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 longing for something that's lost (ielisseï)

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HOMINUM REVELIO ϟ
Ҩ Re: longing for something that's lost (ielisseï) Ҩ Ven 24 Fév - 9:42

Spoiler:
 

Il est à l’affût de ses sentiments comme une grenade dégoupillé qui tenterait de ne pas exploser. C’est un sentiment étrange, en réalité, parce qu’il n’a pas connu la retenue depuis qu’il est revenu, parce qu’il n’a pas connu l’envie, depuis qu’il est réapparu, l’envie d’épargner, l’envie de ne pas faire payer, des sentiments un peu ambigu qu’il tourne encore et encore dans sa tête pour les peindre sous un jour plus négatif qu’ils ne le sont dans la réalité. Il ne comprend pas ce qui se passe. Il ne comprend pas le calme, il ne comprend pas Ielisseï, il ne comprend pas l’espèce de chose qui bulle quelque part dans son torse, quelque chose de beaucoup trop pur et de beaucoup trop clair, quelque chose qui ne s’embarrasse pas de capes obscures et de mensonges, quelque chose qu’il aurait appelé réconfort ou espoir, des années auparavant et qui lui donne envie d’hurler, maintenant. Une seconde, il se sent dépossédé de lui-même, privé du contrôle très étroit qu’il a sur le fait de n’avoir aucun contrôle ; on lui vole les manettes du jeu vidéo de sa vie et ses mains tremblent de les avoir serrées trop fort. Un instant, il fixe Ielisseï et il n’est pas certain de savoir s’il l’apprécie ou s’il le hait, si les deux sentiments sont similaires ou s’il est plus cassé qu’il ne le pense, si les deux sentiments sont proches ou s’il n’est plus capable de faire la différence, branché sur la fréquence des morts, incapable de percevoir celle des vivants. Un moment, il est incapable de parler, la gorge sèche et des torrents de larmes dans le nœud qui lui entrave la gorge. Un moment, il retient son souffle, pour éviter de les déverser. Un moment, il effleure du bout des doigts la baguette de Ielisseï, pour ne pas le toucher mais pour attirer son attention, parce qu’il est incapable de dire merci et qu’il refuse de l’effleurer, parce qu’il ne sait pas communiquer autrement que par les mots ou le toucher.

Il se sent au bord du précipice, avalé par l’abîme, un fétus de paille, pas grand-chose, en définitive. C’est étrange, parce qu’Oskar n’a jamais eu le vertige, étrange, parce qu’il a toujours été insouciant et indépendant, pétri de peur fugace et d’envie de changer, d’avancer, de progresser. Il se sent au bord du précipice, comme il y a dix ans, les talons au bord de la falaise et les mains sur les épaules et le vent dans les oreilles, les yeux perdus de Mars de l’autre côté du vide et la chute libre, l’appel du vide. Il est mort sans un bruit au milieu d’une forêt dense, cadavre éclaté contre le sol et le sang sur la terre, qui boit et qui aspire, qui joue les nourricières, qui l’a laissé crever là comme s’il avait atteint son heure. Il est en colère, Oskar, de retour au bord de sa falaise, en colère parce qu’il ne veut pas y penser, en colère parce qu’il ne comprend pas, pour les choses reviennent là, encore et encore, pourquoi c’est ce sentiment qu’il a, là, maintenant, d’être face au vide et de se demander s’il doit sauter, parce qu’il ne comprend pas pourquoi il a le vertige, maintenant, pourquoi il a peur, maintenant, pourquoi son cerveau est détraqué et que ses souvenirs les plus nets sont ses regrets. Ça tourne, ça tourne, ça tourbillonne et il se passe une main dans ses cheveux, tire, inspire, expire, parce qu’il faut avancer, parce qu’ils progressent à tâtons, parce qu’il ne peut pas se permettre de ralentir, encore et encore, leur progression. Il maquille parce qu’il sait le faire beaucoup trop bien, masque, parce que maintenant que les vannes sont ouvertes, il a l’impression qu’il ne sera plus jamais capable de les refermer.

