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 Evyria I - If I burn, so will you (/!\ explicit page 2)

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HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : Née MoldueMessages : 177Date d'inscription : 17/11/2015Localisation : Domovoï's Rock
Ҩ Evyria I - If I burn, so will you (/! explicit page 2) Ҩ Mar 21 Fév - 16:36

Il y avait de la brume, en ville.

En silence, une jeune femme porta la capuche à son crâne et enferma ses cheveux écarlates dans une chappe d'ombre. Elle remonta son col, lissa les plis de son manteau sombre ; ce qu'elle s'apprêtait à faire était dangereux. Suffisamment en tout cas pour éviter le moindre regard. Les rues mal éclairées laissaient à peine entrevoir sa silhouette ; fine, légère, elle fit quelques pas en avant, les yeux levés vers le ciel. On ne voyait aucune étoile ce soir-là. Elle pria pour que ce soit une bonne nouvelle ; moins il y aurait de lumière, moins elle serait repérable. Ses doigts habiles se refermèrent lentement sur l'archet d'un violon rangé dans une sacoche ; en silence, elle frissonna sous l'air froid de l'Angleterre, regrettant son pays natal, sa chaleur, sa délivrance. Elle était une exilée depuis un certain temps maintenant ; mais compter les jours était trop douloureux et à son goût, mieux valait opter pour l'ignorance. Ses pas, claquant auparavant sur le sol de la maison d'Adonis Greengrass, se firent coussinets de chat lorsqu'elle avisa la bâtisse dans laquelle elle devait rentrer. Ce serait compliqué, vraiment compliqué. Un sourire passa sur des lèvres carmines ; c'était le genre de jeu qu'elle préférait. La partie commençait.

Le visage relevé, Eva Esperanza avisa silencieusement l'immense bâtisse la dominant de toute sa hauteur. Avec un rire intérieur, elle songea que décidément, ces familles ne se refusaient rien ; les Dragonstone avaient cette chance de posséder la moitié du Royaume Uni au creux de leur main. Pourtant, c'étaient eux, sa proie ce soir là ; et alors qu'elle avançait vers un portail à l'arrière, elle tira de sa poche un rossignol grossièrement fabriqué, qu'elle fit tourner dans ses mains. Ce serait facile, beaucoup trop facile. La bâtisse était immense et très bien gardée, il l'avait prévenue ; mais forte de ce constat, elle lui avait affirmé qu'y entrer ne poserait aucun problème. Le palais, situé au coeur de Londres, derrière Gringotts, était tellement clinquant et superflu qu'elle se doutait que personne n'aurait jamais songé à y placer des protections en cas d'intrusion moldue. Elle fit passer le rossignol dans la serrure de la cour arrière ; avec un cliquetis satisfaisant, le portail en fer forgé s'ouvrit. Elle eut un rire silencieux. Ces Sang-Purs. Tellement convaincus de leur supériorité qu'ils en avaient oublié la terrifiante mais non moins néfaste présence des rats.

Elle avait passé une semaine à mettre son plan au point. Depuis que Mordred lui avait confié la mission de s'infiltrer chez les Dragonstone, elle avait effectué des rondes de surveillance chaque jour, en buvant systématiquement du Polynectar pour ne pas se faire repérer. Le palais de la famille était protégé par des sortilèges qui étaient renouvelés toutes les heures par un garde faisant le tour du domaine ; l'endormir ne serait pas difficile, mais il lui faudrait passer dans l'intervalle de renouvellement des sorts. Elle avait noté chaque allée et venue, de jour comme de nuit, puis, lorsqu'elle avait été prête, elle avait envoyé une missive rapide avant de prendre son sac, et de partir. Les choses étaient simples. Beaucoup trop simples, d'ailleurs. Elle passa dans l'allée à pas de chats, se faufilant dans les ombres pour passer inaperçue. Le sorcier apparut, réglé comme du papier à musique, derrière une haie. En silence, elle s'accroupit, tirant son violon de son sac, brandissant son archet. Il fit un pas, puis deux, et lorsqu'il arriva à sa hauteur, c'était déjà trop tard ; quelques notes eurent raison de sa volonté, mais il plia à celle de la jeune femme et tomba, endormi. Elle tira le corps sous la haie, puis fit volte face et traversa le jardin, profitant du moment de battement pour se glisser en silence sous le balcon de la suite de Valkyria Dragonstone.

Elle avisa le lierre grimpant le long du mur, jusqu'au sommet. Les sorciers avides de voler ne se prêteraient jamais à ce jeu ; mais Eva était une meilleure grimpeuse que magicienne. Et personne ne s'attendrait à cela. Elle attrapa les feuilles, testa la solidité ; puis, elle posa le pied sur la première marche de sa conquête, et escalada le mur, s'immobilisant à chaque fois qu'un bruit de suspect retentissait. Le sorcier qu'elle avait endormi n'avait pas pu rétablir les sortilèges ; elle aurait donc quinze minutes pour commettre son méfait avant de profiter de la brèche pour repartir d'où elle était venue. C'était simple comme bonjour. Les mains égratignées mais bien vivante, elle atteignit le rebord du balcon en silence ; puis tirant son couteau d'obsidienne pour le garder à portée, elle regarda autour d'elle, méfiante, le corps penché en avant. Devant elle, la suite de Valkyria lui faisait face, et aucun bruit à l'intérieur n'indiquait que l'occupante s'était réveillée. Il était trois heures du matin lorsqu'Eva Esperanza se faufila dans la chambre comme une prolongation de la brume. Elle crocheta la porte, simplement, et pénétra dans la pièce.

La chambre était immense, et noire. Au bout du lit, une silhouette dormait dans l'ombre ; Valkyria, les cheveux devant les yeux, semblait n'avoir rien entendu du manège de la jeune femme, consistant à s'approcher de chaque commode, chaque armoire, chaque coffre et chaque étagère pour chercher ce que Mordred lui avait demandé de récupérer pour lui. Deux objets de valeur qu'il tenait à récupérer, et qu'elle devait lui ramener en essayant d'etre la plus discrète possible. La jeune voleuse ouvrit silencieusement les tiroirs, les portes ; elle trouva toute sorte d'objets, mais pas de trace de ceux que Mordred lui avaient indiqués. Elle perdait du temps. Elle serra les dents, sans faire le moindre bruit, les sourcils froncés par la concentration. Enfin, elle ouvrit grand les yeux, satisfaite alors qu'elle passait les mains au fond d'une armoire remplie de vêtements et de bijoux ; un bruit creux lui indiqua un double fond qu'elle tira, découvrant enfin ce qu'elle cherchait.

Elle tendit la main, et ce fut là qu'elle commit son erreur.

La brûlure lui envoya d'abord une décharge à l'index gauche puis courut le long de son bras, laissant une trainée écarlate là où aucune flamme ne l'avait brûlée. Elle eut à peine le temps de se saisir le bracelet et recula d'un bond. "Merde" le juron s'échappa en murmure rauque de ses lèvres, et elle plaqua immédiatement une main sur sa bouche. Trop tard. Dans le lit face à elle, la forme endormie avait déjà bougé.

Elle eut à peine le temps de bondir dans l'ombre pour se cacher que Valkyria se levait et attrapait une baguette posée sur la table de nuit. Elle se précipita en arrière, contre le mur ; jetant un regard à la fenêtre encore ouverte, elle compta les pas qu'il lui faudrait pour l'atteindre. Trop loin. Il faudrait détourner l'attention de la jeune femme ou mieux encore, l'endormir ; mais un mouvement à son archet risquerait de la trahir. Valkyria avait été entrainée par Mordred, et Eva le savait. Cette femme n'était pas à sous estimer. Vraiment pas. Alors, elle se tassa, ramassée dans sa cape, coupant sa respiration. La Dragonstone avança, à pas prudents ; la porte de l'armoire était encore ouverte, et le bras d'Eva envoyait des décharges cuisantes jusqu'à son cerveau. Elle se mordit les joues pour ne pas gémir de douleur.

Si elle foirait cette mission, Mordred ne lui ferait plus autant confiance. Et il en était hors de question.

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Statut du sang : Plus pur que le cristalMessages : 343Date d'inscription : 05/04/2016Localisation : Domovoï's Rock, cachée dans un coin
Ҩ Re: Evyria I - If I burn, so will you (/!\ explicit page 2) Ҩ Mer 22 Fév - 1:28

Elle est rentrée d'Amérique le lendemain de la réception. Pas la force de faire le paon toute la semaine, finalement. Elle a donné le change pendant la réception du dix-neuf, elle a même (re)fait connaissance avec l'ambassadeur bulgare, elle a transmis les amitiés des Dragonstone, rappelé les engagements réciproques des deux familles. Elle a bu un peu ; juste ce qu'il faut pour sembler polie. Elle a souri beaucoup ; autant qu'il l'a fallu pour briller aux yeux des autres. Elle a gémi après, dans sa suite à l'hôtel, la tête enfoncée dans l'oreiller, parce que repousser la douleur de ses blessures avec des potions calmantes a une légère tendance à l'amplifier lorsque les effets s'estompent. Tout le monde a ses limites. Et ce soir là elle les a beaucoup repoussées, parce que la soirée a été longue, parce qu'elle a dû se tenir droite alors qu'elle avait mal, parce qu'elle a fait semblant de tout alors qu'à l'intérieur elle était plus vide qu'un trou noir.
Adonis a passé six ans à lui montrer que ce monde-là ne valait rien du tout et que pour s'élever au-dessus il fallait le mériter. Il a passé six ans à lui faire croire qu'elle était capable d'y arriver et il lui a finalement tout repris, comme ça, d'un seul coup. En la laissant évanouie, les côtes enfoncées et le flanc ouvert dans un coin de la salle d'entraînement. Alors non, non elle n'a pas eu le courage pour ces conneries d'aristocrate, de princesse ou quoi qu'elle soit, quoi qu'elle ait fait semblant d'être pendant tout ce temps. Visenya aurait peut-être tenu la distance, Visenya elle était faite pour ça ; mais elle, elle, qui qu'elle soit, parce qu'elle n'en sait plus rien, elle n'y arrive pas, elle est trop fatiguée, trop meurtrie, trop perdue au milieu du monde et des limbes de son propre esprit.

Elle est rentrée, de mauvaise humeur ; a prétendu qu'elle était malade, s'est enfermée dans ses appartements. On n'est pas venu la chercher ; après tout, quelqu'un comme elle, c'est normal qu'elle fasse des scènes de ce genre de temps en temps ; elle est capricieuse, mais elle a le droit de l'être. Elle est Visenya Dragonstone, pour eux ; et à leurs yeux, Visenya Dragonstone a le droit de tout. A ses yeux à elle, elle a le droit de tout sauf d'être faible. Elle est tout sauf forte, depuis Adonis, depuis la défaite, depuis la blessure. Depuis Valkyria. Si seulement elle pouvait la vomir, celle-la ; la dégager une bonne fois pour toutes, l'envoyer quelque part d'où elle ne pourra jamais revenir. Où personne ne pourra aller la chercher comme Adonis l'a fait.
Il a tout détruit. Il avait pas le droit.

Les jours suivants ont été longs. Elle a insonorisé les murs, elle a hurlé dans la pièce, elle a éclaté les meubles. Et puis elle a tout nettoyé, tout réparé, d'un coup de baguette. Si seulement elle pouvait faire pareil avec sa vie. Elle a récupéré le bracelet et le collier qu'Adonis lui avait donnés pour l'aider dans ses entraînements ; s'est demandée s'il voudrait les récupérer et a décidé qu'il pouvait bien aller se faire foutre. Son armoire est munie d'un double-fond magique dont elle n'a jamais eu l'utilité, c'est l'occasion de le mettre à profit. Les deux bijoux ont été balancés là-dedans, enfermés dans la petite cale et recouverts de vêtements. C'est le problème quand on est assez riche pour tout avoir et qu'en plus, on possède déjà tout : aucun objet n'a plus de valeur qu'un autre, à ses yeux. Sauf sa baguette, qui ne la quitte jamais. Et le collier que la femme de Valeryon lui a donné quand elle est devenue Visenya ; mais celui-là il repose sur une commode, plus loin dans l'immense pièce. En tout cas elle n'a jamais eu l'idée de cacher quoi que ce soit au fond de ce placard là, jusqu'à aujourd'hui. Elle ne se servira sûrement plus jamais des deux objets ; d'ailleurs ça fait longtemps qu'elle n'en a plus besoin. Mais elle les gardait, au cas où, pour que personne ne tombe dessus par hasard, même si personne n'est censé avoir le droit de pénétrer dans sa chambre. Hors de question qu'elle garde ça sur elle plus longtemps ; ils seront en sécurité là-dedans.

