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 Only truth matters [Enora]

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HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : PurMessages : 103Date d'inscription : 01/01/2017Localisation : Durmstrang
Ҩ Only truth matters [Enora] Ҩ Sam 4 Fév - 21:45

Loevi avait très vite cessé de compter les jours qui s’étaient écoulés depuis que le chaos s’était abattu sur Durmstrang - si la chose avait été possible, en revanche, elle aurait volontiers établi un compte à rebours précis de ceux qui la séparaient encore du moment où les choses deviendraient pire encore. Car il ne faisait aucun doute dans son esprit que tout allait de nouveau être bouleversé - il n’y avait qu’à voir l’atmosphère instable et chargée de tension qui régnait tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’école pour s’en convaincre. Il suffisait d'une seule erreur, d'une seule réussite, d'une seule action décisive pour déclencher un nouveau cataclysme, et très certainement causer plus de morts qu'il n'y en avait déjà eu. Probablement la sienne, par ailleurs, en plus de celle de sa cousine Aleksandra, qui avait eu le mauvais instinct de choisir l'un des clans ayant obtenu le pouvoir tristement convoité de l’Ox.

Elle redoutait l’instant inéluctable où sa famille mettrait de nouveau la main sur elle, au point de parfois ne pas réussir à trouver le sommeil, au milieu de tous ces gens qu’elle avait choisi de protéger quand on attendait d’elle qu’elle les trahisse sans le moindre remords. Elle avait échappé par miracle à la dénonciation, après Poudlard, sans doute parce que ses parents, trop pressés de se mettre à l’abri de la main vengeresse du Ministère, avaient quitté l’Angleterre quasiment à l’instant où la bataille avait pris fin, sans même se soucier de dire au revoir aux copains. Elle doutait sincèrement de bénéficier de la même chance cette fois-ci - déjà et surtout parce que, si les choses dégénéraient, de la seule façon possible, ses géniteurs seraient cette fois en position de force.

Il se trouverait bien quelqu’un pour la vendre.

Pour l’heure, malgré tout, elle s’efforçait de mettre ses craintes de côté pour se concentrer sur l’important. Tâche difficile, bien sûr, d’autant plus lorsque, chaque heure de chaque jour, elle croisait le regard à la fois haineux et craintif de sa cousine, qui semblait attendre avec un mélange de colère et de résignation le jour où cette parvenue d’anglaise trouverait le moyen de l’envoyer par hibou à sa chère famille russe. Parfois, de plus en plus souvent, Loevi éprouvait le besoin presque viscéral de lui expliquer par le menu quel genre de fille elle était réellement - mais, outre le fait que la jeune fille n’aurait certainement jamais compris une personnalité comme la sienne, l’anglaise n’avait pas le coeur ni la patience de tenter d’abattre les solides préjugés de sa cousine.

C’était d’ailleurs valable pour le reste de la population terrée au sein de la salle de réception. Elle ne s’était jamais tellement sentie à l’aise au milieu d’eux, qu’il s’agisse des vainqueurs dépités ou même des résistants - elle avait rejoint leur camp sans se poser de question, obéissant à un instinct profondément ancré en elle, mais cela ne les rendait pas plus accessibles pour autant. Sans compter que, confinés dans un espace aussi étroits, ils pouvaient parfois devenir aussi absolus et brutaux que ceux auxquels ils essayaient d’échapper. Elle-même en avait été témoin quelques jours plus tôt, lorsqu’ils avaient expulsé Enora Barjow de l’abri relatif de la salle de réception, sans vraiment chercher à savoir, pour ce qu’elle en avait compris, si leurs accusations avaient le moindre fondement.

Ce qui, il fallait l’avouer, avait révolté Loevi.

Elle connaissait Enora - autant qu'on pouvait connaître quelqu'un qu'on fréquentait somme toute assez peu, mais dont on avait vu de ses yeux les faits d'armes héroïques. Elles avaient toutes deux apporté leur aide aux efforts difficiles de l’AD durant leur dernière année à Poudlard et, surtout, Enora avait défendu l’ensemble des élèves mis à l’abri dans les profondeurs du château contre l’incursion inattendue d’un Mangemort. Manquant perdre la vie dans le processus. Loevi avait beaucoup de mal à imaginer qu’une personne capable d’une telle abnégation puisse être responsable de la mort de quelqu’un.

Et c'était une ancienne Gryffondor, nom d'un Niffleur des prairies. Ça devait bien signifier quelque chose.

Au final, Loevi s’était décidée assez vite et, quelques jours après l’incident, elle s’éclipsait de la salle de réception pour aller chercher elle-même la réponse à la source : elle allait retrouver Enora, et obtenir sa version des faits. Elle lui devait bien ça.

Bien sûr, c’était une chose de vouloir mettre la main sur quelqu’un, c’en était une toute autre de réaliser ce qui apparaissait de plus en plus comme un exploit. Durmstrang était plutôt vaste et, malgré les nombreuses échappées et patrouilles qu’elle avait effectuées depuis qu’elle était là, elle était loin d’en connaître tous les recoins. Sans compter qu’elle ignorait totalement où sa camarade irait se cacher - elle ne la connaissait pas assez bien pour ça.

Sa baguette magique à portée de main immédiate, soigneusement entortillée dans ses cheveux - ici ou ailleurs, si l’instrument décidait de brusquement lâcher une bordée d’étincelles, Loevi ne pourrait de toute façon rien faire pour assurer sa propre survie - elle explora discrètement les différents endroits auxquels elle pouvait penser, en prenant garde, évidemment, à ne pas croiser la route de n'importe qui. Elle se fichait bien, au fond, de savoir dans quel camp se trouvaient les gens - officiellement. Tout ce qui comptait pour elle était de savoir s'il s'agissait d'un visage qu'elle considérait comme ami ; et ses amis étaient finalement trop peu nombreux pour qu'un coup de chance les amène à se rencontrer au détour d'un couloir.

Elle fit chou blanc durant ce qui lui parut des heures, à tourner en rond dans une vieille bâtisse qu’elle connaissait trop mal - ni les cuisines, ni les salles de cours, ni même les toilettes ne lui permirent de trouver Enora. Tout au plus évita-t-elle de justesse un groupe particulièrement bruyant qui avait pris possession d’une salle de bain pour des ablutions plus enjouées qu’elle ne l’aurait cru possible dans ces circonstances troubles. En désespoir de cause, elle erra du côté de son ancien dortoir, où un silence rassurant semblait lui promettre quelques instants de tranquillité.