« Je joue faux exprès. » confirme-t-il lorsqu’il est sûr de pouvoir contrôler ses mots. Il n’y a pas une once d’humour dans sa voix même si ses yeux s’éclairent, une seconde peut-être, un jeu de lumière ou un regret ou peut-être une trace d’amusement, qui sait. Je joue faux exprès, parce que c’est plus simple à admettre que je te fais confiance. Je joue faux exprès, parce que ça lui permet de mettre de côté, de trier, d’ignorer, le quelque chose qui s’est éveillé, l’étincelle moribonde qui crépite et qui fume. « Ielisseï. » Il appelle, parce que ça lui semble important, parce que ça lui semble réellement important. Ielisseï, il appelle, et ça lui fait étrange parce qu’il n’y a aucune colère, aucune menace, à peine quelque chose comme un avertissement, quelque part. « Je pense pas que tu puisses comprendre. Je suis qu’un bout de ce que j’étais et je suis pas la partie qui avait de l’intérêt. C’est comme si quelqu’un avait pris ta sœur et t’avait rendu que les bouts sur lesquels tu fermais les yeux parce que tu l’aimes. Je suis ça : un bout, un morceau, un débris, tu vois. C’est pour ça que ma baguette répondra plus jamais, quoi que je fasse, c’est pour ça que c’est différent pour toi. Tu es complet là où je suis qu’un fragment. Mes jumeaux sont incapables d’admettre que je ne sois pas plus que ça. Je suis incapable de le leur pardonner. Je ne sais pas si je suis encore capable d’espérer. »

Incapable n’a pas le même sens, à ce moment-là, mais il tait la réalité, ses jumeaux sont incapables parce qu’ils refusent d’ouvrir les yeux quand Oskar est rongé par un mal plus terrifiant. Il est incapable, physiquement incapable, parce que ses émotions sont bridées, parce que tout ce qui n’est pas négatif n’a plus de sens pour lui, parce que le pardon est quelque chose de trop compliqué, un mécanisme complexe et libérateur et qu’il n’y a pas de paix pour les morts.

« Saga et Agnar connaissent mon meurtrier, tu sais. » Il lance ça comme s’il annonçait le soleil, les yeux dans le vague et l’air déconnecté, détaché, fatigué, négligent. « Je me demande s’il est venu à mon enterrement ou s’il m’a oublié, lui aussi. » Ça lui échappe et il se crispe, mâchoire et épaule, une tension palpable et insoutenable alors qu’il accélère le pas, comme pour fuir les questions. « Je crois que j’entends du bruit, derrière nous. » Il aurait aimé que ce soit un mensonge pour détourner son attention mais il entend comme un grattement, quelque chose de sourd et de précipité et quelque chose comme de la rage fait vrombir tout son corps. Il ne sait pas si on les a suivi, il ne sait pas qui les a suivi, mais il sait qu’il les aurait combattu, s’il avait été seul, s’il n’avait eu aucun scrupule à risquer la vie de quelqu’un qui la possédait encore. Le bruit a l’air lointain mais il sait à quel point l’écho le déforme, le rend difforme, distord tous leurs sens et toutes leurs sensations. Il sent un courant d’air contre sa joue, tourne la tête, en direction du haut de la pente. « Je pense qu’il y a une sortie, en haut, il va juste falloir trouver le mécanisme. » Et retrouver son chemin, après, espérer que le tunnel ne mène pas en dehors de Durmstrang, croiser les doigts qu’il puisse s’en échapper. « Cours. » souffle-t-il à Ielisseï, parce que c’est la meilleure solution, parce qu’il ne risque rien, s’il ferme la marche, parce qu’il est déjà mort, qu’on ne peut plus le déposséder.

Et s’il a peur, lorsque le bruit semble se rapprocher, et s’il frémit lorsqu’il se met à courir, il ne l’admettra jamais.
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HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : PurMessages : 625Date d'inscription : 10/08/2016Localisation : Somewhere
Ҩ Re: longing for something that's lost (ielisseï) Ҩ Lun 27 Fév - 19:51

