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 OS ► Welcome to my world of fun

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HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : plus que pur.Messages : 443Date d'inscription : 05/04/2015Localisation : fouine partout dans le château.
Ҩ OS ► Welcome to my world of fun Ҩ Lun 20 Fév - 19:47

Animation permanente

Chachou aux commandes



Bienvenue dans ma tanière  

J'espère que vous prendrez autant de plaisir à lire ces OS que moi quand je les écris. Je vais essayer d'updater aussi souvent que mon inspiration me le permet.

Bonne lecture!  :teddy:

One-shots



Si votre personnage était endgame avec un autre (ENODDA)








     we are the poisoned youth


Dernière édition par Hedda T. Sørensen le Mar 21 Fév - 1:09, édité 1 fois
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HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : plus que pur.Messages : 443Date d'inscription : 05/04/2015Localisation : fouine partout dans le château.
Ҩ Re: OS ► Welcome to my world of fun Ҩ Lun 20 Fév - 19:47

ONE SHOT

CADEAU POUR COLINOU

Like I'm gonna lose you

Cause we'll never know when
we'll run out of time



Elle le lui avait répété des centaines de fois, mais elle ne l’avait jamais écoutée. Ce n’était pas faute d’avoir insisté, pourtant. Quand on connaissait l’artiste, son insubordination n’avait rien de très étonnant. Elle était comme ça, Enora. Passionnée. C’était en partie ce qui lui avait plu chez elle lors de leur première rencontre. Ça et puis aussi les fausses notes qui apparaissaient dans sa voix quand elle se mettait à rire. La mélodie sonnait étrangement familière aux oreilles de la Norvégienne. Dès les premiers instants, elle avait deviné les fantômes dans le regard de son amie. « Tu verras, un jour, on prendra notre revanche sur nos chiennes de vie, elle lui disait, hargneuse, sans même savoir précisément de quels fantômes elle parlait. » Hedda ne laissait jamais gagner la compassion, et encore moins la pitié. Quand elle ouvrait la bouche face à une Barjow dépitée, aucune phrase clichée n’en sortait. Aucune. Elle estimait que ce n’était pas son rôle, qu’elle n’était de toutes façons pas douée pour réconforter les gens. Elle la bousculait, l’obligeait à se relever. Parfois elle lui avait balancé des mots affreux, des mots que l’autre refusait d’entendre. Comme le jour où elle l’avait retrouvée recroquevillée dans son lit, les larmes aux yeux à cause de son crétin de petit ami. Il avait fallu que Hedda se batte pour obtenir la vérité. Quand son amie lui avait enfin avoué à demi-mots qu’elle s’en voulait énormément de rester avec un homme qu’elle n’aimait pas, c’était sorti tout seul. « Et c’est pour ça que tu pleurniches ? Pour un mec ? » Le ton de sa voix n’avait rien eu de doux. Elle avait levé les yeux au ciel, blasée par des drames personnels qu’elle ne comprenait pas tout à fait. Quelle importance, elle ne pouvait tolérer que la Flamme se mette dans un état pareil pour une telle bêtise. « Si tu ne l’aimes pas, t’as qu’à le larguer. Il s’en remettra. » Début de protestation de la partie adverse, aussitôt interrompue par la Sørensen. « Pitié arrête de t’en vouloir pour un rien, ça devient lassant. C’est pas en restant ici à t’auto-flageller que tu te sentiras mieux. Bouge-toi, merde. » Elle l’avait agrippée par le bras, sortie de sous les couvertures, secouée une bonne fois. « It’s your mess and you have to fix it. » Et comme si l’usage de sa langue maternelle avait parlé directement à son cœur, Enora avait rassemblé tout son courage et avait quitté la pièce, le regard soudain déterminé. Bon, sur le coup, Hedda avait été assez stupide pour ne pas entrevoir ce qui se passerait si jamais Enora rompait avec Darcy. Si c’était à refaire, peut-être qu’elle n’aurait pas tenu le même discours — c’était même certain. Elle s’était sentie bien conne quand elle avait vu son amie courir dans les bras d’Onisim, quelques jours plus tard.

