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 Evyria I - If I burn, so will you (/!\ explicit page 2)

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HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : Née MoldueMessages : 167Date d'inscription : 17/11/2015Localisation : Domovoï's Rock
Ҩ Re: Evyria I - If I burn, so will you (/!\ explicit page 2) Ҩ Lun 13 Mar - 23:55

Elle avait été stupide.

Un regard, un frémissement, un simple mouvement et tout s'arrêtait. Eva avait beau tenter de s'échapper, c'était vain. Elle était prisonnière, bridée. Ses ailes d'aigle s'étaient trouvées entravées dans l'étreinte terrifiante de la Dragonstone qui semblait prendre un plaisir évident à la coincer. Elle prenait sa revanche et c'était terriblement visible. La main tremblait à peine sous le couteau qu'elle faisait lentement bouger contre sa gorge blanche. Elle poussa un soupir, essayant de recouvrer ses esprits ; il fallait qu'elle s'échappe, tout en dépendait. Alors, elle se relâcha, lentement ; son corps cessa de lutter. Elle allait sans doute la mettre terriblement en colère. Cette femme qui la tenait prisonnière était forte. Elle s'entraînait encore, c'était certain. Il y avait une force dans ses gestes qui ne laissait aucun doute là dessus. Elle serra les dents. Elle était dans la merde, et elle le savait. De l'autre côté, les deux hommes parlaient mais il faudrait combien de temps avant qu'ils se rendent compte du problème ? Eva savait que personne ne pourrait etre dupe. Si Valkyria faisait n'importe quoi, elle risquait très gros, et elle aussi sans doute. Alors, elle se fit chat dans les bras de l'étrangère ; il fallait la jouer suffisamment finement pour que rien ne laisse supposer ses intentions l'injonction ferait son effet, elle en était sûre. Alors, elle lâcha la dernière phrase comme une bombe. Il fallait que ça marche.  Elle tenait encore un peu à la vie, après tout.

Une pression supplémentaire et la douleur la fit grimacer. Oui, cela avait marché, elle était furieuse. Son corps collé au sien et sa main, refermée sur son poignet, tordant son poignet. Elle étouffa un gémissement en se mordant violemmet la lèvre. Et ce parfum sirupeux qu'elle portait, droit dans ses narines, se mêlant à l'aura de sa rage. Grisant. Les yeux grands ouverts, elle tenta de reprendre son souffle. Il fallait qu'elle arrête. Il fallait qu'elle s'en aille, cela prenait beaucoup trop de proportions. La mission devenait dangereuse, elle était en train de sortir des clous. Alors, la respiration trop courte, elle tenta de recouvrer une respiration normale. Le souffle brûlant de Valkyria s'échouait contre son oreille, et, impuissante, elle devait subir, les nerfs à vif. Elle serra le poing, incapable de s'en servir, soufflant par la bouche pour ramener le calme dans son esprit. Des images s'imposèrent à elle, et elle les chassa ; troublée, Eva se mua en terrible victime. « On sort d'ici, lentement. »

Elle était folle de rage, et cela se sentait. Elle tentait de garder le contrôle mais la chose était beaucoup trop compliquée. Elle la fit pivoter, le regard tourné vers la porte ; Eva ne bougea pas. Docile. « Ouvre. » Elle serrait plus fort et la douleur lui fit monter les larmes aux yeux. Il fallait qu'elle s'enfuie, à tout prix, mais il y avait une lame sous sa gorge et elle finirait par lui casser le bras si elle continuait. Alors elle tendit sa main libre, et fit lentement tourner la poignée. Elle resta immobile, un instant ; puis elle se retrouva poussée dehors, dans le couloir. Elle regarda autour d'elle, cherchant une sortie ; mais ce fut comme si la Dragonstone avait deviné ses intentions lorsque la pression la fit gronder, furieuse de s'être faite avoir. « On n'a pas toute la nuit, je te conseille de pas faire chier. » "Attends que je me libère." elle avait craché cette phrase, en jetant un regard furieux derrière son épaule. Impossible de voir le visage de sa geôlière, caché sous un élégant masque bordeaux. Mais sa machoire était horriblement serrée. Sa main tremblait sous la rage. Elle finirait par péter les plombs. Eva lui ferait alors tout oublier. Elle la poussa dans le couloir, la lame toujours sous sa gorge. Elle atteignit la porte d'un pas raide, rapide, qui s'ouvrit devant elle ; puis elle avisa la pièce. Oh, donc elle l'amenait dans une chambre, fort bien. Elle la poussa à l'intérieur et referma la porte dans un claquement ; puis les choses se passèrent beaucoup trop vite.

Ce fut soudain, et d'une rare violence. Attrapée brussquement par le col de sa robe, elle fut catapultée contre le mur, jetée comme un sac de pommes de terres sur la surface dure. Le choc la fit grogner, et elle n'eut pas vraiment le temps de se débattre que déjà le bras de la Dragonstne se plaquait contre sa gorge. Eva la fixa sous le masque, d'une lueur mortelle ; personne ne l'avait humiliée de cette manière, alors avant de s'enfuir, elle lui ferait payer un affront comme celui-ci. Le froid de la lame piqua de nouveau sa gorge ; et une nouvelle fois, le corps de la jeune noble se colla presque contre le sien. Son souffle, accélléré par la rage, s'échouant contre son visage. Raidie par la colère, Eva n'esquissa pas le moindre mouvement. « Tu sais que j'hésiterai pas à te trancher la gorge alors ne joue pas avec moi. » Qu'elle essaie, seulement. Elle la défia du regard, mauvaise, méprisante. La main de l'héritière tremblait. Elle n'était pas en pleine possession de ses moyens, il suffirait d'une faille qu'elle se mit à guetter, hargneuse. Face à elle, il y avait le comble de la fureur. Mais elle n'avait peur de personne. Absolument personne.

La pression sur son sternum se relâcha, et la main qui la retenait contre le mur dégagea une mèche de ses cheveux. A quoi jouait-elle ? C'était insensé. Elle atteignit le ruban de soie retenant son masque, qu'elle tira lentement ; ses mains froides se refermèrent sur l'objet qu'elle tira en arrière délicatement, dévoilant le visage fin de l'espagnole. Ses yeux d'émeraudes brillaient de détermination ; et ses lèvres, rouges, s'étirèrent en un léger sourire à peine marqué. Elle croisa son regard et l'observa. Valkyria la jaugeait. Elle étudiait chaque milimètre de son visage, concentrée et comme troublée. Elle ouvrit la bouche, folle de colère. Le nom qu'elle lui avait donné, elle l'avait sans doute enterré sous un masque et une épaisse couche de maquillage. Mais c'était une guerrière, qu'Eva avait vu dans sa grande chambre. Pas une princesse. « T'es qui, bordel ?! » Elle resta silencieuse une minute. Que répondre à ça ? Le couteau faisait toujours pression sur sa gorge, et cette simple idée lui était insupportable. Alors elle leva lentement la main, jusque vers son propre visage. "Je ne suis personne." c'était vrai. Eva Esperanza avait jeté à bas sa propre identité pour se fondre dans une masse de sorciers et de sorcières qui l'auraient méprisée sitôt qu'ils auraient su. Si elle avait la confiance d'Adonis, c'était uniquement parce qu'il ne savait rien. Un rictus déforma son visage quand, d'un geste rapide, elle posa la main sur la lame et la repoussa en faisant pression dessus. Le couteau laissa une entaille béante au creux de sa paume, qui se mit à saigner. Elle le lacha et fit un bond latéral, pour s'éloigner d'elle. Ses doigts se teintèrent de rouge. Elle serra le poing. Elle fuirait sans doute par la fenêtre, comme la dernière fois. C'était ce qu'elleaurait dû faire mais elle resta là, plantée devant une femme masquée en robe rouge. Blessée une nouvelle fois. Elle avait été imprudente.

Puis elle fit un pas en avant, réduisant la distance. Sa voix était à peine un murmure dans la pénombre. "Je te l'ai dit, non ? On ne me voit pas, mais on se souvient de moi. Un coup de vent dans une pière fermée de l'intérieur, un souffle dans les arbres en pleine nuit, à peine une brise... un air de musique." elle lui jeta un regard plein de morgue. Mais son sourire n'avait pas encore disparu. Elle tira deux couteaux de sa ceinture lorsque la jeune femme fit mine de bouger. "Je n'ai vraiment pas envie de t'abîmer, alors reste tranquille, tu veux ?" elle pencha la tête de côté. Puis fit un pas de plus. "Et toi, qui es-tu ? Un masque, bien trouvé, vraiment..." ses doigts glissèrent sur l'objet dissimulant le visage de la Dragonstone. Qu'elle arracha, sous la menace d'un couteau sur son ventre. "Une menteuse." elle tourna autour, profitant de l'indécision de Valkyria pour chercher son archet, d'une main. Elle n'eut pas le temps. Son propre couteau couvert de sang siffla près de son oreille.

"Tu sais pour qui je travaille, et pourquoi j'ai pris ce que je t'ai volé. Tires-en les conclusions que tu veux, tes différents avec Adonis m'indiffèrent. Mais il paye bien, vois tu ?"
elle fit tourner un couteau entre ses doigts fins. "Et les missions ne sont pas toujours déplaisantes." Elle laissa son regard dériver sur le visage dévoilé de l'héritière, qu'elle détailla, avide. Ce n'était pas arrivé depuis très longtemps. Beaucoup trop, et aux yeux de la jeune femme, cela devenait inquiétant. Il fallait qu'elle recule. Mais elle ne fit qu'un pas de plus. Près, beaucoup trop près. "Je m'appelle Eva. Maintenant que tu sais tout, je suppose que tu vas me laisser partir n'est ce pas ?" un sourire. Un doigt indolent glissa sur une mèche blonde. "Entre nous, ce rôle de roturière irait bien mieux à Visenya qu'à toi. Là dessus, il a raison." Adonis avait voulu en faire une combattante, et il avait réussi. Elle se voyait dans la Dragonstone comme un miroir. Cette lueur avide de batailles et d'aventures. Cette soif de liberté. Ils lui avaient coupé les ailes. Et cet éclat dans son regard, Eva le reconnut. L'idée la perturba, alors qu'elle la fixait. Cet éclat, c'était le sien. Celui de longues heures à regarder dehors en espérant y voir autre chose qu'une vie toute tracée. Valkyria avait les lueurs de l'aube dans les yeux. Celles, éphémères, que seuls les voyageurs étaient capables de capter. C'était cela, et non sa parure, qui la rendait belle.

________________
Dead is the new alive
i've died a thousand times ✻ I could cry a thousand tears, I could appease your secret fears... But the louder that I scream the harder your machines close over me. But I don't care, Maybe I'm afraid, but still I swear, If I burn, you will see the fire in your mind when you sleep. And the rain won't wash away the ashes underneath your nails today
'Cause if I burn, so will you.
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Statut du sang : Plus pur que le cristalMessages : 322Date d'inscription : 05/04/2016Localisation : Domovoï's Rock
Ҩ Re: Evyria I - If I burn, so will you (/!\ explicit page 2) Ҩ Mar 14 Mar - 6:09

C'est affolant la façon dont ce simple prénom peut la faire sortir de ses gonds. Pourtant ils sont solides, et profonds ; ils maintiennent bien la porte en place, pour qu'elle s'ouvre, qu'elle se ferme souplement, tranquillement, comme il faut et au bon moment. Visenya est une aristocrate exemplaire, l'Héritière d'une famille, certes riche, mais surtout noble. Elle est aussi brillante qu'ils l'ont voulu, aussi fière, aussi intelligente et aussi perspicace. Elle peut être tranchante, imposante et subtile en même temps. Elle est redoutable en négociation, impressionnante en diplomatie, parfaite en tous points. Même dans la musique elle excelle ; mais quand on est de sa naissance – ou, de son rang, plutôt, parce que sa naissance personne n'en parle jamais – on ne fait pas carrière dans cette voie là, alors elle a laissé tomber. C'est pas grave, ça faisait plaisir à sa famille ; ils avaient des projets plus grands pour elle, alors elle a suivi, elle les a rendus fiers. Et puis elle est passée au-dessus de ça aussi, avec Adonis. Elle est devenue plus que ce qu'ils espéraient et comme ils ne se sont rendus compte de rien, elle a doucement commencé à les mépriser. Un peu comme Adonis les méprise. La méprise elle-aussi, maintenant. Mais elle vaut mieux que ça. Elle vaut mieux qu'eux. Peu importe le nom, elle a pensé, un peu naïvement, pour enterrer son amertume envers le Greengrass ; peu importe le nom de cette nouvelle personne qu'elle est devenue. Sur l'échelle de la grandeur, en bas il y a Valkyria ; ensuite, il y a Visenya, puis il y a elle. Elle, qui associe l’expertise de l'une et la rage de l'autre. La maîtrise de l'aristocrate et la volonté d'exister de celle que tout le monde a oubliée.

Pas tout le monde. Mais tu ne l'as pas connue. Tu ne sais pas de quoi tu parles et si ce prénom ramène toujours la rage, il ramène aussi la douleur, le silence, la soumission constante, incessante, écrasante. Et ça, ça elle ne le tolère pas. Tu ne sais même pas ce que ça veut dire ; tu joues avec des armes que tu ne connais pas et que tu ne peux pas connaître. Valkyria n'existe plus qu'au fin fond de sa mémoire. Elle fait partie des souvenirs honteux qu'on préfère oublier. Elle y serait peut-être arrivée, si Adonis ne l'avait pas rappelée. Comme tu viens de le faire, une fois encore. Sauf qu'Adonis s'en est tiré indemne pour son affront. Tu n'auras pas cette chance. Pas cette fois ; le vent a tourné, soufflant la chance de son côté du rivage. Entre vous deux, un océan de haine, de colère ; en surface en tout cas. Les profondeurs sont troubles. Elle ne voit pas. Elle ne comprend pas, ce mélange de choses, cette électricité qui lui parcourt la peau. La chaleur qui se dégage de toi qui lui donne l'impression d'être gelée dès qu'elle s'écarte. L'incompréhension se mêle à la haine dans le regard qu'elle n'arrive plus à dégager de tes prunelles émeraudes. Elle a l'impression de se noyer. Le vent pourra souffler aussi fort qu'il veut, il en faudra plus pour la sortir de là. « Je ne suis personne. » et elle te croit. Parce qu'elle non plus elle n'est personne en cet instant. Elle se demande si au milieu de ce bordel elle a déjà été quelqu'un. Elle a déjà renoncé à une identité. Elle méprise la deuxième autant qu'elle s'y raccroche et qu'elle s'en enorgueillit. Elle ne sait pas où elle est là-dedans ; elle n'est sûre que de sa colère, sa colère contre toi, contre le monde qui ne lui présente que des places auxquelles elle ne peut pas s'asseoir même si elle a été forgée dans le moule le plus parfait pour y correspondre. Ca la tue et elle préfère hurler et se débattre pour maintenir le navire à flots plutôt que de remettre les bonnes choses en question. C'est plus facile de t'arracher les yeux pour avoir prononcé un prénom, plutôt que de trouver l'erreur dans le parfait tableau qu'elle a fait de sa vie. Sans penser que peut-être la vie n'est pas censée être un tableau. Au fond, tout au fond, elle le sait. C'est Vakyria qui sait. Qui luit au fond de ses yeux. Si elle ne se bornait pas à vouloir que cette Valkyria cesse d'exister, ou au moins ailleurs qu'à l'intérieur de son ventre, elle s'en rendrait peut-être un peu plus compte. Tu t'en rends compte, toi ? Elle ne sait pas si cette idée la rassure ou la rend un peu plus folle de rage. Les deux en même temps, peut-être. C'est pas possible d'être aussi contradictoire. Un jour, elle le sait, elle va se déchirer en deux, et elle comprendra même pas pourquoi.

