d’un sort ou d’une phrase, avant je me défendais. Maintenant, quelle importance ? Ça ne changera rien, ça ne changera jamais. Le monde entier baigne dans un « et alors ? » généralisé.

Pour avancer, il faut une raison et je n’en ai pas trouvé. Me battre pour faire ce que j’aime ? C’est voué à l’échec ; j’en ai assez de prendre des coups. Me dire que ça ira mieux plus tard ? Quand, alors que ça fait déjà dix-huit ans que ça dure ? Pour avancer, il faut une raison. Une raison personnelle, pas juste le souhait d’éviter de faire du mal à d’autres en jouant de nouveau au con – tiens, ça aussi, c’est comme un jeu pour certains, arrête de jouer au con, arrête de jouer avec ta vie, comme si ce n’était pas sérieux, juste une tocade qui allait passer. Parce que pour eux, tout va bien, parce que pour eux, ce n’est pas envisageable, c’est juste une façon de faire l’intéressant, d’attirer l’attention, de faire parler de moi. Pourtant, il aurait mieux valu que je réussisse. Tout le monde aurait été soulagé et moi, j’aurais été tranquille. Enfin. Un nom sur une tombe, deux plaques parce qu’il les faut bien, trois fleurs. Rideau, fin de l’histoire. Mon père n’aurait plus eu à faire semblant de me considérer comme son fils, un cousin aurait fait l’affaire pour reprendre le flambeau, et tout aurait bien roulé. Non, pas tout à fait. Le seul point d’ombre de ce schéma, c’est Stassia. Parfois, j’en viens à me dire qu’il aurait mieux valu qu’elle me déteste elle aussi, qu’elle ne soit pas si gentille ni si attentionnée, si loyale et si confiante malgré tout. Ça aurait été plus simple. Mais ces idées ne durent pas. Heureusement qu’elle est là. Heureusement.

La voix d’Elena me tire de mes pensées macabres, de l’abandon dans lequel je m’enfonce parce que je n’ai plus envie de faire semblant d’être fort, de faire semblant d’être un Voronov, de faire semblant d’exister. Je ne veux plus, je n’en peux plus, j’ai envie de le hurler, mais les mots restent coincés. Je serre mon verre de toutes mes forces, grignote un morceau de chocolat, mais ma gorge est si serrée que j’ai du mal à avaler.

«  Je ne compte plus le nombre de fois où j'ai répété cette phrase inlassablement jusqu'à ce qu'elle sonne parfaitement creuse de sens. »  

Elle sait que je mens, je n’ai pas de toute là-dessus. Elle me regarde avec compassion, sans avoir l’air de juger. Je hoche la tête, je comprends tout à fait ce qu’elle veut dire, des mots qui ne signifient plus rien, comme une incantation à laquelle on ne croit plus, prononcée par la force de l’habitude, parce que c’est ce qu’il faut dire, mais qui ne reflète en rien la réalité. J’ai déjà entendu des élèves rire de sa main dans son dos, lorsqu’elle était trop loin pour entendre, j’imagine sans mal que les choses n’ont pas dû être faciles pour elle non plus.

— Je suis désolé.

Désolé que vous ayez eu à subir ça, désolé que vous ayez connu ça aussi.

—  Je n'ai pas pour habitude de juger qui que ce soit. oui il faut vraiment que tu saches que tu n'es pas seul. Je sais que les idées factices d'abandon sont séduisantes. Mais tu auras des jours bien meilleurs, crois moi. »

Je n’ai même pas besoin d’une main entière pour compter les personnes qui me soutiennent. Mais ça pourrait suffire, ça devrait suffire. Et pourtant, je n’y arrive pas. Des jours meilleurs ? Tout aurait dû finir cet été. Ça fait des mois, des années, que je n’y crois plus, depuis que le passage de l’adolescence m’a ôté toute chance d’évoluer dans le « bon » sens voulu par mon père. Un héritier, c’est un homme ; un héritier, ça perpétue la lignée. Aucune case cochée, pas de satisfait ou remboursé, pas de remplacement possible. Je sais ce que je devrais abandonner pour redresser un peu la barre, nier ma partie féminine, agir comme un homme, même si ça ne résoudrait pas le deuxième point. J’ai cherché du côté des Moldus et les opérations qu’ils infligent aux gens comme moi m’ont donné la nausée. Heureusement que mon père les méprise trop pour s’intéresser à leurs pratiques médicales. Mais je me vois mal avouer tout cela à Elena, que le problème va bien au-delà de l’apparence, de l’aspect « garçon qui a une tête de fille », je me vois mal lui avouer l’agression, qu’on a voulu me violer, que l’agresseur court toujours, qu’il peut recommencer si l’envie lui en prend, que rien n’a changé de ce côté, parce que personne ne sait, parce que je ne peux le confier à personne. Parce que je suis seul face à ça. Et que j’ai toujours autant envie d’en finir.

