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 One Shots || Colette la belette & tous ses petits personnages

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petit géranium vivace.
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petit géranium vivace.

HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : PurMessages : 946Date d'inscription : 01/05/2014Localisation : Derrière toi
Ҩ Re: One Shots || Colette la belette & tous ses petits personnages Ҩ Mer 28 Déc - 2:32

One Shot

Votre rencontre avec votre personnage dans la vraie vie

When you feel my heat, look into my eyes

It's where m demons hide

« Échec et mat ! » J'ai beau essayer très fort, je ne parviens pas à retenir le sourire victorieux qui s'étire sur mes lèvres lorsque je relève les yeux vers le jeune homme assis en face de moi. Il fait un peu la moue, fixant toujours le plateau en semblant se demander quelle erreur est-ce qu'il a pu commettre pour s'être encore fait avoir. Franchement, je saurais pas vous dire non plus. J'adore les échecs, mais je n'ai aucune technique et j'improvise à chaque fois que je fais une partie. En général, ça marche plutôt bien, mais il suffit que je sois en face de quelqu'un qui dépasse d'un tout petit peu le niveau amateur, et je me fais laminer. Mon frère me bat à chaque fois, ça m'énerve. Deklan, lui, a un peu plus de mal à prendre le dessus. A son expression un peu dépitée, ça se voit qu'il n'a pas l'habitude de perdre à quoi que ce soit. Il faut dire que les jeux de société, de logique et de stratégie, si ce n'est pas trop son truc, il n'en fait pas souvent. « Je suis sûr que t'as triché » il fait, un peu boudeur. « Pfff mauvais joueur » je souris, en replaçant les pièces sur les deux premières lignes de carreaux noirs et blancs. « Tu prends ta revanche ? » je demande, mutine, en relevant le nez vers lui. « Ouais, mais pas à ça, ça te ferait beaucoup trop plaisir. » Je ris ; il n'a pas tort. J'aime bien gagner, moi aussi. « Je gagnerai ce soir. Y'aura des jeux à boire, tu feras pas le poids. » Mon sourire se change en grimace. Je sais déjà qu'il a raison.

« Faut que je passe faire des courses, j'ai promis de rapporter du vin et de la vodka. » Il lâche en se levant. Je l'imite en souriant, anticipant ma propre connerie. « Boh, tu veux pas y envoyer un de tes valets, plutôt ? » Je fais, un peu moqueuse, avant de bondir sur le côté pour esquiver le coude qu'il a voulu me ficher dans les côtes. « Haha, mais qu'est-ce que t'es drôle. » Je ne réponds rien, j'ai vu son sourire en coin. Il sait que je le taquine, même si je sais qu'il n'aime pas ça. Le fric qui lui coule par les narines le met un peu mal à l'aise quand il vient ici, chez moi et ma famille qui ne roulons clairement pas sur l'or. Il n'est pas spécialement fier de faire partie de sa famille à lui, avec laquelle il ne s'entend d'ailleurs pas du tout – en même temps, j'ai déjà rencontré son frère, et on ne fait pas pire petit bobo narcissique. Mais je le soupçonne d'être quand même bien content de trouver toujours plus de fric qu'il ne peut en compter au bout de sa carte bleue.
On passe dans la cuisine ; ma mère est là, elle fume une clope à la fenêtre en feuilletant le dernier catalogue des soldes. « J'y vais et je passe te prendre en revenant, je sais que t'aimes pas trop faire les courses. » Je souris. Pour être très honnête, je ne déteste pas toujours faire les courses, mais les personnes qui savent rendre ça agréable et même plutôt très amusant se comptent sur le cinquième des doigts d'une main. Un équivalent de la racine carrée de un, en fait. Bref. J'acquiesce et il s'apprête à sortir de la maison lorsque j'ajoute « Ah ! Tu prendrais pas un St-Agaune aussi ? On le bouffera dans la voiture, ça en fera plus pour nous. » « Si tu veux » sourit-il en sortant pour de bon. Du coin de l'oeil, j'ai vu ma mère lever les yeux au ciel. « Quoi ? » Je fais, en joignant mes mains derrière mon dos en lui servant le plus innocent de mes sourires. « Rien, rien. T'es vachement sans gêne quand même. Il est vraiment trop gentil ce garçon. » Je la vois venir. Gros comme ça. Et puis d'abord, il est pas toujours si gentil, c'est juste parce que c'est moi et que je suis toujours adorable. « Pourquoi tu tombes pas amoureuse de lui ? Ce serait super, en plus il est trop mignon. » Et voilà. ET VOILA. Je ramène un garçon à la maison une fois tous les mille ans et systématiquement il faut que ce soit mon futur mari. « Il voudrait pas de toute façon. » Je fais, pour éviter de relancer une énième fois la conversation sur ce que moi je voudrais ou pas à ce niveau là. « Bah pourquoi pas ? » Peut-être parce qu'il est assez malin pour ne pas s'amouracher d'une lesbienne ? « Je suis pas son genre » je fais, en faisant des efforts pour ne pas grogner, songeant que de toute façon ce n'est même pas un mensonge. « Et en plus je suis déjà avec quelqu'un. » « Mouais. » Je force un petit rire, lève les yeux pour voir qu'elle sourit, qu'elle me taquine, et constater que je suis un peu trop sur la défensive quand on parle de ça toutes les deux. Même si je la soupçonne de s'être rabattue sur la plaisanterie en comprenant que je n'avais pas du tout l'intention d'aller dans son sens si on en parlait sérieusement.

Je me prends beaucoup trop la tête toute seule, je songe en m'étirant avant de m'éloigner dans le couloir en déclarant que je vais me doucher.

Quinze minutes plus tard – ou trente, ça dépend s'il y avait encore de l'eau chaude ou pas – je redescends dans la cuisine où je trouve mon ami en grande conversation avec mon frère sur le dernier Assassin's Creed. Comme j'aime bien faire chier mon monde et faire des commentaires qui ne servent à rien, je m'incruste allègrement dans leur conversation, coupant la parole à mon frangin qui, je le vois dans ses yeux, soupire intérieurement d'exaspération «  De toute façon les AC après le trois ils sont tous tout nuuuuuuls et chez Bethesda ils font des trucs carrément plus mieuuuux. » En vrai j'adore Assassin's Creed. Mais les nouveaux sont tellement faciles que ça m'a un peu dégoûtée. Deklan me dévisage comme si je venais de dire la pire des conneries du monde ; et les deux garçons s'allient pour me faire remarquer que je n'ai même pas joué aux tout derniers, que je suis mauvaise langue, que je parle sans savoir, que je suis juste une grosse rageuse. Du coup je m'en vais en râlant après leur solidarité masculine de merde. Je vais m'en aller vivre un amour éperdu avec la licence de Bethesda, et Greg, Deklan et Ubisoft me foutront la paix. « T'en vas pas trop vite, toi, on va décoller ! » Je m'immobilise, et retourne rapidement vers eux en lâchant un « ah oui merde » qui fait lever les yeux au ciel à l'un et sourire l'autre d'un air un peu désolé. Trois minutes plus tard, on s'installe sur les deux sièges de sa Bugatti et je ne pipe pas un mot tellement je suis impressionnée de me retrouver là. Ca me fait toujours le même effet. J'aime beaucoup trop les belles voitures.
Le respect qui irradiait de moi meurt brusquement lorsque je dégaine la planche à découper que j'installe sur mes genoux en dépliant mon couteau de poche et en attrapant le précieux St-Agaune que je déballe en essayant de ne pas trop me lécher les babines. Le moteur rugit, et Deklan sort de la cour avant de s'engager sur la chaussée. Malgré la puissance de son bolide, il conduit prudemment. Je suis à peu près persuadée qu'habituellement, il va beaucoup plus vite que ça, mais apprécie réellement les efforts qu'il fait : en voiture, je ne rigole pas trop avec la sécurité. Du moins quand il y a quelqu'un d'autre que moi dans la voiture, ou qu'il y a d'autres véhicules aux alentours. Par ici, on croise pas tant de monde que ça.