Je ne sais pas si mes mots lui ont apporté quelque chose, si je le réconforte ou si je lui rends les choses encore pire avec ma maladresse, mes hésitations et mes incertitudes. D’où sortent-ils tous leurs mots, ceux qui savent consoler les autres d’une phrase, d’un regard, d’un geste, d’une attitude confiante et assurée ? D’où leur vient cet instinct ? Il est un poil trop tard pour m’en préoccuper. J’ai l’impression d’être un funambule, de me tenir sur une corde raide, avec le vide de part et d’autre, et Oskar en face de moi, aussi vacillants l’un que l’autre, que la moindre parole ou le moindre mouvement de travers va rompre notre fragile équilibre, le lien ténu qui nous relie, fait de silences et de confidences, de cette confiance que j’ai envie de lui donner. Parce qu’il sait faire attention, parce que j’ai vu une partie de ses fragilités et qu’elles trouvent des échos en moi, et que j’ai envie de l’aider, même si je ne peux pas grand-chose. C’est absurde, peut-être, cela fait des années que je n’accorde plus confiance, ou alors rarement, une fois certain que ceux qui tentent de se rapprocher le font pour de vrai, pas pour se moquer du cinglé, ni pour tenter de confirmer les rumeurs qui courent sur lui, ni lui jouer un sale tour. Mais Oskar n’est pas de ceux-là, je ne sais pas ce qu’il ressent, mais il y a quelque chose d’écorché en lui, de fragile, quelque chose qui crie pour qu’on l’entende.

On reste immobiles tous les deux, son regard sur moi est lourd, indéchiffrable, et pendant un instant, je ne sais pas s’il m’en veut de mes paroles, s’il le refuse de toutes ses forces ou s’il arrive à l’accepter. Je devine la tempête en lui, et je ne bouge pas. Lui dire de pleurer, encore, de craquer, de se lâcher, parce qu’il n’y a que nous et que je ne révélerais rien à personne, parce que ça peut faire du bien ? Lui dire de pleurer alors que je ne pourrais rien faire d’autre que le regarder ? Je garde le silence. Mais je suis là, pour ce que ça vaut, je ne tournerai pas le dos à sa détresse, à ce qu’il voudra bien me dire. L’abandon et l’indifférence font trop mal.
Ses doigts frôlent ma baguette, geste léger mais qui dit tout, délicatesse qui remplace d’autres mouvements ou les mots coincés dans sa gorge. Il reste silencieux, et je me demande quelles émotions le traversent, ce qu’il pense vraiment à cet instant, puis le moment passe, et il se reprend, remet le masque qui cache le reste. Regrette-t-il de l’avoir ôté pour quelques minutes ?

Sa voix s’élève ; je souris, mais je ne lui donnerai pas l’occasion de jouer faux. Mon prénom sonne étrangement dans sa bouche, presque trop grave et trop sérieux, prononcé sur un ton un peu tendu.
Je sais que je ne peux pas comprendre, prendre véritablement avec moi ce qu’il vit et ressent, parce que je ne suis pas mort et que ça fait toute la différence, parce que je ne suis pas allé jusque là, que je n’ai pas franchi le voile dont on ne revient normalement pas. Je suis vivant, parce qu’elle est rentrée trop tôt ce jour-là, je suis vivant parce que j’ai promis de le rester, à cause de la terreur dans sa voix, de l’horreur dans ses yeux, de la détresse dans ses larmes, de sa pâleur, comme si une partie d’elle avait failli mourir aussi. Je suis vivant, parce que j’ai juré, « je te promets que je ne recommencerai pas », serment qui m’enchaîne à cette vie, qui résiste encore à la pression, qui ne casse pas encore, même si l’envie est toujours là, pressante, envahissante, dévorante, parce que les lames ne suffisent pas toujours, même si je me débats contre la noirceur dans ma tête sans trouver d’issue, sans savoir combien de temps encore je vais pouvoir tenir. Trop de pièces brisées et en vrac pour en tirer quelque chose de cohérent, de correct, de simplement normal. Trop de pièces qui tiennent sur un équilibre fragile et qui oscillent de plus en plus.

