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 There's things right here I can't afford to choose || Ielora

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Statut du sang : PurMessages : 482Date d'inscription : 02/11/2014Localisation : Durmstrang
Ҩ There's things right here I can't afford to choose || Ielora Ҩ Mar 6 Déc - 11:57

Enora était installée dans l'encadrement de la fenêtre, au fond de la pièce commune du dortoir des garçons. Ca faisait quelques temps que le lieu avait totalement été déserté, maintenant. Elle venait ici trouver un peu de tranquillité. Assise sur le rebord, le dos contre l'un des murs, les pieds appuyés sur l'autre et les genoux remontés entre les deux, sa silhouette se détachait clairement dans le contre-jour balancé par le soleil, dehors. Le mois de Mai touchait à sa fin, il faisait bon dehors, même pour la Bulgarie. Ca ne l'étonnait pas beaucoup. Il faisait toujours beau, le jour de son anniversaire. Enora se penchait régulièrement vers l'extérieur pour cracher la fumée de sa cigarette ; le vide la saisissait au ventre à chaque fois, elle regardait en bas, puis elle se replaçait tranquillement dans l'encadrement, presque avec lassitude. Si Rain la voyait, elle l'étranglerait Mais alors d'une force… Enora eut un léger rictus à cette pensée, laissant la fumée s'échapper d'entre ses lèvres froissées. Sourire, c'était devenu presque douloureux. Et ça va t'éclater les poumons, c'est de la merde ce truc, et ça épaissit la salive, ça enraille la gorge, comment tu vas faire pour assurer la première voix si tu fais d'la merde avec ton outil de travail, c'est comme si je désaccordais mon violoncelle avant de jouer, franchement, ça va pas… Elle pouvait presque l'entendre. Pourvu qu'elle aille bien, pourvu, pourvu, pourvu. Elle avait bien fait de se tirer tant qu'il était temps, au moment de la découverte de l'Ox. L'islandaise serait devenue dingue, ici. C'était pire que Poudlard en quatre-vingt-dix-sept, avec les Carrow. Au moins à cette époque ils savaient où étaient leurs ennemis. Aujourd'hui la jeune femme ne savait même plus très bien dans quel camp elle était. Hvað sóðaskapur.
De toute façon, depuis le temps ce n'était plus vraiment à prouver, qu'elle était elle-même la plus dangereuse de ses ennemis.

Elle tira à nouveau sur l'embout de la cigarette. Le paquet, dans sa poche, ne datait pas d'hier ; Ethan l'avait acheté l'été dernier à Dublin : il avait fait des réserves pour l'année scolaire, doutant qu'on puisse se procurer des clopess moldues irlandaises dans une école comme Durmstrang. Au final il n'en avait pas tellement fumées, vu qu'il avait recommencé à bosser son chant avec Rain – à défaut de réussir à jouer de la guitare comme avant. La faute aux doigts qu'il avait laissés sur le champ de bataille de Poudlard. Il lui avait donné le paquet de clope, en partant avec Rain. Juste au cas où, il avait soufflé, en le lui glissant discrètement, avant de s'enfuir vers le continent. Comment le leur reprocher ? Ils en avaient déjà tellement bavé. Aujourd'hui, Enora regrettait presque de ne pas être partie avec eux. Il n'y a plus rien pour moi là où vous retournez, elle leur avait dit. Alors qu'elle pensait avoir trouvé sa place ici, tout était remis en question. Cette guerre n'était pas la sienne. C'était celle des amis qu'elle n'avait pas pu se résoudre à abandonner à leur sort. C'était celle d'Onisim, à qui elle s'accrochait encore pour ne pas couler sans voir qu'ils étaient déjà tous les deux imergés depuis longtemps.

Elle soupira longuement, envoyant la fumée tournoyer devant elle. Fronçant les sourcils, elle essaya de se concentrer pour contrôler les volutes, leur donner une forme. C'était facile avec sa baguette, mais Erika avait essayé de lui apprendre à le faire sans. C'est Deklan qui le lui avait appris à elle, avait-elle expliqué ce soir-là. Enfin, ''appris'' était un grand mot. Il lui avait montré. Enora n'était pas très douée ; la fumée forma simplement une colonne qui se dissipa en montant vers le plafond dans un espèce de tourbillon pas très régulier. Elle ne s'en offusqua pas ; jamais elle n'avait été une sorcière très talentueuse. Sa magie, elle ne la contrôlait pas très bien. Les seuls moment où elle avait su ête efficace avec une baguette dans la main, c'est quand la colère ou la peur avaient pris le dessus. Finalement, la fille Barjow était plus contrôlée par sa magie qu'elle ne la contrôlait elle. Elle n'osait pas imaginer la catastrophe si jamais elle avait eu l'Ox dans le sang. Ce n'était pas très solidaire vis à vis de ses camarades de clan, mais Enora les remerciait de tout son coeur de ne pas avoir mis la main sur cet objet de tous les diables.


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ENOSIM The pull on my flesh was just too strong. Stifled the choice and the air in my lungs. Better not to breathe than to breathe a lie, 'cause when I opened my body I breathe in a lie. But oh my heart, was flawed, I knew my weakness. So hold my hand, consign me not to darkness.
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Statut du sang : PurMessages : 627Date d'inscription : 10/08/2016Localisation : Somewhere
Ҩ Re: There's things right here I can't afford to choose || Ielora Ҩ Jeu 8 Déc - 22:05

Spoiler:
 

Je remonte d’un pas rapide les couloirs de Durmstrang, l’œil aux aguets, attentive au moindre bruit, la baguette à la main. Le soleil de mai coule à flots à travers les fenêtres, et je m’arrête un instant près de l’une d’elles, sentant la chaleur de l’astre sur mon visage et mes épaules. Ils sont rares, maintenant, ces moments paisibles, un peu hors du temps, comme si la triste réalité se figeait quelques secondes avant de reprendre son chemin. Et de fait, je ne tarde pas à me détourner ; il ne fait pas bon s’attarder dans les corridors malgré le silence qui règne.