Lorsque nous arrivons chez l'organisateur de la soirée, me saucisson, on lui a fait sa fête, il n'en reste plus rien. Tous les invités sont déjà là.
Deklan se mêle très vite à la foule, et moi je prends mon temps. Il y a beaucoup de monde, je n'aime pas trop les grosses soirées comme ça – beaucoup trop peur que quelque chose se passe mal et qu'avec l'alcool ça finisse par dégénérer –, mais j'ai fini par céder. On ne se voit pas souvent, j'ai fait un effort. Au bar, je me contente d'un verre de Sprite avant de rejoindre quelques copains que j'ai repérés de loin, tandis que j'aperçois Deklan dans un coin de la pièce, en grande conversation avec une jeune femme blonde qu'il me semble reconnaître.
La soirée passe vite, finalement. Je suis passée à la bière mais tâche quand même d'être raisonnable. On ne sait jamais. Les gens ont commencé à danser, à jouer, à boire et à fumer. Moi, je commence à me persuader que tout se passera peut-être bien et qu'il faut que j'arrête de flipper pour rien, quand du grabuge à l'extérieur attire mon attention. Les sourcils froncés, je m'approche en même temps que quelques autres et reconnais alors Deklan, en ''conversation'' animée avec un autre type que je ne connais pas. Le ton monte rapidement et j'essaie de rejoindre mon ami avant que ça dégénère pour de bon ; mais quelqu'un est plus rapide et s'interpose entre les deux hommes juste au moment où l'inconnu faisait un pas vers le Levski. Surprise, je ralentis et regarde ce qui se passe, constatant avec effarement que la personne qui s'est interposée est un petit bout de femme qui doit avoir mon âge. Très mignonne, j'ai le temps de constater avant d'avoir une sorte de flash en réalisant que je la connais : on s'est croisées à Paris au mois de Septembre. A l'école d'archi, après mon oral d'anglais. Elle est aux beaux arts. Enora. Les deux mains posées à plat sur le torse de l'autre, elle lâche un « c'est bon, je m'en occupe » à l'attention des autres avant d'agripper son bras pour mener le garçon visiblement éméché vers un endroit plus tranquille, plus loin dans la cour. Je rejoins finalement Deklan. « Ca va ? » Il acquiesce, le visage fermé. Un peu hésitante, je finis par ajouter « Tu viens ? » Il ne répond pas mais m'emboîte le pas quand je me dirige vers un banc placé contre le  mur de la maison, un peu plus loin et, surtout, à l'opposée de là où sont partis les deux autres. On s'assoit, et j'attends un peu avant de briser le silence : « C'était qui ? » Peut-être que je ferais mieux de fermer ma grande bouche, mais il a l'air suffisamment sérieux pour que je comprenne que c'est quelque chose d'important. Il préférerait sûrement ne pas en parler, mais ça m'inquiète trop ; d'habitude, quand il se prend la gueule avec quelqu'un, il lui fout une beigne et après il recommence à se marrer comme si de rien n'était. Je ne cautionne pas trop, mais je ne suis pas là pour lui faire des leçons de morale. « Dragomir. » Ca ne me dit rien. J'espère une suite, sans oser trop lui forcer la main. « C'est le frère de Iris. » « … Ah. » Je comprends mieux, mais n'ose pas ajouter quoi que ce soit. Je suis tellement douée pour dire précisément ce qu'il ne faut pas dire dans ce genre de situation que j'essaie de prendre des pincettes. « Tu savais pas qu'il serait là j'imagine ? » Il fait non de la tête ; ça semble logique, sinon on ne serait pas venus. « Tu veux rentrer ? J'ai rien bu, je peux conduire. » Il ne répond rien. Iris. Je n'en sais pas grand chose, sinon qu'il est sorti avec elle et qu'elle s'est suicidée. Il déteste en parler, ce que je peux concevoir. Je ne pose pas de question ; il sait que s'il veut parler, il peut, je l'écouterai. Mais c'est un sujet si délicat que je n'ose même pas l'amener moi-même et que, ce soir, je ne lui proposerai pas de s'ouvrir à moi. Il a le regard assez sombre pour que je ne m'aventure pas en terrain risqué. Je déglutis, arrête de le regarder pour perdre mon regard dans la nuit. J'aimerais pouvoir faire ou dire quelque chose mais je suis paralysée. Je déteste ce regard. Je ne comprends pas ce qu'il veut dire, mais je crois que ça me fait un peu peur. Les démons avec lesquels il se débat, je ne les connais pas. Et parfois, les quelques fois où il les évoque, en général tard le soir, avec une bouteille vide entre nous deux, il a l'air d'avoir rendu les armes, d'avoir capitulé. Ils sont là dans un coin de lui que je ne connais pas et ils sortent par ses yeux quand il a ce regard là. Alors je sais que je ne peux rien pour lui, sinon lui prendre ses clés de voiture avant qu'il fasse une connerie, et lui dire qu'on y va, ça sert à rien de rester là.


________________
How am I supposed to let you go ?
Iriklan ✻ Now you stand in front of me and all the rain is turning into snow. Can you tell me that you're real ? So I can really know that everything I feel I can finally show. Standing next to me, the person I can be is finally here and he won't back down at all.

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HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : PurMessages : 475Date d'inscription : 02/11/2014Localisation : Durmstrang
Ҩ Re: One Shots || Colette la belette & tous ses petits personnages Ҩ Lun 6 Fév - 21:37

One Shot

La vie de votre personnage en tant que moldu

The lighthouse beam has just run out

I'm cold as cold as cold can be

PARTIE II


 La voiture suivait la route. Vue du ciel, elle avait l'air de n'importe quelle petite voiture qui suivait tranquillement un petit chemin sinueux aux alentours de Londres. Départ en vacances, peut-être. C'était le début de l'été, un soleil radieux inondait la campagne, bien qu'il ait commencé à décliner à l'horizon. Dans l'habitacle, le lecteur CD crachait du U2 en arrière plan. With or without you. Enora faisait semblant d'être parfaitement détendue en chantant doucement par-dessus la musique, la main gauche sur le volant et le bras droit appuyé sur le rebord de la fenêtre. Son voisin, lui, regardait droit devant et ne pipait mot. Il ne faisait pas semblant, lui. Enora chantait pour ne pas serrer les dents ; she's got me with, nothing to wiiiiin and, nothing leeeeft to looooose ! A vrai dire, ils ne partaient pas en vacances. Ils allaient voir son père.

Elle n'avait pas repris contact avec lui depuis longtemps ; forcément. Depuis qu'elle avait fait s'effondrer son business de trafic d’œuvres d'art, à titre de revanche, elle s'était tenue loin de lui. Mais les contacts qu'elle avait gardés avec certaines de leurs connaissances communes lui avaient fait savoir qu'il n'était pas en ce qu'on pourrait appeler « meilleure forme ». Le vieil escroc alcoolique était sur le déclin – cancer des reins ou quelque chose comme ça – et il avait encore en sa possession un nombre assez incroyable de choses dont il risquait de ne pas la laisser hériter. Et ça, ça l'emmerdait. Elle n'avait pas envie de lui lécher les bottes ; quand elle l'avait eu téléphone, tout ce qu'il avait demandé, c'était une visite de sa fille et de sa famille. Sa fille et son mec, donc. Il avait invoqué un attachement, les liens familiaux, la nostalgie, le désir de se faire pardonner et de rattraper un peu ses conneries. Elle pouvait bien faire ça pour son vieux père, après tout, avait-il dit. Elle n'en avait pas cru un mot mais avait cédé quand même. Il y avait des objets auxquels elle tenait, des choses qui avaient appartenu à sa mère. Connaissant Barjow père et ses ressources, il pourrait très bien se débrouiller pour qu'elle n'en hérite pas. Et ça la ferait chier. Onisim n'était pas vraiment d'accord mais elle avait tellement insisté qu'il avait fini par dire oui, lui-aussi. Il était méfiant, forcément, étant donné tout ce qu'elle lui avait dit à son sujet.

Enora baissa le volume de la musique en arrêtant de chanter. « Fais pas cette tête, ça va bien se passer » fit-elle en grimaçant un peu, amenant sa deuxième main au volant avec l'air d'être très concentrée sur la route. Onisim lui répondit par un espèce de grognement. Retenant un soupir, elle posa une main sur sa jambe pour l'apaiser. « On va arriver. Essaie de sourire, au moins. » Du coin de l'oeil, elle le vit esquisser un geste et détacha ses yeux de la route pour le regarder. Il lui servait un sourire exagéré très ironique et pas crédible pour un sous. La jeune femme hésita entre lâcher un soupir désespéré ou un éclat de rire. Du coup, elle lâcha un éclat de rire désespéré.

Quelques minutes plus tard, elle se garait dans la cour de l'immense manoir - paumé en pleine cambrousse - et se fit la remarque qu'il avait eu de la chance d'être déjà propriétaire de ce bijou au moment où elle l'avait ruiné. Descendant de la voiture, elle hésita entre la fierté et la culpabilité ; décida de ne pas avoir d'avis sur la question. Elle s'empara de la bouteille de vin dans le coffre et s'accrocha au bras d'Onisim pour qu'ils se pointent ensemble devant la porte. Son poing frappa trois petits coups contre le battant et elle se tourna vers son petit-ami en mimant un sourire charmant pour lui rappeler de faire semblant d'être fréquentable, puis elle attendit qu'on vienne ouvrir la porte.