Tes mouvements sont trop rapides ; elle n'a pas le temps de t'empêcher d'agir, de te retenir, de te plaquer à nouveau au mur. Enlever son bras a été une erreur ; ses réflexes reviennent, mais trop tard ; tu t'es déjà dégagée. Blessée, mais dégagée. Elle retient un juron, se maudit un peu plus pour sa concentration barrée elle ne sait pas où. Son regard haineux brille derrière son masque lorsqu'elle repose les yeux sur toi, qui t'es éloignée, mise hors de portée. Son regard va jusqu'à la fenêtre. Il faut qu'elle la bloque avant que tu t'enfuies, songe-t-elle avant de constater que tu ne t'enfuis pas. Elle est sur ses gardes ; ses pieds nus bien plantés dans le sol. Elle crève d'envie de déchirer le bas de la robe pour être plus libre de ses mouvements et pouvoir agir assez vite au cas où tu essaies de t'échapper. Mais tes paroles happent son attention. « Je te l'ai dit, non ? On ne me voit pas, mais on se souvient de moi. Un coup de vent dans une pière fermée de l'intérieur, un souffle dans les arbres en pleine nuit, à peine une brise... un air de musique. » Elle frémit. Ton regard assassin la grise ; elle sent que vous n'en avez pas terminé. L'air de musique, elle ne risque pas de l'oublier ; ce serait chouette que tu arrêtes de la narguer à ce sujet. Rien ne lui fait plus horreur que l'impuissance. La soumission. Soumets-la encore une seule fois à ce supplice-là et elle jure sur tous ses aïeuls qu'elle te fera bouffer ton violon. Elle a un geste pour saisir sa baguette mais tu réagis aussitôt, dégainant deux lames qu'elle n'a pas très envie de voir fuser vers elle. « Je n'ai vraiment pas envie de t'abîmer, alors reste tranquille, tu veux ? » Elle sait qu'elle n'aura pas le temps de les esquiver. Tu es trop proche. Elle n'est pas assez libre de ses mouvements. Clairement, elle a merdé, en te laissant te dégager. Elle a perdu son avance et maintenant elle est en danger. C'est ça, sûrement, la tension au creux de ses reins, les fourmillements dans sa nuque. C'est le danger qui la grise. Elle ne bouge plus d'un cheveu, dos à la porte, un peu avancée dans la pièce, son regard azuré posé sur toi comme si ça pouvait te faire plier. Le sourire qui ne quitte pas tes lèvres accroche ses prunelles une seconde. Qu'est-ce qui te fait rire comme ça, bon sang. La situation n'a rien de drôle. Si c'est la satisfaction d'avoir repris de l'avance qui te réjouit tant que ça, tu risques de perdre rapidement ce rictus insupportablement sensuel. Pas en avant. Elle ne bouge toujours pas, malgré ta proximité à présent inquiétante. « Et toi, qui es-tu ? Un masque, bien trouvé, vraiment... » Elle grince des dents, voudrait t'empêcher d'approcher ta main de son visage mais la pointe de la lame contre son ventre la fait s'immobiliser d'un seul coup. A la place, elle te foudroie un peu plus du regard. D'un mouvement sec, tu lui arraches son masque ; ses mâchoires se contractent, retenant tant bien que mal un grognement. Vous vous observez comme deux lionnes à visage découvert. Lionne, c'est un bon mot, elle se dit, en regardant tes cheveux, en observant ton visage, tandis que tu commences à la contourner. Féline, c'est un bon mot pour décrire ta démarche. Elle te suit du regard, prête à esquiver, à défaut de pouvoir se défendre. Il faut qu'elle attrape sa baguette. « Une menteuse. » Elle ouvre la bouche, lâche une première syllabe de protestation en esquissant un mouvement dans ta direction mais la menace des couteaux la fait s'arrêter aussi sec. Si un regard pouvait tuer, bon sang, celui-là serait le plus dangereux de tous.

Pas aussi dangereux pourtant que ton putain de violon. Elle te voit esquisser un geste vers l'archet et se maudit intérieurement de ne pas te l'avoir pris pendant qu'elle te tenait un peu plus tôt. A défaut d'une autre solution, elle lance le couteau tâché de sang qu'elle n'a toujours pas lâché. Elle a tremblé. Elle est trop fébrile, pas assez concentrée ; la lame cogne contre le mur et retombe sur le sol. Au moins, tu as renoncé à te saisir de l'archet. Ca n'a pas dû passer loin. « Tu sais pour qui je travaille, et pourquoi j'ai pris ce que je t'ai volé. Tires-en les conclusions que tu veux, tes différents avec Adonis m'indiffèrent. Mais il paye bien, vois tu ? » Elle voit, elle suppose. L'argent, c'est une notion un peu abstraite pour elle. Elle espère qu'il paie assez bien pour tous les risques que tu prends. Pour les marques que tu en garderas, elle se dit, toujours ivre de colère et de plus en plus frustrée de ne pas pouvoir agir. Elle vient de griller sa seule carte, en plus. Ce couteau aurait pu lui sauver la mise, elle en est sûre. Il ne lui reste que sa baguette, mais ce sera trop long de s'en emparer. Tu auras le temps de la clouer trois fois contre le mur. « Et les missions ne sont pas toujours déplaisantes. » Le sous-entendu est à peine voilé ; elle se demande si tu parles de cette mission-ci ou de celle où tu t'es infiltrée dans sa chambre. Le regard que tu poses sur elle la pétrifie un peu plus ; elle n'a plus le moindre contrôle sur les tremblements de ses mains, sur le mélange de colère et de frayeur qui agite ses iris. Elle n'a pas tant peur de toi que peur de ce manque absolu de contrôle sur la situation. Sur cette autre chose qui dilate ses pupilles. Elle ne comprend rien et tu t'approches encore. Trop près. Elle ne veut pas reculer, pourtant ; elle fait barrage, les poings serrées sur du vide, la tête relevée pour faire face. Mais faire face à quoi.

« Je m'appelle Eva. Maintenant que tu sais tout, je suppose que tu vas me laisser partir n'est ce pas ? » Si tu veux t'en aller, pourquoi tu t'approches ? Elle a envie de demander, mais elle est plus muette qu'elle ne l'a jamais été. Paumée dans tes yeux, elle sent l'impuissance lui attraper les entrailles et elle recommence à se débattre pour sortir de là ; mais ta main s'approche de son visage, et à nouveau, c'est un court-circuit dans son cerveau. Aucune réaction quand tu glisse ton doigt sur une de ses mèches échappées de sa coiffure ; elle n'ose pas bouger, trop consciente de la lame qui pourrait aussi bien lui percer la peau au moindre mouvement inapproprié. Mais qu'est-ce qui est approprié, dans un moment pareil ? Sa baguette. Il lui faut sa baguette. « Entre nous, ce rôle de roturière irait bien mieux à Visenya qu'à toi. Là dessus, il a raison. » Elle respire fort, son cœur bat trop vite. La protestation vient comme un vieux réflexe idiot et elle esquisse même un mouvement vers toi ; la pointe qui appuie sur son ventre la fait s'immobiliser à nouveau ; elle recule d'un pas, même, mais tu la suis, elle ne s'échappera pas comme ça. La porte cogne contre ses épaules. A quel moment s'est-elle retrouvée prise au piège alors que c'était elle qui menait la danse il n'y a pas cinq minutes ?

Elle ne sait pas quoi répondre. Elle devrait s'insurger, crier, trouver un moyen de te repousser et de reprendre le dessus. Mais elle est coincée ; bloquée par la porte, captive de tes yeux. Elle ne comprend pas sa propre respiration trop rapide, l'espèce d'appréhension qui s'est logée au creux de son ventre. Ce n'est pas de la peur, elle fait la différence. Elle ne comprend rien du tout. « Tu ne sais pas de quoi tu parles » elle murmure, trop faiblement pour sembler crédible. C'est peut-être ça. C'est ça qui fait tout disjoncter. Elle sait qu'elle se trompe, que c'est toi qui as raison. Que tu sais de quoi tu parles. C'est ça qu'elle voit dans tes yeux et qui la déroute autant. Elle sait que tu comprends et ça la dégomme autant que ça la soulage. Ca la grise autant que ça la terrifie. Elle ne sait pas comment agir ; elle ne peut pas reculer, en tout cas. Avancer, alors ? Regain de courage, volonté sortie de nulle part ; qu'a-t-elle à perdre exactement ? La vie ? Elle n'est pas sure d'y tenir vraiment. Un petit prénom prononcé du bout des lèvres suffit à lui rappeler que rien de ce qu'elle a construit en dix ans n'est légitime et ne devrait lui appartenir. Rien de tout ce dont elle peut être fière ne lui appartient, ne lui convient. Sa place n'est pas là. Elle n'en a jamais vu d'autre, pourtant. Jusqu'à ce soir. Perdue dans tes yeux, attirée par ton regard et à la fois maintenue à distance par la pointe de ton poignard. Ca la poursuit. Elle sourit, d'un air un peu perdu, un peu fou. Elle ne sait pas à quoi tu joues, mais elle joue aussi. « Te laisser partir, tu dis ? » Elle avance, poussée par une fausse bravoure à laquelle elle ne trouve pas de nom. Une légère douleur dans l'abdomen lui rappelle la présence de la lame, mais elle comprend aussitôt que si tu avais voulu la tuer ce serait déjà fait depuis longtemps. Elle est fébrile et ferme ; terrifiée et conquérante. Elle ne sait pas à quoi s'en tenir ; le danger est bien réel mais tu ne l'as pas encore transpercée. Alors quoi ? « Tu as eu le temps de t'enfuir mille fois. Ne me prends pas pour une idiote. » Elle parle comme si ça allait lui redonner un peu de consistance ; lui donner l'impression d'être autre chose qu'une forme floue en train de se débattre dans le brouillard. C'est son tour de lever une main, ignorant la menace du poignard. A nouveau, elle approche de ton visage, perdant ses doigts dans les mèches de feu qui recommencent aussitôt à la brûler. Elle ferme le poing, progressivement. Cette proximité lui fait perdre tous ses moyens. Elle ne comprend pas. Sa respiration s'emballe alors qu'elle n'a finalement pas fait grand chose. Des vertiges dans le ventre, violents ; elle en vient presque à souhaiter que la lame la transperce pour que ce cirque s'arrête. Un coup sec, ça lui remettrait les idées en place. Elle tend son ventre, contracte ses abdominaux comme pour s'apprêter à recevoir le coup. Son poing est solidement serré maintenant mais elle ne sait pas quoi faire. Peut-être une façon de dire qu'elle ne te laissera finalement peut-être pas partir si facilement. Qu'importe le violon et qu'importe les couteaux. Sa main libre se pose sur l'arme toujours pointée sur son ventre. Elle ne fait pas semblant de la pousser dans l'un ou l'autre sens.  « Qu'est-ce que tu attends » elle demande, sans que ce soit une vraie question. Un murmure, un souffle perdu au milieu de ses pensées, du tonnerre que déclenche chacun des battements de son cœur. Qu'est-ce que tu attends pour quoi. Pour t'enfuir, pour te dégager de sa prise, pour lui planter la lame au travers des entrailles. Elle-même ne sait pas. Elle s'est perdue un peu dans sa tête, un peu dans tes yeux, et de l'un ou l'autre elle ne peut plus sortir toute seule.
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Statut du sang : Née MoldueMessages : 167Date d'inscription : 17/11/2015Localisation : Domovoï's Rock
Ҩ Re: Evyria I - If I burn, so will you (/!\ explicit page 2) Ҩ Mar 14 Mar - 14:21

Que se cachait-il derrière le masque de la Menteuse ?

En silence, Eva la regarda. Elle la regardait depuis de longues minutes en fait, sitôt que son parfum avait envahi ses narines. Elle avait fermé les yeux, troublée, incapable de se trouver de bonnes excuses pour justifier cette curieuse réaction. Elle était beaucoup trop près pour prétendre s'enfuir encore. Dans les yeux d'eau claire de la Dragonstone, il y avait de l'incompréhension, de la peur. Eva n'aurait jamais pu se vanter de l'avoir percée à jour, non. Mais elle savait, parce qu'elle comprenait. L'hispanique avait vécu une situation différente, mais son masque, elle le portait chaque jour qui se levait et ne le retirait jamais. Son pays était loin, ses rêves s'étaient trouvés brisés. Elle avait erré d'un monde à l'autre sans trouver sa place durant des années ; pour sa famille, elle était un monstre. Pour les sorciers, elle n'était rien. Au centre de tout cela, il y avait elle, incapable de ressentir, les sens dévorés par les vagues de mépris qu'elle inspirait aux autres ; elle avait fait son chemin seule. Chaque insulte lui avait donné un peu plus de force ; et le jour où elle s'était imaginée vivre enfin comme elle le voulait, le monde avait basculé vers des ténèbres dont elle n'avait jamais réussi à sortir. Et, alors qu'elle regardait Valkyria, elle se souvint. Dans ses prunelles claires apparut une lueur terrifiante, celle de l'indécision, de l'incompréhension. Car en effet, pourquoi ne partait-elle pas ? Qu'est ce qu'elle avait de plus que les autres après tout, cette fille ? De l'argent, du pouvoir ? Rien de tout cela ne l'intéressait. Elle n'avait jamais cherché à séduire Adonis, et pourtant son statut aurait intéressé n'importe qui. Non, c'était autre chose. Ce qui la faisait rester, c'était tout le reste. Tout ce qu'elle cachait sous ces robes et ces jupons, cette volonté secrète qu'elle avait de sortir de ces rouages qu'on lui avait imposés. Elle n'avait pas la carrure bien qu'elle s'en fut convaincue avec le temps ; elle jouait ce rôle à la perfection, mais ce n'était pas elle. Il avait suffi de quelques regards pour que l'andalouse comprenne. Visenya n'était qu'une imposture. Valkyria était vraie. Elle ferait sortir cette femme forte et combattante qu'on avait muselé. Soudain, il lui était apparu un nouveau but et elle n'était pas vraiment sûre de vouloir l'atteindre.

Bloquée contre la porte, le regard d'un animal pris au piège, l'intéressée avait le souffle irrégulier, coupé, si fort qu'elle pouvait l'entendre. Sa poitrine se soulevait, difficilement sous un corset qu'elle devinait beaucoup trop serré ; Eva la maintenant dans cette position, le couteau pointé contre son ventre. Elle venait de reprendre le dessus, mais est ce que ce jeu lui plaisait vraiment ? Elle n'en savait rien. La voir ainsi livrée à chacune de ses volontés la laissait perplexe. Plus de résistance, voilà ce qu'elle aurait voulu. Et elle était perturbée. La faiblesse, Eva la connaissait. Un jour, elle avait croisé le regard d'ambre d'un compositeur français de génie. Elle avait succombé. Il était libre et se moquait des conventions sociales de rigueur autour de lui. Il avait dansé autour d'elle, il avait écrit de grands airs d'opéra pour sa voix. Il avait fait d'elle une femme, une vraie, et lui avait apporté toute la reconnaissance qu'elle avait désiré toute sa vie. Elle l'avait aimé jusqu'au dernier instant, quand son regard s'était éteint et qu'elle avait été obligée de lui dire au revoir, incapable de le sauver. Elle avait aimé sa liberté. Son coeur se serra à cette pensée, alors qu'elle la fixait, perdue. Toutes les deux s'étaient retrouvées à jouer à quelque chose qui les dépassait. L'une, dominée, coincée contre le bois de la porte, lui jetait un regard de petite bête prise au piège, bloquée par l'incompréhension ; l'autre, dominante, l'observait comme une proie qu'elle aurait ferrée mais qu'elle avait trop peur de dévorer. Elle pourrait se noyer, couler et ne jamais remonter. C'était déjà arrivé. La peur lui brouilla soudain les entrailles alors que la jeune femme face à elle murmurait, du bout des lèvres.