Mes pas me ramènent petit à petit vers le dortoir des garçons. Mon dortoir. Où j’espère récupérer quelques une de mes affaires et me changer si je pense en avoir le temps. Cela m’évitera de m’épuiser en ruses et manœuvres dans la salle de réception, même si je possède des années d’expérience en la matière. Alors que je réfléchis aux quelques vêtements que je vais prendre – des manches longues, forcément, malgré la saison : trop de cicatrices, trop de marques à cacher, et je n’ose pas tenter un sort de dissimulation vu les problèmes que provoque l’Ox –, je réalise que j’ai commencé à ralentir. Sans même que j’y pense, mon corps traîne en route. L’habitude. J’exècre ce dortoir où je ne me suis jamais sentie à ma place au milieu des garçons, où je me faisais l’impression d’être une voyeuse – sans en être vraiment une. Là plus que partout ailleurs, je devais veiller au moindre de mes mouvements, ne jamais risquer d’être surprise. Un excès de pudeur pour certains, des manières de tapette pour d’autres – peu importent les raisons qu’ils donnaient à mon attitude, le masque « Ielisseï, héritier des Voronov » a survécu. J’imagine que ma gêne aurait été la même dans le dortoir des filles, en inversé, trop garçon. Dommage qu’il n’y en ait pas eu un pour les monstres. Ça aurait été plus simple et j’y aurais davantage eu ma place. Au moins, j’aurais pu y être moi-même, sans devoir me demander à chaque instant quel geste convient ou pas, si ça ne fait pas trop « fille », si je ne risque pas d’en dévoiler trop.

Je n’ai jamais vu le mal qu’il y aurait à dire un jour «  je suis contente » et le lendemain, « je suis content », en fonction de ce que je ressentirais, la honte qu’il y aurait à mêler vêtements féminins et masculins, à n’être ni l’un ni l’autre mais quelque part entre les deux, parce que c’est ce que je suis profondément. Mais les réactions des autres, de mon père à la majorité de mon entourage, devant mon physique ambigu m’ont depuis longtemps fait comprendre à quel point ce n’était pas normal. À quel point c’était contre-nature. Et que si je n’étais pas vraiment un garçon, il fallait consacrer tous mes efforts à faire semblant de l’être. Être et paraître. Un jeu usant, épuisant. Il n’y a qu’avec Ilia et ma sœur que je peux laisser tomber les masques et être moi-même sans passer pour folle.
J’atteins enfin le dortoir et pousse le battant. C’est un peu étrange de trouver le lieu si calme, déjà empli de cette atmosphère particulière, propre aux endroits abandonnés. Ou presque. Une silhouette se dessine dans l’encadrement de la fenêtre du fond, à contrejour. Ma main se crispe sur ma baguette. Il me faut quelques secondes pour reconnaître Enora et me détendre.

Un sourire me vient. L’une des rares personnes que j’apprécie vraiment et qui me le rend, avec laquelle je n’ai pas besoin de faire semblant. Pas de questions, d’apparences à préserver ; juste des silences qui sont un havre, où je peux me détendre sans avoir à me soucier de mon rang et de toutes les absurdités qui vont avec. Un havre bienvenu avec l’ambiance de plus en plus délétère qui règne dans le château et mes pensées de plus en plus sombres à mesure que les jours passent, obscurcies encore par mes inquiétudes pour ma sœur. Et il y a le chant, cette passion qui nous rapproche, elle et moi, le plaisir de travailler à deux, nouveau pour moi qui travaille essentiellement seule, par crainte que mon père ne finisse par l’apprendre. Je porte encore les marques de la correction qu’il m’a infligée, enfant. Je repousse ces pensées.
Le cœur plus léger, je m’avance dans la pièce.

— Enora ?

Elle a sûrement déjà perçu ma présence, mais autant me signaler franchement.
Je jette un coup d’œil dans la direction de mon lit, dans un coin. Rien n’a l’air d’avoir bougé depuis que les lieux ont été abandonnés. Tant mieux. Je reviens sur Enora.

— Besoin de calme ?

Si c’est le cas, je la comprends. On a tous besoin de s’évader un peu de la salle de réception – voire souvent dans mon cas. Je ne pousse pas plus loin pour l’instant, nous n’avons pas forcément besoin de beaucoup parler pour nous comprendre.
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Statut du sang : PurMessages : 482Date d'inscription : 02/11/2014Localisation : Durmstrang
Ҩ Re: There's things right here I can't afford to choose || Ielora Ҩ Mer 21 Déc - 2:55

D'une pichenette, Enora envoya la cendre de son tabac consumé se perdre dans la brise. Elle la suivit du regard une seconde avant de la perdre de vue, concentrant son attention sur la fumée qu'elle essayait toujours de modeler par la pensée. Des pas dans le couloir lui firent revoir ses priorités en vitesse. Sa baguette était accrochée sur sa cuisse, comme d'habitude. Elle la regarda une seconde, avant de tourner la tête vers l'intérieur de la pièce, sans s'en être saisie. Elle n'avait pas envie de se battre aujourd'hui ; elle était beaucoup trop lasse. Quelqu'un débarquerait pour la pousser de l'autre côté, dans ce vide vers lequel elle se tournait presque avec soulagement, qu'elle n'était même pas sûre d'avoir le réflexe de se défendre. Aujourd'hui était l'un de ces jours où rien n'avait plus d'importance parce que tout était beaucoup trop compliqué. Un de ces jours où elle ne trouvait plus aucune raison à rien, plus aucun sens nulle part ; où le vide devenait beaucoup trop réconfortant. Un petit vertige dans son ventre lui rappela qu'il était juste derrière et qu'il lui suffisait de tourner la tête pour le contempler. Le contempler et se contenter de ça ; à cause de - ou grâce à - un peu de lucidité accrochée à sa conscience malmenée. C'était toujours comme ça à son anniversaire. C'était le jour où le pendentif autour de son cou se faisait le plus lourd. Elle sentait presque la chaîne rougir sa peau, autour de son cou, surtout sur la nuque. Ca la démangeait, parfois.