Edgard Barjow avait changé. Quelques rides étaient venues creuser son visage et ses cheveux grisonnaient franchement, sûrement pour lui rappeler qu'il n'était pas hors du temps et que le monde avait aussi un impact sur lui. Il s'était cru en dehors pendant des années, invisible, influent et intouchable. Elle lui avait prouvé que non. Elle était prête à parier qu'il n'avait commencé à vieillir qu'à partir du moment où il était tombé de son piédestal. Un sourire radieux lui barrait le visage, il avait l'air sincèrement heureux et presque soulagé, comme s'il avait redouté qu'elle ne vienne pas. Curieux, se dit-elle en lui rendant son sourire, lançant un bonjour qu'elle espérait enthousiaste. Elle serra plus fort le bras d'Onisim et vit du coin de l'oeil qu'il se décidait à grincer un petit rictus. Edgar les invita à entrer, ouvrant leur champ de vision sur un immense hall d'entrée. La décoration était un peu passée, ancienne, mais le luxe qu'elle avait représenté était encore bien visible. Un grand escalier en pierre s'avançait jusqu'au milieu de la pièce et donnait l'accès à une espèce de balustrade qui faisait le tour de la pièce. En haut, le long des murs, on pouvait apercevoir les portes qui menaient aux innombrables chambres et aux salles de bain. Elle était quasiment sûre que l'étage était complètement laissé à l'abandon. En haut de l'escalier, la jeune femme distingua la vieille armure qui prenait probablement la poussière. Elle avait toujours adoré cet antique témoignage du passé prestigieux de sa famille. Quand elle était gamine, elle imaginait son père dedans, combattant des dragons et des armées entières de guerriers malveillants. Il était majestueux et invincible. Rien à voir avec l'espèce d'ordure alcoolique qui avait assassiné sa femme.

Ni avec le vieillard souriant qui leur avait ouvert la porte, d'ailleurs. Elle fit les présentations rapidement – Onisim, Edgar ; Edgar, Onisim – et il les mena vers la salle à manger en racontant l'air de rien qu'il avait essayé de cuisiner lui-même mais que ce ne serait peut-être pas fameux. Il fallait être indulgent. Elle se retint de rire jaune et jura entendre Onisim grincer des dents. La pièce suivante n'était pas moins impressionnante ; même les chaises en chêne étaient ornées de dorures en haut du dossier. La table avait été dressée avec soin, même si seulement trois couverts s'y trouvaient. Elle s'installa avec Onisim tandis que le paternel s'engouffrait dans la cuisine « Garrett ne vient pas ? » demanda-t-elle, comme si elle était surprise. Edgar revenait les bras chargés d'un immense plat. « Je n'ai pas réussi à le joindre. » lâcha-t-il. Elle fit comme si elle le croyait. Comme si elle ne savait pas que c'était à cause de leur père que Garrett avait coupé tout lien avec elle. Ca faisait des années qu'elle ne l'avait pas vu. Il avait sûrement changé de numéro de téléphone. Onisim la regardait fixement ; elle réalisa qu'elle ne lui avait jamais vraiment parlé de lui. Il connaissait son existence mais c'était sûrement la première fois depuis des siècles qu'il l'entendait prononcer son prénom.

Le dîner commença à se dérouler tout à fait normalement ; si normalement que c'en était étrange. Onisim articula quelques mots pour répondre aux question d'Edgar ; et qu'est-ce qu'il faisait dans la vie, et où est-ce qu'ils s'étaient rencontrés... il s'intéressait, comme s'il estimait avoir des années à rattraper. Il n'avait pas foncièrement tort. Le Vassilev, de son côté, faisait des efforts pour Enora. Ca lui coûtait, elle le savait, et elle était reconnaissante. Le repas n'était pas mauvais, même si la viande était à peine cuite. Ca semblait au goût d'Onisim, remarqua-t-elle en silence. Au moins une chose qu'il aurait appréciée ce soir. « Alors, c'est quoi que tu voudrais récupérer exactement ? » demeanda soudain le paternel, prenant sa fille totalement au dépourvu. Elle lui glissa un regard interdit et il sourit en faisant un geste de la main. « Allons, n'essaie pas de me faire croire que tu es là par simple courtoisie pour répondre à mon invitation. »  Elle eut presque envie de sourire. Quand il était sobre, il lui restait un peu de la terrible intelligence qui l'avait tant impressionnée quand elle était gamine. « Je ne sais pas trop. Il y a plusieurs choses. » Elle haussa les épaules, et il reprit la parole. « Je pense que j'ai quelque chose qui t'intéressera. Quelque chose que tu n'as jamais vu. » Malgré elle, son regard s'illumina. Sa curiosité était piquée. Ils finirent le repas en vitesse et il les mena à l'étage, dans une pièce qu'il dut déverrouiller pour les faire entrer. Il activa un interrupteur et la lumière s'alluma sur une galerie gigantesque de toiles de grands maîtres. Elle en reconnut certaines, avant de s'apercevoir qu'elle avait arrêté de respirer. Elle savait qu'il avait eu le temps de se constituer un patrimoine supplémentaire quand il s'était rendu compte qu'elle était en train de le faire chuter, mais n'imaginait pas que c'était à ce point là. Avec tout ça, s'il trouvait les bon acheteurs, il pouvait vivre tranquillement pendant encore des années. A condition qu'il ne soit pas déjà en train de mourir. Quelque chose lui échappait pourtant. S'il avait tout ça en réserve depuis le début, c'était juste par fierté qu'il avait semblé si démoli quand son trafic avait été démantelé ? Il n'y avait qu'une seule explication : il avait acquis tout ça après, plus récemment. Sans piper mot, elle commença à arpenter la galerie, inspectant les toiles les une après les autres. Onisim faisait pareil de son côté et Edgar les observait avec un petit sourire en coin. Enora était interdite. Elle se tourna vers son petit-ami pour l'interpeller et se rendit compte qu'il était figé devant une toile, les yeux écarquillés comme s'il venait de voir la chose la plus abominable du monde. Elle s'approcha doucement, voulut le prendre par le bras mais il s'écarta en tournant vers elle un regard chargé de colère. La jeune femme se figea aussitôt. Elle ouvrit la bouche pour lui demander ce qui se passait mais il lui coupa l'herbe sous le pied en se tournant vers son père. « Où vous avez eu ça ? » fit-il, quasiment agressif. Le vieil homme, presque débonnaire, haussa les épaules. « J'ai travaillé avec un gamin – quoiqu'il était un peu plus vieux que vous quand même –, il peignait incroyablement. Je n'avais jamais vu ça. Ou rarement. » ajouta-t-il en tournant furtivement le regard vers sa fille. « Ca a duré plus d'un an, presque deux. Mais il a été piégé par un autre groupe de trafiquants qu'on essayait de doubler. Ca s'est pas bien passé pour lui. » Il eut une grimace qui ressembla étrangement à un petit sourire. « Et vous vous en êtes sorti sans représailles. » gronda Onisim, qui semblait remettre dans l'ordre un puzzle particulièrement compliqué. Enora ne comprenait pas grand chose. Son petit-ami avait ses secrets, comme elle avait les siens. Ils s'étaient livrés des fragments de leur passé mais s'étaient tous les deux concentrés sur le futur de ce qu'ils essayaient de construire : leur propre système de recel. Trafic florissant, mais pas sans risque. Ils étaient tous les deux sur la voie de leurs parents, ils connaissaient les enjeux et les risques du métier. Le gamin qui avait travaillé avec Edgar Barjow en avait fait la triste expérience.

Enora vint se poster près d'Onisim, dévisageant son paternel qui n'avait soudain plus grand chose d'un vieillard bienveillant. « Qu'est-ce que tu sous-entends, mon garçon ? » fit-il avec un faux sourire doucereux qui fit sortir le Vassilev de ses gonds. « Que c'est louche, qu'il vous aurait balancé, qu'il vous faisait pas confiance, que c'est vous qui l'avez piégé. » Il semblait tellement sûr de lui qu'elle n'osa pas une seconde remettre sa parole en question. Il avait l'air de plus en plus énervé. Barjow fille se décomposait, elle se décida à prendre les devants pour éviter que le jeune homme ne se jette à la gorge de son père. « Comment il s'appelait ? » demanda-t-elle d'une voix blanche. Il haussa les épaules et fit un signe de tête pour les inviter à le suivre à l'extérieur. « Je ne sais plus. » ils se retrouvèrent sur la balustrade qui surplombait le hall d'entrée. « Igor, il me sembl » « Viktor. » coupa Onisim, à la stupéfaction d'Enora. Barjow père haussa un sourcil et se tourna vers le jeune homme, un fin sourire au coin des lèvres. C'était à son tour de remettre toutes les pièces du puzzle en place. « Je présume que vous aussi, vous vous appelez Vassilev ? »


________________
Tumbled like it was
made of stone
ENOSIM The pull on my flesh was just too strong. Stifled the choice and the air in my lungs. Better not to breathe than to breathe a lie, 'cause when I opened my body I breathe in a lie. But oh my heart, was flawed, I knew my weakness. So hold my hand, consign me not to darkness.