Oskar continue de parler et les pensées tourbillonnent dans ma tête, voltigent, me donnent le tournis et le vertige, me donnent envie de rire et de pleurer. Complet, moi ? Un rire m’échappe, bas, grinçant, amer, cynique. Pas contre lui, mais contre moi. Il est un morceau de ce qu’il a été, je ne suis qu’un bout de ce que j’aurais pu, de ce que j’aurais dû être, si on m’avait donné le droit d’exister, d’être tel que je le voulais. Les moments volés avec ma sœur me donnent une autre vision de moi, une image où je ne suis pas obligé de faire semblant tous les jours, une image où j’aurais pu être entier, entière. Une image volée, rêvée, qui n’appartiendra jamais à cette réalité, mirage illusoire qui n’est qu’une fuite, un espoir mort avant d’avoir vécu. "Tu es complet…" Demi-fille, demi-garçon, mais t’es quoi en fait ? La nature s’est bien foirée ! Les mots résonnent toujours, même des années après, les moqueries qui mettent le doigt sur le problème, tu n’es qu’un demi quelque chose, tu n’es pas entier, tu n’es pas une vraie fille, tu n’es pas un vrai garçon, il te manque certaines choses et tu en as trop d’autres, tu n’es qu’un assemblage bizarre, des bouts de fille et des morceaux de garçon collés ensemble pour voir ce que ça donne. Anormal, monstre, détraqué, anormal-monstre-détraqué, la mélodie familière résonne, violente, brutale, assassine. Toujours les mêmes, les moqueries de ceux qui savent – qui croient savoir –, de ceux qui prétendent décider qui est un être humain et qui n’en est pas, qui trouve grâce à leurs yeux et qui on met au rebut, ceux qui définissent des cases et malheur à ceux qui n’y entrent pas, à ceux qui osent être différents, à ceux qui brisent l’harmonie froide d’un monde trop normé. Demi-quelque chose, tu n’es pas mon fils, je n’ai pas d’héritier, juste une fille et… toi. Mépris, dégoût, colère, dans sa voix, dans ses yeux, dans toute son attitude. Tu n’es qu’une mascarade. Toi, le raté et le taré, deux fois les quatre mêmes lettres pour les deux facettes de la même pièce, pour dire le cinglé et le monstre, le détraqué et l’erreur, celui qui n’aurait pas dû naître, qui n’aurait pas dû être.

Le sang me bat aux tempes, et Oskar paraît brouillé, flou, soit parce que j’ai du mal à reprendre pied dans le présent, soit parce que j’ai les larmes aux yeux, je n’arrive même pas à le savoir. Pathétique. Déjà bien beau qu’il n’ait pas fui en courant devant ma réaction, devant ce que ses quelques mots – un mot – ont déclenché, sans raison. Sans raison valable et apparente, du moins. Est-ce que je suis vraiment aussi à cran ? J’ai envie de lui crier ce que j’ai sur le cœur, tout ce qui tambourine dans ma tête, pas pour savoir qui comprend plus ou mieux, pas pour savoir qui a vécu le pire, mais parce que ses paroles éveillent des échos profonds en moi, semblables et différents, et que j’ai envie de… je ne sais pas, lui montrer que je comprends, encore, à ma mesure, avec mes moyens, que j’ai envie qu’il comprenne aussi. Comme si cette compréhension prenait soudain une importance folle, nécessaire, vitale. Et je me sens égoïste, égoïste de vouloir lui dire ce qu’il n’a pas demandé, égoïste de comparer ce qui n’est pas comparable, égoïste de plaquer mes propres sentiments et émotions sur ce qu’il m’avoue, alors que c’est lui qui compte à cet instant, et pas moi, alors que c’est à moi de l’écouter et non l’inverse.

Ses derniers mots résonnent en arrière-plan dans ma tête, ses jumeaux, son interrogation sur sa capacité à espérer, puis son meurtrier, et j’ai envie de lui demander d’arrêter, de me laisser du temps. Les pensées tournent encore. Il connaît son meurtrier, ce n’était pas un hasard, il le connaît et son frère et sa sœur aussi. À quel point étaient-ils proches ? Est-ce qu’on peut oublier le visage de la personne qu’on a tuée ? Il est raide et tendu, accélère brutalement le pas. Je le rattrape comme je peux, trop de choses en même temps, je ne sais plus quoi penser, quoi dire, quoi montrer, dans quel ordre.

« Je crois que j’entends du bruit, derrière nous. »

Cela a le mérite de me donner quelque chose sur quoi me concentrer. J’entends quelques échos lointains, impossible de dire s’ils se rapprochent ou non, mieux vaut ne pas s’attarder. Une sortie en haut, trouver le mécanisme, d’accord, ça c’est facile, c’est quelque chose de sensé, logique. Je m’élance dans la pente à sa demande, vérifie régulièrement qu’il est bien derrière moi. Mon cœur cogne contre mes côtes, mon souffle se raccourcit.

