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 You gotta get up, and try || Adonyria

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HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : Plus pur que le cristalMessages : 343Date d'inscription : 05/04/2016Localisation : Domovoï's Rock, cachée dans un coin
Ҩ You gotta get up, and try || Adonyria Ҩ Mer 13 Avr - 0:27

▬ Juin 1987
La première fois qu'elle t'a vu, elle ne t'a pas franchement calculé. Tu étais parmi tous ces gens de « la haute », cette caste à laquelle elle n'aurait jamais dû appartenir. Celle qu'elle devait regarder d'en bas en gardant les mains jointes et le dos courbé : qu'elle affronte maintenant plus ou moins courageusement, la tête droite, l'allure fière. Et elle l'est, fière, évidemment. Mais elle est aussi morte de trouille parce qu'elle croit encore à une sale plaisanterie. Elle est à la place de sa cousine ; s'ils les ont échangées une fois, ils peuvent les échanger encore, des fois qu'elle ne soit pas assez bien. On lui a bien expliqué ce qu'elle devait faire, comment elle devait se tenir, comment elle devait sourire. Et elle s'applique ; ça fait des années qu'elle sourit pour les autres. Mais maintenant il faut que ce soit différent. Avant elle souriait discrètement, pour ne surtout pas se faire remarquer, simplement par politesse. Maintenant elle doit briller. Elle doit être éclatante. Et elle ne sait pas faire ça ; elle, la petite gamine terne destinée à passer sa vie entière dans l'ombre de sa cousine. Elle n'a pas l'habitude d'être dans la lumière mais elle fait de son mieux. Et tandis qu'elle te sourit, à toi parmi les autres, en esquissant une révérence encore mal maîtrisée – alors que Visenya était si gracieuse quand elle saluait les invités de ses parents ; qu'est-ce qu'elle se sent maladroite, malhabile, inadéquate, dans ce rôle – elle est plus concentrée sur comment elle doit être, sur son cœur qui bat la chamade dans sa poitrine et sur ce qu'elle ne doit surtout rien en laisser paraître, plutôt que sur ta gueule d'ange et ton beau sourire. Et puis ils sont tellement nombreux les invités, et elle est si impressionnée. Elle n'a aucune idée du nom de tous ces gens, et le tien ne fait pas exception. Elle ne sait pas bien comment elle est censée s'adapter à ce nouvel univers qui s'ouvre à elle. Bien sûr qu'elle est fière d'en faire partie, mais elle a trop peur qu'on l'en éjecte aussi subitement qu'on l'y a invitée pour être capable de s'en réjouir. Pour l'instant.


En Septembre, elle va rentrer à Poudlard. Elle a eu onze ans il y a quelques mois et c'est à partir de là que les adultes ont voulu qu'elles échangent leurs places. Elle ne doit rien dire, elle ne doit laisser personne savoir. Faire comme si de rien n'était. Évidemment, elle fait de son mieux. Tout le monde n'est pas dupe mais personne ne pose de question. Heureusement, parce qu'elle aurait bien du mal à mentir avec crédibilité. Pour l'instant elle s'applique, elle respire profondément et elle sourit du mieux qu'elle peut.
On passe à table ; et dieu merci, ses nouveaux parents, désireux de porter la conversation ailleurs que sur le brusque changement d'attitude de leur fille, prennent les choses en main. Elle se concentre sur son assiette et sur les bonnes manières qu'elle doit observer à la règle. Elle les connaît depuis longtemps, sauf qu'avant, si elle se plantait, personne ne le remarquait. Aujourd'hui il y a un nombre assez incroyable de paires d'yeux qui sont tournées vers elle. Autant de paires que de personnes qui n'attendent que de lui tomber dessus au moindre faux pas.
Et puis elle essaie de suivre la conversation, même si elle n'intervient pas. Elle ne comprend pas tout, ça parle politique et influence. Ses yeux passent timidement d'un invité à l'autre, et elle finit par retomber sur toi. Elle croise ton regard et elle se fait violence pour ne pas détourner les yeux immédiatement. Ca fait faible, il paraît. Elle n'est pas censée être faible. Elle n'a plus envie de l'être, plus jamais.


* ~ * ~ * ~ * ~ * ~ * ~ * ~ * ~ *


▬ Décembre 1989
Ton nom, elle a fini par le retenir. Le tien, celui de tous les autres. Mais le tien particulièrement, il lui traîne en tête depuis quelques semaines. Tout le monde en a beaucoup parlé, ces derniers temps. Ton poste au ministère, quel honneur. Mais d'après ce qu'elle entend, personne n'est vraiment surpris. Tu es brillant, talentueux. Excellent sorcier. Tout le monde le dit, ça s'est ancré dans sa petite tête. C'est pour ça qu'elle te regarde comme ça, d'une manière qu'elle pense discrète, depuis le début de ce repas. Elle n'a plus besoin de se concentrer sur le port de sa tête, sur la droiture de son dos, sur la finesse de ses manières. Ca a fini par rentrer. Même son sourire est moins pincé. Elle est dans son élément. A sa place. La sienne.

Et cette place, on la lui a donnée parce que la magie coule dans ses veines aussi sûrement que son hémoglobine. Son sang pur, chargé d'un pouvoir qu'elle ne peut encore maîtriser comme elle le voudrait. Sa troisième année à Poudlard est commencée, elle est rentrée pour les vacances. Elle a déjà beaucoup appris, mais il en reste encore tellement. L'enseignement à l'école, c'est le même pour tout le monde. Et elle ne veut pas être comme les autres. Elle veut être la meilleure, elle veut les surpasser. Ne laisser personne la dépasser. Alors comment t'as fait, toi ? Il a bien fallu que tu sois le meilleur, pour l'avoir, ce poste au ministère. Dis, comment t'as fait pour écraser les autres ?
Est-ce que son regard a un poids ? Elle se pose la question quand tu finis par tourner la tête vers elle, comme si tu l'avais senti. Elle est un peu gênée, une seconde, mais elle note que tu n'as pas franchement l'air surpris. Est-ce que tu avais déjà remarqué qu'elle te suivait du regard depuis que tu es arrivé ? Une voix à sa droite l'interpelle ; elle tourne la tête, s'arrache à tes prunelles d'acier. Un sourire éclatant remplace son air songeur. Il paraît qu'elle joue du violon. Oui, elle joue du violon, et d'ailleurs elle se débrouille à merveilles. Elle est encore surprise de cet intérêt que lui témoignent tous ces gens. Elle se félicite de leur considération, elle s'enhardit de l'estime qu'elle se construit auprès d'eux. Auprès de ses parents, auprès de sa famille, auprès de tous les autres. Et auprès d'elle-même. La femme qui l'a questionnée la remercie, se détourne. Valkyria répond qu'elle l'en prie, dans un sourire ; puis elle glisse un regard vers toi. Auprès de toi ; celui qui a réussi. Auprès de toi, quelle estime est-ce qu'elle peut construire ?

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▬ Juillet 1996
Au début, elle a vraiment cru à une blague. Asphalt. Comment et pourquoi, elle se le demande bien. Quoiqu'au fond elle ne veut sûrement même pas le savoir. T'as juste disjoncté. Ca va pas en ce moment, c'est ça ? Tu perds ton assurance, t'es plus sûr de grand chose. T'as besoin de te prouver ta valeur et pour ça tu joues les nobles chevaliers auprès des demoiselles en détresse ? T'aurais pu trouver mieux comme demoiselle, quand même. Suffit d'ouvrir un peu les yeux. C'est pas faute d'attirer ton attention, pourtant. C'est pas faute de te lancer des sortilèges à la tronche et de redoubler chaque fois un peu plus de ruse et d'acharnement pour te déstabiliser, pour t'atteindre, pour gagner. Elle n'en a jamais été aussi convaincue : te demander à toi, c'était la meilleure décision qu'elle aurait pu prendre. Intouchable. Elle n'a jamais vu un duelliste comme toi. En plusieurs années d'enseignement, pas une fois elle n'a pu t'égratigner, la Dragonstone – elle n'a réussi que beaucoup plus récemment – ; et pourtant Merlin sait qu'elle a essayé. Qu'elle a appliqué à la lettre tous les conseils que tu lui as donnés, qu'elle s'est pliée en quatre, en huit, en seize ; qu'elle s'est entraînée de son côté à lancer les sortilèges, à maîtriser son pouvoir, à contrôler sa concentration, les battements de son cœur, sa respiration. Tout tourné vers l'ennemi, tout tourné vers la cible. Les techniques de déstabilisation, les enchaînements de sorts offensifs, la défense toujours maintenue, la contre-attaque au bord de la baguette à chaque instant. Elle a tout appliqué, elle a tout fait, elle a essayé de toutes ses forces, mais ce n'est que quand elle s'est décidée à s'écarter un peu de l'application scolaire de tes enseignements qu'elle a réussi. Tu lui donnais les clés, et elle te les rebalançait à la figure en espérant te toucher si elle visait juste, au lieu d'ouvrir la porte qu'elles déverrouillaient. Un duel ce n'est pas qu'un enchaînement de sorts. On se bat avec sa tête avant de se battre avec sa baguette. Ce n'est pas faute de t'avoir entendu le lui répéter.

Il faut dire que sa baguette en aubépine lui en a fait voir de toutes les couleurs, ça n'a pas été facile les premiers temps. Elle avait l'impression de se battre autant avec sa propre arme qu'avec toi. Véritable personnalité à part entière, la baguette modulait la puissance et la précision des sortilèges selon son bon vouloir ; allant jusqu'à faire montre d'une volonté propre à certains moments plus que gênants. Combien de fois la jeune femme s'est-elle relevée, grimaçante ou ensanglantée, après avoir reçu un sortilège dont elle se serait largement protégée si le protego n'avait pas tout simplement refusé de se lancer ? D'ailleurs elle est à peu près certaine que toi aussi, ça t'a surpris, parfois. Même si tu t'en es toujours protégé, ça ne t'a sûrement pas empêché de constater que la violence de l'attaque qui s'écrasait sur ton bouclier n'avait rien à voir avec la puissance habituelle d'un sort lancé par une gamine de quatorze ans. La gamine en question d'ailleurs était tout aussi surprise que toi, secouée par un pouvoir qu'elle ne savait pas encore maîtriser. A l'époque. Les temps ont changé. Aujourd'hui elle sait comment contrôler sa magie ; tu lui as appris. Aujourd'hui elle sait utiliser ton enseignement à bon escient, aujourd'hui elle sait faire corps avec sa baguette. Elle est devenue redoutable. C'est grâce à toi. Et pendant les quelques dernières cours que tu lui as donnés, elle a vu qu'elle y était arrivée. T'as peut-être pas fait exprès, mais la façon dont tu l'as regardée après qu'elle t'a collé ce sort dans les genoux, celui que t'as pas eu le temps de voir venir, ça voulait dire tellement. Ca ressemblait à de l'estime. De la vraie considération. Peut-être qu'elle se plante, mais elle en est convaincue. Si tu savais comme elle est fière.