Dernière édition par Enora Barjow le Mar 21 Fév - 20:17, édité 3 fois
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Statut du sang : PurMessages : 475Date d'inscription : 02/11/2014Localisation : Durmstrang
Ҩ Re: One Shots || Colette la belette & tous ses petits personnages Ҩ Mar 21 Fév - 20:13

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PARTIE III

 Le temps semblait s'être suspendu, les dernières paroles d'Edgar flottaient dans l'air autour d'eux, comme un écho, un couperet sur le point de tomber. Enora comprit sûrement trop vite ce qui allait se passer ; elle eut le temps de vouloir l'arrêter, mais pas celui d'esquisser le moindre geste. En un instant, avec une fulgurance que son gabarit solide ne pouvait laisser présager, Onisim était sur le père Barjow, ses deux mains fermées sur son col ; il le soulevait quasiment du sol et le plaquait contre la balustrade. D'un instant à l'autre, il pouvait le faire basculer de l'autre côté. La chute serait fatale, pas besoin d'être devin pour s'en rendre compte. Enora était figée ; elle n'avait pas bougé du moindre millimètre. Elle aurait voulu dire à Onisim de se calmer, le supplier de le reposer, de discuter, lui dire que c'était un malentendu, que ; mais non, elle ne pouvait pas, elle le regardait juste, fulminant, lui hurler des mots qu'elle n'entendait pas. Il crachait presque en parlant, montrait les dents, irradiait d'une rage littéralement monstrueuse. Elle ne le reconnaissait pas.
Barjow père, lui, était beaucoup trop tranquille pour la situation dans laquelle il se trouvait. Peut-être considérait-il qu'il n'avait de toute façon plus rien à perdre. Une chute de six mètres de haut serait sûrement moins douloureuse que de se faire bouffer par le cancer progressivement. Ou alors il avait un plan. Le connaissant, il avait forcément un plan ; s'il n'avait pas peur c'est parce qu'il était certain de ne pas y rester. Le cœur d'Enora cognait contre toutes les parois de sa cage thoracique, elle devait prévenir le Vassilev mais elle ne pouvait que murmurer le prénom de son petit-ami ; elle n'arrivait pas à parler plus fort, un nœud s'était formé dans sa gorge, si serré qu'il lui était presque impossible de respirer. Elle n'avait pas froid aux yeux, elle était capable de beaucoup de choses et pas seulement les plus catholiques. Mais la violence, pure, brutale, comme ça, c'était trop pour elle. Vieux traumatisme ; elle était complètement paralysée. Immobile en apparence, un véritable ouragan était en train de tout ravager à l'intérieur de sa tête.

Onisim était sur le point d'assassiner son père – bouge –, son connard de père qui avait tué Helen, qui n'avait jamais été puni pour ses trop nombreux crimes – bouge! – , mais elle aussi elle était une criminelle ; et Onisim aussi d'ailleurs, mais aucun d'entre eux n'avait jamais tué personne, ou pas à sa connaissance ; enfin ça allait pas tarder – BOUGE – et les accusations seraient autrement plus grave, ce serait beaucoup plus difficile pour eux et ; MERDE il était sur le point de tuer quelqu'un ! « Onisim stop ! » parvint-elle à articuler un peu plus fort, mais il n'entendait rien. Tant bien que mal, elle voulut esquisser un geste pour s'approcher mais ses pieds refusèrent de se décoller du sol. Le Vassilev éructait toujours, il le secouait à moitié au-dessus du vide, il l'accusait d'avoir assassiné son frère, d'avoir volé tout ce qui lui appartenait ; il allait le balancer par-dessus la balustrade – bouge bouge bouge – et Barjow père commençait à froncer les sourcils, il passait une main dans une poche quelque part sur ses vêtements ; qu'est-ce qu'il voulait, il avait une arme ? - bouge bouge bouge BOUGE BOUGE – un reflet apparut lorsque la lumière rencontra la lame que dégageait Edgar – « ATTENTION ! » – Onisim comprit immédiatement, il bondit en arrière pour esquiver le coup que le paternel traçait devant-lui, et poussa l'homme dans l'opération. L'inéluctable se produisit ; Enora vit distinctement l'expression de son père passer de la détermination à la surprise quand il s'aperçut qu'il ne retombait pas sur le sol, puis de la surprise à la peur lorsqu'il bascula par-dessus le rebord.

Le cri étranglé du vieillard sembla durer une éternité avant qu'un effroyable craquement n'y mette abruptement un terme. Enora tremblait de tous ses membres ; juste à côté, Onisim grognait quelque chose qu'elle ne comprenait pas. Elle s'aperçut qu'il n'y avait rien à comprendre, qu'il avait juste mal, lorsque le bruit de goûte à goûte attira son regard jusqu'à lui. Une large entaille barrait son avant-bras, le sang ruisselait jusqu'au sol. Doucement, presque avec précaution, elle releva les yeux vers lui. Il grimaçait un peu à cause de la douleur.
La jeune femme était toujours incapable de bouger. Elle tremblait de tous ses membres. « Il est mort » souffla-t-elle, sans trop savoir si c'était une question ou une crainte. Elle n'osait pas s'approcher de la balustrade, elle était sûre que ses jambes se déroberaient sous elle avant qu'elle ait pu faire un pas. Onisim releva la tête vers elle, brusquement ; elle se heurta à son regard dur, la colère ne s'était pas estompée. Du tout. « Je l'espère bien » cracha-t-il avec hargne. Elle sursauta presque, esquissa un pas pour la première fois depuis de longues secondes. Un pas en arrière. « Mon frère aussi est mort. Et c'est ta famille qui est responsable ! » Elle n'en revenait pas, elle aurait voulu lui répondre qu'il délirait, qu'il avait pas le droit de tout mélanger comme ça. Plusieurs secondes passèrent, pendant lesquelles elle le regardait, bouchée bée comme une abrutie, abasourdie par ce qu'elle venait d'entendre, avant qu'elle ne puisse répliquer. « Ma famille ? Ma famille elle a crevé sous les coups du type que tu viens de balancer du balcon alors!.. alors... » Elle se tut, ferma les yeux, essaya d'inspirer et d'expirer profondément. Ravaler les larmes, raffermir sa voix. « On en parlera plus tard, il faut qu'on se tire d'ici. » Son sang froid était planqué quelque part dans ses tripes, elle essayait d'aller le chercher. Elle avait l'habitude, elle pouvait faire ça. Refouler ses émotions, elle savait faire. Elle était forte ; plus forte que ça encore. Les prunelles d'acier que révélèrent ses paupières lorsqu'elles s'ouvrirent à nouveau n'affrontèrent Onisim qu'un fragment de seconde avant qu'elle ne se mette en mouvement, l'air assurée, dure, intouchable. C'était loin, si loin de la réalité.

Elle stoppa net son mouvement en passant à côté de lui, avisant la blessure. Enora releva la tête vers lui et emprisonna son regard dans le sien. « Montre-moi. » fit-elle, autoritaire, en faisant semblant de ne pas savoir qu'il pouvait très bien voir dans ses yeux à quel point elle était terrifiée à l'intérieur, et fausse à l'extérieur. Elle prit son poignet et l'obligea à lâcher la blessure pour l'observer de plus près. C'était moche, plutôt profond. Son cœur se serra un peu ; elle crut qu'elle allait vomir. Pas à cause de la plaie ; non, c'est juste son corps qui lui faisait signe que, même si elle faisait semblant de tout, semblant de rien, ça faisait vraiment trop à gérer pour elle, là. Elle inspira à nouveau, extirpant de ses poumons un courage qu'elle ne soupçonnait plus. « Il faut bander ça tout de suite, et puis on se tire. Je te recoudrai à la maison. » Elle voulut l'entraîner derrière elle vers l'escalier mais il résista et elle tourna un regard interrogateur vers lui. « Ces tableaux sont à Viktor. On ne les laisse pas là. » Il était catégorique, presque tranchant. Il ne comprenait pas. Il ne comprenait pas ou alors il avait décidé qu'il s'en fichait. Elle avait physiquement besoin de sortir de cet endroit. Respirer un autre air que celui chargé de l'odeur du sang et des crimes de son paternel. « On a pas le temps, et pas la place, on peut pas foutre tout ça dans la voiture, on reviendra, faut partir tout de suite. » Il restait planté là, buté. Le regard dont il la dardait la glaçait jusqu'aux os. Ces tableaux étaient tout ce qui lui restait de son frère, elle voulait bien l'entendre. Seulement, pas maintenant. « On reviendra. On reviendra, s'il te plaît, pour l'instant il faut partir. » Elle n'arrivait plus à penser, elle ne réfléchissait plus correctement. « Mais réfléchis un peu ! Si les flics débarquent ici et tombent sur tout ça, tu crois qu'ils en feront quoi ? On est faussaires, pas cambrioleurs, on les retrouvera jamais. » Idiote. Elle avait des palpitations, ses mains recommençaient à trembler. « Bon. Bon. Il y a... une pièce, qui est condamnée depuis longtemps. On peut les mettre là, en attendant de revenir. Personne les trouvera. J'hériterai de la maison, et, tout ce qu'il y a dedans avec. » Il était sceptique, mais elle commençait à chanceler alors il s'approcha pour la retenir par le bras. Un peu durement. Il ne faisait sans doute pas exprès, se dit-elle, en choisissant d'ignorer l'éclat toujours aussi haineux qu'elle voyait dans ses yeux. Il était secoué lui aussi, voulait-elle croire. Besoin d'air, marmonna-t-elle. Juste un moment.