Elle le lui avait répété des centaines de fois, mais elle ne l’avait jamais écoutée. Malgré toutes leurs altercations à ce sujet, pas une seule fois elle n’avait envisagé que la Norvégienne puisse avoir de réels arguments contre Vassilev. Non, ça devait forcément être autre chose, une sorte de jalousie mal placée. Hedda n'était bonne qu'à raconter des mensonges. Certes, elle pouvait s’avérer extrêmement "bitchy" quand elle n’appréciait pas quelqu’un, mais là c’était différent, même si la Flamme refusait de le croire. Il y avait tellement de choses qu’elle aurait dû lui avouer, tellement de fois où elle aurait dû lui révéler plus que ce qui se trouvait en surface. Qu’est-ce qui l’en avait empêchée ? Oh, un tas de blocages, principalement son orgueil à la con. Elle avait mal de reconnaître qu’elle avait peur de quelqu’un. Ce n’était pas l’image qu’elle voulait renvoyer, encore moins à Enora. Non, elle lui avait toujours montré le côté imposant, fort, de sa personnalité. Jamais les failles sous sa carapace d’illusions, jamais les cicatrices sur sa peau de porcelaine. Elle savait que la Gryffondor avait vécu une guerre qui l’avait transformée pour toujours et qu’elle n’était plus sûre de se sentir un jour à nouveau en sécurité. Pourtant c’était ce qu’elle avait essayé de lui apporter, un peu de sécurité. Hedda avait tout fait pour devenir cette pierre solide sur laquelle son amie pouvait se reposer, elle ne se briserait pas, elle ne la laisserait pas tomber. Cent fois, elle s’était montrée intouchable et digne devant elle, comme si rien ni personne ne pouvait l’abattre. Cent fois, elle avait laissé croire à Enora qu’elle pouvait être un exemple pour l’aider à avancer contre vents et marées. Alors comment lui avouer ses faiblesses, ses peurs, les monstres qui lui grignotaient tout son beau courage ? Comment faire tomber le masque quand c’est tout ce sur quoi on a bâti tout ça ? C’était de sa faute, l’Eclair aurait dû abandonner les armes et laisser couler les larmes. Mais il y avait toujours eu ce verrou en elle, chaque fois qu’elle s’était retrouvée face à Enora. Une boule au ventre qui l’empêchait de prononcer les mots justes, les mots qui l’auraient probablement marquée. Oh, elle avait déjà essayé, à plusieurs reprises. Elle s'était toujours dégonflée, préférant penser que quoi qu'elle dirait, son amie lui préfèrerait toujours Onisim. A chaque dispute à ce sujet, c'était toujours la rage qui prenait le dessus. « T'es tellement obnubilée par ce mec que tout ce que tu vois c'est votre putain de romance à deux gallions. » Hedda haïssait cet abruti avec ses vérités construites de toutes pièces, brique par brique. Si elle en avait beaucoup voulu à Enora de se laisser aveugler par son amour pour lui, ce n'était rien à côté de ce qu'elle reprochait au loup-garou. Encore plus aujourd'hui. « Qu'est-ce que ça peut te foutre ? C'est ma vie, c'est à moi de décider avec qui je veux la partager. » Non mais qu'est-ce qu'elle est conne. « Ouvre les yeux, ce mec est un dangereux psychopathe, Enora ! » C'était chaque fois pareil, les mêmes prises de tête, tout le temps. Au final ça avait même fini par les éloigner, c'était l'autre con qui avait encore gagné. Comme d'habitude. Enora ne jugeait que par lui, elle ne comprenait pas, elle ne voyait pas ce que la Sørensen voyait. Sa relation avec l'Ombre avait fissuré leur amitié, et tout ce qu'elles avaient construit à deux, sourire après sourire. Cassure douloureuse, insupportable. « Tu ne le connais pas comme moi je le connais. » « Toi non plus. Tu ne sais rien, rien du tout. » T'as même pas remarqué que tu te tapais un loup-garou. Franchement, Barjow, reviens sur terre. J'sais pas, fais quelque chose. Et arrête de nous faire souffrir, tu ne vois pas que ça nous tue à petit feu? Je parie que t'en as même rien à foutre. Bah devine quoi, c'est terminé, je décide que je m'en fiche, moi aussi. « Laisse tomber, ça sert à rien, tu… Tu comprends rien. Il a gagné, j'abandonne. » Blessure de l'âme. « C'est pas une compétition. » Si tu savais. Pour l'Eclair, tout était toujours une compétition. « Non, c'est pas… » Surtout toi. « Bref. C'est pas la peine de venir pleurer dans mes bras quand il te brisera le coeur. » « T'inquiète vraiment pas pour ça. » « C'est ce qu'on verra. »

Elle le lui avait répété des centaines de fois, mais elle ne l’avait jamais écoutée. Et maintenant c'était trop tard. Elle aurait tout donné pour se retourner le jour de leur dernière dispute, revenir sur ses pas et lui hurler qu'elle ne s'en fichait pas, qu'elle serait toujours là et qu'elle ne l'abandonnerait jamais. Mais elle ne l'avait pas fait, elle ne l'avait pas fait et elle le regretterait jusqu'à la fin de sa vie. Quand elle avait reçu le parchemin, ce matin, elle avait tout laissé en plan pour courir vers l'infirmerie. Enora était allongée sur un lit, c'était à peine si elle était encore en vie. Sa respiration lente faisait se soulever le drap, ça lui donnait un air extrêmement malade, qui terrifiait la Norvégienne. Celle-ci se précipita au chevet de son amie, encore toute secouée, bouleversée. L'infirmière tenta de l'empêcher d'approcher, « Mademoiselle, ce n'est pas une bonne idée, elle… » mais Hedda était déjà juste à côté d'elle, découvrant avec horreur son teint trop pâle. Beaucoup trop pâle. Les larmes lui montèrent aux yeux, comme ça, d'un coup. Enora essaya de parler, l'Eclair plaça un doigt sur ses lèvres. « Shh… Ne dis rien. » Ce n'était pas la peine, l'infirmière avait à nouveau croisé son regard et Hedda avait compris. Le venin de la bête avait déjà empoisonné son coeur. On l'avait trouvée trop tard, puisque personne ne savait où elle était et d'ailleurs personne n'aurait eu l'idée de la chercher dans les cachots. Il l'avait laissée là, il l'avait laissée crever toute seule. Et si seulement, si seulement Hedda avait été là, si elle s'était rendue compte de quelque chose… Mais non, au lieu de ça, Enora avait passé plus de 24h toute seule, dans une cellule vide, à se sentir partir de l'autre côté du voile. L'image lui brûlait les yeux, l'Eclair se mit à pleurer. Elle se sentait si impuissante face à la brutalité de ce monde. « On n'aura jamais notre revanche, hein? » Sur nos putains de chiennes de vie. Qu'est-ce qu'elle ne donnerait pas pour revenir en arrière, bon sang, qu'est-ce qu'elle s'en voulait. Jamais elle ne se pardonnerait de l'avoir laissée seule face à ce monstre. Jamais. « Arrête… de… pleurnicher, murmura-t-elle difficilement, réussissant malgré la douleur à afficher un maigre sourire. » Ça lui arracha presque un sourire, à elle aussi. Mais elle n'y arrivait pas, elle ne pouvait pas, non, pas sans elle. Elle n'y arriverait pas.