Le cours d'aujourd'hui, elle l'attendait avec impatience. C'était avant d'apprendre pour Asphalt et toi. Elle ne sait pas d'où ça sort, une histoire pareille. Elle ne comprend toujours pas comment, ni pourquoi. Mais elle est amère et ça lui noue la gorge plus sûrement que si elle avait eu un strangulot d'accroché autour du cou. Pourquoi Asphalt ? Qu'est-ce qu'elle a que Valkyria n'a pas ? Rien. Elles sont pareilles toutes les deux ; juste le nom qui est différent. Par contre Visenya vaut cent fois plus. A cent fois plus à donner. Cent fois plus à montrer. Elle a été à la hauteur de tout ce que Asphalt ne sera jamais et toi, toi tu t'en vas la chercher elle, alors même qu'enfin, la seule digne Dragonstone arrachait ton intérêt, ton estime. Peut-être même un peu d'admiration ? Elle n'a pas osé le croire ; elle n'en a pas eu le temps. L'espérer de ta part, après toute celle qu'elle t'a portée – et qu'elle te porte encore, malgré tes élans douteux – , ça aurait été une forme de petite consécration. Il n'y en a pas beaucoup qui lui ont refusé leur considération depuis qu'elle est devenue celle que sa cousine n'aurait jamais pu être. Toi, elle a dû se battre pour obtenir la tienne. Au final, cette lutte pour devenir puissante, c'était pas juste pour elle, c'était pas juste pour sa famille. C'était un peu pour toi aussi. T'as pas le droit de lui reprendre ça en préférant Asphalt, pour quelque raison que ce soit. Cette moins que rien ne la dépasse en rien. Elle vaut moins, partout, pour tout. Peu importe ce qu'il faudra pour qu'elle te le prouve ; elle te laissera pas la préférer.

Alors elle est déjà là, quand tu arrives dans la grande salle d'entraînement dans laquelle vous avez élu domicile au moins un soir par semaine quand vous étiez disponibles tous les deux. Dans un coin tranquille du Londres moldu, un endroit où personne ne vient jamais ; parce que c'est important que personne ne sache que vous vous voyez, évidemment. Encore plus maintenant, elle se dit, toujours plus amère. Le passage pour accéder à la salle se trouve en bas d'un petit escalier supposé conduire au sous-sol d'un gymnase. Il suffit de pousser la porte de gauche, celle sur laquelle il est écrit « tirez » et qui se bloque le cas échéant pour toute personne qui ne serait pas dotée de pouvoir magique. Valkyria s'est plusieurs fois demandé ce qui se passerait si sa cousine essayait de pousser cette porte, mais elle n'a bien sûr jamais songé à amener Asphalt ici pour lui faire tenter l'expérience. Pour les vrais sorciers, en tout cas, la pièce qui se dessine est en tous points la même que celle de l'étage supérieur : une salle de gymnastique avec ses poutres et ses anneaux, ses tapis amortisseurs, ses barres parallèles. Autant de matériel qui n'a jamais servi que de cibles d'entraînements ; ou encore de perchoir, comme aujourd'hui, tandis qu'elle attend que tu arrives. Juchée sur l'une des poutres, elle te regarde entrer sans l'ombre d'une expression sur le visage. D'habitude elle est enthousiaste à l'idée de ces entraînements ; encore plus depuis qu'elle arrive à donner réellement le change. Cette fois, l'amertume l'étouffe si sûrement que tu dois pouvoir le sentir alors qu'elle n'a même pas encore ouvert la bouche. Pas question de se laisser atteindre comme ça, pourtant. Elle n'a jamais eu besoin de réclamer de l'attention pour l'obtenir et ce n'est pas aujourd'hui que ça va commencer. Tu devrais bien te rendre compte tout seul que des deux cousines, ton choix s'est pas porté sur la bonne. Elle te regarde sans un mot, sans faire même semblant de vouloir descendre de son perchoir. Elle t'attend, comme si en arrivant le second tu lui devais quelque chose. C'est toi le maître, mais c'est elle la Dragonstone. La parfaite Dragonstone ; et tu dois bien pouvoir faire montre de respect et de considération auprès de celle que tu as rendue plus digne de son nom que ne le sera jamais la pauvre ratée sur qui tu as jeté ton dévolu.
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HOMINUM REVELIO ϟ
Statut du sang : PurMessages : 242Date d'inscription : 07/02/2016Localisation : Domovoï's Rock.
Ҩ Re: You gotta get up, and try || Adonyria Ҩ Lun 18 Avr - 23:10

you gotta get up and try
Ever worry that it might be ruined, and does it make you wanna cry? When you're out there doing what you're doing, are you just getting by? Tell me are you just getting by? ▽ ADONYRIA


▽ Décembre 1989

Dans ce monde où rien ne change, on assiste toujours aux mêmes parades. C'était ce qu'il se répétait en boucle depuis son arrivée - tardive, bien comme il fallait. Il s'était excusé pour les désagréments causés par son retard, mais il était inutile de fournir une explication ; ils savaient. Il avait été repéré. Son futur poste au ministère lui conférerait un prestige capable de faire jaser toute l'assemblée. A la seconde où il avait fait son apparition dans la pièce, les visages s'étaient tournés vers lui, à demi camouflés derrière les mains couvrant une bouche qui murmurait déjà son nom. Sa gloire. Ils louaient son succès, s'émerveillaient de son statut social. Mais le véritable défi était de laisser planer le doute, parce qu'un garçon autrefois si gauche et si peu prometteur ne pouvait pas briller à tout jamais. Tôt ou tard, il redeviendrait poussières, sa belle gueule sous des kilomètres de terre. Un usurpateur, disaient les uns. Une étoile filante, prétendaient les autres. Une belle bande d'hypocrites.
Adonis s'efforçait de sourire pour masquer la lassitude qui s'était entassée dans son regard au fil des années. Il se fichait pas mal qu'ils s’étouffent dans leur jalousie, ce n'était pas son problème. Il n'en serait jamais arrivé là où il se situait à présent si il s'était inquiété de leurs opinions. Il avait réussi pour lui, pas pour ces serpents. Que leurs langues ondulent, qu'ils crachent, qu'ils persifflent ; Adonis savait ce qu'il valait, et il valait mieux que ça.

Alors au départ, il avait pensé que ce serait encore la même histoire. Ce regard qui lui léchait l'échine lorsqu'il lui tournait le dos, qui se glissait sous sa peau, sous les os. Comme si cette gamine voulait inciser la chair d'un geste bien précis sous la jugulaire, pour se fondre à l'intérieur de la veine et remonter jusqu'à sa boîte crânienne. Là-bas, tout disséquer, retourner, saccager. Juste par curiosité, juste pour voir ce qui se passait dans l'encéphale de cet homme imposant. Comment avait-il fait? Pourquoi lui, pourquoi pas moi? Dis-moi comment, dis-moi pourquoi. La petite fille suppliait de ses grands yeux pétillants, elle revenait le chercher dès que le contact était brisé. Quelque chose dans son regard rappelait l'urgence, la nécessité. A croire qu'elle pourrait en crever. Quelque chose dans son regard lui intimait que ce n'était pas la même histoire.
Soudain, quelqu'un interpella la gamine. Adonis ricana lorsqu'il entendit retentir les syllabes vrombissantes de son nom de famille. Il tenta de disparaître, de s'extraire de son champs de vision. Quelques instants, il sentit la présence acharnée de la Dragonstone le quitter. Mais les gosses n'abandonnaient jamais avant d'avoir eu gain de cause, pas vrai? Hier encore, le métamorphomage connaissait toutes les astuces de l'enfance. Il se laissait encore imprégner par tous les vices de l'adolescence. Elle ne le dupait pas. Mutin, il l'observa scruter la salle à sa recherche, sans doute. Il s'approcha d'elle à pas de loup, il n'était pas certain de deviner ses intentions. « Miss Dragonstone, dit-il sur un ton courtois. » Elle tressaillit faiblement, tourna délicatement la tête mais pas assez pour l'inspecter comme à son habitude. Il prit place sur la chaise voisine, toujours très calme. Elle demeurait silencieuse, comme une enfant capricieuse qui changeait d'avis après avoir eu ce qu'elle voulait. « Votre insistance a eu raison de ma patience, et il serait dommage  d'en abuser plus que de raison. » Elle était haute comme trois pommes mais gonflée d'audace.


▽ Août 1990

On ne faisait pas perdre son temps à un Greengrass. Le vieillard l'avait bien compris lorsqu'il avait intercepté le regard trop lisse, trop courtois d'Adonis. Ses gestes s'étaient accélérés, les ingrédients commandés la semaine dernière par ce jeune homme aux allures de ministre glissèrent avec délicatesse dans un petit sac en cuir. Le vendeur lui tendit ce dernier et sembla surpris de recevoir des remerciements. Pourtant, l'Anglais était un homme tout à fait charmant. Il disait merci, après vous, oh mais je vous en prie ; tout le plaisir est pour moi. Il prononçait énormément de mots qui ne voulaient pas dire grand chose. Dans sa profession, c'était une immense qualité. Dans la vie de tous les jours, c'était ce que l'on pouvait qualifier d'anesthésie émotionnelle. Mais il cachait si bien ses troubles qu'il était le seul à les voir. Adonis se déchirait dans le noir, quand personne ne regardait. Il se cabrait, se contorsionnait ; qu'est-ce que ça signifiait?
Depuis quelques temps, il était salement perturbé par un cancer qui lui rongeait le cerveau, bon sang, mais il ne pouvait pas être mal dans sa peau. Il ne pouvait pas. L'apogée de sa gloire, c'était maintenant. Il possédait tout ce qu'il avait toujours voulu, il était devenu meilleur que ceux qu'il enviait. Alors pourquoi gronder, rugir? Pourquoi cette rage ne le quittait-elle jamais? Pourquoi sa mère refusait-elle de le libérer de son horrible fardeau? Ce n'était qu'une infâme obsession, une énigme dont la réponse n'était qu'un simple nom. Mais il était Greengrass sur le papier, alors il disait merci, après vous, oh mais je vous en prie. Et ça n'avait aucun sens.

Quand il sortit de la boutique ce jour-là, il lui sembla que même la chaleur écrasante de cette journée d'été ne suffisait pas à le réchauffer. Son âme était glacée. Déconnecté de la réalité, il fit quelques pas dans l'Allée des Embrumes quand un cri lui vrilla les tympans. Par réflexe, il en chercha la source. Avec une certaine surprise mais sans aucun intérêt, il reconnut la tignasse emblématique de la Dragonstone. Sans plus de cérémonie, il passa son chemin. Il l'aurait laissée pourrir sur place au milieu de cette bande de crapules sans coeur si elle n'avait pas hurlé son nom comme un chiot apeuré. Pathétique. Elle ne méritait que son indifférence. Quoique même ça, c'était déjà trop.


▽ Juillet 1996

Trop vide, trop atrophié. Il ne ressentait rien d'autre qu'une violente envie de s’agrafer à son corps, à sa peau. De voyager entre ses cuisses chaudes et puis plus rien. Le reste ne l'intéressait pas. Il était malade, à n'en pas douter. Si jusqu'à présent, ses pulsions macabres se mourraient encore sous les sourires d'un Adonis des plus convaincants, désormais c'était son alter-ego qui prenait le dessus. Enfoui en lui, mais jamais très loin de la surface. Il avait besoin d'exploser, de tailler en pièces ce monde auquel il n'appartenait jamais complètement, peu importait son nom. Il était incomplet, et peut-être était-ce ce qui lui plaisait avec Asphalt. Parce qu'elle non plus, elle n'était pas entière. D'ailleurs sans lui, elle n'était rien. Il la faisait exister, elle chassait la douleur l'espace de quelques souffles saccadés. Un payement pour service rendu. Il ne lui mentait jamais, il ne lui disait pas qu'il l'aimait parce que c'était faux. Il n'était pas certain d'en être capable. Absolument pas en ce moment, probablement jamais. Il était malade.
Asphalt lui injectait du botox plein le coeur. Elle avait le mérite de lui faire croire qu'il était vivant. Peut-être pas humain, parce que personne n'avait le droit de traiter une femme de cette manière. Mais ce n'était pas sa faute, ça lui venait naturellement. Et parfois, elle avait beau tout essayer, s'aplatir sous ses pieds, elle ne parvenait pas à éloigner les nuages dans son regard terne. Aujourd'hui, c'était une de ces journées-là. Quand rien ne se passe comme prévu. Qu'est-ce qu'il pouvait avoir horreur de ça.