J’ai un point de côté lorsque nous arrivons en haut et je prends appui sur le mur d’une main, l’autre posée sur ma hanche – comme si ça allait avoir la moindre efficacité. Le bruit s’est estompé, peut-être ont-ils pris une autre direction ou les avons-nous semés. À la lueur de la baguette, le mécanisme d’ouverture n’est pas très difficile à trouver, une anfractuosité discrète, à peine dissimulée par les irrégularités pierreuses qui l’entourent – il doit en aller tout autrement de l’autre côté. J’ai perdu mes repères du château, j’ignore où nous allons déboucher. Je ne glisse pas la main dedans tout de suite. Sans vraiment regarder Oskar, je lâche :

— Je… je ne sais pas pour ton meurtrier. Tu pourrais demander à ton frère et ta sœur s’il était là, même sans leur dire pourquoi ?

Je pense soudain à quelque chose.

— S’il apprend que… que des gens reviennent, tu penses qu’il pourrait venir dans les parages, pour savoir si… tu es là ?

Je laisse passer un temps, mes pensées n’ont pas encore retrouvé leur cohérence.

— Tu sais, pour ce que tu m’as dit… Je ne prétendrai pas que je peux tout comprendre, je ne suis pas mort. Mais… je suis loin d’être complet ; n’être qu’un fragment de la personne qu’on a été ou qu’on aurait dû être, être déchiré sous le masque qu’on porte…je sais ce que ça fait, à quel point c’est dur, même si bien sûr, ce ne sont pas les mêmes circonstances. Ma sœur est très douée pour fermer les yeux et trouver de l’intérêt là où il n’y en a pas. Je ne veux pas comparer ce que j’ai vécu avec ce qui t’est arrivé, mais je… j’ai l’impression qu’on a des choses en commun. Je suis clairement pas la meilleure personne pour te parler d’espérance, mais s’il y a des choses dont tu veux parler, que ce n’est pas possible avec tes jumeaux…

Enfin, tu vois ce que je veux dire. Je n’achève pas la phrase, c’est juste ridicule. Je hausse les épaules, plus pour me moquer de moi-même qu’autre chose.

—Si ça ne te dérange pas de fréquenter un cinglé.

Mon ton est plus ironique, pas vraiment par défiance envers lui, même si c'est une forme de protection malgré tout.
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HOMINUM REVELIO ϟ
Ҩ Re: longing for something that's lost (ielisseï) Ҩ Mer 1 Mar - 18:09

Il y a quelque chose qui grandi entre les fissures de son être, quelque chose qui s’étend, se répand, élargit un peu plus les fissures de son corps. Il y a quelque chose qui hurle, qui tempête, qui vocifère, parce que ce qu’il est à l’intérieur est plus grand que son enveloppe, parce qu’il est plus, et moins, partiel, morcelé, entier, parce qu’il est incomplet et complet, tout à la fois, un paradoxe à lui tout seul, un mystère qui ne s’explique pas, une erreur dans la machine, un engrenage qui ne s’enclenche pas, il est : seul et bousillé, entouré et enragé, faible et destructeur, mort et plus vivant que jamais, avec la peur qui bat contre son cœur et ses jambes qui l’emportent loin, avec quelque chose comme un remord, qui fait vrombir son estomac. C’est une merveille de mécanique, être en vie, quelque chose qui fait du corps une usine, une machine, qui pompe le sang et l’air et l’énergie, qui ingère, digère, transforme, qui survie, quelque chose de quadrillé et de réglé, régie par des règles que même la magie n’outrepasse pas. C’est une merveille de mécanique, être en vie, et, coincé dans son entre-deux, Oskar sait qu’il tient plus de l’abomination. Ça pulse, quelque part, en lentes vagues qui balayent tout sur leur passage, ça pulse, et ça craquelle, et ça effondre, tous ses carcans, tous ses lambeaux, toutes ses armures, sans qu’il puisse les attraper à temps. Il est mort, mort, mort, mort, et rien ne pourra changer cela, il est : monstrueux, inquiétant, déliquescent, et ce n’est pas la flamme qui brûle à nouveau qui l’extirpera de son tombeau, et ce n’est pas le visage d’un inconnu qui le poussera à combattre le temps, et ce n’est pas : l’inquiétude, la prévenance, quelque chose comme de la compréhension, qui l’aidera à lutter contre cela. Et ce n’est pas, pas, pas, mais ça aurait pu être, parce que quelque chose gronde en lui, et ce n’est pas la colère, et ce n’est pas la rage, et ce n’est pas la Bête, qui le dévore de l’intérieur, rien de tout cela, ça gronde, et ça ressemble à être vivant. Ça gronde, et Oskar se sent démuni.