Elle aurait dû lui dire, lui dire jusqu'à ce qu'elle l'entende. Oh pourtant elle le lui avait répété des centaines de fois, mais Enora ne l'avait jamais vraiment écoutée. Elle ne lui en voulait pas, après tout, c'est vrai qu'elle racontait pas mal de mensonges dans sa vie. Mais elle était incapable de mentir sur ça. « Je… Je t'aime tellement… » Des mots cent fois prononcés, jamais tout à fait compris. Et pour la dernière fois, Enora lui sourit, lui répondant machinalement qu'elle aussi.





     we are the poisoned youth
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HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : PurMessages : 242Date d'inscription : 07/02/2016Localisation : Domovoï's Rock.
Ҩ Re: OS ► Welcome to my world of fun Ҩ Mer 26 Avr - 23:12

ONE SHOT

CADEAU POUR ANDREA

When I'm lonely, I know I'm gonna be


I'm gonna be the man
who's lonely without you


Ses cris déchirèrent le silence aussi violemment que les plaintes d'un loup sauvage. Hurlant son mal à un astre tragiquement sourd, il ne se sentit pas tomber lourdement contre le sol froid. La douleur, autant physique que psychologique, se répercuta dans tout son corps. Les échos de son âme brisée rebondirent contre les murs, faisant trembler la pièce qui resterait à jamais gravée dans sa mémoire comme le tombeau d’un être parti trop tôt. Ses mains tremblantes cherchèrent le contact de sa peau glacée, se perdirent dans une masse de cheveux blonds, retracèrent les contours de son visage figé dans une expression de peur. Parce qu’il n’avait pas été là. Il l’avait laissée, encore, alors qu’il s’était juré de ne plus jamais commettre la même erreur. Et maintenant il suppliait, la gorge serrée, le regard embué de larmes qu’il ne se pensait même pas capable de produire. Il suppliait qu’on la lui rende, par pitié. Par pitié, il murmurait. Oh, il n’avait plus grand chose de cet homme que tout le monde craignait, de ce monstre que tous pensaient deviner sous ses traits mensongers. Quelle importance, désormais ? Sa guerre se retrouvait bien futile, tout à coup. Douloureusement inutile.
Gestes mécaniques, pantin léthargique. Mordred se coucha par terre, à côté de sa dépouille. Le sang était déjà presque séché, elle était partie toute seule et il ne l’avait même pas senti, il n’avait même pas compris. N’avait-elle pas eu ce regard un peu trop dangereux avant de lui dire au revoir ? N’avait-elle pas posé trop de questions pour savoir s’il rentrerait tard ? Aveuglé par des ambitions qui semblaient soudain bien vides de sens, il n’avait rien vu, rien aperçu. Comme un con, il était parti chasser des fantômes. Parce que sans elle, ses beaux projets redevinrent des chimères auxquelles il n’aurait plus jamais vraiment envie d'aspirer. Rien n’avait de sens si elle n’était plus à ses côtés pour partager cet empire dont il lui avait tant parlé.

Elle était déjà poussière, Asphalt. Qu’allait-elle devenir là-bas, sans lui ?

*

« Amatis ? » Le prénom explosa entre ses lèvres, chargé d’un espoir auquel il s’accrochait depuis des heures. Il refusait de lâcher prise, de l’abandonner encore, de la trahir, toujours, tout le temps. Comment osait-il s’indigner que les autres le laissent tomber s’il n’était même pas là pour rattraper la seule qui ait jamais autant compté sur lui ? Tous des traîtres, mais bon sang, qu’est-ce que ça faisait mal de réaliser qu’il n’était en rien une exception. Les pas s’approchèrent, lents et hésitants. « Elle n'a pas pu venir. » Voix familière et pourtant si distante, il avait presque envie de lui demander ce qu'elle foutait là, Eva. Mais peut-être qu'il le savait déjà, au fond. C'était la seule qui était assez forte pour venir lui parler, sans doute aussi la plus détachée sur le plan émotionnel. Pourtant, quand il planta ses prunelles ternies par le chagrin dans les siennes, elle ne parvint pas à soutenir son regard. Ça puait le désespoir. « Je comprends, articula-t-il difficilement. » Amatis n'avait rien pu faire pour la sauver, et le plus triste, c'était que ça le surprenne malgré l'évidence, la fatalité. Pourtant il l'avait vue, c'était déjà terminé longtemps avant qu'il n'arrive sur la scène du crime. « Non, tu comprends pas. T'as plus personne maintenant. » Même pas toi, Eva? Non, ça fait longtemps que je t'ai perdue, pas vrai? « Je sais. » Ses réponses n'étaient que des réflexes blancs, automatiques. Son âme avait comme quitté son corps. « Putain mais tu sais rien, Mordred ! Rien du tout ! Elle pense que c'est ta faute, hurla-t-elle. » Il fixait le plafond, à peine conscient. « Bien sûr que c'est ma faute, Eva. » « Ah oui? Tu vas me faire croire que tu lui as injecté tout ce sang toi-même? » Du sang. Partout autour de son petit corps inanimé. Et dessus aussi, sur sa peau diaphane. Un carmin vif, agressif. Dégoulinant de sa bouche, de ses yeux. « Tu savais que ce Vainqueur était malade, tu le savais ! Tu ne lui aurais jamais dit de se transfuser son sang, je te connais. Je sais que tu ne la laissais jamais rien faire toute seule. » Tom. L'autre dépouille jonchée à côté de sa belle. « Putain mais dis quelque chose, MERDE ! » Ses lèvres restèrent scellées, presque sans le faire exprès. « Elle va te tuer, Mordred. Cette fois-ci tu ne t'en sortiras pas vivant, alors à quoi tu joues, hein? A quoi tu joues bon sang?! cria-t-elle, sans trop savoir pourquoi ses mains s'étaient mises à trembler. » Elle tournait en rond à côté des lambeaux de cet homme qu'elle avait connu. Une bombe à retardement menaçait d'exploser à l'intérieur de sa cage thoracique et elle n'avait aucune idée de comment une arme si puissante s'était retrouvée si près de son coeur. « Tu m'entends? Elle va te tuer ! » Un soupir. Ni plus ni moins. Juste un abandon faible, minable, insensé. « Qu'est-ce que ça peut te foutre? » Gorge serrée, bouche entrouverte ; rien n'en sortit. La vérité c'est qu'elle aurait dû s'en foutre, il avait raison. Mais ce n'était pas le cas et elle ne voulait pas franchement savoir pourquoi. Pourquoi elle était incapable de le laisser là, en attendant que Valkyria ne débarque pour l'achever. Il crèverait seul, sans personne, et le monde s'en porterait certainement mieux. Alors pourquoi pas elle?

Pourquoi est-ce que tu en as quelque chose à foutre, Eva?
Pourquoi?

