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 Evyria I - If I burn, so will you (/!\ explicit page 2)

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HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : Née MoldueMessages : 177Date d'inscription : 17/11/2015Localisation : Domovoï's Rock
Ҩ Re: Evyria I - If I burn, so will you (/!\ explicit page 2) Ҩ Lun 3 Avr - 1:13

Ses bras enroulés autour d'elle, son corps, comme une longue tige de lierre qui se serait liée à elle, les racines cruelles d'un figuier étrangleur. Elle pouvait tout voir, tout sentir ; le parfum qui la hanterait les trois années suivantes, ce regard clair qui allumait un incendie dans son ventre, ses doigts, fébriles, sur sa peau s'enhardissant de plus en plus, son visage et elle, toute entière, qui avait fait tomber les masques et qui se trouvait là, plus belle que jamais elle l'avait été, plus vraie aussi, nue et sans artifices. Dans ses yeux, Visenya avait disparu ; Valkyria s'ouvrait enfin, les mains, les bras, les cuisses, l'esprit aussi, quand elle l'attira contre elle, à bout de souffle et de nerfs. Incapable de respirer, incapable de réfléchir, seulement de serrer ses jambes contre  ses hanches et la faire danser, là au dessus de son esprit, loin de tout ce qui aurait pu la retenir loin d'elle. Tu es tellement belle. Une caresse aérienne, puis une autre et des mains, plus fermes, se posant sur elle pour lui faire oublier ce qui causerait ses regrets le lendemain. Elle se jura, en attrapant ses joues pour l'attirer brutalement contre sa bouche de nouveau que rien, jamais rien ne lui ferait oublier cela. Jamais. Son visage, pâle, entouré de cheveux flamboyants et en bataille que la jeune femme caressait, grava l'image dans sa mémoire. Elle aurait voulu la tatouer sur sa peau, ne plus jamais la laisser partir. Figer cet instant dans le temps et n'en connaître aucun autre. Elle se sentit vivante, pour la première fois depuis qu'on l'avait privée d'air. Elle prit une inspiration, pour vérifier que tout cela était bien réel ; puis, le dos creusé, elle laissa les mains de l'autre glisser sur ses flancs et abandonna, réellement, toute idée de donner une explication à un acte aussi fou.

Elle s'aggripait, s'accrochait désespérément à elle. Valkyria, comme une araignée, s'imprégnait d'elle et lui volait son énergie ; elle lui prenait tout et donnait tout ce qu'elle pouvait. Eva se pencha en avant, le nez contre son cou, les mains posées sur une peau devenue moite dont elle admira le grain, imprimant soigneusement chaque geste dans l'attente d'un frisson, un gémissement, une plainte, une seule, étouffée contre ses lèvres et ses soupirs lourds qu'elle buvait et dont, elle le savait, elle ne serait jamais désaltérée. Elle était un supplice de Tantale à elle seule, cette femme si éloignée de cette vie qu'elle avait choisi. Elle s'était évanouie dans la nature, ne laissant aucun héritage, aucune trace de ce qu'elle aurait pu apporter ; elle n'avait rien à offrir, rien à promettre. Elle n'avait pas de nom, pas de château, pas d'argent, rien qui lui permette de la regarder sans honte ; mais elle savait. Au fond, elle savait. Elle savait qu'elle pouvait lui apporter bien plus qu'un simple nom sur du papier. Dans une promesse insensée qu'elle ne tiendrait pas non plus ensuite, Eva l'enlaça un peu plus fort, jurant que la liberté, elle la lui donnerait.

Un soupir à son oreille, un murmure ; son prénom qu'elle sussura et dont le son la hanterait dans les années à suivre. Elle perdit pied, les yeux grands ouverts, en la sentant trembler contre elle ; son corps fin et brûlant, son souffle qu'elle but jusqu'à la lie, son visage, dans son cou qu'elle attira un peu plus, le visage levé vers le ciel. Valkyria la serra contre elle, à l'en faire mal, tirant ses cheveux, serrant son corps entre ses jambes. Plus fort. Encore plus fort. Ce fut le brouillard, pendant un temps, court ; c'était trop, beaucoup trop, et lorsqu'elle la relacha, ce fut tremblante qu'Eva la recueillit une nouvelle fois, admirant chaque courbe, chaque mouvement de ses mains et de ses bras quand elle se lova contre elle et que l'hispanique l'étreignit, le menton posé contre ses cheveux blonds. Un sourire sur ses lèvres pourpres, réchauffée par son simple contact.

Puis elle attrapa un drap froissé qu'elle enroula autour d'elle, le souffle court ; en l'allongeant contre le matelas elle laissa ses doigts glisser une dernière fois contre sa peau, avant de lui accorder quelques instants de répit. Belle, elle l'était jusqu'au bout des ongles. Voilà. Elle posa sa tête sur le matelas et ferma les yeux, une minute, tenant l'héritière contre son épaule, enlacée ; où avait elle eu la tête ? Nulle part. Là où elle en avait eu véritablement envie pour une fois. Elle n'avait pas agi pour quelqu'un d'autre mais pour elle même ; elle qui avait si peu le contrôle de sa vie et agissait en mercenaire serviteur d'un bien qu'elle ne maîtriserait jamais, s'était vue emprisonnée, muselée par cette fille aux yeux clairs qui l'avait piégée dans sa propre chambre. Elle respira, longuement, pour retrouver un souffle régulier ; elle aurait tué pour une cigarette. Puis la Dragonstone releva lentement le visage. Eva tourna la tête, enfin calme ; et convaincue, pour une fois, d'avoir trouvé sa place.

« Dire que j'ai failli ne pas venir à cette fichue fête »
Elle tourna la tête à l'entente du chuchotis, et croisa un sourire, auquel elle répondit. Oui, assurément ç'aurait été une erreur. Eva aurait rondement mené sa mission sans personne pour lui mettre des bâtons dans les roues ; mais la mission était oubliée, pendue très haut. A choisir, elle préférait, de toute manière, avoir perdu ce fameux sceptre qui doublait les capacités physiques que l'on lui avait tant promis en échange d'informations capitales. Cette place là, elle ne l'aurait quittée pour rien au monde. Pas même pour une baguette de Sureau. « J'ai pensé avoir mieux à faire. Je ne me suis jamais autant trompée. » Un regard en croisa un autre. Qu'essayait-elle de lui dire ? Une main se posa près de son cou et elle s'en saisit, lentement, par réflexe. Elle était simplement venue voler un objet, un soir. Si elle l'avait détaillée ce jour là, jamais elle n'aurait imaginé qu'elle ait pu mettre une fille comme elle dans son lit. C'était du délire. Et pourtant c'était un fait. « Enfin. Presque jamais. » "Et qu'avais-tu de mieux à faire ?" elle répondit à son sourire par un autre. Ramenant une mèche de cheveux derrière son oreille, elle se détendit, un peu plus. Depuis combien de temps cela ne lui était pas arrivée ? Longtemps, trop longtemps. Des matins qu'elle avait préféré oublier pour ne pas avoir à souffrir, de longues nuits sans sommeil. Elle les avait fuis, mais cela la rattrapait. La personne entre ses bras n'était pas un homme et ne portait pas son nom, mais cela n'avait aucune importance. Elle se sentit soudain comprise, consolée. Et aimée, pour la première fois depuis longtemps. La femme de l'ombre se montrait à la lumière. "Les jeunes filles comme toi ne doivent avoir la paix que lorsqu'elles dorment, et encore. A ton âge, je suppose que tu es fiancée." les anciennes familles, ils étaient tous les mêmes. Elle ne serait pas surprise que Valkyria réponde par l'affirmative.