Elle a fini par sortir à nouveau ; il faut bien, elle a des obligations. Ca a été plus facile, une fois la colère un peu évacuée. Finalement, sa vie si lourde et si remplie lui donne suffisamment de matière à penser et à faire pour qu'elle écarte Adonis de son esprit. Jour après jour, en l'espace d'une grosse semaine, elle a refait de l'ordre dans sa tête ; elle se tient droite et elle sourit, même si le soir, quand les effets de la potion s'estompent, c'est toujours difficile. Elle serre les dents, elle est forte, elle tient le coup. Ca entretient un peu la colère : ils n'en ont pas terminé, elle le lui a promis, il ne s'en tirera pas comme ça. Quand elle ira mieux, quand la plaie sur ses côtes sera complètement refermée, elle reprendra les entraînements. Elle y arrivera toute seule ; elle n'a pas besoin de lui.


Ses rêves sont agités. Elle ne saisit pas tout ; les formes, les images, tout est flou. Les voix aussi. Elle croit entendre sa mère, mais elle ne sait pas si elle doit l'appeler sa mère ou sa tante. Elle voit son reflet dans la glace mais ce n'est pas le sien. Trop mince, trop svelte ; trop fragile. C'est Valk- non, c'est Asphalt. Asphalt qui lui sourit, de ce petit air gentil, trop gentil, qui cache quelque chose. Elle le sait ; c'était son sourire de quand elle était gamine. C'est le sourire de Visenya. Brouillard ; éclats de lumière, fracas d'objets lourds qui tombent. Adonis, au milieu du désordre, sa baguette pointée sur elle. Il ouvre la bouche, elle veut pointer son arme vers lui mais ses mains sont vides. Il va l'achever, c'est - « merde ».

Tressaillement imperceptible sous les draps. Ses yeux s'ouvrent sur l'obscurité ; il lui faut une ou deux secondes pour se rendre compte qu'elle est réarrivée dans sa chambre où, théoriquement, elle est seule et en sécurité. Mais très vite elle s'aperçoit que quelque chose ne va pas. Les arbres ; ça sent les arbres, les feuilles. La fenêtre est ouverte. En une seconde, elle s'est emparée de sa baguette et se tient debout en scrutant chaque recoin de la pièce, s'efforçant au passage de calmer les battements de son cœur pour garder une respiration égale. La fenêtre était fermée à clé, ça ne peut pas être un hasard si elle s'est ouverte. Alors seulement elle remarque l'armoire ouverte, le tiroir tiré. Plus de toute à avoir : il y a quelqu'un ici. Son sang ne fait qu'un tour ; elle fait le lien avec ce qu'elle y avait caché. Prudemment, sans baisser son arme, elle s'approche, jette un œil furtif à l'intérieur. Le bracelet a disparu. Quelqu'un envoyé par Adonis ? Elle a envie de rire, inexplicablement, d'un air – elle le sait d'avance – un peu fou. Parce que la moindre mention de ce type la met dans un état pas possible ; elle préfère rire, ça fait moins mal que pleurer. Mais en tout cas elle se retient. Si tu – toi, l'intrus planqué dans l'obscurité – n'as rien à voir avec le Greengrass, elle ne veut pas que qui que ce soit soit capable de la relier à lui. Et si t'as réussi à arriver jusqu'ici, tu n'es pas à sous-estimer. D'un coup de baguette sec, elle referme la fenêtre et le cliquetis de la serrure retentit étrangement. Le mécanisme est sûrement cassé. Peu importe. « Bravo, t'es arrivé jusque dans ma chambre. Je sais pas comment tu comptes repartir, mais me dire qui t'envoie et pour faire quoi serait un bon début pour t'en tirer sans trop d'emmerdes. » Elle parle sèchement, d'une voix aussi assurée que possible, essayant de paraître menaçante malgré sa tenue de nuit relativement légère. Elle n'y avait pas fait attention – sa mère ne trouverait pas ça convenable du tout ; on ne dort pas en petite culotte quand on est une femme de son rang. C'est peut-être l'une des raisons pour lesquelles elle n'utilise aucun sortilège pour éclairer la pièce. De toute façon, à moins de briser la fenêtre, tu ne peux plus t'échapper. Elle ne sait toujours pas où tu te trouves mais elle se tient prête à réagir en cas d'attaque. « Entre nous, j'ai pas toute la nuit, si tu veux pas que ça se finisse mal je te conseille d'obtempérer. »
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Statut du sang : Née MoldueMessages : 177Date d'inscription : 17/11/2015Localisation : Domovoï's Rock
Ҩ Re: Evyria I - If I burn, so will you (/!\ explicit page 2) Ҩ Mar 28 Fév - 15:38


Une forme bougeait dans l'ombre.
Eva Esperanza, le bras douloureux, retint sa respiration.

Elle venait de déconner, c'était une évidence. Face à elle, Visenya (ou Valkyria, peu importait pour elle) s'extirpait de son lit pour en sortir, droite. Elle ne vit que la silhouette fine de la jeune femme quitter son abri pour avancer dans la chambre, une baguette à la main. Si elle l'attrapait, ce serait une catastrophe. Dolohov avait été très clair, jamais elle ne devrait se faire repérer. Mais la jeune femme savait déjà qu'une intruse - ou un intrus - avait mis les pieds dans sa chambre. Avec une grimace, elle plaqua sa main valide sur son bras blessé. Elle aurait dû se douter que ce genre de cachette contenait des protections magiques. Le temps filait beaucoup trop vite. Elle avait compté quinze minutes avant que le sorcier assomé finisse par se réveiller. Si elle ne partait pas avant, il donnerait l'alerte et elle serait prise au piège comme un rat. Combien de temps mettrait-elle à vendre son employeur ? Elle était loin d'être dupe. Les Dragonstone l'interrogeraient de manière suffisamment musclée pour qu'elle parle, puis ils la tueraient. Si la jeune femme face à elle mettait la main sur son misérable petit corps, elle devrait dès lors de considérer comme perdue. Dix mètres. Son violon, un rayon de dix mètres. Elle tenta de se contorsionner pour attraper l'archet accroché dans son dos ; mais sa position ne le permettait pas et son bras tremblait, à cause de la douleur. On venait de lui verser de la lave en fusion sur le bras, et la chair était à vif. Elle fit tout pour rester silencieuse, les yeux fixés sur la fenêtre ouverte. S'échapper, c'était le nouvel objectif. Prendre la fuite dans le quart d'heure imparti. Puis elle irait voir Asphalt pour qu'elle soigne son bras. Sans lui dire, bien entendu, qui était à l'origine de cette brûlure magique. En matière de potions et de poisons, l'héritière déchue des Dragonstone avait un réel talent.

L'ennemie agita sa baguette d'un coup sec. La fenêtre claqua et tous les espoirs de l'espagnole s'envolèrent. Elle était piégée. Elle n'avait même pas eu la présence d'esprit de fermer ce maudit tiroir, et elle le savait, Valkyria n'était pas dupe. Elle n'ignorait pas que quelqu'un se cachait dans sa chambre. Eva prit une inspiration, longue et silencieuse ; elle fouilla la pièce du regard, dans l'ombre, à la recherche d'une nouvelle échappatoire. Elle avait à peine eu le temps de ranger le bracelet dans son sac. Il manquait encore le collier, mais qu'Adonis aille se faire mettre. Elle ne resterait pas suffisamment longtemps pour risquer méchamment sa peau. C'était déjà bien trop long. Elle balaya la pièce du regard, chercha une issue, une aération. Mais la porte de la suite était fermée et elle savait qu'ils attendraient derrière. Elle passa sa main valide sur son front, tremblante. Elle se mettait dans la merde jusqu'au cou, tout ça pour ce salaud de mangemort. Il fallait absolument qu'elle trouve une solution, et vite. Elle y songeait encore lorsque la voix de l'imposture résonna dans la chambre.

« Bravo, t'es arrivé jusque dans ma chambre. Je sais pas comment tu comptes repartir, mais me dire qui t'envoie et pour faire quoi serait un bon début pour t'en tirer sans trop d'emmerdes. » La porte, non, mauvaise idée. Elle ne tiendrait pas une seconde à l'intérieur du palais sans être découverte. Non, le mieux était de repartir d'où elle était venue ; il y avait encore le rossignol dans la serrure, avec un peu de chance, il avait bloqué le mécanisme et elle n'aurait plus qu'à se précipiter contre pour qu'elle cède. Elle retint sa respiration le temps d'une seconde. Si Valkyria s'imaginait un seul instant qu'elle sortirait de sa cachette pour parler, elle ignorait véritablement à qui elle s'adressait. Elle se tassa un peu plus dans l'ombre, derrière une malle immense. Près d'elle, suffisamment d'obscurité pour qu'elle puisse avancer. Elle tendit son bras blessé pour atteindre une autre position, lentement ; mais elle fut contrainte de s'immobiliser et d'étouffer un gémissement de douleur pure. Merde. C'était vraiment le bon mot, songea-t-elle alors que la Dragonstone s'adressait encore une fois à de la fumée.

« Entre nous, j'ai pas toute la nuit, si tu veux pas que ça se finisse mal je te conseille d'obtempérer. » cette fois un ricanement s'échappa de ses lèvres fines. Ourlé de douleur, oui, mais réel ; avançant vers un autre coin sombre, Eva se fit railleuse. Elle pourrait l'occuper, lui parler, oui. Elle avancerait en même temps vers la sortie, avec un peu de chance les mots l'occuperaient, non ? Elle espéra, en tout cas, alors qu'elle se glissait contre une armoire. "Entre nous, Dragonstone, si tu veux que les choses se terminent bien il vaudrait mieux me laisser partir."

La jeune femme tourna la tête vers la provenance du son. Mais Eva avait déjà bougé, et l'éclair qui frappa le coffre ne toucha rien de plus que les affaires personnelles de la propriétaire. Un nouveau ricanement s'éleva. Elle avait mal, très mal, et peur aussi. Car il était hors de question d'échouer, l'enjeu était bien trop important. "Qu'est ce que tu t'imagines ? Si j'ai réussi à entrer je vais réussir à sortir. Et si tu ne veux pas que j'enjambe ton cadavre il vaut mieux que tu recules, crois moi... A propos, j'aime beaucoup ta tenue." elle apercevait cette silhouette dans le noir et si peu de tissus qu'elle s'immobilisa une seconde pour la détailler. Non, vraiment, ce serait trop facile. Elle tira l'un de ses petits couteaux de sa ceinture pour viser derrière elle, l'envoyer contre le mur. Il se planta dans la tête de lit et la blonde se retourna d'un bond, permettant à Eva de bondir près d'une penderie. Elle se rapprochait de la fenêtre, doucement mais sûrement. "Il n'y a pas à dire, c'est la meilleure des tenues pour se battre."

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Statut du sang : Plus pur que le cristalMessages : 343Date d'inscription : 05/04/2016Localisation : Domovoï's Rock, cachée dans un coin
Ҩ Re: Evyria I - If I burn, so will you (/!\ explicit page 2) Ҩ Ven 3 Mar - 0:33

Son cœur cogne avec force contre sa poitrine malgré les airs qu'elle se donne. Son dernier duel est récent ; la dernière défaite l'est trop. Elle a su retrouver sa contenance, elle a pu remettre les masques et donner les illusions réclamées. Mais se battre contre un réel ennemi ? Elle a pu ; elle a su faire. Sa belle confiance en soi est pourtant encore accrochée aux tâches de sang qu'elle a laissées sur le sol du hangar qui lui sert de salle d'entraînement. Son assurance est une armure, ce soir où elle en manque cruellement , mais elle est en fer blanc. Elle serre et desserre rapidement ses doigts sur sa baguette, comme si ça allait la rassurer. C'est plutôt ironique d'ailleurs. C'est à cause du bois d'aubépine qu'Adonis lui a donné les objets que l'intrus est venu récupérer. Pour se protéger quand la baguette ne répondait pas à un moment crucial, pour l'empêcher d'envoyer des gerbes de flammes au moment le moins propice du monde. Elle n'en a plus besoin aujourd'hui ; mais le fait est que l'arme à laquelle elle s'accroche, qui constitue sa maigre défense, est aussi la raison pour laquelle elle a à se protéger ce soir. Un instant, elle se demande si le monde s'est retourné contre elle ou si c'est elle qui s'est retournée contre le monde. La seconde option lui semble la plus plausible mais elle se demande ce qu'elle a bien pu faire de malheureux qui la balance dans cette situation. Après tout, elle n'a jamais voulu déplaire à qui que ce soit. Bien dans les cases, bien comme il faut ; mieux que ça même. Encore un peu mieux.
Ce soir elle tremble et elle le cache encore un peu plus, parce que masquer ses faiblesses est la dernière chose dont elle sait être parfaitement capable. Cacher ses faiblesse même en étant complètement nue. Quasiment littéralement.