*

Face à son regard enragé, elle ne faisait pas la fière. Elle avait tous les droits du monde d'être en colère, elle pouvait même lui hurler dessus si ça l'aidait à se sentir mieux. Sincèrement, Eva n'en avait rien à faire. Elle se sentait… déconnectée. Comme si rien de tout cela n'était réel, comme si sa vie ne se fissurait pas entre ses doigts. « Qu'est-ce qui t'a pris? » Sa voix dégageait une telle rage qu'elle était à peine reconnaissable. « Tu sais très bien ce qui m'a pris, Valk. » Regards noirs, comme au premier jour. Projection du passé. Deux marionnettes dont les fils s'étaient doucement usés. Hélas ils résistaient encore, envers et contre tout. Elles avaient beau se débattre, leurs mains étaient liées. « C'est sa faute si Asphalt est morte. C'est sa putain de faute. » Elle n'osa pas la contredire, pas maintenant. « Et qu'est-ce que tu comptais faire, hein? » Elle le savait déjà. « A ton avis? » Oui, elle le savait déjà. « Et le serment inviolable? T'y as pensé à ça? T'as pas le droit de l'approcher ; si tu l'avais tué, tu serais morte toi aussi. » « Ça n'a aucune importance ! Il… Il bousille les vies de tout ceux qu'il rencontre et on devrait le laisser faire? » « Non, c'est pas » « Il a violé Amatis. Il m'a brisée. Et maintenant il. » Les larmes roulèrent le long de ses joues. Pour la millième fois depuis hier. « Valkyria… » Mouvement de recul. Ne m'approche pas. « Non. T'as pas le droit de me réconforter alors que tu m'as empêchée de faire ce qu'il fallait. » Son violon. Elle ne s'en séparait jamais. Dès qu'elle avait vu la silhouette de la Dragonstone entrer dans la pièce d'un air décidé, elle avait sorti son arme. Elle n'avait pas hésité une seule seconde. Elle n'avait pas cherché à se l'expliquer, et soudainement, ce serment inviolable devint une parfaite justification. « C'est lui ou moi. Choisis ton camp. » Ça aurait dû être simple. Tellement, tellement simple. Il n'y avait aucune raison pour que ce ne le soit pas. Aucune.

Pas vrai?


*


Il n'avait pas bougé. Allongé dans son cercueil, il lui aurait presque fait pitié si il avait été n'importe qui d'autre. S'approchant sans un bruit, elle hésita longuement à briser le silence. « Pourquoi tu l'as arrêtée? » Il ne s'était même pas donné la peine de se retourner pour vérifier qui elle était, il savait juste que c'était elle. Eva ne réfléchit pas, elle sortit la première réponse qui surgit dans son esprit salement perturbé. Trop de mélodrames, sans doute. « Le serment inviolable. » Elle s'approcha un peu plus près, prit place sur le fauteuil d'en face. « Ah, lâcha-t-il un peu trop fort. » Le silence retomba, lourd de tout ce qu'elle ne lui disait pas.

Elle savait qu'elle n'aurait même pas dû venir, mais quelque chose dans l'attitude de Mordred l'avait inquiétée. Son masque s'était écroulé, juste avant l'arrivée de la tornade Valkyria. Il lui avait montré la douleur nichée dans son regard, bien réelle. Elle avait su déceler les failles dans son armure, deviner des fissures plus profondes sous celles qu'elle connaissait déjà. Et l'espace d'un instant, elle avait vu un homme là où elle avait toujours vu un monstre. Elle ne le pensait pas capable d'aimer, mais peut-être avait-il aimé Asphalt à sa façon, la seule qu'il ait jamais apprise. Il l'aimait mal mais il l'aimait vraiment, si fort que ça l'avait détruite. Elle s'était demandé qui avait bien pu l'aimer lui, au point de le pousser à s'autodétruire. Avait-il seulement connu quelque chose de vrai, un jour? Avait-il seulement eu quelqu'un pour l'empêcher de se transformer en monstre? « Ecoute, Mordred, commença-t-elle d'une voix rauque. » Elle ne serait pas cette personne. Elle ne pouvait pas être celle qui resterait de son côté, qui lui tendrait une main pour le soulever du gouffre dans lequel il s'était enfoncé au fil des années. « Te fatigue pas. Je vais partir. » Elle chercha son regard sas le trouver. « Où ça? » Il ricana, et subitement, il ressemblait déjà un peu plus à Mordred. « J'en sais rien. Je m'en fiche. » « Tu laisses tomber tes beaux projets d'avenir? J'ignorais que ta cracmolle comptait à ce point-là. » Et aussi facilement que ça, elle redevint un peu plus Eva, elle aussi.

Le temps sembla s'écouler plus lentement, jusqu'à ce qu'il parvienne enfin à refaire surface. D'un coup, il plongea son regard dans le sien, comme un poignard en plein coeur. « A quoi ça sert? » Elle fronça les sourcils, perplexe. « C'était pour elle que je voulais l'Ox. » « Ne me prends pas pour une idiote, tu es loin d'être le mec le plus altruiste du monde, Dolohov. » Même pas un sourire narquois, rien. Rien du tout. « Je sais. Au départ je venais pour prendre ma revanche sur Avalon, récupérer ce qui m'appartenais. Je ne vais pas te faire un dessin, j'avais un plan. Mais maintenant, je suis juste… fatigué. Et seul. » Elle se retint de préciser qu'il l'avait toujours été. Parce qu'elle n'avait jamais eu l'occasion de discuter avec ce Mordred-là, celui qui s'appelait Adonis. « C'est pas la fin du monde, tu retrouveras quelqu'un capable de te supporter. » « Tu comprends pas. » Si, et c'était ce qui la dérangeait. Elle voyait bien qu'il souffrait, il ne s'en cachait même pas vraiment. Alors elle lança la grenade, sans qu'aucun des deux ne puisse s'en protéger. « Quoi, tu vas me faire croire que t'étais amoureux d'elle? cracha-t-elle. » Comme si il pouvait répondre, qu'est-ce qu'il en savait, lui? Eva pouvait affirmer que ce n'était pas le cas. Du moins, avant l'accident, elle aurait pu. « Désolée, je » « Non, t'as raison, c'est ridicule. Qu'est-ce que j'y connais de toutes façons. » Elle se trouva odieuse, curieusement. Il venait de perdre la seule femme assez stupide pour construire un avenir avec lui, et elle saccageait tout ce qu'ils avaient bâti.
Il se redressa, mais lui déroba son regard. « Tu devrais partir. » Elle avait presque oublié la raison de sa venue. Valkyria. Elle avait choisi son camp. Il semblait déjà au courant, songea-t-elle. « C'est bien pour ça que tu es venue, pas vrai? Pour me dire au revoir. » Il avait dit ça comme si elle lui devait quelque chose, comme si il n'aurait pas supporté qu'elle s'en aille sans un mot. Sans trop comprendre pourquoi, son revirement d'attitude l'agaça plus que de raison. Elle n'était qu'un autre de ses pions. Le dernier avant la capitulation. Echec et mat, crétin. Elle ne lui devait rien, il ne représentait rien. Juste un énorme gâchis. « Tu ferais mieux d'avoir disparu avant demain matin. La prochaine fois, je ne la retiendrai plus. » Sans demander son reste, la jeune femme se leva d'un bond et quitta la tente d'un homme qu'elle ne reverrait plus avant longtemps. Qu'elle finirait presque par oublier.