« Tu ne sais pas de quoi tu parles »
peut être que oui, peut être que non. Est-ce qu'elle savait finalement qui était Visenya Dragonstone ? Avait-elle compris ce qui se cachait sous cette épaisse couche de nuances surjouées ? Oui, non, elle ignorait si cela avait une réelle importance. Un soir, elle s'était glissée dans une chambre. Elle avait fait preuve d'imprudence, et dans la pénombre s'était dessinée la silhouette d'une femme qui l'avait tenue en joue. En difficulté, elle avait fui. Mais elle n'avait pas oublié cette gorge dénudée derrière laquelle elle était passée, vaincue par la tentation qu'elle avait eue de s'approcher trop près du torrent endormi qu'elle représentait. Elle était lisse comme la surface d'un lac en été, mais dans le fond, se cachet un geyser menaçant d'exploser. Elle le sentait. C'était physique, cette tension entre elles deux ; le tremblement compulsif de ses mains, cette respiration abominablement courte qu'elle avait envie de boire. La tentation était une terrible gajeure, et si elle faisait preuve d'intelligence, elle prendrait la fuite. Mais elle resta. Elle resta, parce que Valkyria fit un pas en avant malgré la menace du poignard encore collé contre son ventre. Un geste et elle pourrait la tuer. Ou du moins lui faire suffisamment mal pour la faire reculer. Ses yeux ne la quittaient pas. Elle ne cillait même à aucun moment. Eva avait toujours été maîtresse de ses émotions. Les explosions de colère étaient moins fréquentes, et les ardeurs passionnelles de son caractère s'étaient éteintes en même temps que Lancelot. Pourtant, quand elle avança, quelque chose la brûla, là, à l'intérieur. Quelque chose de corrosif. Valkyria pensait peut être avoir été prise au piège. La vérité, c'était que l'espagnole avait été ferrée et capturée sitôt qu'elle avait croisé son regard. Et elle avait peur. Terriblement peur.

« Te laisser partir, tu dis ? »
Elle fit un pas de plus et la main de la voleuse se crispa violemment sur le manche du poignard qu'elle tenait encore. La Dragonstone était en joue. Mais cela semblait n'avoir aucune importance pour elle. Elle ne frémit même pas quand la pointe dessina à peine une marque sur sa robe, s'enfonçant à peine contre elle sans toucher sa peau. « Tu as eu le temps de t'enfuir mille fois. Ne me prends pas pour une idiote. » La mâchoire d'Eva se crispa à son tour. Incapable de répondre, elle ne put que la regarder encore. Comment en étaient-elles arrivées là ? Il y avait eu le vol, les paroles et les actes de la jeune femme. Elle l'avait blessée au départ, et quand elle était revenue, ses mots comme du poison avaient infiltré ses veines d'impure jusqu'à atteindre son esprit tourmenté. Elle l'avait coincée. Personne n'avait encore jamais réussi. En cela, Valkyria était bien plus dangereuse que tout ce qu'Eva avait pu croire. Attirée comme un aimant, elle resta immobile, plus raide que jamais quand la main de sa victime glissa de nouveau dans ses cheveux. Elles jouaient à un jeu dangereux. L'enjeu était beaucoup trop important. Jamais elle n'aurait dû se trouver là ; pourtant, elle y était et la née moldue renonça à sa mission aussitôt que la pensée lui traversa l'esprit, fermant les yeux au contact de la main fine de l'héritière contre ses mèches rouges. Le feu contre l'eau. Elle la consumait ; Visenya finirait par l'éteindre. La terreur enroula ses entrailles. Fuir. Il fallait fuir, vite. Le poing se serra contre son crâne et elle écarquilla les yeux de surprise mêlée à la colère, l'incompréhension. Non, il fallait qu'elle recule. A tout prix.

La main de sa rivale se posa lentement sur le couteau, à quelques milimètres de son poignet. Eva ne bougea pas. Face à n'importe qui, elle aurait déjà enfoncé la lame. Mais abîmer la femme face à elle lui parut soudain une idée terriblement saugrenue. « Qu'est-ce que tu attends » Qu'attendait-elle, effectivement, pour bouger ? Si Eva faisait preuve de faiblesse, Valkyria lui sauterait au visage et la tuerait, sans doute. Elle savait que ce genre de menace n'était pas à prendre à la légère. Il y avait du défi dans les yeux de la jeune noble. Du défi mêlé à de la crainte, celle de la voir partir ou rester, la tuer ou lui laisser la vie. Bouger ou simplement rester là à la contempler. La main trembla, sur le couteau, et elle savait que Valkyria le sentirait. Pourtant, elle ne profita pas de l'ouverture ; la main toujours dans ses cheveux, l'autre se rapprochant sensiblement de ses doigts, elle ne tenta pas le moindre geste pour lui faire du mal. "Et toi ?" elle répondit à son murmure par un autre. "Dans quel tiroir as-tu rangé celle que tu es, Dragonstone ?" elle se rapprocha, pour la détailler. Le rouge se mêla au blond, quand quelques doigts glissèrent sous le menton de la sorcière pour relever son visage. "Tu prétends que je ne sais rien ? Tu as raison. Mais l'autre nuit j'ai vu ce que tu cachais derrière le pantin que tu remues aux yeux de tous... pourquoi." pourquoi se mentait-elle ainsi. Croyait-elle avoir plusieurs vies ? Eva savait qu'on en avait qu'une. Elle avait vu trop de gens mourir ou souffrir. "Pourquoi est-ce que tu ne te bats plus." une pression sur la lame et elle la ramena lentement contre le bois de la porte, le regard brûlant. Elle transformerait ce lac en mer déchaînée. Elle voulait voir. Comprendre. Savoir ce qui se cachait derrière cette innocence feinte et ces faux semblants.

Retourner la situation. Ne pas répondre à ses questions, ne pas dire pourquoi elle ne fuyait pas. Ne pas lui avouer la vérité. Le feu lui brûlait le ventre, incendiait ses reins. Il sembla au contact de Visenya que tout ce qu'elle avait juré d'enterrer à jamais avec Lancelot ressortait, comme un spectre terrifiant du passé. Troublée, la violoniste changea de regard. Elle qui avait paru si sûre d'elle se trouva soudain être un pauvre jouet face à celle dont la simple vue était une provocation. Une hérésie. La main, posée sur son menton, glissa sur une joue blanche. "Tu es tellement plus que ce que tu veux bien montrer... et je veux voir." voilà pourquoi elle ne frappait pas. La main tenant le poignard recula. Elle baissait sa garde. Si elle était intelligente, Valkyria sauterait sur l'occasion, et elle le savait. Mais la curiosité l'emporta sur la raison. L'attirance, aussi. Brûlante comme un acide. "Décidément, le destin a la main lourde, ce soir." un sourire, un vrai, étira ses lèvres rouges. Fais-moi reculer, Dragonstone, avant que j'éprouve de terribles regrets.

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Dead is the new alive
i've died a thousand times ✻ I could cry a thousand tears, I could appease your secret fears... But the louder that I scream the harder your machines close over me. But I don't care, Maybe I'm afraid, but still I swear, If I burn, you will see the fire in your mind when you sleep. And the rain won't wash away the ashes underneath your nails today
'Cause if I burn, so will you.
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Statut du sang : Plus pur que le cristalMessages : 322Date d'inscription : 05/04/2016Localisation : Domovoï's Rock
Ҩ Re: Evyria I - If I burn, so will you (/!\ explicit page 2) Ҩ Jeu 16 Mar - 2:29

Son coeur bat beaucoup trop vite et elle ne sait même pas pourquoi. Elle veut se persuader que c'est la lame ; le danger, qu'elle a plus peur qu'elle ne voudra jamais se l'avouer. Mais ce n'est même pas vrai. Elle n'a pas peur de mourir, elle n'a pas peur d'avoir mal. Elle n'a même pas peur de toi, elle s'est avancée dans la pièce et tu l'as laissée te faire reculer. Alors c'est quoi, cette arme contre son ventre, si tu ne t'en sers pas ? Un jouet, une fausse menace ? Celle qui tient le couteau se donne peut-être plus facilement l'illusion d'avoir la situation sous contrôle ? Elle n'était pas aussi fébrile quand elle avait encore le poignard ancré dans sa main, plaqué contre ta gorge. Son cœur cognait moins fort, ses tempes ne bourdonnaient pas. Si ses mains tremblaient, c'était à cause de la colère. Maintenant, cette colère, elle a beau chercher jusqu'au fond de ses tripes, elle ne la retrouve nulle part. Elle ne sait pas pourquoi elle tremble, pas comment elle peut être ferme alors que le simple fait de tenir encore sur ses jambes lui semble relever du miracle. Elle se sent éjectée de son propre corps et en même temps, elle n'a jamais eu le sentiment de l'entendre si bien. Ce n'est peut-être tout simplement jamais arrivé. Comment elle fait, alors ; comment on comprend des signaux qu'on n'a jamais reçus, des mots qu'on n'a jamais entendus ?

En en envoyant d'autres qu'on ne comprend pas plus, peut-être, ça finira par avoir du sens. Au final c'est peut-être ce qu'elle ne comprend et n'anticipe pas qui a le plus de sens. Jamais, ô grand jamais elle n'a approché de si près la spontanéité. C'est peut-être ça qui lui fait peur. Ca et les réactions de son propre corps, qui lui semble étranger tant elle n'a pas l'habitude de l'entendre. Les gestes irréfléchis, les frémissements qui parcourent sa peau non seulement quand elle te touche, mais aussi quand elle te voit fermer les yeux à son contact, puis quand tu les rouvres brusquement, provoquée et fébrile. Elle peut le sentir, même si elle ne l'explique pas. Décider qu'elle n'a de toute façon rien à perdre lui a permis de se jeter dans le vide, mais elle mentirait si elle prétendait ne pas être effrayée par la chute elle-même.
Vos deux mains sont sur le couteau placé entre vous ; elle n'a pas essayé de l'écarter, pas non-plus de l'enfoncer. C'est toi qui le tiens et c'est toi qui décideras de transpercer ou non son corps du métal froid, en la regardant dans les yeux, comme ça. Tu pourras les voir écarquillés par la douleur, tu sentiras son poing se serrer encore plus fort contre ton crâne ; un instant, ou deux peut-être, avant que ses forces ne l'abandonnent pour de bon. L'idée ne lui semble même pas si désagréable. Elle n'a pas peur, pas peur de ça. Elle nage en plein brouillard et ses seuls points de repères sont les émeraudes de tes yeux et le contact de ses mains, dans tes cheveux et sur ton arme. Elle s'y raccroche, sans serrer plus fort. Quelque chose de chaud lui coule sur les doigts, elle comprend que c'est ton sang, ta blessure à la main. Est-ce que c'est à cause de ça que tu commences à trembler, toi aussi ? Ca ne lui échappe pas. Le brouillard se dissipe, elle a l'impression. Elle se noie dans tes yeux mais tu n'as pas l'air de maîtriser mieux qu'elle la tempête qui vous emporte. C'est toi qui pointes l'arme sur elle, mais c'est elle qui te tient. Et à la façon dont tu la regardes elle a soudain le sentiment de ne plus être la seule à être à la merci de quelqu'un. Ca n'a aucun sens, elle s'entend penser. « Et toi ? » Le murmure la fait presque sursauter. Et elle, qu'est-ce qu'elle attend pour quoi ? Ce n'est pas elle qui tient l'arme, la balle n'est pas dans son camp. Sans réfléchir, elle avance un peu sa main, frôle le dessus de tes doigts, poisseux de sang. Tu vois, c'est toi qui es armée, c'est toi qui décides ; elle ne sait pas quoi, pas pourquoi, mais c'est comme ça. Elle a lâché les rennes et elle ne sait pas comment les reprendre. « Dans quel tiroir as-tu rangé celle que tu es, Dragonstone ? » Jamais elle n'a été aussi figée, aussi mortellement immobile. Celle qu'elle est ? Sûrement pas présente tout de suite, en tout cas ; elle, elle saurait quoi faire, elle ne serait pas bêtement paralysée, elle comprendrait ce qui se passe et elle agirait pour se sortir de là. Est-ce que c'est ça que tu lui demandes ? Où est-ce qu'elle a rangé la combattante que tu as affrontée l'autre fois ? Elle était là pourtant, y'a pas dix minutes. Juré, je l'ai vue, elle avait un masque bordeaux sur le visage. J'sais pas où elle est partie.
Tu t'approches, et elle jurerait que sa cage thoracique va se rompre sous la pression imposée par les battements déchaînés de son myocarde. Tes cheveux frôlent les siens, et elle sent un contact léger, presque doux sous son menton, qui lui fait relever la tête lentement. Elle n'ose presque plus inspirer. Sans faire exprès pourtant, elle respire l'odeur de ton visage, elle peut observer le grain de ta peau d'albâtre. Mais c'est encore tes yeux qui capturent les siens et à nouveau elle ne peut plus s'échapper. « Tu prétends que je ne sais rien ? Tu as raison. Mais l'autre nuit j'ai vu ce que tu cachais derrière le pantin que tu remues aux yeux de tous... pourquoi. »
Elle est perdue, elle ne sait pas. Ne voit pas de quoi tu parles ; ne veut pas voir. Elle est les deux, aucune d'elles. Alors quant à savoir pourquoi ? Tu lui demandes trop ; elle se demande trop, elle n'a aucune envie d'avoir la réponse à ces questions. Ca, ça lui fait peur. « Pourquoi est-ce que tu ne te bats plus. » Là, tu n'y es pas. Elle se bat, chaque jour de sa putain de vie, elle se bat. Pour être digne, pour être là, pour faire ce qu'on attend d'elle, ce qu'il faudra ; pour le faire bien, même si ça, ce n'est pas trop difficile. Elle se bat parce qu'elle continue alors qu'elle aurait voulu tout arrêter. Elle se bat parce qu'elle est là et parce qu'elle n'a pas encore tiré sur la garde du poignard. Ca ne lui vient pas à l'esprit, que peut-être.. peut-être, elle se trompe de combat.