Elle entra dans le dortoir sur la pointe des pieds, et se dirigea d’un pas lent vers ce qui avait été, autrefois - il y avait si peu de temps, en vérité - sa chambre d’étudiante. La pièce, étrangement, revêtait une certaine aura de normalité qui la mettait mal à l’aise. Comme si, abandonnée au matin d’une journée ordinaire, elle attendait le retour de ses occupants pour abriter de nouveau leur sommeil. Au fond, c’était exactement ce qui s’était produit, songea la jeune Anglaise avec tristesse. Tout était arrivé tellement vite, tout avait basculé si brusquement que personne ne s’était soucié de considérations aussi matérielles qu’une valise oubliée au pied du lit. Loevi elle-même avait tout laissé sans même y accorder une pensée, sans même songer à revenir.

Par acquis de conscience, elle entrouvrit le tiroir de sa table de chevet pour y jeter un coup d’oeil - le faible éclat argenté du métal lui confirma que l’héritage maudit de sa grand-mère russe, transmis de mère en fille depuis elle ne savait combien de générations, était toujours là, intouché, attendant sagement que sa propriétaire légitime le reprenne en sa possession. Elle le contempla une minute entière, puis referma sèchement le tiroir, la main tremblante. Plutôt mourir que toucher à nouveau cet objet.

Elle s’assit lourdement sur son lit, les coudes posés sur les genoux, en proie à la nostalgie ou à la lassitude, elle ne savait trop. Elle observa longuement la pièce déserte, silencieuse, figée dans un présent poussiéreux comme Poudlard avait dû l’être dans les mois qui avaient suivi la bataille… Elle aurait voulu… Quoi ? Elle avait beau fouiller sa mémoire, il n’y avait pas vraiment dans sa vie de moment heureux auquel elle aurait voulu retourner. Elle semblait être née dans le chaos pour y passer sa vie entière - peut-être était-elle toute entière faite de chaos, qui savait ?

Cédant à une vague d’abattement, elle ferma les yeux, se prit la tête dans les mains et laissa échapper un long soupir. Elle avait depuis longtemps abandonné tout espoir de retrouver Enora et d’obtenir ses réponses. Si elle l’avait pu, elle serait juste restée là à tout jamais, dans ce dortoir pétrifié, à attendre que toute vie ait déserté les murs de l’école. Pour l’heure, elle s’accordait quelques instants de découragement, avant de reprendre les rennes de sa vie, dans la mesure où les circonstances le lui permettaient.
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HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : PurMessages : 482Date d'inscription : 02/11/2014Localisation : Durmstrang
Ҩ Re: Only truth matters [Enora] Ҩ Mer 8 Fév - 21:27

Ca faisait cinq jours. Cinq jours, et c'était toujours pareil. Ou presque. Elle avait pu avaler quelque chose, la veille. Elle arrêtait de rendre systématiquement la moindre nourriture qu'elle osait s'accorder. Même si de toute façon, elle savait bien que ce n'était pas vraiment de la nourriture dont son corps essayait de se débarrasser de cette façon. Si elle avait pu se vomir elle-même ça fait longtemps que ce serait fait.
Ce n'était pas la première fois qu'Enora perdait quelqu'un, pas la première fois non-plus qu'elle ne pouvait s'empêcher de se sentir responsable. Elle n'était pas prête, pas prête du tout à ce que ça arrive à nouveau. On n'est jamais prêt, sûrement. Disons qu'elle se sentait particulièrement incapable de le supporter, cette fois. Elle ne pouvait pas se souvenir que ça avait été si dur les premières fois. Peut-être parce que les premières fois elle n'avait pas été publiquement accusée d'être la meurtrière et qu'elle ne s'était pas retrouvée isolée, contrainte de se cacher pour échapper aux deux camps entre lesquels elle avait été déchirée. Il était peut-être encore un peu tôt pour qu'elle réalise tout ce qu'elle avait perdu, réellement. Mais bon, avec un peu de chance, tout ce cirque serait bientôt terminé.
C'était la seule présence d'Onisim qui l'avait empêchée de se jeter par la fenêtre, à l'instar de Krum quelques mois plus tôt. Après tout, après l'avoir mise dans cette situation, le moins qu'il se devait de faire était peut-être de l'empêcher d'y mettre un terme. C'était cohérent. Parfois, elle le détestait. Le reste du temps, elle se détestait. Ou alors c'était les deux en même temps. Le plus difficile, c'était peut-être qu'aucun de ces cas de figure ne l'empêchait de continuer à l'aimer. Finalement la culpabilité était à la fois ce qui lui donnait envie de tout arrêter et ce qui la forçait à continuer. Elle savait qu'il ne la pardonnerait jamais si elle arrêtait tout maintenant. Ca comptait. C'était peut-être la dernière chose qui comptait pour de vrai, parce qu'il était la dernière personne à pouvoir donner encore un peu de sens à ce qu'elle accomplissait - ou n'accomplissait plus. Il la rejoignait le soir, il vérifiait qu'elle était vivante, qu'elle allait bien. Il restait avec elle et il la protégeait autant que possible. Elle dormait dans ses bras. Elle comatait, plutôt ; impossible de trouver le sommeil depuis la mort d'Eka. Le matin, quand il repartait pour retrouver ses chers copains Insurgés, ils se donnaient rendez-vous pour le soir, quelque part dans le château ; un endroit différent à chaque fois. C'était plus sûr ; personne ne devait la trouver. Sinon elle était condamnée, disait-il. Elle acquiesçait, mais à l'intérieur, elle se marrait. Ca comptait plus pour lui que pour elle. Au moins ça comptait pour quelqu'un. Alors elle prenait son cynisme son un bras, son désespoir sous l'autre, elle l'embrassait et elle se tirait en silence. Toujours en silence, surtout en silence.