Presque.

*


Ce qui s'était passé ce jour-là, Eva n'en parla jamais à Valkyria. Ça n'avait aucun sens, ce n'était pas grand chose en soi. A peine quelques mots échangés, insignifiants. Totalement insignifiants. Pourquoi est-ce que ça lui avait tant coûté de s'en aller? Elle n'en savait rien. Peut-être était-ce à cause de l'ombre qui lui avait voilé le regard quand elle avait sous-entendu qu'un monstre comme lui n'avait même pas un coeur pour aimer. Pourtant elle avait ressenti sa douleur, elle l'avait même vécue ; quand Lancelot était parti, ça l'avait pulvérisée. Il ne restait plus que des miettes d'elle-même étalées partout sur le sol. Elle devait se forcer à respirer, à parler, le moindre geste lui demandait un effort surhumain. Un peu comme lui, ce jour-là. Ou plutôt exactement comme lui ce jour-là.

Son nom n'avait plus jamais été prononcé. Un tabou qui prenait de moins en moins de place au fil des jours, des semaines. Cela faisait quatre mois qu'elles avaient quitté l'île, laissée à feu et à sang par les assaillants. A vrai dire, elles ne savaient même pas pourquoi elles étaient restées si longtemps après la mort d'Asphalt. Presque deux semaines. Deux semaines atroces. Valkyria avait retardé l'échéance autant qu'elle l'avait pu, mais un membre de sa famille était finalement venu la dénicher sur le terrain. Retour sans fanfare en Angleterre. Asphalt n'eut droit qu'à quelques poignées de terre. La cérémonie n'en avait pas vraiment été une, ça n'avait même pas été annoncé publiquement. Et malgré tout, sous la pluie torrentielle de cette triste matinée, Eva n'avait pu s'empêcher de scruter les alentours. Il n'était pas venu. Après ça, elle avait absolument tout fait pour ne plus y penser, et ça avait fonctionné. Jusqu'à aujourd'hui.

La boule au ventre, la jeune femme attendait le retour de Valkyria. Cette dernière s'était rendue au domicile familiale pour y jouer un rôle qui ne lui seyait plus depuis longtemps, mais qu'elle continuait à feindre parce qu'elle s'en sentait le devoir. Pas la peine de lui en parler, les mots se refusaient à franchir ses lèvres. Mais à chaque fois qu'elle revenait de ce trou à rats, elle était un peu plus brisée.
Pas cette fois-ci. Non, cette fois, il y avait autre chose. Une sorte de démence qu'elle ne lui connaissait pas. Quand elle franchit la porte, elle arborait un drôle de sourire. Honnêtement, ça lui fit instinctivement peur. Elle ne l'avait jamais vue avoir l'air aussi détraqué. « Alors? demanda-t-elle, suspicieuse. » La blonde se dirigea droit vers elle, lui agrippant les poignets d'un geste brusque. « Dis-moi où il est. » Mauvaise, elle la força à affronter son regard sombre. « Qui ça? » Elle pinça sèchement les lèvres. « Mordred. » Silence de plomb. Eva tenta de se défaire de son emprise, d'échapper au déluge qui s'annonçait à l'horizon. « Comme si je le savais. » Valk la laissa s'éloigner, en transe. « Tu ferais mieux de m'aider à le retrouver. Tu sais mieux que personne où ce salopard pourrait se planquer. » Puis elle partit dans le bureau, évida chaque tiroir jusqu'à trouver un grimoire douteux. Elle en sortit une liste où plusieurs adresses étaient inscrites. Parmi elles, celle d'Amanda Greengrass. « On commencera par là, dit-elle en indiquant une rue et un numéro. » Eva ferma violemment le bouquin, son coeur s'était mis à battre plus vite dans sa poitrine. « Tu vas m'expliquer ce qui se passe. Tout de suite. » Elle voyait bien que la douleur crispait les traits de son visage, douloureux souvenir d'un serment impossible à défaire.
Valkyria avança, déchaînée comme un orage d'été. « Je t'ai menti, d'accord? » Ça commençait bien. « Je ne suis jamais passée au-dessus, je peux pas. Je sais que je t'ai dit que j'y arriverais, mais je l'ai dit pour te faire plaisir. Je peux juste pas. » Et il lui avait fallu tout ce temps-là pour lui en parler? Pourquoi maintenant? Qu'est-ce qui avait changé? « Mes parents. Ses parents. Ils refusent de me rendre ma liberté, et j'en peux plus. Seulement est-ce que j'ai vraiment le choix? Je ne peux plus rétablir la vérité, c'est trop tard : Asphalt est morte et moi je suis prise au piège. » Obligée de mentir, de porter une couronne dont elle ne voulait plus, trop lourde pour sa petite tête. « Et tu sais quoi? J'allais très bien avant de rencontrer Mordred, j'étais parfaitement normale. » Mensonges mensonges mensonges. « Il a tout gâché, c'est sa faute. Il m'a rendue comme ça, il m'a fractionnée en petits morceaux. » Nouveau silence. « Et puis il a tué Asphalt. Il m'a enlevé mon seul moyen de remettre les choses à leur place. Je suis sûre qu'il l'a fait exprès. C'est sa faute. Tout est sa faute. Et je vais me venger. » Eva l'observa sans rien dire, le coeur en bandoulière.