Une pression sur son ventre ; elle aurait bien tenu ses positions si la proximité de ton visage ne l'attirait pas autant ; tu vois, elle se bat, elle recule alors qu'elle voudrait avancer, s'approcher, et tant pis si ça doit lui transpercer la peau. Elle se bat parce qu'elle refuse de s'écouter, elle va en sens inverse, elle se bat, putain, elle se bat tout le temps.
Sauf que ça c'est pas une lutte, c'est une fuite en avant ; ça lui fait moins peur que de suivre ces élans, ce brouillon de pensées et d'émotions au milieu duquel elle ne distingue rien, sinon ton visage, tes yeux qui l'appellent ; elle recule d'autant plus. Choc dans son dos, et tu avances encore. Elle est prise au piège.
Le contact doux sur son menton passe à sa joue ; elle frissonne encore, entrouvre les lèvres pour laisser siffler une respiration toujours trop rapide. « Tu es tellement plus que ce que tu veux bien montrer... et je veux voir. » Il n'y a rien à voir, elle veut répondre ; tu te trompes, tu te trompes de personne, tu te trompes d'endroit et sûrement d'heure aussi. Aucune de vous n'est censée être là, encore moins comme ça, encore moins maintenant. La pointe sur son ventre se dégage et elle comprend que la lame ne la menace plus. Encore une autre chose qui n'est plus à sa place. C'est le coup de grâce, elle pense ; ça y est, putain, ça a complètement dérapé. « Décidément, le destin a la main lourde, ce soir. » Mouvement en-dessous de tes yeux ; ses prunelles se dégagent enfin pour tomber vers le bas, se raccrochent à ton sourire. Ca lui retourne un peu plus le ventre et elle comprend encore moins. Il lui semble que tu te rapproches ; ou alors c'est elle qui avance, elle ne sait pas, mais la distance que le couteau forçait entre vos deux corps n'est plus là et en sentant la chaleur traverser les tissus de sa robe, un électrochoc parcourt l'intégralité de ses membres et elle sursaute si violemment que son cerveau se remet dans le bon sens. En un instant, sa main gauche s'est glissée entre ta paume et la poignée du couteau, qu'elle t'arrache d'un mouvement sec ; dans la même seconde, sa prise sur tes cheveux s'est raffermie et elle t'a amenée plus près brusquement, tirée d'un coup jusqu'à bloquer ton visage au-dessus de son épaule, juste à côté du sien. La pointe de l'arme est appuyée dans le bas de ton dos. Le manche est poisseux, couvert du sang qui recouvre maintenant à peu près toute sa main et son poignet. « Il n'y a rien à voir. » elle gronde, en se voulant menaçante. Mais sa respiration est trop rapide et collée ainsi à elle, tu ne peux pas manquer le rythme effréné des battements de son cœur. Elle tremble, elle a l'impression qu'elle va tomber. Tes derniers mots – les siens d'un peu plus tôt – résonnent dans son crâne et elle a brusquement presque envie de chialer. « Tu ne sais pas de quoi tu parles. » elle répète, pour t'en convaincre, pour s'en convaincre même si elle a déjà compris que c'est faux, que tu sais. Que celle qui ne sait rien, c'est elle. Qu'avoir l'arme dans la main ne lui donne aucun contrôle sur la situation ; qu'elle est en train de tomber, de se casser méchamment la gueule, et que tout ce qui la maintient debout, c'est la pression de ton corps qui la plaque contre le mur. Sa pression sur tes cheveux ne s'est toujours pas relâchée. Tu sens un mouvement près de ton visage ; c'est elle qui tourne le sien, lentement ; elle a le nez dans tes cheveux, la bouche près de l'angle de ta mâchoire, à deux centimètres de ta peau. Sa main armée se met à trembler violemment, la pointe ne reste même plus en place et trace de petits mouvements inoffensifs sur le tissu de ta robe. Bordel.

Un bruit métallique retentit, brisant un silence qu'elle n'entend même pas tant elle est assourdie par le bourdonnement du sang à ses tempes. Le poignard est tombé, et aussitôt elle a posé sa main là où la lame se trouvait plus tôt ; elle appuie sur la robe, tâchant les tissus de ton sang, serrant vainement les doigts comme pour s'accrocher. Pourquoi est-ce que tu ne te bats plus ? « Je ne sais pas. » C'est presque une plainte, arrachée à ses lèvres en un murmure perdu entre deux expirations trop rapides, presque violentes. Son front s'appuie sur le côté de ton visage ; elle inspire à fond, s'enivre de l'odeur de ton cou. Ca aussi c'est presque violent, c'est comme si ça lui foutait les poumons en vrac, comme si ça les secouait assez pour les démêler et lui permettre enfin de respirer. Ses doigts laissent s'échapper quelques mèches flamboyantes ; son contact est plus léger, mais elle ne sait toujours pas ce qu'elle fait. Ton visage se tourne légèrement vers le sien ; en s'écartant à peine, elle retombe dans tes yeux. Te supplie en silence de trouver une solution à ce qui se passe ; de dénouer l'effroyable nœud qui comprime tout à l'intérieur. Et puis elle réalise que c'est la première fois qu'elle a l'impression que quelque chose s'y trouve ; qu'il y a quelque chose. A l'intérieur.
La caresse perdue dans tes cheveux se raffermit ; force ton visage à pivoter jusqu'à sa bouche qu'elle referme sur tes lèvres ; sûrement un peu trop vite, un peu trop fort. C'est brusque, à peine commandé ; elle n'est sûre de rien, elle ne sait pas si elle rêve le feu qui lui dévore le creux des reins et le brasier dans sa poitrine ; la chaleur sur ses lèvres, le froid qui devient étranger à chaque fibre de son être. Elle tremble de tous ses membres mais s'accroche tellement fort à ta taille qu'elle n'a plus trop peur de tomber ; elle n'y pense même pas tellement, elle pense au goût de ta bouche, c'est tout, et elle se dit que tu pourrais bien avoir un autre poignard à lui planter au travers du corps, maintenant, elle n'est même pas sûre que ça lui fasse vraiment mal.
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Statut du sang : Née MoldueMessages : 167Date d'inscription : 17/11/2015Localisation : Domovoï's Rock
Ҩ Re: Evyria I - If I burn, so will you (/!\ explicit page 2) Ҩ Jeu 16 Mar - 22:46



Il était trois heures du matin.

Dans l'ombre, une forme bougea, silhouette perdue dans la nuit noire. Il n'y avait aucune lumière aux fenêtres ; dans une chambre surchauffée, Eva Esperanza ouvrit de grands yeux verts en direction du radio réveil. Elle avait terriblement chaud, et repoussa vivement le drap moite qui recouvrait son corps nu. Elle s'étira, dans l'obscurité, baillant à s'en décrocher la mâchoire, cherchant à comprendre ce qui l'avait réveillée en pleine nuit ; puis un hurlement retentissant la fit se redresser, un peu vite, les yeux encore lourds de sommeil. Cela venait de la table basse. Des cernes plein les yeux, elle passa une main sur son front. Près d'elle, un corps chaud remua sous le drap ; avec une grimace, elle se demanda comment il pouvait dormir encore avec une chaleur pareille. Le hurlement s'amplifia et elle laissa une jambe pendre sur le bord du lit, laissant quelques doigts passer dans ses cheveux carmins en bataille. Puis elle se mit debout. Ses pas firent lourdement grincer le plancher de bois de l'appartement parisien ; titubant, dormant encore à moitié, elle rejoignit la chambre voisine, une main sur le front. "Du calme, tout va bien..."

Ses bras se tendirent en direction d'un berceau de bois, et elle attrapa un petit corps gigotant et hurlant qu'elle serra contre elle. Six mois, et des poumons d'apnéiste, songea-t-elle avec un sourire fatigué. Les cheveux bouclés de son fils se perdirent contre son visage quand elle l'enlaça, avant de s'assoir sur un fauteuil près du lit ; il faisait ses nuits mais parfois, elle était réveillée en pleine nuit par ses cauchemars. En silence, elle le berça ; tendre, elle déposa un baiser sur son front. Elle entonna une chanson dans sa langue natale, plus douce que jamais elle n'avait pu l'être ; et qu'elle ne le serait jamais. Elle laissa ses doigts se promener contre le dos de l'enfant ; il était, à ses yeux, la plus belle chose qu'elle ait jamais vue. Elle croisa deux grands yeux verts remplis de larmes, embrassa une petite joue rosie par le chagrin. Les pleurs s'apaisèrent, petit à petit ; fusionnels, ces deux âmes n'avaient qu'à s'enlacer pour se comprendre. Il était une partie d'elle, plus beau que jamais ; plus attendrissant que tout ce qu'elle pourrait voir au cours de sa vie, plus important. Son fils était sa vie entière, son destin, son présent et son futur. "Il ne peut rien t'arriver, tant que je suis là." elle le serra contre son épaule, plus aimante et plus douce que jamais. "Je te le promets, Mateo."

Quand enfin l'enfant se rendormit, elle se déplaça de nouveau jusqu'à la chambre, parfaitement réveillée. En silence, elle tira de la poche de son sac un paquet de cigarettes, puis elle ouvrit la fenêtre. L'air frais de la nuit s'engouffra à l'intérieur, et un grognement près d'elle la fit sourire. Elle ouvrit le volet et alluma le bâton de tabac sur lequel elle tira, négligemment ; les yeux tournés vers le ciel de Paris, elle observa les toits de la ville, songeuse. Après deux années, elle avait fini par accepter l'évidence de ses secrets. Elle avait dissimulé une partie d'elle même dans un placard verrouillé dans le salon, que personne n'avait le droit d'ouvrir ; de sorcière, elle était devenue une mère. Elle avait beaucoup abandonné pour sa famille, et c'était parfait ainsi. Cela ne lui manquait pas vraiment. Elle pensa à tout ce qu'elle avait accompli et aux sacrifices qu'elle avait dû faire ; avec amusement, elle recracha la fumée, moqueuse. "Tu pourrais te lever de temps en temps." la forme allongée dans le lit remua. Elle croisa un regard d'ambre quand elle tourna la tête. Elle avait deviné ; il ne dormait pas. "Tu pourrais arrêter de fumer dans la chambre." elle eut un petit rire, avant de cendrer à l'extérieur. "Au cas où tu aies oublié, tu as un petit garçon qui a fait un cauchemar." "Je comptais sur l'amour maternel pour apaiser ses tourments, tu te débrouilles à merveille." elle se redressa. La lumière de la ville fit apparaitre d'étranges reflets orangés sur sa peau d'albâtre ; celui qui la regardait avec convoitise tira à peine le drap, pour poser un coude sur le matelas. "ça donne le cancer." "Je sais." elle jeta le mégot par la fenêtre, qu'elle referma avant de se lever. Féline. S'étendant à côté de lui, elle glissa sous le drap, avant de s'allonger contre un corps brûlant qui l'enlaçait déjà. "Quel dommage qu'il t'ait réveillé. Il va falloir que je donne une leçon au père indigne, maintenant." Lancelot Perez posa sur elle un regard doré qu'elle soutint, avec un sourire ; quand enfin il referma ses mains sur elle, elle songea que le monde pouvait bien s'écrouler. Il y avait lui, elle, et le petit garçon qui s'était rendormi dans la chambre voisine avait scellé deux années ardentes. Tout était parfait. Aucune magie ne pourrait jamais l'égaler.

************



Pourquoi pensait-elle à cela maintenant ? Elle l'ignorait. Mais il n'y avait rien d'innocent dans sa façon de toucher l'héritière, qui se tenait là dans ses bras comme une souris prise au piège ; ses yeux errant des siens à sa bouche souriante, provocante. Cacher ses émotions, dissimuler son trouble ; elle avait fait une nouvelle prisonnière. Son regard la poignardait, elle le savait ; jouer de cela n'avait aucune importance. Elle se contenta simplement de la fixer, silencieuse à cet instant ; ce qui se jouait avait un enjeu bien plus fort que tout ce qu'elle avait pu croire auparavant. Oh, bien sûr qu'elle l'avait trouvée belle. Mais il y avait une nuance. Dans la poitrine de la blonde brûlait une flamme qu'elle s'efforçait d'éteindre chaque jour. Pourquoi ? Pour quelle raison muselait-elle ce qui faisait d'elle une véritable merveille ? Soudain, elle lui parut plus proche que jamais ; prête à ressentir chaque battement de son coeur, les mouvements imperceptibles de sa respiration. Troublée, l'espagnole resta immobile, raidie. C'était elle qui avait cherché cette situation. Eprouvait-elle des regrets ? En fait, songea-t-elle en la sentant sursauter contre sa peau, cela n'avait pas la moindre importance.

Elle tenta un mouvement de recul quand la poigne tenant ses cheveux se raffermit, tirant une crinière d'un rouge carmin ; elle grimaça, à peine, quand le couteau lui échappa des mains et vint menacer le bas de son dos. Le parfum qu'elle dégageait lui fit fermer les yeux alors qu'elle la rapprochait, bien plus. La voix de la Dragonstone claqua dans l'obscurité. Elle s'en moquait éperdument. Puisse-t-elle la tuer, pourvu que les souvenirs et les regrets disparaissent. « Il n'y a rien à voir. » Oh si bien sûr, il y avait tout à voir, et Valkyria le savait aussi bien qu'elle. La menace du poignard ne pourrait pas dissimuler son trouble. Sa poitrine se soulevant avec difficulté, ses grands yeux clairs n'osant la regarder, ses mains et son corps tremblante qu'elle eut envie de serrer, plus fort, jusqu'à l'en étouffer. Combien de promesses était-elle en train de briser ? Les dents serrées, luttant contre l'attirance terrifiante que Valkyria exerçait sur elle, elle laissa cette phrase mourir dans son esprit, manquant bien de remplir ses yeux de larmes. J'ai perdu mon âme en perdant ton regard, et plus jamais je ne m'émerveillerai de rien, mon amour. Cette pensée avait été vraie, jusqu'à ce soir. Elle prit une longue inspiration. Et déjà la guerrière parée de velours poursuivait.

« Tu ne sais pas de quoi tu parles. »
Menteuse. Elle resta immobile, prisonnière de son étreinte ; combien de fois avait-elle répété cette phrase dans son esprit pour s'en convaincre ? Pourtant il y avait bel et bien de la lave, dans le regard d'eau de la Dragonstone ; de la lave en fusion, n'attendant que de percer. Mais elle l'avait dissimulée, et aux yeux de l'espagnole, c'était insupportable. Elle pensa à elle, à tout ce qu'elle avait dû dissimuler pour pouvoir vivre. De la femme aimante et paisible qu'elle avait été il n'y avait plus que de pauvres simulacres de calmes cachant de longues flammes léchant la peau de la femme qui la menaçait. Elle frissonna, en sentant la pointe piquer la peau de son dos. Valkyria tourna son visage vers elle, et le monde s'écroula, finalement. Son nez dans ses cheveux, sa joue presque contre la sienne; et la pointe du couteau, bougeant faiblement. Elle aurait pu se dégager en un seul coup, mais Eva ne bougea pas. Elle voulait voir. Comprendre. Le but de cette nuit avait changé ; dans ses bras, elle tenait un oiseau aux ailes brisées. Elle la lancerait dans les airs pour la voir voler, et la suivre.

Le tintement, elle l'entendit à peine, mais elle sentit la pression disparaitre contre sa robe sombre. Une main se posa contre le tissus, et un frémissement violent la parcourut alors qu'elle écarquillait les yeux, une toute petite minute. Personne ne l'avait touchée comme cela depuis très longtemps. Instinctivement, elle s'approcha, plus près. Valkyria s'accrochait violemment à elle, désespérée, terrifiée par rien d'autre qu'elle même. Cette vision la brisa. Elle avait déjà vu cela.