Elle laissa ses mains dériver sur ses flancs. Un frisson la fit bondir, à peine, et ses doigts glissèrent lentement contre son dos. Elle poussa un soupir faussement contrit, malgré le sourire qui fendait son visage dans une expression bien plus docile que tout ce qu'elle avait pu montrer auparavant. Puis elle se redressa, sur les coudes, la surplombant ; elle n'avait pas sommeil, et elle ne savait pas si elle reverrait cette jeune femme un jour. Elle supplia pour que ce soit le cas. Elle n'oublierait pas cette soirée. "Ce n'est pas sous tes atours et tes faux semblants que tu es la plus belle, loin de là." Elle aurait voulu réduire Visenya en poussière. Faire de Valkyria celle qu'elle aurait dû être, sous simplement. Elle déposa un baiser contre sa bouche, sans réfléchir. Sur le drap, leurs cheveux mélangés mêla le rouge au blond, en rivière menaçante. Puis elle se redressa. Et le sourire qu'elle lui adressa se chargea un peu plus de moquerie badine. "Vous venez de faire une bêtise de taille, mademoiselle Dragonstone." regretterait-elle ? Eva n'en était pas certaine. Difficile, de savoir ce qui traverserait l'esprit d'une femme qui portait un masque en permanence.

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Statut du sang : Plus pur que le cristalMessages : 343Date d'inscription : 05/04/2016Localisation : Domovoï's Rock, cachée dans un coin
Ҩ Re: Evyria I - If I burn, so will you (/!\ explicit page 2) Ҩ Mar 4 Avr - 23:50

Ses pensées se délient lentement, retrouvent un peu de cohérence sur un fond de c'est du délire. Du délire pour Visenya, peut-être, mais elle elle s'en accommode plutôt bien, déjà, enveloppée dans ta chaleur comme si c'était la chose la plus naturelle du monde alors que c'est la première fois. Son souffle apaisé s'échappe régulièrement d'entre ses lèvres qui tracent un mince sourire serein, de ceux dont elle ne peut pas vraiment se représenter l'image. Elle s'en fout bien, de l'image, de l'étiquette. C'est un poids immense qui s'est dégagé d'elle, qui a cessé de comprimer sa poitrine pour la laisser, enfin, respirer à fond. Inspirer un air chargé de ton effluve, qui lui donne l'impression de ne pas être totalement perdue dans ce monde sur lequel elle ouvre les yeux pour la première fois depuis une décennie entière. L'illusion de pouvoir y avancer sans se casser la gueule à chaque tournant. C'est pas grave, elle se relèvera. Elle n'a plus peur de rien, pour ce soir du moins. « Et qu'avais-tu de mieux à faire ? » un léger rire lui secoue les épaules, qu'elle fait mine de hausser, tandis que tes doigts frôlent sa joue en dégageant une mèche blonde de son visage. « Beaucoup trop de choses » elle ricane, en listant mentalement toutes les choses absolument inutiles qu'elle aurait pu accomplir pour faire semblant de remplir sa vie avec quelque chose de consistant. Comme si apprendre à faire de la broderie était un tant soit peu existentiel ; ses pensées perfides rendent un peu cynique son sourire, elle se dit qu'elles doivent pourrir depuis un moment dans un coin de sa tête. « Dissuader le majordome de faire installer des barreaux à ma nouvelle fenêtre, par exemple. » elle fait, en glissant un regard espiègle jusqu'à toi. Aucune trace de rancœur, ni dans ses yeux ni dans son esprit. Il n'y a que quelques heures, le souvenir de cette nuit l'aurait fait gronder, mais plus rien n'est comparable. Bien sûr qu'elle n'aurait jamais pu prévoir que l'intrusion dans sa chambre la conduirait là où elle est ce soir. C'est complètement irréaliste. Mais en même temps, à Visenya, tout ce qui sortait un peu de ses petits rails bien propres était irréaliste. C'est le désespoir seul qui lui avait fait revoir la trajectoire de ces derniers, en commençant les entraînements avec Adonis. Mais au final, il avait eu raison. Même ça, c'est pour sa famille qu'elle l'avait fait.

Ce qu'elle a fait ce soir, elle ne l'a fait pour personne d'autre qu'elle-même ; et toi, parce que ce saut dans le vide lui semble inconcevable autrement. Mais pas de raison de s'inquiéter. Pas comme si tu avais l'intention de disparaître. Elle pourrait sûrement s'en douter mais ton regard plongé dans ses yeux lui en fait aussitôt oublier l'éventualité. Son pouce frôle en cercles le dos de tes doigts liés aux siens, et elle décide d'ignorer l'idée que ce moment finira par arriver à son terme.

« Les jeunes filles comme toi ne doivent avoir la paix que lorsqu'elles dorment, et encore. A ton âge, je suppose que tu es fiancée. » Une légère grimace déforme ses traits et elle lève les yeux au plafond, trahissant son désintérêt absolu pour la question. Matthew. Assurément, il ne serait pas content. Ca fait plus de quatre ans, elle se dit, distraitement. Elle n'a aucune idée de combien de temps il aurait encore supporté qu'elle esquive ses allusions à un éventuel mariage avant de la mettre dos au mur. Ou combien de temps avant qu'il exige qu'elle le laisse au moins la toucher à défaut de l'épouser sur le champ. Elle le fuit autant que possible depuis le début, en prétextant mille et une choses à faire, à l'autre bout du monde de préférence. Jusqu'à présent il n'a pas été trop insistant ; parader à son bras et pouvoir se présenter comme le fiancé de l'Héritière, ça lui a suffi jusqu'à présent. Est-ce que c'est vraiment important ? Ses prunelles détaillent le lustre, là-haut, et elle décide de le balayer aussi simplement que tout le reste est parti en fumée un peu plus tôt. « Il paraît. Je crois. J'ai un doute sur son prénom. » Ses propres sarcasmes la font rire, elle s'enorgueillit de se découvrir une telle capacité à se détacher de tout ce à quoi elle a décidé de tourner le dos. C'est moins difficile que ce qu'elle aurait pu imaginer.

Un long frisson contre son échine, lorsque tes mains glissent sur elle, ramène ses yeux à toi. Ton soupir contrit lui arrache un sourire faussement coupable et elle glisse un bras derrière sa tête en s'installant sur le dos lorsque tu te redresses pour la surplomber. Sa main croche entre ses doigts plusieurs mèches écarlates qu'elle ramène en même temps derrière ton oreille, pour dégager ton visage et t'observer dans la pénombre. « Ce n'est pas sous tes atours et tes faux semblants que tu es la plus belle, loin de là. » Son regard accroche le tien ; elle ne répond pas, touchée. Les compliments, elle en a l'habitude. Mais pas comme ça. Ceux-là, ceux qui s'adressent à elle, et pas à son enveloppe, elle ne sait pas comment les recevoir, elle n'a jamais appris ça. Elle ne sait même pas encore que ce n'est pas plus compliqué que de sourire en laissant la chaleur se diffuser doucement dans sa poitrine. Elle l'expérimente un peu naïvement, tandis que ta bouche contre la sienne lui retire l'embarras de trouver quelque chose à répondre. Ses doigts glissant dans ton cou, elle répond tendrement au baiser sans se poser de question, les yeux fermés, transportée loin, sinon du monde réel, au moins de sa vie d'avant.