Les minutes s'égrainèrent jusqu'à ce qu'elle ose enfin parler. Avec un peu de recul, peut-être aurait-il mieux valu qu'elle se taise. « Quand est-ce que tu vas arrêter de lui reprocher d'avoir fait de toi celle que tu es? » Coup violent. Choc. Incompréhension. « Quoi? » Un fossé se creusait, mais au fond, peut-être bien qu'il avait toujours été là et qu'elles avaient simplement choisi de l'ignorer. « C'est toi qui lui as demandé de t'apprendre. » « A me défendre, pas à me battre avec moi-même. » Adonis, Mordred, Visenya, Valkyria : même combat? Probablement pas. « Tu l'avais déjà en toi. Quand est-ce que tu vas comprendre ça. » Pas maintenant, visiblement. Elle n'était pas encore prête. « Pourquoi tu me dis ça? Je pensais que tu me connaissais mieux que ça. » « Oh mais je te connais par coeur, Valkyria. Le truc c'est que t'arrêtes pas de changer d'avis. Un jour tu veux le titre et tout ce qui va avec, le lendemain tu décides que c'est trop de responsabilités. Un jour tu te fous complètement d'écraser ta cousine, le lendemain tu chiales parce qu'elle est morte. » La gifle claqua aussi fort que ses mots. « Qu'est-ce qui te prend? » Le vertige, voilà ce qui lui prenait. Ce vide viscéral qu'elle ne parvenait ni à compenser, ni à s'expliquer. « Je pensais que tu finirais par grandir un peu, assumer ce que tu avais fait à Asphalt et à toi-même. Pourtant t'es encore là à accuser quelqu'un d'autre pour tes problèmes. » « Attends, sérieusement là? Tu le défends? J'arrive pas à y croire ! » « Il n'a jamais forcé Asphalt à faire cette transfusion. » « Ah non? Pourquoi tu crois qu'elle voulait tant posséder un peu de magie, hein? Qui lui a mis cette idée en tête, dis-moi? A cause de qui elle l'a faite, cette overdose? Elle a fait ça pour quoi hein? Pour faire plaisir à qui? » « A toi. Aux Dragonstone. » Explosion dans sa poitrine. Déflagration meurtrière. Et si c'était ta faute, Valk? Silence vrombissant. « Comment oses-tu dire ça. » « Parce qu'il fallait bien que tu l'entendes tôt ou tard. »

Parce qu'elle n'était pas certaine que Valkyria serait capable d'évoluer un jour. Parce qu'elle avait déjà trop donné dans les drames et dans les larmes, dans le compliqué, dans tout, elle avait trop donné. Elle n'avait plus grand chose. Son fils l'attendait chez Alexandra, il lui manquait terriblement, mais elle n'avait pas pu l'amener parce que clairement, Valkyria n'était pas prête pour ça. Elle n'était pas prête à abandonner sa stupide quête de justice. Peut-être qu'un jour elle se rendrait compte de tout ça, elle lâcherait toutes ces conneries auxquelles elle s'accrochait désespérément pour enfin oser vivre. Accepter la vérité, aussi douloureuse fut-elle. Peut-être que leurs chemins finiraient par se recroiser et ne plus se séparer.

Mais en attendant, Eva devait s'éloigner.
Le pouvoir, ça rendait les gens fous. Toxiques.
La vengeance aussi.

*


Parfois, le hasard nous réserve de drôles de surprises. Comme ce matin-là, sur le Chemin de Traverse. Si elle avait pu trouver quelqu'un pour garder Mateo, elle n'aurait pas été obligée de l'emmener avec elle pour cette mission. Si elle n'avait pas acheté un objet de magie noire qui soit illégal, elle n'aurait pas dû être si vigilante. Si on ne l'avait pas bousculée, elle n'aurait pas été distraite. Si, si. Si. Son fils ne se serait jamais égaré au milieu de la foule.