Un ricanement s'élève dans le noir et ses yeux de chasseuse se fixent sur un point dans la pièce. L'obscurité l'empêche d'être sûre ; elle est méfiante, la magie peut brouiller sa perception. Elle ne sait pas à qui elle a affaire, et retient ainsi le sort qu'elle a au bout de la baguette. Preuve que le catalyseur servait bien à quelque chose, du temps où elle ne savait pas elle-même maîtriser sa propre arme. « Entre nous, Dragonstone, si tu veux que les choses se terminent bien il vaudrait mieux me laisser partir. » Le sort fuse aussitôt ; incarcerem informulé. Au bruit qui retentit dans la pièce, elle comprend qu'elle n'a touché que le bois du coffre placé au coin de la pièce. Elle grince des dents, tend d'autant plus l'oreille. Qui que tu sois, tu es rapide. Une femme rapide, déduit-elle au passage. Comme si ça changeait quoi que ce soit. Le ricanement est agaçant, elle se fait violence pour rester concentrée. Où es-tu, bordel de scrout. « Qu'est ce que tu t'imagines ? Si j'ai réussi à entrer je vais réussir à sortir. Et si tu ne veux pas que j'enjambe ton cadavre il vaut mieux que tu recules, crois moi... A propos, j'aime beaucoup ta tenue. » Tu parles trop, maintenant elle sait où tu es. Elle n'écoute pas les mots, se concentre sur les sons pour te localiser. Contre un meuble, partiellement à couvert. La Dragonstone fronce les sourcils pour distinguer les formes dans le noir ; elle ne voit pourtant pas la moindre silhouette humaine. Pourtant elle en est sûre. Tu ne peux être que là ; personne ne bouge aussi vite, pas sans le moindre bruit. Au moment précis où elle formule cette pensée, elle entend d'abord puis sent le sifflement passer près d'elle dans un petit courant d'air avant qu'un claquement sec ne lui fasse faire volte-face. Elle repère aussitôt la petite lame plantée dans la tête de lit à cause du léger reflet de la lune qu'elle renvoie. Son estomac se tord alors qu'elle comprend qu'elle s'est bêtement fait avoir ; la seconde d'après, elle est à nouveau face à la fenêtre, mais n'a plus aucune idée d'où tu te trouves. Pour un peu, elle jurerait. « Il n'y a pas à dire, c'est la meilleure des tenues pour se battre. » La raillerie l'amuserait presque, en d'autres circonstances. Elle se sent beaucoup trop vulnérable pour trouver ça drôle ; quoique sa tenue d'entraînement ne la protégerait pas beaucoup contre des lames de lancé. Qui utilise ce genre de choses dans le monde sorcier ? Elle réalise dans la foulée que si elle est incapable d'y voir quoi que ce soit devant elle à cause du faux contre-jour de la fenêtre, elle, est face aux lueurs qui se glissent à l'intérieur. Non seulement elle est visible – et donc visable – mais en plus, elle est à poil. Brusquement, elle a presque envie de retourner sous sa couette et de faire comme si de rien n'était. Mais elle préfère mourir plutôt que d'avouer que l'intimidation que tu tentes porte ses fruits. « J'avoue ne pas être au courant des usages vestimentaires de ce genre de duel improvisé au milieu de la nuit. » elle siffle, sans se laisser démonter, songeant vaguement que niveau usage vestimentaire elle n'est de toute façon pas trop dans ses cordes cette nuit. La petite culotte seule ne correspond à aucun des usages dont on lui ait un jour parlé. Peu importe, il s'agit de provoquer une réaction qui lui permettra de te localiser. Même si ce n'est que cet éternel ricanement. Tes précédentes paroles lui font regarder vers la commode à deux pas de la fenêtre mais elle n'est sûre de rien. « Mais contente que tu aimes. » D'un geste du poignet, elle reprend le contrôle de la corde précédemment balancée contre le coffre, qu'elle envoie claquer comme un fouet contre la fameuse commode. Un sursaut lui suffit pour qu'elle te repère ; une réaction, c'est tout, la moindre petite, ça suffit. Elle croit avoir perçu. Elle n'est pas sûre mais c'est le moment où jamais de tenter quelque chose. Un éclair blanc fuse vers la fenêtre, frappe l'une des fixation de la lourde barre en fer forgé du rideau qui tombe immédiatement en pivotant sur son dernier axe, droit vers l'espace entre la commode et le mur. Si le coup ne t'assomme pas, tu te prendras les rideaux dans la gueule et elle n'aura plus qu'à finir le travail, songe-t-elle en s'approchant d'un bond, prête à couvrir ton seul angle d'esquive, réduisant de plusieurs mètres la distance qui vous sépare sans réaliser son erreur.
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Ҩ Re: Evyria I - If I burn, so will you (/!\ explicit page 2) Ҩ Dim 5 Mar - 18:55

Son bras lui faisait affreusement mal.

Parler pour détourner l'attention, jeter le couteau, esquiver un sortilège. Elle observait sa rivale du soir, forme mouvante dans l'ombre, presque invisible. De là où elle était, Eva pouvait seulement apercevoir de longs cheveux, une silhouette longiligne ; une jeune femme qu'elle avait déjà vu aux côtés d'Adonis, devenue une victime supplémentaire d'agissements criminels, de mensonges, de trahisons. Eva n'avait pas encore été la cible de ce genre d'agissements, et elle s'en félicitait ; il n'en savait pas suffisamment sur elle pour avoir les armes nécessaires. Elle, en revanche, en avait. Elle faisait partie de ces rares qui avaient appris à gagner une certaine confiance. Elle était devenue la prolongation de son bras ; une arme vivante qu'il lâchait sur ses ennemis. Et elle faisait des dégâts. Beaucoup de dégâts. Elle grimaça en songeant à ce que Mordred serait capable de lui faire si jamais elle échouait dans sa mission. Elle ne pourrait pas ramener le collier de toute manière, mais elle avait au moins un objet sur les deux. Dolohov n'était pas complètement stupide. Il savait pertinament que voler un objet dans le palais des Dragonstone relevait purement et simplement de l'exploit. Et elle venait d'en accomplir une partie, mais le temps lui était compté ; il fallait absolument qu'elle parvienne à sortir avant la fin de son sortilège. Et si la jeune fille face à elle continuait à la surveiller, elle n'y parviendrait pas. Elle serra les dents, les sourcils froncés. Il lui avait dit que ce serait difficile, il ne lui avait pas dit à quel point. Elle aurait dû se douter que le sourire railleur qu'il avait affiché au moment de son départ ne lui souhaitait pas véritablement bonne chance.

« J'avoue ne pas être au courant des usages vestimentaires de ce genre de duel improvisé au milieu de la nuit. » elle était à découvert, sous le sourire d'Eva, invisible. Pour le moment elle avait l'avantage, mais cela tenait à un simple fil ténu tendu devant elles deux. Elle savait qu'elle ne s'en sortirait pas aussi facilement. Elle tenta de bouger, mais les yeux de la Dragonstone étaient fixés sur elle, ou du moins sur l'emplacement de sa cachette. Il fallait bouger, et vite. Cette femme était redoutable, même en petite tenue et cela, Eva en avait parfaitement conscience. Dans la nuit noire, elle prit une longue inspiration. Cinq minutes. Il lui restait seulement cinq minutes. Elle n'atteindrait jamais la fenêtre. Si elle ne l'atteignait pas, elle signait son arrêt de mort. Son regard dériva vers la commode. Eva serra les poings. Découverte. Les choses tournaient beaucoup trop mal à son goût.

« Mais contente que tu aimes. »
Eva ouvrit la bouche pour répliquer, mais elle avait déjà bougé. Valkyria Dragonstone était dangereuse, et cela, Eva le savait déjà avant même d'être rentrée dans sa chambre. Elle avait eu le meilleur professeur. Et la musicienne n'eut même pas le temps de la détailler une dernière fois comme elle l'aurait voulu que la corde claqua vers la commode. Elle se baissa, de justesse, réprimant un juron, le bras cuisant. Salope. Immonde petite salope. L'éclair suivant, elle le vit comme au ralenti. Il frappa la tringle en métal forgé du rideau, et elle analysa la chose, très vite ; si la tringle la frappait au mauvais endroit elle pourrait lui faire très mal. Si c'était le rideau qui lui tombait dessus, elle était perdue. Le choix fut vite fait lorsqu'elle se jeta en avant.  

Musique

La tringle, très lourde, la frappa sur la hanche et la jeta contre le mur. Elle poussa un glapissement de douleur, désorientée ; elle eut à peine le temps de voir son ennemie bouger qu'elle s'était jetée en avant, vers la fenêtre fermée. Le verrou n'était pas bloquée, elle en était certaine. D'un geste rapide elle dégaina son archet et son violon, juste avant que la main de Valkyria se referme sur sa gorge. Une note grinçante, laide, traversa l'atmosphère et la jeune femme recula, deux mains plaquée sur les oreilles. Eva se redressa, le souffle court, abrutie par la douleur de son bras et celle de son bassin, qu'elle devinait fracturé. Cette garce allait le lui payer. A la lumière de la lune, elle pouvait la distinguer de manière bien plus franche ; reprenant contenance, profitant du moment où la Dragonstone s'écartait en gémissant, les tympans au supplice, elle se redressa, dans l'ombre, et la note suivante fut d'une pureté tremblante ; un sursaut, un regard vague, et la blonde était déjà sous son emprise.

Elle laissa sa voix guider son instinct, en s'approchant, dans son dos ; tenant la note, son chant passa dans le silence et Valkyria la chercha, en vain. Le son l'attirait, comme il les attirait tous. Elle venait de s'engluer dans le miel et elle joua, et joua encore, tournant autour de son ennemie, profitant de sa faiblesse pour la jauger. Un sourire fatigué et plein de douleur éclaira ses lèvres carmins quand elle se glissa dans son dos. La mélodie, déjà, envoûtait la riche héritière. La sang de bourbe approcha d'une gorge fine, entourée de cheveux à l'odeur de fleur, lourde, riche. Son sourire s'agrandit quand elle la laissa là, sur un dernier murmure, avant de disparaitre dans la nuit en fracassant la fenêtre.

« A un de ces jours, Visenya... »


****************

Elle passa une main sur sa robe noire, pensive, puis rejeta les quelques plumes du masque vénitien acheté une semaine auparavant. Dans l'immensité de la salle de bal, Eva se sentait partout sauf à sa place ; nerveuse, elle frotta ses mains l'une contre l'autre, avant de s'installer près de l'orchestre. Infiltrée pour le compte d'un sorcier du ministère corrompu, elle avait fait payer le prix fort à celui qui avait décidée de l'intégrer à l'équipe de musiciens conviés pour l'occasion. Elle jouerait quelques morceaux sur scène pour faire danser les sorciers et sorcières endimanchés présents dans la pièce ; puis elle quitterait la lumière pour rejoindre l'ombre, laissant une oreille trainer au détour de chaque conversation. L'homme en question avait payé très cher, et en avance, pour obtenir le plus d'informations possibles sur les dialogues de la soirée ; elle lui donnerait du grain à moudre, si c'était ce qu'il voulait. Un signe, et elle s'installa sur une chaise de velours rouge ; remontant ses cheveux écarlates en une couette serrée pour la concentration, elle posa la main sur l'archet magique et l'attira contre l'instrument, en silence. Elle ne déploierait pas les talents de son violon ce soir ; elle jouerait simplement, sans vraiment trop y croire. Les premières notes d'un violoncelliste retentirent dans une valse joyeuse, et les premiers convives s'installèrent ; avec un rictus, elle compta chaque temps, chaque mesure, jusqu'à ce que son tour vienne.