Tu t'écartes et elle laisse tes lèvres lui échapper presque à regret, observant ton sourire espiègle. « Vous venez de faire une bêtise de taille, mademoiselle Dragonstone. » Elle rit, en secouant la tête de gauche à droite. Une bêtise ? C'est marrant, elle aurait pu utiliser énormément de mots pour décrire ce qui vient de se passer. Bêtise ne fait pas partie de la liste. Pas pour elle, en tout cas ; pour Mademoiselle Dragonstone, peut-être qu'il s'agit effectivement d'une infraction relativement grave à tout un tas de règles dont elle préfère ne pas se souvenir. « Tu crois ? »  elle lâche, moqueuse, avant de s'appuyer sur ses coudes pour se redresser, une expression presque défiante sur le visage, en revenant trouver ta bouche. Tes cheveux lui chatouillent le visage, et elle interrompt rapidement le baiser pour sourire contre tes lèvres. Elle se laisse redescendre contre le drap, ramenant une main à ta taille en espérant que tu suives le mouvement pour te réinstaller contre elle. « Très franchement, je pense que je risque moins que toi. Ils penseraient que j'ai été forcée et manipulée comme la pauvre créature fragile et influençable que je suis. » grimace. Ça, ça lui semblait déjà ridicule avant. Maintenant c'est encore pire. Elle hausse un sourcil en souriant, déjà amusée par la suite. « C'est glorieux. Abuser de ma naïveté comme ça. T'as pas honte ? » elle secoue la tête, faussement réprobatrice, sans pouvoir s'empêcher de sourire. C'est si léger qu'elle a l'impression de pouvoir s'envoler. Pourtant, sa dernière idée est bien de s'en aller où que ce soit.

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Shadows settle on the place that you left
And if you're still bleeding, you're the lucky one. 'Cause most of our feelings, they are dead and they are gone. We're setting fire to our insides for fun, collecting pictures from the flood that wrecked our home. It was a flood that wrecked this. And you caused it.
And if you're in love, then you are the lucky one, 'cause most of us are bitter over someone. Setting fire to our insides for fun, to distract our hearts from ever missing them. But I'm forever missing you. And I caused it.
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Statut du sang : Née MoldueMessages : 177Date d'inscription : 17/11/2015Localisation : Domovoï's Rock
Ҩ Re: Evyria I - If I burn, so will you (/!\ explicit page 2) Ҩ Jeu 6 Avr - 1:04



Les bras autour d'elle, le dos contre le matelas, abandonnée contre sa peau, seulement suffocante à l'idée de devoir partir un jour. Eva ferma les yeux, la tête contre les draps ; elle oublia pour quelques instants qu'elle n'avait rien à faire là. Cet univers, ce n'était pas le sien ; ces ornements, ces faux semblants et faux sourires, ces pièces richement décorées à en donner la nausée ; elle tourna le regard vers Valkyria, amusée ; une fille comme elle se contenterait-elle seulement d'un duplex au coeur de Paris, au milieu des moldus ? Non, sans doute pas. S'il n'y avait pas une personne pour vous laver, une autre pour vous habiller et une troisième pour changer vos serviettes hygiéniques, ça ne marcherait sans doute pas. Elle retint un rire à cette pensée. Oh, pas de familiarités ici pas vrai ? Cette fille venait d'accepter une vagabonde du bas peuple dans son lit. Elle pouvait déjà se sentir flattée. Oui, mais non ; Eva n'aurait jamais touché la Dragonstone si elle n'avait été que le produit de la bienséance et des jolies paroles dénuées de sens. Elle avait vu autre chose, cette nuit-là ; quelque chose qui avait attisé sa curiosité, quelque chose qu'elle avait retrouvé quand cette femme, en robe, l'avait tout simplement muselée en plein espionnage.

L'intéressée échappa un petit rire, discret, qui alla mourir contre son épaule. Elle la regarda, attendrie ; bien différente de tout ce qu'elle montrait, oui. Plus belle, plus intéressante, fascinante dans sa manière habile et involontaire de jouer un jeu double à chaque fois qu'elle croisait son regard. Elle ferma les yeux, lentement, au contact de ses doigts contre les mèches blondes. Elle avait tout son temps, et elle comptait bien rester suffisamment pour graver cela dans sa mémoire. Quand la reverrait-elle ensuite, après tout ? Pour l'heure, cela ne rentrait pas véritablement en ligne de compte. Elle y penserait plus tard, tout à l'effervescence qu'elle ressentait, la félicité à la simple pensée de la soirée qui venait de se dérouler. Elle n'avait pas imaginé cette fin non plus. Ses réflexions se tournèrent vers l'appartement miteux sous les toits qu'elle louait pour quelques mois en attendant de rentrer chez elle. Elle était bien mieux là au final.

« Beaucoup trop de choses »
Elle s'imagina un agenda de ministre, et le ricanement qui suivit ne lui donna pas vraiment tort. Que faisaient les jeunes filles de bonne famille ? Elles apprenaient des langues étrangères ? Elles jouaient du piano, elles répétaient leurs petits pas  de danse ? Ridicule. Ce genre de personnes, c'était seulement la plaie de la société. Oisives et inutiles. « Dissuader le majordome de faire installer des barreaux à ma nouvelle fenêtre, par exemple. » Elle lui jeta un regard appuyé, auquel Eva répondit par un simple haussement d'épaules. "Je ne vois pas de quoi tu veux parler." Elle ne lui en voulait pas ; elle ne lui en voulait plus. Cela brillait, dans les yeux de la blonde que le sujet ne serait plus dès lors qu'une vaste plaisanterie. De toute manière, c'était derrière elles ; Eva regardait au présent, même si le passé lui faisait rire. C'était trois semaines auparavant ; et pourtant, il sembla que Valkyria n'ait pas aimé du tout s'être vue doublée par une vulgaire connasse de violonniste. Alors elle l'avait mise dans son lit. Elle la regarda, le sourire aux lèvres ; sa main liée à la sienne resta sagement là, immobile, profitant d'un moment où elle n'était, pour une fois, pas seule. Depuis combien de temps n'étais-ce pas arrivé, au final ? Trop longtemps. Elle laissa, pour une poignée d'heures, son deuil derrière elle.

A la question du fiancé, elle lui répondit par une grimace. Oui, elle en avait un, c'était logique ; à son âge et au vu de sa condition, elle ne pouvait qu'en avoir un. Est-ce que lui aussi s'était déjà invité dans son lit ? Elle jugea que non. Si Valkyria rechignait à en parler, alors elle faisait partie de ces misérables victimes de mariages arrangés qui peuplaient les petites familles pauvres, et celles de la grande noblesse. Un moyen habile et efficace de conserver les richesses dans le second cas. L'aimait-elle ? Se rengorgeant intérieurement, Eva préféra penser que non. Les attitudes de l'héritière avaient été timides durant leur étreinte ; il était possible qu'elle n'ait jamais déshabillé qui que ce soit. Une vague de fierté égoïste la submergea ; elle essaya tant bien que mal de la dissimuler, alors que la jeune femme répondait, blasée.

« Il paraît. Je crois. J'ai un doute sur son prénom. »
Et un bon point pour elle. Elle se mit à rire, et les traits de l'espagnole s'adoucirent. C'était parfait ainsi. Une fille comme elle n'avait rien à faire dans cet univers. Alors, elle se redressa ; frôlant son nez du sien, savourant une victoire qu'elle avait prise sur le monde entier, pour elle. Pour cette fille et ses grands yeux de ciel. Elle était belle. Foutrement belle. Nue, sans artifices, sans bijoux, sans ses belles robes et ses talons, sans cette carapace riche et bienséante qui lui donnait envie de briser le miroir à coups de poing. Derrière Visenya, Valkyria attendait. Elle rongeait sans doute son frein depuis des années. Pour la liberté, celle de vivre, celle de penser comme elle le voulait, celle d'aimer sans devoir rendre de comptes. Contre sa bouche, Eva esquissa un sourire léger. Elle lui donnerait tout ce qu'elle voulait, ce soir. Grâce à elle, la musicienne se sentait vivante, pour la première fois depuis longtemps.