Aujourd'hui elle avait trouvé refuge dans son ancien dortoir. Ca avait été une très mauvaise idée, la chambre qu'elle avait occupée pendant ces quelques mois était encore chargée de souvenirs. Rain lui manquait tellement, tellement. Heureusement qu'elle n'était plus là pour voir ça. Barjow fille préférait la savoir loin de tout ce cirque. Elle avait sûrement rejoint Dublin, à l'heure qu'il était. Ethan était avec elle. Ils allaient bien. Ca lui faisait une petite consolation.
Mais ça lui serrait la gorge, aussi. Fort. Elle aurait sûrement encore pleuré toutes les larmes de son corps si elle ne les avait pas déjà toutes versées. Pourquoi avait-elle refusé de s'enfuir, déjà ? Elle s'en souvenait trop bien. Elle y pensait tous les soirs, quand elle n'arrivait pas à dormir entre les bras d'Onisim. Elle se souvenait trop bien de pourquoi elle avait renoncé à ses principes, à ses amis. Pourquoi Eka était morte, bordel. La rancoeur l'étouffait aussi sûrement que la culpabilité ; elle ne savait plus quoi penser. Elle était fatiguée, elle en avait assez de tout. Si l'image d'elle-même en train de cogner contre les murs avec ses petits poings ridicules ne lui avait pas semblée plus pitoyable encore, elle serait sûrement en train d'essayer de détruire Durmstrang de ses mains. Au lieu de ça elle était allongée sur le lit de Rain, les yeux rivés au plafond, en espérant presque mourir sans raison, là, maintenant.

L'une de ses deux oreilles restait quand même un peu alerte. Elle n'avait pas très envie de se faire capturer. Même sans avoir l'Ox dans le sang, elle avait conscience que la mort n'était pas ce qu'elle avait le plus à craindre. Le claquement sonore qui retentit de l'autre côté du mur de sa chambre la fit sursauter et immédiatement, elle se redressa en s'emparant de sa baguette. Le silence alentours devint brusquement menaçant. Aussi lentement et silencieusement que possible, elle s'approcha de la porte et essaya de glisser un oeil dans le couloir. Personne en vue. Elle retenait sa respiration, attentive au moindre bruissement alentours, quand elle crut entendre un souffle, comme un soupir. Immédiatement, elle retourna se fourrer tout au fond de la chambre, aussi peu précipitamment que possible pour ne pas faire de bruit. Elle ne se rendit compte que trop tard qu'elle avait bousculé un peu la porte en partant et que celle-ci tournait sur ses gonds dans une infinie lenteur. Depuis le fond de la pièce, elle grimaça ; ça allait grincer, ça allait forcément grincer. Elle songea à lancer un sortilège d'insonorisation mais eut peur de rendre la situation encore plus critique. Elle aurait dû y penser avant. Elle était vraiment trop bête.

Le bruit lui sembla retentir jusqu'aux quatre coins de l'école. Enora se figea un peu plus et pointa sa baguette vers l'entrée, la gorge serrée par l'angoisse. Il fallut attendre de longues secondes avant que la porte ne commence à s'ouvrir doucement. Enora était prête à se défendre ; ou au moins à essayer. Mais elle voulait attendre de voir, au moins, de qui il s'agissait. Il y avait une chance sur mille pour que ce ne soit pas quelqu'un qui lui veuille du mal, mais mieux valait qu'elle parte désavantagée sur l'affrontement avec un ennemi, plutôt qu'elle blesse un ami par bêtise. Elle en avait déjà fait suffisamment.
Aucune silhouette ne se tenait dans l'encadrement ; qui que ce soit, il était prudent. Les yeux de la jeune femme se posèrent sur le petit miroir qui était accroché au pied du lit. Si elle se plaçait de la bonne façon, elle pourrait peut-être voir qui se tenait à l'extérieur. Prudemment, longeant les murs, elle se décala dans la pièce, ne lâchant l'encadrement de la porte des yeux que pour vérifier ce que lui montrait le reflet de la glace. Ca lui semblait peine perdue quand elle aperçut une robe de sorcier, finalement, elle vit une main. Immédiatement, elle s'accroupit, songeant que ça devrait lui permettre de voir plus haut. Et comme de fait. « ... Loevi ? » risqua-t-elle, incertaine, la voix un peu cassée, éteinte et alerte à la fois. Le reflet s'immobilisa ; la regarda finalement par l'intermédiaire du miroir, sûrement par hasard. Enora n'osa pas sourire, elle n'en eut pas le courage. Mais elle était soulagée ou, en tout cas, ce qui se rapprochait le plus de cet état d'esprit. « Tu es seule ? Personne ne t'a suivie, hein ? » ajouta-t-elle, poussée par l'angoisse qui ne dormait jamais vraiment. Encore moins maintenant qu'avant, d'ailleurs. La salle de réception avait tous les désavantages du monde, elle était loin d'être infaillible et y rester enfermé était insupportable pour beaucoup de monde - Enora comprise. Mais c'était toujours moins pire que de se retrouver dehors, de devoir craindre la moindre présence et d'assurer ses arrières à chaque pas. Ce qu'elle n'avait d'ailleurs pas fait ; la preuve. Cette fois c'était peut-être pour le mieux.


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HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : PurMessages : 103Date d'inscription : 01/01/2017Localisation : Durmstrang
Ҩ Re: Only truth matters [Enora] Ҩ Mar 14 Fév - 19:20

Un bruit la sortit brusquement de ses pensées, comme un coup de tonnerre dans le silence des dortoirs. Elle redressa vivement la tête ; l'oreille, le corps entier tendus, le souffle retenu pour mieux saisir le moindre son des environs, le regard rivé sur la porte qu'elle avait laissé entrouverte, et restait parfaitement immobile. Le grincement lent, saccadé, résonna un instant, puis s'évanouit. Le silence reprit ses droits - Loevi n'entendait plus que sa propre respiration, lourde et irrégulière. Elle attendit, quelques secondes, s'attendant à tout instant à entendre, à voir, à devoir combattre. La main tendue vers le sommet de sa tête, où elle sentait sa baguette grésiller légèrement, comme impatiente d'en découdre. Rien. Avait-elle rêvé ? Ou bien s'agissait-il d'un simple courant d'air isolé ?

Idiote. Il n'y avait pas de courant d'air dans cette partie de l'école ; dans le cas contraire, elle l'aurait certainement entendu siffler depuis longtemps. Elle n’était peut-être plus à Poudlard, mais elle savait comment vivaient les vieilles bâtisses de ce genre, elle savait les bruits de la pierre, du bois et de l’air qu’exhalent ces vies anciennes. Elle les reconnaissait d'instinct, comme quelque chose qui l'accompagnait depuis l'enfance, une présence inanimée et familière - d’autant plus aisément qu’ici, chaque bruit pouvait signifier les ennuis, la mort, ou pire encore. Il y avait quelqu’un.