Enora s'exhorta pourtant à garder les yeux dirigés vers l'intérieur de la pièce, pour déterminer qui était celui ou celle qui prenait le risque de se balader en zone neutre au beau milieu de la journée. De toute façon, elle n'avait pas grand chose à craindre. Elle n'avait pas l'Ox, et travaillait sur les portoloins avec les Insurgés bien qu'elle appartienne à la Résistance. La jeune femme ne prétendait pas être assez utile à l'un ou l'autre camp pour que les plus soupçonneux ne décident pas de se débarrasser d'elle ; mais elle savait qu'elle ne s'était de toute façon pas montrée assez dangereuse pour que qui que ce soit veuille en arriver là.
Elle entendait les pas se rapprocher, bien qu'ils soient vraisemblablement aussi étouffés que possible. La Gryffondor vit une silhouette s'engager dans le couloir et elle reconnut finalement Ielisseï, qui sembla un instant s'accrocher à sa baguette, la dévisageant les sourcils froncés pour, devina-t-elle, discerner les traits de son visage. Elle se savait à contre-jour et porta la cigarette à sa bouche en attendant qu'il s'approche. Un peu distraitement, elle nota que la tige de tabac était presque entièrement consumée. « Enora ? » C'est un regard un peu moins sombre qu'elle posa sur lui, osant un petit sourire. C'est en réalisant à quel point elle devait se forcer pour esquisser ce geste qu'il lui avait toujours été si facile d'offrir au russe qu'elle comprit à quel point elle en avait lourd sur le cœur, aujourd'hui. Elle n'avait plus l'habitude de partager des moments comme celui-là avec qui que ce soit. « Besoin de calme ? » Elle acquiesça silencieusement, dans un geste plutôt lent ; lourd.

Elle tira une dernière fois sur la cigarette avant de balancer le mégot par la fenêtre, se faisant violence pour ne pas le suivre des yeux.
Enora n'était techniquement pas obligée de rester dans la salle de réception.  Pourtant, le nombre important de tours de gardes qu'elle prenait dans la journée la conduisait à y revenir très régulièrement et à y rester parfois, ne serait-ce que pour tenir compagnie à quelques personnes. Hedda, qu'elle voyait assez peu parce que son rôle de meneuse l'accaparait évidemment. Harmo ; Iel, aussi. Autant de personnes qu'elle trahissait lâchement en rejoignant Onisim le soir pour travailler sur les portoloins. Elle déglutit, tourna un instant le visage vers l'extérieur afin de rassembler assez de courage pour être capable de regarder Ielisseï dans les yeux à nouveau. Le parc de Durmstrang s'étendait à perte de vue. « J'ai l'impression d'étouffer » souffla-t-elle, la voix un peu éteinte, songeant aussitôt qu'en tant que Résistante elle n'était sûrement pas très légitime à se plaindre de l'enfermement. Elle n'était pas coincée dans la salle de réception. Elle était juste coincée dans sa propre tête, et c'est ça qui l'asphyxiait, lentement mais sûrement. « Tu crois qu'on peut sortir ? » demanda-t-elle, en revenant affronter les prunelles de son ami, un brin d'espoir venu réanimer légèrement sa voix. Si la question de base demandait s'ils en avaient le droit, la légère défiance qui teintait ses mots poussait la réflexion plus loin : s'ils n'en avaient pas le droit, en seraient-ils capables ? Les insurgés ne patrouillaient sûrement pas dehors. C'était probablement plus sûr encore que de rester ici, à découvert dans une zone qui n'était contrôlée ni par un camp ni par l'autre. En rejoignant le parc, ils s'éloignaient du champ de bataille. Ce serait sûrement la plus bienfaisante des respirations qu'ils aient jamais prise de toute leur vie.


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Statut du sang : PurMessages : 627Date d'inscription : 10/08/2016Localisation : Somewhere
Ҩ Re: There's things right here I can't afford to choose || Ielora Ҩ Mer 28 Déc - 16:01

Je me rapproche d’Enora tout en restant attentive – les Insurgés peuvent tout autant que nous rôder dans les parages et je ne baisse jamais ma garde quand je sors, si tant est que je la baisse dans la salle de réception. Les dangers y sont différents, mais ils sont quand même là. Et de toute façon, on ne perd pas les habitudes durement acquises au fil des années.
Je sens Enora tendue, un peu ailleurs en même temps, et le regard qu’elle m’adresse reste sombre. Elle n’a pas sorti sa baguette, alors que c’est pratiquement devenu un réflexe pour la majorité des Résistants et des Vainqueurs dès qu’ils entendent un bruit de pas. Quelques semaines : il n’aura pas fallu davantage pour nous transformer en petits soldats ou en lapins terrifiés par les renards et les loups qui rôdent dans et hors de l’école. Un mélange des deux, qui nous maintient dans une tension permanente, épuisante pour tout le monde. C’est une ambiance de guerre de tranchées qui s’installe petit à petit, où chacun campe sur ses positions avec des escarmouches régulières ; c’est une ambiance d’enterrement qui se répand dans le château, un memento mori perpétuel, sans qu’on sache très bien aux funérailles de qui on assiste, celles de l’école, les nôtres par anticipation, celle du monde que nous connaissions ? J’essaie de chasser ces pensées, ce n’est pas pour les avoir que je file hors de la salle de réception dès que je peux. Je tâche plutôt de me souvenir que c’est une belle journée : il fait beau, je ne suis pas tombée sur quelqu’un qui veut me torturer, qu’il soit de mon camp ou d’un autre, et les monstres qui hantent d’ordinaire ma tête restent endormis pour le moment. Pas besoin de lame pour les calmer. Que demander de plus ? Cynisme, dirait ma sœur.