« Vous venez de faire une bêtise de taille, mademoiselle Dragonstone. »
Un rire. Un signe de tête négatif. Ses cheveux en bataille, ses dents blanches. Ce sourire qu'elle eut immédiatement envie de dévorer. « Tu crois ? »  Elle en était sûre. Elle se redressa, et l'expression d'Eva se fit bien plus sérieuse face à celle, moqueuse, de la Dragonstone. Elle accepta, ensuite, sa bouche contre la sienne ; son parfum de stupre et de fleur mêlées qui lui fit tourner la tête, ses mains dans ses cheveux, sur son cou, puis sur sa taille. Elle redescendit, lentement ; et Eva la suivit, incapable de réfléchir. Elle laissa son visage se poser contre son épaule, lentement.

« Très franchement, je pense que je risque moins que toi. Ils penseraient que j'ai été forcée et manipulée comme la pauvre créature fragile et influençable que je suis. » Comme si c'était vrai. Elle haussa un sourcil. C'était une grande fille non ? Elle avait fait ce choix seule. Celle qui avait déclenché les hostilités et qui l'avait embrassée, c'était elle. Même si, il fallait l'admettre, l'espagnole ne s'était pas beaucoup débattue. « C'est glorieux. Abuser de ma naïveté comme ça. T'as pas honte ? » Elle répondit à son signe négatif par un sourire, laissant quelques doigts courir sur son ventre blanc. "Je suis une fille de dehors, Princesse. Il y a bien des choses que j'ai faites, et je n'ai honte d'aucunes." elle était libre, même si ce n'était pas tout à fait exact. Son fils l'enchaînait à ses obligations ; mais c'était lui qui la faisait régulièrement rentrer à bon port, pour ne pas sombrer dans la folie. La mort de son français l'avait tuée. Pourtant, il lui sembla qu'elle retrouvait un semblant de souffle quand elle la regarda.

"Par ailleurs, rien ne t'empêchait de dire "non"... ou alors je t'impressionne ?"
un rire, auquel elle répondit, plus franc ; elle se ramassa un oreiller en pleine tête et le repoussa un peu plus loin une main fermement posée sur ses hanches. "Je suis sûre que c'est ça. Tu es attirée par les mauvaises filles. Un penchant pour le masochisme." une main dans ses cheveux, elle écouta seulement son rire. Ses doigts descendirent, son cou, son épaule, la courbe gracieuse de son flanc, ses hanches. Ses pensées filèrent, très brièvement, vers Adonis ; pourquoi l'avait-il rejetée ? Ah oui. Asphalt. La véritable Visenya. Comme si Valkyria était responsable de cette catastrophe. "Tu pourrais t'enfuir, tu sais." elle se fit beaucoup plus sérieuse, quand elle se redressa pour la regarder. "Tout quitter. Ce n'est pas très compliqué, il te suffit de dire non... et de partir. C'est pas si dur de vivre au jour le jour. Tu ne serais plus prisonnière." ses yeux se voilèrent. Et son regard alla vers la fenêtre. "Tu pourrais refaire ta vie." comme elle avait refait la sienne. Le résultat avait été mitigé. Mais il y avait un enfant, là, au sud, qui attendait sa mère. Même avec toute la liberté du monde, il avait besoin d'elle. Valkyria n'avait pas d'attaches. Elle pouvait saisir une chance comme celle-là.

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Ҩ Re: Evyria I - If I burn, so will you (/!\ explicit page 2) Ҩ Ven 14 Avr - 18:00

Elle parle déjà d'un avant et d'un après. Comme si les deux étaient totalement dissociables, comme si rien ne les reliait, sinon la cassure perceptible au centre de tout. La fissure, écarlate, qui déchire sa vie déjà un peu abîmée, rafistolée. Troisième acte, on pourrait écrire au plafond, pour intituler la scène qui se joue juste en dessous. Le début de l'après, de la suite. Elle sait déjà que rien ne sera plus jamais pareil.
L'apaisement qui l'enveloppe est à lui seul un bouleversement. Elle rit doucement, parce qu'elle en a envie, parce que c'est léger, parce que la disparition soudaine du poids qui comprimait sa vie lui donne l'impression d'avoir des ailes. Ca l'étourdit, presque. C'est pas grave, ses repères vont se reconstruire, ailleurs, autrement. C'est elle qui va les choisir, cette fois. C'est elle qui va choisir tout. Où elle va, comment. Avec qui. Elle inspire, accroche ton regard, étire ses lèvres dans un sourire. Simple. Serein. Ca fait du bien. Tes doigts glissent sur son ventre, elle savoure la chaleur de ta peau. A peine quelques heures plus tôt elle n'aurait pas cru qu'un geste pareil puisse sembler si naturel. Puisse être seulement possible, en fait.

« Je suis une fille de dehors, Princesse. Il y a bien des choses que j'ai faites, et je n'ai honte d'aucunes. » Elle se demande dans quel univers c'est possible. Pas dans le sien, assurément ; pas celui de Visenya, en tout cas. C'est pas ton monde, Princesse. Elle fronce un peu les sourcils, à peine, au souvenir de la voix d'Adonis qui revient comme un fantôme. Quels étaient ses mots exacts déjà ? Ta vie ne te suffisait déjà plus. Elle a un peu de mal à déterminer ce que ça lui coûte, exactement, d'admettre qu'il avait raison. Retenant un soupir, elle décide de ne pas y penser maintenant. Cette humiliation ne devrait pas lui appartenir ; c'est Visenya qui s'est battue. Qui s'est trompée. Peut-être qu'elle devrait être reconnaissante au Greengrass, hein. Après tout c'est certainement pas sa faute à lui si l'Héritière a refusé les remises en question légitimes. Légitime, c'est pas un mot qu'elle aime beaucoup, Visenya. Valkyria déglutit difficilement, songeuse. C'est plus compliqué qu'une question de rênes, hein ? Elle ne peut pas les reprendre aussi simplement, tracer un trait net et précis sur qui elle a été pendant les dix dernières années de sa vie. Laisser tout derrière elle, oui. Mais elle n'est pas sûre de pouvoir, encore une fois, abandonner l'entièreté de sa personnalité pour construire quelque chose de nouveau. Quand bien même, cette fois, elle n'aurait à répondre de personne.
Il va falloir faire avec. C'est pas grave, il en faudra beaucoup plus pour la freiner. Elle croise ton regard, encore. Visenya ne lui fait pas peur. Elle ne se fait plus peur, elle n'a plus peur de rien. « Par ailleurs, rien ne t'empêchait de dire "non"... ou alors je t'impressionne ? » Le rire s'échappe, décrédibilisant totalement son expression faussement contrariée. C'est ça, voilà, elle a pas osé te dire non. Ce doit être ta carrure imposante et ton regard de tueuse. L'oreiller dans ta tronche, tiens, ça t'apprendra à dire des conneries. J'te jure. La main qui maintient sa hanche l'empêche d'attraper l'autre oreiller, elle fait semblant de protester mais te regarde finalement en se contentant de sourire. Ca ne lui a jamais semblé aussi facile. « Je suis sûre que c'est ça. Tu es attirée par les mauvaises filles. Un penchant pour le masochisme. » Elle veut te râler après, amorce un geste pour récupérer l'oreiller, mais tes doigts qui glissent dans ses cheveux la font s'immobiliser et son rire s'échoue contre les draps. « Voilà. Tu m'as percée à jour. » Elle se dit que c'est à peu près exactement ça, en fait. D'une façon légèrement plus absolue que cette histoire de masochisme. Attirée par les mauvaises filles, elle se dit, en souriant, tandis que ta main qui glisse le long de son corps lui fait fermer doucement les yeux. Elle n'aurait même pas imaginé que les mots « attirée par » et « filles » puissent se retrouver dans la même phrase. Elle ne s'était pas posé la question. Ce n'est pas exactement le genre de chose qui se conçoit, dans son monde. Elle s'en fout. C'est tous des cons de toute façon. « Tu pourrais t'enfuir, tu sais. »