Loevi se leva, sans faire de bruit. Si elle avait longtemps été de ceux qui craignent et subissent, se terrant derrière son inaptitude magique et son insignifiance présumée pour justifier son inaction, sa dernière année à Poudlard s'était chargée de changer ça. A présent, elle préférait affronter ses peurs que les laisser venir à elle, se battre plutôt que capituler. Oubliant la baguette dans ses cheveux, elle s'approcha de la porte d'un pas lent et mesuré, presque félin, les sens toujours aux aguets. D'un rapide coup d'œil, elle s’assura que le couloir était désert avant de s'y engager. Personne en vue. Aucun indice non plus qui puisse la guider sur la direction, la porte à choisir. La plupart d'entre elles étaient fermées… exceptée la porte directement sur sa gauche, entrouverte sur une autre chambre abandonnée au temps.

Elle s'avança de quelques pas, et repoussa avec douceur le battant, du bout des doigts, le cœur cognant lourdement à ses oreilles malgré le souffle retenu dans l'espoir de mieux percevoir l’inaudible. Étrangement, alors que le silence s'éternisait, pesant, inquiétant, elle sentait l'angoisse s'intensifier en même temps que l'idée folle qu'elle ne courait absolument aucun danger. Car c'était certainement ce que signifiait cette immobilité, ce silence prolongé... Qui que soit l'inconnu tapi dans la semi-obscurité de la pièce, il ne cherchait vraisemblablement pas le combat.

-... Loevi ?

Ce n'était pas non plus un inconnu.

La jeune fille se pétrifia, la main tremblant sur le bois de la porte. Ses yeux fouillèrent ce que l'ouverture laissait entrevoir de la pièce avec frénésie, cherchant à apercevoir la moindre parcelle de la silhouette dissimulée à l'intérieur. Elle avait reconnu la voix, sans que le moindre doute soit possible. Elle l'avait retrouvée, contre toute attente, contre toute probabilité - Enora. Son regard croisa enfin le sien, à travers un miroir fixé quelque part entre elles. Elle ne sut trop si elle voulut soupirer, éclater de rire ou s'écrier. Elle prit seulement conscience du soulagement qui l'envahit comme une vague.

-Tu es seule ? Personne ne t'a suivie, hein ?

L'inquiétude, dans cette petite voix qui lui parvenait comme un murmure, était aisément décelable. Loevi ne fut pas étonnée - attristée, peut-être. Sa main se crispe sur la porte, où elle reposait toujours.

-Non, personne ne m'a suivie, répondit-elle d'une voix presque aussi faible, avec plus d'assurance qu'elle n'en éprouvait réellement. Personne ne me suit jamais, tout le monde s'en moque.

C'était vrai, réalisa-t-elle brusquement, avec un sentiment partagé. Elle n'était pas vraiment connue pour sa sociabilité, et certainement pas pour des amitiés privilégiées avec les personnalités importantes de l'école ou des ressortissants de l'autre camp, aussi personne n'avait-il de raison de la suivre. Ce qui était somme toute parfait pour sa liberté de mouvement, mais lui laissait malgré tout un goût légèrement amer. Ce n'était pas le moment de songer à ce genre de chose ou de céder à la mélancolie. Pas maintenant qu'elle avait trouvé ce pourquoi elle se trouvait hors de la salle de réception aujourd'hui.

-Je peux entrer ? demanda-t-elle.

Elle n'attendit pas la réponse pour le faire, mais s'arrêta sagement sur le seuil, désireuse de ne pas effrayer sa camarade. Elle imaginait facilement dans quel état de paranoïa la jeune fille devait se trouver après avoir été accusée, peut-être à tort, bannie, et avoir passé tout ce temps seule, au-dehors, sans l'avoir choisi. Elle avait une assez bonne idée du comportement instinctif et imprévisible d'une créature aux abois - les humains n'étaient guère différents, soumis à la terreur. Elle n’était pas là pour intimider, mais pour connaître la vérité - et apporter son aide, si nécessaire. Le tout était de savoir comment manœuvrer, à présent…

Indécise, elle se surprit à regarder partout autour d'elle, sauf là où elle aurait voulu porter son regard. Maintenant qu'elle était en partie rassurée sur le sort de l'ancienne Gryffondor, elle ne savait plus quoi dire, quoi faire. Comment s'y prendre. Enora l'avait reconnue, d'accord. Ça ne signifiait pas qu'elle était contente de la voir. Ou qu'elle se confierait facilement - loin de là. Elle aurait peut-être dû lui apporter quelque chose d'utile, au lieu de sa seule bonne volonté…? Qu'est-ce qui lui aurait fait plaisir, dans les conditions où elle se trouvait ? Qu'est-ce qui lui aurait prouvé que Loevi venait en amie, et non en juge et juré ?

Rien, probablement. Mais ça aurait tout de même été plus malin de sa part. Plus sympa. Amical.

Elle se mordit la lèvre.

-Je te cherchais, tenta-t-elle finalement, regrettant aussitôt ces mots, pas rassurants pour deux noises. Je voulais juste savoir… essaya-t-elle encore. J'aurais dû… Je pensais…

Idiote. Elle pinça les lèvres, agacée par son indécision et le bafouillage incohérent qui lui échappait. Elle pensait pourtant avoir abandonné cette partie d'elle-même deux ans plus tôt, entre les vieux murs de Poudlard ! Elle savait pourquoi elle était là non ? Il n'y avait aucune place pour le doute dans cette nouvelle vie à Durmstrang.

-Je voulais savoir comment tu allais, dit-elle avec plus d'assurance, se refusant à hésiter de nouveau, quitte à énoncer n'importe quoi ou ne pas être claire. Je trouve que leur façon d'agir a été injuste et je regrette de ne pas avoir dit ou fait quelque chose pour toi. Je veux dire, on est peut-être pas vraiment amies, mais je sais que tu le méritais largement. Alors…

En revanche, ce n'était peut-être pas le moment d'ajouter qu'elle voulait des explications. Elle avait peur de se faire mettre à la porte dès l'instant où elle poserait la moindre question...
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Statut du sang : PurMessages : 482Date d'inscription : 02/11/2014Localisation : Durmstrang
Ҩ Re: Only truth matters [Enora] Ҩ Sam 4 Mar - 2:24