Ils dansaient autour d'elle comme des oiseaux de proie, se congratulant mutuellement de leurs richesses, de leurs trésors et de leur bonne foi ; toute la haute cour des sorciers avait été conviée à l'évènement, un grand bal masqué donné par une famille de riches rentiers de sang pur. Des gens qui l'auraient volontiers jetée de là manu militari pour le simple principe qu'elle était née sans illustre arbre généalogique. Elle ferma les yeux, laissant la partition envoûter son esprit ; mais lorsqu'elle se détourna de la musique, son regard vert fixa chaque homme et chaque femme présent dans l'attente d'une proie à attaquer. Le soliste était moins bon qu'elle, c'était une certitude. Mais si elle devait s'infiltrer parmi les meilleurs, alors il fallait se faire discrète, et elle le savait. Elle joua humblement, sans ouvrir la bouche, durant une heure entière ; ils tournaient, valsaient, et elle captait, parfois, quelques bribes de mots lorsque les danseurs passaient un peu trop près d'elle. Lorsqu'enfin le ballet s'acheva, elle se redressa, salua avec les autres ; quittant ensuite les devants de la scène, elle laissa les musiciens attitrés poursuivre leurs oeuvres et se mêla, avec trois autres intermittants, à la foule.

Elle passa au milieu de chacun, innocente et invisible sous son masque rouge sang. Les gens avaient tendance à en dire beaucoup trop dans ce genre d'évènements, et son employeur le savait parfaitement. Elle s'avança, répondant poliment aux félicitations de mise par les quelques personnes qui avaient réellement écouté ; elle ne reconnaissait aucun visage, mais les voix, elle en avait entendu quelques unes auparavant. Elle hurlait, intérieurement, cela dit. De l'espionnage. On la prenait vraiment pour une idiote.
"Cette soirée est remarquable, n'est ce pas ?" détournant les yeux, elle aperçut un homme, non identifié lui faire face, deux verres à la main. Il lui en tendit un, qu'elle accepta avec un faux sourire d'une politesse exquise ; refermant ses doigts pâles aux ongles rouges sur l'alcool, elle en but une gorgée, méfiante. "Remarquable en effet. Vos hôtes ont un goût certain lorsqu'il s'agit de faire la fête." "J'ai apprécié votre prestation, mademoiselle. Mademoiselle...?" elle répondit à l'interrogatoire par un sourire plus grand. "Une femme masquée ne se dévoile pas, très cher. Mais votre intérêt pour la musique me touche." "Vous m'en voyez ravi. Vous m'accorderez peut être une danse, en guise de reconnaissance ?" Sale con. Sa main se serra sur son verre. Elle réprima une réplique acide et ouvrit la bouche pour un "non" plus poli... quand une odeur sirupeuse lui fit tourner la tête, légèrement.

Dragonstone. Elle aurait dû s'en douter.
Masquée, elle aussi. Vêtue avec une élégance peu commune, son identité n'avait pas grand chose de secrète pour qui savait voir. Elle avait vu cette silhouette plusieurs fois, et même sans le moindre vêtement ; à la lumière de la nuit, et celle des chandelles, parfois. Valkyria, imposteure au milieu des loups, s'avança vers elle, l'expression cachée par un masque ouvragé. Ce parfum, elle l'aurait reconnu entre mille et elle ignorait même pourquoi. Mais c'était elle, il n'y avait aucun doute possible. Trois semaines s'étaient écoulées depuis l'échauffourée et elle aurait préféré ne plus jamais croiser sa route. Mordred et elle avaient eu une dispute particulièrement sanglante à son sujet et au sujet de la mission qu'il lui avait confiée, qu'elle n'avait réussi qu'à moitié. Elle avait bien failli y passer. Pourtant, quand elle s'inclina, déférente, elle n'en ressentit pas vraiment de regrets. La chose avait été plutôt amusante.

"Bonsoir. Votre présence ici nous honore."
princesse. En se redressant, elle afficha un sourire moqueur ; elle avait gardé une cicatrice de la brûlure magique qu'elle n'avait pas soigné à temps. Mais Valkyria ne l'avait pas vue. Pas assez longtemps pour s'en souvenir, elle en était sûre. "J'espère que notre prestation vous a plue."

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Dead is the new alive
i've died a thousand times ✻ I could cry a thousand tears, I could appease your secret fears... But the louder that I scream the harder your machines close over me. But I don't care, Maybe I'm afraid, but still I swear, If I burn, you will see the fire in your mind when you sleep. And the rain won't wash away the ashes underneath your nails today
'Cause if I burn, so will you.
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Statut du sang : Plus pur que le cristalMessages : 343Date d'inscription : 05/04/2016Localisation : Domovoï's Rock, cachée dans un coin
Ҩ Re: Evyria I - If I burn, so will you (/!\ explicit page 2) Ҩ Lun 6 Mar - 23:35

Cette fois chérie, t'es cuite. Si elle réussit à retenir ses paroles acerbes – indignes évidemment d'une femme de son rang –, elle ne peut sempêcher d'afficher un sourire affreusement satisfait lorsqu'elle te voit bondir pour esquiver en vain la tringle qui te propulse contre le mur. Ni une ni deux, elle s'approche, baguette pointée vers la forme sombre qu'elle n'arrive toujours pas à distinguer nettement ; mais peu importe, elle est convaincue qu'elle te tient. Tu n'es pas encore redressée ; peut-être que le coup t'as bel et bien cassée en deux. L'obscurité l'a empêchée de voir où tu as été touchée exactement mais elle se dit que ça n'a pas tellement d'importance. Un peu sonnée, encore inerte, tu es toujours sur le sol et elle te croit à sa plus totale merci quand elle baisse sa baguette pour te saisir à la gorge.
Essayer, en tout cas. Elle n'a pas vu son erreur ; elle n'a pas vu d'arme, elle n'a pas eu le temps. Tu bouges si vite qu'en un clignement de paupières elle a le temps de perdre le fil sur ce qui se passe ; elle entend le son, le perçoit pourtant d'une façon particulière, anormale. Ce n'est pas la laideur de la note qui lui scie les tympans – bien que la musicienne qu'elle est soit au supplice –, c'est de la magie, et celle-là elle ne peut pas s'en défendre. La douleur explose dans sa tête et, mêlée à la surprise, elle franchit les lèvres de la Dragonstone en un gémissement étranglé. Ses deux mains se plaquent sur ses oreilles, mais ça n'atténue rien ; elle recule, veut se soustraire au supplice ; ne sait plus penser tellement ça fait mal. Les yeux fermés, elle ne te voit pas te redresser dans l'ombre, comprend encore moins ce qui lui arrive quand la note suivante s'immisce dans les limbes de son esprit. Elle sursaute ; ouvre les yeux sans plus rien voir, et le reste n'est plus qu'un énorme engourdissement. Comme si elle était bercée par la musique, ravie par le chant. C'est d'une beauté incomparable ; elle tremble un peu, comme bouleversée, mise un peu plus à nu – si tant est que ce soit possible. Ses prunelles dilatées cherchent le son comme s'il était possible de le voir ; elle a presque l'impression de errer au milieu du silence, guidée et perdue par la mélodie qui lui indique une direction chaque fois différente. Impossible de s'y retrouver. La musique écrase sa volonté. Sursaut sous sa peau, imperceptible ; ce n'est pas normal. Elle lutte avec elle-même, voudrait se soustraire à ce qu'elle entend mais c'est si beau, envoûtant, comment espérer s'en séparer ? Il faut, elle essaie, elle se tord sans un geste, sursaute encore à l'intérieur, et ça fait mal, comme si l'immobilité de son corps la broyait. C'est un sortilège, elle comprend, vaguement ; c'est comme un chant de sirène. Elle ne veut pas, elle se débat sans un geste. Même si c'est joué d'avance, elle ne baisse pas les bras, elle ne te laissera pas t'en tirer sans lutter jusqu'au bout. Ca l'épuise vite et la mélodie l'engourdit toujours ; mais elle sent quelque chose, pour de vrai, elle ne rêve pas cette fois. Dans son dos, un frémissement ; elle jurerait qu'on la touche, n'en est pas sûre pourtant. Souffle dans son cou ; par delà l'enchantement, un long frisson parcourt son échine au ralenti. « A un de ces jours, Visenya.. » Elle exècre ce contact qui n'en est pas un, cette voix impudente ; un dernier effort pour se libérer, le cri de rage bloqué dans la gorge qui meurt sans que ses membres ne bougent d'un millimètre. Et puis ça se coupe, d'un coup, en même temps que le grand fracas que fait sa fenêtre en explosant. Elle tombe aussi sec, le sol la cueille comme une poupée de chiffon.
Une seconde pour réapprendre à respirer, pour se réapproprier ses membres ; l'adrénaline fuse dans son sang et l'instant d'après, elle se précipite sur le balcon. Aucune trace de toi ; évaporée. « Eh merde » a-t-elle le temps de marmonner avant que ses jambes ne plient sous son poids. Elle se rattrape à la balustrade, le souffle court, les membres tremblants. Des cris retentissent en bas et aussitôt, elle serre les dents et s'efforce de retourner à l'intérieur, l'esprit embrumé, fatiguée comme si elle venait de livrer le combat le plus difficile du monde. Dire qu'elle n'a même pas réussi à se débarrasser de l’envoûtement, songe-t-elle en essayant de faire de l'ordre dans ses priorités. Les gardes seront dans sa chambre d'une seconde à l'autre. D'un coup de baguette, elle referme le tiroir magique de l'armoire, attire à elle une chemise de nuit qu'elle enfile à la va-vite. La seconde d'après, on fait irruption dans sa chambre. Facile d'avoir l'air sous le choc ; elle ne retrouve toujours pas son souffle et sa colonne vertébrale est toujours sous la tension du frisson qui l'a parcourue. Elle dit qu'elle n'a rien vu. Qu'elle ne sait pas ce que l'intrus voulait. Sinon on lui demandera où elle a eu ces objets et elle ne veut pas qu'on la relie à Adonis. Elle se tiendra prête, elle mettra d'autres alarmes ; au cas où quelqu'un revienne. Mais elle ne mêlera personne d'autre à cette histoire.
On l'invite à aller se recoucher dans une autre chambre de la demeure, on lui dit que tout est sous contrôle. Elle sait très bien que ce n'est pas le cas ; si tu lui as échappé à elle, tu échapperas aux autres. On ne te retrouvera pas.


* ~ * ~ * ~ * ~ * ~ * ~ * ~ * ~ * ~ * ~ * ~ * ~

Quarante-neuf. Cinquante. Souffle long, profond, tandis qu'elle se laisse redescendre lentement, pendue par les mains à sa barre de traction. Elle ne retourne pas tout de suite au sol, histoire de ne pas relâcher trop brusquement la pression de ses muscles sursollicités au cours des deux dernières heures. Puis elle lâche progressivement une main, jette un œil sous elle pour être sûre d'évaluer correctement la hauteur ; lâche l'autre main et retombe souplement en fléchissant les genoux. Sa respiration se régule progressivement, tandis qu'elle se dirige vers une poutre pour s'étirer. Elle a un peu traîné, il faut qu'elle se dépêche si elle veut être à temps à la réception de ce soir. Quelle robe est-ce qu'elle va bien pouvoir porter, encore, se demande-t-elle en forçant doucement sur son épaule. Toutes ces formalités commencent à la lasser, mais elle est tout de même contente que cette soirée vienne rythmer un peu sa vie londonienne. Ça fait longtemps qu'elle n'est pas restée si longtemps en Angleterre.