Enora me sourit lorsque je l’interpelle, un petit sourire, loin de ceux qu’elle m’offre en temps ordinaire. Quelque chose ne va pas. Et en même temps, qui dans ce château peut prétendre que tout va bien, à moins d’avoir perdu l’esprit ou d’être un psychopathe fini ? Elle aussi a besoin de calme, d’une fuite hors du temps, loin de tout ce qui nous menace, loin de cette pression qui pèse sur nous. Je hoche la tête devant sa remarque.

— Moi aussi, j’étouffe ici, ça devient de plus en plus dur.

Je supporte de moins en moins cet enfermement, qui oblige en plus à être en permanence avec les autres. Ça me rend folle, toutes ces présences, tous ces regards. J’ai beau me dire que c’est absurde, que les autres n’en ont rien à faire de moi, c’est quand même là, ancré et tenace. Parfois, je me prends à rêver de ne plus revenir de mes escapades, de disparaître dans les profondeurs du château – pas pour mourir, je l’ai promis. Juste pour être seule. Qui s’en rendrait compte ? Pas grand monde, je ne me fais pas d’illusion sur le sujet, et ça serait plutôt un soulagement pour les autres. Une cinglée de moins, hop, bon débarras. Le rêve fane un peu quand je me dis que m’éloigner de mes rares proches risque de faire trop plaisir aux monstres noirs qui rôdent dans mon esprit, et qu’il y a déjà trop de cicatrices.

Mon regard croise celui d’Enora tandis qu’elle me demande si on peut sortir. Pouvoir ? oui, sûrement. En revanche, je doute qu’on en ait le droit. Pas surveillé, trop dangereux, trop découvert, nous ne sommes que deux, dont l’une qui maîtrise à peine sa magie, pas vraiment de repli si on nous attaque. Les justifications raisonnables s’empilent, de plus en plus nombreuses, appel à la sagesse et au bon sens. Mais l’idée me tente, l’idée me plaît. Aller dehors, une fois, rien qu’une fois, respirer pour de bon l’air extérieur, sentir le soleil… Mon regard s’éclaire et je retourne un grand sourire à mon amie.

— Oui, on peut !

Mon enthousiasme n’est pas feint. J’ai envie de prendre le risque, de tenter le coup – comme trop souvent ces derniers temps, comme si des freins lâchaient. La réflexion revient quand même : traverser le château pour sortir reste vraiment dangereux, nous pourrions nous faire surprendre, et j’ai la vague intuition que les résistants n’accepteraient pas franchement ce projet.
Je jette un coup d’œil à la fenêtre, ouverture tentatrice sur le parc. On pourrait sauter et se retenir d’un sortilège. Mon ventre se noue, et je repousse l’idée presque aussitôt. Ça ressemblerait trop à une tentative de… d’autre chose. Non.

Il y a d’autres solutions que sauter. Je souris à Enora.

— Tu as déjà fait du rappel ?

Je me concentre, lance le sort. Des cordes apparaissent à l’extrémité de ma baguette, se fixent aux montants des fenêtres, se déroulant jusqu’en bas. Ce n’est pas si haut. Deux cordes, solidement arrimées. Je me retourne vers Enora.

— Prête pour une petite escapade ?

Mon sourire lui demande surtout : « cap ou pas cap ? »
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Statut du sang : PurMessages : 482Date d'inscription : 02/11/2014Localisation : Durmstrang
Ҩ Re: There's things right here I can't afford to choose || Ielora Ҩ Dim 8 Jan - 3:46

Bien sûr qu'elle avait conscience que c'était une idée stupide et dangereuse ; une folie, en d'autres mots. Ca faisait un bien fou si on se décidait à prendre des risques et par les temps qui courraient, ils étaient peu nombreux, ceux qui trouvaient le courage de s'y résoudre. Quoi de plus normal ? Pourtant Enora avait envie d'y croire. Et rien que ça, ça faisait du bien. Quelque chose à espérer, c'était déjà beaucoup, étant donnée la situation. Toujours aucune trace de Kniasev, disparue il y avait plus de trois semaines maintenant. La semaine dernière, c'était au tour du professeur Hudson d'être capturé. Malgré leur sous-nombre évident, il semblerait que les Insurgés aient plus d'un tour dans leur sac et soient en train de gagner du terrain - elle était bien placée pour le savoir mais ce n'était pas très rassurant pour autant. Dans ces circonstances on apprend vite à craindre le pire, on se contente du pas si mal sans oser espérer le bien. Encore moins le mieux. Une vraie bouffée d'air, enfin, ce serait au delà de ça.
Les yeux de Ielisseï se mirent à pétiller et Enora eut moins de mal à lui rendre son sourire, cette fois. En un sens, elle était soulagée. Elle avait eu peur que son ami ait décidé d'être raisonnable alors qu'elle se décidait enfin à lâcher prise ; mais il semblait en avoir besoin autant qu'elle. « Oui, on peut ! » Elle aurait presque pu lui dire merci, mais se fit la remarque qu'elle risquait d'avoir l'air encore un peu plus désespérée que ce n'était déjà le cas. Ca allait comme ça. Perdant son sourire en réfléchissant au meilleur moyen de rejoindre le parc, elle arriva à la même conclusion que le Voronov en laissant une fois de plus son regard glisser vers l'extérieur. Ce n'était pas excessivement haut mais assez pour que sauter présente des risques ; surtout avec Iel handicapé par l'Ox, et elle qui n'avait jamais été très douée avec les sortilèges. Elle se penchait légèrement au-dessus du vide pour essayer de voir si la façade du château comprenait assez de prises pour descendre le long du mur. Le vertige la reprit, enserrant délicatement ses entrailles. Elle frissonna en se redressant à l'intérieur, délicieusement grisée, après avoir constaté qu'escalader le mur, dans un sens ou dans l'autre, risquait d'être compliqué sans magie. « Tu as déjà fait du rappel ? » Son visage concentré se détendit légèrement ; elle n'y avait pas pensé, la solution semblait idéale. « C'était il y a des années mais ça devrait le faire ! » C'est alors qu'elle vit Iel saisir sa baguette ; elle descendit de la fenêtre pour lui laisser le champ libre. Deux cordes apparurent et se fixèrent aux fenêtres, ouvrant leur petit monde au reste du parc. Ce n'était pas énorme, mais déjà tellement plus que ce qu'ils avaient. « Prête pour une petite escapade ? »

« Cap ! » lui répondit son sourire en coin.