Elle rouvre les yeux pour te regarder, contempler ton expression beaucoup moins amusée. Tu n'es plus du tout en train de blaguer, et le sourire qui flottait sur ses lèvres fane légèrement. Elle se fait sérieuse, elle-aussi. Concentrée. « Tout quitter. Ce n'est pas très compliqué, il te suffit de dire non... et de partir. C'est pas si dur de vivre au jour le jour. Tu ne serais plus prisonnière. »

Son regard se perd, elle réfléchit. Elle imagine. Qu'est-ce que ça donnerait ? A quoi ça ressemblerait, sa vie ? Elle n'a nulle part où aller, aucune attache qui ne fasse partie, aussi et avant tout, de ce monde qu'elle voudrait abandonner. Et est-ce qu'elle est véritablement prête à tout laisser derrière ? Tout le monde ? Elle pense à Amatis, sa gorge se serre un peu. La jeune femme est malade depuis des semaines et son abruti de frère refuse de lui dire où elle peut la trouver. Quand elle ira mieux, qu'est-ce qu'elle pensera en apprenant que sa meilleure amie s'est évaporée dans la nature ? Et ce sera quoi, la version officielle ? Est-ce qu'ils mettront quelqu'un à sa place, comme ça, comme ça a été fait la première fois ? Elle en doute. C'était facile de remplacer Visenya, mais elle, ce sera plus compliqué. Elle connaît tout le monde, tout le monde la connaît. Elle n'est même pas sûre qu'il lui soit concrètement possible de disparaître. Elle aurait toute la communauté magique aux trousses. « Tu pourrais refaire ta vie. » Un sourire un peu maigre, un peu triste, étire ses traits. Et d'un coup elle a presque honte. D'hésiter comme ça, de penser à Amatis, de croire que c'est impossible. D'où est-ce qu'elle fait des manières ? Elle n'a rien à perdre en essayant. Rien ne peut être pire qu'ici, que comme c'était jusqu'à maintenant ; jusqu'à ce soir. Il y a une heure elle était prête à laisser ta lame se ficher dans son ventre. Elle a avancé, au mépris de la menace du métal. Qu'a-t-elle de plus à perdre, à présent ? Ses yeux reviennent à toi, elle t'observe un moment, sans répondre. Tu regardes la nuit par la fenêtre, elle se demande à quoi tu penses. Elle se redresse, lentement, appuie ses épaules contre la tête du lit. « Tu sais je ne plaisantais qu'à moitié pour les barreaux à ma fenêtre. » elle grince finalement, incertaine, en détournant les yeux pour regarder dehors elle-aussi. « Ils savent s'y prendre pour remplacer une héritière de dix ans, mais une de vingt, c'est plus compliqué. » elle s'arrête, une seconde, réalisant qu'elle a parlé beaucoup plus vite que ce qu'elle aurait dû si elle avait encore eu ses chères chaînes accrochées aux poignets. Visenya est née deux ans avant elle, elle est censée avoir vingt-deux ans. Du coup elle ne parle jamais de son âge, c'est probablement le seul détail de sa vie d'avant qu'elle n'a pas réussi à oublier. Son anniversaire. Comme si ça avait la moindre importance. Elle sourit d'un air vague, furtivement, le temps de refouler ces pensées parasites. De toute façon elle a toujours fait beaucoup plus vieille que son âge. « Ils ne me laisseront jamais faire. Je ne serais plus prisonnière, je serais fugitive. » Ce n'est pas la vraie liberté, ça. Elle n'est pas chez elle ici, mais est-ce qu'en s'enfuyant elle ne brûlerait pas toutes ses chances de se sentir à sa place quelque part ? Elle fronce les sourcils, s'agace de ses propres doutes. Non, décidément, quand bien même Valkyria tiendrait les rênes, Visenya n'est clairement pas très loin à l'intérieur. Il faudrait qu'elle arrête de réfléchir de façon aussi duale. Ca va la rendre dingue très rapidement sinon. Elle soupire en silence, ferme les yeux en remplissant ses poumons d'un air qui a retrouvé un peu de sa lourdeur. Ca l'étouffe à moitié. Elle n'a pas envie que ça recommence.

D'un geste, elle glisse une main dans ton dos et accroche ton regard quand ta tête se tourne vers elle. Elle ne sait plus trop comment sourire, se contente de te regarder en t'attirant contre elle, ton dos contre sa poitrine. Elle a peur que tu repartes trop vite, d'un coup, comme ça. Penser à la suite ne la rassure pas du tout. Elle soupire à nouveau, enroule ses bras autour de ton ventre en amenant son front contre ta nuque, au milieu des mèches écarlates. « Je sais pas comment faire » son souffle, à peine audible, s'écrase contre ta peau. Elle relève un peu la tête, pose son menton sur ton épaule en regardant vers l'extérieur. « Je m'enfuis dans la nuit, je disparais dehors. Et après ? » Elle attend, une seconde, deux, puis étouffe un soupir avant d'installer son visage contre ton cou. C'est facile, de rêver de liberté ; refaire sa vie, c'est une jolie expression. Elle a bien peur que ce soit plus compliqué que ça, une fois la balustrade enjambée. Ca n'avait pas l'air si difficile quand tu le faisais. « Où est-ce que tu retournes après, toi, quand tu passes par la fenêtre ? » elle demande, doucement, curieuse, une pointe d'appréhension dans la voix. A quel point est-ce que tu seras loin, après tout ça ? Elle n'avait pas très envie d'y penser, un peu plus tôt, mais même en courant de toutes ses forces, elle ne pourra pas aller plus vite que la réalité. Elle se fera forcément rattraper ; par une réalité différente, sûrement. Ce sera à elle de choisir ce qu'elle voudra y faire, cette-fois. Elle n'a pas envie de renoncer déjà à la liberté qu'elle a aperçue. La fenêtre est là, ouverte. Il vaut mieux qu'elle se jette dehors sans savoir voler, plutôt qu'attendre sagement qu'elle se referme, à l'image du collier étrangleur qu'elle aura toujours l'impression de porter. Elle n'y survivrait sûrement pas une seconde fois.

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Statut du sang : Née MoldueMessages : 177Date d'inscription : 17/11/2015Localisation : Domovoï's Rock
Ҩ Re: Evyria I - If I burn, so will you (/!\ explicit page 2) Ҩ Jeu 20 Avr - 19:58

On  aurait juré lire un mauvais roman pour sorcières.