L'eau ruisselle sur son corps ; elle penche la tête en avant et monte la température en laissant le jet tomber directement à la base de sa nuque. Ca la brûle les premières secondes et puis elle s'habitue. Trouve presque ça agréable. C'est trop chaud ; mais moins, ce ne serait pas assez.
Quelques minutes plus tard, elle descend dans le hall de la demeure, ses longs cheveux blonds domptés dans une coiffure subtilement élégante. On n'en dira rien, mais la pince magique glissée entre les mèches y est pour beaucoup. On retire l'aiguille, et toute la coiffure s'effondre. Ca lui évitera de, littéralement, s'arracher les cheveux en essayant de les libérer au moment de se coucher. Parée d'une robe bordeaux dont on lui avait vanté les mérites pendant une demie heure comme si elle était en crins de licornes, elle descend les escaliers rapidement, en s'empêchant de pester contre ce satin trop serré qui entrave ses mouvements. L'organza dans le bas et le tulle qui couvre ses épaules, supposés donner à sa tenue un effet aérien, lui donnent plutôt l'impression d'être gênée et compressée. Mais elle a l'habitude et le regard des gens qu'elle croise aurait rassuré n'importe qui. Ces tenues de soirée sont tout sauf confortables – elle regrette déjà sa brassière et son bon vieux short – mais elles font leur effet. Elle sait qu'elle est sublime ; c'est sûrement pour ça qu'elle rayonne autant. Le sourire assuré et le nom font tout le reste. En ajustant le masque plus sombre sur son visage, elle se demande si on la reconnaîtra là-bas. Peu importe, de toute façon, il n'y a pas vraiment d'enjeu ce soir. Elle y va pour s'amuser, l'organisateur est, cette fois, un réel ami de ses parents ; pas l'un de ces autres vers de terre qu'ils tolèrent et chez qui elle se rend régulièrement pour maintenir leur influence. Un vrai ami, qu'elle apprécie elle-même. Il lui réserve une suite dans son hôtel particulier chaque fois qu'elle y met les pieds ; peut-être que si la fête l'enthousiasme assez, elle restera assez longtemps pour y passer la nuit.

Elle arrive juste après le début des festivités et se mêle à la foule sans la moindre difficulté. Pour une fois, finalement, c'est plutôt agréable de ne pas être au centre des regards. Profiter de sa condition sans avoir à en porter les charges sur ses épaules. C'est léger, presque innocent. Presque, parce qu'elle n'est pas sans savoir que les enjeux de cette soirée ne sont pas les mêmes pour chacun des convives. Visenya discute, échange un mot par-ci, deux par-là. Rapidement pourtant elle se détache des conversations pour prêter une oreille plus attentive à l'orchestre – spécialement invité pour l'occasion, a-t-elle entendu un peu plus tôt. Son oreille critique compte les temps, marque les mesures, repère les contre-temps, essaie de déceler les altérations magiques. Elle onge un peu vaguement à la musique qui l'a envoûtée cet autre soir, il y a plusieurs semaines maintenant ; et puis elle refoule ça dans un coin de la tête. Pas ce soir.
Son œil inspecte les mains et les visages, qu'elle devine concentrés derrière leurs masques. Les mouvements du violoniste soliste lui semblent secs ; il doit être anxieux, le pauvre petit. Les gestes souples d'une jeune femme derrière lui attirent son regard, ravissent son attention. Elle se demande une seconde pourquoi ce n'est pas elle qui se trouve tout devant. Une intermittente, peut-être ? Si elle compte revenir un jour, Visenya en touchera deux mots au maître des lieux. Celle-là, il peut la mettre devant, il peut lui donner les rênes avec autant de sérénité que s'il les lui confiait à elle. Et encore, l'héritière est certaine qu'elle n'a pas vu grand chose de ce dont la violoniste était capable.

Fin de la prestation, tout le monde salue sous les applaudissements et elle repère du coin de l'oeil un vieil homme enfoncé dans un costume trois pièces impeccable. Son visage est masqué mais elle repère la canne sur laquelle il s'appuie et les armoiries de sa famille cousues sur son épaule. Impériale presque sans le faire exprès, elle fend la foule pour le retrouver, un sourire tranquille sur les lèvres. En arrivant devant lui, elle fléchit légèrement les genoux en inclinant la tête, saluant comme n'importe quelle convive saluerait l'homme puissant qui lui fait face. Celui-ci semble d'ailleurs surpris qu'on lui témoigne tant d'égards alors qu'il est censé n'être qu'un homme parmi les autres, ce soir. Il sera d'autant plus surpris en réalisant que celle qui s'incline ainsi n'aurait normalement pas à le faire, puisqu'elle ne s'incline jamais devant personne. « Je dois comprendre que je suis démasqué » sourit-il en répondant sobrement au salut. « Certains indices ne trompent pas, quand on sait les regarder. » elle glisse, énigmatique, en lui faisait un clin d'oeil derrière le masque. Depuis combien de temps ne s'est-elle pas permis ce genre d'agissements en public ? Par Morgane elle ne s'en souvient même plus. Cependant, elle ne se le permettrait pas en présence de n'importe qui et son interlocuteur est assez intelligent pour baisser le ton en comprenant à qui il a affaire. « Visenya ...! Par Merlin ne vous inclinez pas de la sorte, je » il veut lui prendre la main pour l'embrasser comme il se doit, mais elle se défile en riant légèrement. « Pitié Alderan, je ne suis personne ce soir. Laissez-moi jouer à égalité. » Il a l'air interdit – après tout, personne n'est personne dans ce genre de soirée, c'est juste que eux, ils ne sont personne comparés à qui elle est d'habitude. En disant "je ne suis personne", elle dit "je suis comme eux" –, dévisage son masque orné ne rainures dorées sur un fond bordeaux, plus foncé que la robe. Elle sourit d'un air plus malicieux ; il se détend. C'est pour ça qu'elle l'apprécie. Le poids de sa renommée à lui est si lourd qu'il aime un peu trop s'en décharger. Elle sait qu'il ne lui reprochera jamais de vouloir en faire autant. Et puis, au fond, elle en est persuadée. Que même sans son nom, elle brille plus fort que les autres. « Parfait, Miss masquée. Puissiez-vous profiter de la soirée. » « J'en suis certaine. » elle répond, en laissant son regard s'accrocher à une silhouette qu'elle a inspectée un peu plus tôt. « Veuillez m'excuser » ajoute-t-elle avec une autre petite courbette, en faisant semblant de ne pas voir le vieil homme lever les yeux au ciel face à ses fantaisies. C'est vrai qu'elle n'a habitué personne à ça, ici. Peu importe. Elle attrape une coupe sur un plateau et porte la liqueur à ses lèvres en s'approchant de la petite violoniste.

L'intéressée l'a vue arriver et fait face sans bouger, s'inclinant la première avant que Visenya ait à ouvrir la bouche. « Bonsoir. Votre présence ici nous honore. » Le titre est tu, mais le ton des paroles l'a porté sans qu'il ait besoin d'être prononcé. Pas de doute : elle est démasquée, avant même d'avoir prononcé le moindre mot ou juste esquissé un sourire. Ca l'intrigue ; mais au delà de ça, quelque chose la chiffonne, une intuition. Elle a appris à se fier à son instinct mais cette fois, elle a du mal à l’interpréter. Ce n'est que lorsque la jeune femme aux cheveux flamboyants redresse vers elle un sourire qu'elle devine moqueur que l'héritière te reconnaît. C'est ce sourire qu'elle a imaginé derrière chacune de tes remarques acides l'autre soir ; entendre ta voix et voir ce rictus, il ne lui en faut pas plus : tu es l'intruse au violon. Tout fait sens, brusquement. « J'espère que notre prestation vous a plue. » Pétasse, elle a presque envie de dire, mais ce n'est clairement pas la bonne stratégie à adopter. Forçant l'indifférence pour ne pas trop vite révéler ses cartes, la jeune femme place sur ses lèvres un sourire indéchiffrable. « J'avoue avoir trouvé le soliste légèrement maladroit. Il n'est, de toute évidence, pas le plus expérimenté des musiciens qui jouait ce soir. » Son regard est agrippé au tien, qu'elle devine dans l'ombre du masque vénitien. Le compliment est à peine voilé. Trop peu, peut-être ; il est facile de deviner la pente vers laquelle cette conversation va vous mener. A vrai dire, si tu l'as reconnue, ça l'étonne et ça l'intrigue que tu ne te sois pas enfuie. Pas encore, en tout cas. Quand elle t'aura révélé qu'elle t'a reconnue, l'enjeu sera de ne pas te faire déguerpir trop vite. Parlementer avec son ennemi dans un contexte où aucun coup ne risque d'être échangé est toujours productif, même si l'ennemi en question est assez intelligent pour ne pas révéler ce qu'il doit garder secret. Un plateau passe près de vous, alors elle arrête l'objet volant d'une main en posant son regard sur les différents petits fours savamment présentés. L'air de rien, elle poursuit sa conversation. « La musique ce n'est pas inné chez tout le monde, c'est aussi une question de travail. » elle parle du ton le plus détaché qui soit, comme si elle énonçait l'une des évidences du monde. « Associez les deux, un soupçon de magie et, paf. » Elle relève la tête vers toi, plonge à nouveau ses prunelles dans ton masque. « Vous vous retrouvez capable de faire des choses qui dépassent l'entendement. Rien qu'avec du son. » Elle te tend le plateau, avant de le laisser flotter vers les autres convives. L'air de rien. Elle ose même hausser les épaules – geste ô combien prohibé chez elle. Mais elle s'en fiche. Elle n'est personne ce soir. « Votre technique est meilleure que celle du gamin au premier rang, n'importe quel violoniste un peu expérimenté pourrait s'en rendre compte. C'est injuste que vous vous soyez retrouvée derrière avec le talent que vous avez. » Elle met le petit four dans sa bouche et chasse les miettes accrochées à ses lèvres du bout des doigts avant de reprendre. « A moins que ce talent n'ait, par chance, pas été remarqué à temps par le propriétaire des lieux, et que vous ayez pu vous placer derrière pour plus de discrétion. » Elle ne sait pas trop à quoi elle joue, pourquoi elle parle autant, ce qu'elle a à gagner en révélant tout ce qu'elle croit comprendre. Elle devine l'éclat de ton regard dans l'ombre du masque. Elle frémit imperceptiblement. A un de ces jours, Visenya.. « Décidément, le destin a la main lourde, ce soir. » Sourire. Elle joue avec le feu. C'est brûlant, un peu trop pour elle, sûrement. Mais moins, ce ne serait pas assez.


Dernière édition par Valkyria V. Dragonstone le Sam 22 Avr - 18:29, édité 1 fois
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Ҩ Re: Evyria I - If I burn, so will you (/!\ explicit page 2) Ҩ Dim 12 Mar - 23:21

Elle n'était pas dans son élément.

Les fêtes, les danses, les rires et les sourires forcés faisaient partie de ce qu'Eva méprisait absolument. La tête dans le goudron noir de ses pensées troubles, elle fixait l'assistance d'un regard froid et calme ; elle était un dragon qu'on enfermait dans une cage, cette femme qui avait eu de grands rêves et qui s'était retrouvée sur le banc de touche ce soir là. A jouer les espionnes du petit instant pour un homme qui avait intérêt à y mettre le prix. Il n'y avait aucun intérêt à ces conversations, tournant autour de pitoyables mondanités d'usages, de sourires qui sonnaient faux, d'airs condescendants et d'autres, sourires si enrobés de miel que le sucre lui brûlait déjà la gorge alors qu'elle n'avait même pas ouvert la bouche. Sous les masques elle devinait quelques visages, se fiant au son des voix qu'elle entendait en échos discrets, les oreilles aux aguets. Indéchiffrable sous son propre masque vénitien, ses pupilles d'émeraudes observèrent la nouvelle arrivante avec un regain d'intérêt. Les choses pouvaient avancer ; pour la première fois depuis qu'elle était arrivée dans l'immense salle de bal, elle songea qu'elle pourrait enfin s'amuser un peu. Personne ne pourrait s'y tromper. L'héritière des Dragonstone était un cygne au milieu d'une vulgaire basse cour. Par sa présence, elle laissait derrière elle une ombre noire de dédain. Il n'avait pas fallu beaucoup de temps pour que la jeune femme s'avance, pour la saluer. Eva aimait l'action. Et elle n'avait pas oublié.

La lumière de la lune, ce soir là, avait laissé entrevoir une femme forte et active, qui n'avait rien en commun avec ce pantin qu'elle présentait à l'assistance comme une rare poupée de porcelaine ; elle avait vu un feu comme le sien, brulant de la même intensité, la même détermination. Eva s'était entichée d'une simple image ; pourtant elle avait immédiatement su que c'était celle ci qui caractérisait la créature superbe qui lui faisait face. Elle ne la tromperait pas, elle. Son sourire en disait de toute manière suffisamment long pour que la Dragonstone comprenne. Elle n'était pas dupe, et elle savait tout. Valkyria Dragonstone n'était pas un secret pour celui ou celle qui savait bien voir. Il suffisait de cligner des yeux, et la femme qui lui faisait face ne devenait que la chimère de la combattante qu'elle avait aperçu un peu plus tôt. Sous un regard d'acier, elle était bien plus que ce qu'elle voulait montrer. Elle se mettait les oeillères elle-même et sa famille avait gentiment proposé de la museler. C'était parfait ainsi. Les bras croisés, elle la laissa approcher ; puis, respectueuse, elle s'inclina lentement, ses cheveux écarlates comme une corolle de flammes menaçante laissant parfaitement entendre des intentions néfastes. Elle était vile, et elle le savait parfaitement.