En attendant la réponse de Loevi, Enora écoutait son cœur battre lourdement dans sa poitrine. A chaque pulsation, elle s'attendait à ce que ses côtes s'écartent à cause de la pression et laissent tomber le muscle atrophié sur le sol, comme ça. Elle était quasiment sûre qu'elle n'aimerait pas trop la vue, mais ça lui semblerait peut-être moins lourd, moins difficile, de ne pas avoir à trimballer ce truc là partout avec elle. « Non, personne ne m'a suivie. Personne ne me suit jamais, tout le monde s'en moque. » La jeune femme ne semblait pas vraiment la regarder. Barjow ne faisait pas attention, elle essayait de se laisser rassurer par les paroles de la petite brune. La légère amertume qu'elle entendait au fond de sa voix l'interpella moins qu'elle ne l'aurait fait jadis ; comme si toute son empathie avait disparu, ou s'était cachée quelque part, elle-aussi. Ailleurs, à un endroit où elle ne gênerait pas sa propriétaire. Peut-être que ça avait été une de ses grandes forces, à un moment dans sa vie. Aujourd'hui, c'était juste une faiblesse, une fracture de plus. Elle n'était pas assez forte pour s'en encombrer, alors elle ne releva pas la mélancolie vers laquelle tendait la voix de sa camarade. De toute façon, celle-ci n'était probablement pas venue là pour ça. « Je peux entrer ? » Enora acquiesça en silence. Tout doucement, elle se déplaça dans la pièce pour retourner s'asseoir au bout du lit, devant la fenêtre. Elle garda le dos droit, serra les genoux et posa ses mains à plat sur ses cuisses, machinalement. L'idée de masquer son malaise ne lui vint pas à l'esprit. Elle aurait été plus ridicule que crédible, c'était d'une évidence alarmante.

Loevi était restée sur le seuil de la porte. Elle regardait dans tous les coins, sûrement aussi mal à l'aise que la Barjow et guère plus à même de le cacher. Un petit frémissement parcourut sa lèvre inférieure ; elle aurait peut-être voulu sourire. S'il y avait une chose sur laquelle elles s'étaient entendues dès le départ, c'était bien leur maladresse. Voir que ça, au moins, ça n'avait pas changé, ça avait quelque chose d'un peu attendrissant. Presque réconfortant. Enora baissa la tête pour ravaler une sale envie de fondre en larmes. Pas déjà, pas maintenant, ce serait pitoyable.

« Je te cherchais » articula la Poufsouffle, poussant la Flamme à relever les yeux pour la dévisager, essayer d'y voir un peu plus clair dans ses intentions qui n'étaient pour le coup pas franchement limpides. Elle doutait que la jeune femme lui veuille du mal, mais elle n'était plus sûre de grand chose. « Je voulais juste savoir… J'aurais dû… Je pensais… » Visiblement, la Leroy galérait autant qu'elle. Enora ne disait rien, elle attendait, sans trop savoir si elle devait la regarder pour l'encourager à parler, ou détourner les yeux, encore, même sans raison, juste parce que c'était plus facile. Elle laissa ses prunelles cogner contre la porte le temps que son interlocutrice inspire un grand coup pour lui déballer la suite d'une seule traite. « Je voulais savoir comment tu allais. Je trouve que leur façon d'agir a été injuste et je regrette de ne pas avoir dit ou fait quelque chose pour toi. Je veux dire, on est peut-être pas vraiment amies, mais je sais que tu le méritais largement. Alors… »

Barjow fille ne réagit pas tout de suite, comme s'il fallait un certain temps aux émotions pour arriver jusqu'à son cerveau. Elle avait tellement pris l'habitude d'étouffer tous ses ressentis ces derniers jours que la douce surprise qui lui saisit le cœur la laissa pantoise plusieurs secondes. Et puis elle se laissa sourire, timidement, un peu bêtement, parce qu'elle ne savait pas quoi dire. Comme si elle n'osait pas. « Tu peux t'asseoir si tu veux » articula-t-elle d'abord, constatant que la jeune femme était toujours sur le seuil de la porte. Il restait de la place sur les deux lits superposés, ou alors à côté d'elle, près de la fenêtre. Elle se sentait touchée, reconnaissante aussi. Honteuse, surtout, pour tout un tas de raisons qu'elle n'arrivait pas à démêler. « Tu sais je pense qu'il ne valait mieux pas que tu interviennes quand c'est arrivé. » souffla-t-elle, la gorge serrée. « Il était fou de douleur, il aurait tué n'importe qui. Tu te serais juste mise en danger. » Une main nerveuse fila dans ses cheveux, au-dessus de sa nuque. Dire que sur le coup, elle ne s'était même pas rendue compte que l'impact contre le mur l'avait blessée. C'est Onisim qui avait refermé la plaie, mais il n'était pas médicomage. Ça la lançait encore, souvent. Elle s'étrangla légèrement en essayant de soupirer.
Le silence s'étira lentement après sa phrase. Il n'y avait pas grand chose à répondre, et elle ne savait pas quoi ajouter même si elle sentait que son temps de parole n'était pas terminé. « Je pensais pas que quelqu'un chercherait à me retrouver - sauf pour m'achever éventuellement. Dans ces circonstances c'est plus facile pour tout le monde de faire comme si de rien n'était. » Enora eut recours à ses trésors de volonté pour remonter son regard jusqu'à rencontrer les prunelles de sa camarade. Elle avait du mal à cacher qu'elle était au bord des larmes, totalement bouleversée. Le geste de la Poufsouffle, aussi simple qu'elle devait le trouver, signifiait beaucoup pour Enora, beaucoup trop pour qu'elle continue à lutter contre le flot d'émotions qui menaçait de la noyer. « C'est dangereux pour nous deux, que tu cherches à comprendre. Parce que c'est pour ça que tu es là, n'est-ce pas ? » Elle baissa la tête, encore, la gorge serrée. Elle n'était pas sûre d'être prête à raconter. Mais si on lui donnait la chance de s'expliquer, même trop tard, elle ne pouvait pas ne pas la saisir. « C'est gentil de pas partir du postulat que j'ai assassiné ma meilleure amie. » elle essaya de rire et s'étrangla pour de bon cette fois ; une quinte de toux la fit s'étouffer avec son ironie beaucoup trop cynique. Elle se sentait au bout d'elle-même.