La suite se passa mécaniquement. Enora reprit son souffle dehors pendant presque une demie heure ; pendant ce temps là, Onisim tirait le cadavre d'Edgard plus loin dans la forêt et elle ne chercha pas à savoir ce qu'il en fit exactement. Ensuite, ils détachèrent les tableaux des chevalets et les barricadèrent dans une pièce secrète comme en possèdent toutes les résidences de ce genre. Onisims'était enfermé dans un silence haineux qu'elle n'osait même pas essayer de rompre. Une heure plus tard, ils étaient partis, prenant quand même le temps d'attacher un garrot autour du bras d'Onisim et de l'envelopper dans une serviette. Les mains d'Enora tremblaient, elle regardait droit devant et ne pipait pas un mot. La musique de l'autoradio ne parvenait même pas jusqu'à ses oreilles. Elle se déconcentrait ; ses pensées se battaient, se débattaient. Au bout d'un moment, elle s'arrêta sur le bas côté, simplement, posa sa tête contre le volant pendant deux longues minutes avant de se détacher et de sortir du véhicule. Elle s'assit sur le capot, ombre à contre-jour des feux de la voiture qu'elle n'avait pas éteints. Les étoiles ne brillaient pas ce soir. Elle avait l'impression que plus rien ne brillait nulle part.

Reproduire des tableaux était une chose. Être complice d'un meurtre, c'était une autre chose. Et Onisim... Elle sentit une secousse dans la voiture, entendit la portière s'ouvrir puis se refermer dans un claquement. Elle ne bougea pas, et il contourna le véhicule pour lui faire face. Tout ce qu'elle voyait, c'était sa silhouette et ses yeux qui brillaient légèrement dans le noir. « Tu veux que je conduise ? » demanda-t-il, froidement. Elle dut serrer les dents de toutes ses forces pour ne pas fondre en larmes. Allez, elle pouvait bien tenir encore un peu. « Non. Non putain je veux pas que tu conduises ! » Le ton pourtant plus violent que jamais quand elle lui parlait à lui ne le fit même pas tressaillir. Il était totalement hermétique, aveuglé par la haine. « Je veux pas que tu conduises, je veux que tu comprennes que le type que t'as tué c'était mon père et qu'il a réduit ma vie en cendres autant que la tienne, donc que t'as pas le droit, t'entends t'as pas le droit de me regarder comme si j'étais rien d'autre que sa progéniture de merde ! » Les larmes avaient commencé à couler toutes seules mais elle maîtrisait encore un peu le son de sa voix. « Il a tué ma mère sous mes yeux, il m'a fait passer pour la responsable aux yeux de mon frère et toi tu.. toi tu... » Elle se tut, incapable de continuer. Elle ne voyait pas son visage, n'avait aucun moyen de voir s'il entendait ce qu'elle lui disait. Si l'espèce de monstre irradiant de colère avait laissé à nouveau la place à son petit-ami. Il commença doucement à s'approcher et elle arrêta de respirer. Ce n'est que lorsqu'il appuya une main dans son dos pour la relever et la serrer contre lui qu'elle réalisa à quel point elle avait eu peur ; elle éclata en sanglots en se serrant contre son torse. Il lui murmura qu'il était désolé, et elle ne sut pas de quoi il parlait exactement. Désolé d'avoir tué son père, ou désolé de l'avoir regardée comme si, elle aussi, il aurait été capable de l'assassiner de ses propres mains pour la mémoire d'un frère qui ne le méritait peut-être pas.


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Tumbled like it was
made of stone
ENOSIM The pull on my flesh was just too strong. Stifled the choice and the air in my lungs. Better not to breathe than to breathe a lie, 'cause when I opened my body I breathe in a lie. But oh my heart, was flawed, I knew my weakness. So hold my hand, consign me not to darkness.
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Ҩ Re: One Shots || Colette la belette & tous ses petits personnages Ҩ Lun 1 Mai - 1:26

One Shot

Les défis de Chachou

Let me feel the sting, the pain

the burn under my skin

Ca la cueille directement au creux du ventre et elle se sent quitter le sol, comme ça, aussi simplement. C'est presque trop facile. Si elle avait eu le temps, elle aurait soupiré, fermé les yeux. Merde, elle se dit. Elle l'a pas vu venir, elle pensait être mieux préparée. Mais elle est impuissante ; bêtement incapable de faire mieux. De faire assez. L'atterrissage va être douloureux.
Tous ses muscles se tendent, et en fait elle n'atterrit même pas, pas encore ; c'est le mur qui arrête sa trajectoire, la douleur explose dans son dos et puis elle tombe sur le sol comme une poupée de chiffon, sonnée. Sa baguette, elle pense, vaguement, en s'accrochant tant bien que mal au morceau de bois qui lui semble soudain bien ridicule ; et puis la douleur la rattrape, elle veut se recroqueviller, s'en empêche férocement en commençant à se relever. Mais c'est déjà trop tard, son arme lui saute des mains avant qu'elle se soit redressée ; une main l'attrape par les cheveux et la relève sans sommation. Les traits déformés dans une expression pleine de souffrance et de colère, elle esquisse à peine un geste pour se défendre qu'une formidable gifle la fait s'arrêter nette, muette de stupeur, engourdie par la douleur qu'elle n'arrive même plus à localiser tant son corps entier la fait souffrir. La main qui se referme sur sa gorge la repousse en arrière ; sa tête claque quand elle est plaquée au mur, et elle n'a plus la force que de fermer les paupières, finalement, arrachant une respiration étranglée d'entre ses lèvres entrouvertes et ensanglantées. Ca fait trop mal, elle était pas préparée. Est-ce qu'elle a cherché à ce point ce qui lui arrive, est-ce qu'elle mérite vraiment ça ?