— Elles sont plus que séduisantes. J’ai attendu pendant des années des jours meilleurs qui ne sont pas venus, je n’ai plus envie d’espérer pour rien. Je sais que je ne serai jamais à la hauteur de ce qu’on veut de moi, que je ne remplirai jamais les attentes. Alors, à quoi bon ? À quoi ça sert de continuer pour rien ? J’en ai juste marre !

Colère et désespoir mêlés. Ma voix et mes mains tremblent, le froid m’envahit. Je pose mon verre sur le premier meuble à portée, avant de le renverser.

— J’en ai marre…


Je serre les dents, retiens les larmes qui veulent monter. Encore. Trop sensible, dirait mon père. Ne pas craquer, ne surtout pas craquer. Ou juste un peu?

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Ҩ Re: Et c'est ainsi que nous allons, barque luttant contre un courant nous ramenant sans cesse vers le passé - Iellina Ҩ Ven 24 Mar - 10:59

La tentation. L’attraction la plus difficile à repousser. La tentation s’insinue partout, coupe le souffle, asservit l’âme et plonge les pensées les plus claires dans le désespoir le plus obscur. La tentation. Scandaleuse petite idée qui devient incendie dès lors qu’on la fuit comme la peste. La tentation de tout abandonner est la pire. Elle se fait obsessionnelle et rien ne semble alors avoir la moindre importance à côté. C’est un soupir, une renonciation à aller au-delà.  Et il n’y a rien de plus   intense que l’étau qui se resserre doucement autour de la gorge pour priver de la respiration. Mais alors, comment se sauver des idées noires ? Comment trouver la force de vaincre une idée insidieuse ? Quiconque se posait la question possédait la réponse au fin fond de son coeur, dissimulé, cachée de tous. Un long périple, une odyssée faite de peurs, d’angoisses, de pleurs d’opprobres, de colère et de fatigue aussi menait à l’acceptation de soi et à la fin de ce conflit intérieur qui pouvait ronger jusqu’à la moelle. Il fallait juste avoir le courage. Certains étaient assez forts pour passer, d’autre non. Et malheureusement, ainsi était cousu la vie, faite de petits fils tantôt solides tantôt usés que les moires s’évertuaient à couper sans aucune distinction.
Et puis celui qui avait dit que la vie était un long fleuve tranquille devait sans doute être né dans un palais en or, fait de domestiques allant jusqu’à penser pour lui. La vie n’était pas un fleuve tranquille, la vie était un torrent dans lequel il fallait apprendre  à nager malgré les remous, malgré le courant qui entraînait au fond des abysses.