Il n'était pas encore entré dans la salle d'entraînement qu'il devinait déjà qu'il avait vu juste. C'était une de ces journées-là. Il franchit la porte, l'air indéchiffrable. Valkyria l'attendait, installée sur une poutre. Son silence faisait trembler toute la pièce. L'expression de son visage semblait fermée, impénétrable. Elle avait la haine de lui, la haine de tout, perchée sur son trône bancal. La possibilité qu'il soit la cause de son agacement ne l'effleura même pas, il connaissait le tempérament de la Dragonstone.
Depuis le premier jour, il savait que leurs rencontres provoqueraient des séismes, et parfois même des raz-de-marées. Ils s'entrechoquaient, sans cesse. Il avait pensé que jamais ils ne seraient en symbiose, mais il s'était trompé. Même si de temps en temps, il lui transperçait l'égo d'une lame bien tranchante ; elle n'était bonne à rien, elle lui faisait perdre son temps. Elle n'apprendrait jamais rien. A chaque fois, elle lui prouvait qu'il pouvait faire quelque chose d'elle, qu'il pouvait la transformer en guerrière. En quelqu'un comme lui. Il était forcé d'admettre qu'elle avait raison, elle avait du potentiel. Bien sûr, il se gardait bien de le lui dire. Cela ne devait pas être d'une utilité très transparente, il savait qu'elle avait ressenti un changement entre eux. Une étincelle. Pour elle ; une lueur d'espoir. Elle se coupait en quatre pour satisfaire ses exigences. Elle se tailladait la chair, l'estime, la détermination ; mais toujours avec la même motivation transcendante.
Mais pas cette fois. Elle restait immobile, alors enfin, il lui accorda des miettes de son attention. « J'ai connu plus enthousiaste comme accueil. Où sont les cris de joie et la fanfare? » Etouffés sous des tonnes de rancoeur. Le regard glacial de Valkyria lui brûlait la peau. Elle semblait si neutre, si distante. A cet instant précis, il ne put s'empêcher d'éprouver une certaine fierté face à son élève. L'évidence lui sauta aux yeux, frappante, intense. Il l'avait façonnée à son image.

acidbrain

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Welcome to my world of fun
If it feels good, tastes good, it must be mine. Heroes always get remembered but you know legends never die. And if you don't know now you know, I'm taking back the crown. I'm all dressed up and naked. I see what's mine and take it. The crown, so close I can taste it.




Dernière édition par Mordred A. Dolohov le Jeu 14 Juil - 21:29, édité 1 fois
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Statut du sang : Plus pur que le cristalMessages : 343Date d'inscription : 05/04/2016Localisation : Domovoï's Rock, cachée dans un coin
Ҩ Re: You gotta get up, and try || Adonyria Ҩ Mer 27 Avr - 16:25

▬ Décembre 1989
Disparu. Une demie seconde d'inattention, et tu t'es évaporé. Agacée, elle scrute la salle emplie de tout ce beau monde, sans prêter attention à ses voisins qui finalement se lèvent dans une excuse pour rejoindre l'un des groupes de discussions qui commencent à se former dans la pièce. Un instant, elle s'amuse à réciter les noms des visages qu'elle croise, juste pour vérifier, juste pour voir qu'elle a bien pris le pli qu'on attendait, qu'elle est bien devenue comme il faut. Ils sont tous fiers d'elle, ils l'estiment tous. Ils l'aiment tous. Presque tous. Greengrass, où es-tu ? Exaspérée, elle se retient pourtant de tapoter la table du bout des doigts. Trop bien élevée pour ça. Tu t'es quand même pas envolé, si ? Et quand bien même, de toute façon, qu'est-ce que ça lui apporte de te regarder comme ça ? Ce n'est pas comme si elle allait pouvoir te livrer ses angoisses et ses espoirs. Ce n'est pas comme si tu en avais quoi que ce soit à faire, suppose-t-elle. Mais c'est exaspérant. Pourquoi est-ce que tu lui refuses ton estime ? Oh, ce n'est pas comme si tu l'affichais clairement, mais elle se rend bien compte que tu ne la considères pas beaucoup. Pour la simple et bonne raison que tu es l'une des rares personnes dans son entourage qu'elle admire, réellement et secrètement. Lequel est la cause, et lequel l'effet, c'est une question beaucoup trop discrète pour une jeune adolescente comme elle ; elle ne se la pose même pas. Tout ce qu'elle sait, c'est que la personne qu'elle admire le plus dans cette assemblée d'aristocrates la prend sûrement pour une gamine fragile et écervelée. Et ça, elle n'a pas envie de l'accepter. Mais est-ce qu'elle a seulement le choix ?

« Miss Dragonstone. » Elle se raidit, se déteste intérieurement d'avoir tressailli aussi perceptiblement. Lentement, elle tourne la tête vers toi, sans oser te dévisager comme elle le faisait jusqu'à présent. Peut-être qu'elle ne se rend compte qu'à ce moment là d'à quel point c'était indiscret. Et légèrement déplacé, aussi. « Monsieur Greengrass », fait-elle de sa voix la moins étranglée possible, tandis que tu t'assois sur la chaise voisine. A ce moment précis, elle décide qu'elle déteste être prise par surprise. « Votre insistance a eu raison de ma patience, et il serait dommage  d'en abuser plus que de raison. » Elle inspire silencieusement, pour remplir à fond ses poumons aussi discrètement que possible, en espérant que ça redonne à son palpitant un rythme un peu plus normal. Elle ne sait pas trop quel mot utiliser pour dire à quel point elle est impressionnée, là, tout de suite. De toute façon, elle n'a pas vraiment l'intention de le dire, ni de le montrer. Relevant légèrement le menton, elle dessine un petit sourire sur ses lèvres pour te demander « Est-ce que je dois comprendre que vous avez mieux à faire, dans l'immédiat ? » Elle croise les doigts pour que tu ne prennes pas mal cette impertinence, bien qu'elle ne pense pas se tromper complètement. Peut-être que c'est l'avantage d'avoir passé dix ans à servir de paillasson à tous ces gens. Elle a longtemps été celle à qui ils ne se donnaient pas la peine de sourire ; qu'ils ne regardaient même pas. Celle qui les voyait quand, alors qu'ils n'avaient plus personne à qui présenter un air charmant, ils laissaient s'échapper un soupir ou une grimace, qui disparaissait derrière le plus beau des sourires hypocrites à la moindre apparition d'une personne dans leur champ de vision. Une personne qui soit un peu plus digne d'intérêt que le petit paillasson Dragonstone. En tout cas elle n'avait jamais eu l'occasion de te voir, toi, dans ce genre de moments. Parce que la première fois qu'elle t'a vu, elle avait déjà la couronne sur la tête – ou presque. Non, elle ne se dit pas encore que si les gens sont hypocrites entre eux, ils le sont aussi avec elle. Ca viendra plus tard. En tout cas, même si elle ne te voit pas, elle est à peu près convaincue que ça doit t'arriver aussi. Qu'au final tu t'ennuies autant que tout le monde dans les banquets comme ceux-là. « Vous n'êtes pas sans savoir que votre nom est sur toutes les lèvres. Ma curiosité n'est-elle pas justifiée ? » Comment t'as fait. Pourquoi ils en sont là, comment elle en est là, presque béate d'admiration alors qu'elle ne te connaît même pas. Comment t'as fait.


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▬ Août 1990
Ca fait quelques ruelles qu'ils la suivent, maintenant. Et quelque chose ne va pas. Ils étaient trois, et ils ne sont plus que deux. Ca commence à l'inquiéter sérieusement. Pourquoi est-ce qu'elle est là, déjà ? Elle n'avait vraiment rien de mieux à faire de ses vacances que venir se perdre dans l'Allée des Embrumes. Besoin d'ingrédients, une potion, un truc. Elle ne sait plus, l'angoisse lui engourdit le cerveau. Elle s'occupe plutôt de chercher un moyen de retourner vers le chemin de traverse ; il faudrait qu'elle fasse demi-tour, elle en est à peu près certaine, mais les ricanements des types derrière elle l'en dissuadent. Alors elle s'enfonce un peu plus loin dans les ruelles sombres, parce qu'elle ne peut pas non plus s'arrêter et rester en place. Elle s'est fait coincer, comme une bête. Plus elle avance et plus elle les entend se rapprocher. Ses mains sont moites. Sa baguette est dans sa poche mais elle sait déjà qu'elle ne réussirait pas à s'en servir correctement. Elle a trop peur. Elle ne saurait pas quoi faire, pas quelle formule prononcer, pas … inspirer, expirer. Il faut qu'elle se calme. Mais ça ressemble à une partie de chasse. Comment on se calme quand on a l'impression d'être traquée comme un animal ? Son impuissance la torture alors qu'elle se regarde foncer dans le piège sans pouvoir rien faire d'autre. Faible gamine qu'elle est.
Soudain, quelqu'un surgit face à elle. Silhouette sombre, démarche nonchalante ; elle distingue un sourire carnassier sur son visage. Bon sang, c'est le troisième type. Ses pas ralentissent distinctement ; elle tourne la tête derrière elle, pour constater que les deux autres sont évidemment toujours là. Et qu'ils se rapprochent toujours. L'un d'entre eux l'interpelle. Elle ferme les yeux un instant, se force à respirer profondément pour ne pas céder à la panique qui lui tord les entrailles. Elle tremble ; serre les poings. Sa baguette ; elle est là. Pas loin. Elle devrait bien être capable de s'en servir, quand même ; trois ans à Poudlard, c'est pas pour faire joli. Jolie ; ma jolie, c'est comme ça qu'il vient de l'appeler, le type derrière. Son cœur s'écrase contre sa cage thoracique à chaque battement. Ca devient douloureux. Mais à quel point ça fait mal comparé à ce qu'ils vont lui faire au juste ? Elle serre plus fort les paupières pour freiner les larmes qui lui montent immédiatement aux yeux à cette pensée. Pauvre gamine. Faible. Un mouvement près d'elle ; elle sursaute, rouvre les yeux, se traite intérieurement d'idiote, parce qu'à quoi elle pensait, on ferme pas les yeux comme ça dans une situation si dangereuse ; on fait face, on dégaine sa baguette, on essaie. Quelques pas sur le côté pour les avoir tous les trois face à elle ; le mur lui fait obstacle, dans son dos. Erreur. Encore. Les autres ricanent ; elle passe une main dans la poche de sa veste, ferme le poing sur le bois. Et quel bois ; de toute façon il lui fait toujours faux bond. Elle n'arrive pas à faire ce qu'elle veut de sa magie à la moindre contrariété ; c'est comme si l'arme refusait de lui obéir. Aujourd'hui elle en a besoin. Il faut qu'elle y croie, au moins. Levant l'aubépine devant elle, la jeune fille lâche un faible « N'approchez pas. » qui fait ricaner de plus belle ses agresseurs. Ils lui parlent encore ; elle veut fermer les yeux comme si ça allait l'empêcher de les entendre, mais elle n'ose plus les lâcher du regard. Ce serait la dernière des conneries à faire. Ils s'approchent toujours et elle tremble de tous ses membres, elle ne peut plus rien dire, elle se déteste de ne rien faire. Elle veut raffermir sa prise sur son arme et la baguette manque lui glisser des mains. Ses lèvres se pincent, retenant le gémissement désespéré qu'elle voudrait lâcher. La seconde d'après, l'un des types s'approche brusquement et lui saisit le bras. Le cri s'échappe, sans qu'elle y pense ; elle a peur, elle essaie de se débattre. Sa baguette est tombée sur le sol. Elle ne s'en est même pas servie. Quelque chose passe dans la rue, pas très loin, faisant se retourner deux des agresseurs. Elle se raccroche à la lueur d'espoir ; elle veut voir. Et c'est toi qu'elle voit.  « Greengrass... » Tu la regardes ; tu l'as reconnue, pas vraie ? Tu vas intervenir, n'est-ce pas ? Tu vas quand même pas la laisser là ?! La panique la reprend aussi subitement ; les trois crapules semblent soulagée que tu passes ton chemin ; ils voulaient pas d'emmerdes, après tout. « ADONIS ! » elle appelle, en dernier recours. Non, elle ne se dit pas que c'est pathétique, là, tout de suite. Elle se dit que si t'interviens pas, elle veut pas savoir ce qui va se passer, même si elle le sait déjà. Elle se dit juste que ; le mec lui fait mal, il resserre sa prise sur son bras, il attrape son autre poignet, même si elle se débat, même si elle lui fout des coups de pieds comme elle peut, même si elle gémit sans le faire exprès, parce qu'elle meurt de peur, parce qu'il la répugne, parce qu'elle ne sait plus quoi faire. Elle t'a perdu de vue. T'es pas parti, hein ? Tu l'as pas laissée là ?