Mériter, c'est un mot que tu aimes bien, hein ? La vérité c'est qu'elle vaut beaucoup mieux que ça. « J'ai essayé de te prévenir mais tu n'as rien voulu entendre. » Elle cherche sa respiration, l'air lui manque. Ses deux mains s'agrippent à ton poignet pour te faire lâcher prise et elle rouvre les yeux, plus furieuse que tétanisée. C'est toi qui as eu tort, bordel, elle a eu raison de pas vouloir entendre, tu pensais qu'elle y arriverait pas. « Alors tu vois, je sais pas mal de choses sur cette fille-là qui se tient devant moi. C'est toi qui n'as aucune idée de qui elle est. » Elle voudrait hurler mais ta prise sur sa gorge s'est raffermie et aucun son ne peut plus passer la barrière de ses lèvres ; elle écarquille les yeux, cherche un air introuvable en se débattant pour se libérer, de plus en plus affolée à mesure qu'elle réalise qu'elle pourrait bien mourir dans les secondes à venir. Une série de coups de genoux dans le ventre vient à bout de ta résistance, ou en tout cas de ta patience, et tu finis par lâcher son cou pour bloquer sa jambe, à la place ; elle tousse tout ce qu'elle peut en sentant l'air salvateur pénétrer dans ses poumons, en se débattant de toutes ses forces, revigorée par l'oxygène qui lui parvient enfin. Elle gronde, furieuse, salement abîmée par tes coups, par tes mots ; réussit tant bien que mal à t'empêcher de pointer ta baguette sur elle, mais tu la coinces toujours contre le mur. « Et alors ? » elle feule, haletante, en te poignardant du regard avec toute la violence du monde. Quelle importance ça a, qu'elle se connaisse ou pas ; ça fait longtemps qu'elle a laissé tout ça derrière elle. Valkyria était pitoyable, le monde entier a décidé à l'unanimité qu'elle avait pas le droit d'exister, ou en tout cas c'est ce qu'on lui a fait comprendre. Quant à Visenya, elle vaut pas beaucoup mieux, il n'y a qu'au regard des autres qu'elle peut exister et ces autres sont si pathétiques que ça ne vaut pas grand chose. Mais elle, elle elle est au-dessus de ça. Tu lui as montré comment faire. Et elle a réussi, bordel. Elle avait réussi. « Est-ce que c'est pas suffisant ? » qu'est-ce que tu pourrais vouloir de plus, hein ? Qu'est-ce qu'elle pourrait mieux faire ? Elle t'a pas déçu, elle le sait. Elle l'a vu, elle a compris, ça aussi elle sait faire, comprendre. Ils sont beaucoup à pouvoir en dire autant ? Alors qu'est-ce que tu pourrais vouloir de plus ? « Tu comprends rien, on suffira jamais à personne. »
C'est pas juste. Elle a envie de hurler, se contente d'un grognement de rage lorsqu'elle se débat avec plus de vigueur encore, tire de toutes ses forces, à deux mains sur ta baguette qui finit par t'échapper ; mais à peine empoigne-t-elle l'arme pour l'utiliser que le bois lui brûle violemment l'intérieur de la paume. Elle écarte les doigts sans pouvoir s'en empêcher, expédie la baguette plus loin juste au moment où tu l'attrapes par ses vêtements pour la secouer et la cogner à nouveau contre le mur. Elle lâche un grognement de douleur, recommence à se débattre pour te faire lâcher prise ; tu attrapes ses poignets, plaques ton corps contre le sien pour l'empêcher de bouger. Elle se crispe, force en vain sur ses bras pour se dégager. Le souffle court, elle lève la tête, cherche à calmer sa respiration en réalisant qu'elle ne pourra de toute façon pas t'échapper comme ça.  Elle ourle à peine les lèvres pour former un rictus douloureux. « A qui tu crois donner des leçons, Adonis. T'es encore plus vide que moi. » La pression sur son corps s'accentue, elle grimace, ça lui fait mal, elle veut plaquer ses mains sur tes épaules mais tu ne lâches pas ses poignets ; elle ne peut plus bouger du tout. Si elle pouvait voir ton visage elle sait déjà qu'elle te trouverait quasiment inexpressif, ou peut-être que tes traits seraient un peu contractés, tes sourcils tout juste perceptiblement froncés. Par l'effort, sûrement. Elle essaie de rire mais ça sonne faux. Ca ne l'amuse pas du tout, de comprendre les plaies sur ton âme. Ca lui plaît encore moins, de deviner pourquoi elle peut comprendre. « Tu crois qu'elle va combler ça, Asphalt ? T'y crois vraiment, que parce qu'elle est aussi déglinguée que nous, elle peut quelque chose pour toi ? » Ca y est, elle l'a dit, elle l'a montrée, la foutue blessure qui lui grignote les os depuis qu'elle a appris. Elle comprend trop bien pourquoi, et ça la pulvérise tellement fort qu'elle n'est même pas capable de pleurer. Alors elle rigole, parce que tant qu'à faire, autant que ça fasse mal jusqu'au bout. Autant en rire, autant en faire des tonnes pour se persuader que c'est pas si grave. Mais si c'est grave, putain, c'est encore plus grave que personne ne soit capable de le voir. De la voir. Tu penses que tu la connais mais tu ne la regardes même pas. Sinon t'aurais vu, t'aurais vu tout, et la cousine jamais elle se serait ajoutée à l'équation. « C'est mignon, vraiment. Je te pensais pas si naïf tu sais » elle s'arrête, serre les dents pour retenir le gémissement qui voudrait lui échapper ; la pression sur son torse est insupportable, tu vas finir par la broyer, la casser en deux. La voix arrachée, écrasée, elle se force à articuler encore quelques mots. « Allons, sois pas stupide, Adonis. Personne peut rien pour les gens comme toi et moi. »

Elle aimerait bien voir tes yeux, elle se dit, grimaçant sous la douleur. Elle se demande si elle y décèlerait quelque chose. Elle se demande si tu la regarderais. Une hésitation, peut-être ? Petite victoire pour elle. C'est ridicule, elle prend les miettes, elle se contente de ces satisfactions là, quand c'est une autre que tu choisis. Elle mérite tellement mieux que ça.
D'un mouvement brusque, elle libère un de ses poignets, plaque sa main sur ton visage pour te faire reculer, au moins sous le coup de la surprise. La pression sur son corps se relâche, elle se dégage d'un coup, tire sur son bras pour te faire lâcher son autre main mais tu tiens bon, trop bon ; pour la faire rester en place, lui faire payer ses mots peut-être, tu la tires sèchement vers toi, tords son poignet quand elle résiste, plus fort quand elle se débat et puis d'un coup, ça casse, le claquement retentit dans toute la pièce, aussitôt suivi du cri de douleur qu'elle ne peut pas retenir. Les larmes envahissent son champ de vision, et ta poigne sur elle ne s'est pas relâchée ; elle souffre le martyr, n'ose pas essayer de se dégager, ça fait trop mal. D'une pression supplémentaire tu la fais gémir à nouveau et elle perd l'équilibre, tombe à genoux, juste devant toi. Elle redresse la tête aussitôt, croise ton regard inquisiteur et regrette d'avoir trop mal pour railler encore ; bordel mais arrête de la toiser comme ça, si tu crois qu'elle va s'aplatir et rester à tes pieds, tu la connais vraiment mal. Ce qu'elle veut c'est ta reconnaissance, ta considération ; pas ton attention, pas celle-là en tout cas, elle mérite tellement plus que ça, elle a compris trop de choses pour se contenter de ce que tu pourras lui donner, maintenant. Ca rime déjà plus à rien.

Tout est déjà déglingué, tu lui fais mal, la seule pensée qui lui vient, là, c'est l'envie terrifiante de te faire mal aussi. C'est trop tard pour le reste, hein ? Quelque chose dans ton expression pourtant lui fait voir que t'as compris aussi bien qu'elle. Cet écho d'une âme à l'autre, comme ça, t'en croiseras pas des centaines. Est-ce que c'est complètement trop tard pour que ça veuille dire quelque chose ?
Ta main libre attrape son col, la relève d'un coup sec pour la plaquer au mur, encore. Elle ferme les yeux. C'est trop con, elle se dit vaguement. Pourquoi est-ce qu'elle n'a pas su voir tout ça avant qu'il soit trop tard ? Trop tard, trop tard, trop tard. Ca résonne dans son crâne. Et puis elle sent ta main descendre sur son buste, son ventre, épousant froidement les courbes de son corps  par-dessus ses vêtements. C'est sans précipitation, tu ne trembles pas, ça a presque l'air mécanique. Un sourire acide ourle ses lèvres quand elle sent tes doigts crocheter sa ceinture. Un geste sec, et tu es collé à elle, ton visage au-dessus du sien. Sa silhouette disparaît presque entre le mur qui la bloque et ta carrure qui l'oppresse ; elle a peur de ne plus pouvoir respirer. Mais elle ne bouge pas, elle sent tes doigts contre ses hanches. Peut-être, oui. T'as raison. Peut-être que c'est tout ce que ça peut encore vouloir dire.

Une main sur ton épaule, elle essaie de s'accrocher mais n'en a même pas le temps ; en une fraction de seconde tu t'es dégagé, juste assez pour attraper son poignet et le plaquer au mur sans sommation. Elle serre les dents, lève le menton, défiante autant qu'elle peut l'être alors que le vide résonne en elle dans un silence assourdissant. Est-ce que c'est toi qui provoques ça ? Ton visage est proche, elle sent ton souffle contre sa peau et ça ne la fait même pas frémir. Alors elle cherche, elle se débat, pas pour se dégager mais juste pour s'approcher ; pour t'approcher, peu importe. Les lèvres qu'elle finit par trouver lui répondent à peine ; rapidement, tu la forces à tourner la tête sur le côté, amènes ton visage dans son cou, sans l'embrasser, sans la toucher ; juste ton souffle contre sa peau. Elle refuse l'immobilité, pince les lèvres, cogne son bassin contre le tien en tirant sur son poignet que tu finis par lâcher, remontant ta main le long de son bras, sur son épaule, jusqu'à ce que sa gorge tienne au creux de tes doigts. Elle lève la tête et balance son regard vers le plafond lorsqu'elle sent ta main libre faire glisser les tissus de sur ses hanches.
Elle pensait mériter mieux que ça. Elle pensait, vraiment, qu'elle avait réussi à valoir autre chose, à tes yeux. Autre chose que la gamine incapable que tu as aidée, et surtout autre chose qu'une affaire de quelques coups de reins. Et peut-être qu'elle avait pas complètement tort, si y avait pas eu Asphalt, si tout avait été un peu moins pourri. A commencer par vous. Elle ne sait pas trop qui elle est, là, maintenant, quand elle griffe ton cou, qu'elle tire tes cheveux en essayant de s'accrocher un peu au monde, quand elle perd une respiration heurtée au bord de cette salle d'entraînement, contre un mur sur lequel elle s'est fracassée, brisée en mille morceaux. Ton bassin cogne ses hanches, elle crève tellement elle a mal, elle aurait au moins voulu que ça la fasse se sentir un peu vivante. Mais non. Pour ça aussi c'est sûrement un peu trop tard.