La Gryffondor se hissa à nouveau sur le rebord de la fenêtre et tendit le bras pour s'emparer de l'une des cordes qui descendaient jusqu'en bas. Elle fit faire à celle-ci un tour de son avant-bras, histoire d'avoir une petite sécurité, tira un ou deux coups secs pour s'assurer que rien ne se décrocherait - même si c'était concrètement trop peu de précautions pour s'assurer qu'il n'y avait effectivement pas de danger - et se tourna une dernière fois vers son ami « Mieux vaut descendre chacun son tour, comme ça en cas d'accident l'autre pourra tenter quelque chose. » Elle sourit, taquine « Bon je dis pas que je te sauverai la vie si tu tombes mais je te promets d'essayer. » Enora lui décrocha un clin d'oeil avant de se tourner dos au vide et de se laisser glisser en arrière, les deux mains solidement fermées sur la corde. Ses pieds se calèrent aussitôt contre le mur et elle commença immédiatement à descendre, consciente que sa force et son endurances limitées ne lui permettraient pas de rester dans cette position trop longtemps. La gravité la tirait vers le bas, s'accrochait à ses épaules, ses vêtements. Si parfois, elle avait l'impression que son corps trop maigre pourrait être soufflé par une bourrasque un peu trop forte, elle se sentait en cet instant qu'elle pesait un certain poids et que ce certain poids pouvait la faire s'écraser comme une crêpes une dizaine de mètres plus bas. Il lui suffisait de lâcher les mains. Juste ça, et elle tombait. C'est dingue comme ça ne tient à rien, d'être vivant ou mort. Les mains qu'on ouvre, ou qu'on ferme.
Le vent vint lui fouetter le visage, agiter les cheveux qu'elle ne pouvait plus attacher depuis qu'elle les avait coupés au dessus des épaules il y a quelques jours - dommage, ça lui aurait peut-être évité de les avoir dans la figure. Elle se sentit balancée légèrement par la bourrasque, mais ne s'affola pas immédiatement, poursuivant la descente. Elle ne rendit compte du déséquilibre que lorsqu'une autre rafale plus forte la fit pivoter pour de bon sur le côté sans qu'elle puisse replacer ses appuis ; son épaule heurta la façade. Les dents serrées pour retenir un cri de surprise, elle s'accrocha à la corde d'autant plus fort, ramenant ses jambes sous elle pour essayer de retrouver un peu d'équilibre, arrêter de se balancer. Son coeur accélérait, elle se força à respirer en essayant de remettre ses pieds contre le mur ; puis continua bravement la descente et arriva rapidement en bas, le souffle court, les mains un peu endolories. Souriante, pourtant. Elle était dehors - en un seul morceau. Barjow fille prit le temps de faire de grands signes à Ielisseï pour lui faire comprendre qu'elle allait bien, n'osant pas crier pour communiquer de peur de signaler sa présence à des gens beaucoup moins bien intentionnés. Elle plaça ses mains sur ses genoux le temps de retrouver son souffle, et profita de l'air frais qui s'engouffrait dans ses poumons. Quelques secondes plus tard, elle fit signe à Ielisseï qu'il pouvait y aller et s'empara de sa baguette, sans le quitter des yeux. Elle avait le Levicorpus au bord des lèvres ; ce ne serait probablement pas très confortable, d'être accroché par la cheville, mais ça vaudrait mieux que de s'éclater en bas. Elle ne maîtrisait pas l'Arresto Momentum. C'était mieux que rien.


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Ҩ Re: There's things right here I can't afford to choose || Ielora Ҩ Sam 25 Fév - 12:43

Spoiler:
 

La folie d’Enora me tente plus qu’elle n’aurait dû. Les Vainqueurs ne sont pas censés quitter l’enceinte du château, même pour aller dans le parc ; les Vainqueurs ne sont même pas censés sortir de la salle de réception. Danger partout, danger mortel. Danger. Les avertissements résonnent, venant des Résistants, des enseignants, de tous ceux qui s’estiment en charge, responsables, aptes à assurer la sécurité. Mais je n’en peux plus, je n’en peux plus de devoir supporter les autres, de subir ce confinement qui fait trop bien écho au poids qui oppresse ma poitrine. Je n’en peux plus, et les mots résonnent dans ma tête, prennent de plus en plus de place, fuient de plus en plus souvent avec les filets de sang qui coulent sur mes bras. Je perds pied, toujours plus, sans savoir à quoi me rattraper, et les belles journées comme aujourd’hui se font de plus en rares, noyées dans la grisaille permanente qui m’entoure, brouillard impénétrable que rien ne parvient à fendre et à dissiper.
Alors, oui, la proposition d’Enora est une folie, mais aussi une chance, celle de m’évader pour quelques instants, quelques minutes, peu importe tant que ça ouvre une parenthèse loin de ce que nous vivons, même s’il est impossible de l’oublier complètement. Mon enthousiasme doit se voir sur mon visage vu le sourire que m’adresse mon amie. Elle aussi paraît soulagée de cette occasion ; je ne sais pas ce qui l’a amenée ici en premier lieu, ce qu’elle a voulu fuir ou retrouver dans la solitude du dortoir, mais on semble avoir le même besoin d’air frais. Je ne tarde pas à lui proposer le rappel pour sortir du château en toute tranquillité – si ce n’est sans danger. J’en viens à haïr ce mot pour la sécurité qu’il implique, mais je l’aime aussi pour ce qu’il apporte, je le cherche partout où je peux en ce moment, comme si chaque prise de risque me permettait de me sentir vivante tout en me rapprochant des limites de la mort.
Je chasse ces pensées ; hors de question qu’elles gâchent ce moment et, surtout, que je réfléchisse à ce qu’elles signifient vraiment pour moi.