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▬ Juillet 1996
Comme d'habitude, tu prends ton temps pour lui accorder un peu d'attention. Elle ne s'en formalise pas. En fait, elle ne pensait plus pouvoir se formaliser de grand chose, venant de toi ; autant dire que cette histoire avec Asphalt l'a complètement prise par surprise. Aujourd'hui, avec le recul, elle se dit que cette admiration qu'elle t'a portée était peut-être justement due au fait que tu la considères si peu. Personne n'avait le droit de la faire se sentir aussi insignifiante qu'avant. Personne. Et toi, tu l'as fait quand même. Elle a voulu que ça change ; et le moyen que tu lui as indiqué, il servait précisément les objectifs qu'elle se donnait. D'une pierre deux coups, donc : elle gagnait ton estime, et elle devenait puissante. Elle n'avait pas du tout prévu que ce serait aussi difficile. Personne n'a jamais su lui faire à ce point sentir qu'elle était misérable, depuis son changement d'identité. Pourtant, tu n'en sais rien, de ça, elle pense. T'as jamais su, pas vrai ? Tu sais peut-être, maintenant qu'il y a Asphalt. Ca ne change pas grand chose. Elle t'en a énormément voulu, de faire resurgir autant de vieux démons, autant de peurs qu'elle avait fini par repousser. Elle a même réussi à te croire, parfois. Bonne à rien. Ca la décourageait ; heureusement que sa détermination à te prouver le contraire a toujours pu reprendre le dessus. Elle a eu raison d'y croire ; elle t'a forcé à le croire aussi. Elle pensait avoir réussi. Tout ça pour qu'au final, tu lui préfères Asphalt. Ce n'est pas vraiment de la jalousie, elle croit. De l'incompréhension, surtout. Ca fait des années qu'elle se bat pour que tu la regardes comme autre chose que la pauvre gamine apeurée que t'as aidée dans l'Allée des Embrumes ; comme quelqu'un qui mérite ton attention, ton temps, ton estime. Et Asphalt qu'est-ce qu'elle a fait pour avoir tout ça ? Sa cousine n'a rien de mieux qu'elle. Rien. Alors oui, ça la fout en rogne de se faire doubler par quelqu'un qui n'est même pas capable de produire de la magie. Quoi de plus normal. « J'ai connu plus enthousiaste comme accueil. Où sont les cris de joie et la fanfare? »

Elle te toise toujours depuis son perchoir ; relève légèrement plus le menton avant de répondre froidement. « Si t'es venu pour ça, on s'est mal entendus sur les termes du contrat. » Le contrat. Le serment. Elle retient un soupir ; elle se laisse un peu trop l'oublier, celui-là. « Je crois pas que t'aies besoin de moi pour ça, de toute façon. Tu sais très bien t'entourer de gens assez insignifiants qui sauront te donner toute l'admiration que tu veux. » Elle la première, fut un temps. Ca a changé, depuis. Pour l'insignifiance, en tout cas. L'admiration, elle ne sait plus trop ce qu'il en est. Ca a évolué au fil des années, et elle a soigneusement évité de se poser la question. La vérité, c'est sûrement qu'elle a simplement arrêté de prêter attention à ce qu'elle pensait de toi, pour se concentrer exclusivement sur ce que toi, tu pensais d'elle. Ca avait pris toute l'importance.
Elle saute soudain de sa poutre, accrochée à bouts de bras, avant de se laisser tomber et d'atterrir souplement sur le sol, à quelques mètres de toi. Sa main droite passe derrière sa taille, elle y récupère sa baguette, à sa place dans son étui. C'est bien pour ça que vous vous voyez, non ? Valkyria n'a même pas tellement envie d'en parler. Pour entendre quoi, de toute façon. Elle n'argumentera pas pour te prouver qu'elle mérite mieux que sa chère cousine. Pas avec des mots, en tout cas. Elle n'a pas besoin de ça pour te faire comprendre que t'as pas fait le bon choix.
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Ҩ Re: You gotta get up, and try || Adonyria Ҩ Ven 15 Juil - 1:12

you gotta get up and try
Ever worry that it might be ruined, and does it make you wanna cry? When you're out there doing what you're doing, are you just getting by? Tell me are you just getting by? ▽ ADONYRIA


▽ Décembre 1989

Le vacarme avoisinant semblait comme étouffé dans leur silence. Les êtres sans visage avaient disparu. Il ne restait plus que cette petite fille dont les traits s'imprégnaient doucement dans sa mémoire. Elle avait un air perspicace renforcé par le pli sévère de ses lèvres, un air d'enfant plongé trop tôt dans le monde des grands. Elle essayait probablement encore de ne pas se noyer. Amputée de sa jeunesse, la fillette scrutait les adultes en prétendant ne rien comprendre aux lois de leur univers. Pourtant elle savait. Dans son regard franc, Adonis pouvait lire à la fois toute l'ardeur de sa détermination et tout le mépris qu'elle s'efforçait de taire. Elle voulait les rejoindre de l'autre côté de la rive mais leur hypocrisie lui donnait envie de vomir ses tripes. L'innocence ternie de la Dragonstone aurait dû tous les obliger à reposer les masques, sonner le glas. Seulement ils se fichaient pas mal des existences brisées sous les talons aiguilles, puisque tôt ou tard elle suivrait le même chemin. Au fond, dans cette mascarade, on retrouvait beaucoup d'enfants à l'identité mutilée, taillée pour rentrer dans les normes. Ces enfants avaient grandi et puis ils avaient répété l'éternel schéma en criant vengeance. C'était ça, le cycle de la vie mondaine.
La jeune fille n'était pas vraiment différente des autres mais elle n'était pas tout à fait la même non plus. C'était visible partout en elle, de sa façon malicieuse de sourire jusqu'à son expression savamment travaillée. Elle maintenait tout sous contrôle. « Est-ce que je dois comprendre que vous avez mieux à faire, dans l'immédiat ? » Les doigts croisés, bien comme il fallait. Sa posture lui demandait presque de ne pas lui en vouloir, elle n'avait fait que les imiter. Menton relevé, regard droit. Il ne lui restait plus grand chose à apprendre. Impassible, Adonis planta ses prunelles dans les siennes. La glace de son coeur se propagea jusqu'au bord de ses lèvres retroussées. Son manque d'expression interprétable sembla la rendre songeuse, comme si elle s'attendait à ce qu'il éclate de rire. Ce n'était pas sa faute, il avait grandi avec un handicap. Un don qui l'avait forcé à anesthésier ses émotions. Alors parfois, il devait réfléchir avant d'opter pour la bonne réaction. Il choisissait généralement celle que l'on attendait de lui. Mais quelque chose lui disait que la Dragonstone se fichait des mécanismes sociétaux, elle se croyait au-dessus de cela. Sans doute s'imaginait-elle qu'un nom lui suffirait. Hélas, ce n'est pas parce qu'on n'est pas n'importe qui qu'on peut faire n'importe quoi.  « J'ai toujours mieux à faire, répondit-il sur le même ton. » Pourtant il ne la fustigea pas. Ils jouaient au même jeu. Les adversaires, c'étaient les autres.

Le regard bleuté de l'enfant lui brûlait la peau. Sans ciller, elle reprit. « Vous n'êtes pas sans savoir que votre nom est sur toutes les lèvres. Ma curiosité n'est-elle pas justifiée ? » Il y avait quelque chose de faux sous son air respectueux. Elle se moquait de sa réussite, persuadée qu'il devait y avoir une sorte de formule magique. Un remède miracle pour sauter les étapes, se hisser au sommet en un claquement de doigts. L'urgence de sa voix trahissait son impatience, son admiration calculée, ciblée. Il se fit un plaisir de ne pas lui répondre tout de suite. Enfonçant la couteau dans la plaie, il fit signe à un demi inconnu qui s'empressa de venir le congratuler. Une parade sans intérêt. Le jeune homme ignorait jusqu'à son prénom, ce qu'il mit un point d'honneur à sous-entendre. Cet individu lui trouva toutes les excuses du monde, il devait être incroyablement occupé. Quelqu'un promis à un tel avenir, franchement, il avait d'autres chats à fouetter.
Lorsqu'il repartit, Adonis adressa un fin sourire à la Dragonstone. « Vous voyez, seules les apparences comptent. Ce qu'ils remarquent, ce sont les titres, les noms, les réputations. » Le souffle de la jeune fille s'intensifia. Elle lui accordait une attention bien trop grande pour ce qu'il s'apprêtait à lui dire, car elle s'en doutait forcément. Elle lui semblait intelligente, rusée. « Avant que le Ministère ne me propose ce poste, je n'étais personne pour eux. A peine ce gamin maladroit, doté d'un pouvoir humiliant. » Elle l'écoutait toujours attentivement. « Du jour au lendemain, je suis devenu quelqu'un qu'il fallait respecter. Mais ils se fichent des efforts, des sacrifices. Ils ne tiennent compte que du résultat, dit-il, dédaigneux. » Un serveur s'approcha d'eux, Adonis accepta le verre qu'il lui proposa. Rempli d'acide pour mieux lui faire éclater le foie. « Soit on réussit, soit on échoue. » C'était aussi simple que ça.


▽ Août 1990

« ADONIS ! » Le cri déchira le ciel. Témoignage du supplice de la jeune femme. L'appel avait résonné si fort dans sa cage thoracique, chamboulant l'intérieur pour déceler une once d'humanité. Pas plus qu'une poussière qui se serait glissée dans une faille. Sous sa carapace, le Greengrass se fracassait. Concours de drames dans son âme, et c'était toujours le même qui repartait avec la palme d'or. D'où venait-il, pourquoi ça faisait si mal. Même quelque chose d'anodin, ça faisait toujours déferler les mêmes idées noires dans son esprit. Pourquoi eux, pourquoi pas lui. Où est-ce que le paternel était parti?
Adonis aurait pu passer son chemin, laisser crever la fille de quelqu'un. Pas ses affaires. Où était son père? Celui de la gamine, celui qui existait, qui avait dans les gênes un besoin irrépressible de la protéger. Pourquoi est-ce que ça devait lui retomber sur le coin de la gueule, les responsabilités des autres? Mais Adonis était le genre d'hommes qui venait en aide aux demoiselles en détresse. A ces mêmes harpies qui n'hésiteraient pas à le tailler en pièces. Marcher sur son coeur, histoire de le détruire pour de bon. Il avait encore le goût amer de la trahison de la Lestrange dans la bouche. Le poison qu'elle lui avait injecté ne quitterait jamais vraiment ses veines.