Elle avait réussi à apprendre à nager. Difficilement, avec des égratignures, avec les poumons qui lui avait presque arraché son dernier souffle. Mais elle avait réussi. Parfois, lorsqu’elle se retournait sur le chemin parcouru jusqu’alors elle se disait qu’elle avait bien de la chance de ne pas avoir succombé. Puis elle se souvenait que la chance n’avait rien à voir avec les armes que l’on prenait. Non. Parfois, même dans les heures sombres il fallait continuait d’avancer pour trouver une étincelle quelque part. Pour ne pas se laisser engloutir par tout ce que le monde putride encrassait.
Il avait de la peine dans le regard. Ce mélange de honte et de tristesse qui dansaient dans ses pupilles dilatées par la fatigue. Il était à bout de force. Il s’efforçait de faire bonne figure, mais on ne pouvait mentir à quelqu’un comme Elena qui avait tant de fois flirté avec les idées noires de la solitude et de la honte. Impossible. Et puis parfois, il arrivait des choses qu’on attendait pas, Un sourire. Un visage. Une main tendue et le mécanisme se ré-enclenchait automatiquement, les rouages se mettaient en marche et tout semblait plus clair. Ça tenait à rien, vraiment à rien.
Il. N’y. Avait. Rien. D’insurmontable. Vraiment pas. Elle en était la preuve vivante. Ce petit bout de femme au visage poupin, aux yeux pétillants, aux mains délicates, à la voix trop douce pour cacher une quelconque noirceur. Et pourtant...Et pourtant. Elle le regardait, essayant de comprendre pourquoi il semblait porter toute la misère humaine sur ses épaules. Vouloir mettre fin à ses jours était un acte qui impliquait de ne plus trouver une seule satisfaction dans les petits plaisirs quotidien. C’était un acte de profond désespoir qui laissait des cicatrices. C’est pour cela qu’elle savait qu’il mentait lorsqu’il maintenait que tout allait bien. Non, tout n’allait pas bien. Clairement pas.
«  Ne le sois pas. » dit-elle simplement, en plantant son regard dans le sien. Il était mal à l’aise. Évidemment, Elena n’était pas stupide, elle savait qu’il était difficile de parler de ses faiblesses bien plus que de ses forces. Parce que l’Homme était façonné de telle sorte que la vanité l’emporte sur le reste. Mais il n’y avait aucune vanité dans ses yeux à lui. Rien que des choses trop noires pour un gamin de son âge qui n’était pas supposé avoir embrassé la mort du bout des lèvres. L’élève face à elle délia un peu sa langue. Elena avait ce pouvoir là : la compassion, le coeur sur la main, la sincérité qui se lisait dans ses yeux et qui donnait l’envie de se confier parfois même de l’écouter. C’était une qualité rare à Durmstrang. Trop rare à son plus grand désespoir.
Ces angoisses qu’elle pouvait cerner dans le regard de Ielisseï n’était pas du à sa seule personne, il avait vécu des choses, avait porté le poids de choses bien pire que ses propres démons. « Tu n’espères pas pour rien. Et tu ne dois rien à personne d’autre que toi même. Tu n’as pas à porter un quelconque masque pour qui que ce soit. La personne que tu es vraiment est bien plus admirable que ceux qui essaient de t’obliger à être quelqu’un que tu ne veux pas être. Ce n’est pas toi qui n’est pas à la hauteur, c’est ceux qui empêchent de t’épanouir qui ne le sont pas. »  Ces mots, elle avait mit du temps à les comprendre, elle dont on s’était moqué jusqu’a ce qu’elle finisse par se sentir honteuse. Petra avait mit du temps à ce qu’elle les assimile, mais elle y était arriver. Après moult combats menés contre ses propres pensées douloureuses, elle avait réussi.
«  Je sais que cela semble difficile à croire. Mais, tu ne traînes pas une existence creuse. » . Elle porta à ses lèvres la tasse de chocolat chaud qu’elle s’était servit et en bue une gorgée. Le liquide se répandit en elle avec une vague de chaleur. Elle sortit une fiole en cristal dans lequel un liquide bleuâtre presque transparent était contenu et en versa 3 goutte dans son breuvage avant de tourner un regard vers le jeune élève qui la regardait, le regard embué de larmes. «  sais-tu ce que c’est ? » un anti douleur. Quelque chose qui lui permettait de rendre la douleur supportable. Bien sûr, elle ne s’en allait jamais vraiment, elle restait simplement au repos, jusqu’à enflammer sa chair.  

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Ҩ Re: Et c'est ainsi que nous allons, barque luttant contre un courant nous ramenant sans cesse vers le passé - Iellina Ҩ Mer 12 Avr - 20:05

Spoiler:
 

Je lutte pour retenir les larmes qui veulent sortir sans pouvoir toutes les retenir, m’essuie les yeux d’un revers de manche. Tout se cristallise autour de cette pensée : « j’en ai marre ». Je n’ai plus envie de m’en sortir, de me forcer à exister pour les autres, sans rien avoir en retour. C’est bien beau de devoir les rassurer, leur montrer que non, tout ne va pas si mal, qu’il n’y a pas besoin de s’inquiéter, et tant mieux pour les bonnes consciences de la famille ! Ils peuvent retourner à leurs petites vies tranquilles en râlant contre le neveu ou le petit-fils qui leur a donné tant de souci, et aucune reconnaissance, descendance ingrate, et blabla bla. Du moment que les apparences sont sauves, tout va bien. J’ai envie de leur hurler que j’existe, moi aussi, que je suis là, et pas seulement en tant qu’héritier, en tant que rôle, qu’il y a un Ielisseï derrière. Mais à quoi bon ? Ça ne changerait rien, à part ajouter la case « rebelle » à mon dossier. Et de toute façon, je me fiche d’eux, de leur hypocrisie, de ce qu’ils pensent, j’ai juste envie de couler pour de bon, de partir, de tout laisser tomber. Le masque porté depuis des années est en train de partir en lambeaux, comme si mon geste de cet été avait ouvert des vannes impossibles à refermer, comme si tous les barrages érigés pendant des années craquaient d’un coup et m’emportaient avec leurs eaux furieuses et dévastatrices. La pente est trop glissante, inexorable, impossible à remonter. Et pour quoi ? Il n’y a plus de lumière, plus d’étincelle, plus d’espoir, plus rien au bout du chemin. Juste l’épuisement complet, total, la fatigue qui donne envie de ne rien faire d’autre que somnoler toute la journée, de se replier sur soi. Comme si ça pouvait soulager le reste.