La chaleur de ses bras étreignit aussitôt sa peau glacée. Dans une caresse brutale, il se laissa aspirer par le réel auquel les mains de la violoniste le ramenaient. Une fois encore. Son front cogna le torse féminin comme le noyé perce enfin la surface atone du lac. Machinalement, il ouvrit la bouche à cette première bouffée d’oxygène et l’air lui déchira bruyamment les poumons. Ses doigts agrippèrent violemment ses bras, ses épaules, son dos – tout ce qu’il pouvait trouver pour se hisser un peu plus haut. Et les paupières closes, il laissa alors exploser de nouveaux sanglots au creux de ses seins. Bientôt, le spectre de l’épuisement en étouffa le tempo. C’était comme si l’air qu’il inspirait noyaient un peu plus à chaque inspiration ses bronches d’éreintement. Enfin il se rendit compte d’à quel point il se sentait mal. Ainsi lové au creux des bras de son brasier, la sueur perlait sur son front. Il étouffait – et pourtant il tremblait. La nausée lui tordait les intestins mais le plus insupportable était cette lame ignescente qui transperçait sans scrupule sa tête alourdie, et ce cri perçant qui lui déchirait les tympans. Il serra la mâchoire tandis qu’il tentait de se raccrocher au regard embrasé d’Eva, comme à un dernier rempart. Un nuage ternit de brouillard son image.

Et le silence. Toujours le silence.


« Je ne sais pas. »
Le murmure lui fit lever une main tremblante, qu'elle posa sur sa joue blanche. La sauver, il fallait la sauver. C'était devenu une évidence. Eva resta là, torturée entre le besoin de l'étreindre et celui de reculer ; terrifiée par ses propres envies, elle la laissa pourtant poser son front contre sa joue brûlante ; la respiration coupée, elle sentit son corset la serrer, l"air lui manquait. L'odeur sirupeuse de fleur la fit trembler à son tour, quand les doigts fébriles de la noble glissèrent dans ses cheveux. Le geste était lent, hésitant. Elle avait peur, et elle n'était pas la seule. Succomber ? Elle s'en voulut immédiatement. Elle esquissa un geste de recul, qui se mua en un autre, d'acceptation pure quand elle sentir les doigts de Valkyria passer sur sa peau, près de sa nuque ; et lorsqu'enfin elle tourna le regard vers elle, Eva lui rendit sa crainte et son appréhension, et ce besoin qui la brûla, celui de l'enlacer plus fort que jamais. Quand la pression lui fit tourner la tête, pourtant, elle ne put qu'accepter, soulagée, soupirant contre une bouche qui la dévorait déjà. Ses mains contre sa taille, ses cheveux encore soigneusement attachés dont les quelques mèches rebelles venaient frôler le creux de son épaule, ses yeux fermés et ses lèvres maquillées plaquées contre les siennes... Oh mon amour, pardonne moi. Je n'y arrive pas.

D'une pression sur son épaule, elle la plaqua violemment contre le bois de la porte, le temps seulement d'entourer son visage à deux mains, dessinant ses traits, cherchant désespérément une raison à son acte désespéré ; oubliée, la mission, les obligations, elle en oublia même jusqu'au petit visage aux cheveux bruns et bouclés qui lui souriait en permanence dans son esprit quand elle répondit à son baiser, vorace, aussi terrifiée qu'emplie d'une convoitise corrosive, comme un venin. Elle s'était infiltrée dans son sang et ne la quittait désormais plus, elle était partout, les mains sur ses hanches glissant jusqu'à son dos, la respiration heurtée s'échouant entre leurs lèvres quand le besoin de respirer se faisait plus fort que celui de se toucher ; puis elles y revenaient, encore et encore, suffisamment pour les abrutir, leur faire perdre jusqu'à la notion de pesanteur. Cette femme qui l'avait invectivée dans cette chambre immense, sa silhouette découpée dans l'ombre, ses cheveux... elle recula, le regard avide, pour attraper l'attache magique qu'elle jeta au sol, laissant retomber une crinière dont le parfum la fit frissonner violemment.

Elle laissa une main s'aventurer dans les cheveux blonds de la jeune femme, puis le long de son cou et sur une épaule qu'elle dénuda. Jamais Eva n'avait éprouvé un tel besoin depuis la mort de Lancelot. Lorsqu'il était parti, il lui avait semblé que sa vie partait en fumée ; son nouveau but avait alors été de protéger son fils des horreurs du monde, mais en aucun cas elle n'avait pensé à elle. Les mains tremblantes de Valkyra, pourtant, lui rappelèrent trop violemment qu'elle était vivante, et elle laissa quelques dents raper une lèvre inférieure, ardente. Ce n'était plus seulement une envie mais un besoin. Sans le savoir, la Dragonstone avait réveillé quelque chose de terrifiant. Les ardeurs d'une passion qu'elle avait cru morte et qu'elle retrouvait, là, en la serrant plus fort que jamais dans les ténèbres. "Valkyria" le murmure s'échappa entre ses lèvres rouges quand les mains de l'intéressée se refermèrent sur le lacet de la robe, dans son dos, qu'elle entreprit de défaire, fébrile. "Montre-moi." c'était autoritaire, exigeant, un peu comme à chaque fois qu'elle dévorait sa bouche, puis le coin de sa machoire, son cou. Jamais elle n'oublierait son odeur. Jamais, et plus tard, ce serait pour elle la plus terrifiante des tortures.

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Ҩ Re: Evyria I - If I burn, so will you (/!\ explicit page 2) Ҩ Dim 19 Mar - 0:10

C'est la première fois, tout ça ; effroyablement nouveau et délicieusement effrayant. Un saut dans le vide, un lâcher-prise total. Elle aurait sûrement l'impression de tomber si tu ne la retenais pas ainsi, si elle ne s'agrippait pas à toi comme si ça vie en dépendait. Ce sont tes gestes qui la raccrochent à la réalité, qui l'empêchent de sombrer dans les profondeurs de son propre cœur ; celles qu'elle refuse de voir, celles sur lesquelles elle a toujours préféré fermer les yeux pour ne pas avoir le vertige. On lui a dit de ne pas regarder, et elle a gentiment détourné la tête ; pour regarder devant, plus haut, là où elle devait aller. Maintenant qu'elle est au sommet, quelle autre suite possible que celle où elle se casse la gueule parce que d'un coup de pied, on a balayé les fondations trop fragiles de son petit empire ? Valkyria ; qui est-ce qu'elle est, bon sang. Comment un prénom peut-il faire autant de dégâts alors même que la personne qu'il désigne n'existe plus. Là où elle est devenue Visenya, personne n'a véritablement pris la place de celle qu'elle était pendant les dix premières années de sa vie. Asphalt ne s'appelle pas Valkyria.
C'est trop compliqué, c'est trop profond et tortueux. Si elle tombe là-dedans, elle ne pourra pas remonter, elle le sait ; il y a trop de blessures ouvertes, trop de pleurs ignorés et de cris étouffés. Personne ne peut voir ça sans y laisser des plumes ; personne ne veut voir. C'est trop sale, c'est trop sombre. Personne ne doit voir. Pourquoi tu insistes comme ça ? Pourquoi, pourquoi, pourquoi, elle se dit en laissant ses mains glisser sur toi ; l'une accrochée à ta nuque, l'autre passant de ton dos à ta hanche pour ne pas laisser le moindre espace vous séparer lorsque tu la plaques contre la porte à nouveau. Le choc lui coupe presque le souffle ; mais elle n'en a pas besoin, c'est à ta bouche qu'elle puise son air, animée d'une avidité qu'elle ne se connaissait pas.
Tes mains sur son visage la caressent et la guident ; elle ne résiste pas, se laisse ramener à tes lèvres chaque fois que le souffle manquant est retrouvé, impulse elle-même le mouvement d'une pression sur ta nuque lorsque, insatiable et impatiente, elle te décrète trop lente à revenir la consumer. Elle se brûle sur tes lèvres et le reste de son corps se languit déjà du brasier ; l'effroyable envie qui s'est emparée d'elle mène ses gestes et entrave ses pensées. Rien ne compte que ce contact, cette respiration qu'elle veut sentir s'écraser contre son épiderme, s'emballer un peu plus à chaque mouvement. Elle presse ses mains sur la robe, s'agace presque de ne pouvoir te serrer plus près encore, de sentir le tissu se froissant sous ses doigts là où elle voudrait atteindre ta peau.

D'un coup, elle te sent t'écarter et pince les lèvres pour retenir ses protestations. Elle craint un instant que tu t'écartes pour de bon mais les déflagrations dans tes yeux la font rester tranquille, immobilisée par les tressaillements qu'elle sent dans le creux de ses reins. De toute façon, quand bien même elle voudrait protester, elle n'en a pas le temps ; d'un geste vif, tu la débarrasses de l'attache qui retenait sa coiffure, et elle sent ses longues mèches se dénouer, retomber en cascades blondes sur ses épaules. Fébrile, elle attend, ses prunelles rivées dans les tiennes comme si elle voulait y plonger toute entière. Ton frémissement ne lui échappe pas ; elle ne comprend pas trop ce que ça lui fait, mais c'est terriblement grisant. Sans qu'elle le décide vraiment, elle sent ses lèvres qui bougent ; s'étirent un peu, à peine, sur le côté. Un sourire, quasiment invisible.  Simple. Et pour la première fois depuis longtemps elle ne sait pas à quoi elle ressemble, là, tout de suite. Elle ne sait pas, parce que ses cheveux sont retombés en vrac, parce qu'elle sent qu'elle a trop chaud et que des rougeurs sont forcément apparues sur ses joues. Mais c'est le sourire, surtout. Elle ne sait pas à quoi elle ressemble parce que parmi toutes les nuances de rictus qu'elle est capable de dessiner à la perfection, celui-là n'est visible nulle part. Elle n'a pas le temps de s'étendre sur la question ; tes doigts fins se glissent dans ses cheveux et, confiante sans – une fois de plus – se l'expliquer, elle ferme les yeux sous la caresse, frémit à nouveau en sentant des myriades de courants électriques parcourir sa peau là où tu passes ; le coin de son visage, son cou. Elle sursaute sans pouvoir s'en empêcher lorsqu'elle sent ta main entraîner l'épaule de sa manche ; ses yeux se rouvrent, légèrement écarquillés. Elle perd son souffle ; te rapproche d'elle brusquement pour retrouver ta bouche et ne pas suffoquer ; ses mains se font plus fermes contre toi, plus de force en espérant atténuer ses tremblements. Tout son corps se crispe, ses ongles ripent contre ta robe quand elle sent tes dents contre sa lèvre. Son souffle s'échappe de sa bouche brusquement ; elle sent ses doigts trembler à nouveau, se retrouve incapable de contenir toute la tension qui s'accumule dans ses muscles. Ses doigts se prennent dans les lacets de ta robe ; elle ferme le poing, le rouvre, cherche l'attache dans cet entrelacs de ficelles qui l'empêche obstinément d'atteindre ta peau. « Valkyria » elle sursaute, à nouveau, soudain immobile. « Montre-moi. » Tu ne veux pas voir, elle pense, en fermant elle-même les yeux, retenant des larmes imaginaires en relevant la tête sous l'impulsion de ton visage qui se glisse dans son cou. Tes lèvres brûlantes sur sa peau agacent un peu plus les gestes de sa main qui finit pourtant par venir à bout du laçage ; son autre main remonte dans ton dos, elle tire sur les ficelles, tremblante et avide, desserrant le corset dont les deux pans s'écartent timidement. Ses doigts frôlent ton épiderme ; elle remonte ses mains dans tes cheveux pour mieux redescendre d'une longue pression contre ta nuque, entre tes omoplates ; ses mains entraînent les lacets qui continuent de se défaire tandis qu'elle descend en éprouvant la douceur de ta peau, sursautant parfois en réaction à tes gestes, à tes lèvres qui dévorent son cou, tes mains qui ont elles aussi trouvé le chemin des attaches qui retiennent les tissus de sa robe. Lorsqu'elle sent son propre corset se desserrer, ses doigts se crispent à nouveau, marquent ton dos de griffures tout juste superficielle. Elle n'a aucun contrôle sur la force de ses gestes, la violence de ses réactions, la fréquence de ses soupirs.
Montre-moi, tu as dit. Ce n'est pas tellement elle qui montre, c'est toi qui vas voir. Qui vas chercher ce qu'elle a de plus enfoui, alors même qu'elle ignorait elle-même posséder ce genre de trésors. Est-ce que ça appartient à Valkyria, tout ce qu'elle sent dans son corps, tout ce sur quoi elle n'a plus le moindre contrôle ? Est-ce que ce serait possible, que tout ce qui lui appartient ne soit pas pourri et infesté, après avoir macéré au fond de sa mémoire pendant si longtemps, entre le mépris et l'ignorance ?

Elle y croit à peine ; ou plutôt, croit tout sans rien comprendre, ne croit en plus rien qu'en tes gestes qui lui donnent la cruelle illusion d'être encore un peu en vie. Alors que personne ne lui en a plus laissé l'opportunité depuis plus de dix ans. Les pensées percent entre deux soupirs, elle les saisit sans le faire exprès et sent l'injustice lui nouer le ventre, la colère rattraper une part de sa conscience lorsqu'elle tire un peu plus brusquement sur ta robe pour en ouvrir totalement le dos et faire glisser les tissus de tes épaules. D'une main, elle ramène ton visage au sien, forge sur ta bouche le plus ardent des baisers tout en te repoussant de l'autre main pour pouvoir faire descendre les épaules de ta robe le long de tes bras. Ses gestes, bien que toujours tremblants, sont plus fermes, presque brutaux quand elle ramène une main sous ta mâchoire pour t'interdire de quitter ses lèvres. Tu as voulu Valkyria ? Elle ne le fait pas exprès, mais elle croit lui avoir laissé un peu de place. Valkyria elle a mal, Valkyria elle crève depuis dix ans au fond de son propre corps et c'est avide du tien qu'elle prend les commandes, de ses gestes au moins, pour ce soir, à défaut d'avoir le moindre droit de décision sur sa vie. C'est injuste et ça l'énerve, ça la tue ; ça l'a tuée il y a longtemps, elle croyait. Mais tu lui montres que non. L'autre main, revenue à ton cou, glisse vers le bas, ses doigts redessinent à l'aveugle les reliefs de ton épaule, s'attardent sur une clavicule légèrement saillante sur laquelle ses ongles laissent une nouvelle trace en descendant encore de quelques centimètres avant d'être entravés par les tissus dont elle n'a toujours pas réussi à te débarrasser. « Aide-moi » elle ordonne, dans un grognement étouffé entre tes lèvres, sans trop savoir si elle répond par là à tes dernières paroles ou si elle s'impatiente juste de ne pas te toucher comme elle le veut, comme elle le doit, comme son corps entier lui ordonne de le faire ; impatient de se consumer davantage encore au contact de ta peau brûlante.

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We're just a step from fearless
Evyria All this time you're just tryin' not to lose it. You can always learn to fly ; you never do until you do it. Up high in the middle of nowhere. I could die, but I don't care. Walk slow and low on a tightrope ; hope it lasts but you know, you never know.
And if you're in love, then you are the lucky one, 'cause most of us are bitter over someone. Setting fire to our insides for fun, to distract our hearts from ever missing them. But I'm forever missing you. And you caused it. Amarialt


Dernière édition par Valkyria V. Dragonstone le Sam 22 Avr - 23:57, édité 1 fois
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Ҩ Re: Evyria I - If I burn, so will you (/!\ explicit page 2) Ҩ Mar 21 Mar - 17:21

Sa peau, sa bouche, ses cheveux, son odeur.