Le sourire d’Enora me dit à quel point elle est partante pour notre petite désescalade. Je ne tarde pas à installer les cordes nécessaires – l’ox réagit de mieux en mieux, même s’il garde un côté aléatoire, imprévisible. Par chance, tout se passe bien, pas de vitres explosées, pas de cordes à ne plus savoir qu’en faire, juste ce qu’il faut. Enora monte la première sur le bord de la fenêtre et se prépare. « Mieux vaut descendre chacun son tour, comme ça en cas d'accident l'autre pourra tenter quelque chose. Bon je dis pas que je te sauverai la vie si tu tombes mais je te promets d'essayer. »

— Bonne idée !

Autant éviter de finir comme des crêpes. Je souris devant sa moquerie.

—Pareil.

En vrai, j’espère que tout se passera bien. Si l’une de nous deux doit finir étalée au sol, je préfère que ce soit moi plutôt qu’elle. À peine a-t-elle franchi le rebord de la fenêtre que je me penche pour suivre sa progression, la baguette à la main, prête à intervenir. Le vent la secoue, je grimace en la voyant heurter le mur, mais elle ne lâche pas prise et continue sa descente. Mon cœur bat la chamade, résonne tout autour de moi, et je pousse un soupir de soulagement lorsqu’elle touche enfin terre.
Je réponds à ses signes d’un grand geste du bras et monte à mon tour sur le rebord de la fenêtre, ferme les yeux une seconde devant l’appel du vide avant de me reprendre. Ça aurait pu être une tentative intelligente d’en finir, dixit mon paternel, sauter d’assez haut pour ne me laisser aucune chance, plutôt que d’employer des méthodes de fillette. Pas sûr que ce soit la chose la plus sensée qu’il m’ait dite.

Je passe la corde autour de mon corps, histoire de m’assurer un minimum, puis entame la descente, dos au vide, les pieds contre le mur pour tenter de me stabiliser au mieux. Ne surtout pas regarder vers le bas, oublier que j’ai une dizaine de mètres de vide sous moi, à quel point il serait facile de glisser, d’ouvrir les mains, de tomber par accident. Non. Ne pas oublier de respirer en revanche. Ne pas aller trop vite – ni trop lentement, ça tire déjà assez sur mes bras, et mes muscles se nouent. Pas le temps de regretter de ne pas avoir fait assez de sport. J’inspire profondément, continue la descente. La corde brûle mes mains, frotte contre mon dos et mes jambes. L’appui contre le mur me permet au moins de ne pas trop souffrir du vent.
Quand je touche terre, j’ai l’impression que la descente a duré à la fois quelques secondes et plusieurs heures. Le souffle court, le cœur battant à toute allure, je me dépêtre de la corde, ignore la douleur de mes paumes. On est dehors. Vivantes, en un seul morceau. On l’a fait.

— On l’a fait ! On a réussi !

Un rire m’échappe, un poil nerveux peut-être, mais bon sang, qu’est-ce que ça fait du bien ! Je jette un coup d’œil à la façade du château, le temps de réaliser vraiment ce qu’on vient d’accomplir. Ce qui me permet aussi de comprendre que n’importe qui regardant par une fenêtre peut nous surprendre ; les pelouses près du château ne nous offrent aucun abri, occasion parfaite pour n’importe quel ennemi de faire un carton.

— Viens !

Je traverse la pelouse à grands pas, tout en savourant la chaleur du soleil sur mon visage, le vent qui rafraîchit un peu l’atmosphère... Combien de semaines que je n’ai pas mis un pied dehors ? Je profite de l’ombre des chênes pour me rendre plus discrète, jusqu’à atteindre un coin à l’écart. Je me retourne : le château est bien sûr toujours visible entre les branches des arbres, mais je suis quasi certaine que plus personne ne peut nous voir. Enfin libres, enfin tranquilles, enfin la paix. Le poids habituel quitte un peu ma poitrine, je me sens plus légère. Plus vivante.

Je me retourne vers Enora.

— Qu’est-ce que tu veux faire ?

Je sais bien ce qui me tenterait, là, maintenant, d’autant que les occasions de nous retrouver toutes les deux se sont faites vraiment rares depuis la découverte de l’Ox, mais peut-être qu’elle préférera une bonne promenade dans le parc. Avec le soleil qu’il fait, c’est l’occasion parfaite pour se détendre.
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Ҩ Re: There's things right here I can't afford to choose || Ielora Ҩ Ven 24 Mar - 0:56

Enora aperçut le geste de son ami et se concentra en le voyant enrouler la corde autour de lui. Elle n'y avait pas pensé, elle, mais en effet, ça semblait pertinent. Une sécurité en plus, au cas où. Elle n'en avait pas ressenti le besoin mais après tout ça l'aurait peut-être aidée. Trop tard, de toute façon ; ce qu'elle pouvait faire de mieux maintenant, c'était s'assurer que Ielisseï ne s'écraserait pas comme une galette à ses pieds en cas d'accident. Elle se tenait prête à réagir, le gardant en joue, mais après quelques minutes d'effort, il arriva finalement sur la terre ferme, et son sourire répondit à celui de la britannique. « On l’a fait ! On a réussi ! » Elle était la première à s'en étonner et s'en réjouir en même temps ; un bruit rauque qui ressemblait plus ou moins à un rire s'échappa de sa gorge, mais déjà, il fallait bouger. « Viens ! » Elle ne se fit pas prier, mais stoppa sa course presque aussitôt pour prendre le temps de se retourner et de faire disparaître les cordes et fermer la fenêtre d'un coup de baguette. Même s'il serait difficile de viser correctement pour pouvoir lancer le sortilège en sens inverse, ça restait moins risqué que de laisser n'importe qui suivre leurs traces. Dans le pire des cas, elle connaissait un passage secret qui les mènerait directement dans l'aile ouest, mais il fallait croiser les doigts pour qu'il ne soit pas surveillé. Satisfaite, la jeune Barjow reprit sa course à la suite de son ami et le rejoignit rapidement à l'ombre des arbres, où ils étaient très certainement à l'abri des regards.