La Dragonstone ne cessait de gémir, larmoyante et pathétique. Elle étouffait dans les bras de son bourreau et elle ne tentait absolument rien, déjà vaincue. Le métamorphomage s'avança vers elle, son aura gigantesque vint s'écraser sur les pourritures qui l'agressaient. Les yeux tombant de leurs orbites, ils semblaient moins confiants. A l'approche du jeune homme, l'un d'entre eux dégaina sa baguette. Rapide mais imprécise, son attaque n'effleura même pas Adonis. Celui-ci leva sa baguette pour répondre à son adversaire, lançant un « Diffindo » qui entailla la chair de sa cible. Ça lui laisserait une vilaine cicatrice sur le torse. Il se serait presque jeté sur lui pour écarter la peau, creuser la plaie. Admirer le sang gicler, tâcher son costume impeccable. « Un problème, messieurs? dit-il en détachant chaque syllabe. » Le plus âgé le reconnut immédiatement, s'empressa d'informer ses complices. Le regard naturellement froid du Greengrass acheva de les dissuader d'aller plus loin. Ils s'enfuirent sans se retourner avant que le métamorphomage n'atteigne l'endroit où se trouvait Visenya. Celle-ci semblait paralysée, propulsée à l'intérieur d'elle-même et bien incapable d'en ressortir. Un oisillon à qui on aurait coupé les ailes. Fragile, à la merci du premier prédateur. Faible.

Adonis chercha son regard, espérant la faire sortir de sa léthargie. Mais Visenya le fixait sans le voir, les yeux légèrement baissés. « Quand on n'est pas capable de se défendre tout seul, on ne fréquente pas des lieux où on aura probablement à le faire. » Sa main voulait s'abattre contre la joue de l'adolescente, pour marquer le coup. Qu'elle retienne la leçon. Non, ce n'était pas lui. Ce n'était même pas à lui de faire ça. Pas son rôle, pas son problème. On ne récolte que ce que l'on sème. Elle l'avait bien mérité, mais c'était terminé. Elle le saurait, pour la prochaine fois. C'était une fille intelligente. Faible, mais intelligente.


▽ Juillet 1996

Toute la violence de son silence se fit ressentir lorsqu'elle redressa le menton. Digne et froide, comme il le lui avait appris. Ne rien montrer, tout garder, collectionner des montagnes de mépris qu'il faudrait nettoyer à la pelle. Détruire l'autre à la pioche. « Si t'es venu pour ça, on s'est mal entendus sur les termes du contrat. » Ne briser la glace que pour ressentir la brûlure. Elle connaissait le refrain par coeur. A force de le côtoyer, elle avait appris à dire juste ce qu'il fallait. Même si il prétendait ne rien entendre, elle savait qu'il était attentif à la moindre virgule. Elle devrait l'ouvrir en deux pour savoir ce qu'il en pensait. Deux requins se disputant un seul territoire. Ça avait toujours été cette salle, leur arène. Mais aujourd'hui, l'attaque visait Mordred. De plein fouet. Quelque chose devait la titiller, quelque chose de profond, d'enfoui sous des couches de fierté.
D'une agilité durement acquise, Visenya descendit de la poutre et lui fit face, son arme à la main. Féroce, son regard le transperça comme le jour de leur première rencontre. S'accrochant à l'épiderme, lui creusant les os. « Je crois pas que t'aies besoin de moi pour ça, de toute façon. Tu sais très bien t'entourer de gens assez insignifiants qui sauront te donner toute l'admiration que tu veux. » Une épine enfoncée dans la moelle, elle avait mal de ne jamais être celle qu'il fallait. Et il aurait voulu lui dire combien il la comprenait, combien ça le bouffait de devoir céder sa place à cette autre que lui. Qu'Avalon lui avait tout pris injustement et que rien de tout cela n'avait de sens. Parce que plus que toutes ces pourritures se vautrant dans le confort de leur statut social, ils avaient mérité leur place. Une place au sommet. Embrassant les astres de la gloire au lieu de les frôler. Il aurait voulu crier qu'ils étaient pareils mais les mots restèrent bloqués dans sa gorge. « Tu dois te tromper de personne. Ce n'est pas moi qui cherche à impressionner une famille qui m'empoisonne. Valkyria. » Il s'approcha d'elle, baguette levée. Un vertige et il retomba des années en arrière, face à une gamine effrayée dans l'Allée des Embrumes. Aujourd'hui, il ne restait plus grand chose de cette petite fille-là. C'était l'oeuvre de six ans de sa vie qu'il venait de briser en un seul mot. Une vérité vrombissante, destructrice.

acidbrain

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Welcome to my world of fun
If it feels good, tastes good, it must be mine. Heroes always get remembered but you know legends never die. And if you don't know now you know, I'm taking back the crown. I'm all dressed up and naked. I see what's mine and take it. The crown, so close I can taste it.


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Ҩ Re: You gotta get up, and try || Adonyria Ҩ Mar 9 Aoû - 18:17

▬ Décembre 1989
« J'ai toujours mieux à faire. » Elle ne répond pas, songeant que c'est sûrement une autre chose qui te différencie de tous les autres convives présents ce soir. Eux n'ont pas grand chose de mieux à faire que de se sourire en minaudant des politesses. Elle n'est pas encore très vieille, la descendante Dragonstone, mais elle sait déjà qu'elle vaudra mieux que ça. Elle ira bien au delà des espérances de ses parents, elle leur montrera qu'elle ne doit pas sa place qu'à la chance qu'elle a eue de naître avec des pouvoirs magiques, mais qu'elle la mérite, plus que quiconque. Ses yeux déjà acérés ne te quittent pas, occupé que tu es à échanger quelques mots avec un invité sans intérêt. Elle sera un peu moins comme eux et un peu plus comme toi. Quelqu'un qu'on admire pour ce qu'il montre et qu'on craint pour ce qu'il ne montre pas.

Tu te tournes à nouveau vers elle, et elle n'a pas bougé d'un cheveux. Elle trouve quelque chose d'un peu moqueur dans la façon dont tu lui souris. Ne deviens pas comme ce pauvre idiot, elle comprend. Elle boit tes paroles comme si elles lui délivraient le plus précieux des conseils, bien qu'en réalité elle en soit déjà arrivée à cette conclusion toute seule. Depuis qu'elle est l’héritière, on lui donne tout sur un plateau d'argent sans qu'elle ait rien eu à faire que sourire d'un air un peu plus lumineux. Elle ne se contentera pas d'être leur potiche bien élevée. Elle méritera tout ce qu'on lui donnera. Parce qu'elle le vaudra.
Du jour au lendemain, grâce au ministère. Seulement le résultat. Elle comprend. Comme ses pouvoirs lui ont permis de prendre la place de sa cousine, tu dois la tienne à l'offre du ministère. Comme toi, elle a été balancée sur le grand échiquier des gens importants par un facteur extérieur. Mais maintenant il ne tient qu'à elle de prendre sa place. Sur un échiquier, il y a une majorité de pions et quelques figures.  « Soit on réussit, soit on échoue. » Elle réussira. Elle sera la Reine. 

* ~ * ~ * ~ * ~ * ~ * ~ * ~ * ~ *

▬ Août 1990
Elle avait de grands espoirs, de grands projets. Une capacité à croire en elle-même dont elle avait presque été surprise. Une foi inébranlable en son avenir, qu'elle avait vu plus brillant que dans ses rêves de petite fille les plus fous. Ca ne peut pas déjà s'arrêter. Pas se finir comme ça.
Elle se demande un peu comment elle a pu se penser capable de grandes choses si elle n'est même pas fichue de se défendre un tant soit peu contre trois malfrats dans une ruelle sombre. Elle n'avait pas vraiment prévu d'être si faible avec une arme entre les mains. Elle n'avait pas imaginé qu'elle pourrait échouer à prendre en main l'avenir qu'elle avait voulu se tracer. Peut-être que finalement elle devrait se contenter de celui qu'on lui avait prévu. C'est toujours mieux  que le premier avenir qu'elle s'est vu dessiner quand elle était enfant. Mais de toute façon il y a peu de chances pour que le moindre avenir s'ouvre encore à elle après aujourd'hui. 

Ses pensées s'alignent presque tranquillement dans son esprit. A l'intérieur, c'est le calme plat. Elle n'a la force de rien. Tout juste de ressentir ; la déception domine, écrase. Ca la prostre un peu plus sous les mains de son agresseur. Elle aurait voulu être capable de mieux.
Valkyria ne saisit pas trop ce qui se passe. Elle a crié ton nom, et le type lui a retourné une gifle avant de plaquer sa main contre sa bouche. Depuis, elle est si profondément coincée à l'intérieur d'elle-même qu'elle a oublié qu'il existe quelque chose ailleurs. Demeure juste la douleur cuisante de l'échec. Un vague dégoût, un violent rejet d'elle-même. Quel avenir peut bien l'attendre, après ça. Elle n'est rien. Rien que les restes de l'illusion d'avoir pu être quelqu'un. Des restes qui d'ailleurs ne vont pas tarder à se faire pulvériser dans l'indifférence la plus totale pour sa personne. Dans le plus grand fiasco pour ce qu'elle a  représenté. C'est peut-être la seule satisfaction qu'elle peut garder ; et encore. Elle n'a pas fait grand chose pour mériter ça.

Il lui faut de longues secondes pour réaliser que c'est terminé. Qu'elle est encore physiquement là, avec tous ses membres et son coeur qui bat. Tant pis. De toute façon elle vient de se pulvériser toute seule.

« Quand on n'est pas capable de se défendre tout seul, on ne fréquente pas des lieux où on aura probablement à le faire. » Elle ne répond pas, n'ose même pas lever vraiment les yeux vers toi. Pourtant ces quelques mots assassins lui insufflent un soupçon de volonté inattendu. Ils ont plongé en elle, percé sa chair pour creuser dans les gravats, en ressortir une once de fierté mourante et lui administrer de plein fouet une gifle dont elle se souviendra longtemps. Elle cligne des yeux, encaisse le coup sans plus pouvoir se défiler. La colère s'agrippe à ce qui lui reste de tripe. Mais qu'est-ce qu'elle peut bien te répondre. Elle sait bien que tu as raison. Qu'elle est beaucoup trop faible pour se défendre. Qu'elle n'y arrivera jamais toute seule. Difficile de prétendre le contraire après ça. Si t'avais pas été là...

« Alors apprends-moi. » Elle murmure, faiblement. Contemplant ses propres paroles comme si elle était surprise de les trouver là, elle s'y accroche brusquement. C'est sa dernière chance, et elle en a bien conscience. Elle ne pourra pas recommencer à vivre comme si de rien n'était après ce qui vient de se passer. Elle ne croit pas un instant que tu accepteras mais si elle n'essaie pas ça, ici et maintenant, elle sait déjà qu'elle n'essaiera plus jamais rien. « Apprends-moi. » Elle répète, fermement, surprise de sa propre audace mais déterminée à la mener au bout. Elle te regarde en puisant dans son désespoir l'intensité de sa détermination. Elle ne veut pas te faire un peu plus pitié ; de toute façon elle est quasiment sûre que tu n'en ressentirais pas. Elle veut juste une chance. Donne-lui juste une petite chance de te prouver qu'elle en est capable, et tu ne le regretteras pas. « Je ne suis pas idiote. J'ai juste besoin d'aide. » Ca lui bouffe l'intérieur, de le reconnaître, d'elle-même à elle-même et encore plus face à toi, mais se voiler la face ne l'aidera plus. Elle a juste besoin d'une petite chance. Une autre, peut-être. Elle en a déjà eu une ; son intuition lui souffle que celle-là ne sera pas gratuite. Mais peu importe. Elle est prête à tout. Elle paiera le prix fort si ça peut lui permettre de briller plus fort que les autres.