Oui Valkyria tu es démasquée ; tu l'es de toutes les manières possibles. Qui crois-tu tromper sous tes airs de mortelle effarouchée ? Es tu seulement celle que tu prétends ou n'est-ce finalement qu'une courbette de plus ravivant tes intérêts ? Oh ne crois pas que je sois aveugle... il semblerait, de toute manière, que personne ici ne le soit.


La bravade la fit hésiter. Dragonstone laissa le doute étirer ses yeux clairs ; puis la certitude d'avoir été bafouée lorsque la dernière phrase de l'espagnole lui arracha un sourire forcé. Impossible à comprendre. Eva l'observa, calmement. Oh oui, cette femme était incroyable.
« J'avoue avoir trouvé le soliste légèrement maladroit. Il n'est, de toute évidence, pas le plus expérimenté des musiciens qui jouait ce soir. » Elle attrapa son regard comme on saisirait un instant. L'eau croisa le feu et la remarque lui arracha un sourire teinté d'orgueil. Bien sur que le soliste jouait mal, ses placements de doigts étaient hésitants et la main tremblait sur son archet. Elle hocha la tête, en silence. C'était un compliment très agréable. Cet air de ne pas y toucher la laissa fascinée. Cette manière qu'elle avait de se comporter en société avait cela de remarquable qu'elle trompait son monde comme jamais. « La musique ce n'est pas inné chez tout le monde, c'est aussi une question de travail. » Quel ton. Elle esquissa un sourire, en croisant les bras. Le travail, elle le connaissait bien. Elle avait passé une vie entière à consacrer son énergie audit travail pour éviter de devenir folle. Depuis le drame, elle y avait trouvé une merveilleuse échappatoire. « Associez les deux, un soupçon de magie et, paf. » Elle releva le nez, croisa de nouveau son regard. Eva était démasquée. Le sourire devint plus grand, carnassier. Si Valkyria savait maîtriser ses émotions à la perfection, l'espagnole, elle, ne pouvait cacher l'avidité derrière ses prunelles d'eau sale. « Vous vous retrouvez capable de faire des choses qui dépassent l'entendement. Rien qu'avec du son. »

Tu as été prisonnière et cela t'a prodigieusement déplu n'est ce pas ? Chaque geste est sous contrôle. Tu es une bombe, sur le point d'exploser. Magnifique et magistrale. Mais je t'ai battue, et ton orgueil a été froissé, n'est ce pas ? Oh Vakyria... Valkyria, ne sois pas si bête.


Elle haussa les épaules. Immobile, elle la fixa. Enregistrant chaque mot, chaque mouvement, chaque geste. « Votre technique est meilleure que celle du gamin au premier rang, n'importe quel violoniste un peu expérimenté pourrait s'en rendre compte. C'est injuste que vous vous soyez retrouvée derrière avec le talent que vous avez. » Oui, mais celui du premier rang n'avait pas de baguette logée sans son archet. Pour autant, elle regretta de ne pas rougir sur commande. « A moins que ce talent n'ait, par chance, pas été remarqué à temps par le propriétaire des lieux, et que vous ayez pu vous placer derrière pour plus de discrétion. » Elle était d'une politesse exquise mais ce n'était que la partie cachée d'un tout, d'une découverte qu'elle avait fini par comprendre. Eva était cette femme dont le violon avait enchanté son esprit ; et elle avait tout à fait saisi le fait qu'elle était à l'origine du vol, et de l'intrusion. Le regard d'Eva brilla d'un intérêt corrosif. « Décidément, le destin a la main lourde, ce soir. » Et un sourire, auquel la jeune femme répondit, polie jusqu'au bout des ongles. Elle laissa trainer une main sur un verre plein qui passa devant elle ; ses doigts rouges se refermèrent comme des serres sur l'objet, qu'elle porta délicatement à ses lèvres.

"Vous me flattez, ma chère."
elle passa le doigt sur le bord du verre, faussement gênée. Cette conversation n'était pas privée et il fallait agir en conséquence. "J'ai toujours estimé que c'était la musique qui se trouvait à l'origine de la magie. Il suffit d'écouter un air de violon, parfoi, pour perdre la totalité de ses moyens." tu veux jouer à ça, espèce de connasse ? Allons-y. Elle avait eu le bassin fracturé à cause de la tringle à rideaux. Elle n'avait, elle non plus, pas oublié. "Quelques notes et la volonté s'effondre. On devient faible, fragile... je suis sûre que vous savez de quoi je parle." nouveau sourire. Jouons, ma belle. "Mais sauf votre respect, à mon sens la discrétion est le maître mot de mon métier. Un musicien agit dans l'ombre, c'est son action qui compte. Peu importe que l'on me voie, pourvu qu'on se souvienne de moi." elle posa le verre vide sur la table. Puis fit un pas en arrière, croisant un regard trouble. Oui, elle savait pertinament de quoi elle parlait. "A présent, si vous voulez bien m'excuser... je n'apprécierais pas de voler votre temps si précieux." une courbette, une révérence légère et moqueuse. Un sourire moqueur tordant son visage en deux ; dans une ultime provocation, Eva lui fit part de sa suprémacie. La Dragonstone était tout aux yeux des autres, mais si rien à la fois. Seulement une virgule, à peine visible, dans l'Histoire.

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Ҩ Re: Evyria I - If I burn, so will you (/!\ explicit page 2) Ҩ Lun 13 Mar - 2:05

Valkyria aime jouer. Parfois c'est innocent, parfois pas. Elle aime même un peu trop ça ; peut-être parce qu'elle a l'habitude de gagner et qu'elle ne s'en lasse pas. Cette fois pourtant c'est différent. Elle n'est pas trop sûre de l'enjeu mais le challenge lui plaît, alors elle joue, sans compter les points avant de voir le résultat final. Elle passe ses doigts dans le feu, trop vite pour être brûlée, assez pour agiter la flamme. Comme une bougie. Les mots glissent sur ses lèvres mais son miel n'en est pas. Trop acide ; un peu amer, aussi. L'impuissance qu'elle a ressentie ce soir là a creusé un peu plus le trou qu'elle s'efforce de reboucher depuis, lui semble-t-il, toujours. Au moins depuis que les gens ont arrêté de l'appeler Valkyria. Pourtant parfois, elle est presque reconnaissante, d'avoir eu un jour ce quelque chose en moins, qui la rend supérieure aujourd'hui. Si elle était née dans cette dentelle, elle aurait été beaucoup moins apte à en repérer les défauts. Adonis aurait eu plus de mal à lui livrer son enseignement ; d'une part. Mais il n'a pas fait tout le boulot. Elle n'a pas eu besoin de lui pour briller aux yeux de tous et saisir les ficelles pour modeler les règles du jeu. Elle n'a pas eu besoin de lui pour comprendre qu'un sourire au bon moment, un regard au bon endroit, c'est essentiel pour survivre sur le plateau de jeu. Et ça fait longtemps qu'elle a décidé que sur ce grand échiquier, la Reine, c'est elle. Et peu importe le nom que vous lui donnerez.
Si c'est elle la Reine tu dois être le Fou ; disons ménestrel, histoire d'adapter un peu au contexte. Tu lui as tenu tête ce soir-là et elle est en train de prendre sa revanche : tire doucement sur le fil qui s'est dégagé de ton déguisement, décousant celui-ci ligne par ligne avec la patience d'une araignée qui tisse sa toile. Elle se sent puissante et intouchable, en ces lieux. Parce qu'elle sait ce qu'elle représente ; elle sait ce qu'elle est devenue. Quelqu'un qu'on respecte pour ce qu'elle montre, et qu'on devrait craindre pour ce qu'elle ne montre pas. Une seconde pour envoyer intérieurement Adonis se faire foutre et elle referme la parenthèse, songeant que ton rapport avec lui se révélera bien assez vite. Elle n'en a pas fini avec toi et compte bien glaner quelques informations.

Mais forcément, tu ne te laisses pas faire, et le sourire que tu lui renvoies aussitôt, elle est incapable de l'interpréter. Ou plutôt de s'interpréter elle, face au sourire que tu lui rends. Est-ce que ça l'irrite, est-ce que ça la grise ? Elle devine le défi derrière la politesse. Elle est entraînée à voir ; il y a toujours quelque chose, derrière la politesse. Et elle n'en attendait pas moins de toi. « Vous me flattez, ma chère. » Ah oui ? elle songe en inclinant faiblement la tête, trop docilement respectueuse pour que l'ironie ne soit pas ressentie. « J'ai toujours estimé que c'était la musique qui se trouvait à l'origine de la magie. Il suffit d'écouter un air de violon, parfois, pour perdre la totalité de ses moyens. » Son sourire se fige un fragment de seconde, malgré elle ; ses manières impeccables sont aussitôt reprises. Ce retournement de situation était à prévoir, et elle n'a pas pensé à trouver une sortie de secours avant de plonger dans la gueule du loup. Idiote. Tant pis, elle se rattrapera ; une petite pirouette, elle sait faire, elle trouvera. Tu n'as pas fini, elle le sent, tend presque le dos pour recevoir le coup en s'appliquant à ne rien laisser paraître des envies de meurtre que tes paroles lui insufflent. « Quelques notes et la volonté s'effondre. On devient faible, fragile... je suis sûre que vous savez de quoi je parle. » Les noms d'oiseau se succèdent si vite dans son crâne qu'elle ne les saisit pas tous. Le bout des doigts de sa main libre frôle délicatement le bord du verre qu'elle tient de l'autre main ; trop délicatement, comme une caresse d'une douceur infinie. Elle s'applique, comme si elle était l'allégorie de la grâce. Pour s'empêcher de fermer ses doigts sur le verre et de le serrer jusqu'à ce qu'il explose. Elle avise ton sourire ; te couperait bien la langue avec les éclats brisés. Le sang sur ton visage irait vachement bien avec la couleur de tes cheveux – et de tes ongles – elle se dit, sans plus faire le moindre geste. L'image l'apaise un petit peu. A peine. « Mais sauf votre respect, à mon sens la discrétion est le maître mot de mon métier. Un musicien agit dans l'ombre, c'est son action qui compte. Peu importe que l'on me voie, pourvu qu'on se souvienne de moi. » Cette fois elle sourit, un peu trop spontanément, parvenant in-extremis à cacher le relent de haine porté par ce rictus. Tout est sous contrôle ; elle, au moins, est sous contrôle, même si elle vient clairement de se faire doubler dans cette conversation. Tu t'écartes d'un pas, lâchant ton verre sur la table au passage, sans la quitter des yeux pour l'instant. Malgré sa figure toujours aussi lisse, elle aurait voulu balancer des fils de ses yeux jusqu'aux tiens pour que tu ne te défiles pas et que tu restes ici ; elle n'en a pas fini, elle ne tolère pas la fuite avant la fin du combat, pas avant qu'elle ait pu reprendre le dessus. Elle ne restera pas sur cette défaite ; mais sait déjà qu'elle ne pourra rien faire pour te retenir sans que ça lui coûte quand même la victoire. « A présent, si vous voulez bien m'excuser... je n'apprécierais pas de voler votre temps si précieux. » A défaut de liens, ce sont des éclairs qu'envoient ses yeux en réponse à la fois à tes paroles et à ta courbettes moqueuse. Si elle pouvait t'attraper par la gorge et te descendre ici et maintenant elle le ferait. L'environnement qui lui conférait une grande partie de son assurance un peu plus tôt l'écrase à présent de tout son poids. Mais elle tient bon, les épaules bien en place, la tête haute et le dos droit. Tu t'éloignes, le poids de ses prunelles claires appuyé sur tes épaules comme une enclume. Elle est furieuse et pourtant rien dans sa posture ne la trahit ; quelqu'un s'est déjà présenté à elle, engageant l'air de rien une conversation à laquelle elle fait semblant de s'intéresser par réflexe. L'air de rien, elle trempe les lèvres dans son verre, se déplace de manière à te garder autant que possible dans un coin de son champ de vision ; s'assure que tu ne t'enfuies pas pour de bon. Ce serait trop triste de mettre fin au jeu alors qu'il ne s'agit que de la première manche. Ou la deuxième. A croire que tu passes ton temps à fuir. Peur de perdre la partie si elle s'éternise, peut-être ? L'Héritière se rassure comme elle peut. Se jure de ne pas te laisser t'en tirer comme ça et de revenir à la charge dès qu'il lui sera possible de le faire sans mettre en danger sa crédibilité. Dans cette cour, en public, ça reste sa meilleure arme.