* ~ * ~ * ~ *

Tu ramasses ta baguette magique, elle ne te regarde pas. Elle marche jusqu'à la sienne, un peu plus loin. Son poignet la lance affreusement, mais elle ne grimace pas, elle s'en rend à peine compte. C'est trop vide à l'intérieur d'elle, il ne lui reste qu'une vague envie d'arrêter tout. Elle ramasse son arme, elle te regarde et tu ne la regardes pas. Son geste est automatique, elle ne pense à rien quand elle lève le bras, quand elle prononce la formule qui envoie un éclair lumineux droit sur toi. Tu fais volte-face à temps pour parer l'attaque ; forcément. Elle n'en attendait pas moins. Elle a parlé à voix haute, elle savait qu'elle ne te toucherait pas. Avant qu'elle ait pu sourire, la contre-attaque lui lacère les côtes, ouvre son flanc, entaillant profondément sa chair. Elle s'effondre, grimaçante. C'est profond, elle le sent, vaguement ; elle perd beaucoup de sang. Ce sera peut-être suffisant. Elle soupire, respire difficilement. Les bordures de son champ de vision s'assombrissent, elle est trop fatiguée, au bout d'elle-même. C'est fini maintenant, hein ? Elle croise ton regard. Non, ce sera pas suffisant. Après tout, rien ne le sera jamais, hein ? Tant pis. Elle ferme les yeux. C'est plus facile. Le reste de sa vie, c'est un problème pour plus tard. Là, elle va seulement faire comme s'il ne devait plus jamais rien y avoir après, et ensuite, elle avisera. Ouais. Voilà. Elle se laisse glisser dans l'inconscience avec un soulagement beaucoup trop lourd. Peut-être qu'elle parviendra à se persuader que quelque chose pourra encore avoir du sens après toi, après ça. Elle recollera les morceaux de son existence pulvérisée et elle fera comme si c'était normal. Encore une fois.


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We're just a step from fearless
Evyria All this time you're just tryin' not to lose it. You can always learn to fly ; you never do until you do it. Up high in the middle of nowhere. I could die, but I don't care. Walk slow and low on a tightrope ; hope it lasts but you know, you never know.
And if you're in love, then you are the lucky one, 'cause most of us are bitter over someone. Setting fire to our insides for fun, to distract our hearts from ever missing them. But I'm forever missing you. And you caused it. Amarialt


Dernière édition par Valkyria V. Dragonstone le Dim 28 Mai - 19:06, édité 1 fois
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Ҩ Re: One Shots || Colette la belette & tous ses petits personnages Ҩ Sam 27 Mai - 1:38

One Shot

Alternative Universe

And I wonder where you are

are you far, will you come to my rescue ?

« Ce sera pas trop long, promis » elle ne réagit pas tout de suite, toute endormie qu'elle est, debout sur le pas de sa porte et guère sûre de comprendre ce que tu lui racontes, en tenant un peu gauchement l'espèce de tas de couvertures que tu viens de lui mettre dans les bras comme si c'était la chose la plus précieuse du monde. Pourtant elle a bien entendu ce que tu viens de lui dire, oui ; une urgence, tu dois filer, pas le temps d'appeler quelqu'un, est-ce qu'elle peut aider. Bien sûr qu'elle peut aider, mais. « Je reviens vite, Gabriel m'attend. » « Vous faites pas tuer » elle grogne, en clignant ses paupières encore lourdes de sommeil ; mais tu n'écoutes pas, tu poses un regard qu'elle a du mal à interpréter sur le tas de couvertures qui commence à se secouer dans ses mains, et tu repars en courant, ton katana attaché à la va-vite brinquebalant sur ton épaule. Elle entend distinctement le crac de ton transplannage dès que tu as passé la sécurité magique, et referme tant bien que mal la porte d'entrée avec son coude, en tachant de ne pas trop remuer ce qu'elle tient maladroitement dans ses mains. Le tas de couvertures pousse des espèces de petits bruits, comme des gargouillis de bestiole baveuse. Mieux vaut ça que des hurlements, non ? Elle jette un œil suspect entre les linges, et attend finalement, plantée là, sans avoir la moindre idée de quoi faire désormais. Puis elle secoue la tête ; est-ce qu'elle rêve, ou tu l'as prise pour une baby-sitter ?

Elle bâille à gorge déployée, renonçant à l'idée de couvrir sa bouche avec une main qu'elle n'ose pas détacher de ton gamin. Elle le tient presque à bout de bras, totalement désemparée, perdue, fatiguée et exaspérée. Elle peut aider ; bien sûr qu'elle peut aider, en sautant dans ses bottes pour couvrir tes arrières, pas... pas comme ça. En plus, le môme est réveillé, et il commence vraiment à gesticuler en piaillant de plus en plus fort. « Shhh » elle grince, plus sèchement qu'elle ne l'aurait voulu, ce qui a l'effet inverse de celui escompté. Se souvenant vaguement avoir vu des mères bercer leurs mômes pour les calmer, elle entreprend de fléchir légèrement les genoux puis de tendre les jambes à répétitions, mais ça n'arrange vraiment rien. De toute évidence, elle lui fait plus peur qu'autre chose. 
Valkyria soupire, démunie, et regarde autour d'elle comme si la solution allait se trouver accrochée au porte-manteau. Ou adossée au mur, dans les escaliers.

Eva se tient là, les bras croisés sur un peignoir à peine fermé, ses cheveux rouges en bataille tombant en longues cascades sur ses épaules. Les vestiges de l'agacement d'avoir dû se relever au milieu de la nuit accrochés à son expression, elle regarde la blonde d'un air aussi curieux qu'interloqué. De toute évidence, Valkyria avec un petit bébé dans les bras – ou plutôt dans les mains – était la dernière des choses qu'elle s'attendait à trouver en descendant voir pourquoi diable il y avait de la lumière en bas à cinq heures du matin. Légèrement honteuse, elle se demande depuis combien de temps est-ce que la musicienne est en train de l'observer. Au sourire sardonique qu'elle affiche, la réponse devient claire : bien trop longtemps. « Tu essaies de faire quoi exactement ? » Très. Amusant. « Je répète le Lac des Cygnes, ça se voit pas ? » Léger rire ; pas trop fort, Mateo dort dans la pièce au-dessus. Pour l'instant, en tout cas, parce que si le machin baveux dans les couvertures continue de s'exciter comme ça, il y a fort à parier que tout le quartier finira par lui demander des comptes. Elle les redirigera vers chez toi, rien à foutre, c'est pas son gosse. Pour autant, les gémissements plaintifs lui vrillent déjà les oreilles, et elle panique un peu à l'idée qu'ils se transforment en hurlements qu'elle n'arrivera jamais à arrêter. Et c'est bien parti pour se passer comme ça. « Non non non non non s'il te plaît non pleure pas pleure paaaas » grimace-t-elle à voix basse en essayant de changer le gamin de position, sans avoir aucune idée de comment s'y prendre. Elle relève un regard à moitié catastrophé à moitié suppliant vers Eva, qui commence à descendre les marches restantes « Et c'est ton binôme, je suppose ? » « C'est le môme de Lilith » elle répond en regardant le bambin, avant de se risquer à regarder à nouveau l'espagnole. Celle-ci a bizarrement l'air beaucoup plus exaspérée que quelques secondes plus tôt. La Dragonstone grimace un peu plus ; elle aurait dû se douter que ça se passerait beaucoup moins bien s'il était question de toi. « C'est pas écrit "crèche" au-dessus de la porte » JE SAIS. Elle se tait, croise son regard dans un échange tendu et silencieux. C'est tout sauf le moment de se disputer ; le premier sanglot du gamin la fait se décomposer et elle baisse aussitôt la tête vers lui. Bon sang, elle préférerait affronter une armée à l'heure actuelle.
T'abuses, sérieux. Eva a raison, c'est pas écrit crèche sur la porte ; elle veut bien se battre avec toi, mais pas contre ton môme, ça lui fait beaucoup plus peur. Parlant d'Eva, elle ne la voit plus mais l'entend vaguement se diriger vers la cuisine tandis qu'elle entreprend à nouveau de bercer le tas de couvertures. « Où tu vas ? » elle lance, au désespoir. « Me faire un café. » Soupir. Merci du soutien.