* ~ * ~ * ~ * ~ * ~ * ~ * ~ * ~ *

▬ Juillet 1996
Ce regard froid et cet air impassible que tu lui as transmis, il n'y a rien qu'elle haïsse plus en cet instant. Montre-toi, arrête de te planquer. Justifie-toi et explique-lui. Dis-lui pourquoi, maintenant qu'elle sait comment. Elle veut savoir, ça n'a pas de sens. Mais elle est aussi beaucoup trop fière pour te le demander directement. Elle préfère la provocation, ça lui permet de cacher un peu plus les fissures qui craquellent la carapace dont elle était si fière. Maintenant elle voit à quel point c'était des conneries. Elle n'est protégée de rien du tout. C'est juste les autres qui le croient. Seules les apparences comptent. Mais toi tu vois plus loin, hein ? Elle tient encore, donc peut-être que tu ne sais pas à quel point elle est blessée. Elle sait déjà que ça ne va pas tarder. Parce que ses attaques sont directes et que la glace est à peine assez épaisse pour contenir la brûlure qui lui bouffe l'intérieur. Tes mots étaient les bons : Elle a mal de ne jamais être celle qu'il faut. De n'être jamais assez, alors même qu'elle est mille fois plus que celle que tu as choisie.

Pourtant ça semblait suffire aux autres, ça semblait suffire au monde. Ils ne savent même pas tout ce qu'elle a à donner et ils sont comblés par les miettes qu'elle leur laisse. Ce sont tous des idiots, elle n'a pas besoin de leur estime. Ca ne vaut rien parce qu'ils la lui ont donnée avant même qu'elle ait fait quoi que ce soit pour la mériter. C'était comme son dû, l'arrière plan de sa nouvelle vie ; ça allait avec le titre. Ca a été son coup d'envoi ; leur piédestal -le trône de l'Héritière-, ce qu'ils considéraient comme son ultime consécration n'aura été que la première marche de son échelle pour atteindre le sommet. Les autres paliers, elle a dû aller les chercher. Les arracher. Ca ne compte pas, pour eux : ils ont tous oublié Valkyria dès l'instant où elle a commencé à sourire un peu différemment. Ils ne voyaient même pas qu'il était possible de monter encore. Chaque fois qu'elle se hissait un peu plus haut, elle s'éloignait de cette ancienne elle.  Et aujourd'hui elle est presque au sommet. La dernière consécration, c'était à toi de la lui donner. Et au lieu de ça tu l'as offerte à Asphalt. Mais au final, elle oublie presque sa cousine au moment où tu lui réponds. Valkyria.

« Ne m'appelle pas comme ça. » Gronde-t-elle, menaçante. Elle ne se décompose pas. Non, ce n'est plus ce qu'elle fait quand elle est atteinte, maintenant. Elle a été bien entraînée. Elle arrive même à oublier qu'il y a quelque chose à l'intérieur, parfois. Mais cette-fois ça brûle sous sa peau et elle ne peut pas l'ignorer. Pour qui est-ce que tu te prends ? Sa baguette crépite sans qu'elle ait rien demandé. Le brasier fait fondre la glace autant qu'il lui brûle la chair. A une vitesse foudroyante. Elle aurait voulu laisser sa main partir jusqu'à ton visage mais elle sait que ses traits se sont tellement tendus au moment où elle a reçu tes paroles que tu te serais préparé à l'attaque et qu'elle se serait bêtement retrouvée vulnérable. Est-ce que Valkyria aurait réfléchi comme ça ? Tu t'avances, baguette levée ; elle lève la sienne, défiante, le regard brûlant d'une haine qui la ronge peut-être plus encore qu'elle ne te boufferait toi si elle t'atteignait. Elle recule son pied gauche, aligne ses épaules pour se rendre plus difficile à viser. Est-ce que Valkyria aurait su ça ? Est-ce que Valkyria aurait tenu sa baguette avec tant de fermeté ? Est-ce que Valkyria aurait ne serait-ce qu'envisagé être capable de tenir la distance face à toi ? Est-ce qu'elle aurait seulement osé te regarder dans les yeux ? Non. Elle n'était capable de rien de tout ça. Elle n'était capable de rien du tout. 
Tu n'avais pas le droit de faire ça. Tu n'avais pas le droit de prononcer ce nom. De la ramener à tout ce qu'elle hait chez elle-même, de la ramener à ce que plus jamais elle n'aurait voulu être. Devant les autres ; devant toi. Encore moins devant elle-même. Valkyria n'existe plus. Tu n'avais pas le droit de faire ça. 

Elle n'a aucune idée de ce à quoi tu joues mais elle s'en contrefout. Tu n'étais même pas censé connaître cette histoire. Pour qui est-ce que tu te prends. Toujours aussi impassible et froid. Tu pulvérises tout ce qu'elle est devenue et tu n'as même pas la décence de trahir une émotion. Espèce de salaud. Elle se concentre sur ta posture et sur tes gestes ; sur la façon dont tu la suis du regard en replaçant tes appuis au fur et à mesure qu'elle trace un cercle autour de toi. Elle se concentre sur toi pour ne surtout pas écouter le sang qui bat à ses tempes et son coeur qui menace de broyer sa cage thoracique de l'intérieur. Elle cherche une faille dans ta défense même si elle sait déjà qu'elle n'en trouvera pas, seulement pour ne plus voir comment ses propres défenses sont en train de céder à la déferlante de haine et de colère qui s'abat sur elle. Une seconde, c'est le temps qu'il lui faut pour que deux gestes vifs du poignet envoient autant de sortilège droit sur toi ; un au niveau du torse, l'autre au niveau des genoux. Elle s'est immobilisée, attentive à ta réponse, consciente que l'éclat de ses attaques pourrait masquer ta réplique. Pas de geste inutile. Pas de distraction. Elle va te faire ravaler ça. Elle va te montrer à quel point tu te plantes, pour ça aussi.
Les attaques atteignent leur cible ; explosent dans une gerbe d'étincelles qui tombent sur le sol autour de toi. Bien sûr que tu as paré. Et tu ne daignes pas encore répliquer. Elle comprend bien l'intention ; tu ne te sens pas assez menacé pour te battre sérieusement. Ce n'est pas un duel. C'est encore un exercice. L'exercice censé lui montrer comme elle n'est capable de rien.

Valkyria se tord à l'intérieur d'elle ; elle rugit, elle gronde, et Visenya se fait violence pour contrôler encore ses gestes, être précise dans les trois autres attaques qu'elle lance à la volée, reprenant plus vite sa trajectoire circulaire pour te forcer à défendre plusieurs angles à la fois. Elle voudrait penser stratégie mais elle peine à penser tout court. Ses pas la rapprochent de toi, la haine voile son regard, bouche presque son champ de vision comme autant d'angles morts. « Tu n'as pas le droit de jouer à ce jeu-là. Tu ne sais rien de cette fille. Alors retire ça. » Un autre sort, de front ; « Retire ça ! » ; le sortilège suivant arrache une barre parallèle de son socle et l'envoie voler dans ta direction. Cette fois elle a crié. Sa rage fait trembler les murs ; explose à l'intérieur d'elle. Mais elle serre les dents parce qu'elle sait que tu saurais utiliser ça contre elle. Visenya n'est plus la petite gamine terrifiée qu'elle était quand tu l'as prise sous ton aile. Elle a toléré tes coups de couteau pendant des années, elle a tout pris de ton enseignement, même les coups bas, même les humiliations. Elle a toléré de toi des agissements qu'elle n'aurait tolérés de personne d'autre. Mais cette fois tu dépasses les bornes. Personne n'a le droit de ramener Valkyria. Personne et même pas toi.
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Statut du sang : PurMessages : 242Date d'inscription : 07/02/2016Localisation : Domovoï's Rock.
Ҩ Re: You gotta get up, and try || Adonyria Ҩ Ven 7 Avr - 14:33

you gotta get up and try
Ever worry that it might be ruined, and does it make you wanna cry? When you're out there doing what you're doing, are you just getting by? Tell me are you just getting by? ▽ ADONYRIA




▽ Août 1990

La patience d'Adonis s'effritait devant le regard peureux de la gamine. Sous sa carapace de glace, le Greengrass se déchirait, se disloquait. Est-ce qu'il devait rester là, à l'écouter pleurnicher sans un bruit? Est-ce que c'était son devoir à lui? Autrefois, ça ne lui aurait même pas traversé l'esprit de s'en aller comme un voleur, parce qu'avant, il avait un coeur. Un vrai. Mais depuis que tout se mélangeait dans son esprit, il perdait ses valeurs trop lisses, pourtant bien ancrées dans sa chair. Souris, Adonis. Sois poli, Adonis. Et surtout, ne fais pas un seul pas de travers. Trop de formules, trop de chaînes. Toute sa vie il s'était bien comporté et ce n'était que lorsqu'il avait appris à manipuler le système qu'il y avait enfin gagné quelque chose. Il jouait avec des limites qu'il n'aurait jamais osé franchir quelques années plus tôt. Petit clown avec son grand nez rouge et ses cheveux multicolores. Il faisait moins rire depuis qu'il avait troqué son costume d'Arlequin pour un trois pièces élégant, distingué. Ça lui donnait des airs importants. Souvent il se demandait d'où venait ce vide qui le remplissait de l'intérieur, pourquoi ce qu'il avait ne lui suffisait pas. Il voulait sans cesse ce qu'il ne pouvait pas avoir. Des réponses, un maudit savoir. Et en attendant, il se tourmentait dans le noir de son âme. Une part de lui avait envie de s'assurer que la gamine allait bien, mais une part plus grande lui soufflait qu'elle ne méritait même pas qu'il l'ait sauvée. Espèce d'incapable, petite sotte.

Toutefois, Visenya sauta dans le vide à pieds joints. « Alors apprends-moi. » Il ne releva pas. Son temps était trop précieux pour le gaspiller de la sorte. C'était un homme occupé, il avait mieux à faire. Il avait toujours mieux à faire. Comme il ne réagissait pas, elle se répéta. « Apprends-moi. » Un soupir de lassitude s'échappa de ses lèvres. « Non. » Mais elle insista, la peste. « Je ne suis pas idiote, j'ai juste besoin d'aide. » Il planta ses prunelles dans les siennes, distant, trop peu courtois pour un Greengrass. « Permets-moi d'en douter. » Le ton était brutal. Il la considéra du haut de sa tour d'ivoire, et il ne vit absolument rien qui l'impressionnait. Elle ne franchirait jamais les sommets. Elle n'avait pas ce qu'il fallait, ça lui semblait tellement évident qu'il aurait presque pu avoir pitié d'elle s'il était capable d'un tel sentiment. On lui avait ôté cette capacité à compatir quand on l'avait mille fois moqué, mille fois lacéré des griffes cruelles d'insultes qui resteraient gravées en lui. Si c'était de ça dont elle avait besoin, une bonne grosse remise en question, sale et brutale, elle passerait son chemin. Il ne pouvait pas l'aider parce qu'il ne pouvait pas lui vomir dessus toutes les critiques qu'elle avait besoin d'entendre. C'était hallucinant comme elle lui rappelait ce qu'il avait été. Quelqu'un qui avait le courage de vouloir exister, de filer droit, malgré toutes les épines qu'on lui plantait dans les pieds. Il ne pouvait pas l'aider parce qu'il savait qu'elle ne trouverait jamais ce qu'elle cherchait. Des gens comme eux n'étaient jamais assez bien pour leurs pairs. « Je vais te raccompagner chez toi, ce n'est pas un endroit pour une princesse dans ton genre. » Il déposa une main sur son épaule, exerçant une forte pression pour qu'elle le suive hors de cette ruelle malfamée. « Qu'est-ce qui t'a pris de venir ici? Ce n'est pas ton monde. Tu ferais mieux de rester dans ta tour dorée, là au moins personne ne te demande de savoir te battre. » Il lui lança un regard dur. « Personne ne te demande quoi que ce soit là-bas d'ailleurs. » Rictus plein d'amertume. Il connaissait sa famille et il savait qu'elle n'était bonne qu'à faire la potiche. Jolie poupée que l'on exposait dans les vitrines.