En quelques instants, Valkyria avait fait de l'hispanique une muette, silencieuse et torturée par le regret, aussi bien que l'envie. D'une main leste, elle retira l'objet retenant de longs cheveux dans lesquels elle passa les doigts, fascinée ; face à elle, la jeune femme la regardait, elle aussi, tressaillant à chaque toucher, chaque caresse, comme un animal qu'on apprendrait à apprivoiser. A peine. Seulement le temps de la regarder, un battement de cils, une courte respiration avant que tout ne devienne noir. Ses lèvres s'étirèrent en un sourire, léger mais franc, plus sincère que tous ceux qu'elle avait pu voir ; et Eva la trouva belle, plus belle que jamais. Plus désirable aussi, elle et sa longue robe de comtesse, ses atours, ses yeux clairs brillants dans l'obscurité et ses mains, fébriles, posées sur son corps comme dans un souci territorial. Pour cette nuit, songea la musicienne en l'observant fermer les yeux sous la caresse, elle voulait bien lui appartenir. Pour cette nuit, elle oublierait un moment tout ce qui l'avait retenue hors de ce genre de choses. Elle oublierait, parce que parfois il le fallait. Elle ne supportait plus toutes ces nuits passées dans le silence à se demander combien de temps durerait cette torture qu'elle même s'infligeait. Avec un soupir, elle laissa longuement sa bouche errer sur cette peau qu'elle avait le droit, vraiment le droit de toucher; précautionneuse, patiente, attentive à la moindre réaction, au moindre frisson, elle laissa son nez frôler une peau beaucoup trop chaude, dont l'odeur lui fit fermer les yeux, grisée. Incapable de lutter.

Sa main glissa lentement sur l'épaule de la robe, qu'elle dénuda dans un mot ; la Dragonstone sursauta, et la saisit, plus vite, plus fort, attrapant sa bouche comme si sa vie en dépendait, comme pour donner un sens à une folie comme celle ci. Mais ce qui étreignait la jeune cambioleuse allait bien au delà d'un simple parfum de fleur qu'elle chercherait sans doute ensuite pendant trois ans ; c'était cet éclat, dans les prunelles de la jeune femme, qui lui faisait penser que tout n'était peut être pas perdu. Comme elles se ressemblaient toutes les deux. Elle et ses yeux d'eau pure, ses longs cheveux, ses vêtements qui n'étaient dès lors qu'une option inenvisageable et ses soupirs, lourds, contre sa bouche qu'elle buvait à chaque fois qu'il lui fallait respirer. Pourquoi elle, Eva ne se posa pas la question. Parce que c'était ainsi, parce qu'il n'y avait pas d'autre alternative. Parce qu'elle avait joué avec la flamme, elle avait mis la main dedans sans s'imaginer qu'elle pourrait se brûler. Elle l'étreignit dans le noir, plus douce qu'elle ne l'avait été depuis longtemps. Une main se posa sur le laçage de son corset alors que le visage de l'espagnole descendait une seconde fois contre son cou. Quelques doigts s'attardant sur sa peau. Un frisson violent la coupa en deux. Elle en oublia de respirer, quelques secondes. Valkyria avait cette candeur des premières fois, et découvrait, en toute innocence, ce qu'on lui offrait ; la peau pâle de la musicienne, frémissant à chaque contact, la douceur de ses cheveux carmins, les attaches qui se défirent, l'une après l'autre, sous l'impulsion de son envie. Elle la laissa faire, attardant à son tour son attention sur la robe de l'héritière pour retirer, une à une, les attaches faisant de son corps un authentique prisonnier de guerre.

Un frôlement, dans son dos. La robe s'écarta, laissant entrevoir un dos nu sur lequel elle posa les mains. Le tissus s'évada et glissa le long de ses épaules, des doigts, sur son menton, l'empêchant de regarder pour l'attirer une nouvelle fois contre son visage, happer ses lèvres, mordre, soupirer, mourir entre ses bras comme elle ne l'avait pas fait depuis beaucoup trop longtemps. Elle ferma les yeux, laissant la Dragonstone la déshabiller, oublieuse de toute idée de pudeur, indifférente à l'égard de la nudité de son buste, attentive, seulement à ces deux mains qui se posent sur sa peau pour découvrir la courbe gracile de ses flancs, bloquée par un tissus qu'elle n'arrive toujours pas à retirer. Entre deux baisers enflammés, elle gronda. Exigeante. « Aide-moi » oh oui elle l'aiderait, sans aucun doute. Elle l'aiderait de toutes les manières possibles. Elle eut un sourire contre une bouche beaucoup trop exigeante, et elle recula ; un craquement sonore et le corset de la jeune noble terminait au sol, déchiré. Sa robe glissa le long de son corps, suivie de celle de la voleuse, qui fit rapidement tomber le surplus de tissus noir sur ses jambes. Elle la plaqua de nouveau contre la porte le regard brûlant, saisissant ses cuisses à pleines mains pour la hisser sur ses hanches ; les mains de Valkyria se refermèrent sur ses épaules et elle s'accrocha, enroulée comme un arapède, jusqu'à ce que la musicienne bute sur des draps, surface quelconque où elle l'allongea. Un lit, découvrit-elle d'un bref coup d'oeil avant d'y revenir. Cela aurait tout aussi bien pu se passer par terre.

Elle se hissa sur les draps, la surplombant ; allongée sur le dos, Valkyria Dragonstone la fixait sans ciller, insolente. Elle recula, pour la détailler, laissant glisser son regard sur un buste nu dont elle admira chaque courbes ; elle avait déjà vu cette silhouette, quelques semaines plus tôt, mais c'était autre chose de l'avoir sous les doigts. Cette femme était incroyablement belle. Elle prit appui sur ses coudes, embrassa ses lèvres, rassurante ; puis, laissant son visage dériver sur son épiderme, elle détailla avec ses sens chaque grain qu'elle croisait, l'arrondi de son épaule, celui d'une poitrine nue contre laquelle elle laissa glisser une joue. Les mains encore posées contre ses épaules se crispèrent, plantant une série d'ongles dans sa peau. Elle posa son front contre sa poitrine. Laissa ses doigts dériver contre ses hanches, jouant avec le mince morceau de tissus qui retenait encore les derniers restes de sa pudeur. Soupirant lorsque les doigts de Valkyria effleurèrent ses flancs, elle se redressa. La regarda, longtemps. Puis la laissa se hisser sur les coudes et s'assoir, pour lui faire face, attirer possessivement le corps blanc de la musicienne contre le sien, qu'elle enroula de ses jambes. Ses mains se promenèrent dans ses cheveux. Le tatouage en forme de partition glissa le long de son dos, puis sur ses hanches. Les premières notes de Morgane ondulèrent lentement sur son ventre.

Ses mains sur son visage, ses lèvres contre les siennes, ses jambes nouées autour de ses hanches. Valkyria ne s'en rendait sans doute pas compte, mais plus les minutes s'égrénaient et plus cela devenait impossible. Elle laissa un son rauque s'échapper de sa bouche quand la main de la Dragonstone descendit le long de sa gorge, explorant son buste avec une lenteur corrosive ; celle d'Eva attrapa vivement le rempart de tissus qui restait à la blonde, et tira. Bruit de déchirure. Une main se glissa, insidieuse, entre ses jambes. Et Eva perdit définitivement la raison.

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Ҩ Re: Evyria I - If I burn, so will you (/!\ explicit page 2) Ҩ Mer 22 Mar - 22:52

Elle te sent sourire contre sa bouche en réponse à ses mots, grogne d'autant plus pour réclamer tes lèvres mais tu t'échappes déjà, reculant légèrement d'entre ses bras. En une seconde, elle sent son corset se déchirer et sa robe glisser contre son corps, la laissant frissonnante, presque nue et un peu plus provoquée. Fébrile, elle ne manque pas une miette du spectacle lorsque tes vêtements rejoignent les siens sur le sol ; dévorant des yeux cette peau d'albâtre tout juste devinée du bout des doigts. Elle esquisse à peine un geste pour s'approcher que tu la repousses contre la porte à nouveau, happant ses lèvres au passage. Elle perd pied, un peu plus à chaque seconde, à chaque mouvement. La chaleur de ta peau l'envahit, pénètre sa chair, et elle se demande un instant comment elle faisait pour ne pas mourir de froid avant de sentir cette chaleur là. Elle sursaute en sentant tes mains la soulever, s'agrippe à tes épaules, le front appuyé dans tes cheveux. Elle inspire lentement, comme pour demander à sa tête d'arrêter de tourner, essayant peut-être de remettre ses sens à l'endroit ; mais chaque atome de l'air qui la pénètre est chargé de ton effluve et le tourbillon s'intensifie autour d'elle. Elle s'accroche un peu plus fort, serrant ta taille entre ses jambes, ses paupières closes et sa respiration lourde envoyée se perdre dans tes cheveux écarlates. Et puis elle se sent basculer en arrière, s'enfonce délicatement dans le moelleux du matelas avant de rouvrir les yeux pour t'observer grimper sur l'immense lit pour la rejoindre. La faible lumière qui émane de l'extérieur se reflète sur ton corps, et une part un peu plus lucide de son esprit lui rappelle que, décidément, non, elle n'était pas beaucoup plus cachée que ça par l'obscurité la dernière fois, quand tu t'es introduite dans sa chambre. Se sont tes prunelles qui finissent par attirer son regard, pourtant ; elle te fixe, avide, sans chercher à cacher son impatience ; son exigence, presque. Reviens.

Mais tu prends ton temps, tu recules, presque, elle sent ton regard brûler sa peau et un long frisson la parcourt, ses doigts se ferment nerveusement sur les draps. Une lueur un peu plus anxieuse se glisse au coin de ses pupilles, elle retient un peu sa respiration beaucoup trop rapide. Personne ne l'a plus regardée comme ça depuis très longtemps ; elle jurerait même que c'est la première fois. Ses maigres expériences remontent à l'époque où elle était encore à Poudlard ; ce garçon, à l'époque... bon sang non, ça n'a vraiment rien de comparable. Elle n'était pas impressionnée, elle n'était pas grisée, impatiente, exigeante. Curieuse, tout au plus, peut-être. Elle ne se souvient pas, elle n'en a pas envie. Aujourd'hui elle réalise que ça ne voulait rien dire du tout. Ses bras entourent ta taille lorsque tu la rejoins finalement, elle accueille tes lèvres sur sa bouche avec un soulagement certain. Elle est plus tendre, ses gestes se font plus souples, tandis qu'elle remonte ses mains en une longue caresse le long de ton dos jusqu'à tes épaules sur lesquelles elle s'arrête, ses doigts gagnant tour à tour la surface au-dessus de ta clavicule, et la peau de ta gorge, plus douce encore que les draps luxueux qui vous soutiennent. Elle continue ses caresses, lentes, presque timides, en suivant sur sa peau les mouvements de tes lèvres, le frôlement de ton nez au creux de sa mâchoire, sous sa clavicule ; elle n'en finit par de frissonner, se crispant parfois, abîmant ton épiderme de ses ongles. Elle se force à respirer lentement, craint qu'en perdant trop pied, elle manque le moindre gramme du délice que tu forges sur sa peau. C'est en sentant ton visage frôler son sein qu'elle sursaute véritablement, rattrapée de plein fouet par la légère angoisse étouffée un peu plus tôt par tes baisers. Elle sent ton souffle, bien que léger, heurter sa peau avec une violence qu'elle n'aurait pas soupçonnée. La cicatrice, elle réalise alors, plus fébrile que jamais. La peau est refermée, la douleur occasionnelle, mais la marque est visible ; trop visible, et la peau abîmée est affreusement sensible, la poussant à sursauter au moindre frôlement. Cette pensée la force à regarder en face une réalité sur laquelle elle a fermé les yeux depuis déjà plusieurs minutes : c'est le type pour lequel tu travailles qui lui a fait ça. Et si tout ça c'est une machination ? Elle se tend, presque sans le vouloir ; ses idées ne sont pas claires. Tu cherches à obtenir quelque chose ? Non, elle se dit, en sentant tes cheveux chatouiller ses flancs tandis que tu appuies ton visage contre sa poitrine. Elle n'a pas pu rêver ce qu'elle a décelé. Elle n'est pas manipulée ; tout ce qu'elle ressent ne peut être l'objet d'un sortilège. Tout ce qu'elle voit, ce qu'elle a lu dans tes prunelles ne peut être le fruit d'un jeu, d'une comédie. Personne ne ment si bien ; pas même toi, elle pense, en fermant à nouveau les yeux. Pas même toi. Ton souffle contre son ventre la fait frémir ; elle se cambre légèrement lorsque tes doigts passent sur ses hanches, dessinent le relief de son bassin. Ses pensées s'embrument, accaparées par les ondes électriques qui parcourent sa peau ; les soupirs s'arrachent d'entre ses lèvres, elle glisse ses mains sur ta nuque, remonte ses doigts afin de les glisser dans tes cheveux, exerçant sur ta tête une pression aussi douce que tremblante. Lorsqu'elle te sent frôler la barrière de tissu, elle sursaute imperceptiblement ; se cambre encore un peu quand tu y reviens. La troisième fois lui arrache un sourire ; elle comprend que tu joues, fait semblant de protester en descendant ses mains jusqu'à ta taille, qu'elle presse doucement en arquant son dos ; ton soupir lui réchauffe un peu plus la peau, avant que tu ne te redresses pour l'observer. Elle soutient d'abord ton regard, et les restes de son angoisse s'envolent aussi vite qu'ils sont revenus. Un instant pour se demander comment tu fais ça. Comment c'est possible qu'en une seconde passée dans l'éclat indéchiffrable de tes prunelles, elle se sente plus en sécurité que n'importe où ailleurs sur Terre, alors même qu'elle ne s'est jamais sentie à sa place nulle part. La reconnaissance lui tombe sur les épaules, si soudainement qu'elle en est surprise. Mais pour une fois – la première, peut-être – elle ne se sent pas oppressée par ce sentiment ; pas écrasée, affaiblie. Elle s'est persuadée il y a longtemps qu'être redevable ou reconnaissant de quoi que ce soit à qui que ce soit est une parfaite preuve qu'on est incapable de se débrouiller seul, que c'est honteux, misérable. Elle n'est redevable de rien, jamais reconnaissante, se plaît-elle à croire en fermant les yeux sur les quelques exceptions. Cette fois est différente. Cette fois ça n'a rien à voir ; elle n'a pas le sentiment de te devoir quoi que ce soit. C'est plus simple que ça ; moins tordu, moins pourri que cette fierté qu'elle a appris à entretenir, que ces sempiternelles traditions dont elle n'a plus rien à faire en cet instant. Ce soir, l'imprononçable merci s'impose en douceur par-dessus ses autres pensées et un nouveau sourire se dessine sur son visage lorsqu'elle se redresse à son tour, s'empare de ta main, de ton épaule pour t'attirer contre elle, entourer ton corps de ses jambes, t'interdisant de repartir. Ses lèvres retrouvent les tiennes ; elle joue un peu, apprivoise cette bouche qu'elle a l'impression de connaître et de découvrir tout à la fois. Son entreprise est vouée à l'échec, pourtant, elle comprend vite en souriant encore lorsque c'est toi qui écartes tes lèvres de quelques centimètres, l'esquivant pour mieux revenir la chercher. Apprivoiser, c'était un très mauvais choix de mots, te concernant. Ses mains se sont posées contre ton visage, glissant sur ta peau comme autant de caresses ; écartant des mèches flamboyantes en glissant ses doigts de ton front vers na nuque, revenant par ton cou, soulignant les contours de ta mâchoire avant de glisser sur ta gorge. Elle explore ta peau, progressivement, passe de tes épaules au haut de ton buste, d'abord timidement, comme si elle cherchait à mémoriser exactement chaque centimètre parcouru. Rapidement pourtant, ses gestes se font un peu plus fermes, pressés par l'envie qui lui dévore le ventre. Ses doigts frôlent, caressent, effleurent du bout des ongles, tremblent un peu. Dessinent le galbe d'un sein, à l'aveugle, toujours lentement, alors que ses lèvres se perdent dans ton cou ; elle revient, sa paume cette fois, un peu moins timidement, et chaque geste fait grossir la bulle à l'intérieur de son ventre. Elle est concentrée, attentive ; fascinée, même.