Et voilà, il pleure pour de bon, et elle ne sait pas plus comment s'y prendre. Les secondes s'égrainent, lourdes comme du plomb ; elle a envie de le poser là et de retourner se coucher, et ça lui vrille le crâne, les hurlements, elle est sûre qu'elle va perdre un tympan. Bon sang c'est pas possible de gueuler aussi fort avec de si petits poumons. Eva lui a grogné d'essayer de le tenir contre elle, plutôt que comme si elle avait peur de se brûler, alors elle essaie de l'installer un peu mieux contre sa poitrine mais elle a peur de le serrer trop fort. Et il hurle toujours. Pitié. C'est bien la peine d'être une sorcière surentraînée et d'avoir été princesse pendant dix ans si ça la laisse complètement démunie devant un bambin qui chiale. La magie ne pourrait pas aider un peu ? « Eva ? » elle lance, en direction de la cuisine, en dernier recours « Tu crois que je peux lui lancer un silencio ? »

Un juron jusqu'alors inconnu à son vocabulaire lui répond et la musicienne revient dans le living quasiment au pas de course. « Je vais faire comme si tu ne m'avais pas posé cette question. » Elle ne plaisante pas du tout et la Dragonstone se renfrogne. « Je » « Donne-moi cet enfant. » Elle ne se fait pas prier ; Eva s'empare délicatement du gamin et l'installe contre elle comme si c'était la chose la plus naturelle du monde ; elle le berce, doucement, lui parle dans un espagnol doux et chantant qui calme rapidement les pleurs du petit. La britannique la regarde sans plus oser dire un mot, soupirant d'un mélange de dépit et de soulagement. Les gosses, sérieusement.
Elle se passe une main sur le visage et s'en va dans la cuisine pour se remplir elle-aussi une tasse de café. De toute évidence, il est bien plus en sécurité dans les bras de la musicienne que dans les siens. La fibre maternelle de sa compagne dépasse toujours autant Valkyria, mais elle doit bien reconnaître que sans elle, ça aurait été autrement plus complexe.

Une tasse dans chaque main, elle revient dans la grande pièce et en dépose une sur la table en attendant qu'Eva finisse d'endormir le bébé Whelan. Elle trempe les lèvres dans le liquide foncé et grimace à cause de la chaleur. Bon sang, elle aurait vraiment dû rester au lit. L'ex princesse à la dérive va s'échouer sur le canapé en sirotant son café trop chaud. Lorsque l'hispanique revient, les mains vides, elle relève vers elle un visage légèrement déconfit. « Je l'ai installé dans ton bureau. » dit-elle, simplement, en récupérant sa tasse avant de venir s'asseoir près d'elle. « Tu allais vraiment l'ensorceler pour le faire taire ? » Un grognement lui répond, elle met le nez dans son café en regardant ailleurs. Elle se sent bien ignorante ; ce genre de moments, à l'image des quelques confrontations houleuses qui ont lieu entre Maeto et sa mère, lui rappellent durement à quel point elles sont différentes, à quel point leurs mondes sont différents. Mais celui-ci est également le sien, à présent. Elle n'aime pas avoir le sentiment d'y être à ce point inadaptée. « Heureusement que t'es là. » elle lâche, en guise de merci, cachant la profondeur de son désarroi sous le couvert des circonstances. Eva ne répond pas ; elle relève la tête, croise un regard, un sourire. Tout va bien.




Quelques mois plus tôt

Elle se sent un peu au bout de sa vie. Et puis elle te sent hoqueter, elle t'entend, et elle se trouve bien hypocrite. De vous deux, clairement, ce n'est pas elle qui souffre le plus. Elle ne demande pas si ça va, elle a juste posé une main entre tes omoplates, et de l'autre, elle retient tes cheveux pour limiter les dégâts. Faites des gosses, j'vous jure. « C'est autre chose que nos cuites, hein ? » elle ricane, faussement moqueuse mais sans savoir comment exprimer sa... compassion. Tu grognes quelque chose d'assez incompréhensible ; elle croit entendre une ou deux insanités bardées de menaces et se contente de secouer la tête en grimaçant un sourire pas très convaincu. « T'es terrifiante comme ça j'te jure. » Ta main se crispe sur le bord de la cuvette, elle est à peu près sûre qu'en d'autres circonstances elle en ramasserait une. Alors elle pince les lèvres pour ne pas trop rire ; elle attrape le gant de toilette frais posé dans une bassine d'eau à côté et te le passe sur la nuque « Allez, respire, ça va bien finir par s'arrêter. » Ou alors tu vas finir par vomir le bébé aussi. Ce serait con.

Un verre d'eau et quelques minutes plus tard, tu te rapatries vers le canapé. « Eh bah c'était plus marrant de le faire que de le porter, ce microbe. »  Elle se marre en tournant la tête vers ta mine renfrognée « Sans rire ? T'as l'air de bien t'amuser pourtant. » Elle grimace en recevant ton coude dans les côtes, bondit rapidement pour s'écarter vers l'autre coin du canapé. « Hého. Sois pas violente comme ça, c'est sûrement mauvais pour le bébé. Te fatigue pas trop. » Elle rigole beaucoup trop, tu vas finir par sérieusement l'assassiner. « Je te jure que si tu racontes ça à Eva je t'arrache les yeux. » Elle pince les lèvres pour ne pas mourir de rire en imaginant la tête que ferait la musicienne. Non, en effet, tu ne la pardonnerais sûrement jamais. « Ce ne serait que justice. Tu m'as fait danser sur des tables dans une taverne. Danser. Sur des tables. Dans une TAVERNE, Lilith. » Ton regard assassin se change en une expression beaucoup trop fière à son goût ; ça commence à faire un moment, pourtant tu ne l'as jamais laissée oublier ça. L'un de tes plus grands accomplissements, à n'en pas douter. « C'est toi qui avais fini la tête dans la cuvette ce soir-là. » Elle grogne « Je vais tout raconter à Eva quand elle rentrera d'Espagne si tu me parles encore une seule fois de » « Valk. » Ton ton est redevenu d'un sérieux quasiment religieux et elle perd son expression espiègle, craignant que quelque chose de terrible ne soit encore en train de se passer dans ton corps étrange de femme enceinte « Oui ? » elle tente, un peu anxieuse. « Où est-ce qu'on trouve des patacitrouilles dans le coin ? » Interdite, elle cligne plusieurs fois des paupières en te dévisageant « Pardon ? » « Il me faut des patacitrouilles. »

Elle ne comprend rien du tout, secoue un peu la tête en fronçant les sourcils « Mais qu'est-ce que tu racontes ? Pour quoi faire ? » « Mais pour manger ! » « Euh... tu veux que j'aille en » « Tu irais ? » regard brillant, tu sembles à mi-chemin entre la désolation la plus profonde et l'espoir infini. « Oui, oui, j'en ai pour deux minutes. » Elle est totalement circonspecte, te jette même un regard un peu méfiant en enfilant sa veste, craignant une plaisanterie. Mais non, tu es sur le canapé, là, et tu attends. Elle sort, et transplanne jusqu'à la confiserie magique la plus proche.

Deux heures plus tard, tu as à nouveau la tête dans les toilettes, et elle soupire, cette fois, de désespoir. « Ah bah, tiens. Les revoilà tes paracitrouilles à la con. » Tu relèves la tête le temps de lui jeter un regard courroucé. « Pourquoi tu m'as pas empêchée d'en manger ? » Elle se décompose légèrement « Mais » « TRAITRESSE ! » Et tu replonges la tête par-dessus la cuvette. Nouveau soupir ; et puis elle se met à rire, nerveusement. « Franchement, t'es impossible. J'espère que je serai la marraine de ce gamin, au moins. » Vu comment il lui en aura fait baver. Enfin, là, c'est surtout toi qu'il fait baver. Littéralement. Vivement qu'il naisse, par le string de Merlin.


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We're just a step from fearless
Evyria All this time you're just tryin' not to lose it. You can always learn to fly ; you never do until you do it. Up high in the middle of nowhere. I could die, but I don't care. Walk slow and low on a tightrope ; hope it lasts but you know, you never know.
And if you're in love, then you are the lucky one, 'cause most of us are bitter over someone. Setting fire to our insides for fun, to distract our hearts from ever missing them. But I'm forever missing you. And you caused it. Amarialt
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