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Statut du sang : PurMessages : 103Date d'inscription : 01/01/2017Localisation : Durmstrang
Ҩ Re: Only truth matters [Enora] Ҩ Sam 25 Mar - 20:36

Devant le silence qui s’éternisait, Loevi sentit le doute l’envahir. Avait-elle dit quelque chose qui aurait pu froisser Enora ? Elle se mordit la lèvre en tâchant de se souvenir au mieux de ce qu’elle venait de dire, mais les mots et les pensées s’effaçaient déjà, comme les réminiscences volatiles d’un rêve qui s’envole au réveil, perdu à jamais. Elle avait laissé son cœur parler, c’était une certitude - mais toutes deux savaient à quel point son cœur pouvait lutter pour garder enfouies les vérités les plus intimes, les plus justes, ne bégayer qu’imprécisions et demi-mensonges. Sa propre maladresse, sa propre faiblesse la frustraient profondément.

Elle laissa glisser son regard jusqu’à son ancienne camarade, espérant déceler sur ses traits, en contre-jour, l’esquisse d’une réaction, l’ombre d’une réponse. Qui prit, enfin, la forme d’un sourire. Léger, vacillant, presque invisible et déjà prêt à disparaître. Mais bien présent. Et une invitation à la rejoindre.

Loevi cligna des yeux ; l’espace d’une courte seconde, sa vision s’était floutée, alors que ses propres lèvres s’étiraient en retour. Quelque chose venait de naître de ses paroles - non pas le rejet, mais une acceptation, un lien fragile et ténu, aux bases instables, qui pouvait doucement renaître de ses cendres pour reprendre la forme de cette connivence qu’elles avaient partagées autrefois. Enora n’était pas hors d’atteinte. Pas encore.

Elle s’approcha d’un pas lent, pas tout à fait assuré, comme si Enora pouvait à tout instant changer d’avis, lui ordonner de partir. Mais Enora ne disait rien, et Loevi s’assit en douceur sur le lit superposé, face à la jeune fille, grimaçant légèrement lorsque le sommier, ce vil traître, grinça sous son poids. Elle continuait d’observer le visage de l’ancienne Gryffondor, si triste, désabusé, qu’elle en avait le cœur serré. Elle aurait voulu être capable d’effacer cette souffrance en quelques mots, en un coup de baguette magique si cela avait été possible - tout ce qu’elle pouvait faire, du haut de sa maladresse viscérale, était écouter. Et ce n’était pas suffisant. Cela ne séchait pas les larmes ni ne pansait les blessures. Mais c’était ce pourquoi elle était là.

-Tu sais je pense qu'il ne valait mieux pas que tu interviennes quand c'est arrivé, reprit Enora. Il était fou de douleur, il aurait tué n'importe qui. Tu te serais juste mise en danger.

Loevi haussa les épaules pour toute réponse. Cela n’avait au fond aucune importance. Quand on pouvait se mettre en danger soi-même en articulant un seul sort, même des plus inoffensifs, le danger extérieur prenait parfois une dimension toute relative. Surtout lorsque, comme à cet instant, on ne s’y confrontait que par la pensée, aussi débridée soit son imagination.

En revanche, elle comprenait qu’ils étaient passés très près de l’irréparable ; Enora avait-elle seulement eu de la chance ? Elle revit la scène et frémit - oui, il s’en était vraiment fallu de peu. A nouveau, la culpabilité de son inaction revint piquer son esprit de ses aiguilles incandescentes. Elle n’était que plus convaincue qu’elle aurait dû intervenir, au risque de se blesser elle-même. Comment pouvait-elle espérer défendre ceux qu'elle voulait tant protéger si elle n’était pas capable de faire un seul geste au moment fatidique ?

Rendue muette par le poids des remords, elle laissa le silence s’allonger sans fin, attendant que son amie poursuive. Et lorsqu’elle le fit enfin, elle aurait souhaité qu’elle se taise. Qu’elle n’essaye pas de croiser son regard, pas avec ces larmes encore retenues, mais toutes prêtes à jaillir en une fontaine de douleur, pas avec cette intense lueur de détresse vacillant au fond de ses prunelles. Une détresse qui la submergeait à son tour.

Elle essaya de dire quelque chose, n’importe quoi, pour constater que sa voix s’était enrayée, coincée quelque part dans la pelote d’épingles qui lui obstruait la gorge. Par Merlin et sa barbe, mais à quoi pouvait-elle bien servir ? Pourquoi était-elle là, au juste, si elle était tout juste capable de pleurer à la place des autres sans parvenir à offrir la moindre dose de réconfort ? Elle se sentait inutile, impuissante au-delà des mots. Et cela la rendait folle de désespoir - et de rage.

-C'est gentil de pas partir du postulat que j'ai assassiné ma meilleure amie.

Sur ces dernières paroles, Enora s’étrangla dans un sanglot douloureux. Alors, Loevi n’y tint plus. Ravalant ses incertitudes et ses peurs, elle vint prestement s’asseoir à côté de l’anglaise pour la prendre dans ses bras, la serrer contre elle comme elle aurait aimé que quelqu’un le fasse pour elle, dans ses heures les plus sombres. Elle lui caressa les cheveux, murmura des paroles réconfortantes - du moins, elle espérait qu’elles le soient. Elle s’entendait à peine parler, en vérité. Elle se traitait mentalement d’idiote ; elle n’avait jamais douté d’Enora, au fond, mais avait-elle réellement besoin de savoir ce qui s’était passé ? Ne pouvait-elle se contenter de savoir que la jeune fille n’y était pour rien ?

Elle attendit, patiemment, que les larmes se tarissent, que le souffle s’apaise. Et même alors, elle ne relâcha pas son étreinte. Elle serait restée la journée entière, la nuit même, s’il l’avait fallu ; elle songeait d’ailleurs qu’elle serait probablement incapable de la laisser seule, désormais, tant il était manifeste qu’Enora avait besoin d’une épaule, d’une amie.

-Je t’ai vu risquer ta vie pour sauver ces enfants, chez nous, finit-elle par murmurer, frissonnant au souvenir de cette terrible soirée. Tu es une sauveuse, pas une tueuse. S’ils avaient été là, ils auraient su.

Mais ils n’avaient guère connu que les querelles de clans et les trahisons de toutes sortes, dans un pays qui lui apparaissait toujours plus sauvage de jour en jour. La confiance avait été un trésor précieux, difficile à acquérir, à Poudlard ; ici, elle n’existait tout simplement pas. Pas pour elles, en tout cas, ressortissantes d’un pays lointain, si différent, réfugiées d’une guerre qui les avait déjà bien éprouvées.