Les minutes s'égrainent avec une lenteur infinie et les conversations de cette fameuse cour lui ont rarement semblé si fades. De pirouette en pirouette, elle passe d'un convive à l'autre en priant presque pour que l'un d'entre eux la surprenne avec quelqu'un chose d'un peu intéressant à raconter. Mais non. Rien de bien passionnant de ton côté non-plus ; aucune occasion, même pas manquée, de t'approcher à nouveau. Plus le temps passe et plus elle bout. Manquerait plus que la soirée s'achève comme ça, aussi simplement, comme si rien ne s'était passé. Un peu comme l'autre fois. Quand, après avoir rapidement récupéré la petite dague qui ne la quitte à présent plus, elle était retournée se coucher dans une autre chambre comme si rien ne s'était passé. Comme si elle n'avait pas été ensorcelée, piégée, dominée par une musique et une voix exquise. L'origine de la magie, tu dis ? Elle a détesté aimer ces quelques notes chantées du bout des lèvres. Qui ont percé son âme et plié son esprit.

Un regard au milieu des masques retient soudain son attention ; elle reconnaît la cane et l'écusson sur le costume. L'air soucieux d'Alderan ne lui échappe pas et en quelques secondes, elle a repéré celui qui le suit. Mais elle n'est pas la seule. Comme elle est perdue au milieu des invités, tu ne peux pas l'avoir repérée ; mais elle, elle te voit, t'immobiliser un quart de seconde en repérant le duo ; reprendre l'air de rien ta conversation, faire quelques pas dans une direction, sourire à l'un, changer de sens, et commencer à jeter un regard circulaire pour vérifier que tu n'es pas observée. Elle connaît la combine, sourit aussitôt à son voisin en posant sur lui son regard azuré. Elle n'a pas besoin de replacer les yeux là où tu te trouvais deux secondes plus tôt pour savoir qu'elle ne t'y trouvera pas.
C'est amusant, elle songe, en employant précisément la même technique que toi pour s'esquiver discrètement vers les annexes de la demeure. Elle ne t'aurait pas crue capable de telles ronds de jambes dans un environnement comme celui-ci. Mais tout ça confirme ses  soupçons ; tu n'es pas là par hasard. Quels que soient tes desseins, elle compte bien interférer. Le dédale de couloirs s'étend devant elle et tu n'es visible nulle part, mais elle connaît les lieux et sait où se trouve le bureau dans lequel leur hôte convie généralement les invités avec lesquels il a à s'entretenir en privé. Les bruits de la fête s'éloignent à mesure qu'elle s'enfonce dans les corridors bordés de tapisseries. Les immenses tapis placés au sol, combinés avec son infinie précaution, étouffent le bruit de ses chaussures à talons. Elle a beaucoup trop l'impression de perdre du temps pourtant et abandonne finalement les escarpins à l'intérieur d'un immense vase dans lequel personne n'aurait l'idée de jeter un œil. Ses pieds nus lui font gagner du temps et du terrain ; lorsqu'elle arrive en vue du fameux bureau, elle a juste le temps de te voir te redresser avant de pénétrer dans l'annexe de la pièce ; un espace sombre du bureau accessible depuis l'extérieur et invisible depuis l'intérieur. Les sons en revanche passent parfaitement bien. Excellent moyen d'écouter sans être vue ; elle suppose que ce n'est pas la première mission d'espionnage de la noblesse qui t'est confiée. Tous les bureaux du genre sont faits de la même façon ; c'est presque trop facile, mais cette petite pièce est censée être magiquement verrouillée, le sortilège lui-même étant protégé par une alarme. Mais elle n'a pas vu de baguette. Est-ce que c'est pour ça que tu as pu entrer dans le domaine Dragonstone sans te faire repérer ? Les pièces du puzzle s'assemblent difficilement. Mais elle commence à y voir un peu plus clair, bien que ta technique demeure pour elle un parfait mystère. En tout cas, elle ne compte pas laisser passer l'occasion ; aussi vite – foutue robe à la con – et silencieusement que possible, elle se glisse derrière-toi dans le petit espace, retient la porte juste avant qu'elle ne se referme. En un fragment de seconde, elle s'est faufilée à l'intérieur et te repère dans un coin, de dos, concentrée sur ce que tu écoutes et persuadée d'être seule. Féline, elle s'approche, et anticipe ton futur mouvement de défense avant même d'ouvrir la bouche. « Ce n'est pas très poli, d'écouter les conversations privées. » A ton premier frémissement, elle a déjà agi ; un pas en avant, elle se plaque contre ton dos ; le plat d'une petite lame que tu ne pourras que reconnaître est plaqué contre ta gorge et elle a coincé ton bras gauche dans le creux de son coude pour t'immobiliser contre elle. « Pas plus que de s'infiltrer dans la chambre des gens pendant la nuit, d'ailleurs. » elle chuchote, la pointe de son menton frôlant le creux de ton épaule. La chaleur de ta peau irradie jusqu'à son cou ; elle serre les dents pour ne pas frémir. Elle ne fera pas une deuxième fois l'erreur de te sous-estimer, le moindre cillement au mauvais moment peut lui être fatal. Une seconde de trop au-dessus du feu et les flammes lui dévorent la main. Difficile de connaître la limite, pourtant, tant qu'elle n'a pas été brûlée.
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Ҩ Re: Evyria I - If I burn, so will you (/!\ explicit page 2) Ҩ Lun 13 Mar - 18:05

Que cette jeune femme était habile.

Un geste, quelques mots délicats prononcés d'une voix douce et tranquille, quelques notes à peine voilées de menace qu'elle glissa à l'oreille de la noblesse, face à elle, son sourire innocent et ses grands yeux clairs dissimulés derrière le masque. Elle ne trompait personne, absolument personne, et certainement pas la née moldue qui la fixait, défiante. Oh, le jeu en vallait la chandelle ; elle parlait et à mesure qu'elle le faisait, le visage de l'imposture prenait des teintes de colère qui s'effaçaient aussitôt qu'elle s'en rendait compte. Elle se figeait et Eva jouait, docile, caressant son verre dans la posture la plus provocatrice qu'elle ait pu trouver, détaillant sans retenue les courbes de la guerrière sous sa parure de riche héritière. Valkyria Dragonstone était une belle femme, et elle le savait très bien. Elle connaissait les mécanismes de chaque mot et de chaque geste, et elle trompait son monde comme personne ; Eva s'amusait de ce jeu de marionettiste, admirant sans retenue ce qui faisait de Valkyria la femme qu'elle cherchait à montrer ; c'était une démonstration de force, et elle y répondait, jouant avec les flammes sans même se brûler. C'était ironique. Elle avait dévalisé sa chambre, et elle lui parlait à cet instant avec politesse, bienséance, comme si jamais elles ne s'étaient rencontrées. Mais l'espagnole n'avait pas oublié. Elle n'avait pas oublié qu'elle venait de trouver une adversaire à sa taille, et elle s'amuserait beaucoup de cet état de fait, sans le moindre problème. Elle jouerait jusqu'à obtenir satifaction. Assoir sa force sur les Sang Pur était, à n'en pas douter, l'une de ses plus belles victoires.

Alors, avec une courbette, elle s'éloigna, laissant les derniers mots mourir sur ses lèvres ourlées de rouge, souriantes. Dans une fausse posture de mondanités ridicules, elle recula, respectueuse, et quitta son champ de vision ; jouer, oui, mais pas trop longtemps. Là n'était pas le but de sa mission. La Dragonstone la fusilla du regard ; elle répliqua par un rictus, puis s'éloigna. Elle alla d'une personne à l'autre, remerciant chaque compliment, discutant de la soirée avec d'autres. Mais le gibier qu'elle visait était ailleurs, assis sur une chaise richement décorée, sa canne au pommeau d'argent serré dans sa main parcheminée. L'hôte de la soirée semblait soucieux et elle comprenait pourquoi ; ce soir là, des choses allaient se jouer. Elle ignorait quoi, mais son payeur lui avait bien indiqué de ne pas le lacher d'une semelle. Elle s'installa près de lui, loin de son regard mais suffisamment pour surveiller ses faits et gestes ; Eva connaissait ce travail par coeur. Elle connaissait toutes les nuances d'expressions et avait les cartes en main pour n'être repérée par personne. Sa robe noire et ses cheveux rouge sang attiraient l'oeil sans aucun doute ; mais ses phrases discrètes et ses courbettes factices endormaient sans poser le moindre souci la vigilance de ceux qui ne savaient pas suffisamment voir. Loin de se douter que la Dragonstone la suivait du regard, elle continua son manège jusqu'à ce que le propriétaire des lieux se lève ; en toute discrétion, il aborda un autre sorcier et engagea une conversation qu'elle n'entendit pas. Elle fit quelques pas. Dit quelques mots, regarda autour d'elle et attrapa une nouvelle coupe dans laquelle elle ne but pas ; puis, lorsqu'elle fut assurée que personne ne l'avait remarquée, elle s'engouffra à pas de chat dans un couloir pour suivre sa cible, silencieuse et discrète, ses ballerines touchant le sol sans faire le moindre bruit.

Ses pas la conduisirent dans les couloirs richement décorés, silencieux sous l'épaisse moquette. Elle suivit discrètement les deux hommes dans le couloir jusqu'à atteindre un bureau ; avec un sourire, elle attrapa son rossignol, qu'elle fit tourner  dans sa main gauche. Une belle plaisanterie encore, songea-t-elle. La loge attenante était fermée mais les protections magiques n'avaient aucun effet sur une bonne vieille technique de cambriolage moldu. Quand apprendraient-ils vraiment ? La fierté des sorciers ferait sa fortune, et elle le savait. Elle se glissa près de la porte, fit sauter la serrure en quelques instants ; trop facile, vraiment trop facile. C'était une excellente soirée. Elle avait mouché cette petite gosse de riche après lui avoir rappelé qu'elle était la cause de sa disgrâce ; et elle mènerait à bien sa mission, parce que décidément, les sorciers étaient des imbéciles. Incapables de comprendre comment elle faisait pour réussir. Elle fit tourner la poignée de la porte en silence, et se glissa dans la pénombre. Les premiers éclats de voix retentirent dans la pièce voisine, et elle s'accroupit, en silence, pour entendre une conversation et enregistrer chaque mot qu'elle rapporterait sans la moindre once de pitié.

Un mouvement, derrière elle.

Elle avait été suivie. La porte n'avait pas claqué immédiatement et elle retint un terrible juron en avançant une main vers l'un des couteaux qu'elle porta à sa ceinture; trop tard. Son adversaire bougeait trop vite, anticipant déjà son mouvement. Elle serra les dents en tentant de faire volte face, furieuse à l'idée d'avoir été suivie - et de ne pas s'en être aperçue, comme la dernière des débutantes - mais déjà la voix de Valkyria retentit dans le silence. Le parfum de fleur la laissa pantelante, un instant ; et Eva était loin de se douter qu'elle ne pourrait jamais oublier l'odeur que la jeune noble portait. Pour l'heure, seule la frustration comptait. La jeune femme l'avait déjà attrapée, et maîtrisée, collée dans son dos, brûlante de rage dans sa robe de princesse. Un contact froid contre sa gorge lui indiqua qu'une lame s'y logerait si jamais elle bougeait un peu trop vite. « Ce n'est pas très poli, d'écouter les conversations privées. » Elle tenta de se débattre, mais la pression sur son bras était trop forte et la lame, une menace beaucoup trop conséquente pour tenter le diable. Elle était prise au piège. Stupide. Elle avait été stupide. Si elle s'était retournée avant d'entrer... elle avait sous estimé son adversaire, et voilà le résultat.