Elle entend le grondement s'échapper de tes lèvres ; sent l'empressement qui s'est emparé de tes gestes. Sa tête se redresse brusquement lorsqu'elle se sent débarrassée d'un coup sec des dernières étoffes qui la couvraient. Elle comprend ce qui est en train de se passer et son cœur s'emballe brusquement ; une main revient accrocher ta nuque, alors qu'un frisson plus violent que tous les autres lui parcourt tous les membres lorsqu'elle sent la chaleur de ta main en haut de ses cuisses. Son regard change, sans qu'elle le veuille, sans qu'elle le sache ; elle a agrippée tes prunelles et s'y raccroche comme si sa vie en dépendait ; les siennes se sont chargées d'un mélange déroutant d'envie et d'appréhension. Tu l'effleures, elle se tend, chaque frémissement de tes doigts la fait s'accrocher un peu plus fort à ta nuque, à ta taille sur laquelle elle a posé sa seconde main. Ses lèvres se pincent progressivement, elle étouffe le souffle qui voudrait s'échapper de sa bouche, écarquillant les yeux qu'elle finit par fermer, accompagnant chacun de tes gestes d'un frémissement des hanches qu'elle ne décide même pas. Très vite, elle penche la tête, vient appuyer avec force son visage au creux de ton cou, écrasant encore son souffle qui, pourtant, s'échappe en un gémissement mourant contre ta peau. Ses doigts se crispent encore un peu plus, griffent, s'accrochent, tremblent aussi. Les ondes qui remontent de son bas-ventre lui font perdre la tête, son souffle lui échappe, elle se tend, se cambre sur tes doigts.

D'un seul coup, Valkyria relève la tête, plaque ses deux mains sur tes épaules pour te repousser contre le matelas, fermement. Ses genoux serrés sur tes hanches, c'est elle qui te surplombe ; juste un instant, elle ne résiste pas longtemps et revient presque aussitôt écraser sa bouche contre la tienne, sans grande douceur cette fois ; elle gronde, mord, s'empare de tes lèvres en enfonçant encore ses ongles dans ta peau, toujours soumise au délicieux supplice de tes doigts. Ses baisers dérivent, glissent sur le côté de ton visage ; ses dents rappent sur l'angle de ta mâchoire, et elle descend en embrassant ta peau, ton cou, ton buste ; lorsque tu fais mine de vouloir te redresser pour suivre ses hanches qui descendent le long de ton corps, elle plaque à nouveau tes épaules contre les draps, relevant le nez le temps de te jeter un regard avide, provocateur, un léger sourire au coin des lèvres. Elle descend encore, se soustrayant finalement à l'emprise de ta main, parcourant ta peau de ses lèvres, qui gravitent près de ta poitrine de longues secondes avant de s'y aventurer, d'abord timidement ; puis, guidée par tes soupirs, tes doigts dans ses cheveux, elle embrasse un sein, de plus en plus langoureuse, laisse sa paume frôler l'autre, délicatement ; l'assurance vient, doucement, à mesure que l'envie grandit, gronde à l'intérieur de son ventre, vibre dans ses membres. Sa bouche s'attarde, ses dents frôlent tandis que sa main descend presser ta hanche, dériver sur ton ventre, frôlant le tatouage qu'elle n'a fait que deviner dans la pénombre. Et puis ce sont ses lèvres qui suivent le même chemin, qui descendent irrésistiblement. La douceur excise de ta peau lui coupe presque le souffle ; une fois ou deux, elle arrête de bouger, repose simplement sa joue contre ton ventre, juste quelques secondes, avant que l'envie ne reprenne le dessus sur ce drôle d'émerveillement. Est-ce que c'est possible de ressentir tout ça ? Tout ça, sans que ça ne comprenne l'angoisse de perdre le contrôle – trop tard –, la peur de compromettre son nom, sa réputation – ça ressemble à une blague, vu d'ici – le calme forcé ou le contrôle absolu, essentiel. Elle se sent libre, déchargée de tous les poids qui l'oppressent en permanence. Elle ne se méfie pas, elle ne craint rien ; elle est nue et totalement sans défense, mais jamais de sa vie elle ne s'est sentie aussi invincible, intouchable. Et les faiblesses que tu lui trouves - elle est intouchable, mais toi tu la touches -, les gémissements que tu lui arraches, elle veut bien te les accorder. Ca lui va. Ca lui va mieux que tout le reste ; quoi que son nom, quoi que ça vie ait à lui offrir, elle sait déjà que ce ne serait pas à la hauteur. Pas à sa hauteur. Peut-être qu'elle est plus basse, d'ici ; mais peu lui importe, elle ne se sent pas seule, elle se sent bien, elle t'a trouvée, et elle embrasse ta peau avec à la fois toute la ferveur de sa reconnaissance, toute la violence de son désir. Ses lèvres sont arrivée à ta hanche ; elle s'attarde sur le relief de ton bassin, dessiné sous ta peau, légèrement saillant, qu'elle mord légèrement avant de venir poser son front en bas de ton ventre, glissant ses mains le long de ton corps, sur ta taille, tes hanches. Elle reprend ses baisers, dérive sur le côté, embrassant le haut de ta cuisse, de plus en plus fébrile. Elle n'a aucune idée de ce qu'elle fait, se laisse porter et guider à la fois par son envie et par tes soupirs, tes frémissements. Ses doigts accrochent le tissu de ton sous-vêtement qu'elle fait glisser sur tes jambes, en jouant un peu sur la lenteur de ses gestes, déposant ses lèvres aléatoirement le long de ta jambe. Lorsqu'elle t'a débarrassée de cette option désormais inenvisageable, elle passe ses mains sous tes genoux et les relève légèrement avant de se placer entre tes jambes, relevant les yeux jusqu'à croiser ton regard brûlant. Elle ne sourit pas, tremble légèrement, saisie par une délicieuse appréhension. Sa tête s'appuie contre ta cuisse, repose quelques instants, tandis qu'elle enroule ses bras autour de tes jambes. Avec une lenteur d'abord timide, puis plus calculée, elle commence à embrasser ta jambe, remonte sur le dessus de ta cuisse pour mieux glisser, plus haut, vers l'intérieur. Son souffle, court, s'écrase contre ta peau ; elle se force à l'apaiser, t'effleure de ses lèvres d'abord fermées. Et puis, c'est son tour de perdre la raison.

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We're just a step from fearless
Evyria All this time you're just tryin' not to lose it. You can always learn to fly ; you never do until you do it. Up high in the middle of nowhere. I could die, but I don't care. Walk slow and low on a tightrope ; hope it lasts but you know, you never know.
And if you're in love, then you are the lucky one, 'cause most of us are bitter over someone. Setting fire to our insides for fun, to distract our hearts from ever missing them. But I'm forever missing you. And you caused it. Amarialt
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HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : Née MoldueMessages : 167Date d'inscription : 17/11/2015Localisation : Domovoï's Rock
Ҩ Re: Evyria I - If I burn, so will you (/!\ explicit page 2) Ҩ Mar 28 Mar - 11:55

L'air de musique et le chant du silence. Chaque soupir résonnait comme une symphonie aux oreilles d'Eva Esperanza. Face à elle, allongés contre des draps luxueux qu'elle froissait à chaque mouvement, Valkyria Dragonstone lui appartenait. Elle avait les yeux brillants du désir, la respiration courte, rauque, haletante, les membres frémissant les uns après les autres. Comment en étaient-elles arrivées là, Eva n'en avait cure ; elle savait simplement que plus rien ne serait pareil ensuite. Il y avait des choses qu'on oubliait pas. Des mains qu'elle devinait fortes se faisant pattes de chat contre sa peau pâle ; un corps étendu sous elle, offert, laissant à l'espagnole une liberté qu'elle avait pris sans se poser de questions. Il y avait un démon en cage dans ses bras qu'elle enlaçait à ne plus savoir comment vivre sans cela ; des mois d'abstinence, des mois de regrets et de souffrance à se dire qu'elle finirait sa vie seule et dans l'incapacité totale de ressentir, de nouveau, une affection autre que celle qu'elle éprouvait pour son fils. Pourtant, même si elle ne se l'expliquait pas, la femme qu'elle tenait entre ses mains lui inspirait cette dose qu'elle n'avait pas pris depuis beaucoup trop longtemps. Ses longs cheveux blonds autour de son visage, ses yeux clairs qui la regardaient et ses mains, fébriles, qui parsemaient de caresses ses omoplates, son dos, ses hanches. Son corps qu'elle découvrait avec l'innocence des premières fois, malhabile, intimidée peut être ou apeurée, elle n'en savait rien. Qu'est ce qui brillait dans le regard de la Dragonstone, après tout ? Eva n'en savait rien. Elle savait seulement qu'après cela, elle ne pourrait plus vivre éternellement dans cette bulle de chagrin dont elle s'était recouverte pour justifier chaque acte, chaque vol, meurtre, trahison. Les premières fois, elle avait vu le regard désapprobateur de Lancelot derrière ses prunelles d'eau sale. Ensuite, elle avait oublié. Et ce soir elle ne pouvait pas véritablement penser à lui, autrement elle s'arrêterait. Il en était absolument hors de question bien sûr ; alors, lorsqu'elle déchira furieusement le dernier rempart de tissus et s'accrocha désespérément à ses lèvres, Eva lança la dernière bravade, celle qu'elle lui adressait, à lui, si jamais les morts pouvaient la voir. Tu n'es plus de ce monde. Je n'ai aucun comptes à te rendre, ni jugements à craindre. Tu es mort. Elle est bien vivante.

Oh oui. Valkyria était bien vivante. Elle frissonnait, laissait ses mains dériver sur elle, ses doigts traçant des lignes de feu contre sa peau. Elle était bien vivante, elle respirait, palpitait sous ses doigts. Elle s'immobilisa, une minute très courte pour la regarder. Le temps d'un battement de paupières, elle oublia la culpabilité, le regret et tout ce qui aurait pu l'empêcher de continuer. Croisant son regard, elle se sentit soudain précieuse, adorée ; il y avait quelque chose qu'elle rejetait, une eau brûlante qu'elle passait sur elle pour réchauffer son âme vide de tout affect. Elle effaçait la folie, la cruauté, tout ce qui avait fait d'elle la femme qu'elle voyait chaque matin dans une glace fêlée, dans ce petit appartement londonnien qu'elle avait loué lorsque le travail avait commencé, lorsque ses relations avec Adonis s'étaient concrétisées. Une femme dangereuse, solitaire, dépourvue de sentiments autre que la rancoeur et l'ambition. Elle n'était plus rien de tout cela au contact de Valkyria. Elle était simplement devenue une femme qui l'enlaçait dans l'ombre, s'abreuvant de chaque soupir, les doigts contre son dos, la main entre ses jambes dessinant les ondes de désir qui brillaient dans ses yeux, s'échappaient de sa bouche. Elle était belle. Plus belle que tout ce qui lui avait été donné de voir ces derniers temps, plus précieuse aussi, car entre ses mains elle tenait un bijou aussi instable qu'attirant. Visenya était une femme qui avait été formatée, élevée pour servir sa famille. Rien d'autre ne semblait important. Mais Valkyria prenait de l'importance, s'insinuait dans ses veines comme un poison qui la dévorait, instant après instant. Elle eut le sentiment de la voir pour la première fois. Vraie. Nue, sans artifices. Même son esprit se déliait, lentement, de tout ce qui faisait d'elle la domestique de l'empire familial, le chien qui servait fidèlement ses maîtres. L'oiseau en cage commençait à battre des ailes. Elle la trouva ainsi plus désirable, plus attirante et plus incroyable que jamais.

Plus belle encore lorsque son regard poignarda le sien, en réponse au mouvement intrusif de sa main entre ses cuisses ; accrochée à elle comme une araignée, elle tissa une toile d'abandon entre ses bras minces, désespérément épinglée à ses yeux verts comme une mouche que l'hispanique aurait attrapée. Un son étouffé lui donna envie de la mordre ; elle la dévora du regard, silencieuse, concentrée simplement par ce qu'elle avait envie de lui donner. Du courage, de l'affection, ce dont il lui sembla qu'elle manquait. La main posée sur ses hanches se crispa au mouvement suivant, jusqu'à ce qu'elle ferme les yeux, jusqu'à ce qu'elle abandonne et que la main libre de la musicienne se glisse dans ses cheveux lorsque Valkyria posa enfin son front contre son épaule. Une respiration brûlante s'échoua contre son cou. La tension monta d'un cran. Un gémissement s'échappa de ses lèvres, près de son oreille, voilant le regard de l'étrangère qui regarda au plafond pour ne pas perdre pieds ; les lèvres pincées, elle s'attarda sur chaque courbe de son dos, la cambrure de ses reins, la douceur de sa crinière blonde, le léger bombé de ses omoplates, la main dérivante quand celle de la Dragonstone griffait, à bout de nerfs. Sage petite poupée se laissant malmener par cette main qui la faisait frémir à chaque mouvement.

Et puis, elle releva brusquement la tête. Dans les yeux de la Dragonstone, quelque chose avait changé ; elle plaqua les mains sur ses épaules et le corps d'Eva bascula, sans qu'elle le veuille. Ses doigts n'interrompirent pas leur course alors qu'elle serrait les dents, furieuse d'avoir été interrompue ; mais déjà les jambes de l'anglaise s'enroulaient autour d'elle, la surplombant ; et lorsqu'elle se pencha, Eva oublia un seul moment l'état de soumission totale dans lequel elle venait de la mettre. Elle gronda, happa une bouche qui s'écrasa contre la sienne, gémissant lorsqu'un coup de griffes la fit bouger, à bout de nerfs. Immobile, rendue docile par le contact impérieux de Valkyria, elle la laissa se promener sur sa peau, sa joue. Elle chercha à se redresser lorsque la blonde recula, mais c'était vain ; elle fut plaquée de nouveau contre le matelas, placardée sans sommation, soumise. Muselée à son tour. La bouche de la jeune femme se posant contre sa poitrine fut le coup de grâce et elle abandonna, simplement, oubliant l'idée d'être indomptable et indépendante, consciente que le contact contre ses seins et son ventre faisait d'elle une muette face à l'évidence. Le tatouage dansa contre ses reins, sans qu'elle le veuille vraiment ; les notes de Morgane acompagnèrent une symphonie de soupirs incontrôlés qui lui fit fermer les yeux et passer une nouvelle fois la main dans ses cheveux. Abandonnée. Elle abandonnait, tout simplement.