J’aimerais juste avoir la paix pour de bon, qu’on me laisse définitivement tranquille. Et rien ne vaut la mort pour cela. On ne revient pas de l’autre monde, et je refuse l’option « fantôme ». Si je veux mourir, ce n’est pas pour revenir avec une fausse éternité. Je me suis toujours demandé ce qui poussait les fantômes à faire ce choix, à vivre une demi-vie, sans fin. Fin, fin, fin. Le mot tourne et tourne dans ma tête, plus envahissant que jamais, d’autant plus tentant depuis que j’ai vu que c’était si facile, si simple. Une baguette ou une lame, un sort ou un coup bien placé, l’artère trouvée, la douleur aigüe mais vite étouffée, le sang qui coule, libérateur, la faiblesse et la torpeur qui viennent ensuite, en douceur, presque sans en avoir l’air. Ce serait tout aussi simple de recommencer, témoin les cicatrices perpendiculaires aux autres, ou d’employer une autre méthode ; ce serait tout aussi simple, et l’envie rôde, plus ou moins forte selon les jours, mais toujours présente, toujours quelque part, à fleur de pensée.

Je baisse les yeux devant le regard clair d’Elena, honteux devant elle. Elle a l’air de ceux qui ont traversé les pires épreuves et en sont revenus, blessés, peut-être, mais surtout renforcés et grandis ; elle a l’air de ceux qui ont réussi à se dépasser, à trouver l’espoir là où il n’y en avait pas, ceux qui ont du courage et trouvent les ressources en eux-mêmes. Je n’ai pas cette foi ni cette motivation, par manque de courage, par lâcheté, peut-être. J’en ai assez. Et je me sens mal devant son regard pétillant, énergique, devant sa gentillesse, devant cette force intérieure qu’elle possède. Je devrais être pareil. Mais je n’y arrive pas, je n’y arrive pas et ça me tue. Je ne sais pas ce qui me manque, ce que j’aurais dû faire avant, ne pas me soumettre autant sans doute, ne pas obéir. Mais devant les sorts et les coups, l’enfant que j’étais a toujours cédé.

Elle me regarde en face et j’essaie de soutenir son regard, mais j’ai du mal. Je préfère largement qu’on m’oublie, que les regards glissent sur moi comme si j’étais invisible. J’aimerais l’être, parfois. Les personnes trop gentilles ont tendance à rendre les choses encore plus difficiles, c’est encore plus dur de résister, de ne pas craquer, de ne pas lâcher enfin le poids des secrets devenus trop lourds au fil des années. Je ne veux pas lui mentir, trahir la sincérité que je vois en elle, mais je ne peux pas non plus tout lui dire.

« La personne que tu es vraiment est bien plus admirable que ceux qui essaient de t’obliger à être quelqu’un que tu ne veux pas être. »


Un rire nerveux m’échappe. Mes mains tremblent toujours ; heureusement que ma tasse est en sécurité. Il n’y a rien de bien chez moi, alors admirable… Trop détraqué, trop anormal, pas de place pour moi. Monstre, comme le rappellent les lettres de feu et de sang dans mon dos, qui me démangent, ravivées par le temps humide. Tant que la douleur n’augmente pas, ça devrait aller.
Et je me dois à mon père, à la famille. Les préceptes des sang-pur ont toujours été clairs, et je m’efforce de les appliquer au mieux.

— Ça ne marche pas comme ça, il y aura toujours quelqu’un pour nous reprocher quelque chose, parce qu’on est différent, parce qu’on n’entre pas dans leurs cases. Autant essayer de limiter la casse.

Pas une existence creuse ? Si, vide, sans but, parce que j’ai toujours su que je n’irais pas très loin, que je devrais céder ma place à d’autres. J’ai bien eu envie de me rebeller, de dire « non » à mon père, d’imposer mes choix, au moins sur ce que j’aimais faire et les options scolaires, puisque ça ne mènerait nulle part de toute façon. Lui n’a jamais cédé, et moi, j’ai renoncé. Tant pis pour les cours et les loisirs, ça n’a pas d’importance.

La vue toujours brouillée par les larmes, j’observe Elena tandis qu’elle verse une sorte de potion bleue dans sa tasse, avant de me demander si je sais ce que c’est. La couleur ne me dit rien. La distraction est quand même bienvenue, et je me force à répondre :

— Non. C'est une potion pour quoi ?

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Et c'est ainsi que nous allons, barque luttant contre un courant nous ramenant sans cesse vers le passé - Iellina

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