C’est la faute de Ielisseï, ultimement, parce qu’il ne ressemble à personne qu’Oskar connaît. C’est la faute de Ielisseï, finalement, parce qu’il n’a rien de ces gens qu’il exècre, parce qu’il y a une fêlure, quelque part chez lui, qui fait écho à la sienne, une cassure qui suit le même parcours que celle qui le déchire, quelque chose de proche et de familier, quelque chose d’étrange et de chaleureux, quelque chose qui le pousse et qui l’attire, qui le retient et qui fait taire les torrents de lave qui bouillonnent dans son ventre, qui apaise les guerres nucléaires qui font rage dans sa tête. C’est la faute de Ielisseï, s’il se tient, fragile, devant lui, à ce moment-là, parce qu’il a dit « je comprends » et qu’Oskar a cru à l’intention, parce qu’il est resté silencieux, parce qu’il n’a pas tourné les yeux vers les larmes qui marbraient ses joues, parce qu’il est honnête, d’une façon dure et difficile, mais honnête malgré tout, avec ses « vous, les morts » et sa méfiance, avec tout ce qui se tisse, qui se défait, qui se noue, qui s’étend. Il court, et il sent les yeux de Ielisseï qui s’assurent qu’il est là, il court, et il ne comprend pas pourquoi son compagnon fait attention, pourquoi il prend soin de savoir s’il est là, pourquoi, pourquoi, pourquoi, alors qu’il est vivant et que lui il est mort, qu’il ne risque rien, dans le fond, sinon un peu de douleur, rien de particulier, rien d’important. Il court et il se demande pourquoi il a peur, s’il a peur pour lui ou peur pour la personne qui court devant lui, s’il est terrorisé de s’être ouvert ou s’il a peur de recevoir des confidences en retour, s’il est juste un peu plus humain au contact des autres ou jamais complètement mort en premier lieu. Il est perdu et sa tête tourne, tourne, tourne, adossé contre le mur à côté de Ielisseï. Il est perdu et tout tourne, tourne, tourne, et il se laisse glisser au sol, un tambour dans le crâne et le souffle court, comme un rappel de son humanité passée.

« Tu poses beaucoup de questions. » lance-t-il, la joue pressée contre la pierre et les yeux levés vers son compagnon. « Je ne demande rien à mes jumeaux. Je pense qu’il va venir. S’il a construit quelque chose, il a trop à perdre. M- » Il s’interrompt, ravale, tait, glisse le nom sous une ombre. Il ne parvient pas à oublier le regard que lui jetait Ielisseï, tout à l’heure, cette émotion crue et violente et tellement familière, le regard d’une bête qu’on aurait acculée et quelque chose dans sa posture qui ressemblait à un reflet. Il oscille, reprend, insiste : « S’il a fait sa vie, il a trop à perdre, je suis une faille, un danger, tu comprends ? » Il sait qu’il comprend. C’est quelque chose qu’ils ont établi depuis longtemps et même lorsqu’Oskar lui dit qu’il ne peut pas comprendre, il sait que Ielisseï essaye, au moins, tente, tend des mains qu’il est capable de saisir sans se sentir diminué, sans se sentir moins, sans se sentir autre chose que ce qu’il est. « Ielisseï » il l’interpelle, parce qu’il parle, parle, parle, et qu’Oskar aime prononcer son prénom, parce que c’est rassurant, de connaître le prénom de quelqu’un, parce que ça le rattache au présent, quelque part, parce que ça lui permet de fixer le temps. « Je pense pas que tu ais besoin d’avoir vécu la même chose que moi pour ressentir de l’empathie ou je sais pas. » Il oscille, la voix chancelante et l’air plus assuré, paradoxe, une nouvelle fois, comme s’il voulait le perturber. Il pourrait ajouter mille autres choses mais elles seraient superflues et inutiles parce que tout est là. Ielisseï comprend, à sa mesure, comprend autant qu’il est possible de comprendre, fait des efforts. Il inspire profondément, enclenche le mécanisme qui fait pivoter la porte, souffle : « D’accord. » D’accord parce que c’est simple de lui parler, d’accord, parce qu’il a envie et qu’il ne sait pas le gérer, d’accord parce qu’il est perturbé mais moins enragé, d’accord parce qu’il a l’impression de se retrouver. « Mais œil pour œil, dent pour dent. Il faudra me parler de toi, aussi. »