-On n’est pas d’ici, reprit-elle, le regard perdu dans le vide, sa pensée prise dans un tourbillon de sombres réflexions. Ils ne nous comprennent pas.

Ça n’avait rien de réconfortant en soi, mais elle mettait ainsi des mots sur le malaise qu’elle éprouvait à se trouver ici, à l’autre bout de l’Europe, parmis des gens qu’elle-même peinait à comprendre. Trop de choses les séparait - même cette guerre de pouvoir creusait le fossé entre eux, au lieu de rapprocher ceux qui pouvaient l’être. D’une certaine façon, penser à ses camarades britanniques l’aidait à se sentir plus forte, moins seule au milieu de la tourmente. Si seulement Enora pouvait goûter au même sentiment…

Loevi fronça les sourcils, s’écarta pour regarder son amie droit dans les yeux, avec plus de détermination qu’elle n’en avait eu en entrant dans les dortoirs.

-On se ressemble, au fond, toi et moi, lança-t-elle, exprimant ses pensées à mesure qu’elles se présentaient à elle. Et pas seulement parce qu’on vient du même pays et qu’on a vécu les mêmes choses, là-bas. On n’était pas dans la même Maison, déjà… Je veux dire, même si on se sent impuissantes, on fait ce qui doit être fait, quand la situation se présente à nous. C’est ce qu’on a fait, ce soir-là…

Elle se mordit la lèvre, sentant que ses paroles, sa réflexion toute entière, étaient en train de lui échapper pour tenter de former une explication cohérente, qui se transformait malgré elle en imbroglio incompréhensible.

-Ce que je veux dire, Enora, c’est que quelqu’un doit entendre ton histoire, articula-t-elle lentement. On ne peut pas se baser sur un seul côté du miroir, juger sur des théories et des accusations. Je le ferai parce que ce doit être fait, et que je suis là, moi, et pas ces scroutts à deux noises.  Il faut rétablir la vérité. Et… et je crois que je serais vraiment honorée si tu acceptais que je le fasse pour toi.




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Statut du sang : PurMessages : 482Date d'inscription : 02/11/2014Localisation : Durmstrang
Ҩ Re: Only truth matters [Enora] Ҩ Jeu 27 Avr - 16:21

Elle toussait et ne se rendait même pas compte que les larmes avaient commencé à dévaler ses joues trop pâles. Que restait-il d'Enora, la fille souriante et populaire que tout le monde avait déjà au moins vue ou croisée dans les couloirs, de ce château-ci ou d'un autre ? Quoi qu'elle soit devenue, elle ne se reconnaissait plus elle-même. Et elle n'était pas sure que ça ait réellement de l'importance, en fait. Tout lui semblait vain, les jours n'étaient qu'une longue succession de moments où elle avait peur qu'on la découvre et qu'on vienne finir ce que Deklan avait commencé ; et ceux où elle espérait presque que ça arrive. Elle avait honte, Enora, tellement honte. Son père n'aurait pas été fier d'elle, ça, c'était le moins qu'on puisse dire. Elle était pitoyable et son propre état la mettait autant en colère qu'il la décourageait encore plus. Mais le plus imposant, finalement, le sentiment qui ressortait le plus de tout ça, c'est qu'elle était fatiguée. Abominablement fatiguée.
Les pleurs secouèrent ses épaules et elle amena une main contre sa bouche en espérant que ça l'aiderait à étouffer ses sanglots, à défaut d'étouffer le désespoir qui lui enserrait le cœur. Mais non. Elle cacha son visage dans ses paumes, renonçant à l'idée d'endiguer les larmes, d'endiguer la peine. Quant à sauvegarder sa dignité, elle n'était vraiment plus à ça près. Peut-être qu'elle aurait voulu se montrer courageuse auprès de Loevi, sa présence aurait dû lui donner une bonne raison d'essayer encore un peu, mais elle n'en avait tout simplement plus la force. Elle voulait juste se recroqueviller, se renfermer encore plus et se laisser disparaître, parce que de toute façon ça changerait plus grand chose, parce que de toute façon maintenant il était trop tard pour tout et il n'y avait plus aucune issue. Est-ce que c'était normal ; est-ce que c'était seulement possible, de se sentir comme ça ? D'être là en n'existant quasiment déjà plus, ou en tout cas plus pour soi-même, de n'être plus capable de rien sinon pleurer et pleurer encore, sentir les sanglots s'arracher de sa poitrine dans une plainte douloureuse, à peine étouffée, parce que finalement ces larmes et cette douleur étaient les seules choses qui lui montraient encore qu'elle était vivante. Mais elle n'avait pas envie de ça et plus la force de croire que ça pourrait s'arranger.
En un fraction de seconde, la Barjow s'était enfermée dans sa bulle de chagrin, coupée du monde qui l'écrasait impitoyablement. Elle manqua sursauter en sentant une présence tout près et la chaleur des bras qui se refermèrent sur elle. Elle n'eut pas le courage de résister, ni même d'en penser quoi que ce soit, se laissant bercer sans rien dire, portée par ce réconfort qui ne pourrait jamais suffire mais qui déposait un peu de baume sur ses blessures. Peu à peu, elle se laissa convaincre par les murmures de Loevi, elle se laissa penser que peut-être, ça allait aller, qu'elle pourrait y arriver, et se relever. Elle se laissa croire qu'elle était encore un peu courageuse et qu'elle avait ce qu'il fallait pour s'en sortir. Elle voulait bien faire semblant encore un moment, agrippée à l'étreinte de son amie comme si sa vie en dépendait ; et peut-être bien que c'était un peu le cas, d'ailleurs. Son souffle s'apaisa progressivement, les larmes glissant sur ses joues en silence. « Je t’ai vu risquer ta vie pour sauver ces enfants, chez nous. »

Le frisson qui parcourut les membres de la Leroy se répercuta jusque dans l'échine d'Enora. Il lui fallait ça, peut-être, pour se souvenir d'à quel point ça avait été horrible. Le traumatisme d'une autre pour lui claquer dans les os et lui rappeler que cette horreur là était autrement réelle que son petit drame personnel qui la rendait à ce point hermétique. Quelle espèce d'égoïste elle faisait. Faible et pleurnicharde. Pitoyable. Elle ferma les paupières, fort, pour ne pas se remettre à sangloter, froissant sous ses doigts les vêtements de la Poufsouffle à qui elle se raccrochait toujours. « Tu es une sauveuse, pas une tueuse. S’ils avaient été là, ils auraient su. » Et pourtant, pourtant elle n'avait pas sauvé Eka. Peut-être qu'elle n'était pas une meurtrière mais elle n'avait pas non-plus été capable de protéger sa meilleure amie. Au contraire. C'est pour la sauver elle que la Droganov s'était fait tuer. Elle se mit à trembler. Tout mais surtout pas craquer encore. Allez, un peu de courage. Un tout petit peu.