Panique. Impossible de respirer. Asphyxique. Où est-il? Où est-il? Elle cherchait partout, angoissée comme jamais. Elle avait l'impression qu'en une seule seconde, son monde venait de s'effondrer sous ses pieds. Elle criait son nom, comme une cascadeuse s'accrochant de toutes ses forces à la corde qui l'empêchait de tomber dans le vide. Elle poussa tout le monde, le cerveau en pause, sa vie en pause. Qu'est-ce qu'elle avait fait. Elle avait à peine été perturbée une minute, même pas, et puis elle était certaine de l'avoir appelé après, oui, elle l'avait appelé. Elle l'avait forcément fait. Bon sang mais pourquoi est-ce qu'elle l'avait emmené. Pas d'argent. Pas le choix. Elle aurait dû le laisser vivre chez Alexandra, là-bas au moins il était en sécurité. Elle aurait dû. « Maman ! » Souffle suspendu. C'était lui. Il courut dans ses bras, elle le serra plus fort que jamais. « Mateo ! Oh tu m'as fait tellement, tellement peur ! dit-elle en espagnol. » Soulagée, elle suivit ensuite le regard de son fils qui restait étrangement fixé vers un point derrière elle.
Lorsqu'elle se retourna, elle eut l'impression de se trouver face à un fantôme. Propulsée des années en arrière, tout son être était paralysé. Elle ne savait ni quoi faire, ni quoi penser. Pourtant Mateo venait de cette direction, ça devait être lui qui l'avait ramené. « Il attendait devant une vitrine, tu as de la chance que je l'aie reconnu. » Reconnu? Il lui fallut un moment avant de se souvenir de la photo. Ça faisait tellement longtemps, désormais. Pourtant elle se souvenait très clairement de l'état dans lequel elle l'avait laissé, avant de s'enfuir pour un semblant de toujours. « Je… Oui, euh, merci. » Leurs regards se croisèrent, sans filtre et sans leurre. Il eut un léger sourire, incertain, déconcertant. « Toujours dans le business? » Elle réalisa à quel point sa vie était peu palpitante. Elle devait encore se salir les mains pour avoir de quoi vivre. « Il paraît que je suis douée. » Malaise incongru, inhabituel. Il avait l'air… différent, mais elle n'aurait pas su dire ce qui avait changé. Il ressemblait plus à l'homme que tous admiraient, celui qui avait réussi sa vie, que lorsqu'il était sur l'île. Comme si il était de retour à la case départ. Effacer Mordred, réécrire Adonis. « Et toi, toujours… seul et fatigué? » Le rictus gagna ses lèvres malgré elle, elle ne pensait pas avoir à ce point mémorisé leur dernière conversation. Dans ses bras, Mateo, sept ans, fixait le jeune homme d'un air intrigué. Elle le relâcha avant de se relever, la peur envolée. La petite main de son fils n'osa plus quitter la sienne. « A peu près. »
Ils restèrent plantés là, incapables de se détacher du regard de l'autre. Eva cherchait encore à comprendre pourquoi son coeur battait si vite. Elle se dit que c'était sûrement parce qu'elle avait failli ne pas retrouver Mateo. Oui, ça devait être ça. Et pourtant elle se souvint avoir déjà ressenti ça, le jour où elle avait compris qu'il aimait vraiment Asphalt, aussi insensé que cela puisse paraître. Elle s'était trompée sur beaucoup de choses à son sujet, pensant qu'il n'était que le monstre qu'il voulait que tout le monde voie. Où était-il, à présent? Vivait-il encore en lui? « C'est… Ça m'a fait plaisir de te revoir, Eva. » Il avait l'air incroyablement sincère. « A la prochaine, Mordred, trancha-t-elle. » Si il y en avait une. « Adonis, lâcha-t-il doucement. » « Pardon? » « J'ai laissé tomber toute cette histoire. » Elle le fixa presque aussi intensément que son fils ne le faisait déjà, détaillant chaque millimètre de ce visage qu'elle redécouvrait. Qu'elle avait dû désapprendre par nécessité. « Ah. »

Ils échangèrent un vague sourire, puis Eva disparut.
Sans trop savoir pourquoi elle espérait le revoir.

*


Ils s'étaient revus. D'abord par un hasard légèrement forcé, puis par habitude. Elle avait l'impression de ne pas le connaître. Il était redevenu Adonis, mais c'était comme si pour la première fois depuis toujours, il était enfin en paix avec lui-même. Alors qu'il n'avait plus personne. Ça aussi, elle l'avait remarqué. Par un miracle plutôt suspect, il avait réussi à conserver sa place au Ministère. Un bon poste, prestigieux, grassement payé. Ce qui lui avait permis de s'offrir une vaste résidence, cruellement vide. Quand il avait laissé échapper ce détail, en insistant un peu trop dessus pour que le lapsus demeure crédible, il lui avait semblé encore plus seul qu'elle ne l'imaginait déjà. Au final, elle réalisa bien vite qu'il avait réussi à obtenir tout ce que Mordred désirait pour lui et Asphalt, à peu de choses près. Adonis était comme le gardien des lieux hantés par des fantômes de son passé. Alors ça lui échappa d'un coup, à Eva. « Tu as changé. » Il ne réagit pas, elle s'en voulut instantanément d'avoir parlé à voix haute. « Oui, se contenta-t-il de répondre. » Parce qu'il n'y avait pas grand chose d'autre à dire, tout était là, étalé sous leurs yeux.
Tout était là et pourtant il y avait toujours ce trou béant qui creusait des tunnels dans leur coeur. Ils avaient maquillé l'absence à l'aide d'une courtoisie jamais forcée, mais toujours très opportune. Adonis fut le premier à briser ce silence qui durait depuis trop longtemps. « Je ne t'en veux pas. » Naturellement, elle fit semblant de ne pas comprendre. Parce que c'était plus facile que de se retrouver face au miroir de ses erreurs. Au final, ces retrouvailles, n'était-ce pas que le résultat de leurs échecs? Ils avaient tout perdu, peut-être pas en même temps. Mais il avaient tout perdu quand même, de plusieurs façons. Parfois c'était des petits bouts d'eux-mêmes, un être aimé, un espoir. Souvent ce n'était pas grand chose, mais ça avait épuisé leurs âmes. Au moins, elle avait encore son fils. Et lui, que lui restait-il? « D'être partie. » Cette fois, elle soutint son regard, comme elle aurait probablement dû le faire ce jour-là. Pour lui montrer qu'elle en avait vraiment quelque chose à foutre. Qu'il n'était pas tout seul, pas vraiment. Pourtant elle l'avait laissé, sans un regard en arrière. « Je ne pouvais pas rester. » « Je sais, coupa-t-il avant qu'elle n'ait le temps de prononcer un nom qu'il ne pouvait pas entendre. Et maintenant? » Est-ce que tu vas encore me laisser tomber?  Mal à l'aise, elle profita de l'arrivée de la serveuse pour commander un autre café. Serré. « Qu'est-ce qui t'es arrivé? Pourquoi est-ce que tu es si… normal? » Elle se posait sincèrement la question. « La vérité c'est que j'en sais trop rien. Asphalt est morte et tout est devenu différent, plus rien n'avait de sens. Mordred n'avait plus de sens ; alors, j'ai arrêté de lui en donner. » Il avait ravalé ses rictus malsains et ses regards terrifiants, son orgueil à la con et ses remarques acides. Alors elle le crut, parce qu'elle l'avait vu, cet homme-là. Quand elle lui avait dit au revoir. C'était lui qui avait dû encaisser le coup qu'elle destinait à son alter-ego. « Ça te réussit plutôt bien. » « Plutôt? » Elle sourit. « Le style sombre et torturé, ça avait son charme. » « Maintenant je suis juste seul et ennuyeux, c'est ça? » Elle ne s'était jamais autant perdue dans la profondeur de ses yeux. « Non, j'ai pas dit ça, confessa-t-elle à demi-mots. »