▽ Quelques jours plus tard

Elle se trouvait là, en face de lui, et comme un con, il se demandait ce qu'elle foutait là. Comment c'était arrivé, qu'est-ce qui l'avait fait changer d'avis. Mais puisqu'il était trop tard pour revenir en arrière, il lui accorderait un essai. Un seul. « Je te préviens, tu n'as droit qu'à une seule chance. » Il ne plaisantait pas, elle en était cruellement consciente. La sueur qui perlait sur son front témoignait de son angoisse, la jeune fille n'était visiblement pas à sa place. Elle n'avait probablement jamais eu à faire à un tel adversaire, elle n'avait sans doute jamais eu à pointer sa baguette contre qui que ce soit avant lui. Sa main tremblait, son corps était très mal positionné. Elle n'était même pas encore prête, pas du tout en position d'attaque, non, elle se tenait juste devant lui, elle attendait que quelque chose se passe. Putain de témoin de sa propre stupidité. « Si j'estime que ça ne mènera à rien, on arrête tout. » Elle n'eut même pas le temps d’acquiescer qu'il l'avait déjà désarmée. Il la vit se raidir d'un coup, meurtrie, déçue. Encore plus déçue que lui, parce qu'apparemment elle s'attendait à être un peu plus capable de quelque chose. Ça se voyait dans son regard, toute cette rage qui lui hurlait de protester, d'abandonner sa fierté pour le supplier de lui apprendre. De vouloir d'elle quand même. « Considère ça comme ta première leçon. Tu dois toujours te tenir prête. » Elle resta pétrifiée, ne sachant pas trop ce qu'il attendait d'elle. « Tu vas aller récupérer ta baguette, Princesse, ou bien c'est à moi de le faire à ta place? persiffla-t-il. » Il lui lança un regard provocateur, qui signifiait que le vrai duel allait commencer. Le véritable test, l'épreuve tant attendue. Elle allait échouer, c'était tragiquement prévisible.


▽ Juillet 1996

« Ne m'appelle pas comme ça. » Il aurait voulu lui dire que pourtant, c'était ce qu'elle était. Il l'avait regardée évoluer au fil des ans, rejeter une à une les valeurs d'une société qui l'avait forgée depuis l'enfance. Elle était destinée à tout un tas de choses dont elle ne voulait plus vraiment, ça lui faisait juste trop mal de l'admettre, là, maintenant. Même si elle le lui avait déjà avoué à demi-mots, même si elle savait qu'il la comprendrait mieux que personne. Parce qu'ils s'étaient toujours devinés. Elle ne voulait pas admettre qu'elle s'était donnée tout ce mal pour plaire aux mauvaises personnes, et maintenant elle ne se plaisait même plus à elle-même. Ça la rendait tellement malade qu'il ne lui fallut pas plus d'une minute pour devenir folle de rage. Elle perdit le contrôle de ses émotions, se laissant trop facilement toucher par une vérité qu'elle jugeait trop cruelle. Elle avait toujours eu du mal à accepter ses défauts, elle grimaçait à chacune des remarques de son mentor. Adonis l'avait malmenée autant verbalement que physiquement. Mais il avait toujours visé juste, c'était probablement ce qui le rendait si troublant, si dangereux. Son sens exacerbé de l'analyse, de l'observation. Il ne lui avait jamais rien dit pour la blesser inutilement, ça avait toujours eu un but, un objectif. Soit pour qu'elle apprenne de ses erreurs, soit pour qu'elle recrache ses entrailles et qu'elle se dépasse encore plus. Il l'avait tellement forcée à se dépasser qu'elle courrait loin devant Visenya, après une autre version d'elle-même qu'elle ne parvenait pas encore tout à fait à rattraper.

Furieuse, elle se mit à l'encercler et à lui balancer des tas de sortilèges comme si ça allait changer quelque chose. Peu impressionné, il la laissa faire, se contentant de les contrer les uns après les autres. Il n'était franchement pas d'humeur à tolérer ses crises d'adolescente torturée. Il avait ses propres démons qui sévissaient à l'intérieur, le dévorant doucement. Et ils étaient cruellement voraces. Alors il attendait qu'elle ait finit, mais elle ne s'arrêtait pas, tornade infinie aux dégâts qui ne sauraient tarder. « Tu n'as pas le droit de jouer à ce jeu-là. Tu ne sais rien de cette fille. Alors retire ça. » Elle s'était approchée d'un pas rapide, elle était complètement aveuglée par ce torrent de blessures qui implosait en elle. C'était presque une insulte à son enseignement. « Retire ça ! » Aucune de ses attaques ne l'atteignit, il se refusait à entrer dans son pathétique petit jeu. « Tu sais que j'ai raison et ça te bouffe. » Il n'avait pas besoin d'arme pour combattre, elle avait beau sans cesse le bombarder, il restait de marbre. Seuls ses mots sifflaient dans les airs, tranchants comme des lames de rasoir. Mais elle continuait de se braquer, il aurait voulu lui hurler que ça ne servait à rien, qu'il l'avait prévenue dès le départ. Jamais elle ne retrouverait sa quiétude d'enfant, tout était parti en fumée dès l'instant où elle avait voulu se projeter dans le monde des adultes. Impitoyable, sans appel. Elle s'était perdue et c'était entièrement de sa faute. Adonis n'avait jamais voulu ça, il avait même essayé de la protéger à plusieurs reprises, en tentant de la décourager, ce qu'elle avait pris pour plus de provocations. Si au départ elle n'était pas grand chose, désormais elle était devenue quelqu'un. Seulement aucun des deux ne l'avait vraiment vu venir. Adonis avait toujours vu en elle le reflet de sa propre enfance, mais jamais il n'aurait imaginé qu'elle finirait tout aussi tordue et déchiquetée que lui. Jamais.

Elle était si proche qu'ils pouvaient presque se frôler. Elle restait droite, prête à attaquer une nouvelle fois même si elle savait pertinemment qu'elle échouerait. « Admets-le. » Les maux de Visenya faisaient étrangement écho aux siens. Ça le faisait presque jubiler de lui taillader la chair à ce point, pour la forcer à libérer le fantôme qui se terrait dans son âme. Est-ce que c'était la même chose pour lui, est-ce qu'il devrait abandonner Adonis pour ne plus exister que par Mordred? Il n'était pas certain d'en être capable, ça lui rongeait trop les os, putréfaction de son ancienne vie. C'était pas si facile. Plus il regardait Visenya, plus il voyait Valkyria. Est-ce qu'elle avait vu s'effacer Adonis de son visage trop lisse, elle aussi? Est-ce qu'il avait disparu sous les carcasses de non-dits, de secrets inavouables? « Tu es juste trop fière pour reconnaître à quel point tu t'es trompée. Au fond, tu n'as jamais voulu ça, tu n'as jamais voulu de cette vie-là. On ne t'a rien demandé alors tu n'as rien dit. Mais quand tu as été en âge de comprendre, ça t'a dévorée. » Consumation de toute une existence. Il ne savait plus vraiment si il disait tout ça pour elle, ou pour se détraquer lui, là-dedans, sous la surface. Elle ne savait pas, elle ne saurait jamais. Tout le mal qui le tracassait. A quel point il aurait eu besoin d'elle pour le secouer si fort qu'il serait resté entier. Peut-être qu'elle aurait pu le forcer à demeurer Adonis, à ne pas tout brûler comme il le faisait petit à petit. Mais ce qu'ils ne se disaient pas ne pouvait pas les sauver. Ni l'un ni l'autre.
Elle l'attaqua d'autant plus fort mais cette fois-ci il la pulvérisa contre le mur. Choc violent. Elle ne s'y attendait pas, erreur de débutante. Il lui avait appris mieux que ça, pourtant. Elle devait valoir mieux que ça. « Admets-le, que ça ne te convient pas. C'est bien pour ça que tu as voulu sortir de ta petite zone de confort. Ta vie ne te suffisait déjà plus. » Il s'approcha, soudain amer, mauvais. Elle peinait à se redresser lorsqu'il la désarma, elle avait le dos en miettes mais son expression n'avait rien perdu de sa férocité. Il l'attrapa par le cou, la plaqua contre le mur où elle venait de se fracasser en mille morceaux. « J'ai essayé de te prévenir mais tu n'as rien voulu entendre. » C'est pas ton monde, princesse. Il avait voulu lui dire combien ça lui coûterait, surtout quand il avait vu ses blessures trop semblables aux siennes. « Alors tu vois, je sais pas mal de choses sur cette fille-là qui se tient devant moi. C'est toi qui n'as aucune idée de qui elle est. »

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Ҩ Re: You gotta get up, and try || Adonyria Ҩ Ven 2 Juin - 17:22

▬ Août 1990

Non. Elle est interloquée ; pas l'habitude de se voir refuser quoi que ce soit, pour commencer. Ensuite, c'est l'injustice qui la gifle. Pourquoi, elle veut demander, mais les mots lui manquent tant elle est prise au dépourvu par cette réponse, ce refus catégorique, qui la laisse là, impuissante, les mains vides. Elle pourrait pourtant, elle pourrait se saisir de quelque chose, pourvu qu'on lui donne sa chance ; elle mérite au moins ça, elle mérite d'essayer. « Permets-moi d'en douter. » Ses petits sourcils se froncent, elle sent son estomac qui se retourne ; c'est pas juste. Pourquoi tu lui dis ça, pourquoi t'essaies même pas. Elle aurait pu, bon sang ; et non, c'est même pire que ça, elle aurait pu et, elle a besoin, elle doit essayer, c'est sa dernière chance, son dernier recours pour ne pas se contenter de ça, se contenter d'elle ; elle veut, elle doit être mieux, et... et tout est empêché par ça. Par un petit mot. Un non, tranchant, fatal. Et, instantanément, une petite part d'elle se met à te haïr d'avoir autant de pouvoir sur elle, sur sa vie. Elle a envie de disparaître, juste, que tout s'arrête ; puisqu'elle ne peut pas être mieux, alors elle ne veut rien être du tout. Petite princesse capricieuse ; jamais satisfaite de rien, et surtout pas d'elle-même. « Je vais te raccompagner chez toi, ce n'est pas un endroit pour une princesse dans ton genre. » La poigne d'acier ne lui laisse même pas l'opportunité de protester. Encore une fois : pas le choix. Elle se laisse faire, de toute façon elle n'a plus la force de rien, et sûrement pas de mener contre toi un combat qu'elle ne peut pas gagner. « Qu'est-ce qui t'a pris de venir ici? Ce n'est pas ton monde. Tu ferais mieux de rester dans ta tour dorée, là au moins personne ne te demande de savoir te battre. » Elle t'aperçoit jeter un regard dans sa direction, et s'applique à regarder devant elle, la gorge serrée, la vie en vrac. Elle n'essaie même pas de se persuader que c'est pas grave, qu'elle trouvera autre chose, qu'elle fera sans. Elle n'y croirait même pas. « Personne ne te demande quoi que ce soit là-bas d'ailleurs. » Bouffée de haine, bouffée de honte, et elle ne sait plus qui elle déteste ainsi.