La jeune anglaise se laissa reposer contre un tronc, reprenant sa respiration. L'air lui semblait moins lourd, dehors. Elle regrettait de devoir se mettre à l'abri des arbres, il aurait été tellement agréable de pouvoir s'allonger au soleil... « Qu’est-ce que tu veux faire ? » Enora réfléchit un instant. Ses mains frôlaient l'écorce contre laquelle elle était appuyée, et elle sentit des marques enfoncées dans le bois. Fronçant les sourcils, elle s'écarta du tronc pour regarder. Quatre longues griffures avaient abîmé l'écorce. Lorsqu'elle se releva, la jeune femme souriait de toutes ses dents. Elle avait une idée. « T'as pas peur de t'enfoncer dans la forêt ? On n'est pas à ça près, aujourd'hui, eh ! » lança-t-elle avec entrain en se retournant pour s'enfoncer un peu plus dans la pénombre, là où le soleil peinait à traverser les branches. Elle attendit que Ielisseï la rejoigne pour s'expliquer un peu. « Je connais ce coin de la forêt. Je suis venue plusieurs fois, il y a une clairière juste un peu plus loin, on sera complètement à l'abri des regards et on pourra lézarder comme si on était en vacances. » C'était se voiler complètement la face et elle en avait tout à fait conscience, mais elle était convaincue que ça leur ferait le plus grand bien. « Il n'y a aucun animal dangereux par-là. Les marques là-bas c'est ma meilleure amie qui les a faites. » Rain lui manquait. Tellement. D'un mouvement de la tête, elle chassa ces pensées mélancolique et se concentra pour ne pas se perdre. Il y avait assez peu de chance, mais quand même. En chemin, en esquivant les racines et les branches basses, elle ramassa deux branches fines d'une trentaines de centimètres qu'elle commença à frapper entre elles, à un rythme régulier, en glissant un regard vers son ami un regard complice et appuyé. Sans élever la voix pour l'instant, elle s'amusa à siffler la mélodie de We are the champions. L'ironie un peu cynique l'amusait beaucoup ; mieux valait en rire, se disait-elle. Rapidement, ils tombèrent sur une sorte de tanière qu'Enora observa un moment avant de la contourner en songeant que c'était quand même vachement pratique d'avoir eu une meilleure amie animagus qui lui avait fait découvrir un certain nombre de coins de cette immense forêt. C'était une des tanières que l'ourse avait faite quand elle avait passé la nuit dehors. Ca lui arrivait souvent, elle ne s'était jamais sentie à sa place à Durmstrang.

Quelques instants plus tard, ils débouchèrent sur la fameuse clairière, baignée de soleil. La jeune femme s'avança dans la lumière en levant son visage vers le ciel, laissant les rayons réchauffer son coeur. C'était mal barré, mais un plutôt bon début, finalement. Aujourd'hui, pour aujourd'hui, elle avait envie d'oublier à quel point elle était glacée. Revigorée, elle se tourna vers Iel. « Alors, pas mal hein ? On sera mieux ici non ? » Elle sourit, s'avança dans la clairière pour se percher sur un rocher arrivé là elle ne savait trop comment ; puis elle leva ses baguettes improvisées et frappa plusieurs fois comme au théâtre. « On a juste la forêt pour nous entendre, tranquilles, on risque rien. Tu veux chanter ? Ca fait longtemps ! » Elle forçait un peu l'enthousiasme mais ça venait plutôt naturellement. Elle allait peut-être bien y arriver, à oublier. Juste aujourd'hui. Ce serait un chouette cadeau d'anniversaire.


Tumbled like it was
made of stone
ENOSIM The pull on my flesh was just too strong. Stifled the choice and the air in my lungs. Better not to breathe than to breathe a lie, 'cause when I opened my body I breathe in a lie. But oh my heart, was flawed, I knew my weakness. So hold my hand, consign me not to darkness.
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Ҩ Re: There's things right here I can't afford to choose || Ielora Ҩ Mar 6 Juin - 11:51

Spoiler:
 

Alors que j’entraîne Enora vers les arbres, elle se retourne pour faire disparaître les cordes et refermer la fenêtre. Excellente idée, il ne manquerait plus que quelqu’un nous suive – bien ou mal intentionné, peu importe, pour l’heure, j’ai juste envie de partager un moment avec mon amie sans que quiconque s’en mêle. J’aurais dû penser moi-même à protéger nos arrières, je suis plus prudente en temps ordinaire. J’ai intérêt à ne pas me laisser griser par la promenade si je veux revenir en vie. Pas la peine de risquer davantage le sort, s’il pouvait aller se préoccuper d’autres personnes, ça m’arrangerait bien.

Nous rejoignons l’ombre fraîche des arbres, nécessaire pour nous abriter des regards, avec le regret cependant de ne pas profiter davantage du soleil. Enora s’appuie contre un tronc tandis que j’inspire profondément. Le parfum des sous-bois et des fleurs, la lumière du soleil qui passe à travers les feuilles et dissémine des taches dorées sur l’herbe d’un vert éclatant, les vrombissements des insectes et le souffle léger de la brise… J’ai l’impression de revivre, d’être libre, et je savoure pleinement le fait d’être dans le parc, loin des autres et de l’angoisse du château. Impossible de me détendre complètement, mais j’ai quand même le sentiment d’être à des kilomètres de ce qui se passe à l’intérieur, d’avoir pratiquement changé de monde. Comme si Durmstrang se transformait en tombeau gigantesque, en nous faisant oublier toute la vie qui se trouve à l’extérieur, oublier que le printemps bat son plein. Je me retourne vers Enora en train de réfléchir à la suite du programme. Avec elle, j’observe les longues griffures qui marquent l’écorce de l’arbre contre lequel elle s’appuyait. Des marques laissées par un ours, comme j’ai souvent eu l’occasion d’en voir en Russie pendant l’été. Le sourire d’Enora m’indique qu’elle a une idée.