Ce n'était pas grand chose, pourtant ça devint absolument tout. L'espace de quelques secondes, ils n'étaient plus que ces deux coeurs meurtris qui avaient passé trop longtemps à s'éviter. Comme des satellites parcourant la même trajectoire, ils avaient chacun ressenti la connexion, ce besoin inexplicable de l'autre, mais jamais au même moment. Jamais quand il fallait. Ils avaient nié ce qui semblait trop évident pour qu'ils y accordent un minimum d'attention, mais si ils avaient seulement accepté de voir ce qui était là depuis le départ, peut-être qu'ils auraient pu y croire. Son regard anormalement clair se mit à peser lourdement sur ses iris chatoyants. Inconsciemment, Adonis avait toujours fui ce qui le tétanisait – les sentiments, le jugement des autres, tout ce qui demandait un tant soit peu d'implication. Et quand il n'avait pas pu fuir, il s'était appliqué à soigneusement tout saccager avec une dévotion proche de celle d'un artiste. Dans les recoins de son esprit, une petite voix lui hurlait de partir. Mais dans tout son être, il y avait l'urgence, l'appel de l'autre, la révélation fatale. Et pour une fois, il eut l'audace de rester là, de ne pas bouger, ou si peu. De ne pas s'enfuir. Il ne s'était plus senti si vulnérable depuis des années, s'empêchant de se soumettre à des émotions qu'il finirait par regretter comme il l'avait toujours fait avec une assiduité presque tragique. Mais Eva était revenue, ravivant des espoirs oubliés, massacrés trop tôt. Des illusions planquées dans le galbe de sa nuque où tombaient quelques mèches rouges, vibrantes, qui dégageaient ce parfum qu'il respirait pour la première fois et qui s'ancrait déjà sur sa peau. Elle s'incrustait sous sa chair, se distillait en lui, lui faisant miroiter milles rêves qu'il n'avait plus jamais osé rêvés.
Peu à peu, son visage s'approcha du sien, cherchant à se fracasser contre des barrières qu'elle ne dressa pas. Elle le laissa faire, des éclats de verre dans l'estomac tellement ça la terrifiait d'en avoir à ce point envie. Est-ce qu'elle l'avait toujours su? Quelle importance, cela semblait si facile à admettre maintenant que leurs coeurs battaient à l'unisson et qu'elle avait la preuve inébranlable qu'il se passait réellement quelque chose entre eux. Quelque chose de pas franchement compréhensible, de presque douloureux tant ça la libérait de tous ses silences qu'elle avait jugés sans importance. Mais si ça n'avait rien voulu dire, alors pourquoi ce sourire incrédule quand enfin ses lèvres effleurèrent les siennes? Pourquoi cette impression que tout avait soudain du sens, que l'ordre cosmique s'était rétabli? Ses cils délicats caressaient les paupières d'Adonis tellement ils étaient proches, jusqu'à sceller ces années de non-dits par un baiser plus parlant que tous les mots qu'ils auraient pu prononcer. Avec toute la violence des affres dont ils avaient trop souffert, ils prenaient leur revanche sur leurs chiennes d'existences. Et ça prenait de plus en plus de sens au fil des secondes, des minutes. Des jours.


*

Elle approcha son corps du sien, dans un mouvement trop chaste pour sembler innocent. Son regard de braise dévora son corps à la manière d'une croqueuse de chair. Ils n'avaient pas cherché à mettre une étiquette sur ce qu'ils avaient, ils se fichaient bien de savoir si ça allait durer, parce que quelque part ils en étaient intimement persuadés ; mais aucun des deux ne voulait l'avouer. Comme ce matin-là, où Eva se perdit dans ses draps, s'accrochant férocement à sa peau, à ses épaules, à tout ce qui lui appartenait quoiqu'il en dise. Quoiqu'il tente de lui faire croire, la vérité se cachait au fond de leurs iris trop brillants, dans leurs regards trop appuyés, chargés d'un milliers de sous-entendus qu'il était bien inutile de dévoiler. Elle posa la tête contre son torse, encore brûlant. Et il réalisa soudainement qu'ils se réveillaient ensemble, encore. Pour la cinquième fois consécutive cette semaine. Amusé, il brisa le doux silence dans lequel ils s'étaient lovés. « Tu sais, je crois que tu devrais vraiment emménager. » Elle s'esclaffa, incrédule. « Parce que ta maison est si tristement vide, le nargua-t-elle. » « Elle le serait un peu moins avec Mateo et toi. » Son coeur manqua un battement. Elle avait remarqué comment il regardait son fils, comment il posait une main rassurante sur son épaule parfois, comment il lui souriait un peu bêtement, souvent. Mateo avait terriblement besoin d'un père, après tout. Juste comme ça, elle passa d'une mine moqueuse à une expression un peu plus provocatrice, qui creusait sous la surface. « Qu'est-ce qui t'arrive, Greengrass? Ne me dis pas que tu es amoureux de moi, fit-elle, essayant tant bien que mal de faire ralentir les battements de son coeur. » Doucement, il plongea son regard bleuté dans le sien. « Est-ce que ça te semblerait encore si inconcevable? »




Welcome to my world of fun
If it feels good, tastes good, it must be mine. Heroes always get remembered but you know legends never die. And if you don't know now you know, I'm taking back the crown. I'm all dressed up and naked. I see what's mine and take it. The crown, so close I can taste it.


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HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : Née MoldueMessages : 183Date d'inscription : 17/11/2015Localisation : Domovoï's Rock
Ҩ Re: OS ► Welcome to my world of fun Ҩ Jeu 27 Avr - 14:47

Je suis complètement dingue de cet OS que je relis pour la troisième - quatrième ?- fois.

Tu viens de me transformer en vieux chewing gum. Ta plume est parfaite. Momo est parfait.

JE T'AIME.


Dead is the new alive
i've died a thousand times ✻ I could cry a thousand tears, I could appease your secret fears... But the louder that I scream the harder your machines close over me. But I don't care, Maybe I'm afraid, but still I swear, If I burn, you will see the fire in your mind when you sleep. And the rain won't wash away the ashes underneath your nails today
'Cause if I burn, so will you.
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OS ► Welcome to my world of fun

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