« Pas plus que de s'infiltrer dans la chambre des gens pendant la nuit, d'ailleurs. »
Un ricanement. Le murmure lui arracha une grimace ; elle était près, bien trop près, le nez quasiment dans ses cheveux, le regard qu'elle devinait brûlant dans son dos. Le parfum de la Dragonstone envahit ses narines et elle ferma les yeux le temps d'une inspiration difficile ; puis, grimaçant au contact de la lame, elle serra les dents, sifflante. "Voyons Visenya, comment peux tu me parler de politesse alors que tu me menaces avec mon propre couteau ?" elle eut un sourire, derrière les mèches couleur de sang. "Les jeunes filles de bonne famille ne font pas cela d'habitude..." elle savait. Elle savait qui elle était vraiment, et Dragonstone finirait par le savoir. Son bras bloqué tenta une percée pour atteindre sa ceinture ; la pression se resserra et elle retint un gémissement de douleur. Petite salope. "Cette robe te va très bien, tu sais ? Mais je préfère la tenue de la dernière fois." grande gueule jusqu'au bout, Eva essayait de gagner du temps. Pour échapper à cette étreinte, il faudrait donner un peu de sa personne. Elle risquait de finir égratignée, mais elle avait une idée. Si sa rivale le prenait mal, elle la tuerait ; mais si, comme elle s'en doutait, la curiosité prenait le pas sur le désir de vengeance... elle aurait une petite chance.

"Tu as vu ce dont j'étais capable l'autre soir. C'est gentil de me rendre mon couteau mais la manière conventionnelle me plait d'avantage." lâche moi espèce de garce. Elle resta parfaitement immobile, docile ; de l'autre côté, les voix retentissaient toujours mais elle était bien incapable de les écouter. La pression derrière elle lui dévorait l'attention. La peau irradiant de colère de l'héritière, son souffle, s'échouant à intervalles réguliers, contre son cou. Déroutante. Et cette odeur, qu'elle avait inconsciemment gravé dans sa mémoire. Sa voix ne devint qu'un mince filet lorsqu'elle ouvrit la bouche une ultime fois. "Lâche-moi immédiatement, Valkyria."

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Statut du sang : Plus pur que le cristalMessages : 343Date d'inscription : 05/04/2016Localisation : Domovoï's Rock, cachée dans un coin
Ҩ Re: Evyria I - If I burn, so will you (/!\ explicit page 2) Ҩ Lun 13 Mar - 22:25

C'est beaucoup trop jouissif, ce sentiment de puissance, de domination totale. Elle a l'habitude, Visenya, d'être supérieure aux autres, mais c'est purement théorique. Et des combats en tant que tels, elle n'en a pas menés tant que ça. C'était des entraînements, des luttes acharnées qu'elle ne gagnait presque jamais, qui lui ont forgé muscles et réflexes ; Adonis est longtemps resté son seul et unique adversaire, et avant leur dernier affrontement, le danger ne faisait pas vraiment partie de l'équation. Même quand elle prenait le dessus, ce n'était pas pour de vrai, ce n'était pas comme ça. C'est peut-être un peu malsain, la façon dont ça la grise, de savoir qu'un mouvement sec du poignet peut mettre fin à toutes tes petites provocations. Qu'elle tient ta vie entre ses doigts. Elle t'a sentie te figer contre elle, les muscles de ton dos se tendre ; à chaque mouvement que tu fais pour te dégager, elle raffermit sa prise sur ton bras, t'immobilise un peu plus fermement en te collant contre son corps. Tu ne peux pas t'échapper. Vous le savez toutes les deux et elle en tremble presque d'excitation. Cette fois, c'est elle qui mène la danse. Et tu auras beau essayer de sauver les apparences en ricanant, elle n'est pas dupe. Elle te sent tendue ; croit te deviner fébrile. Le couteau sous ta gorge, sûrement. C'est le danger et la tension palpable qui provoquent les petites ondes électriques qui lui semblent parcourir ses membres ; son bras, son cou même. Il fait trop chaud dans cette satanée pièce. « Voyons Visenya, comment peux tu me parler de politesse alors que tu me menaces avec mon propre couteau ? » C'est son tour de ricaner, du bout des lèvres. Retourner les situations, c'est ton truc, hein ? Arrête donc d'utiliser ses propres armes contre elle. C'est sa technique, ça. « Les jeunes filles de bonne famille ne font pas cela d'habitude... » Est-ce une façon de lui rappeler qu'elle n'est pas une jeune fille de bonne famille comme les autres ? Légère hésitation, aussitôt balayée ; tu ne sais pas de quoi tu parles, c'est tout. Elle joue avec la poignée de la dague, la fait pivoter dans un sens puis dans l'autre de quelques millimètres à peine, juste de façon à ce que tu sentes le métal bouger contre ta peau. Elle maîtrise ses gestes, sait qu'elle ne te met pas en danger en faisant ça : ce n'est qu'une piqûre de rappel, puisque tu sembles avoir tendance à l'oublier, que ce n'est pas toi qui es en position de force cette fois. Arrête un peu de te moquer d'elle. Ce serait con qu'elle te tranche la gorge par simple vexation. Elle sent inexplicablement que ce serait un énorme gâchis. Tu forces pour te dégager ; elle ne te laisse aucune chance, quitte à serrer trop fort. Attention, ça va commencer à être douloureux. Elle songe sans pouvoir s'empêcher de sourire. « Cette robe te va très bien, tu sais ? Mais je préfère la tenue de la dernière fois. » Oh on passe aux compliments, alors ? A croire que tu as entendu ses pensées. Tu n'as pas pu voir grand chose, la dernière fois, il faisait encore plus nuit qu'ici-même ; elle se dit sans répondre, persuadée que ce n'est qu'un compliment comme ceux qu'elle a l'habitude d'entendre. Tu ne l'auras pas, pas comme ça. Un sourire acide se dessine sur ses lèvres ; elle avise ton cou à quelques centimètres d'elle, sent ta chaleur lui lécher le visage. Son cœur bat vite. Elle perd une seconde son regard sur le grain de ta peau qu'elle détaille et devine à la fois dans l'obscurité. Imperceptible sursaut lorsqu'elle se reprend, en jurant intérieurement de ne plus se déconcentrer aussi bêtement. Heureusement que tu n'as rien perçu, elle est sûre que tu aurais su tirer profit de cette faiblesse. C'était la dernière, elle ne laissera plus d'ouverture, se jure-t-elle en silence.

« Tu as vu ce dont j'étais capable l'autre soir. C'est gentil de me rendre mon couteau mais la manière conventionnelle me plaît d'avantage. » Elle se retient de dire que passer par la fenêtre pour récupérer des objets chez quelqu'un est un parfait exemple de manière conventionnelle de faire les choses. Ton soudain manque de résistance à sa prise la fait rester aux aguets, la met un peu plus sur ses gardes : qu'est-ce que tu prépares ? « Lâche-moi immédiatement, Valkyria. »

Le frisson s'accroche en bas de sa colonne vertébrale et remonte son échine avec une lenteur presque violente. C'est ça que ça voulait dire, ce ton moqueur, quand tu t'es enfuie le premier soir. A un de ces jours, Visenya. Tu parles. Adonis a la langue beaucoup plus déliée avec certaines qu'avec d'autres, visiblement. Pauvre connard. La prise de l'Héritière sur tes membres se raffermit à l'extrême ; tu ne pensais quand même pas pouvoir lui faire cet affront là sans en subir les conséquences ? Elle tremble de colère, se force pourtant à ne pas te faire trop mal. Pas ici, les deux autres risquent de vous entendre. Ce serait con qu'ils se demandent qui diable peut bien être en train de crever dans l'annexe du bureau. Sa bouche s'approche de ton oreille, avec une lenteur infinie et contrôlée, parce qu'elle se sait au bord de l'implosion et qu'il faut absolument qu'elle évite ça. Sa voix est encore plus basse que la tienne lorsqu'elle murmure, frôlant ta peau du bout des lèvres en faisant tourner dans sa main la lame qu'elle vient placer contre ta jugulaire « On sort d'ici, lentement. »

Ses gestes beaucoup trop brusques trahissent le calme auquel elle voudrait te faire croire, lorsqu'elle te tourne vers la sortie en pivotant sur elle-même. Pas moyen d'ouvrir la porte sans te lâcher, pourtant. Hors de question qu'elle prenne le moindre risque de te laisser t'enfuir ; pas après ce que tu viens de lui dire. « Ouvre. » Si tu fais mine de résister, elle serre plus fort ton bras, force en arrière sur l'articulation de ton épaule qu'elle pourrait aussi bien déboîter d'un mouvement sec. Finalement, lorsque le battant s'écarte légèrement, elle reste plus immobile et silencieuse qu'une statue quelques secondes avant de te pousser vers la sortie, seulement une fois qu'elle est certaine que personne n'est là. Sa chambre n'est pas loin, mais il faudra faire vite. « On n'a pas toute la nuit, je te conseille de pas faire chier. » Oubliées, les bonnes manières. Sa voix tremble et elle se hait pour cette faiblesse de trop. De toute façon, tu n'as pas le choix. Elle vibre de colère et tu sens qu'elle n'hésitera pas assez longtemps avant de t'éliminer pour que tu puisses t'en sortir en résistant. Implacable, elle te pousse dans les couloirs sur deux bonnes dizaines de mètres avant de vous faire pénétrer dans une pièce qui se déverrouille à sa simple approche. La chambre est grande, le maître des lieux ne la réserverait assurément pas à n'importe qui. Mais de toute évidence, tu en sais déjà bien trop à son sujet. Le masque ne lui aura pas servi à grand chose, face à toi. Elle referme la porte derrière elle d'un coup de pied et brusquement, c'est comme si toute la violence qu'elle retenait tant bien que mal depuis que tu as prononcé ce foutu prénom ressortait d'un coup. Après le claquement de la porte, un deuxième retentit, presque plus fort encore ; c'est ton petit corps qu'elle plaque contre le battant ; elle a écarté le couteau juste le temps de te faire pivoter vers elle et elle te repousse aussitôt, son avant bras écrasé en haut de ton torse et la lame revenue sous ta gorge. C'est tout juste si elle ne montre par les dents lorsqu'elle te crache au visage, essayant encore tant bien que mal de ne pas exploser de rage une bonne fois pour toutes « Tu sais que j'hésiterai pas à te trancher la gorge alors ne joue pas avec moi. » Elle a du mal à identifier ce qu'elle lit dans tes yeux mais ça ne lui plaît pas du tout. Elle tremble, elle tremble et elle a chaud. La haine s'attise et s'entretient elle-même dans un coin de son cœur. Toutes ces faiblesses, ses propres failles la dégoûtent. Elle a envie de hurler ; et peut-être que c'est à Valkyria qu'elle trancherait volontiers les veines, plutôt qu'à toi.

Lentement, elle écarte son bras de toi, glisse ses doigts derrière ton oreille, entre les mèches écarlates  pour atteindre l'attache de ton masque qu'elle défait de quelques gestes habiles. Elle se demande si c'est elle qui a les mains glacées ou si c'est toi qui dégages toujours cette même chaleur qui semble glisser sur sa peau. Concentrée, penchée légèrement en avant pour se débattre avec le nœud et appliquée à faire en sorte que la lame continue de frôler ton épiderme pour que tu ne prennes pas trop d'aise, elle finit par venir à bout du nœud et le masque à plumes glisse finalement de ton visage. Elle se fige, comme traversée par un courant électrique. Ce n'est pas le visage qu'elle imaginait à sa cambrioleuse de l'autre nuit. Elle ne sait pas ce qu'elle imaginait et elle ne sait même pas trop comment ni pourquoi elle te détaille ainsi ; ni ce que c'est que ce truc violent qui lui retourne les entrailles. Ses yeux luisent toujours de colère lorsqu'elle les replace au fond des tiens, mais son trouble est impossible à étouffer. Cette fois elle montre les dents, clairement ; on dirait une chienne enragée prête à se jeter à ta gorge. « T'es qui, bordel ?! » T'es pas censée en savoir autant. T'étais pas censée être capable de rentrer dans sa chambre, et t'avais pas le droit de la menacer, de la voler et, surtout, de l'appeler comme ça. C'est peut-être la plus grave de tes fautes. Consumer en un mot ce qu'elle a de plus profond sans même qu'elle ait senti la déflagration.
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Evyria I - If I burn, so will you (/!\ explicit page 2)

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