Et c’est une condition qu’il ne veut pas négliger, parce qu’il a perçu quelque chose, capté de la souffrance, quelque part en-dessous, quelque chose qu’il comprend, quelque chose de diffus, ce n’est pas une proposition en l’air parce qu’il n’en fait jamais, c’est une offre, palpable, sincère, et s’il ne tend pas la main vers Ielisseï pour sceller leur accord, ses yeux cherchent les siens et ne s’en détachent pas.

« Je n’ai peur de rien. » déclare-t-il, et c’est en grande partie vrai. « Et surtout pas de ce que les gens peuvent raconter sur moi. »

Après tout, on le pense déjà assassin.
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HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : PurMessages : 625Date d'inscription : 10/08/2016Localisation : Somewhere
Ҩ Re: longing for something that's lost (ielisseï) Ҩ Ven 3 Mar - 19:52

J’ignore ce qui est en train de se jouer, là, dans ce souterrain, entre lui et moi ; je ne sais pas ce qu’il en sortira, mais c’est important, important et je ne veux pas passer à côté. Notre course s’est achevée en haut de la pente, et le mécanisme est à portée de main. J’ai du mal à mesurer la distance parcourue dans les souterrains, mais nous n’avons pas dû aller bien loin, pas au-delà des limites du château, en tout cas. Je ne libère pas la sortie tout de suite, j’hésite presque à le faire, même si tout devrait me pousser dehors. Mais il s’est passé, il se passe quelque chose, et je crois qu’Oskar le sent aussi. Cette forme de compréhension qui coule entre nous, peut-être parce qu’aucun de nous deux n’est normal aux yeux des autres, parce qu’aucun de nous deux n’aurait dû être là d’une certaine façon ; Oskar n’aurait pas dû revenir et Ielisseï Voronov aurait dû être le fier héritier d’une longue lignée de sang-pur et non entraîner la chute de sa famille. Aucun de nous deux n’entre dans le schéma d’ensemble ; aucun de nous n’a vraiment sa place dans le monde qui nous entoure. Mais nous sommes quand même là.

Oskar se laisse glisser au sol ; je me rapproche sans le rejoindre vraiment, sans pouvoir le toucher. Je croise son regard tandis qu’il prend la parole. Trop de questions ?

— Désolé…

Je ne voulais pas le brusquer, être indiscret, donner l’impression de trop vouloir en apprendre sur lui, mais juste… compatir, montrer que je ne suis pas indifférent à ce qu’il me dit. Il s’interrompt brusquement, scelle un mot – le nom de son meurtrier ? Peut-être. Je hoche la tête, oui, je comprends ce qu’il veut dire, l’assassin voudra s’assurer que sa victime n’est pas revenue ou qu’elle ne le dénoncera pas. Logique. Mais si cette personne ne travaille pas à Durmstrang, Oskar est encore tranquille. Une petite voix me souffle que c’est une pensée, un réflexe de vivant, qu’Oskar n’a sans doute plus grand-chose à craindre de ceux qui sont restés. Sur le plan physique du moins.

Il enchaîne ; mon prénom sonne comme quelque chose d’important dans sa bouche, sans l’anticipation déjà railleuse de ceux qui veulent se moquer, sans colère ni mépris, sans neutralité indifférente, sans les insultes qui l’accompagnent trop souvent. Il a saisi que je comprends autant qu’il m’est possible de comprendre, et ça me rassure ; il a compris ce que j’essayais de lui dire, que même si nos expériences sont différentes, elles ne nous empêchent pas de nous rejoindre.