Elle n'avait aucun contrôle sur la situation ; c'était presque naturel, ces gestes qu'elle avait pour elle, comme si elle l'avait attendue. Comme si la perte qu'elle avait subie n'avait été qu'une attente ; une culpabilité, un moment d'égarement qu'elle ne regretterait sans doute jamais. Il y avait quelque chose, dans les yeux de Valkyria Dragonstone. Quelque chose de sauvage, de fou, un volcan endormi qui ne demandait qu'à se réveiller. Fascinée, elle avait contemplé cette double-face sans faire le moindre commentaire. Elle s'était contentée d'observer les changements opérés à son contact, se demandant comment sa seule présence avait suffi à faire jaillir le torrent ; la blonde s'était apaisée, dans ses bras. Elle avait vu un sourire éclairer pour la première fois ses lèvres pâles ; la promesse d'un avenir nouveau, d'une vie nouvelle si seulement elle choisissait de faire ce difficile pas en avant. Le ferait-elle ? Rien n'était moins sûr. Celles qui n'avaient jamais connu qu'une vie en cage étaient les plus difficiles à réveiller. Adonis avait essayé avant elle. Il n'y était parvenu qu'à moitié. En silence, elle repensa à la blessure qu'elle avait aperçue, là, sous sa poitrine. Le Greengrass était un employeur, un ami. Et aussi un bel enfoiré. Abîmer une femme comme elle revenait simplement à commettre une hérésie. Elle qui n'avait osé que la frôler au départ, comme on toucherait une poupée en porcelaine ; fragile, cassante, dissimulant sous son visage maquillé l'esquisse d'une statue métallique indestructible. Forte. Et plus belle qu'elle ne le serait jamais sous ses robes et ses artifices.

Eva y songeait en regardant dehors. Comment cela avait-il pu arriver ? En l'espace de quelques mois, elle avait troqué une vie sage et rangée de femme mariée et heureuse à celle, dangereuse et incertaine, de chasseuse de primes qui ne connaissait ni lois, ni frontières. Prenant le soin de ne s'attacher à personne, elle s'était forgé une nouvelle identité ; elle était Eris, la Discorde, la femme aux milles visages dont tout le monde se souvenait mais dont personne ne pouvait donner une description honnête. Elle venait, volait, tuait, et repartait ; le tout sans un bruit, comme une ombre portée, un simple coup de lame dans l'obscurité. Ses besoins et ses envies avaient été reléguées au second plan ; elle avait tout fait pour cela. Pour oublier la douleur, elle s'était forgée une armure avec le simple nom de son fils comme bouclier. Elle en avait oublié la peine, la douleur, elle avait oublié ce que cela faisait de souffrir. Anesthésiée par sa propre cruauté, incapable de s'installer quelque part, incapable de prendre une décision réfléchie. Elle avait été l'instrument de la destruction de sa famille. Quand Lancelot avait succombé à la maladie, elle avait simplement pensé que sa vie était détruite.

« Tu sais je ne plaisantais qu'à moitié pour les barreaux à ma fenêtre. » Elle laissa son regard dériver vers elle, silencieuse. A quel point était-elle prisonnière de cette famille vivant dans le mensonge ? Avait-elle apprécié cela un jour, de vivre comme une princesse là où elle n'avait jamais eu aucune légitimité ? Adonis avait tendance à le penser. Et Asphalt ? Comment vivait-elle sa condition de paria ? Il y avait trop de mystères, et aucune réponses. Le tout était enveloppé dans un nuage de brume, et personne n'avait le droit de voir ; Eva ne connaissait sans doute que la partie immergée de l'iceberg. Des questions plein la tête, elle l'écouta ; cette jeune femme était fragile. Cassante. Combattive, mais fragile. Si elle ne réagissait pas vite, ils détruiraient ce qui restait de sa volonté. Cette idée lui parut soudainement insuportable. « Ils savent s'y prendre pour remplacer une héritière de dix ans, mais une de vingt, c'est plus compliqué. » pourquoi ? Pourquoi ne pas simplement partir ? Peu importait le reste, ils n'auraient qu'à choisir une nouvelle potiche, du moment que ce ne fut pas elle. C'était injuste.

« Ils ne me laisseront jamais faire. Je ne serais plus prisonnière, je serais fugitive. » Tu serais libre. Elle n'aurait plus aucun comptes à rendre à personne. Elle vivrait sa vie, et peu importait si c'était trop loin de sa famille ; avait-elle encore des liens ici auxquels elle tenait un tant soit peu ? Avait-elle simplement envie de subir cela ? Voulait-elle être un pantin toute sa vie ? Sans que Valkyria puisse le voir, les lèvres rouges d'Eva s'étirèrent en un sourire triste. Elle ne supportait pas l'idée de finir en cage. Il y avait bien des moyens de cacher son identité au monde entier. Un peu de polynectar et le tour était joué. Il y avait des solutions. Voulait-elle seulement les voir ? Si Eva ne s'était pas libérée de son deuil, elle n'aurait jamais été qu'une femme détruite. Réduite à moins qu'une chose fragile et désespérée, incapable d'élever son fils, incapable d'aimer de nouveau. Elle avait pris la fuite.

Mais il restait encore un espoir. Il était là, glissant dans son dos ; deux bras fins s'enroulant autour de son ventre et son coeur en bandoulière, qu'elle faisait bringuebaler. Plus belle, plus désirable que jamais. Elle la serra contre elle, et la main de la musicienne attrapa au vol celle, plus fraîche, de l'héritière qu'elle serra contre sa poitrine, les yeux fermés. Elle sentit son visage se déposer contre sa nuque ; immobile, elle n'esquissa aucun autre geste. Comme cela, c'était tout simplement parfait.

« Je m'enfuis dans la nuit, je disparais dehors. Et après ? »
Après, il te suffirait de me suivre. Elle pinça les lèvres, réprimant cette phrase qu'elle mourrait de lui dire. Non, elle ne pourrait pas la suivre. La vie d'Eva n'était pas compatible avec le partage. Ses objectifs étaient trop égoïstes pour qu'elle y participe, et cela, c'était la seule vérité. Elle joignit son soupir à celui de la Dragonstone, en silence ; quelle autre vie pourrait-elle lui proposer ? Pourtant, cela lui semblait nécessaire, comme respirer. Valkyria avait débloqué quelque chose, qui était resté coincé dans sa gorge, refusant obstinément de sortir.

« Où est-ce que tu retournes après, toi, quand tu passes par la fenêtre ? »
"Là où on me paye." la réponse fut brève, et amère ; Eva baissa la tête, soudainement prise par l'évidence. Ce n'était pas vivre, c'était survivre. Elle allait d'un endroit à l'autre sans savoir où le vent l'emmènerait ; elle était payée et elle repartait, ajoutant à la collection de son fils de nouveaux objets dont il n'était pas encore capable de se servir. Elle eut un petit rire sans joie, quand elle tourna la tête pour croiser un regard bleu. "Tu vas avoir du mal à y croire, mais j'étais mariée, il n'y a pas si longtemps." non, elle n'y croyait pas bien sûr. Un bandit de grand chemin comme elle, mariée ? "A Paris. Il était compositeur. Sa musique... c'était la plus belle chose que j'aie jamais entendu." il avait composé pour elle. Morgane retraçait leur histoire. Elle avait fait tatouer sur sa peau les dernières notes de l'opéra, deux jours après sa mort. "Et puis il est tombé malade. C'était un moldu, je n'ai rien pu faire pour le sauver. Je n'avais pas..." elle serra les dents, la gorge serrée. C'était la première fois qu'elle en parlait. "Je n'avais pas le talent nécessaire, ni la force de changer le destin. Il est mort dans mes bras, en me laissant toute seule avec mon fils." son petit garçon qu'elle avait exilé en Espagne, ensuite. Ce petit garçon à qui elle apprenait aussi bien sa langue natale que le français. Elle releva la tête, regardant par la fenêtre. La fuite avait été sa seule échappatoire. Elle soupira, serrant un peu plus fort la main de Valkyria dans la sienne.