Peur de m’enfoncer dans la forêt ? Je souris largement.

— Ce n’est pas cette forêt qui m’effraiera !

Je la rejoins un peu plus loin, là où les branches sont trop épaisses et où le soleil n’atteint guère le sol. Il fait plus froid, mais à côté de Durmstrang qui paraît toujours glacée, la température reste largement supportable. Enora s’explique. On est aussi conscientes l’une que l’autre que ce ne sont pas des vacances, juste une parenthèse enchantée, mais c’est ce que nous pouvons avoir de mieux aujourd’hui et je n’ai pas l’intention de m’en plaindre. Ça nous fera du bien, et pour quelques instants, nos vies retrouveront l’apparence de la normalité. C’est déjà beaucoup.

Je hausse un sourcil en entendant Enora préciser que les griffures d’ours ont été faites par sa meilleure amie. Je sais qu’il y a toujours eu des Animagi parmi les élèves de Durmstrang, que d’autres ne cachent pas non plus qu’ils sont des loup-garou, et je regrette de ne jamais avoir pris le temps de me pencher sur cette forme de magie, déjà trop fascinée par les autres, la magie noire en tête. Et maintenant… l’ox ne me permet plus le maniement d’une magie aussi subtile. Le regard d’Enora s’est voilé, elle doit penser à son amie. Je lui souris doucement en retour, piètre réconfort. Aucune parole ne pourra changer la situation.

Je suis Enora dans les sous-bois, veillant à ne pas trébucher sur les racines. Lorsqu’elle commence à frapper des branches entre elles, je reconnais le rythme de We are the champions.

C’est bien choisi, je souffle dans un sourire complice.

Après tout, on n’aurait pas pu rêver meilleurs champions que nous, n’est-ce pas ? Dans ces circonstances, l’ironie reste une bonne défense, un rempart pour prendre du recul sur la situation et éviter de se laisser complètement engloutir. Je siffle la mélodie avec Enora ; ça aussi, ça manque dans la salle de réception, et lors de mes escapades dans les couloirs, j’évite de donner de la voix. Et sans Enora, j’aurais renoncé depuis des mois. La brume épaisse qui ne me quitte jamais vraiment me donne l’impression d’absorber tout ce que j’aime faire, leur ôtant tout attrait, parant tout d’un « à quoi bon ? » qui ne donne aucune envie de s’y livrer et laisse la place à une sorte de néant.

Le chemin nous entraîne jusqu’à une tanière devant laquelle Enora s’attarde quelques instants. Un refuge de son amie capable de se transformer en ourse ? Un endroit où elle a passé du temps avec d’autres élèves ? Je n’ose pas poser la question.
Au bout de quelques minutes, nous atteignons la clairière que les rayons frappent directement. D’un même mouvement, Enora et moi nous tournons vers le soleil. Que c’est bon de sentir sa chaleur. J’écarte les bras, inspire profondément, savoure la chaleur qui m’enveloppe. Je réprime de justesse l’envie de remonter les manches de mon pull pour en profiter davantage, arrête le mouvement alors que j’ai déjà les doigts sur le vêtement tandis qu’une petite voix me rappelle que je ne suis pas seule. Tant pis, ça ne m’empêchera pas de profiter du soleil malgré tout.

« Alors, pas mal hein ? On sera mieux ici non ? »


Carrément, c’est génial comme endroit ! Vraiment hors du monde…

Personne ne viendra nous chercher ici. L’école a disparu derrière les arbres, nous sommes vraiment seules au monde. Il ne manquerait plus qu’une rivière ou une pièce d’eau pour parfaire le décor, comme celle qu’il y a dans le parc familial en Russie, et près de laquelle nous passions des heures au soleil, ma sœur et moi…

Enora se perche sur un rocher tandis que je me laisse tomber au sol, jouant les tournesols, les yeux fermés, le visage toujours tourné vers le soleil, comme s’il pouvait nettoyer toutes les scories qui me noircissent le cœur et l’esprit. Impossible, évidemment, mais j’entends bien emmagasiner autant de lumière que je pourrai. Le bruit des baguettes entrechoquées me tire de mes pensées et je bats des paupières.

« On a juste la forêt pour nous entendre, tranquilles, on risque rien. Tu veux chanter ? Ca fait longtemps ! »


Trop longtemps ; ça me manque sans me manquer vraiment, trop de brume. Mais ici et maintenant, dans cette clairière, au soleil, avec Enora… oui, j’en ai envie, vraiment envie.

C’est une super idée ! On va finir par rouiller sinon.

Une touche de plaisanterie, une touche de normalité… Une journée qui aurait paru ordinaire il y a quelques mois. Je repousse le répertoire russe qui me vient d’emblée en tête, me tourne plutôt vers les chansons anglaises qu’on apprécie toutes les deux. J’aime bien Nightwish, la mélancolie de leurs textes me parle bien. Les chansons d’Angels Fall First défilent, Dead Boy’s Poem risque de plomber un peu trop l’ambiance, Angels Fall First aussi. Peut-être Know why the nightingale sings ? Le côté évasion dans un monde fantastique me parle bien, même si nous sommes loin de la paix évoquée dans la chanson.

— Nightwish ?

Je chantonne les premières paroles de la chanson que j’ai en tête :

— What does the free fall feel like ?
Asks the boy with a spark in his eye
Know why the nightingale sings ?
Is the answer to everything.


Je souris à Enora:

— Partante pour celle-ci ?
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Ҩ Re: There's things right here I can't afford to choose || Ielora Ҩ

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