« On n’est pas d’ici. Ils ne nous comprennent pas. » Sa gorge se serra un peu plus, si tant est que ce soit possible. Personne ne l'avait jamais comprise comme Onisim l'avait fait. Ou du moins elle avait cru que c'était le cas, elle se raccrochait à cette idée depuis des semaines, mais depuis qu'Eka était morte elle avait du mal à le croire. Peut-être que c'est Loevi qui avait raison. Peut-être qu'elle n'avait tout simplement pas sa place ici, malgré ce dont elle s'était persuadée. Elle avait fini par se sentir chez elle, ici, auprès du Vassilev, auprès de Eka, de Hedda et d'Harmo. Mais elle avait trahi les deux Eclairs, elle était plus ou moins responsable de la mort de la Flamme, et l'Ombre la dévorait sans même le faire exprès. Ethan et Rain lui manquèrent, d'un coup, comme ça. Elle pensa à Obera et se dit qu'elles auraient vraiment mieux fait de s'enfuir avec eux quand elles en avaient eu l'occasion. Et Loevi aussi, sûrement. D'elles deux, la noir et jaune était celle qui faisait face avec le plus de courage. La rouge et or se sentait bien indigne de sa maison. Elle se sentait indigne de tout de toute façon. Et encore plus de l'affection et du réconfort que la jeune femme lui témoignait.
Elle se redressa quand Loevi s'éloigna, affrontant tant bien que mal le regard qu'elle planta résolument dans ses prunelles encore humides. « On se ressemble, au fond, toi et moi. » Un maigre sourire éclaira furtivement le visage de Barjow fille. Elle n'en était pas sure. Tu vaux tellement mieux que moi. « Et pas seulement parce qu’on vient du même pays et qu’on a vécu les mêmes choses, là-bas. On n’était pas dans la même Maison, déjà… Je veux dire, même si on se sent impuissantes, on fait ce qui doit être fait, quand la situation se présente à nous. C’est ce qu’on a fait, ce soir-là… » C'était vrai. A l'époque, c'était vrai. Les mots de son amie donnaient à Enora envie de disparaître sous les pierres du sol. Elle était tellement honteuse. Au final, même la confiance de Loevi, elle l'avait trahie alors qu'elle ne savait même pas qu'elle la possédait. « Ce que je veux dire, Enora, c’est que quelqu’un doit entendre ton histoire. » Barjow détourna les yeux, comme ça, presque sèchement. C'était son tour de se mordre la lèvre, discrètement, pour ravaler ses larmes. « On ne peut pas se baser sur un seul côté du miroir, juger sur des théories et des accusations. Je le ferai parce que ce doit être fait, et que je suis là, moi, et pas ces scroutts à deux noises.  Il faut rétablir la vérité. Et… et je crois que je serais vraiment honorée si tu acceptais que je le fasse pour toi. »

Elle était touchée. Tellement ; trop, sûrement. Elle revint croiser furtivement le regard de la jeune fille avant de retourner toiser le sol, à la fois profondément reconnaissante de la foi qu'elle lui portait, et affreusement honteuse d'en être indigne. « Je sais pas si j'ai envie de te raconter toute l'histoire. » grinça-t-elle en formant un petit rictus douloureux. « Je te suis... je.. merci de croire en moi comme ça. J'aurais préféré pouvoir te dire que... c'était à raison. » Elle fixait furieusement le sol en luttant pour ne pas s'effondrer encore. Et puis au fond elle le savait déjà, que Loevi avait raison. Il fallait rétablir la vérité. C'est le moins qu'elle devait à Erika. Un soupir franchit doucement la barrière de ses lèvres. « J'ai travaillé avec les insurgés. » Voilà, c'était balancé, ça résumait tout. Merci bonsoir.
C'est ce qu'avait préféré croire Deklan, en tout cas. Et la plupart des autres aussi. Elle ferma les yeux. « Je ne sais même pas pourquoi. » parce qu'Onisim le lui avait demandé. C'était pas trop valable comme réponse. Elle n'avait aucune excuse et elle ne se le pardonnerait jamais. « J'ai pas fait grand chose, je. J'étais juste avec Onisim. Mais je pouvais pas, je... pouvais plus regarder qui que ce soit dans les yeux. » et sûrement pas elle-même. Le sol restait un parfait vis à vis. « Je pouvais plus rester dans la salle, avec tout le monde, comme si de rien n'était, comme si j'étais pas... un genre de traîtresse. » Elle déglutit. C'était même exactement ça, en fait, et pas ''un genre de''. Elle aurait tellement voulu disparaître. Juste comme ça. Ne pas rester là, honteuse et meurtrie sous le regard de la seule personne qui ait osé prendre le risque de la retrouver, qui ait essayé de comprendre. « Je suis partie. Et Erika m'a retrouvée, elle voulait me ramener dans la salle. » Sa voix était rauque, basse, elle parlait d'un air brusquement mécanique, parce que sinon c'était trop douloureux. Elle s'efforçait de sortir de sa propre tête pour pouvoir raconter, mais c'était difficile. Les tentacules de la douleur et de la honte s'étaient enroulés autour d'elle et la retenaient prisonnière de son propre esprit. Elle aurait sûrement dû avoir l'habitude. « On était en train de rentrer quand on a été attaquées. Je n'ai... Je ne savais pas qu'ils étaient là. Je ne savais rien du tout et Erika, elle » Ses poings se serrèrent, sa voix se barrait au fin fond de sa gorge et elle refusait de sortir encore. Alors Enora se tut, les lèvres pincées, le cœur en lambeaux, sans oser relever les yeux vers cette amie qu'elle avait probablement encore plus déçue que les autres, parce qu'elle avait fait l'erreur de croire en elle.


Tumbled like it was
made of stone
ENOSIM The pull on my flesh was just too strong. Stifled the choice and the air in my lungs. Better not to breathe than to breathe a lie, 'cause when I opened my body I breathe in a lie. But oh my heart, was flawed, I knew my weakness. So hold my hand, consign me not to darkness.
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