"Je ne pouvais pas me contenter de cette vie là sans lui. Alors je suis partie." elle se retourna, pour l'observer. Elle avait laissé bien des douleurs en Espagne. Y retourner lui faisait terriblement peur à chaque fois. "Je ne retourne nulle part, quand je passe par la fenêtre. Mais je suis libre. C'est la seule chose qui m'empêche de devenir folle." une main se posa sur la joue de l'héritière. Elle ne comprenait pas qu'on puisse ainsi se laisser enchaîner sans se débattre. "Le destin qui t'attend ne te laissera que de l'amertume, Valkyria. On t'a volé ta vie." quelques doigts se perdirent contre les mèches blondes. Elle s'approcha, de nouveau, la bouche bien trop près de la sienne. "Tu n'as qu'une seule chance et elle sera à la hauteur de ce que tu en fais. ça peut s'arrêter n'importe quand. Ne la gâche pas." Parfois, l'arrêt des jeux était brutal, trop brutal. Quel bilan ferait-elle au moment de dire au revoir ? Quelle rétrospective pouvait-on faire de sa vie, lorsqu'on en était pas le maître ?
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i've died a thousand times ✻ I could cry a thousand tears, I could appease your secret fears... But the louder that I scream the harder your machines close over me. But I don't care, Maybe I'm afraid, but still I swear, If I burn, you will see the fire in your mind when you sleep. And the rain won't wash away the ashes underneath your nails today
'Cause if I burn, so will you.
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Statut du sang : Plus pur que le cristalMessages : 343Date d'inscription : 05/04/2016Localisation : Domovoï's Rock, cachée dans un coin
Ҩ Re: Evyria I - If I burn, so will you (/!\ explicit page 2) Ҩ Mer 3 Mai - 1:49

La fenêtre la toise, et elle ne bronche pas. Elle la regarde sans un mot, concentrée, comme si elle allait la faire fondre. Cette fenêtre fermée dont tu détiens la clé. Dehors, les étoiles la narguent. Elle les voit, dans l'obscurité. Tu crois que tu brilles, princesse ? Ahahah. Regardez comme elle est mignonne. Elle ne sait même pas ce que ça veut dire.
Elle grince des dents et détourne la tête, glissant son visage dans ton cou en serrant plus étroitement son bras autour de ta taille. Sa main dans la tienne, ta peau pour réchauffer la sienne, elle accepterait presque de rester enfermée, comme ça, de ne plus jamais bouger. Elle aimerait bien s'en convaincre, en tout cas. Qu'il lui serait possible d'être heureuse sans avoir à remettre l'intégralité de ses certitudes en question. Mais au fond, tout au fond, elle le sait bien, que c'est toi qui as raison.
Tant que cette fenêtre serra fermée, rien ne sera jamais suffisant.

Elle demande où tu vas, toi. Qu'est-ce qu'il y a de l'autre côté pour te faire revenir vivante de chaque mission ; où est-ce qu'il est, ton point d'ancrage ? Parce qu'il y en a un, n'est-ce pas ? Tout le monde en a un. Ou bien est-il possible de vivre totalement sans attache, sans contrainte et sans barrière ? « Là où on me paye. » Elle se fige légèrement, surprise par la sécheresse de la réponse. Saisie par son sens. Le visage glacial d'Adonis Greengrass danse derrière ses paupières closes et elle ouvre immédiatement les yeux. Il paye bien, hein ? Elle n'est pas trop sûre de ce que votre rapport lui évoque ; ses propres sentiments à son encontre lui semblent cruellement creux, après ce soir. Pourquoi ne l'avait-elle pas écouté, lui ? La colère, l'orgueil. Ca lui avait coûté plus qu'à lui. A quel point les choses auraient-elles été différentes si elle avait bien voulu entendre raison dès le début ?
Peu importe, elle décide, refusant la responsabilité des regrets qui, bientôt, lui lacéreront le cœur si elle n'y prend pas garde. Des scrupules, des remords, lui, il n'en a aucun. Elle en est sure ; ce n'est pas son genre de s'embarrasser de ce genre de choses. Hors de question qu'elle empoisonne sa nouvelle existence avec les souvenirs d'un homme qui a préféré la laisser à moitié morte dans une salle d'entraînement. Puis envoyer une mercenaire pour la cambrioler.
C'est beaucoup trop ironique. Elle aurait bien ri, mais tu as baissé la tête et elle te devine aux prises avec des pensées bien trop sérieuses pour s'y autoriser. Alors elle attend la suite, sans un mot. « Tu vas avoir du mal à y croire, mais j'étais mariée, il n'y a pas si longtemps. » Son expression tranquille s'affaisse légèrement, tandis qu'elle écarquille les yeux sous le coup de la surprise. C'est effectivement difficile à croire. Elle ne sait pas trop quelle vie elle t'a imaginée, mais certainement pas celle de femme mariée ; bien que l'idée qu'elle se fait d'une telle situation soit sûrement très éloignée de la réalité. Un mariage, dans son esprit, ce serait une entrave à la liberté qui émane de toi comme un halo. Ce serait comme un mur devant l'infini qu'elle a aperçu au fond de tes prunelles.
Elle essaie de se dire qu'elle ne te connaît pas, au fond, même si elle jurerait le contraire. Et que, peut-être, c'est elle qui a tort quand elle imagine qu'une bague à ton doigt ce serait une chaîne à ton poignet. Elle ne se convainc pas vraiment ; l'idée lui semble toujours sacrément saugrenue. « A Paris. Il était compositeur. Sa musique... c'était la plus belle chose que j'aie jamais entendu. » Elle n'ose pas sourire, t'écoute attentivement. La musique détient de toute évidence une place plus qu'essentielle dans ta vie. L'archet magique, le tatouage qui s'est déplacé sur ta peau... elle n'est, cette fois, pas étonnée que ce soit ce détail qui accompagne les souvenirs de cet homme qui a été ton mari. « Et puis il est tombé malade. C'était un moldu, je n'ai rien pu faire pour le sauver. Je n'avais pas... » Tu t'arrêtes, elle te sent plus fébrile que tu ne veux bien le montrer. Prononcer ces mots semble être affreusement douloureux. Pas si longtemps, ça veut dire quand ? Peu importe, la douleur est là, c'est ce qui compte. Son ventre se tord légèrement quand elle se dit que l'amour que tu sembles lui porter, à ce mari, elle n'en connaît que le nom ; et encore. Elle chasse l'amertume, aussi sec ; te serre un peu plus fort contre elle, tâchant d'étouffer l'impuissance qui lui lie les mains face à tes souvenirs douloureux. « Je n'avais pas le talent nécessaire, ni la force de changer le destin. Il est mort dans mes bras, en me laissant toute seule avec mon fils. » Valkyria ne bronche pas, elle essaie de masquer la surprise toujours plus grande qui est la sienne. Un mari, un enfant ? C'est pour lui que tu as besoin d'argent, que tu acceptes tous ces boulots ? Elle ne peut rien deviner, ne peut plus supposer maintenant qu'elle discerne des nuances inattendues. Elle serre tes doigts en sentant ta prise se raffermir sur sa main. « Je ne pouvais pas me contenter de cette vie là sans lui. Alors je suis partie. » Lorsque tu te tournes pour la regarder, c'est un regard un peu troublé qu'elle pose sur toi. Elle lâche ta main un instant pour venir dessiner le côté de ton visage d'un frôlement du bout des doigts  ; elle passe sur ta tempe, ta joue, s'arrête à l'angle de ta mâchoire. Toi aussi, tu portes un masque sous le premier.
« Je ne retourne nulle part, quand je passe par la fenêtre. Mais je suis libre. C'est la seule chose qui m'empêche de devenir folle. » Elle baisse les yeux, un peu honteuse. Elle voudrait  pouvoir en dire autant et elle n'est au final même pas sûre d'avoir le courage de prendre son destin en main. Elle n'a pas la moitié de ton courage.