Eva n'avait jamais eu le moindre contrôle sur sa vie, et pourtant elle l'avait voulu ; elle n'avait pas contrôlé l'apparition de ses pouvoirs, ni le rejet de ses parents. Elle n'avait pas contrôlé son départ de l'Espagne ni sa rencontre avec Lancelot. Elle n'avait pas contrôlé ce jeune homme aimant qui l'avait quittée quatre merveilleuses années plus tard ; pas plus que cette naissance inopinée, cet enfant de deux ans qu'elle avait dû abandonner aux bras protecteurs de sa soeur aînée. Elle n'avait pas contrôlé la folie qui l'avait gagnée ensuite, l'appât du gain, le besoin viscéral et corrosif qu'elle avait eu de sauver son petit garçon des malheurs du monde. Et là ? Non, là elle n'avait le contrôle sur rien. Personne, depuis la mort de Lancelot, n'avait pu s'approcher aussi près. Et alors que Valkyria posait lentement son visage sur son ventre, elle songea qu'elle n'avait pas pensé à elle depuis bien trop longtemps. Comment se déroulerait la suite de cette histoire ? Elle n'en avait aucune idée. Eva n'avait rien à offrir, rien à promettre. Le monde tournait autour de Mateo. Mais dans les bras de la Dragonstone, elle se surprit à l'oublier.

Un soupir un peu plus rauque s'échappa de ses lèvres rouges lorsque le dernier rempart de tissus glissa le long de ses jambes, dont elle termina de se débarasser à coup de pied. C'était lent, trop lent. Elle s'amusait avec elle, c'était visible. Visenya était morte, et elle le sentait. Valyria tenait les rênes de ses pensées et la touchait avec beaucoup plus d'assurance. Depuis combien de temps n'avait-on pas posé les mains sur Eva de cette manière ? Elle ferma les yeux, se laissant simplement guider par les gestes de l'héritière ; oh, après tout elle s'en foutait bien, non ? Elle accrocha un regard aussi apeuré et déterminé ; puis, lorsqu'enfin elle s'insinua entre ses cuisses, elle laissa échapper une plainte beaucoup plus franche, le dos creusé, crispant une main dans les cheveux de la Dragonstone. De la torture, voilà ce que c'était ; écarquillant les yeux, le regard tourné vers le plafond, le souffle égaré elle ne savait où, Eva oublia qu'il fallait respirer pour survivre. Ses mains se crispèrent, s'ouvrant et se refermant sur le vide, les jambes ouvertes ou serrées que la main de l'anglaise retenait fermement. Une brûlure envahit ses reins et elle finit par fermer les paupières, détendant progressivement ses membres raidis par une vie dans le noir à être ce qu'elle n'était pas. Elle attrapa une main, posée sur sa cuisse ; dans un mouvement plus intime que jamais, elle noua ses doigts à ceux de la jeune femme, abandonné au traitement qu'elle lui faisait subir, là, entre ses jambes, sans qu'elle ait le moindre moyen de fuir. Jusqu'à ce que cela soit insupportable, jusqu'à ce que la main de libre de Valkyria remonte contre son ventre, jusqu'à ce que son dos creuse un arc de nouveau contre les draps et qu'un cri s'échappe de ses lèvres. Où était la mercenaire, elle ne le savait pas ; dans les bras de l'héritière, il y avait simplement une femme que tout le monde avait oublié.

Elle trembla, enfin ; ouvrant les yeux, croisant un regard visiblement très satisfait, elle laissa une dernière plainte déchirer ses lèvres en deux ; sans le voir, elle s'était redressée, tirant la crinière blonde un peu trop fort. La propriétaire releva la tête ; les mains crispées, Eva l'attrapa, à bout de nerfs et de souffle, dévorant sa bouche plus violemment qu'elle ne l'avait fait, plus fort, plus vite. Elle attira son corps contre le sien, nouant ses jambes autour des siennes ; les deux silhouettes féminines se fondirent sous les assauts furieux de ses mains et de sa bouche, marquant sa peau à la base du cou, à peine. Enivrée par son odeur, elle ferma les yeux. Elle passa les mains autour de sa mâchoire, sur son crâne, sa nuque. Elle la sentait, là, contre elle, bouillonnante. Elle bougea les reins, une fois, sentant le tremblement de ses cuisses ; elle échappa un grondement rauque en l'attirant plus étroitement encore contre elle. Incapable de parler, et pourtant son nom, comme une litanie, ne fut plus que sa seule pensée cohérente. Valkyria.

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Dead is the new alive
i've died a thousand times ✻ I could cry a thousand tears, I could appease your secret fears... But the louder that I scream the harder your machines close over me. But I don't care, Maybe I'm afraid, but still I swear, If I burn, you will see the fire in your mind when you sleep. And the rain won't wash away the ashes underneath your nails today
'Cause if I burn, so will you.
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HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : Plus pur que le cristalMessages : 322Date d'inscription : 05/04/2016Localisation : Domovoï's Rock
Ҩ Re: Evyria I - If I burn, so will you (/!\ explicit page 2) Ҩ Ven 31 Mar - 4:00

Elle n'a aucune idée d'où s'est cachée sa raison, son bon sens, sa capacité même à aligner deux pensées cohérentes. Ses quelques facultés neuronales subsistantes à l'ouragan qui ravage tout dans son crâne sont toutes entières tournées vers toi, appliquées à percevoir, à comprendre pour pouvoir mieux donner, alors même qu'elle n'a toujours aucune idée de ce qu'elle est exactement en train de faire ou, du moins, de comment elle devrait s'y prendre. Valkyria se laisse guider par tes mains, la pression de tes doigts dans ses cheveux, plus attentive à l'écho étouffé de tes soupirs qu'elle ne l'a jamais été auparavant, même envers elle-même. Surtout envers elle-même. Ce besoin impérieux de te donner semble représenter sa seule et unique occasion d'exister un peu depuis des années ; des années qu'elle compte scrupuleusement depuis le fin fond de son propre ventre, comme autant de jours qu'elle n'aura jamais le pouvoir de récupérer.
Mais peu importe, ça ne compte pas ; ça ne compte plus. Dix ans qu'elle se regarde mener une existence vide de sens aux allures de trésor. Pas une seule seconde de ces années ne l'a fait se sentir plus vivante qu'elle ne l'est ce soir, dans tes yeux à toi. Ces instants sont les siens, elle se dit, possessive, en serrant tes doigts qui viennent se lier aux siens. Les Dragonstone n'auront jamais ça, elle jure en silence ; c'est à elle, elle qui se surprend à pouvoir compter les battements d'un cœur qu'elle pensait arrêté depuis des années. C'est à ce moment qu'elle réalise exactement tout ce que lui a coûté ce simulacre de vie dans lequel elle se complaît bêtement depuis tout ce temps. Tout ce que sa chère et tendre famille lui a volé en prétendant lui offrir le monde.

Elle ne les laissera jamais lui prendre ça aussi. Cette vie que tu lui as insufflée en posant ce regard sur elle ; ce sentiment d'exister, sans avoir ces énormes blocs d'asphalte encastrés dans les poumons, et pour autre chose que le plaisir de correspondre à ce qu'on attend, pour ressentir autre chose qu'une fierté conditionnée et empoisonnée. Pour quoi, alors, elle ne sait pas ; peut-être pour rien, ou juste pour elle, même si ce n'est pas grand chose. Ce sera toujours plus qu'un souvenir écrasé, refoulé ; ce sera toujours mieux qu'octroyer une importance royale à une vie creuse qui ne lui conviendra jamais, et qu'elle serait condamnée à observer, avec Visenya aux commandes en train de se pavaner comme si ça voulait dire quelque chose. Elle ne veut plus de ça, elle décide ; et elle ne sait pas où ça va la mener, mais elle s'en fiche. Elle n'a pas besoin de savoir où elle va pour savoir qu'elle veut avancer, et qu'elle le peut tant que tes doigts sont liés aux siens ; assez pour lui procurer un peu de chaleur, donner à son corps gelé assez de force pour sortir de la mortelle immobilité qui l'étreint depuis si longtemps.

Ses pensées se perdent dans le tourbillon qui emporte tout à l'intérieur ; la pression de tes doigts qu'elle sent se crisper dans ses cheveux, témoin tangible des soupirs qu'elle entend de plus en plus saccadés, lui fait perdre un peu plus la tête. Son bras libre se délie autour de ta jambe, elle remonte une main contre ton ventre, plus fervente que jamais elle ne l'a été, oubliant elle-aussi qu'elle est supposée respirer, qu'il existe quelque chose en dehors de cette bulle de chaleur qui vous entoure. Lorsque ton cri déchire la pénombre et qu'une pression bien trop ferme dans ses cheveux la force à relever la tête, elle réalise à peine que sa cage thoracique est sur le point d'imploser ; son regard est remonté jusqu'à ton visage, et l'expression qu'elle te découvre la bouleverse plus qu'elle n'est capable de s'en rendre compte. Elle a du mal à croire que la femme qui l'attire à elle, une plainte mourant au bord des lèvres, est la même que celle qui la foudroyait férocement du regard un peu plus tôt ; qui l'a et, qu'elle a menacée. C'est irréaliste. A quoi vous jouez ? C'est la mauvaise question ; à quoi vous jouiez ? Maintenant vous ne jouez plus ; plus comme ça. Ce ne sont plus des rôles ; la mercenaire et la princesse qui s'affrontent, ça n'a plus aucun sens. Ne restent que les deux femmes, accrochées l'une à l'autre comme si c'était leur raison de vivre. Est-ce que c'est trop dire ; trop penser ? Elle n'en sait rien, elle ne pense pas vraiment, Valkyria, elle s'agrafe à ta peau sans savoir encore à quel point ce contact rendra rudes les autres mains qui oseront s'approcher de son épiderme, comprenant tout juste qu'elle sera incapable d'apprécier la moindre odeur après s'être enivrée de ton effluve, la moindre couleur après avoir perdu son visage entre les mèches flamboyantes de tes cheveux ; la moindre saveur, après avoir imprimé le goût de tes lèvres sur sa bouche. Elle ne savait même pas qu'il était possible de ressentir autant, de se trouver en s'abandonnant. Elle perd le compte des soupirs, des sursauts et des caresses ; ses frémissements sous tes doigts, ses gémissements contre ta bouche lorsque la torture à laquelle il ne lui vient même plus à l'esprit de se soustraire reprend là où elle t'a forcée à la laisser tout à l'heure.

S'il était possible de se fondre en quelqu'un, totalement, elle aurait déjà disparu, imprimée sous ta peau, fondue entre ses bras pour être certaine de ne plus jamais pouvoir s'en écarter ; elle a passé une jambe sur ta hanche, greffé ses mains à ton dos auquel elle s'accroche en laissant son souffle saccadé heurter ta peau à chaque respiration qui semble s'arracher d'entre ses lèvres. Le brasier dans son ventre, dans ses reins, lui dévore tout à l'intérieur ; ça devient insupportable, un peu plus à chaque seconde, ses pensées s'emmêlent, s'enroulent autour de toi, de vous, et elle te serre tellement fort qu'elle aurait pu avoir l'impression de s'étouffer si ça ne lui semblait pas la seule façon possible de respirer encore. Un mot s'arrache parfois au milieu des soupirs ; elle ne sait pas ce qu'elle dit, ce sont ses seules pensées cohérentes, qui viennent s'échouer sur ta peau, juste au creux de ton oreille ; ton prénom murmuré, un encore plaintif, pressant ; et puis ça la prend par surprise, le son s'échappe de ses lèvres, elle n'a même pas le réflexe de vouloir le retenir. La vague qui vient de la soulever, de tout retourner dans son ventre, a emporté les restes d'une conscience déjà perdue depuis longtemps ; elle enfonce son visage contre toi, étouffe la plainte suivante dans ton cou, la main crispée sur tes cheveux qu'elle laissera glisser sur elle lorsqu'enfn, la tension insoutenable accumulée dans son corps entier quittera ses membre dans un long frémissement le long de son échine. Fébrile, elle finit par relâcher la pression exercée sur ton corps, tremblante et engourdie. Le froid autour la rattrape brusquement et elle se love immédiatement entre les bras que tu refermes sur elle, retrouvant progressivement une respiration partie se perdre loin, loin d'ici quelques secondes plus tôt. La tête reposant au creux de ton épaule, elle glisse un bras autour de ta taille en fermant les yeux, tandis que, sentant ses tremblements vraisemblablement incapables de se tarir, tu vous enveloppes du drap déjà froissé.

Combien de temps il lui faut pour retrouver son souffle, elle n'en a aucune idée ; sa conscience reprend progressivement sa place dans un coin de sa tête, un peu tâtonnante, comme si elle devait redécouvrir les lieux avant de s'y réinstaller. Ca ne presse pas, de toute façon ; Valkyria ne pense à rien, concentrée plutôt sur les mèches de tes cheveux qui lui chatouillent la joue. Contrairement à ce qu'elle aurait pu craindre, le soulagement qui l'a étreinte un peu plus tôt ne se tarit pas, l'enveloppe au contraire comme un cocon, à l'image de tes bras, de ta chaleur. Les trois se confondent, elle ne fait pas la distinction, supplie intérieurement elle ne sait trop quelle entité pour que ça ne prenne pas fin trop vite. Elle jurerait pouvoir rester là une éternité ou deux.
Contre elle, elle peut sentir les battements de ton cœur qui cognent contre ta cage thoracique, qui résonnent faiblement dans le silence. Son souffle redevient régulier à mesure que les a-coups ralentissent, et finalement, elle a calé le premier sur les seconds. Lorsqu'elle ouvre les yeux, ses prunelles accrochent les quelques mèches écarlates tombées devant ton visage. Tu ne dis rien, elle se dit qu'elle tuerait pour savoir ce qui se passe dans ta tête. Si c'est le même silence serein qui règne dans la sienne. Doucement, elle relève un peu la tête, fait semblant de vouloir s'installer plus confortablement pour, finalement, se remettre exactement au même endroit, son visage juste un peu plus près du tien, au-dessus de ton épaule. « Dire que j'ai failli ne pas venir à cette fichue fête » elle murmure, l'ombre d'un sourire sur les lèvres. « J'ai pensé avoir mieux à faire. Je ne me suis jamais autant trompée. » Son regard s'est posé au coin de ta mâchoire, elle attend que tu tournes la tête vers elle pour retrouver l'éclat de tes prunelles dans la pénombre. Qu'est-ce que tu es belle, elle se dit, pour la cinquantième fois ce soir mais sans plus pouvoir se cacher derrière l'excuse de la folie du moment. Et c'est pour le mieux. Sa main glisse de ta taille, vient se poser en haut de ton torse, tout près de ton cou. « Enfin. Presque jamais. » nouveau sourire. Elle a réalisé qu'elle s'était plantée de vie, après tout. C'est pas grave, le temps qu'elle a perdu, elle le rattrapera. Rien ne lui semble hors de sa portée, toutes ses chaînes sont tombées. Elles gisent un peu plus loin dans la pièce, là où elle a abandonné sa robe, sa baguette, et les restes d'un credo absurde auquel elle n'a plus rien compris dès que, la lame écartée de son ventre, tes yeux se sont posés sur elle.

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We're just a step from fearless
Evyria All this time you're just tryin' not to lose it. You can always learn to fly ; you never do until you do it. Up high in the middle of nowhere. I could die, but I don't care. Walk slow and low on a tightrope ; hope it lasts but you know, you never know.
And if you're in love, then you are the lucky one, 'cause most of us are bitter over someone. Setting fire to our insides for fun, to distract our hearts from ever missing them. But I'm forever missing you. And you caused it. Amarialt


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