▬ Quelques jours plus tard

Elle est un peu abasourdie même si elle s'applique à rester aussi digne que possible. Tu es la dernière personne qu'elle s'attendait à trouver dans cette salle quand on est venu l'informer que quelqu'un l'attendait en bas. En te reconnaissant, elle a fait signe au serviteur qui l'accompagnait que c'était bon, qu'elle n'avait pas besoin d'être escortée, et elle avait refermé la porte devant lui avant qu'il pénètre dans la pièce. Elle maintenant elle se tient droite, elle te regarde en s'efforçant de ne pas trahir son trouble, en empêchant autant que possible son cerveau de carburer. Pourquoi tu es là, est-ce que tu as changé d'avis ? Il ne faut pas qu'elle espère, bon sang. C'a déjà été assez dur la première fois, elle n'est pas certaine de supporter un second refus. Mais pourquoi être revenu, alors ? « Je te préviens, tu n'as droit qu'à une seule chance. »

Il ne peut s'agir que ça, et elle sursaute presque en le réalisant. Aussitôt, ses mains plus fébriles qu'elle ne le voudrait s'activent à rechercher sa baguette entre les pans du châle qui couvre ses épaules. Elle referme les doigts dessus après un temps qui lui semble beaucoup trop long, et la serre fermement contre sa paume. Elle n'est pas très bonne avec cet objet entre les mains. Elle le sait, c'est pour ça qu'elle a besoin de toi. Comment est-elle censée d'impressionner, ou juste te faire voir qu'elle en vaut la peine, s'il lui reste tout à apprendre ? « Si j'estime que ça ne mènera à rien, on arrête tout. » Elle veut acquiescer, mais à peine esquisse-t-elle un mouvement qu'elle sent sa baguette lui être arrachée des mains avec violence, et elle l'entend tomber au sol dans un bruit mat. Une sale tension se loge dans le bas de sa colonne vertébrale et elle serre les dents très fort pour ne pas grimacer. Quoi, c'est tout ? Elle n'a eu le temps de rien ; rien. Est-ce que ça doit vraiment l'étonner ? Son estomac se serre violemment. Après tout, il faudrait peut-être qu'elle arrête d'être si prompte à oublier d'où elle vient. Si Asphalt avait pu produire de la magie, elle aurait probablement fait mieux, pas vrai ? Elle enrage intérieurement et soudain, elle comprend, elle sait contre qui elle est si en colère, contre qui toute cette haine est dirigée. Son souffle se coupe une seconde. Visenya.

« Considère ça comme ta première leçon. Tu dois toujours te tenir prête. »  Elle ne bouge pas, figée, sans trop savoir ce qu'elle est supposée faire maintenant. Si tu parles d'une première leçon, est-ce que ça signifie qu'il y en aura d'autres ? « Tu vas aller récupérer ta baguette, Princesse, ou bien c'est à moi de le faire à ta place? » Elle bouge vivement, en essayant de ne pas avoir l'air de la gamine fébrile qu'elle se trouve soudain redevenue. Ton regard défiant la grise et la terrifie ; elle ne doit pas échouer. Elle ne peut pas échouer. Elle s'accroche à sa baguette, et dans sa tête, elle la supplie. Ne me lâche pas maintenant, pitié ; quand tu veux, n'importe quand, au beau milieu des BUSEs si ça t'amuse mais pas maintenant, pas maintenant, pas maintenant. Elle ne connaît pas beaucoup de sorts, pas d'attaque en tout cas, elle ne s'est jamais battue en duel, mais elle doit essayer, et tu ne vas pas l'attendre éternellement, alors elle prononce la formule pour te désarmer, avec toute l'assurance dont elle est capable, et elle regarde l'éclat lumineux fuser jusqu'à toi ; s'estomper, aussi bêtement, avant de t'atteindre. Tu as à peine eu à lever ta baguette.
Elle croise ton regard au moment où l'eclair disparaît et elle comprend qu'elle a échoué ; qu'elle a fait pire que ce à quoi tu t'attendais, bien pire que ce à quoi elle s'attendait. Insuffisant, tu cries en silence ; alors la peur, sourde, lui tombe dans les entrailles, là où la rage ronronnait en attendant son heure, et le pouvoir immature de sa magie sursaute, déborde du petit corps bien trop faible pour le contrôler. Elle lève son bras armé et dans le même mouvement, une onde flamboyante file vers toi à la vitesse de l'éclair. Tu pares juste à temps, mais l'attaque ne s'estompe pas : l'onde éclate, repoussant comme un champ de force tout ce qui se trouve autour de toi. Elle-même recule d'un pas, comme poussée par une bourrasque ; et puis le silence revient aussi subitement. Elle se sent vidée. Épuisée. Un peu ébahie, aussi ; elle ne s'attendait pas à ça. Ce n'est pas la première fois que ça arrive, mais d'habitude c'est moins fort. Elle garde la face, malgré son souffle court ; elle se tient droite, elle te regarde, déglutit en serrant dans sa paume la baguette qu'elle garde levée devant elle, l'angoisse au ventre et la gorge serrée.

▬ Juillet 1996

« Tu sais que j'ai raison et ça te bouffe. » Non, non putain, elle ne sait rien du tout, ou plutôt si, elle sait que tu te trompes, que tu as tort, que tu ne comprends rien. Alors elle attaque, elle bombarde, sans pause, sans répit pour finir par t'avoir, pour t'empêcher de parler, d'injecter tes doutes dans ses certitudes déjà branlantes. Sans voir qu'il est déjà trop tard, sans vouloir admettre qu'elle est en train de s'épuiser, sans reconnaître que le combat qu'elle croit livrer ne mène à rien. Depuis combien de temps n'a-t-elle pas regardé la vérité en face, exactement ? Un cri de protestation se forme dans sa poitrine et elle se fait violence pour le retenir, s'essoufflant un peu plus contre une défense qui ne laisse rien passer. Finalement, lorsqu'elle est assez proche pour presque te toucher en tendant le bras, elle est forcée de s'arrêter, parce que son bras lui fait mal, parce que le souffle lui manque. Elle te lance son regard le plus noir, garde les mâchoires serrées, les muscles sous tension. Au moindre trou dans ta garde, elle ne te loupera pas. « Tu es juste trop fière pour reconnaître à quel point tu t'es trompée. Au fond, tu n'as jamais voulu ça, tu n'as jamais voulu de cette vie-là. On ne t'a rien demandé alors tu n'as rien dit. Mais quand tu as été en âge de comprendre, ça t'a dévorée. »  Plusieurs fois pendant que tu parles, elle ouvre la bouche pour t'interrompre, pour protester, mais tu ne l'écoutes pas, tu martèles, et tes lames se plantent dans sa chair les unes après les autres. Et ça fait mal ; beaucoup trop mal pour n'être qu'un vaste tissu de mensonges. Sa colère lui échappe à nouveau ; elle attaque encore mais la réponse est trop rapide et elle s'écrase brutalement contre le mur. L'impact lui coupe le souffle, elle est incapable de retomber sur ses jambes et s'effondre sur le sol comme une vulgaire marionnette dont on aurait coupé les fils. La douleur est physique cette fois ; elle se tord un instant en retenant une plainte, mais il faut qu'elle se relève. « Admets-le, que ça ne te convient pas. C'est bien pour ça que tu as voulu sortir de ta petite zone de confort. Ta vie ne te suffisait déjà plus. » C'est pas vrai, elle se dit, ou plutôt elle espère, elle implore en silence pour que ce ne soit que des conneries, en préférant ne pas voir qu'elle est la seule à pouvoir en décider, et qu'elle a déjà décidé il y a six ans. Portée par la colère, elle force, sur ses bras, sur son dos traumatisé qui ne la porte pas assez. Elle n'est même pas redressée que sa baguette lui échappe des mains, comme ça. Aussi bêtement que la première fois.

Avant d'avoir pu s'en formaliser, elle se sent saisie à la gorge et son crâne claque sur le mur ; à croire qu'elle va finir par y briser chacun des os de son corps. Elle arrive à peine à respirer, la douleur lui noie le regard tandis qu'elle essaie de passer ses doigts sous les tiens pour se libérer de ta poigne. « J'ai essayé de te prévenir mais tu n'as rien voulu entendre. » Parce que tu avais tort, a-t-elle envie de hurler ; mais elle ne peut que se débattre encore. Elle arrive un peu à te faire lâcher prise, elle croit ; l'air lui parvient un peu plus, elle panique un peu moins ; de toute façon elle est abrutie par la douleur. « Alors tu vois, je sais pas mal de choses sur cette fille-là qui se tient devant moi. C'est toi qui n'as aucune idée de qui elle est. » Mais tais-toi, putain, arrête ! Ses deux mains contre les tiennes, elle tire pour te faire lâcher prise, plus fort, et d'un coup de pied elle réussit à te faire reculer, à peine, juste assez pour te pousser un peu plus d'une main et te lancer son poing au visage de l'autre. Le coup est rude, sa voix aussi, quand elle libère enfin ce cri de rage et de douleur coincé dans sa gorge. Elle cherche sa baguette du regard, a tout juste le temps de se dire qu'elle ne pourra jamais la récupérer avant que l'attaque suivante ne l'atteigne ; et puis l'attaque l'atteint.

Elle sursaute. Sur le coup, ça ne fait pas si mal, ça court sur son flanc, ça tire, mais elle est comme anesthésiée Et puis elle sent que c'est chaud, un peu poisseux, que ça coule sous ses vêtements et c'est alors qu'elle penche la tête pour regarder qu'elle prend conscience de la large plaie qui vient de s'ouvrir dans sa chair. Vertige ; elle titube, plaque ses deux mains sur la blessure, et là seulement la douleur la casse en deux ; elle lutte pour rester sur ses jambes, la panique au ventre et les larmes aux yeux. « Je t'emmerde, Greengrass » elle veut cracher, mais elle souffle, plutôt. Elle perd trop de sang, ses forces lui glissent entre les doigts et elle ne peut rien empêcher. Quelque part dans un coin de son crâne où la panique et la folie ne règnent pas, elle se demande comment vous avez pu en arriver là. Qu'est-ce qui s'est passé, à quel moment ça a foiré ? « A qui tu crois donner des leçons exactement ? » ses traits sont déformés par la douleur, elle s'efforce de tenir debout, bien qu'elle soit pliée en deux. Le goûte à goûte de son sang qui tombe sur le sol ressemble au tic tac d'un compte à rebours. Un sourire complètement dément étire ses lèvres lorsqu'elle ajoute « Ca fait longtemps que tu sais que j'ai compris à quel point tu fais semblant. N'essaie pas de me faire croire que je n'y serais pas parvenue, moi-aussi. » elle se sent folle, elle-même, sa tête tourne et elle va s'effondrer d'une seconde à l'autre. Elle le pressent déjà, quelque part. Que ni elle ni toi ne vous rendez véritablement compte de ce que vous venez de sacrifier au nom de votre foutue fierté, héritée directement de ceux que vous prétendiez surpasser. Après tout au final, c'est sûrement eux qui auront le dernier mot.

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Shadows settle on the place that you left
And if you're still bleeding, you're the lucky one. 'Cause most of our feelings, they are dead and they are gone. We're setting fire to our insides for fun, collecting pictures from the flood that wrecked our home. It was a flood that wrecked this. And you caused it.
And if you're in love, then you are the lucky one, 'cause most of us are bitter over someone. Setting fire to our insides for fun, to distract our hearts from ever missing them. But I'm forever missing you. And I caused it.
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You gotta get up, and try || Adonyria

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