Elle aurait voulu être capable de mieux.

Un sourire, ou plutôt une grimace étire ses lèvres l'espace d'une fraction de seconde. N'a-t-elle donc rien appris en six ans ? Si, pourtant, bien sûr que si. Une main se glisse sur sa joue avec douceur et elle relève la tête pour retrouver tes prunelles, la gorge serrée. Elle s'est rarement sentie aussi pathétique. « Le destin qui t'attend ne te laissera que de l'amertume, Valkyria. On t'a volé ta vie. » Et elle n'a rien fait pour la reprendre. Rien. Au contraire, elle n'a pas fait grand chose d'autre que se complaire dans sa situation, se noyer dans l'autosatisfaction ces dernières années, en dehors des entraînements et passée la période où elle passait son temps à avoir peur de faire des erreurs. Quand elle a compris qu'elle avait tout pour réussir, elle s'est persuadée que satisfaire ses parents était bien suffisant et qu'elle n'avait rien à se demander de plus. Après tout, qu'est-ce qu'on pourrait, qu'est-ce qu'elle pourrait se demander de plus que la perfection ? La liberté, pour quoi faire. Elle a envie de rire mais elle se retient, ça aurait trop le goût des larmes. La tentation est forte de dire que ce n'était pas elle, que c'était Visenya. Mais ça ne la mènera nulle part. Il n'y a qu'une seule personne dans son crâne, et ce n'est personne d'autre qu'elle-même. Balancer la faute sur une seconde conscience imaginaire ne l'aidera plus, maintenant qu'elle doit affronter les conséquences de son inaction ces dix dernières années.
Et en même temps, a-t-elle réellement perdu toutes ces années ? Sans cet échange, serait-elle la moitié de ce qu'elle est aujourd'hui ? La Valkyria originelle n'était qu'une silhouette cachée dans l'ombre de sa cousine, tout juste bonne à baisser les yeux et à dire pardon. S'il n'y avait pas eu l'échange, aujourd'hui, elle serait Asphalt. Un paillasson qui remercie ceux qui daignent lui marcher dessus. L'idée la fait frémir.
Elle sent tes doigts passer dans ses cheveux, glisse sa propre main contre ton cou lorsque tu t'approches de son visage, électrisée. « Tu n'as qu'une seule chance et elle sera à la hauteur de ce que tu en fais. ça peut s'arrêter n'importe quand. Ne la gâche pas. » Elle ne sait pas quoi dire. Alors elle t'embrasse, doucement, apaisant le tumulte de ses pensées en goûtant la chaleur de ta bouche. Bien sûr que tu as raison. Pourquoi est-ce qu'elle se prend autant la tête ? Elle ferme les yeux, attire ton corps un peu plus contre le sien et laisse ses épaules rejoindre le matelas dans le même mouvement. Ses mains viennent encadrer ton visage, auréolé de mèches écarlates. C'est aussi simple que ça. Aussi évident qu'un baiser, une caresse, une poignée de cheveux rouges qui glissent sur son visage. Un sourire écarte ses lèvres des tiennes ; elle rouvre les yeux pour te regarder. « J'essaie. » elle fait, doucement, en essayant d'être ferme malgré ses incertitudes. Assurée malgré ses doutes. Ses doigts ramènent des mèches de cheveux derrière ton oreille, elle te regarde sans ciller, perdue au fond des émeraudes. « Tout larguer du jour au lendemain, pour la seule certitude d'être libre. La tentation est forte. » Un autre sourire, malicieux, se glisse au bord de ses lèvres. « Encore une autre chose que les filles de bonne famille ne font pas, d'habitude. » Le rire au fond des yeux, elle caresse ta joue sans y penser, lie ses jambes avec les tiennes, instinctivement. Sa main passe dans ton dos, elle s'empêche de refermer ses bras sur toi pour te serrer contre elle. Au fond elle le sait peut-être déjà, qu'elle ne t'empêchera pas infiniment de repartir. Elle aurait voulu que cette nuit ne s'arrête jamais. Quand elle arrivera à son terme, pourtant, elle se dit que ce ne sera la fin de rien. Trop de choses ont changé. Elle ne retournera jamais dans la réalité qu'elle a laissée derrière la porte de cette chambre.
Le rire a quitté son regard et c'est une expression un peu troublée qu'elle arbore lorsqu'elle s'extirpe de ses pensées. Ses lèvres, entrouvertes, frémissent furtivement avant de former dans un souffle l'aveu le plus sincère qu'elle aura jamais à formuler. Merci. Merci pour quoi, merci pour tout, elle n'est même pas sûre de savoir exactement pourquoi elle dit ça. Mais elle sait, juste, que c'est ce qui traduit le mieux le sentiment qui l'étreint, par-dessus la peur de te voir partir et l'angoisse d'être larguée toute seule au milieu d'un monde dans lequel elle n'a pas de repère.

Ses bras s'enroulent autour de ta taille et elle te fait basculer près d'elle, avant de s'installer sur le côté pour te faire face. Sa main retrouve la tienne, elle lie ses doigts aux tiens en détaillant ton visage. Elle ne finit pas de s'émerveiller de la finesse de tes traits. Elle voudrait graver cette image dans sa mémoire, s'accroche inconsciemment à l'idée totalement saugrenue que peut-être tu resteras un peu plus longtemps que ce qu'elle suppose depuis le début. Ou alors tu reviendras, si tu repasses par Londres, ou alors... il y aura bien un moyen. D'une manière ou d'une autre. Au final, personne n'est jamais totalement sans attache, n'est-ce pas ?
Elle pince doucement les lèvres, hésite légèrement à poser la question pourtant innocente qui lui vient. Elle a peur de s'immiscer dans quelque chose qui ne la regarde pas, quelque chose dont peut-être tu voudrais la tenir à l'écart. Mais après tout, elle ne t'a pas forcée à en parler tout à l'heure. « Il... il a quel âge, ton fils ? » elle demande, finalement, après quelques secondes d'un silence à peine troublé par l'écho de vos respirations. Elle aussi, elle veut voir. Regarder sous le masque, et te pousser à l'enlever, enfin, au moins pour ce soir. Un peu comme tu l'as forcée à enlever le sien ; pour le mieux, pense-t-elle. Sans savoir encore ce qu'il lui coûtera de le replacer sur son visage, après la fin de cette parenthèse.

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Shadows settle on the place that you left
And if you're still bleeding, you're the lucky one. 'Cause most of our feelings, they are dead and they are gone. We're setting fire to our insides for fun, collecting pictures from the flood that wrecked our home. It was a flood that wrecked this. And you caused it.
And if you're in love, then you are the lucky one, 'cause most of us are bitter over someone. Setting fire to our insides for fun, to distract our hearts from ever missing them. But I'm forever missing you. And I caused it.
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Evyria I - If I burn, so will you (/!\ explicit page 2)

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