« D’accord. »

Le mot résonne et je me demande une seconde si j’ai bien entendu, s’il n’y a pas un jeu d’écho quelconque dans le souterrain. D’accord pour me parler ? J’en suis soulagé et inquiet à la fois, soulagé parce que je réalise que j’aurais été blessé s’il avait refusé, comme si ma compréhension ne comptait finalement pas, comme s’il préférait couper tout contact et s’éloigner au plus vite, comme s’il me congédiait d’un « merci Ielisseï, tu es bien gentil, mais je me débrouillerai mieux sans toi » – même si j’aurais compris qu’il le fasse. Inquiet, parce que je ne sais pas si je saurais gérer, lui apporter le soutien dont il a besoin, si les failles et les déchirures qui nous rapprochent seront suffisantes pour vraiment nous comprendre. Mais sa phrase suivante balaie tout. Lui parler de moi ? M’ouvrir comme il a l’air de vouloir s’ouvrir ? Oublier le poids du secret, risquer de… Non. Je me retiens de justesse de prononcer le mot à voix haute, même si mon recul intérieur doit se voir. Réflexe mis en place depuis des années, en dire le moins possible, jouer la comédie, faire comme si tout allait bien, comme si tout était normal. Parler de quoi, puisqu’il n’y a rien à dire ? Mais je sais que ce n’est pas à lui que je mentirais, il a vu ma faiblesse, là-bas, il a vu et compris. Et quoi qu’il en soit, je n’ai pas envie de lui mentir, pas à lui, pas alors que je suis en train de lui tendre la main.

L’ironie de la situation me frappe brutalement. Ironique, que ce soit un revenant qui me tende la main, qui se soucie plus de moi que l’immense majorité des vivants ; ironique, que ce soit là, dans ces souterrains, avec lui, que se trouvent un espoir, une étincelle de réconfort, une lueur pour éloigner les ténèbres. Ironique, encore, parce qu’il est un revenant et que je suis vivant, parce qu’il est un revenant et que je me méfie de ce qu’il est mais pas de lui, parce qu’il est un revenant et que je n’aurais pas dû m’entendre avec lui. Ironique, mais il est là, lui, contrairement aux autres, qui se sont toujours détournés, pour qui il était plus facile d’ignorer et de mépriser le timbré solitaire. Il est là, et il répond à la main que je lui tends, et il a l’air prêt à saisir la mienne, il a l’air de vouloir comprendre lui aussi, il a l’air d’avoir déjà saisi des choses.
Et si c’était possible, vraiment possible ? Au fond, qu’ai-je à perdre ? Dans le pire des cas, il fera comme les autres ; il se détournera, s’éloignera, inventera des prétextes comme les autres. Comme d’habitude. Il partira et voilà. L’idée me serre le cœur et je la repousse. Je ne veux pas croire qu’il agira ainsi ; il est différent, il ne leur ressemble pas, il sait faire attention, il l’a montré depuis le début, là-bas dans le placard, puis dans les souterrains, là encore, maintenant. Et la sincérité résonnait dans sa voix, il a l’air vraiment sérieux, et je sais qu’il l’est, qu’il ne se dérobera pas, qu’il ne fera pas semblant.

Mon regard croise de nouveau le sien, et cet échange vaut autant si ce n’est plus qu’une poignée de main. Œil pour œil, dent pour dent, d’accord pour te parler, pour qu’on se parle. Je suis d’accord et je le veux, j’en ai même envie, parce que tu me comprendras mieux que les autres, parce que je crois vraiment que je peux te comprendre, qu’on peut faire quelque chose tous les deux. Mon cœur bat étrangement dans ma poitrine, comme si nous venions de sceller un pacte au-dessus des autres. Pour la première fois depuis longtemps, j’ai envie de croire en quelque chose.
Et je souris devant sa dernière phrase, devant son assurance, parce que ça signifie de nouveau « d’accord », et que je l’en remercie intérieurement.

Un pan de mur coulisse sans un bruit lorsqu’il actionne le mécanisme, dévoilant l’un des couloirs de l’institut. Aucun bruit ne se fait entendre, nulle réaction à l’ouverture du mur, les alentours doivent être déserts. Je me faufile dehors avec Oskar, lorsque je me rappelle soudain de quelque chose.

— Oskar…

Je crois que c’est la première fois que je le prononce. Je le regarde en face.

— Merci.

Merci pour tout à l’heure et pour maintenant ; merci de m’avoir aidé  – on va dire que c’est l’intention qui compte et pas le fait de s’en rappeler une heure après, et j’ai l’impression qu’il s’est écoulé bien plus de temps, que tout est différent –, et merci de me le proposer encore.
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longing for something that's lost (ielisseï)

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